Bonjour à tous !

Le nouveau chapitre est là ! Un peu moins d'action et de révélations que le précédents, mais important tout de même, des nouvelles de plusieurs personnages. Et il est légèrement plus long que d'habitude du coup ;) Le prochain n'est pas encore terminé, mais pas d'inquiétude, j'y travaille, il arrivera en temps et en heure.

Juste un immense merci à mes revieweurs (revieweuses je pense), votre soutien me fait vraiment plaisir. Et également merci à mes nouveaux followers, je suis contente que l'histoire vous plaise.

Bonne lecture, on se retrouve en bas !


Le 03 septembre 1998,

Paris, France.

Cher Harry,

Je suis désolée de ne pas t'avoir donné de mes nouvelles plus tôt. Comme tu l'auras compris, j'ai réussi à rejoindre le continent, il y a de ça quelques jours. Je pense que tu n'as pas idée de la situation ! Tous les ferrys étaient bondés, et j'ai bien cru que je ne réussirais jamais à obtenir un billet. Les Moldus n'ont aucune idée des événements en cours, mais ils sentent confusément une menace, et beaucoup ont choisi de quitter provisoirement le pays. Le trajet a été éprouvant j'ai dû voyager parmi les Moldus, et empêcher Teddy de s'amuser avec son apparence est presque mission impossible, surtout que la plupart des gens ne peuvent s'empêcher de venir l'admirer. Si tu le voyais, tu l'adorerais, j'en suis sûre !

Enfin, le trajet s'est déroulé sans encombre, et nous sommes arrivés dans le port de Calais la semaine dernière. Tu ne me croiras sûrement pas, mais j'ai failli pleurer en posant le pied sur le sol français. La pression des derniers mois est retombée d'un seul coup et, comme si j'étais enfin libre, j'ai pu respirer librement pour la première fois depuis longtemps. Je n'avais jamais quitté le Royaume-Uni auparavant, tu sais. Et bien, la vie en France est à la fois extrêmement semblable et infiniment différente de la vie anglaise.

Teddy et moi avons fait un peu de tourisme, côté sorcier comme côté Moldu. Il adore la mer, tu devrais voir son sourire ravi quand je le tiens pour que les vagues lui chatouillent les pieds ! Cet enfant adore l'eau, c'est incroyable. J'ai également découvert la nourriture française : elle est plus variée que la nôtre, et très goûteuse, je leur accorde ce point. Mais enfin, ils mangent vraiment de ces choses ! Des escargots, tu imagines ? Mais leurs pâtisseries sont excellentes, rien à voir avec ce que l'on peut trouver chez nous. Nous avons passé deux jours dans une petite ville au bord de la mer, avant de rejoindre Paris.

La capitale française est vraiment magnifique. Je n'ai pas encore eu le temps de tout visiter, mais je pense qu'une vie ne suffirait pas pour le faire. Teddy et moi logeons à l'hôtel, côté sorcier. Pour l'instant, il me reste assez d'argent pour tout payer, mais ça ne durera pas. Je suis allée au Ministère Français demander le statut de réfugiée, et on m'a assurée que le Ministère allait mettre un petit appartement à ma disposition dans les plus brefs délais. Apparemment, une petite cinquantaine de sorciers anglais se trouve dans ma situation, et le Ministère peine à satisfaire toutes les demandes.

Ce qui m'amène à de moins bonnes nouvelles. J'ai pu discuter avec des employés du Ministère, et j'ai suivi les informations Moldues et sorcières. L'embargo est maintenant déclaré sur le Royaume-Uni toute personne tentant d'entrer en contact avec un ressortissant anglais ou autre, résidant sur le sol britannique, s'expose à de lourdes sanctions. Toutes les lignes aériennes, ferroviaires et maritimes sont interrompues les réseaux de communication sont coupés, bref, il n'y a aucun moyen de rentrer en contact avec vous. Pour moi, ne te fais pas de souci en raison de ton statut, le Ministère m'autorise à t'écrire, mais toutes nos correspondances seront vérifiées par un employé du Ministère ils ne peuvent prendre aucun risque.

Je ne saurais te dire l'état d'esprit dans lequel se trouve la population. Les Moldus sont inquiets, bien sûr ils ne comprennent pas cet embargo, cette rupture brutale de toute relation qui s'impose à l'ensemble du monde, et les explications du gouvernement sur une « menace terroriste de niveau élevé » ne les convainquent guère. Pour les sorciers, les avis sont encore plus mitigés : certains regrettent que la communauté magique ne fasse rien pour nous porter secours, mais la plupart est intérieurement soulagée de n'avoir pas à se mêler de ce conflit.

Personnellement, je pense que tous se voilent la face. Je n'ai aucun doute sur ta réussite prochaine mais notre monde n'en sortira pas indemne, et les séquelles seront plus graves que ce qu'ils imaginent. La cohabitation entre Moldus et sorciers sera difficile dans les années à venir, et je pense qu'ils devraient se préparer, plutôt que d'espérer que les choses se tassent.

Je te laisse ici Teddy commence à pleurer, nous allons faire une promenade dans la ville avant qu'il ne soit trop tard. Je porterai cette lettre au Ministère demain, j'espère qu'elle t'arrivera au plus vite. Donne-moi de vos nouvelles, je t'en prie, que je sois rassurée sur votre sort à tous.

Je t'embrasse.

Andromeda.

PS : J'allais oublier. Le Ministère français fait de toi son unique interlocuteur, en tant que représentant officiel de la communauté magique au Royaume-Uni. Il t'accorde son entière confiance pour les événements à venir, et espère ta collaboration quand la situation sera de nouveau stable. Je ne te dis pas ce que j'en pense, j'aurais trop peur que cette lettre soit censurée.


« - Hermione !

La jeune fille fit un geste de la main à Ron, qui l'attendait avec un air exaspéré, et reprit sa discussion avec Petra Vento, la professeure d'Etudes des Moldus. Le rouquin leva les yeux au ciel avant de se retourner, prenant son meilleur ami à témoin.

« - Qu'est-ce qu'elle peut bien lui raconter ?

Harry haussa les épaules, la question le laissant visiblement indifférent. A vrai dire, il avait d'autres soucis en tête. Les révélations de Minerva tournaient dans sa tête depuis deux jours, et il ne savait plus vraiment où il en était. Il lui faisait confiance, bien sûr, mais… Il ne pouvait pas s'être trompé à ce point sur la jeune femme ! La simple idée qu'elle ait trahi sa confiance de cette manière le rendait malade. Il tournait et retournait la situation dans tous les sens, sans parvenir à se faire une opinion. Le mieux aurait été d'interroger Aileen, bien sûr. Mais celle-ci restait introuvable, évidemment. Pour être honnête, il devait reconnaître qu'elle lui obéissait scrupuleusement : il lui avait déclaré que sa place n'était plus à Poudlard, et elle avait aussitôt quitté le château. Seulement, il commençait à regretter son accès de colère.

Alors il faisait des listes. Contre Aileen d'abord : elle avait torturé un innocent, elle leur mentait depuis des mois, ne leur disait rien de ses plans … Et bien sûr, s'était bien gardée de leur parler de sa relation avec Tom Jedusor. Mais il reconnaissait, pour sa défense, qu'il aurait sans doute eu la même réaction que Minerva si elle leur en avait parlé : le rejet, mêlé de dégoût. Il ne l'aurait jamais laissée pénétrer à Poudlard. Mais objectivement, cette relation pouvait représenter un avantage pour eux : elle connaissait Tom mieux que quiconque, et il ne pouvait remettre en cause son désir de le détruire. Son petit ami l'avait trahie, avait massacré les siens … Elle n'aurait pas de repos tant qu'il serait vivant. Oui, cette idée le poussait, non à faire confiance à Aileen, mais à accepter son aide. Seulement, il restait une objection de taille ce que Minerva avait vu, la torture, le sadisme dont elle avait fait preuve … Si cela était la véritable Aileen, n'était-elle pas un danger pour eux tous ? Et surtout, si elle avait partagé les rêves de grandeur de Tom, ne serait-elle pas une menace, après la destruction de Voldemort ?

Encore une fois, il était partagé, ses réflexions le menant toujours au même point. Il devait vraiment parler à Aileen, la sonder, se faire une opinion sur elle. Se priver de son aide serait stupide, il le reconnaissait. Et, après tout, même après les révélations de Minerva, Dumbledore n'avait-il pas tenté de s'allier avec elle ? Il ne pouvait pas remettre en cause l'opinion du vieux directeur, celui-ci ne s'était jamais trompé. Il trouverait Aileen, irait lui parler. Avec Hermione, sûrement, son opinion était des plus précieuse … Elle aussi avait eu raison de se méfier d'Aileen, dès le début.

Voyant que Ron le fixait, sourcils froncés, attendant visiblement une réponse de sa part, il s'empressa de répondre à son meilleur ami.

« - N'oublies pas qu'elle gère toute la partie de communication avec le Premier Ministre Moldu, Ron. Si elle a besoin de parler à la prof à la fin du cours, on l'attend, c'est tout.

Ron poussa un long gémissement catastrophé.

« - Elles parlent depuis une heure et demi, Harry. Ma mère va vraiment nous tuer !

Le jeune homme adressa un sourire indulgent à son ami, sachant qu'il n'avait pas vraiment tort. Depuis la bataille de Ste Mangouste, ils avaient peu vu la matriarche des Weasley, et celle-ci avait organisé un repas de famille dans le petit appartement qu'elle occupait à Poudlard. Harry et Hermione étaient bien évidemment conviés, et même si la jeune fille avait râlé qu'elle n'avait pas de temps à perdre dans un repas de famille, ce qu'Harry approuvait secrètement, personne n'osait tenir tête à Molly, d'autant que ses arguments étaient des plus convaincants : ils n'avaient pas fêté les anniversaires d'Harry et Ginny, et une soirée de détente leur ferait le plus grand bien. Et Harry devait reconnaître qu'elle avait raison : il devait vraiment s'aérer l'esprit, penser, ne serait-ce qu'une soirée, à autre chose que Voldemort ou Aileen.

Quand Hermione sortit enfin de la salle, Ron se mit à ronchonner, lui expliquant une nouvelle fois que sa mère détestait les retards, et qu'il n'avait pas envie de se faire engueuler. La jeune fille leva les yeux au ciel, lui assurant qu'elle les excuserait auprès de Molly, sachant très bien que celle-ci ne lui dirait rien. En observant les mains liées de ses deux amis, Harry eut un petit sourire triste. Il était content qu'ils se soient trouvés et soient heureux ensemble, mais il ne pouvait s'empêcher de penser que leur amitié ne serait plus jamais la même qu'au lieu du trio, il y aurait à présent un couple, puis lui. Il gardait ces pensées pour lui, bien sûr, devinant la réaction d'Hermione, qui lui dirait qu'il était ridicule, que rien ne changerait, et qu'ils resteraient toujours un trio uni.

Il chassa ses pensées tristes, qui n'avaient pas lieu d'être ce jour, et rattrapa ses amis en deux enjambées pour écouter Hermione leur résumer sa conversation avec sa professeure. La situation se détériorait du côté Moldu, et toutes deux cherchaient à déterminer les réactions possibles de la population moldue. Visiblement, toutes deux craignaient des violences marginales contre les minorités, qui seraient inévitablement accusées des maux actuels. Ce constat pessimiste faisait écho aux dernières lignes de la lettre d'Andromeda, ce qui fit soupirer Harry.

« - J'ai reçu une lettre d'Andromeda, lança-t-il. Elle est à Paris. Teddy et elle vont bien, mais elle aussi est inquiète des conséquences que cette guerre aura sur nos relations avec les Moldus.

Hermione hocha gravement la tête.

« - Je crois que c'est le but de Voldemort. Qu'il gagne ou qu'il perde cette guerre, notre monde sera trop déstabilisé pour qu'on reprenne une vie normale. Des changements seront à prévoir, et je suis incapable de prédire ce qui va se passer.

« - Tu vas devoir jouer serré, avec Tony Blair, confirma Harry.

« - C'est quelqu'un d'ouvert, il n'y aura pas de problèmes de son côté. Mais il ne sera pas Premier Ministre longtemps, et la situation pourrait bien mener à un retour en force des plus conservateurs.

« - On arrive, les coupa Ron.

En effet, ils approchaient de la porte, ouverte, du petit appartement des Weasley, d'où s'échappaient quelques notes de musique. Abandonnant leur conversation pour le moment, ils préparèrent mentalement leurs excuses, avant de franchir la porte, sourire aux lèvres. L'ambiance, glacée, doucha instantanément leur bonne humeur. Fleur et Molly se faisaient face, toutes deux folles de rage, dans un silence de plomb. Bill se tenait à côté de sa femme et Arthur, l'air malheureux, se tenait prudemment en retrait, comme le reste de la fratrie.

Repérant les trois arrivants, Ginny les rejoignit en rasant les murs, comme pour échapper au regard des deux autres femmes. Elle attrapa son frère par le bras, les tirant en arrière, dans l'embrasure de la porte.

« - Que se passe-t-il ? l'interrogea, à voix basse, Ron.

« - Fleur est enceinte, lâcha sa sœur avec un sourire mitigé.

« - Mais c'est merveilleux ! s'exclama Hermione, alors que les deux garçons laissaient échapper un « Quoi ?! » étranglé.

Ginny écarquilla les yeux, leur signifiant d'un signe de tête qu'ils avaient parlé trop fort. Se tournant vers le centre de la pièce, Hermione croisa le regard, empli de gratitude, de Fleur et celui, furieux, de Molly. Tous les regards étaient posés sur elle, aussi Hermione se décida à avancer vers le centre de la pièce, rejoignant Fleur qui lui semblait manquer cruellement de soutien. Elle lui prit les mains, lui offrant un sourire rayonnant.

« - Félicitations, déclara-t-elle d'une voix claire en direction des deux jeunes époux.

« - Merci.

Bill semblait rayonner de fierté, même s'il jetait de fréquents coup d'œil inquiets en direction de sa mère, et les yeux de Fleur brillaient de reconnaissance. Hermione prit une grande inspiration, et se tourna vers Molly Weasley, ne comprenant pas que la matriarche soit furieuse de cet heureux événement.

« - Quel est le problème, Molly ? demanda-t-elle avec douceur. Vous n'êtes pas heureuse pour votre fils ?

« - Si, bien sûr ! la contredit aussitôt la mère de famille. Seulement, cette inconsciente refuse de rester se reposer au château ! Elle veut continuer à participer aux combats !

Comprenant le fond du problème, Hermione grimaça, alors que la voix de Fleur s'élevait à nouveau.

« - Je suis enceinte, pas en sucre ! Je suis tout à fait capable de me battre !

« - Vous mettez en danger la vie de mon premier petit enfant, tempêta Molly en pointant un doigt accusateur sur la française.

« - C'est mon enfant avant tout ! Et je suis en droit de vouloir me battre pour lui offrir un monde meilleur !

« - Nymphadora aussi, voulait offrir un monde meilleur à son fils.

Hermione, qui avait prudemment rejoint ses amis contre le mur, grimaça. Parler de Tonks était vraiment un coup bas de la part de Molly. Les yeux de Fleur s'étaient écarquillés, de fureur et de douleur mêlée, et elle tourna les talons, se dirigeant à grands pas vers la porte, suivie de près par Bill.

« - Tu sais quoi, maman ? lança celui-ci alors que sa femme quittait la pièce. Si tu le prends comme ça, tu ne connaîtras jamais tes petits-enfants.

Et il sortit en claquant la porte, laissant un silence choqué envahir la salle, seulement rompu par la musique qui grésillait toujours.

« - Georges, éteins la radio, soupira Ginny.

La porte tout juste fermée s'ouvrit à la volée, frappant violemment le mur.

« - Bill Weasley ! Reviens immédiatement ici ! tonna Molly.

Son fils ne répondant pas, elle partit à sa suite, sa voix résonnant dans les couloirs. Seul avec ses enfants, Arthur les fixa d'un air triste.

« - Allez manger, les enfants, je vais les chercher.

Et il disparut à son tour dans le couloir, laissant les jeunes gens présents se dévisager avec lassitude.

« - Il s'est passé quoi ? demanda finalement Ron, l'air choqué. Je n'avais jamais vu maman dans cet état.

Ginny haussa les épaules.

« - Maman veut tout diriger. Avec nous, ça marche très bien, mais Fleur ne se laisse pas faire et elle ne le supporte pas. Elles ont commencé à se disputer, puis à crier, puis à hurler, enfin, tu imagines la scène.

« - Mais … Bill est pas sérieux ? demanda à nouveau Ron, d'une voix étranglée. Il ne va pas se fâcher définitivement avec maman ?

« - Il pense aussi que Fleur devrait arrêter les combats, mais il préfère essayer de la raisonner calmement, sans trop insister, répondit Charlie. Après tout, Fleur a choisi l'Angleterre pour lui, alors qu'elle aurait pu rentrer en France. Il ne veut pas la perdre, mais maman ne l'aide pas vraiment, en s'énervant comme ça.

« - Et puis Fleur a raison, ajouta Ginny. Elle peut encore participer aux combats pendant quelques mois. C'est à elle de décider, pas à nous.

De la part de Ginny, qui s'était battue pour obtenir le droit de faire partie de l'Ordre, cette remarque n'avait rien d'étonnant. Mais les garçons, bien qu'ils comprennent les deux jeunes femmes, ne pouvaient s'empêcher de penser à Fred. Ils savaient que c'était à cause de lui que leur mère s'était mise en colère contre Fleur, et que seule l'inquiétude l'étreignait à ce moment.

« - De toute façon, vous connaissez maman, elle râle beaucoup mais ne reste pas fâchée longtemps, conclut Georges avec un sourire forcé. On mange ? On ne va pas se laisser abattre, tout de même !

Avant qu'ils ne s'assoient, des pas retentirent dans le couloir et Molly, le visage fermé, réapparut dans la pièce, uniquement suivie d'Arthur.

« - A table, décréta-t-elle en attrapant un plat de viande.

Et elle entreprit de remplir les assiettes, par mouvements saccadés, secs, trahissant son énervement. Le reste des Weasley, accompagnés d'Harry et Hermione, échangèrent un regard tendu, avant de s'asseoir prudemment, évitant le regard de leur mère. Quand Molly était en colère, mieux valait ne pas se faire remarquer.


« - Salut.

Penché sur un chaudron, un pli de concentration lui barrant le front, Théodore prit le temps d'ajouter l'ingrédient final à sa potion avant de se tourner vers le nouvel arrivant.

« - Tu ne devrais pas être ici, grogna-t-il simplement.

Drago haussa les épaules, s'asseyant sur le rebord d'une table. Il n'aimait pas cette salle, à l'atmosphère lourde et angoissante pourtant, elle était devenue l'un de ses refuges. Elle lui rappelait Rogue, et il était sûr d'y trouver Théodore, quelle que soit l'heure.

« - Je fuis Bellatrix, se décida-t-il finalement à expliquer.

« - Merveilleux. Comme ça, quand elle te trouvera, nous serons deux à subir sa colère.

Drago laissa échapper un ricanement. Plus le temps passait, plus il lui semblait que les rôles s'inversaient : Théodore devenait laconique, fuyait sa présence et l'assassinait de ses répliques acérées. Et lui, qui avait toujours été solitaire, recherchait sans cesse sa présence.

« - Le Lord est fou de rage. Il s'est vengé sur elle, et elle cherche à passer ses nerfs sur moi. J'attends qu'elle trouve une autre victime.

Théodore releva brusquement la tête, fusillant le jeune homme de ses yeux noirs.

« - Tu n'as plus l'âge de te cacher, cingla-t-il. Tu es un Mangemort, Drago. Assume.

Drago se pinça l'arête du nez, attrapant un petit flacon dont il déchiffra nonchalamment l'étiquette, malgré le regard assassin de Théodore. Celui-ci ne lui avait pas pardonné d'avoir usé du Doloris sur Blaise, et il doutait qu'il le fasse un jour.

« - Je l'ai vu, sur le Chemin de Traverse, lâcha-t-il, attendant la réaction de son ami.

Celle-ci ne tarda pas. Théodore abandonna son chaudron, se postant devant lui, les bras croisés.

« - Et ?

L'agressivité suintait de sa voix, mais Drago percevait la note d'espoir qu'il tentait de dissimuler. Il tourna le flacon entre ses doigts, hésitant. Il n'avait pas fait partie de l'escadron attaquant Ste Mangouste, mais avait suivi le Lord sur le Chemin de Traverse, ce qui lui avait sauvé la vie. Seule sa tante était sortie vivante de Ste Mangouste.

« - Il ne m'a pas vu, précisa-t-il. Il était avec Granger. Ils ne se quittent plus, ajouta-t-il perfidement.

Théodore fit demi-tour, rejoignant son chaudron qui se mettait à fumer.

« - Blaise n'a rien à voir avec Granger, lâcha-t-il.

Drago déposa délicatement le petit flacon sur la table, laissant traîner le silence.

« - Tu as sûrement raison. En fait, je dirais qu'il fait partie de la garde rapprochée de Potter.

Il prenait plaisir à observer les poings serrés de Théodore, ses muscles contractés. A quel moment la violence s'était-elle infiltrée dans leurs conversations ? A quel moment leur semblant d'amitié avait-il disparu au profit de cette haine réciproque ? La violence et la haine qui les berçaient quotidiennement s'étaient infiltrées, en eux, entre eux, qui s'étaient promis de faire front ensemble, d'être toujours là, l'un pour l'autre, pour ne pas devenir fous. Et quelque part, ils continuaient de le faire. Ces joutes verbales, ce poison qu'ils distillaient au fil de leurs paroles était la seule chose à laquelle ils puissent se raccrocher. Leur ancrage, pour ne pas sombrer dans la folie.

« - Il a choisi son camp, visiblement, ajouta-t-il avec perfidie, comme on donne le coup de grâce.

Faire souffrir Théodore était tout ce qui lui restait. La seule chose qui l'empêchait de penser que c'était lui que Blaise avait trahi en choisissant Potter. Lui, son meilleur ami. Et il s'efforçait de faire taire cette voix qui lui hurlait que tout n'était pas si simple. Blaise avait offert son âme à la femme. La femme protégeait Potter. Blaise ne suivait pas Potter, il obéissait à la femme. Et lui ne savait pas ce qui était préférable.

Ces quelques secondes de répit avaient suffi à Théodore pour se reprendre. Son visage était à nouveau fermé, sa douleur cadenassée.

« - Si tu as fini, commença-t-il, d'une voix dénuée de toute émotion, j'aurais besoin que tu fasses quelques courses pour moi.

« - Je ne suis pas ton chien, cracha Drago. Demande au Maître.

« - Ces ingrédients n'entrent dans aucune des préparations que me confie le Lord. Ils sont pour toi.

Drago ne répondit pas, tendant la main pour attraper la petite liste rédigée par Théodore. Il savait de quoi il s'agissait. Il savait les risques que le jeune homme prenait pour lui, preuve que quelque part, il restait quelque chose du lien qui les avait autrefois unis. Ces fioles, que Théodore préparait, dans le plus grand des secrets, au péril de sa vie, étaient pour Narcissa. Des petites fioles, que Drago lui faisait passer, bravant tous les dangers. Parce qu'il n'était rien sans sa mère, et qu'il devait, à tout prix, la sauver, malgré la peur qu'il lisait dans ses yeux à chacune de ses visites. Elle lui disait d'arrêter, de partir, qu'il était trop tard pour elle. Mais il revenait, obstiné, chargé de ces fioles qui régénéraient son corps et préservaient son esprit de la folie. C'était son secret, leur secret. La seule chose qui comptait.

« - Je pourrai me les procurer où ?

« - On n'a plus accès au Chemin de Traverse. De toute façon, la boutique d'ingrédients a brûlé, il n'en reste rien. Va à Brighton.

« - Nous ne tenons pas la ville, objecta Drago.

« - Non. Mais l'Ordre non plus. Et le gérant sert indifféremment les deux camps, tant que son commerce prospère.

Drago hocha la tête, pliant soigneusement le parchemin avant de le glisser dans une poche secrète de sa cape. Avant de partir, il hésita une seconde, puis serra maladroitement l'épaule de Théodore. Tous deux savaient ce que ce geste signifiait : merci, merci pour tout.

Il quitta la salle, rejoignant l'entrée du Manoir. Il entendait encore les hurlements de sa tante, trop lointains pour qu'il ait à s'en inquiéter. Il rabattit sa cape sur sa tête, dissimulant son visage. Les Mangemorts se croisaient dans un ballet de robes noires, et personne ne faisait attention à lui. Derrière la porte, dans le jardin du Manoir, un groupe se préparait à transplaner. Il disparut en même temps qu'eux, ombre anonyme.

Il réapparut à Brighton, dans une ruelle isolée de la ville. La tête baissée, il traversa la partie Moldue de la ville, effectuant plusieurs détours pour être sûr que personne ne le suivait. L'air était iodé, une odeur qui lui rappelait de lointaines vacances en famille, avant qu'il n'entre à Poudlard. D'un pas toujours égal, il passa du côté sorcier de la ville, appréhendant ce qu'il allait y trouver. Mais personne ne fit attention à lui, et il s'autorisa à respirer. Le quartier qui avait dû autrefois être marchand était aujourd'hui délaissé, et les rares silhouettes qui s'aventuraient à l'extérieur étaient comme lui, dissimulées derrière une lourde cape noire.

Profitant de ce relatif anonymat, il se dirigea vers la boutique d'ingrédients, légèrement à l'écart. Sa façade était décrépie, les vitres poussiéreuses, et l'enseigne pendait lamentablement. L'aspect général était lugubre, et la plupart des gens faisaient un détour pour éviter la boutique. Drago poussa néanmoins la porte sans aucune crainte. Son père l'avait traîné dans des boutiques de magie noire autrement plus effrayantes que celle-ci. L'intérieur n'était guère accueillant, mais on devinait que les clients n'avaient pas déserté le magasin : le comptoir était propre, les ingrédients renouvelés régulièrement, à en juger par leur aspect, et le propriétaire faisait cliqueter son tiroir-caisse avec une satisfaction évidente.

Drago était seul dans la boutique, ce qui arrangeait ses affaires. En économisant ses mots, il tendit la liste d'ingrédients au gérant, qui s'empressa de la parcourir des yeux.

« - Je vais vous préparer ça, Monsieur, déclara-t-il avec un sourire hypocrite.

Il disparut dans l'arrière-boutique, laissant Drago seul. Même si Théodore pensait cet homme fiable, il n'était pas sûr de lui faire confiance. Et plus son absence s'éternisait, plus il était anxieux. S'il avait prévenu l'Ordre ? Il jeta un coup d'œil par la fenêtre crasseuse, vérifiant qu'aucune patrouille ne l'attendait à la sortie. Le Maître, peut-être ? Ce n'était pas lui qui venait chercher les ingrédients, habituellement, peut-être le trouvait-il suspect. Il secoua la tête, se forçant à rester serein. L'homme ne savait pas qui il était et ne dirait rien.

Il ressortit justement de l'arrière-boutique, les bras chargés de divers bocaux, que Drago s'empressa de faire disparaître dans les poches magiquement agrandies de sa cape. Il déposa les Gallions demandés sur le comptoir, et fit demi-tour sans même marmonner un remerciement. L'homme ne lui inspirait décidément pas confiance. Alors qu'il s'apprêtait à passer la porte, la voix du gérant retentit une dernière fois.

« - Monsieur Malefoy ? D'ici quelques secondes, deux membres de l'Ordre vont pénétrer dans cette boutique. Je vous conseille de vous cacher dans l'arrière-boutique en attendant leur départ. Libre à vous de me faire confiance, bien sûr, mais je n'aime pas voir mes clients s'entre-tuer. C'est mauvais pour le commerce.

Drago n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit. Se tournant vers la porte, il vit la poignée s'abaisser, comme au ralenti. Dans un rapide bruissement de cape, il se glissa derrière le rideau qui camouflait l'entrée de l'arrière-boutique, sa baguette sortie, prêt à faire face à toute éventualité. Combien de personnes s'étaient, comme lui, dissimulées derrière ce rideau pour ne pas croiser un membre du camp adverse ? Et surtout, comment le gérant l'avait-il reconnu ? Ces questions n'ayant pas de réponse, il se concentra sur les deux personnes qui venaient d'entrer, bien que sachant qu'il ne leur ferait pas de mal. Si Voldemort apprenait son escapade, il ne donnerait pas cher de sa peau, et préférait éviter tout esclandre.

Les deux personnes avaient toutes deux leur capuche rabattue, et il ne parvenait pas à les identifier. A leurs silhouettes, il devinait pourtant la présence d'un homme, à la carrure imposante, et d'une frêle jeune fille qui s'accrochait à son bras comme à un bouclier. Il ne cilla pas, se demandant qui ils étaient. Les avait-il connus à Poudlard ? Les avait-il croisés sur le champ de bataille ?

« - Voici la liste, déclara la jeune fille d'une voix qui se voulait sèche.

Drago se figea. Cette voix, il la reconnaissait, mais ne parvenait pas à identifier la personne à qui elle appartenait. Fouillant toujours sa mémoire, il recula plus profondément dans l'arrière-boutique, ne voulant pas être aperçu quand l'homme viendrait chercher les ingrédients demandés. Celui-ci passa devant lui sans un mot, sans même un regard, se contentant d'empiler les bocaux dans ses bras. Il repartit ensuite, suivi de loin par Drago qui reprit son poste d'observation.

L'homme déposa les bocaux sur le comptoir, et les deux clients s'empressèrent de les glisser dans les poches de leur cape, comme Drago l'avait fait quelques minutes plus tôt. Les Gallions firent un bruit sourd en tombant sur le comptoir, et les deux personnes se dirigèrent vers la sortie, toujours en silence.

« - Miss Greengrass, Mr Weasley, c'est toujours un plaisir de faire affaire avec vous, les salua hypocritement le vendeur. Bien sûr, j'ai déjà oublié votre venue.

Greengrass. Était-ce Daphné ou Astoria ? Drago ne savait pas, ne savait plus à qui cette voix appartenait. Et il avait besoin de savoir, de voir son visage, une seconde. A l'instant où la porte se referma, il bondit hors de sa cachette pour sortir à son tour.

« - J'ai déjà oublié votre venue ! lui cria le vendeur avant qu'il ne disparaisse.

Foutu vendeur. Il l'avait fait exprès, il en était sûr. Il l'avait rendu redevable pour être sûr qu'il n'entrave pas la bonne marche de son commerce. Devant lui, Daphné ou Astoria s'éloignait, mais elle ne tenait plus le bras du Weasley. Elle avait même quelques pas de retard sur lui. Pris d'une impulsion soudaine, il accéléra, l'attrapant vivement par le bras. Elle se retourna, un éclat de peur brillant dans ses yeux. C'était Astoria. Astoria, la petite sœur de Daphné. La belle et idéaliste Astoria. Il aurait dû le deviner. Daphné n'aurait jamais rejoint l'Ordre.

« - Drago … souffla-t-elle en reconnaissant son visage.

Elle était proche, trop proche de lui. C'était dangereux, un Weasley n'était pas loin, il risquait sa vie ici. Sa vie, et celle de sa mère. Mais elle posa une main froide sur sa joue, comme pour s'assurer qu'il était bien réel, bien vivant, et ses yeux brillaient de soulagement.

« - Astoria ?

La voix rude du Weasley retentit, et Drago recula à regret.

« - Dis-leur … Dis-leur que je suis désolé, souffla-t-il avant de s'enfuir, laissant la jeune fille seule au milieu de la rue.

Sa joue le brûlait à l'endroit où elle l'avait touché, et ses souvenirs remontaient par vague. Astoria. Astoria, Daphné, Tracey, Pansy. Pansy, Théodore, Blaise. Blaise. Il revoyait tous les moments qu'il avait passé avec eux, leurs rires, leurs colères. Les sept années qu'il avait passées avec eux. Astoria, qui malgré son jeune âge, suivait sa sœur partout, les yeux brillants d'admiration. Il avait tant de choses à lui demander. Comment allaient-ils, tous ? Pensaient-ils encore à lui, à Théodore ? Est-ce qu'un jour ils pourraient leur pardonner ? Sa respiration était sifflante, et des larmes lui brouillaient la vue. Il fallait qu'il se calme pour pouvoir transplaner. Il ne devait rien laisser voir. Oublier, tout oublier. Oublier Astoria, oublier ce qu'il avait vu dans ses yeux. Oublier Daphné, Pansy, Tracey. Oublier Blaise.

Il respira longuement, sentant son rythme cardiaque ralentir. Il avait fait son choix quand il avait pris la marque. Il n'y avait plus de retour en arrière. Oublier, c'était ce qu'il avait de mieux à faire. Comme un automate, il transplana. Il traversa le Manoir Jedusor, le visage froid, sans rien laisser transparaître. Déposa les ingrédients auprès de Théodore. Et ce ne fut que bien plus tard, quand la nuit fut tombée, quand Théodore verrouilla et insonorisa leur chambre, qu'il s'autorisa à raconter ce qu'il avait vu dans les yeux d'Astoria. Cet espoir fou, insensé, d'un monde sans Voldemort, un monde où ils pourraient vivre en paix.

Mais les yeux de Théodore s'assombrirent, et il se retourna dans son lit, tournant le dos à Drago. Il y avait bien longtemps que Théodore avait cessé de rêver, résigné. Et Drago ferma les yeux à son tour, cadenassant au plus profond de lui ce rêve. Pour eux, il n'y avait que deux issues, il le savait. Voldemort ou Azkaban. Jusqu'à ce que la mort les prenne.


Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu.

Vous avez des nouvelles d'Andromeda, de Fleur, des Weasley, de Drago et Théodore ... Qu'en pensez-vous ? J'attends vos commentaires ! Et pour ceux qui hésitent encore à me laisser des reviews, vos messages m'incitent à accorder une plus grande place à vos personnages préférés, alors n'hésitez plus !

A la semaine prochaine !