Bonjour à tous !

Un nouveau chapitre, assez important, avec pas mal de nouvelles infos sur Aileen ... Je n'en dis pas plus, je vous laisse le découvrir ! Juste un petit mot pour dire merci à tous ceux qui me lisent, qui me suivent, me mettent en favori, me laissent des reviews ... Merci à vous !

Adenoide : Merci pour ta review ! Je suis tout à fait d'accord avec toi, Drago suis la route qu'on lui indique, et est trop faible pour remettre les décisions de son père en question, et l'arrivée des Moldus dans cette guerre ne fera que rendre les choses plus difficiles. Merci de ton soutien continu, à bientôt !

Bonne lecture !


Une heure avait passé depuis qu'Harry et sa section étaient entrés dans le palais de Buckingham, découvrant les corps sans vie de dizaines de personnes. Malgré la culpabilité qui l'accablait, il avait rapidement prit les choses en main. Ron était revenu, l'air hagard, et lui avait expliqué que Kingsley était toujours en vie, mais inconscient, dans un état critique. Il était maintenant le seul capable de prendre les décisions qui s'imposaient.

Il n'avait pas encore pu quitter la salle du trône, étant sans cesse assailli de questions par les différents chefs de sections. Celles-ci s'étaient mises au travail, évacuant au plus vite les corps des blessés et sécurisant la ville mais les Moldus avaient senti que le calme était revenu, et beaucoup sortaient dans les rues pour contempler l'étendue des dégâts, ce qui compliquait grandement la tâche des membres de l'Ordre.

A côté de lui, Hermione, assise sur une table, le regardait s'agiter d'un œil préoccupé.

« - Alors ? lui demanda-t-il dès que son interlocuteur, un Auror chargé de tenir les Moldus à distance du palais, commença à s'éloigner.

« - C'est pire que ce que j'avais imaginé.

La jeune fille avait passé près d'une heure à essayer de comprendre les objectifs de Voldemort, griffonnant une dizaine de feuilles de papier d'une écriture fine et serrée.

« - Explique-moi.

Elle soupira longuement, avant de lâcher :

« - Il est gagnant sur tous les fronts.

Harry ouvrit la bouche, mais elle le coupa avant qu'il ne prononce le moindre mot.

« - Laisse-moi finir avant de protester ! En tuant la reine, il a pris le risque de provoquer une guerre entre le monde sorcier et le monde Moldu. En fait, je pense que c'est exactement l'effet qu'il recherchait.

« - Je ne comprends pas.

« - Il ne craint pas les Moldus, poursuivit-elle sans prendre en compte son intervention. A vrai dire, il ne les considère pas suffisamment pour les juger dangereux. Les terroriser ne le gêne pas : il sait par contre que nous ferons tout pour les garder à l'écart, ce qui épuise nos forces. Aujourd'hui, les Moldus sont proches de découvrir notre existence. C'est même peut-être déjà fait, nous sommes incapable de retrouver toutes les personnes ayant assisté aux combats aujourd'hui, et nous ne pourrons pas expliquer la mort de la reine et de son mari.

« - Et ?

Elle releva la tête, le fixant droit dans les yeux.

« - Si les Moldus s'en prennent à nous, beaucoup de sorciers le rejoindront. Il pourra dire sans mentir que les Moldus sont dangereux et veulent nous éliminer, et que c'est le devoir des sorciers de les contrôler. De là, il n'y a qu'un pas pour que l'idée d'une domination sorcière soit émise. Les gens ont peur, ils le suivront. Et nous serons doublement affaiblis, pris entre deux feux, entre Voldemort et les Moldus.

Harry la regardait fixement, la bouche légèrement entrouverte.

« - Mais … articula-t-il péniblement après de longues secondes de silence. C'est possible, ça ? Ça peut vraiment arriver ?

Elle détourna la tête.

« - J'aurais aimé te dire que non. Mais c'est vraisemblablement ce qui va se produire.

Le silence plana entre eux, lourd d'inquiétudes. Si Hermione avait raison, et ils savaient tous deux qu'elle avait souvent raison, leur avenir était grandement menacé. Comment pourraient-ils à la fois protéger les Moldus et les sorciers, si les deux se retournaient contre eux ?

« - Harry ?

Il jeta un coup d'œil à l'homme qui l'appelait, puis se retourna vers Hermione.

« - On dirait bien que je dois y retourner … soupira-t-il.

Elle hocha la tête.

« - Ne t'inquiète pas pour moi. Je vais aller aider les autres, on doit camoufler rapidement le gros des dégâts.

« - Sois prudente.

Ils se séparèrent, chacun partant dans une direction différente. Harry répondit rapidement aux questions, donna quelques ordres, et réussit enfin à quitter la salle. Seul, dans le couloir, il inspira profondément, profitant du silence qui régnait. La journée allait être longue, et il avait besoin de prendre l'air. Il marcha quelques minutes, jusqu'à atteindre l'entrée du château. Plusieurs membres de l'Ordre s'activaient, penchés sur les blessés, et il se hâta de les rejoindre. Vu de près, agenouillé auprès des victimes, leur sang imbibant le bas de son pantalon, le carnage était encore pire. Contrairement à ce qu'ils avaient d'abord cru, beaucoup n'étaient pas mort, et agonisaient dans la solitude. Les médicomages avaient beau faire, ils ne parvenaient pas à sauver tout le monde, et leur désespoir se lisait sur leurs traits crispés.

En se relevant, après avoir fermé les yeux d'un soldat qu'il n'avait pas réussi à sauver, Harry reconnut la silhouette caractéristique d'Aileen, près de l'entrée du château. Se souvenant avoir été étonné qu'elle le laisse sans protection, il se dirigea vers elle, sa progression néanmoins ralentie par les hommes qui l'arrêtaient pour lui demander des consignes. Il avait parfois envie de leur dire qu'il n'avait pas la réponse à leurs questions, qu'il était aussi perdu qu'eux, mais leurs regards confiants le déstabilisaient, et il répondait calmement, cherchant la solution la plus simple, essayant de faire de son mieux.

La jeune femme s'était arrêtée près des grilles du château. Ses mains tremblaient légèrement, et elle ferma les yeux, prenant une grande inspiration, avant de les franchir. Elle avançait doucement, contournant les corps qui n'avaient pas encore été enlevés, ses yeux les accrochant malgré elle. La vision de l'entrée dévastée, de ses murs aux trous béants, lui donna un coup au cœur, la forçant à s'arrêter. Elle reprit néanmoins sa marche, d'un pas mal assuré, déambulant au hasard des couloirs.

Quelques mètres derrière elle, Harry, qu'elle n'avait toujours pas remarqué, était inquiet. Elle semblait visiblement peiner à avancer, et sa démarche titubante, ainsi que sa main qui effleurait douloureusement le mur, lui laissait penser qu'elle était blessée. Dans le silence de ce couloir, un bruit, semblable à un sanglot, le fit sursauter. Il se retourna vivement, sans apercevoir personne. Ils étaient seuls dans ce couloir. Brusquement, sans qu'il n'ait pu le deviner, Aileen tomba à genoux, les deux mains au sol.

Harry se précipita vers elle, se laissant tomber à ses côtés. Des larmes roulaient sur ses joues, et ses épaules tressautaient au rythme de ses sanglots. Il resta un instant interdit, ne sachant comment réagir. Une blessure, il aurait su la gérer, sa colère, il l'aurait supportée, mais ses larmes … Il ne savait comment réagir face aux larmes de cette femme qui avait toujours été si forte, si distante. Il la découvrait humaine, et cela l'effrayait plus qu'autre chose. Timidement, il posa une main sur son épaule, effleurant gauchement le tissu de sa robe. Elle releva la tête, posant ses yeux brillants sur lui.

« - Il a recommencé, hoqueta-t-elle. Mon Dieu, il a recommencé…

Il se figea. De quoi parlait-elle ? Ses yeux durent refléter son incompréhension, puisqu'elle posa sa main sur sa joue, avec une douceur insoupçonnée. Ses pupilles s'écarquillèrent alors qu'elle projetait ses souvenirs vers lui, le laissant accéder à tout un pan de son passé.

L'émotion envahissait Aileen alors qu'elle se rappelait ce jour si particulier, le jour où sa vie avait basculé. Elle sentait, sous ses paumes, la chaleur du tapis qui ornait le sol de sa chambre, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir froid, si froid qu'elle en tremblait, si froid qu'elle sentait son cœur geler dans sa poitrine. Ses longs cheveux bruns, bouclant naturellement, s'évadaient en cascade autour de son visage, soulignant la pâleur de sa peau. Face à elle, la porte était ouverte sur un couloir, un long couloir dont les murs blancs semblaient se dessiner à l'infini.

Elle se redressa, péniblement, ses jambes tremblantes parvenant à peine à la soutenir. Sur sa gauche, son regard accrocha le miroir. Le bleu pâle de sa robe, au sage décolleté, soulignait ses traits fins, qui gardaient la douceur de ses dix-neuf ans. Elle détacha ses yeux de son reflet et, d'un pas maladroit, se dirigea vers la porte. Elle frissonna quand ses pieds nus se posèrent sur le carrelage froid, resserrant par automatisme ses bras autour d'elle. Son cœur battait la chamade, résonnant en elle, vrillant ses tympans. La peur la tétanisait, paralysant ses muscles, mais un irrépressible instinct la poussait à avancer, encore et encore.

Ses pas se firent rapides, pressés, alors qu'elle traversait le couloir. Elle se mit à courir, ses pieds nus prenant appui sans un bruit sur le sol froid. Ses foulées étaient souples, précises, mais son souffle saccadé trahissait son anxiété. Elle tomba sur le premier corps au détour d'un couloir, avachi contre un mur. Elle freina brutalement, dérapant sur le sang frais qui coagulait sur le sol, avant de se laisser tomber à ses côtés. Elle chercha nerveusement un pouls, sans parvenir à stabiliser ses mains tremblantes. Quand elle comprit que la femme sur laquelle elle était penchée était morte, elle commença à paniquer, un flot de paroles incohérentes s'échappant de ses lèvres roses.

Elle se remit péniblement debout et repartit en courant, trébuchant et manquant de déraper un nombre incalculable de fois. Sa longue robe, cintrée à la taille, et qui s'évasait à partir des hanches, semblait dessiner un nuage de tissu autour d'elle, se relevant à chacun de ses mouvements. Elle manqua de s'entraver dans le second corps, étendu au travers d'une porte. Elle prit à peine le temps de s'arrêter et repartit dans sa course folle, des sanglots erratiques s'échappant de ses lèvres délicatement ourlées à chaque nouvelle découverte macabre.

Ses doigts imprimèrent une trace ensanglantée sur le mur blanc, quand elle s'appuya dessus pour reprendre son souffle. Jetant un coup d'œil en arrière, elle fut effarée de découvrir le sang qui marquait chacune de ses traces de pas, traçant un chemin d'horreur. Elle agrippa sa robe, la relevant précipitamment, pour découvrir ses pieds rougis par le sang d'un autre. Elle recula nerveusement, lâchant sa robe dans sa hâte, et s'enfuit de nouveau, échevelée, frémissante. Ses yeux, effarés, reflétaient une panique incommensurable, lui conférant un air dément.

Elle ralentit, enfin, en parvenant au pied d'un escalier blanc, tournant gracieusement sur lui-même. Il lui semblait que sa poitrine se comprimait, l'empêchant de respirer tant son appréhension était grande. Lentement, elle posa un pied sur la première marche. Le deuxième suivit, et ses pas s'enchainèrent, de plus en plus rapide, manquant de la faire chuter. Parvenue en haut, son cœur manqua un battement. La porte qui lui faisait face, la porte du bureau de son père, était entrouverte, un filet de lumière se dévoilant dans l'embrasure. La terreur l'étreignit avec force, et elle se recroquevilla sur elle-même, incapable de franchir ce seuil.

Figée, elle entendit distinctement un léger tintement retentir à l'intérieur de la pièce. Elle bondit alors, poussant la porte à la volée, un cri s'échappant malgré elle de sa gorge alors qu'elle découvrait le macabre spectacle. Affalée sur le canapé de velours vert, pendant à demi dans le vide, sa mère la fixait d'un œil mort. Sa gorge n'était plus qu'un trou béant d'où s'échappaient des flots de sang, inondant sa poitrine d'un flot vermeil. Ne pouvant fixer ce spectacle insoutenable, elle se retourna vers l'autre côté de la pièce, d'où provenait le bruit qu'elle avait entendu.

Son père était étendu au sol, tentant inutilement de se relever. Il eut à peine le temps d'essayer de prendre appui sur ses mains. Le meurtrier posa un genou sur son dos, appuyant de tout son poids pour l'empêcher de bouger. Il attrapa ses cheveux longs, tirant dessus d'un coup sec pour l'obliger à relever la tête. Aileen se jeta sur lui, ses genoux frappant durement le sol alors qu'elle tombait devant lui. Un geyser de sang jaillit, frappant avec violence la peau de son visage. Elle attrapa la tête de son père entre ses mains, sans se soucier du sang qui dégoulinait le long de sa joue, caressait ses lèvres, glissait sur sa peau blanche. Il ouvrit la bouche en grand, cherchant une goulée d'air qui ne vint jamais.

Son cœur battit encore trois fois, des geysers de sang s'échappant de sa carotide à chaque battement. Puis ses yeux se voilèrent, et sa tête retomba lourdement. Aileen releva la tête croisant le regard de l'homme qui avait assassiné ses parents. Celui-ci n'avait pas bougé, attendant le moment où il pourrait croiser son regard. Il lâcha le poignard qu'il tenait encore, le laissant tomber à ses pieds dans un bruit sourd. Puis il l'attrapa violemment par le bras, la relevant en même temps que lui. Il était beau, monstrueusement beau. Son visage pâle avait les traits les plus harmonieux qu'elle ait jamais vu. Ses yeux sombres la fixaient avec une force envoutante, et quelques mèches brunes glissaient sur son front, brisant son apparente absence d'émotion.

Mais il était laid, douloureusement laid, tant le rictus qui relevait ses lèvres était inhumain. La cruauté suintait de lui, une noirceur telle qu'elle semblait envahir la pièce, la faisant suffoquer. Sans accorder un semblant de décence au corps qui se vidait de son sang à ses pieds, il plaqua la jeune fille contre lui, écrasant sa poitrine contre la sienne. Ses lèvres se collèrent aux siennes, et sa langue força le barrage de ses lèvres tandis que ses bras musclés la maintenaient contre lui. Elle se débattit, appuyant de toutes ses forces ses mains sur ses épaules, jusqu'à parvenir à le repousser. Son visage ne dissimulait rien du dégoût qu'il lui inspirait, et avant qu'il ne puisse réagir, elle lui cracha au visage, observant avec plaisir sa salive dégouliner le long de ce visage si parfait.

Sa réplique fut instantanée. Il la gifla, violemment, l'envoyant s'écraser contre le mur. Puis, lentement, il essuya sa joue, avant de marcher jusqu'à elle. Il devina la douleur cuisante qui la traversait à la haine qui brillait dans ses yeux.

« - Là est ta place, comme la Moldue que tu es.

Et il s'éloigna, d'un pas royal.

« - Crève !

Son dernier cri l'accompagna alors qu'il descendait l'escalier. Ses sanglots le bercèrent alors qu'il avançait dans les couloirs déserts. Il entendit son dernier hurlement retentir, empli de rage et de souffrance, alors qu'il passait les portes du château. Il inspira l'air frais à plein poumons. Puis il transplana.


La nuit venait de tomber quand Hermione revint enfin à Poudlard, accompagnée de Ron. Harry était resté à Buckingham pour superviser la suite des opérations, mais l'avait encouragée à rentrer se reposer. Tous les blessés avaient été pris en charge, et le plus gros des réparations avait été fait, mais elle savait que le plus dur restait à venir. Il était impossible que les Moldus ne se soient pas rendu compte que quelque chose clochait, et les membres de l'Ordre étant débordés, elle était sûre qu'un certain nombre de londoniens échapperaient aux Oubliettes.

Son premier réflexe fut de monter à l'infirmerie voir Ginny. C'était une habitude qu'elle avait pris près d'un mois auparavant après chaque bataille, elle montait vérifier qu'aucun de ses proches n'étaient blessés. Devinant ses intentions, Ron l'embrassa sur la tempe avant de la laisser. Lui était sûrement parti retrouver ses parents, qui vivaient au château depuis la bataille, comme de nombreux membres de l'Ordre. Elle mit un moment à atteindre l'infirmerie, ses pas ralentis par la fatigue accumulée au cours de la journée.

Elle poussa la porte, cherchant la chevelure rousse de son amie du regard, sans l'apercevoir. Il y a avait encore du monde dans l'infirmerie, mais l'agitation n'était plus à son comble. Elle reconnut Luna, qui aidait Mme Pomfresh à changer les draps des lits, souillés par la sueur, le sang et la poussière qui maculaient le corps des combattants. Lui adressant un bref signe de la main, elle referma la porte, et se dirigea vers la seconde infirmerie, quelques mètres plus loin. Cette ancienne salle abandonnée, transformée en salle de repos, était bien plus calme que la grande infirmerie, et abritait les patients trop faibles pour retourner dans leurs dortoirs. Elle était continuellement occupée.

Elle repéra rapidement Ginny, penchée sur un lit. La jeune fille lui fit signe qu'elle arrivait, et Hermione s'assit sur une chaise posée près de l'entrée en l'attendant. La plupart des lits étaient occupés, par des membres de l'Ordre, des élèves, des personnes qu'elle connaissait sûrement. Ginny arriva rapidement, la tirant de sa méditation.

« - Salut.

Sa voix était fatiguée, comme ses yeux soulignés par de larges cernes. Hermione lui adressa un faible sourire.

« - Comment tu vas ?

« - Un peu crevée. Ne m'en veux pas, mais je n'étais pas pressée de te voir. J'ai toujours peur de vous voir apparaitre à l'infirmerie. Comment vont Harry et Ron ?

Hermione serra sa main dans la sienne et écarta une mèche de cheveux de son visage, avec la tendresse d'une sœur.

« - Ils vont bien, et tes frères aussi, ne t'inquiète pas pour eux. Harry risque de rentrer tard par contre, ils ont encore besoin de lui à Buckingham.

Elle hésita un instant, alors que la rouquine hochait la tête.

« - On est tous rassurés de te savoir en sécurité ici, ajouta-t-elle finalement.

Les deux jeunes filles n'étaient pas ce qu'on pouvait appeler des meilleures amies, n'en déplaisent à certains. Ginny était la petite sœur de Ron, et c'est ainsi qu'Hermione la voyait, comme la petite sœur qu'elle n'avait jamais eu.

« - Bon, je suppose que tu n'es pas venue uniquement pour moi …

Hermione ne prit même pas la peine de protester. C'était la vérité, et elles étaient toutes deux trop fatiguées pour s'arrêter à des discussions vaines.

« - Qui ? demanda-t-elle simplement.

Ginny détourna les yeux.

« - Hannah a pris un Incendio, elle a le bras droit gravement brûlé. Dean a le dos tailladé par des Diffindo, Kingsley est dans le coma et a perdu beaucoup de sang …

Elle fit une pause pour respirer, avant de reprendre.

« - Jack a subi un Sectumsempra, il est très faible.

« - Oh Ginny, je suis désolée !

Hermione savait que le Gryffondor était l'un des meilleurs amis de la jeune fille.

« - Il s'en remettra, ne t'inquiète pas.

Elle hocha la tête.

« - C'est vers lui que tu étais ?

Hermione savait que Ginny allait passer la nuit à son chevet, comme elle-même l'aurait fait pour Harry et Ron.

« - Ah, non ! J'apportais juste un verre d'eau à Zabini.

« - Zabini ? Qu'est-ce qu'il fait là ?

« - Il a pris pas mal de Doloris, répondit-elle distraitement. C'est marrant, ajouta-t-elle en se tournant vers Hermione, je ne l'aurais jamais imaginé se battre à nos côtés. Il est plus courageux que ce que je croyais.

Hermione détourna la tête, gênée. Elle s'en voulait soudain d'avoir soupçonné le jeune homme de vouloir les trahir, alors que celui-ci lui avait sauvé la vie, et qu'il semblait payer le prix fort son engagement dans leur cause.

« - Je peux aller le voir ?

Ginny haussa les épaules.

« - Tu fais bien ce que tu veux. Juste … Si tu le vois, tu pourras dire à Harry que je vais rester auprès de Jack cette nuit ? Je ne veux pas le laisser tout seul …

« - Bien sûr. Repose-toi quand même, tu es toute pâle.

La jeune fille esquissa un léger sourire, avant de serrer son amie dans ses bras. Même si elle n'osait pas le dire, tout son corps hurlait, elle n'avait qu'une envie, qu'Harry vienne la trouver et la rassure, lui dise lui-même qu'il n'était pas blessé et avait besoin de la voir avant de s'endormir. Mais elle ne dit pas un mot et se détourna, traversa la salle d'un pas triste, avant de s'asseoir sur le bord d'un lit. Elle balaya doucement une mèche du visage de son Jack, et son visage s'éclaira quand elle se mit à lui parler. Hermione esquissa un léger sourire, et prit son courage à deux mains pour rejoindre le lit où Zabini somnolait. Elle s'arrêta au pied du lit, triturant nerveusement ses mains. Elle hésita, avança d'un pas, sans pour autant s'approcher trop près du lit.

« - Granger, grogna le blessé sans ouvrir les yeux.

Elle parut surprise qu'il l'ait reconnue, tout en étant paradoxalement rassurée. Prise d'une impulsion soudaine, elle s'assit à côté de lui, étudiant ses traits tirés, la grimace qui déformait parfois son visage.

« - Quand tu auras fini de m'admirer, tu me diras peut-être ce que tu veux.

« - Je suis désolée. Je t'ai mal jugé, j'ai cru que tu voulais nous trahir alors que tu m'as sauvé la vie et que tu as été blessé en nous aidant, je suis désolée de ne pas t'avoir fait confiance, déballa-t-elle à toute vitesse.

Il ouvrit un œil, surpris. Il n'aurait jamais pensé Granger capable de s'excuser, et encore moins de revoir son jugement sur un Serpentard.

« - Ça fait mal ? demanda-t-elle précautionneusement, sa curiosité prenant le dessus.

Il essaya d'hausser les épaules, ce qui lui arracha une grimace de douleur.

« - Comme un Doloris, mais ça m'étonnerait que tu connaisses.

« - Si, lâcha-t-elle sans trop savoir pourquoi elle se confiait à lui. Bellatrix s'est amusée avec moi. Je sais ce que ça fait, et j'imagine que c'est pire quand ça vient de quelqu'un qu'on aime. C'est Drago, n'est-ce-pas ? demanda-t-elle prudemment devant son manque de réponse.

Il détourna la tête, se soustrayant à son regard.

« - Tu devrais partir, Granger.

Un silence choqué suivit sa déclaration. Hermione se leva, l'air blessé, tirant nerveusement sur son pull. Elle jeta un dernier regard au jeune homme, qui ne la regardait toujours pas, avant de s'éloigner.

« - Merci.

Le dernier mot du jeune homme la surprit, mais elle ne se retourna pas, quittant l'infirmerie d'un pas rapide. Elle croisa Pansy et Daphné dans le couloir, qui lui jetèrent un regard brûlant de haine, sans pour autant lui adresser un mot. Haussant les épaules, elle monta en direction de la salle commune de Gryffondor. Elle la traversa, empruntant les escaliers pour rejoindre le dortoir des garçons. Ron était déjà présent, et l'embrassa tendrement en la voyant arriver.

« - Je vais prendre une douche, souffla-t-elle en se glissant dans la salle de bain.

Il y avait longtemps qu'elle ne dormait plus dans son dortoir. Depuis le début de la guerre, elle faisait des cauchemars presque toutes les nuits, revoyant en rêve les visages des blessés, de ceux qui étaient tombés, de ses victimes et ses bourreaux. Elle s'était rapidement rendu compte que seuls les bras de Ron parvenaient à la calmer quand elle se réveillait en sursaut en pleine nuit, et petit à petit, s'était installée dans son dortoir.

Prenant bien garde de fermer la porte de la salle de bain à clef, elle se déshabilla avant de se glisser dans la douche, laissant l'eau couler sur son corps, la débarrassant des toutes les horreurs qu'elle avait vues, de toutes celles qu'elle avait commises. Quand elle eut enfin la sensation d'être propre, sa peau encore rougie, irritée de l'avoir tant frottée pour faire partir l'odeur des combats qu'il lui semblait encore sentir, elle enfila un vieux tee-shirt ayant appartenu à Ron ou à Harry et se glissa dans le dortoir.

Ses cheveux roux encore humides gouttant sur l'oreiller, Ron s'était déjà endormi, exténué par cette longue journée. Hermione déposa ses affaires au pied du lit et s'installa à côté de lui, calant sa tête sur son torse. Elle inspira son odeur si rassurante, et sourit légèrement en sentant ses bras se refermer autour d'elle. Ici, elle se sentait en sécurité, et s'endormit paisiblement, l'étreinte rassurante de son petit ami tenant les cauchemars à distance.

Quand Harry rentra enfin, peu avant l'aube, de larges cernes entourant ses yeux verts, il ne put s'empêcher de sourire en les voyant si étroitement enlacés. Il était heureux, heureux que ses amis se soient enfin trouvés, heureux qu'ils aient une épaule sur laquelle se reposer. Un élan de culpabilité le saisit lorsqu'il songea qu'il n'était pas passé voir Ginny. Il avait peur, tellement peur pour elle, qu'il préférait la tenir à distance, pour la préserver de tous ces dangers, de toutes ces morts. Et alors que la guerre était en train de prendre un nouveau tournant, il refusait d'entendre la petite voix qui lui soufflait qu'il la perdrait bien plus sûrement en instaurant cette distance entre eux que face à n'importe quel ennemi.

Il laissa échapper un bâillement, et se jeta sur son lit, enfouissant son visage dans l'oreiller. Le sommeil l'emporta en quelques secondes, et il ne vit pas le morceau de parchemin que son mouvement brusque avait fait voleter. Celui-ci tourbillonna un instant et, virevoltant avec grâce, glissa jusque sous le lit.

« Jack a été blessé, Ginny est restée à l'infirmerie avec lui. Je crois qu'elle aimerait que tu passes la voir, Harry … Tu lui manques. Tendrement, Hermione. »


Et voilà ! J'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me laisser un petit message pour me dire ce que vous en avez pensé ;) A bientôt !