Salut ! Comme promis, le nouveau chapitre est là, j'espère qu'il vous plaira.

Merci à mes revieweurs, à tous ceux qui me lisent, et bonne lecture à tous ;)


Le temps était maussade ce jour. Le ciel de Londres était grisâtre, lourd, d'une moiteur étouffante. Il allait sûrement faire orage, songea Robert en quittant sa caserne. Il traversa quelques rues, sans faire attention à ce qui l'entourait, seulement guidé par son instinct, jusqu'à atteindre le quai de la Tamise. Là, il s'accouda au parapet, laissant son regard se perdre dans les eaux sales. Il se sentait fatigué, usé. Quelques jours plus tôt, l'opération spéciale à laquelle il avait participé l'avait galvanisé, l'avait fait se sentir utile. C'était peut-être pour ça qu'il était devenu soldat, pour protéger les innocents, au péril de sa vie s'il le fallait. Mais cette opération-là avait été différente. Il n'avait pas seulement sauvé des vies, il avait également été utile au monde magique, ce monde auquel il appartenait toujours un peu, même s'il l'avait toujours rejeté.

Il jeta un coup d'œil à sa montre. Il était 18h13. Ses amis arriveraient sans doute bientôt. Il ne les avait pas vu depuis longtemps, trop longtemps. Depuis l'attaque sur Buckingham en fait. Il appréhendait un peu les retrouvailles. Il avait appris, par Sam, que Lloyd avait perdu son jeune frère ce jour. Il espérait qu'il ne lui en voudrait pas, de ne pas avoir été présent pour lui. Pour eux deux. Glissant une main dans la poche de son uniforme, il en tira son paquet de cigarettes, ainsi qu'un briquet. En l'allumant, il croisa le regard d'une vieille femme. Dans ses yeux, il voyait le respect que lui inspirait sa tenue. Il esquissa un sourire dans sa direction, avant de tirer sa première taffe. Il était fier d'être militaire, fier de voir que les gens le reconnaissaient comme quelqu'un de prêt à donner sa vie pour les protéger.

Il entendit le pas de ses amis bien avant de les voir arriver. Il se retourna, appuyant son dos contre la rambarde. Dan marchait en tête, comme à son habitude, un sourire charmeur aux lèvres. Derrière lui, Sam et Lloyd discutaient, et même s'il était impossible de ne pas voir l'étincelle de douleur dans les yeux de Lloyd, la présence de ses amis semblait le réconforter. Enfin, quelques mètres en arrière, les mains négligemment enfoncées dans ses poches, venait John. Après deux ans, Robert ne savait toujours pas quoi penser de lui. Ce type était une énigme, il ne se souvenait pas l'avoir un jour entendu parler de lui.

« - Robert ! Ravi de te voir, mon pote.

Et il pouvait voir dans leurs yeux qu'ils étaient sincèrement contents de le voir. Soulagés, même, de constater qu'il était bien vivant, en un seul morceau.

« - Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Tu t'es pris une porte ?

Robert grimaça. Pendant l'opération, un objet avait violemment cogné son visage, lui explosant une pommette. Même si la blessure avait été soignée, elle restait difficilement dissimulable.

« - Tu as participé à une opération ? s'enquit de suite Dan.

Il hésita. Il n'avait pas le droit de parler de l'opération, la plus secrète qui puisse exister. Depuis qu'ils étaient sous le commandement d'Hestia Jones, une femme pour qui il éprouvait le plus profond respect, ils n'avaient à rendre de comptes à personne. Mais la mort d'un de leurs hommes dans l'opération, et les blessures des autres, même si la plupart étaient minimes et que les sorciers avaient rapidement soigné les plus graves, intriguaient les autres régiments.

« - Je ne peux rien vous dire, les gars. C'est top secret.

Ils hochèrent la tête avec compréhension, sachant que leur ami n'avait jamais le droit de leur parler de ce qu'il faisait, mais Lloyd ne put s'empêcher d'insister.

« - Robert … Dis-moi, est-ce que vous vous êtes battus contre ces terroristes ?

Il savait exactement ce que Lloyd voulait savoir. Est-ce que les rumeurs étaient vraies ? Avaient-ils rencontré ceux, qu'à couvert bien sûr, on appelait sorciers, et qu'on pensait capables du pire ? Et surtout, pouvait-on avoir le dessus sur eux ? La même lueur d'intérêt brillait dans les yeux de Dan et Sam, même s'ils n'avaient pas osé poser la question. Seul John semblait s'ennuyer, et observait le ballet des passants d'un air morne. Bien sûr. John ne pouvait pas prêter attention à de telles sornettes.

« - Je ne peux rien te dire, Lloyd. Mais ne t'inquiètes pas, on les aura bientôt.

Et il le pensait vraiment. Après tout, quand ces Mangemorts avaient attaqué Buckingham, ils avaient été pris au dépourvu, mais l'opération à laquelle il avait participé lui prouvait que ces sorciers, aussi noirs soient-ils, ne valaient rien face à l'armée Moldue. Tout irait bien, il en était persuadé. Il voyait que Lloyd n'était pas convaincu, mais il ne pouvait rien lui dire de plus. Ils discutèrent encore, quelques minutes, prenant soin d'éviter ce sujet qui pourtant était au cœur de leurs pensées. Quand ils se séparèrent, tous se promirent de se revoir très vite, tout en sachant que ce ne serait peut-être pas le cas. Si le dernier mois leur avait appris quelque chose, c'était bien ceci : ils ne savaient pas de quoi le lendemain serait fait, et tout, même l'impensable, pouvait encore arriver.

Seul John ne partit pas, s'appuyant, comme Robert l'avait fait un peu plus tôt, contre la rambarde surplombant la Tamise. Il était jeune, tout le monde ne cessait de le lui répéter. Pourtant, quand ses yeux clairs balayaient la ville face à lui, il sentait le poids des années peser sur ses épaules, et le vide l'appelait avec insistance.

« - John ?

La voix de Lloyd le tira de ses sombres pensées. Il voyait dans ses yeux qu'il voulait lui parler de leur dernière discussion, dans ce bar où il s'était emporté, où il n'avait pas su garder son calme pourtant olympien.

« - J'ai repensé à ce que tu nous avais dit l'autre jour, et je me posais une question …

Lloyd se tordait les mains, visiblement mal-à-l'aise, rendu fébrile par le lourd regard que John posait sur lui.

« - Si c'est vrai … Si ce que tu nous as raconté est vrai … Comment as-tu survécu ? Comment as-tu fait pour survivre à l'attaque de ce sorcier ?

C'était une question à laquelle John aurait préféré ne pas répondre. S'efforçant de ne pas laisser ses souvenirs remonter à sa mémoire, il répondit d'un ton neutre mais sans appel.

« - Quelqu'un a fait diversion. Quelques secondes de répit qui m'ont sauvé la vie.

Lloyd hocha la tête, semblant se satisfaire de cette réponse, puis repartit, le dos voûté. John, quant à lui, se tourna à nouveau vers la Tamise, luttant contre le flot de souvenirs qui ne demandaient qu'à s'échapper.


Le soleil s'était levé depuis quelques heures sur Poudlard, baignant le château d'une douce chaleur. Au lendemain de la bataille de Ste Mangouste, une torpeur lancinante semblait posséder ses habitants. La bataille avait été gagnée, mais au prix de nombreuses vies le bilan semblait chaque fois plus lourd, et la victoire avait un goût amer. Dans l'après-midi qui avait suivi la prise de l'hôpital, Kingsley Shacklebolt avait quitté l'infirmerie pour Ste Mangouste, où les médecins étaient confiants sur sa guérison.

Dans un couloir désert, une silhouette menue, à la flamboyante chevelure rousse, trottinait doucement. Il était à peine huit heure, et Ginny Weasley se dirigeait vers la Grande Salle de Poudlard pour prendre son petit déjeuner. Elle espérait voir ses frères, qu'elle n'avait pas vus la veille, tous étant extrêmement occupés à la suite de la bataille. Elle savait qu'ils allaient bien, ce qui ne l'empêchait pas de s'inquiéter pour eux, comme c'était le cas à chaque bataille. Elle fit soudainement un brusque écart, manquant de peu de rentrer dans une personne qui avançait à vive allure, dans la direction opposée à la sienne. Une personne qu'elle n'avait pas vu depuis plusieurs jours, et qu'elle n'avait pas vraiment envie de croiser ce matin. Harry.

Face à face, les deux jeunes gens s'étudièrent, sans un mot, la même rougeur gênée ayant pris place sur leurs joues. Ginny se balançait nerveusement d'un pied sur l'autre, et Harry ne cessait de passer sa main dans ses cheveux, comme pour camoufler son trouble. Ils ne savaient pas quoi dire, mais restaient pourtant plantés là, sans bouger, se contentant de se fixer. Ce fut finalement Ginny qui rompit le silence, d'une voix mal assurée.

« - Tu vas bien ?

Elle aurait voulu se gifler pour cette question stupide, banale, sans intérêt.

« - Oui. Oui, ça va. Et toi ?

Elle hocha la tête, écrasée par le silence qui reprenait ses droits. Harry semblait rassuré de savoir qu'elle allait bien, n'avait pas été blessée, mais ne semblait pas savoir quoi dire non plus. Le silence devenait pesant, et Ginny se sentait mourir intérieurement de honte. Cette situation était affreusement ridicule. Finalement, la torture prit fin lorsque Jack l'appela depuis l'autre bout du couloir, brisant cet instant gênant. Pourtant, elle n'osa pas partir de suite.

« - Bon, ben … à bientôt, marmonna-t-elle.

« - Prends soin de toi, répondit-il immédiatement, précipitamment même.

Il s'éloigna d'un pas raide, et elle détala pour rejoindre Jack, qui la regardait d'un air dépité. Elle savait ce qu'il pensait, qu'elle avait fait une connerie en quittant Harry. D'ailleurs, il ne manqua pas de lui faire remarquer le ridicule de la situation.

« - Retour au point de départ, soupira-t-il dramatiquement. Ginny Weasley, sixième année, est intimidée par Harry Potter et n'ose pas lui dire qu'elle est amoureuse de lui.

Elle rougit avant de protester.

« - Arrêtes ! Tu sais très bien que c'est plus compliqué. J'en ai marre qu'on me prenne pour une gamine incapable de prendre soin d'elle. C'est à lui de faire des efforts !

Jack ne fit aucun commentaire, se contentant de lever les yeux au ciel, avant de repartir en direction de la Grande Salle. Avant de le suivre, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil derrière elle, pour apercevoir une dernière fois la silhouette d'Harry qui s'éloignait au fond du couloir.


Le soleil brillait ce matin. Neville trouvait ça ironique. Comment le soleil pouvait-il briller, alors que l'orage faisait rage dans son cœur ? Ils avaient enterré ses parents la veille. Il n'avait pas voulu que tout Poudlard soit présent, et seuls ses amis s'étaient tenus à ses côtés. Ils l'avaient obligé à manger, l'avaient emmené se coucher, mais il était revenu ici dès son réveil. Devant la tombe qui abritait les corps de ses parents. Il n'arrivait pas à croire qu'ils étaient morts. Leur chute, le rire démentiel de Bellatrix, tout se mélangeait dans sa tête et lui vrillait les tympans.

Il avait besoin d'eux. Besoin de les voir, de croiser leur regard, même absent, que sa mère lui glisse un papier de bonbon dans la main. Tous ces petits gestes qui lui rappelaient qu'il avait des parents qui l'aimaient. Mais toujours, ces corps qui tombaient, sans un cri. Et au fond de lui, l'espoir qui partait en miette. Jamais ses parents ne recouvreraient la raison. Cet espoir d'enfant qu'il avait toujours eu, qu'un jour ils le reconnaissent, lui disent qu'ils étaient fiers de lui, cet espoir s'était évanoui avec Bellatrix Lestrange.

Il sentait des larmes couler sur ses joues, sans se rendre compte qu'il pleurait. Aujourd'hui, Neville ne voulait plus être courageux. Il ne voulait plus être un leader, plus être le second d'Harry. Aujourd'hui, Neville était un enfant perdu, qui venait de perdre ses parents pour la seconde fois. Il était seul, perdu, balloté entre son chagrin immense et une colère trop grande pour lui. Ravalant ses larmes, il se redressa devant la tombe, digne dans sa douleur.

« - Je la tuerai, promit-il. Je tuerai Bellatrix Lestrange.

« - Je sais.

Il ne se retourna pas pour chercher d'où provenait cette voix fluette. Il tendit les bras, et Luna le serra contre elle, chantonnant doucement tout en massant sa nuque de ses doigts fins. Ses larmes roulaient dans le cou de la jeune fille, jusqu'à s'écraser dans son chemisier. Agenouillé devant la tombe de ses parents, Neville s'accrochait à Luna comme à une bouée, comme s'il ne lui restait qu'elle au monde. Et elle le savait, bien sûr. Luna savait toujours quand les autres pensaient qu'elle ne voyait rien. Elle voyait simplement plus loin, dans ces contrées qu'ils n'atteindraient jamais.


Hermione plissa les yeux, relisant pour la troisième fois la note qu'elle tenait, avant de finalement la poser sur la pile de droite. Elle était seule, dans le bureau de Kingsley, travaillant depuis bientôt quatre heures. Les notes de liaison et autres informations s'accumulaient depuis des mois dans le bureau, et elle s'était portée volontaire pour les ranger. Personne ne s'était porté volontaire pour l'aider, mais ça ne la dérangeait pas. Elle avait besoin de calme, de ce travail répétitif pour se vider la tête.

Les combats la fatiguaient. La violence, la mort, le sang, la douleur, la destruction l'oppressaient chaque fois un peu plus. Elle savait que leur cause était juste, et n'hésitait jamais à se battre, ce qui ne l'empêchait pas de penser que cette guerre était un gâchis, pour des centaines de personnes. Elle soupira, se concentrant à nouveau sur sa tâche pour chasser ces pensées négatives. Ce fut l'ouverture de la porte, quelques minutes plus tard, qui l'en tira.

« - Zabini, qu'est-ce que tu fais là ?

Le métis ne parut pas se formaliser de son regard assassin, s'asseyant tranquillement en face d'elle. Avachi contre le dossier de la chaise, il attrapa une des notes devant lui, la parcourant du regard avec nonchalance. Agacée, Hermione lui arracha le papier des mains, le reposant sur sa pile.

« - Si c'est pour me déranger, tu ferais mieux de repartir !

Nullement dérangé par son ton agressif, il haussa les épaules.

« - Je passais simplement voir comment tu allais. Tu n'es pas venue à l'entrainement ce matin.

Hermione blanchit tout à coup en vérifiant l'heure.

« - Merlin, il est déjà midi ? Oh non, je n'aurais jamais le temps de rattraper mon entrainement avec tout ce que j'ai à faire …

Blaise ricana, et elle lui décocha un regard noir.

« - Il n'y a rien de drôle là-dedans.

Il haussa à nouveau les épaules, se leva et partit en direction de la porte.

« - Mais … Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna-t-elle.

« - Je m'en vais. Je n'ai pas envie de t'écouter passer tes nerfs sur moi.

Elle se redressa brusquement, remettant maladroitement en place les piles de parchemin se trouvant sur le bureau.

« - Non, je suis désolée, je suis fatiguée, c'est pas contre toi… On va manger, d'accord ?

Il haussa un sourcil surpris, mais ne bougea pas, attendant qu'elle ramasse ses affaires et le rejoigne. Il devait avouer que la Gryffondor l'amusait. Elle faisait visiblement des efforts pour être amicale avec lui, essayant probablement de prouver qu'elle avait dépassé ses préjugés sur les Serpentards, mais ses réflexes revenaient quand elle était surprise.

« - C'est bon. On descend aux cuisines ? Je n'ai pas envie de voir du monde.

« - Si tu veux.

En fait, ce qui amusait vraiment Blaise, plus que les tentatives d'Hermione pour être gentille avec lui, était la tête des élèves qu'ils croisaient, ébahis de les voir discuter ensemble. Il avait d'ailleurs bien cru que Weasley allait faire une crise d'apoplexie en apprenant qu'il était le binôme d'Hermione lors du dernier combat !

Ils atteignirent rapidement les cuisines, où les elfes s'empressèrent de leur servir à manger, avec moult révérence, ce qui ne manquait pas d'agacer Hermione. Blaise n'avait jamais eu d'elfe de maison, et pouvait comprendre que cette attitude servile l'énerve, ce qu'il n'avouerait pour rien au monde. La contredire était bien plus drôle.

« - Je ne sais rien sur toi, lança brusquement Hermione, alors qu'ils arrivaient au dessert.

« - Et ?

Blaise attendait cette conversation depuis un moment. Il était même surpris que la Gryffondor ait réussi à retenir sa curiosité jusque-là.

« - Je ne sais pas. On pourrait essayer d'apprendre à se connaître, non ?

« - Et pourquoi ?

« - Je ne sais pas, répéta-t-elle. C'est ce que font les amis, non ?

Il ne put se retenir de ricaner.

« - Depuis quand toi et moi sommes amis, Granger ?

La voyant se rembrunir, il se reprit.

« - C'est bon, désolé. C'est juste que je n'aime pas parler de moi.

« - Je comprends. Désolée.

Hermione se sentait minuscule face au regard scrutateur du grand métis. Elle n'avait jamais remarqué à quel point ses yeux étaient noirs avant qu'ils ne soient posés sur elle, comme s'il pouvait percer tous ses secrets d'un simple regard. Il l'intimidait, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de rechercher son amitié, sans savoir si elle cherchait à sauver le dernier Serpentard n'ayant pas rejoint les Mangemorts ou à se prouver qu'elle était capable de dépasser ses préjugés. Elle baissa la tête, les yeux rivés sur sa tarte aux pommes, l'écrasant consciencieusement. Discuter avec le Serpentard était peut-être une mauvaise idée.

« - Ma mère est une veuve noire, déclara-t-il soudain, alors qu'elle pensait qu'il ne parlerait plus. Je n'ai jamais connu mon père. Fin de l'histoire.

Elle releva la tête, scrutant le visage face à elle, qui se voulait un masque de froideur.

« - Ce n'est jamais tout, objecta-t-elle.

« - D'accord. Ma mère est née en Italie, elle a fait ses études à Beauxbâtons. Elle avait dix-neuf ans quand je suis né. Un accident, elle me l'a toujours reproché. Je ne sais pas qui est mon père, pas même son nom. Je ne sais pas s'il était vieux ou jeune, de quelle couleur étaient ses yeux, s'il aurait aimé me rencontrer… Je ne sais pas. Ma mère a eu sept maris, tous morts mystérieusement. J'avais huit ans quand je l'ai surprise en train de préparer un poison. Quand j'ai compris qui elle était vraiment.

Hermione resta silencieuse, ne sachant que dire après un tel aveu.

« - Le pire dans tout ça, c'est que ça ne me touche même plus. Quand le Seigneur des Ténèbres est revenu, il y a deux ans, elle s'est enfuie. Elle ne m'a même pas dit au revoir, pas un mot, rien. Quand je suis rentré pour les vacances, la maison était vide. Je ne sais pas où elle est aujourd'hui. Probablement de retour en Italie, mariée à un vieux schnock.

Prise d'une impulsion subite, Hermione attrapa sa main, avant de la lâcher aussi brusquement, les joues rouges. Blaise Zabini n'était pas quelqu'un qui appréciait la pitié.

« - Mes parents sont Moldus, commença-t-elle à son tour, les yeux toujours rivés sur sa tarte aux pommes. Ils ont toujours été là pour moi, aimants, comme des parents doivent l'être. Quand j'ai appris que j'étais une sorcière, ils m'ont dit qu'ils étaient fiers de moi, mais … Je savais bien que ce n'était plus pareil. C'était sûrement de ma faute. Je n'étais plus là de l'année, et quand je rentrais chez moi, je ne savais pas quoi leur dire. Je ne savais pas comment leur parler de ce monde qui leur était étranger. Alors j'ai commencé à passer mes vacances à Poudlard, puis chez les Weasley, puis avec Harry.

Elle laissa passer un silence, que Blaise ne tenta même pas de remplir.

« - L'année dernière, avant de partir avec Harry et Ron, j'ai… Je leur ai lancé un sortilège de Faux Souvenirs. Ils m'ont oubliée. Aujourd'hui, ils vivent en Australie, sans savoir qu'ils ont une fille.

Elle redressa la tête, les yeux brillants de larmes retenues.

« - Je voulais les protéger, tu comprends. Même si j'ai été une mauvaise fille, je les aime, et je ne veux pas risquer leur vie. Ce n'est pas leur combat.

Elle scruta son visage, cherchant à savoir ce qu'il pensait, sans y parvenir.

« - Désolée, marmonna-t-elle finalement, vaincue par le silence. Je m'apitoie sur mon sort.

« - Non, c'est bon. C'est normal que tes parents te manquent.

Il hésita un instant, avant d'ajouter.

« - Tu sais, Granger, tu gagnes à être connue.

Elle esquissa un sourire.

« - Es-tu en train de dire que tu aimes discuter avec moi ?

« - Rêves pas.

Elle sourit franchement.

« - Si tu veux savoir, tu n'es pas si désagréable, pour un Serpentard… Tu pourrais peut-être même t'entendre avec nous.

« - Avec Weasley et Potter ? Là, tu rêves vraiment, Granger. Allez, viens, on a cours de DCFM cet après-midi.

Les septièmes années allaient de moins en moins en cours, trop occupés par leurs entraînements et les missions de l'Ordre, mais la Défense Contre les Forces du Mal était un cours qu'ils essayaient de ne pas manquer. Même Hermione avait dû se résoudre à sécher des cours, ce qui l'exaspérait au plus haut point. Elle attrapa son sac, qu'elle balança sur son épaule, avant de grimacer quand la lanière entra en contact avec son corps.

« - Ton épaule ? s'inquiéta Blaise.

Elle avait été violemment heurtée par une armoire qui s'était effondrée, lors de l'attaque de Ste Mangouste, et même après un passage à l'infirmerie, celle-ci la faisait encore souffrir.

« - C'est bon, ça va, répondit-elle en changeant son sac d'épaule.

Il n'insista pas, et elle lui en fut reconnaissante. Ce fut lui qui relança la conversation, se moquant allègrement d'elle durant le chemin, un invisible sourire au coin des lèvres. Hermione, elle, souriait à ses remarques sarcastiques, lui renvoyant quelques répliques acérées. Ce n'était pas une amitié qui se nouait entre eux, à peine une entente bancale, mais Hermione appréciait les moments qu'elle passait avec Blaise.


Aileen avait passé une semaine complète dans le coma. Une semaine complète, durant laquelle Albert n'avait pas quitté son chevet, ne s'autorisant à dormir que quand Blaise passait voir la jeune femme. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'il la veillait ainsi. A chaque fois qu'elle avait trouvé un de ces maudits bouquins, s'il se souvenait bien. Des semaines de coma, interminables. Puis le réveil, insoutenable. La rage dans ses yeux, contre ce corps qui n'était pas assez fort pour supporter les traitements qu'elle lui infligeait. C'était pour cela, qu'elle avait rencontré Sachs. Les Potions de Lune, une drogue qui faisait des ravages chez les sorciers. Mais grâce à elles, Aileen se sentait plus forte, repoussait ses limites encore plus loin. Et elle avait sombré.

Aujourd'hui, alors qu'il la surveillait du coin de l'œil, il devinait que le cauchemar allait recommencer. Comme inconsciente de son regard, la jeune femme déboucha une petite fiole, qu'elle avala d'une traite. Puis elle s'approcha de lui, sourire aux lèvres, sans se douter qu'il voyait les tremblements qu'elle tentait de dissimuler.

« - Je dois retourner à Poudlard, lui annonça-t-elle. Blaise m'a parlé de l'attaque sur Ste Mangouste, j'ai manqué beaucoup de choses. Je serai de retour dans la soirée !

Et elle était partie, passant la grande porte pour rejoindre le portail qu'elle avait installé au fond de son jardin. Seul, Albert la surveilla depuis la fenêtre jusqu'à ce qu'elle disparaisse, secouant la tête avec fatigue. Aileen ne changerait jamais.

Arrivée à Poudlard, la jeune femme rajusta sa cape et remonta le chemin jusqu'au château, ignorant les regards qui la suivaient. Elle avait depuis longtemps appris à ne plus faire attention aux murmures qui suivaient son passage, les méprisant plus que tout. Elle monta les escaliers, traversa des couloirs, jusqu'à atteindre le bureau de Kingsley. Harry était seul dans la pièce. Il l'incendia du regard dès qu'elle posa le pied dans la pièce.

« - Que faites-vous là ?

Son ton était glacial, bien loin de l'enfant apeuré qui guettait son soutien. Elle ne répondit pas immédiatement, prenant soin de faire le tour de la pièce avant de s'arrêter auprès de lui.

« - Je pense que nous devons parler.

« - Nous n'avons rien à nous dire, rétorqua-t-il immédiatement.

Elle eut la décence de paraître surprise, et il se plaça face à elle, les deux mains à plat sur le bureau.

« - Je ne sais rien de vous. Je n'ai aucune raison de vous faire confiance. La seule chose qui me poussait à le faire était cette promesse que vous m'avez faite, de toujours être présente à mes côtés lors des combats, jusqu'à la chute de Voldemort. Vous n'étiez pas là à Ste Mangouste. Des gens sont morts, des gens qui auraient pu être sauvés, et c'est uniquement votre faute. Vous avez rompu votre promesse. Vous n'avez plus rien à faire ici. En fait, vous n'êtes plus la bienvenue à Poudlard.

Elle le scruta longuement, le regard froid, comme pour juger ses paroles. Puis, finalement, comme si elle comprenait quelque chose qu'il ne saisissait pas, elle éclata de rire, de ce rire léger et hypnotisant qui l'avait envoûté lors de la Bataille de Poudlard.

« - Allons, Harry, soupira-t-elle en passant une main sur sa joue. Tu sais très bien que ce n'est pas fini. Tu as besoin de moi, et tu le sais. Je reviendrai, Harry. Prends soin de toi.

Elle tourna les talons et franchit à nouveau la porte, sans un bruit, dans un calme olympien. Les mains toujours à plat sur la table, Harry s'autorisa à nouveau de respirer, tremblant de tous ces membres. Même s'il s'était préparé à cette entrevue, affronter Aileen avait été éprouvant. Sa joue le brûlait toujours à l'endroit où elle l'avait effleuré, et il avait l'impression tenace qu'elle avait mené le dialogue du début à la fin, qu'il ne pouvait pas gagner contre elle, sans imaginer une seule seconde que de son côté, la jeune femme fulminait intérieurement de perdre le contrôle sur lui.

La porte s'ouvrit à nouveau, sur les membres de l'Ordre cette fois-ci. Minerva McGonagall, Boromir Netchev, Hestia Jones, Charlie, Bill et Fleur, Ron, Hermione et Neville. Prenant une grande inspiration, Harry ouvrit la réunion de l'Ordre, s'efforçant de ne pas penser à Aileen.

« - Nous avons croisé Aileen dans le couloir, commença Hermione.

Raté.

« - Elle est passé me voir, confirma-t-il.

« - Qu'est-ce qu'elle voulait ?

La voix de Minerva était sèche, désapprobatrice.

« - Je ne sais pas. Je lui ai dit qu'elle n'était plus la bienvenue à Poudlard. Mais elle reviendra quand même.

Minerva secoua la tête. Visiblement, les mois passés ne lui avaient pas donné confiance en Aileen.

« - Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Nous devons l'empêcher de revenir, Harry.

« - Minerva a raison, ajouta Charlie. Je trouve étrange, quand même, qu'elle fasse tout pour intégrer l'Ordre, pour participer aux batailles, et qu'elle disparaisse précisément le jour de l'attaque de Ste Mangouste, où les renforts Mangemorts ont été particulièrement rapides à intervenir…

Harry ouvrit la bouche, ébahi.

« - Mais enfin Charlie, tu n'es pas sérieux ! Tu insinues qu'elle aurait prévenu Voldemort pour l'attaque sur Ste Mangouste ?

« - Reconnais que c'est étrange, Harry !

« - J'ai essayé de lui donner une chance, Harry, mais tu vois bien qu'on ne peut pas lui faire confiance, plaida Minerva.

Le jeune homme secoua la tête, refusant d'y croire. Même s'il avait fait face à la jeune femme quelques minutes auparavant, il refusait de croire qu'elle ait pu retourner sa veste.

« - Ce n'est pas possible, affirma-t-il avec conviction. Voldemort a tué ses parents, elle le hait trop pour le rejoindre.

Minerva ferma les yeux une seconde, luttant visiblement contre sa conscience. Autour d'elle, tous étaient pendus à ses lèvres.

« - Ce n'est pas vrai, Harry. Du moins, ça n'a pas toujours été vrai…

Il la fixa, une lueur étrange dans le regard.

« - Qu'est-ce que vous voulez dire ? Minerva, qu'est-ce que vous savez, que vous nous cachez depuis le début ?

Elle planta ses yeux dans les siens, le fixant avec appréhension, avant de répondre.

« - Harry… Il était son amant. Tom était son amant.


Tada !

Alors, vos avis ? Plein de petites scènes dans ce chapitre, que pensez-vous des personnages ? Les Moldus, Luna, Neville, Ginny, Harry, Hermione, Blaise, Aileen ... Et la révélation de Minerva ? Je veux tout savoir !

Prochain chapitre la semaine prochaine, passez une bonne journée !