La nouvelle qu'il était censé annoncer l'avait travaillée toute la nuit précédente.
Mais plus que la nouvelle elle-même, c'étaient ses propres agissements qui l'avaient empêché de fermer l'œil la nuit passée.
En effet, comment, en étant capitaine de son équipe, avait-il pu laisser Aomine, leur AS, partir ?
La réponse était pourtant simple en apparence : parce que Aomine voulait partir.
Mais Imayoshi n'avait pu s'empêcher de s'interroger sur la véracité des propos du métis, quand celui-ci avait décrété qu'il voulait partir.
Et, à plus forte raison, maintenant qu'il avait rencontré l'ancien capitaine de son AS.
« C'est évident qu'il ne pouvait pas vouloir partir avec ce type de lui-même…Quel idiot j'ai été … » s'énervait-il intérieurement, tout en fixant la lettre que lui avait donné l'adolescent aux cheveux bleu marine.
« Bon, ce n'est pas tout ça mais je lui ai promis de délivrer cette lettre » déclara-t-il avant de lâcher un soupir résigné.
Il se dirigea donc vers le gymnase de leur club de basket où il tomba sur ses coéquipiers déjà en train de s'échauffer tout en discutant.
« Ce paresseux d'Aomine est toujours pas là ?! » demanda l'un des joueurs
« N…Non…Je suis désolé…Pardon, excusez moi »
« Sakurai ! On t'a déjà dit de ne pas t'excuser pour les choses dont tu n'es pas responsable ! » répliqua Wakamatsu.
Ce qui évidemment ne poussa le petit châtain qu'à s'excuser de plus belle…
Alors que le plus petit des membres de Too proférait ses éternelles excuses à n'en plus finir envers un Wakamatsu à bout de nerf, Imayoshi décida qu'il était temps d'intervenir avant que le plus petit passe l'arme à gauche sous le coup du stress (ou que Wakamatsu commette un homicide ?).
S'approchant du petit groupe, le brun posa sa main sur l'épaule de son kohai, histoire de signaler sa présence. Faisant sursauter le plus petit au passage qui se mit à paniquer :
- Capitaine ! Désolé je ne vous avais pas entendu arriver et…
- Du calme Sakurai, tu n'as rien fait de mal. Sais-tu où est Momoi ?
- Elle a dit qu'elle tentait de joindre Aomine san pour lui dire de venir s'entraîner. Elle doit être dans les vestiaires pour téléphoner à mon avis…
- Je vois…Merci beaucoup.
- D-de rien senpai.
Alors qu'Imayoshi s'éloignait vers les vestiaires, Wakamatsu l'arrêta et lui demanda d'un ton concerné :
- Il y a un problème senpai ?
- Ne t'occupe pas de ça et va plutôt t'échauffer.
- Mais Aomine n'est même pas encore arrivé !
- Tu contestes les instructions de ton capitaine ?
- Non, bien sûr !
- Alors file, je dois parler avec Satsuki.
- Comme tu voudras…Si tu changes d'avis…
- Je sais. Maintenant si tu veux bien me laisser…
Le blond finit par obéir à l'injonction de son capitaine et retourner avec les autres, tandis qu'Imayoshi faisait les dernier pas qui le séparaient des vestiaires.
Une fois arrivé, le capitaine de Too frappa pour s'annoncer avant de demander : « Momoi, tu es visible ? J'ai quelque chose pour toi. »
L'instant suivant, la porte du vestiaire s'ouvrit sur la manager aux cheveux roses :
- De quoi s'agit -il capitaine ?
- Je pense qu'il vaudrait mieux qu'on en parle dans le vestiaire tant qu'il n'y a personne. Au fait que faisais-tu ici ?
- Je cherchais un des stupides magasines d'Aomine pour le menacer de brûler sa collection de magasines érotiques s'il ne rappliquait pas fissa à l'entraînement !
- Je vois…
- Et donc ? Que voulais-tu me remettre ?
- Ceci…
Joignant le geste à la parole, Imayoshi sortit de son sac la lettre destinée à l'ex-manager de la génération des miracles.
« Qu'est-ce que c'est ? Une déclaration d'amour ? De ta part ? » demanda la rose sur le ton de la plaisanterie.
« Pas vraiment… Ça vient d'Aomine » répondit simplement son capitaine, restant le plus neutre possible.
Cette absence de sarcasme de la part du stratège de Too alerta suffisamment la jeune femme pour qu'elle se décide à ouvrir la lettre.
Des qu'elle en lut les premières lignes, le rouge lui monta aux joues. Elle s'emporta aussitôt, déclarant que « ça n'allait pas se passer comme ça ! » et que « cette lettre avait plus qu'intérêt à être une mauvaise blague ! ».
Sur ces « bonnes paroles », ainsi que quelques malédictions sûrement lancées à l'encontre d'Aomine, la rose attrapa son portable et composa le numéro du métis (qu'elle connaissait par cœur).
Comme Imayoshi s'en doutait, elle ne tomba que sur une messagerie électronique.
Au bout de dix appels consécutifs sans réponse, une lueur machiavélique (qui n'avait rien à envier à celle qui animait le regard d'Imayoshi dans ses meilleurs jours) s'alluma dans les yeux de l'adolescente qui composa un nouveau numéro…
« Puisque tu veux jouer à ça Daiki…On va bien voir si tu peux LUI échapper… » rumina-t-elle en appuyant sur le contact d'un des G.M avec lequel elle n'était plus familière.
Après deux sonneries, son nouveau contact décrocha :
- Allo, Akashi kun.
- Bonjour Satsuki. Que puis-je faire pour toi ?
- Aomine a planté l'équipe et il est impossible à joindre !
- Vraiment ? Et en quoi ça me concerne ?
- Dans sa lettre, il me dit qu'il change de lycée et qu'il va s'installer en Angleterre ! Tu es sûrement au courant de quelque chose non ?!
- Oui en effet, il m'avait prévenu de son déménagement…C'est bizarre, j'aurais juré qu'en tant qu'amie la plus proche, tu serais la première personne à qui il en aurait parlé.
- Et bien ce n'est pas le cas ! Donc, si tu pouvais trouver le moyen de le contacter et de lui dire que je vais bruler l'intégralité de sa collection de porno s'il ne me rappelle pas pour me donner des explications, ça m'arrangerait.
- Je n'y manquerais pas Satsuki. Ne t'en fais pas, je tâcherai de joindre Daiki sous peu. Ne t'inquiète pas, il paiera pour t'avoir encore causé du souci.
- Merci Akashi.
- De rien, c'est normal. Maintenant si tu veux bien m'excuser, j'ai des choses importantes à gérer.
Sur ces mots, l'interlocuteur de la rose raccrocha.
Une fois la communication rompue, la manager se retourna vers Imayoshi :
- C'est réglé, j'ai contacté mon ancien capitaine il va retrouver Aomine et le rappeler à l'ordre. Il sera de retour avant même que les autres ne réalisent son absence si Akashi lui ordonne.
- Akashi ?
- C'était notre capitaine quand Aomine et moi étions des membres de la génération des miracles.
- …
- Un problème, capitaine ?
- Non…Tu devrais aller rejoindre l'équipe pendant que je me mets en tenue. À moins que tu ne veuilles rester pour regarder ?
- Et puis quoi encore ?! Tu m'as prise pour la version féminine de Daiki ou quoi ?!
Un sourire fugace apparut sur les lèvres du cynique capitaine de Too, provoquant l'agacement de la rose qui sortit en claquant la porte.
Une fois seul, le capitaine de l'équipe soupira et essaya de mettre les choses à plat : apparemment, Momoi semblait avoir une confiance aveugle en Akashi. Ce même Akashi qui, d'après ce qu'Imayoshi avait vu, était responsable du départ d'Aomine.
Bien sûr, le capitaine de Too n'était pas assez stupide ni impulsif pour révéler le peu qu'il savait à Momoi et accuser Akashi de tout sans preuve tangible.
Il devrait s'armer de patience pour trouver des éléments capables d'incriminer le rouge, sans quoi Momoi ne le croirait pas.
En revanche, s'il voulait en savoir plus, Imayoshi se devait de découvrir ce qu'Aomine avait bien pu révéler à la rose.
C'est pour cette raison qu'il avait fait évacuer l'adolescente des vestiaires.
Il avait donc poussé la jolie manager à partir en sachant que, perturbée comme elle devait l'être, une simple petite plaisanterie suffirait pour qu'elle en oublie la missive du métis.
Et comme souvent, il avait parfaitement évalué la situation.
D'un geste précautionneux, et sans une once de remord à l'idée de violer la confidentialité de la lettre, le capitaine de Too commença à en découvrir le contenu :
« Yo Satsu.
Écoute, je suis pas à l'aise avec les lettres et tout ça, mais je me voyais mal t'annoncer les choses par texto et impossible de t'en parler en face alors voilà : je quitte l'équipe.
J'ai toujours eu envie de faire carrière dans les forces de police si je ne passais pas professionnel au basket et j'ai découvert un lycée a l'étranger qui peut me garantir l'entrée a l'école de police si je valide mon année.
Je continuerais peut être le basket mais juste en loisir.
De toute façon, personne ne représente un réel chalenge pour moi dans ce sport, alors autant me concentrer sur un domaine dans lequel je n'ai pas encore prouvé que j'étais le meilleur non ?
Donc, pour résumer, je pars m'installer à Londres.
Je te souhaite de bien profiter de la Winter Cup avec les autres et te demande de tout faire pour que l'équipe éclate celle de Seirin, histoire de remettre Baka-gami à sa place.
PS: Il y a une bague dans l'enveloppe. J'ai longtemps hésité entre te la donner à toi ou à ce démon aux quatre yeux d'Imayoshi, mais c'est vraiment trop bizarre de donner un objet si symbolique à un mec…
Du coup, garde-la. Après tout, c'était ton idée à la base, le coup des bagues pour le partenaire idéal. Et vu que je peux pas me l'offrir à moi-même, tu peux l'avoir.
Je ne te souhaite pas bonne chance pour la Winter Cup car je sais qu'avec un mec calculateur comme Imayoshi et une manager comme toi les tocards des autres lycées n'ont aucune chance.
Ps 2 : Méfie toi, ces derniers temps, Wakamatsu se cherche une copine, alors si il devient trop collant, pense à prendre une lacrimo dans ton sac.
Prends soin de toi, ok ?
Aomine Daiki »
Quand il eut finit de lire le message, Imayoshi soupira : cette lettre était incontestablement le style d'Aomine.
« Maladroit et imbus de toi-même jusqu'au bout hein ? Comme si tu ne pouvais pas simplement dire à notre manager que tu l'aimes au lieu de frimer…Tu vas encore blesser une personne amoureuse de toi Aho-mine… » songea le capitaine.
Il remit la lettre à sa place exacte sans même un regard sur la petite bague dorée sertie d'un saphir qui aurait pu lui être destinée.
