Bonjour à tous !

Voici le nouveau chapitre, un chapitre très important pour l'histoire, que j'ai adoré écrire. Il apportera des réponses à beaucoup de vos questions, mais aussi beaucoup de nouvelles questions. J'espère qu'il vous plaira ! Pour la suite, j'ai (enfin) fait un plan de ma fiction, donc je sais exactement où j'en suis, plus de risques que je me perde, et je peux vous annoncer que les événements vont s'enchaîner assez rapidement.

Avant de vous laisser, je voudrais remercier tous ceux qui me lisent, ainsi que mes fidèles revieweurs, je vous aime et votre soutien est très important pour moi.

Une dernière petite chose : pour ce chapitre, je vous conseille de regarder des photos des Highlands en automne pour vous imprégner de l'atmosphère. Bonne lecture !


« - Tom était son amant.

La déclaration de Minerva résonna longuement dans l'atmosphère saturée de la salle, heurtant le silence choqué des personnes présentes. Sur tous les visages, dans tous les esprits, une seule question se posait, imprimée en lettres de feu : était-ce possible ? Pouvaient-ils simplement l'imaginer, la belle et la bête, la jeune femme et le monstre ? Mais plus le silence s'éternisait, plus l'idée, insidieuse, s'infiltrait dans leur esprit. Après tout, n'était-elle pas la menteuse, l'inquiétante Aileen, celle dont on ne savait rien, à peine son âge ? Et Tom n'avait-il pas été un beau, un charismatique jeune homme ? Était-ce réellement impossible ? Ce fut Harry, encore une fois, qui rompit le silence.

« - Non, ce n'est … Non. Minerva, vous ne pouvez pas dire ça, vous ne pouvez pas nous balancer ça, comme ça, je … Expliquez-nous.

La vieille femme ferma un instant les yeux, les plissant douloureusement, comme s'il lui en coûtait de se remémorer ce qu'elle avait vu, il y a si longtemps. Puis, d'une voix fatiguée, un peu cassée, elle débuta son récit, remontant loin dans ses souvenirs, jusqu'à l'année de ses vingt et un ans.

Ce jour-là, Minerva venait de fêter ses vingt et un ans. Pour cette occasion, elle avait déposé une journée de congé, abandonnant son poste au ministère pour profiter de sa famille, qu'elle n'avait pas vue depuis de nombreuses semaines. Avant de pénétrer dans la petite chaumière où elle avait grandi, elle avait flâné dans les champs, profitant de ces quelques minutes de silence pour admirer le paysage des Highlands d'Ecosse qui lui rappelaient tant son enfance. Elle avait reconnu, bien avant qu'il ne la rejoigne, le pas de son petit frère qui se rapprochait d'elle. Il s'était arrêté à ses côtés, sans rien dire, posant seulement la tête sur son épaule, comme lorsqu'ils étaient enfants et qu'elle lui racontait des histoires.

« - Ça te manque, n'est-ce pas ? avait-il demandé.

Et elle avait ri, s'amusant de la perspicacité de son petit frère.

« - Oui, Malcolm, ça me manque. Londres est une ville magnifique, mais elle n'aura jamais la grandeur des Highlands.

Et il avait ri, lui aussi, la taquinant sur le fait qu'elle aurait dû faire comme lui et s'installer ici à la fin de ses études. Il avait raison, comme toujours, elle le sentait. Son poste au Ministère de la Magie ne l'intéressait pas, et la vie londonienne l'ennuyait. Elle n'avait qu'un seul rêve, un peu fou sûrement : pouvoir un jour enseigner à Poudlard. Elle savait que ce métier était fait pour elle et Poudlard était situé en Ecosse, ce qui lui permettrait de voir sa famille plus souvent.

Mais ce jour-là, elle n'avait pas envie de penser à son travail. Elle avait envie de discuter avec Malcolm, de redessiner, du bout des lèvres, leurs jeux d'enfants dans ces paysages sublimes jusqu'à ce que Robert les rejoigne en râlant parce que personne ne l'avait prévenu que sa sœur était arrivée. Elle voulait que, tous les trois, ils revivent leur enfance, l'espace de quelques heures, avant qu'ils ne rentrent dans cette maison où ils avaient grandi, ri et pleuré.

Ses parents l'avaient serrée dans leurs bras, lui rappelant à quel point elle leur manquait, et à quel point ils étaient fiers d'elle. Sa mère avait passé la journée à cuisiner, pour préparer un repas de fête, digne de sa grande fille qu'elle voyait si peu souvent. Et ils avaient parlé, tous les cinq. Minerva avait raconté son travail au Ministère, Malcolm s'était extasié sur l'élevage d'Abraxans où il avait été admis en apprentissage, à quelques kilomètres de leur village, et Robert s'était plaint d'être le dernier à Poudlard, où il entamait sa dernière année. Elle était heureuse d'être ici, entourée de sa famille pourtant, elle sentait parfois le regard triste de son père se poser sur elle, sur sa mère ou ses frères. Il regrettait de ne pas pouvoir prendre part à ces discussions, de ne pas pouvoir comprendre ce monde, le monde de sa famille, dont il était exclu.

Souvent, Minerva s'était demandée s'il regrettait que sa famille soit sorcière. Aurait-il épousé Isobel, s'il avait su qu'elle était sorcière ? Parfois, Minerva en voulait à sa mère d'avoir attendu si longtemps avant d'avouer la vérité à son mari. Si elle avait dit la vérité plus tôt, peut-être que les choses auraient été différentes. Son père aurait peut-être encore confiance en sa mère, et Minerva et ses frères n'auraient pas eu peur de faire de la magie, peur de décevoir leur père.

Mais le jour n'était pas à de telles pensées, et Minerva s'était empressée de les oublier, profitant simplement de sa famille. Ils avaient parlé, encore et encore, de leur enfance, de leur scolarité, de leurs rêves aussi. Et quand leurs parents montèrent se coucher, bien après que la nuit soit tombée, les trois frères et sœurs s'étaient empressés de faire leurs sacs, échangeant des regards conspirateurs, le rire au bord des lèvres. Tous trois, comme lorsqu'ils étaient enfants, avaient gravi la colline qui dominait leur cottage, uniquement éclairés par la lumière de leur baguette, accompagnés par leurs murmures d'excitations qui les ramenaient des années en arrière, quand Minerva n'avait que onze ans et Robert sept, et que leurs parents leur criaient dessus pour avoir passé la nuit dehors.

Quand enfin ils parvinrent au sommet, d'où ils dominaient la vallée de leur enfance, ils s'assirent, roulés dans des couvertures, collés les uns aux autres pour échapper à la fraîcheur de la nuit d'octobre. Ils s'étaient raconté leurs secrets, tout ce que leurs parents ne savaient pas, tout ce qui n'appartenait qu'à eux et au silence de la nuit. C'était leur rituel, leur secret. Et quand le soleil s'était levé, leurs yeux s'étaient illuminés, et ils s'étaient émerveillés de la beauté de ce paysage, de ces couleurs rougeoyantes qui réchauffaient leur cœur. Depuis dix ans, ils ne se lassaient pas d'admirer ces levers de soleil, la valse des saisons dans ces montagnes qu'ils aimaient tant. Et en riant, ils s'imaginaient à quatre-vingts ans, assis tous trois à cette même place, sans savoir que la guerre passerait par-là, et qu'ils ne seraient plus que deux à voir le soleil se lever sur les Highlands.

Puis, ils se levèrent et dévalèrent la colline en courant, jusqu'à rejoindre leur chaumière et se glisser, le plus silencieusement possibles, dans leurs lits froids. Ils dormirent quelques heures à peine, fatigués par cette longue nuit, avant d'être réveillés par la délicieuse odeur qui s'échappait de la cuisine, où leur mère préparait le petit déjeuner. Celle-ci fit semblant de ne pas voir leurs traits tirés, comme elle faisait semblant, depuis dix ans, de ne rien savoir de leurs escapades. Minerva aimait cette ambiance chaleureuse et aimante, et déjà son cœur se serrait à l'idée de repartir.

Le temps filait trop vite, et le temps des adieux vint bien trop tôt à son goût. Elle embrassa ses parents, ses deux frères qui lui promirent de venir la voir à Londres dès qu'ils en auraient le temps, et s'éloigna tout en leur faisant signe de la main. Elle aurait pu transplaner, bien sûr, mais elle voulait profiter de ses derniers instants de liberté avant de repartir, et descendit donc à pied en direction du village Moldu qui l'avait vu grandir. Elle repéra, avec nostalgie, la petite école Moldue qu'elle avait fréquenté avant ses onze ans, s'amusant des enfants qui jouaient dans la cour de récréation.

Elle avait à présent traversé le village, et plus rien ne la retenait ici. Pourtant, alors qu'elle allait transplaner, une idée lui traversa la tête, la soudaine envie d'aller voir Hector McCormack. Le vieil homme était le seul sorcier du village, en dehors de sa famille. Il était arrivé quand Minerva avait cinq ans, et sa mère avait pris l'habitude de le voir plusieurs fois par semaine, pour discuter d'événements magiques dont elle ne pouvait parler avec son mari. Minerva adorait le vieil homme, et se souvenait de longues après-midis passées dans sa bibliothèque, plongée dans d'énormes grimoires de magie. Elle ne l'avait pas vu depuis trois ans, depuis la fin de ses études, et elle songea qu'il serait sûrement heureux d'avoir de ses nouvelles.

Quittant le village, elle s'engagea dans le petit chemin qui menait à la bicoque d'Hector, située quelques centaines de mètres en retrait. Arrivée devant la maisonnette, elle ouvrit la bouche, prête à avertir le vieil homme de sa présence avec entrain, quand un détail attira son attention, la poussant à se taire. La porte d'entrée était entrouverte, comme si quelqu'un l'avait mal refermée. Pourtant, Minerva se souvenait de la maniaquerie d'Hector, qui fermait toujours sa porte à clef, soi-disant pour éviter les courants d'air.

Mue par un mauvais pressentiment, elle longea discrètement le mur, jusqu'à atteindre la première fenêtre. Jetant un coup d'œil à l'intérieur, elle ne vit aucune trace du vieil homme. La pièce, quant à elle, avait littéralement été retournée les meubles étaient renversés, des livres étaient éparpillés un peu partout, comme si quelqu'un avait fouillé à la recherche d'un objet précis. Tirant doucement sa baguette de la poche de sa robe, Minerva contourna le bâtiment en direction de la fenêtre de derrière, celle de la bibliothèque. Celle-ci était brisée, et des éclats de voix provenaient de l'intérieur de la pièce. Poussée par son instinct de Gryffondor, Minerva se désillusiona avant d'approcher de la fenêtre pour observer la scène se déroulant devant elle.

Au centre de la pièce, ligoté à une chaise, se trouvait Hector. Les vêtements du vieil homme étaient en lambeaux, déchirés par endroit, laissant apparaître sa peau. D'où elle était, Minerva pouvait voir les tâches de sang qui maculaient sa robe, et sa lèvre tuméfiée. Devant lui, penchée sur la chaise comme un prédateur devant sa proie, se trouvait une femme aux longs cheveux noirs. Elle tournait le dos à Minerva, et celle-ci ne parvenait pas à l'identifier.

« - Allons, Hector, susurra-t-elle en se penchant vers lui, dis-moi où il se trouve.

Rien qu'au son de sa voix, Minerva sentait le danger émaner de cette femme et, bien que se sachant désillusionnée, elle ne put s'empêcher de se coller contre le montant de la fenêtre, dans une vaine tentative de dissimulation. Hector, quant à lui, ne disait toujours rien, mais elle pouvait l'entendre gémir de douleur. Se penchant légèrement, elle remarqua que la femme dessinait des symboles étranges sur l'épaule du vieil homme, de la pointe d'un poignard à la longue lame argentée.

« - Tu sais que je finirai par découvrir sa cachette, Hector. Tu peux mettre fin à tout ça. Simplement, tu dois me dire où il se trouve.

Le vieil homme secoua la tête d'un air farouche, et malgré la dangerosité de la situation, Minerva admira son courage et sa détermination. La femme appuya plus fermement la lame de son couteau, et Hector laissa échapper un gémissement de douleur qui tira la jeune fille de sa contemplation morbide. S'éloignant de la fenêtre, elle contourna la maison, jusqu'à être sûre qu'on ne pouvait la voir de la bibliothèque. Puis, elle murmura doucement la formule du Patronus, lui intimant d'aller chercher de l'aide auprès des Aurors les plus proches. Ceci étant fait, elle rejoignit la fenêtre, priant pour que le vieil homme tienne jusqu'à l'arrivée des secours.

La femme était toujours penchée sur le vieil homme, chuchotant à son oreille quelques mots que Minerva entendait à peine, si incongrus qu'elle crut les avoir rêvés. Elle était en train d'hésiter à dévoiler sa présence, pour apporter son aide au vieil homme, quand une voix qu'elle aurait reconnue entre mille retentit à son tour.

« - Nous perdons notre temps, il ne dira rien.

Le souffle coupé, et le sang glacé d'effroi, Minerva tourna la tête pour apercevoir l'homme qui venait de parler. Appuyé contre le chambranle de la porte, les yeux brillant d'une lueur aussi dangereuse qu'hypnotique, se tenait Tom Jedusor. Il avait un an de moins que la jeune fille, et elle se souvenait du parfait préfet, qui pourtant lui avait toujours inspiré une crainte qu'elle ne s'expliquait pas.

« - Fais-moi confiance, Tom, il parlera. Nous avons tout notre temps, n'est-ce pas, Hector ?

La femme parlait d'une voix froide, et pourtant brûlante de sensualité, et Minerva se demanda qui pouvait être cette femme pour que Tom la tienne en si haute estime, lui qui ne respectait personne. D'un geste, brusque, qui fit sursauter Minerva, la femme renversa la tête du vieil homme en arrière, plaquant la lame de son couteau sur sa gorge. Elle murmura à nouveau quelques mots à l'oreille d'Hector, parmi lesquels la jeune femme reconnut très clairement le nom de son village, celui de la petite fille d'Hector, ainsi que son propre nom de famille.

Minerva pouvait voir le visage d'Hector se contorsionner, partagé entre sa loyauté envers le secret qu'il était prêt à protéger au prix de sa vie, et sa responsabilité envers les innocents qui risquaient de pâtir de son silence. Finalement, au prix d'un effort qui semblait incommensurable, il cracha un nom de ville au visage de la femme, une ville au nom exotique que la jeune McGonagall ne connaissait pas. La femme était toujours de dos, mais Minerva devinait l'expression d'intense satisfaction qui se lisait à présent sur son visage.

Relâchant la pression sur la gorge du vieil homme, elle fit demi-tour, et Minerva put enfin mettre un visage sur cette silhouette, qui n'avait pas plus de dix-huit ans. Des yeux noirs comme la nuit, une peau blanche et un maintien aristocratique Minerva ne put détailler son visage que quelques secondes, mais elle sut à cet instant qu'elle ne l'oublierait jamais. La femme contourna la chaise, rejoignant Tom auprès de la porte, d'une démarche royale. Elle ne s'arrêta qu'une seconde auprès de lui, le temps de plaquer un baiser brûlant sur ses lèvres. Fascinée par l'aura de dangerosité qui émanait des deux jeunes gens, Minerva la suivit du regard alors qu'elle disparaissait dans le couloir.

La scène n'avait pas duré une minute, mais les yeux que Tom avait posé sur la jeune femme, des yeux brûlants de possessivité qui semblaient clamer « Tu es à moi » s'incrustèrent profondément dans la mémoire de la jeune fille. Elle entendait encore résonner le claquement des talons de la jeune femme et elle entendit, avec précision, ses derniers mots, qui tranchèrent le silence de la maison.

« - Tues-le.

Cachée derrière sa fenêtre, Minerva retint avec peine un cri quand le rayon vert s'échappa de la baguette de Tom Jedusor. Figée par la peur, elle ne put qu'assister, impuissante, au départ du jeune homme, d'un pas tranquille, assuré. Un pas qui était pourtant celui d'un meurtrier. Ce ne fut que quand le craquement caractéristique du transplanage retentit qu'elle s'autorisa à respirer, remarquant à sa vue brouillée les larmes qui emplissaient ses yeux.

La suite était floue pour elle. Les Aurors étaient arrivés, puis les secours, puis sa famille. Elle avait répété, inlassablement, la même chose, les mêmes faits. On lui avait dit qu'elle avait bien réagi, qu'elle ne pouvait rien faire d'autre, que les coupables seraient bientôt arrêtés. Cinquante ans plus tard, ces promesses lui revenaient avec amertume. Rien n'avait été fait, et Tom Jedusor était devenu Voldemort, plus puissant que jamais. La seule différence notable était qu'il était à présent seul, et qu'elle ne saurait sans doute jamais ce qui l'avait séparé de celle qui se faisait aujourd'hui appeler Aileen.

Le silence s'était fait religieux dans la salle, à mesure qu'elle exposait ses souvenirs. Elle avait senti, à mesure qu'elle parlait, l'atmosphère s'alourdir et le sang se glacer dans les veines de ses compagnons. Et comme elle s'y attendait, ce fut une nouvelle fois Harry qui brisa le silence.

« - Je … Non, c'est … Vous êtes sûre que c'était elle ?

« - Ce visage, Harry, souffla-t-elle avec douceur, je m'en souviendrai jusqu'à la fin de mes jours.

Elle voyait dans ses yeux qu'il se débattait toujours avec sa raison, comme s'il refusait l'évidence qu'on lui présentait.

« - Minerva … Ce qu'ils cherchaient … Vous l'avez entendu, n'est-ce pas ? Qui cherchaient-ils ?

La vieille femme éclata de rire, d'un rire amer, triste. Bien sûr qu'Hermione avait compris. Elle savait la seule question à poser, la seule chose qui comptait vraiment.

« - C'est ridicule, souffla-t-elle, la voix cassée par un rire qui ne voulait pas sortir. Le vent, ils cherchaient le vent …

Et tous se figèrent. Parce que c'était ridicule, bien sûr. Mais aussi parce qu'ils se souvenaient tous de la bataille de Poudlard, de la première apparition d'Aileen, de sa démonstration de pouvoir. Parce qu'ils se souvenaient que ce jour-là, elle était le vent.

Harry ouvrit à nouveau la bouche, prêt à contester, à la défendre encore, comme s'il refusait de croire qu'il avait accordé sa confiance à la mauvaise personne, même si toutes les preuves étaient contre lui.

« - Ce n'est pas tout, Harry, reprit la vieille femme.

Et elle replongea à nouveau dans ses souvenirs, parcourant les années, jusqu'à s'arrêter plus de vingt-cinq ans plus tard, peu après la création de l'Ordre du Phénix.

Elle se souvenait précisément de ce jour-là. Dumbledore avait créé l'Ordre du Phénix quelques mois auparavant, pour lutter contre l'influence grandissante de Voldemort. Elle avait été la première à le rejoindre, la première à qui il avait confié ses projets. Depuis, il cherchait, inlassablement, de nouvelles recrues. Parfois, Minerva s'opposait à lui. Elle comprenait, bien sûr, la confiance qu'il accordait aux Maraudeurs, ces Gryffondors de septième année, mais ils n'étaient que des enfants ! Leur place n'était pas dans cette guerre, ils devaient vivre avant tout ! Les jeunes frères Prewett l'avaient également rejoint, eux aussi trop jeunes pour se battre selon elle.

Et puis, il y avait Robert. Son petit frère lui avait plusieurs fois confié son désir de se battre pour contrer l'ignominie de Voldemort. Ce n'était qu'une question de temps avant que Dumbledore ne le recrute, et elle était mortellement inquiète pour lui. Heureusement qu'Alastor Maugrey, l'impitoyable Auror, était là pour veiller sur eux. Elle avait chassé ces pensées de son esprit, avant de transplaner dans la petite maison que Dumbledore utilisait pour les réunions de l'Ordre. Il lui avait envoyé un Patronus lui disant qu'il avait rendez-vous avec une nouvelle recrue qu'elle devait rencontrer. Et Minerva était fière de la confiance que lui accordait le vieux directeur.

Elle sentit les protections magiques de la maison vérifier son identité avant de la laisser apparaître au milieu du petit salon. Elle entendait, dans la pièce d'à côté, les voix d'Albus et d'une autre personne. Avec tact, elle signala sa présence et s'assit dans un fauteuil en attendant qu'ils la rejoignent. Les voix continuaient de bourdonner, et malgré elle, Minerva ne pouvait s'empêcher de saisir des bribes de leur conversation. Dumbledore avait une manière bien à lui de tester les gens, et la conversation semblait n'avoir ni queue ni tête pourtant, la femme face à lui ne semblait pas s'en irriter.

Plus le temps passait, plus la voix rappelait quelque chose à Minerva, quelque chose d'ancien dont elle ne parvenait pas à se souvenir. Puis elle entendit des pas alors que les deux personnes revenaient vers le salon, dont un claquement de talon régulier qui la gênait sans qu'elle ne sache pourquoi. Albus franchit le premier le seuil de la porte, s'effaçant ensuite pour laisser passer son invitée.

La première chose que Minerva vit fut cette longue robe noire, élégante, révélatrice d'une haute naissance. Puis le visage apparut, et elle se figea, sentant toute couleur déserter son visage. Une peau nacrée, des yeux noirs, des lèvres fines étirées en un sourire aimable … Un visage qu'elle n'avait vu qu'une fois, une poignée de secondes à peine, plus de vingt ans auparavant, mais qu'elle n'avait jamais pu oublier. Un visage qui n'avait pas pris une ride, défiant toutes les lois du temps.

« - Minerva, je vous présente Aileen Shafiq, déclara le vieux directeur d'un air affable, ne semblant pas se rendre compte de son trouble. Aileen, voici Minerva McGonagall.

« - Enchantée, sourit la jeune femme en tendant gracieusement sa main, que la vieille femme n'eut d'autre choix que de serrer avec politesse.

L'heure qui suivit fut un supplice. Minerva dut supporter avec le sourire le boniment d'Albus, participer à la conversation, sourire même à cette meurtrière, jusqu'à ce que le vieux directeur la raccompagne à la porte, lui promettant de la recontacter très prochainement.

Après cela, Minerva mit des semaines à convaincre Dumbledore de ne pas la revoir. Elle se replongea dans ses souvenirs douloureux, relata ce dont elle avait été témoin, ce qu'elle savait. Et finalement, Albus céda. Le quartier général de l'Ordre déménagea, et plus personne n'entendit parler d'Aileen Shafiq. L'Ordre perdit ses membres, un par un, jusqu'à la disparition miraculeuse de Voldemort. Et Minerva était trop occupée à pleurer son frère pour se soucier de cette femme dont elle n'avait plus de nouvelles, même si elle soupçonnait Albus de continuer de la voir en cachette.

Cette fois, le silence ne dura pas. La salle bruissait de la même question présente sur toutes les lèvres. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ne pas avoir raconté cette histoire plus tôt ? Ce fut encore une fois Hermione qui la posa, avec tact et douceur.

« - Mais elle est revenue.

« - Oui, acquiesça la vieille femme. Elle savait que j'étais celle qui avait empêché son entrée dans l'Ordre, je ne sais pas comment. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle est revenue me narguer, s'agenouiller devant moi, comme si elle éprouvait le moindre respect.

« - Mais … Mais pourquoi ? explosa Harry. Pourquoi nous dire ça, maintenant ? Il fallait parler dès le début ou ne rien dire !

La vieille femme se tourna vers lui, et on voyait la supplique dans ses yeux alors qu'elle se justifiait.

« - Quand elle est revenue, en 1972, ma première réaction a été de la rejeter, de la sortir de nos vies. Je ne voulais pas savoir ce qu'elle était devenue, ni pourquoi Tom l'avait quittée. A mes yeux, rien ne pouvait justifier ce qu'elle avait fait à Hector. Et quand elle est à nouveau revenue, il y a quatre mois, j'ai eu la même réaction, j'ai à nouveau tenté de me débarrasser d'elle. Mais, ce qu'elle m'a dit à ce moment-là …

« - Je vous ai demandé une fois de vous rejoindre. Vous avez refusé, et voyez où cela vous a menés. Allez-vous faire deux fois la même erreur ?

Surprise, Minerva s'interrompit, se tournant vers Hermione qui venait de répéter, mot pour mot, ce que lui avait dit Aileen quelques mois plus tôt.

« - C'est exact, souffla-t-elle, sans chercher à dissimuler son étonnement.

« - Vous pensez qu'elle a raison, ajouta Hermione.

Le professeur haussa les épaules avec tristesse.

« - Et si elle avait raison ? Vous avez tous vu ce dont elle est capable. Et peut-être que … Peut-être que si je ne l'avais pas empêchée de nous rejoindre, il y a vingt ans, les choses auraient été différentes. Peut-être que …

« - Peut-être que mes parents seraient toujours en vie, compléta sombrement Harry.

Elle acquiesça avec tristesse.

« - Je ne pouvais pas garder ça pour moi plus longtemps. J'ai essayé, je lui ai donné sa chance. Et qu'est-ce qu'elle en a fait ? Des apparitions furtives, des secrets en cascade, et puis rien. Je ne dis pas qu'elle n'a rien fait, mais sa présence n'a jamais été décisive. Et elle n'est pas venue à Ste Mangouste. Pour quelle excuse ? Des choses plus importantes à faire que de lutter contre Voldemort, protéger des innocents ? Je ne veux pas, je ne peux pas le croire.

Avec appréhension, Minerva tourna la tête, scrutant le visage des personnes présentes, espérant y trouver de la compréhension, un pardon peut-être. Mais personne ne semblait lui en vouloir. Sur tous les visages, elle ne lisait que réprobation envers Aileen, et compassion envers elle, qui avait vécu si longtemps avec un si lourd secret. Seul Harry semblait mitigé.

« - Je vais prendre l'air, d'accord ? trancha-t-il.

Elle hocha la tête et il quitta brusquement la pièce. Personne n'eut besoin d'ajouter quoi que ce soit, tous devinant que la réunion prenait fin à ce moment.

« - On se voit ce soir ? proposa Hermione, la voix plus aiguë qu'à l'ordinaire.

Tous hochèrent la tête avec empressement, avant de quitter l'atmosphère oppressante de la pièce. Restée seule, Minerva se laissa tomber sur la chaise, se prenant la tête entre les mains. Elle espérait, de tout cœur, qu'Harry comprendrait ses choix.


« - Allez les gars, je vais me coucher, déclara Ron en repoussant le plateau d'échec.

« - Même pas une autre partie ? demanda Seamus avec espoir.

« - Demande à Dean, je suis crevé.

« - Dis surtout que t'es pressé de rejoindre Hermione, ricana le métis.

Pour toute réponse, le rouquin lui envoya un coussin à la tête, qu'il esquiva avec habileté. Il monta ensuite l'escalier, jetant un dernier coup d'œil en arrière pour apercevoir ses deux amis à nouveau penchés sur une partie d'échecs sorciers. Il poussa la porte de son dortoir, se dirigeant par automatisme vers son lit. Hermione était assise en tailleur sur celui-ci, plongée dans un énorme grimoire. Comme à son habitude, elle était vêtue d'un vieux T-shirt dont il ne saurait dire s'il était à Harry ou lui. Ses cheveux bouclés étaient retenus en un chignon lâche tenu par un de ces crayons moldus qu'elle adorait utiliser.

La voyant si concentrée, il ne put s'empêcher d'approcher discrètement pour déposer par surprise un baiser au creux de son cou. Comme il l'avait espéré, elle sursauta, se retournant avec vivacité, sourcils froncés.

« - Ron ! Tu m'as fait peur, s'exclama-t-elle avec réprobation.

Il se contenta de lui sourire avec malice, la poussant pour s'asseoir à côté d'elle.

« - Qu'est-ce que tu lis ? demanda-t-il en attrapant son ouvrage.

Elle ne put s'empêcher, avant de lui répondre, de glisser un marque-page là où elle s'était arrêtée, sachant très bien que Ron ne mettrait que quelques secondes à perdre sa page.

« - Mages et magie noire, de l'Antiquité à nos jours, déchiffra-t-il. Dis donc, tu as des lectures très reposantes !

Elle récupéra son livre, feignant d'ignorer le regard moqueur de son petit ami, et le posa délicatement sur ses genoux.

« - Moques-toi si tu veux, mais c'est très instructif, commença-t-elle à expliquer. Voldemort n'est pas le premier Mage noir que nous ayons connu, et il est loin d'être le plus grand. Je pense que les stratégies utilisées pour les vaincre pourraient nous servir. Tiens, par exemple, dans le chapitre sur Médée, ils disent que …

Elle s'interrompit une seconde pour retrouver la page qu'elle voulait lui montrer, avant de reprendre ses explications. Ron ne l'écoutait que d'une oreille, préférant l'admirer. Il la trouvait belle, quand elle se lançait dans de grands discours. Elle parlait vite, avec passion, ses mains s'agitant sans cesse, et ses joues se coloraient d'une délicate couleur rosée. Et surtout, ses yeux brillaient d'un éclat particulier qui le faisait craquer.

Il avait complètement arrêté de l'écouter, et ne parvenait pas à déterminer si elle s'en était rendu compte ou non. Puis, décidant soudain que cela n'avait aucune importance, il se pencha pour l'embrasser, la coupant dans son élan.

« - Ron, murmura-t-elle contre ses lèvres, essayant sans grande conviction de le repousser.

« - Chut, souffla-t-il en poussant hors du lit le livre qui les séparait toujours. Tu m'expliqueras ça demain.

Elle gloussa légèrement avant d'enrouler ses bras autour de son cou pour l'embrasser à son tour, et il la fit basculer en arrière, refermant d'un coup de baguette les rideaux qui entouraient son lit.


Et voilà pour ce chapitre ! On comprend enfin les réticences de Minerva à faire confiance à Aileen !

Qu'en avez-vous pensé ? Toujours confiance en Aileen ? Et Minerva et son secret, est-ce que vous lui pardonnez de ne pas l'avoir dit plus tôt ? Que va faire Harry ? J'attends vos réactions !

J'ai presque fini d'écrire le prochain chapitre, il arrivera vendredi ou samedi prochain ;) Passez une bonne semaine !