Bonjour à tous !

Comme promis, voici le nouveau chapitre. Un dernier chapitre de transition, l'action reprend dans le chapitre suivant, en cours d'écriture. J'espère qu'il vous plaira !

Un grand merci à mes revieweurs, dont Guest : ta review me fait extrêmement plaisir, j'espère que la suite de la fiction te plaira également !

Bonne lecture !


Assise sur un canapé, dans la salle commune de Serpentard, Pansy appliquait une fine couche de vernis sur chacun de ses ongles, avec rigueur, concentration, totalement hermétique à ce qui se passait autour d'elle. Du moins, elle essayait. A côté d'elle, Daphné mettait rageusement en miettes un vieil exemplaire de Sorcières Hebdo qui ne lui avait strictement rien fait. Interrompant son ouvrage – elle devait attendre que son vernis sèche pour appliquer une deuxième couche –, elle surveilla du coin de l'œil son amie. Avec application, celle-ci arrachait de larges bandes de papier, qu'elle chiffonnait en de petites boulettes qui s'alignaient sur la table basse. Puis, par moment, elle les carbonisait d'un mouvement de baguette rageur, avant de recommencer avec le reste du magazine.

« - Ce magazine ne t'a strictement rien fait, s'autorisa finalement à commenter Pansy, avant de reprendre son vernis.

« - Il est à Tracey, répliqua la grande blonde, comme si cela expliquait tout.

« - Ah, se contenta de répondre Pansy.

Tracey sortait depuis deux jours – peut-être même plus – avec Dean Thomas, un Gryffondor de septième année, ami d'Harry Potter de surcroît. Et comme si ça ne suffisait pas, elle était le binôme de combat de Potter. Visiblement, Daphné vivait très mal la situation, à en croire l'état du magazine qu'elle tenait entre ses mains. Même si elle ne disait rien, Pansy la comprenait. En fait, elle avait même eu une violente altercation avec Tracey, qui l'évitait soigneusement depuis deux jours.

Daphné marmonna quelque chose, où Pansy parvint à distinguer les mots « stupide Gryffondor ». Si elle devait être honnête, Daphné reconnaîtrait que Dean était sûrement un garçon génial, que Tracey faisait ce qu'elle voulait de sa vie, et qu'elle devrait la soutenir dans son combat aux côtés de l'Ordre. Oui, mais Daphné n'avait pas envie d'être honnête. Pendant six ans, presque sept, les Serpentards avaient été un groupe soudé, uni. Et cette année, tout partait en vrille. Drago et Théodore les avaient abandonnés, Tracey les laissait peu à peu tomber au profit de l'Ordre – elle était prête à se battre contre Drago et Théodore ! – et Blaise … Et bien, elle ne savait pas trop ce que faisait Blaise, si ce n'est qu'il avait été le binôme de combat de Granger, ce qui suffisait à la mettre en rage.

« - Qu'il est con, marmonna-t-elle.

« - Qui ? Dean ?

Pansy la regardait d'un air perplexe.

« - Non, Blaise. Qu'est-ce qu'il lui trouve, franchement, à Granger ? Qu'est-ce qu'il fout avec l'Ordre ? Il n'a pas à affronter Drago !

Décidément, elle ne comprenait pas les choix de ses amis. En fait, la seule chose qu'elle comprenait, c'est que tous l'abandonnaient, pour une guerre qui n'avait aucun sens. Vraiment, si Potter devait sauver le monde, ils étaient mal barrés ! Il ne savait déjà pas s'occuper de lui, et arborait un air niais à chaque fois qu'il apercevait la fille Weasley. Et elle ne parlait pas de ce grand dadais de Weasmoche, et de sa copine Granger. D'ailleurs, elle ne voyait franchement pas ce qu'elle lui trouvait. Enfin, depuis que le vieux fou était mort, la situation partait à vau-l'eau.

Ce n'était pas qu'elle pensait la situation plus brillante dans l'autre camp. Drago et Théodore étaient terrorisés depuis le retour du Seigneur des Ténèbres, et Bellatrix était complètement dingue. Et puis, leurs idées étaient ridicules. Bien sûr que les Moldus étaient inférieurs aux sorciers, ils n'avaient pas de magie ! Mais de là à les massacrer, il y avait un monde. Et quant aux Nés-Moldus … Leur magie n'était pas moindre, mais ils n'avaient pas le prestige d'une noble famille de Sang-Pur, ce qui expliquait leur situation inférieure.

Son avis était simple. Voldemort était un monstre qui méritait de mourir, et Potter un idiot qui ne méritait pas sa célébrité. Etre contre Voldemort ne signifiait pas être pour lui, et elle préférait rester neutre que de le suivre. Surtout, elle était incapable d'affronter Drago et Théodore.

Le fil de ses pensées s'interrompit brusquement quand elle se rendit compte qu'il ne restait rien du magazine qu'elle déchiquetait avec acharnement, à part un petit tas de cendres sur la table. Pansy la surveillait du coin de l'œil, l'air narquois, et elle se renfrogna, se calant plus profondément dans le canapé. Pansy reposa délicatement son flacon de vernis sur la table, se tournant pour faire face à sa meilleure amie. Parfois, elle se demandait comment Daphné avait pu atterrir chez les serpents, avec un caractère aussi sanguin.

« - Et qu'est-ce que fait Astoria ?! explosa-t-elle à nouveau.

Sa sœur était une autre des inquiétudes de Daphné. Bien qu'Astoria soit plus jeune de deux ans, les deux sœurs avaient toujours été très proches, et Daphné s'inquiétait souvent plus que de raison pour sa cadette. Mais depuis quelques mois, la situation s'était tendue entre les deux sœurs. Depuis qu'Astoria avait déclaré vouloir rejoindre l'Ordre en fait. Daphné s'y était bien sûr opposée, ce qui avait provoqué de nombreuses disputes. Finalement, Astoria n'étant pas majeure, elle n'avait pas été acceptée au sein de l'Ordre, ce qui avait calmé la situation. Pour quelques jours seulement, jusqu'à ce qu'elle se porte volontaire pour aider à préparer les potions dont avait besoin l'infirmière. Et récemment, elle s'était également portée volontaire pour refaire les stocks d'ingrédients, ce qui l'obligeait à quitter l'enceinte protégée de Poudlard pour une boutique crasseuse de Brighton. Le fait qu'un professeur l'accompagne pour veiller sur sa sécurité ne rassurait pas Daphné, et cela avait même tendance à l'inquiéter depuis qu'elle avait découvert qu'il s'agissait de Charlie Weasley – encore un !

« - Je suis là, Daphné.

La voix d'Astoria tira son aînée de ses considérations moroses. Un large sourire s'étala sur les lèvres de Daphné, et elle se leva pour serrer sa petite sœur dans ses bras.

« - C'est bon, je suis en vie, pas la peine de m'étouffer, grogna celle-ci en la repoussant légèrement, avant de s'asseoir face à elle sur un fauteuil.

« - Je m'inquiète pour toi, protesta Daphné.

« - Tu t'inquiètes pour tout le monde, soupira Pansy.

Daphné haussa les épaules, l'air vexé, et s'enfonça dans le canapé, ramenant ses jambes contre elle.

« - J'ai vu Drago, lâcha abruptement Astoria, surprenant tout le monde.

Pansy et Daphné laissèrent échapper un couinement étranglé, et la plus jeune eut un instant peur qu'elles ne s'étouffent.

« - Comment ça, tu as vu Drago ? se reprit rapidement Pansy, tandis que Daphné continuait de s'étrangler.

« - En sortant de la boutique d'ingrédients. Il m'a reconnue, je ne sais pas comment, et m'a attrapée par le bras.

« - Et Weasley n'a rien vu ? s'offusqua Daphné. Quel incapable ! Tu serais en danger qu'il ne s'en rendrait pas compte !

« - Et qu'est-ce qu'il t'a dit ? demanda Pansy, penchée en avant, sans écouter les récriminations de son amie.

« - Juste de vous dire qu'il était désolé. Et il est parti.

Astoria pouvait voir les larmes dans les yeux de ses aînées. Pansy saisit la main de Daphné, la regardant droit dans les yeux, malgré les larmes. Drago était vivant. Drago était vivant et pensait toujours à elles, et pour l'instant, c'était tout ce qui comptait.


Blaise secoua la tête pour faire tomber les quelques gouttes de pluie qui parsemaient ses cheveux. Il avait juste eu le temps de passer la porte de Poudlard avant que l'orage n'éclate. L'été touchait à sa fin, mais ne semblait pas vouloir partir en silence. Il jeta un coup d'œil par une fenêtre du hall, grimaçant en se rendant compte que la pluie tombait avec violence. Il ne ressortirait pas aujourd'hui. De toute façon, il n'avait aucune raison de sortir.

Aileen était d'une humeur massacrante. Depuis que Potter l'avait sommée de quitter Poudlard, elle restait enfermée dans son manoir qu'elle arpentait à longueur de journée, le regard noir. Il l'avait aussi vu s'entraîner sur des mannequins de bois, qu'elle pulvérisait avec application. Albert lui avait dit qu'elle passait également du temps dans la salle secrète, celle contenant les grimoires de magie, et que sa consommation de Potions de Lune avait augmenté. Il frissonna en repensant à ce que lui avait dit le vieil homme. Aileen était la seule à penser que cette drogue la rendait plus forte, alors qu'elle ne faisait que détruire son corps à petit feu.

Enfin, l'ambiance au manoir était exécrable, et il avait préféré rejoindre Poudlard. Il avait emprunté un livre de magie à Aileen, et songea à trouver une pièce calme pour le commencer. Heureusement pour lui, les salles de classe inoccupées n'étaient pas ce qui manquait à Poudlard, même si elles commençaient à se faire rares, ces derniers temps. Il monta les escaliers en direction du quatrième étage, espérant que la petite salle ne soit pas occupée. Il poussa la porte avec un soupir de satisfaction en la trouvant vide. D'un coup de baguette, il alluma la lumière, le ciel d'orage gardant la pièce dans une relative obscurité.

Il était en train de tirer une chaise pour s'installer confortablement quand un mouvement attira son attention. Baguette en main, il s'approcha de la silhouette assise contre le mur.

« - Granger ?! s'exclama-t-il quand il la reconnut.

Celle-ci était assise en tailleur, à même le sol, son dos reposant contre le mur froid, les yeux à mi-clos. Elle ouvrit un œil en l'entendant l'appeler, et consentit à se relever en le reconnaissant.

« - Qu'est-ce que tu fais là ? l'interrogea-t-il comme elle ne semblait pas décidée à parler.

« - Je réfléchis.

« - En même temps tu fais rarement autre chose, se moqua-t-il à demi voix. Et tu as besoin d'être dans le noir pour ça ?

Elle haussa les épaules, comme si la question de la luminosité de la pièce l'indifférait profondément.

« - Bon, fais ce que tu veux, trancha-t-il en voyant qu'elle ne répondrait pas.

Il rejoignit ses affaires, s'installant confortablement avec son livre. Granger était vraiment timbrée quand elle s'y mettait. Il se plongea dans son livre, s'efforçant de faire abstraction de la Gryffondor de l'autre côté de la pièce. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de la surveiller du coin de l'œil. Elle tournait en rond, autour d'une table, un air d'intense réflexion sur le visage. A intervalle régulier, elle jetait un coup d'œil dans sa direction, très rapidement, puis reprenait son manège. Blaise craqua rapidement.

« - Granger, dis-moi ce qui ne va pas, tu me fatigues là.

Elle sembla hésiter un instant, puis s'approcha de lui, s'asseyant en tailleur sur la table qui lui faisait face, tortillant nerveusement une mèche de ses cheveux. Merlin ce qu'elle pouvait l'exaspérer quand elle agissait ainsi !

« - Voldemort n'a toujours pas réagi. Ça va bientôt faire une semaine, depuis Ste Mangouste, et il ne fait rien. Comme s'il espérait que l'attente nous tue. Ou alors, il est si sûr de son prochain coup qu'il prend son temps. Je ne sais pas quoi penser …

Blaise la fixait avec une expression indéchiffrable. Il ne voyait pas pourquoi elle venait lui raconter ça. Qu'est-ce qu'il y pouvait, si Voldemort agissait sans aucune logique ?

« - C'est tout ?

« - Comment ça, c'est tout ? Mais c'est capital ! se récria-t-elle. Si on arrivait à prévoir ses mouvements, imagine les vies qu'on pourrait sauver !

D'accord. Il y avait autre chose, et elle ne savait pas si elle pouvait lui en parler. Granger était vraiment mauvaise actrice.

« - D'une importance capitale, oui, répondit-il avec un sourire moqueur.

« - D'accord, ce n'est pas tout, capitula-t-elle.

Elle gardait pourtant un regard fuyant, et se mordait nerveusement la lèvre. Blaise soupira.

« - Mais le reste est top secret, information confidentielle de l'Ordre, bla-bla-bla, et je ne suis pas habilité à en prendre connaissance, c'est ça ?

Hermione eut un sourire gêné.

« - Un peu, oui.

« - Pourquoi tu m'en parles alors ?

« - En fait … J'ai besoin d'en parler pour réfléchir, mais …

« - Parles-en à Potter ou Weasmoche, la coupa-t-il.

« - Ne l'appelle pas comme ça, répondit-elle par automatisme. Harry n'est pas objectif, et Ron ne se sent pas vraiment concerné.

« - Ça ne m'étonne pas tellement de lui, marmonna Blaise, s'attirant un nouveau regard noir d'Hermione. Eh bien, je suis sûr que des tas de gens seraient ravis d'en parler avec toi. Genre des Weasleys, ils sont tellement nombreux. Ou Londubat, tiens, pourquoi pas.

Hermione ne répondit rien, mais son regard était éloquent. En fait, elle aurait aimé en discuter avec les membres de l'Ordre, mais … Ils étaient des Gryffondors. Ils s'indignaient, réagissaient à chaud, et personne ne prenait le temps de réfléchir à de possibles conséquences. En fait, ce dont elle avait besoin à cet instant précis, c'était de l'intelligence froide de Blaise.

« - Si je comprends bien, reprit celui-ci, tu as plein de monde à qui en parler, mais tu t'en remets à mon avis. Je suis flatté.

« - C'est bon, n'en fais pas trop non plus. C'est à propos d'Aileen, tu vois qui c'est ?

« - Tout le monde dans ce château sait qui elle est, Granger.

Il avait répondu d'un air laconique, légèrement narquois, sans rien faire voir de ses émotions. Mais à l'intérieur, tous ses sens étaient aux abois. Qu'est-ce que Granger pouvait bien vouloir à la jeune femme ? Que savait-elle ? Il aimait bien la Gryffondor, mais si ses intérêts entraient en conflit avec ceux d'Aileen, il savait vers qui irait sa loyauté.

« - Oui. Bon. En fait, on a appris des choses sur elle, hier.

« - Je t'écoute.

Son cœur s'était mis à battre un peu plus fort. Qu'est-ce que l'Ordre savait sur Aileen ? Quelque chose que lui ne savait pas, peut-être ?

« - Voldemort et elle étaient amants.

« - Quoi ? s'étouffa Blaise.

« - Je sais, ça surprend, poursuivit Hermione. C'était à la fin des années 1940, ils avaient tous les deux à peine vingt ans.

Voyant que Blaise était toujours en train de tousser, elle s'interrompit, lui tapotant maladroitement le dos, ce qui arracha une grimace au jeune homme.

« - Tu essaies de me tuer, c'est ça ? grinça-t-il.

Il essayait de plaisanter, mais son cerveau tournait à vive allure. Elle, Aileen. Et lui, Voldemort, le monstre. Impossible. Et pourtant … Il savait que Voldemort avait massacré sa famille. Il avait cru qu'elle lui avait dissimulé quelque chose, et en avait payé le prix. Mais si la vérité était bien plus simple ? Deux amants qui se déchirent, la folie de Voldemort qui l'écrase, jusqu'au drame final. Il revint rapidement à la réalité, face à Hermione qui n'avait pas cessé de parler.

« - Et je ne sais pas quoi faire de cette information, poursuivait-t-elle. Ce pourrait être un atout, pour nous après tout, elle le connait sûrement mieux que quiconque. Mais … Quelque chose me gêne. Tom a commis son premier meurtre à seize ans, bien avant de la rencontrer. Son âme état déjà noire, et elle l'a quand même suivi, elle a torturé pour lui, il a tué pour elle. J'ai peur de ce qu'elle est capable de faire.

Comment ça, Aileen avait torturé pour lui ? C'était impossible, elle ne ferait pas ça, il en était certain. La femme qu'il connaissait n'était ni cruelle, ni sadique. Voldemort était responsable de tout. Il l'avait pervertie, avait planté cette noirceur en elle, avait détruit ce qu'elle était. Hermione ne faisait que confirmer ce qu'il pensait : la vengeance d'Aileen était juste, et il ferait tout pour détruire Voldemort, pour être à ses côtés, jusqu'au bout.

« - Qu'est-ce que tu en penses ?

Blaise avait manqué une grande partie du discours de la jeune fille, et s'autorisa une seconde de réflexion. Il devait jouer finement. Dissiper les doutes qu'elle avait sur Aileen, sans trahir sa véritable allégeance.

« - Qui vous a dit ça ? Je veux dire, est-ce que tu es sûre de ces informations ?

Une intelligence froide, précise. Pas le moindre sentiment, impossible de se trahir. A la grimace de la jeune fille, il devina que la réponse ne lui plairait pas.

« - Je ne peux pas te le dire, mais j'ai toute confiance en cette personne, je t'assure.

Il leva les yeux au ciel.

« - Tu ne peux pas me le dire. Tu n'as toujours pas confiance en moi, c'est ça ? Attention, le Serpentard risque de trahir ?

« - Non, Zabini, ce n'est pas ça, protesta-t-elle.

« - C'est faux, bien sûr, mais tu ne me dis jamais rien, tu fais des détours. Bravo la tolérance.

Hermione n'osait plus croiser son regard, de peur d'y lire de la déception. Il avait raison, bien sûr. A chaque fois qu'elle lui parlait, elle faisait attention à ses mots, comme s'il était un ennemi. Alors qu'il lui avait sauvé la vie, qu'il essayait vraiment de se rendre utile.

« - Tu sais quoi, Granger ? Tu m'énerves. Débrouille-toi toute seule.

Il attrapa son livre et commença à se lever, mais la Gryffondor le rattrapa avant qu'il ne sorte.

« - Non, attend, je suis désolée.

« - Tu es toujours désolée.

Il n'avait pas envie de l'entendre se répandre en excuses, lui dire qu'elle était désolée, qu'elle lui faisait confiance, mais que ses réflexes étaient difficiles à perdre, que St-Potter n'aime pas qu'elle passe du temps avec lui, même s'il ne fallait pas lui en vouloir, parce que la situation était difficile pour tout le monde en ce moment. Il n'avait pas envie d'avoir cette éternelle discussion avec elle. Elle ne lui faisait pas confiance, et ça le touchait bien plus que ça ne devrait le faire. Alors aujourd'hui, il voulait simplement partir, trouver un coin tranquille et lire son livre. Non. Il voulait retourner voir Aileen, et lui dire qu'il savait pour elle et Voldemort. Voir sa réaction, entendre ses explications. Il avait besoin qu'elle le rassure.

« - Je ne sais pas ce que je dois comprendre.

Harry Potter se tenait dans l'embrasure de la porte, et les fixait, sourcils froncés. Hermione se recula précipitamment, lâchant le poignet de Blaise qu'elle tenait toujours. Le jeune homme retint un sifflement d'exaspération.

« - Tu sais quoi, Potter ? lança-t-il avant qu'elle ne puisse se répandre en excuses. Pense ce que tu veux, de toute façon ça ne sera jamais à mon avantage.

Il savait que dans son dos, Granger faisait signe à Potter de ne pas s'en faire, qu'elle lui expliquerait tout plus tard. Haussant les épaules, il bouscula le jeune homme pour quitter la pièce. Avant qu'il ne soit trop loin, il entendit la voix de Potter par la porte encore ouverte de la salle.

« - Je pense qu'on peut lui faire confiance, disait celui-ci d'une voix étrangement exaltée.

Blaise s'arrêta. S'ils parlaient d'Aileen, cette discussion pouvait être intéressante.

« - Je t'assure, Hermione, reprenait Potter. Regarde, tu te souviens de la photo ? Elle me l'a donnée. Elle voulait que je sache, elle voulait que je découvre la vérité.

« - Justement, Harry, le tempérait Granger. Tu ne trouves pas étrange, qu'elle ait gardé cette photo toute ces années ?

« - Elle veut se rappeler ce qu'elle a perdu, ce qu'il lui a volé, expliqua Potter.

« - Non. Elle ne l'a pas oublié, elle pense encore à lui.

« - Quelle photo ?

Abandonnant toute prudence, Blaise était rentré dans la pièce. Il voulait savoir. Savoir de quoi ils parlaient, à quoi ressemblait cette photo. L'idée qu'Aileen ait pu confier quelque chose à Potter qu'il ne sache pas lui faisait mal, affreusement mal. Il devait savoir.

« - Tu espionnes les conversations ? cingla aussitôt Potter.

Il voulut répondre que tout le couloir entendait la conversation, mais déjà Granger lui tendait la photo, malgré le regard réprobateur de Potter. Sur l'image, Aileen valsait, valsait et valsait encore, dans les bras d'un homme dont ils ne voyaient pas le visage, mais dont l'identité était évidente : Tom Jedusor.

« - Qu'est-ce que tu en penses ?

Granger le fixait avec une intensité dérangeante. Il savait ce qu'elle voulait : qu'il confirme sa théorie. Qu'il dise qu'Aileen gardait cette photo par amour. Mais il ne pouvait le croire.

« - Ça me tue de le dire, mais Potter a raison. Elle veut se rappeler ce qu'elle a perdu. S'il a massacré sa famille, comme tu le dis, elle ne peut pas lui pardonner.

La tête de Potter à ce moment valait vraiment le coup d'œil. Que lui, Blaise Zabini, un Serpentard qu'il ne supportait pas, lui donne raison contre Granger était un paradoxe qu'il peinait visiblement à accepter. Granger pinça les lèvres, visiblement contrariée.

« - Non, vous vous trompez. On ne garde pas une photo de son pire ennemi sur soi pendant cinquante ans.

Blaise ne voulait vraiment pas entendre Granger lui dire qu'il avait tort, et qu'Aileen était une folle obsédée par Voldemort. De toute façon, ses théories ne l'intéressaient pas. Il demanderait à Aileen de lui dire la vérité.

« - Je n'en sais rien, Granger, et je m'en fiche. De toute façon, vous ne cessez de me rappeler que ce ne sont pas mes affaires.

Cette fois-ci, il ne s'arrêta pas au milieu du couloir, et ne fit pas demi-tour, même en entendant Granger lui crier dessus depuis l'entrée de la salle.

« - Tu n'es qu'un imbécile, Blaise ! Tu ne vaux pas mieux que moi ! Arrête de jouer la victime !

Il entendait encore sa voix résonner alors qu'il s'éloignait, mais il distinguait de moins en moins bien ses paroles, qui se perdaient dans l'immensité du château. C'était la première fois qu'elle l'appelait Blaise. Son nom sonnait bizarrement dans sa bouche. A tous les coups, elle devait regretter ce qu'elle lui avait dit. Peut-être même qu'elle était en train de se disputer avec Potter. Bien fait pour lui.

Il traversa le château, se frayant un chemin parmi les élèves qui venaient de sortir de cours, et s'agglutinaient dans les couloirs en groupes compacts. Arrivant dans le hall, il ne put retenir une grimace. Il avait oublié qu'il faisait orage. Tant pis. Utilisant sa cape pour se protéger, il traversa le parc en courant, en direction du portail installé par Aileen.

« - Otthon, marmonna-t-il rapidement, sentant le portail l'aspirer.

De l'autre côté, dans la propriété d'Aileen, la pluie tombait également à grosses gouttes. Décidément, les éléments semblaient s'être ligués contre lui, songea-t-il. Il se sécha d'un coup de baguette en pénétrant dans le hall, se dirigeant à grands pas vers la bibliothèque. Comme il s'y attendait, Aileen s'y trouvait, lovée dans un canapé, plongée dans un énorme grimoire. De loin, elle semblait d'un calme olympien. Mais Blaise la connaissait, et il voyait le léger tic qui agitait son pied droit, ainsi que les ridules qui se formaient au coin de ses yeux quand elle était énervée. Elle tourna une page, d'un geste vif qui la corna légèrement.

« - Blaise, déclara-t-elle sans lever les yeux de son ouvrage. Je croyais que tu ne reviendrais pas aujourd'hui.

« - J'ai changé d'avis.

Elle sembla deviner, au son de sa voix, que quelque chose le tracassait, puisqu'elle ferma son livre et le posa sur la table basse située devant elle. Le fixant de ses yeux noirs, elle lui fit signe de s'asseoir à côté d'elle. Le jeune homme obéit, se pliant sans broncher à son examen visuel. Comme elle ne semblait pas trouver la cause de son trouble, il se décida à parler.

« - On m'a raconté une histoire, aujourd'hui. Une histoire perturbante, qui s'est déroulée à la fin des années 1940. Je vous la raconte ?

« - Pourquoi pas.

« - Il était une fois un couple, un couple magnifique. Deux jeunes gens, âgés d'à peine vingt ans, dont personne ne sait comment ils se sont rencontrés, mais qui éblouissaient leurs contemporains. Seulement, l'un d'eux avait le cœur noir et le sourire cruel. Et l'autre, par amour pour lui, torturait sans pitié, grisé par la soif de pouvoir. Vous me suivez ?

« - Oui.

« - Mais toutes les histoires ont une fin. Le couple s'est brisé, et le jeune homme a massacré la famille de la jeune fille. Punition cruelle, n'est-ce pas ?

« - Et la jeune fille a attendu l'heure de sa vengeance. Qu'y a-t-il de plus terrible, pour le jeune homme, de périr de la main de celle qu'il a méprisé ?

« - Sans doute de périr par celle qu'il a aimé. Et qui ne l'a pas oublié.

« - C'est une histoire triste. Je suppose que tu ne me diras pas qui te l'a racontée.

Pour la première fois depuis des jours, Aileen était enfin calme. Blaise avait compris. Il lui manquait encore des morceaux, l'histoire était incomplète, mais ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne reconstitue l'histoire dans son ensemble. Et si lui le faisait, les autres y arriveraient également. La fin était proche.

« - C'est une histoire qui se construit. Mais voyez-vous, la question que tout le monde se pose, aujourd'hui, est de savoir si la jeune fille a oublié le jeune homme. Car si elle l'aime encore, peut-être que sa vengeance n'est qu'un leurre.

« - Peut-être qu'elle l'aime encore, en effet. Peut-être qu'elle l'aime comme le souvenir des jours heureux. Mais les jours heureux sont partis, et on affronte ceux que l'on a aimé.

Et Blaise la comprenait, mieux qu'il n'aurait pu l'imaginer. Parce qu'il avait Drago. Ses jours heureux, c'était les années passées avec Drago, avec Théodore, avec Pansy et Daphné et Tracey. Mais la prochaine fois qu'il le croiserait sur le champ de bataille, il devrait riposter. Drago avait choisi Voldemort, et lui avait choisi Aileen. L'un des deux devait mourir, et il n'y avait pas d'issue pour celui qui avait choisi le mauvais camp. Au fond, Potter était prisonnier d'un conflit bien plus large que ce qu'il imaginait, un conflit qui le dépassait.

« - C'est une conclusion triste, pour une histoire triste, murmura-t-il.

« - Y a-t-il des fins heureuses ?

Il considéra la question quelques secondes, laissant son regard vagabonder. Aileen avait détaché ses cheveux, et les boucles brunes qui encadraient son visage lui rendaient une innocence perdue depuis longtemps.

« - Je ne sais pas, répondit-il finalement.

Puis, après un silence.

« - J'aimerais que vous me racontiez cette histoire, un jour. Je voudrais savoir comment les deux jeunes gens se sont rencontrés, et pourquoi ils se sont séparés.

« - Je le ferai, Blaise. Mais avant, il faudra que tu comprennes quelle est ta place dans cette histoire.

Bien sûr. Quel rôle avait-il, dans ce ballet macabre ? Cette vengeance, vieille de cinquante ans, était bien plus complexe qu'il ne le paraissait. Et parce qu'il se trouvait au cœur de l'histoire, entraîné par des raisons qui le dépassaient, c'était à lui de comprendre. Il devait retrouver les pièces du puzzle, reconstituer le tableau. L'histoire ne se racontait pas, elle se vivait.


Voilà pour ce chapitre ! J'espère qu'il vous a plu. A l'origine, il n'était pas censé exister, mais je me suis laissée entraîner, et le voilà ^^

Que pensez-vous de Daphné, Pansy et Astoria ? Et Blaise, Hermione, Harry et Aileen ? Vraiment beaucoup de personnages présents dans ce chapitre ! N'hésitez pas, j'attends vos commentaires.

On se retrouve la semaine prochaine !