Bonjour à tous !
Voilà le nouveau chapitre, l'action reprend. Et comme je suis très inspirée en ce moment, le prochain est déjà écrit et celui d'après en cours, donc il n'y aura pas de retard cet été ! On avance dans l'histoire, la fin se rapproche à grand pas ... Mais je vous laisse vous en rendre compte par vous-même !
Encore une fois un grand merci à tous mes lecteurs, ceux qui me laissent des reviews, me mettent en follower ... Merci mille fois je vous aime !
Bonne lecture, on se retrouve en bas.
Même dans le bruit, le Manoir Jedusor était silencieux. Oppressant. Les ordres du Lord claquaient dans l'air et, comme des automates, ombres silencieuses, les Mangemorts s'empressaient de lui obéir, leurs robes se croisant dans un ballet incessant. Masqués ou non, leurs visages importaient peu, tant ils semblaient identiques, armée de clones sans pensée propre et sans avenir. Parfois, au milieu de ces ténèbres, un visage, une chevelure se détachait, reconnaissable entre toutes. Bellatrix se dressait, orgueilleuse, droite et cruelle. Le sourire qu'elle arborait en permanence faisait frissonner ceux qui la croisaient, par la noirceur qui s'en dégageait, et la sensation de dangerosité qui émanait de sa personne.
Et puis, parfois encore, une chevelure d'un blond saisissant apparaissait, lumière au milieu de cette foule sombre. Autrefois grands, puissants, aux côtés du Seigneur des Ténèbres, les Malefoy étaient tombés bas. Mais peu à peu, Drago s'était redressé. Aux côtés de sa tante, il traversait la foule, le visage dur, le regard froid. Sur son passage les regards se faisaient méprisants, envieux ou parfois indifférents. Un par un, Drago Malefoy gravissait les échelons, et l'ensemble des Mangemorts assistait à son irrésistible ascension.
Sur le côté, peu à peu oublié de tous, Lucius Malefoy surveillait son fils. Il avait lu la tempête qui se jouait dans ses yeux il avait vu l'enfant terrifié et l'adolescent mal-assuré. Et aujourd'hui, il voyait le jeune homme qui se voulait froid, qui se tenait droit devant le Maître. Drago pouvait tromper qui il voulait, mais pas son père. Lucius savait sa peur, son désir d'une autre vie, d'un autre monde. Il savait ses doutes et ses erreurs, ses amitiés qui volaient en éclat, son avenir qui s'émiettait sous ses yeux. Sous le visage de Drago, c'était lui-même que Lucius voyait. Ses espoirs anéantis, et ses propres erreurs. Sa lâcheté.
Narcissa était dans une geôle qui la détruisait à petit feu. Drago devenait malgré lui un monstre, un homme qui avait tué, loin de l'enfant innocent qu'il avait un jour été. Et Lucius maudissait sa lâcheté, qui lui avait fait perdre sa femme, et qui lui enlevait à son tour son fils. Il avait été un mauvais mari et un mauvais père, il le savait. Il le voyait dans les yeux éteints de Narcissa, dans ceux méprisants et douloureux de Drago. Il avait mené sa famille à la chute. Quoi qu'il arrive, à présent, les Malefoy ne seraient plus rien qu'une famille déchue.
D'un pas lent, Lucius tourna les talons, quittant le hall d'entrée. Le Maître ne faisait plus attention à lui, l'oubliait peu à peu. Drago prenait sa place, et tout ce qu'il ressentait était la honte de n'être pas assez fort pour épargner ces horreurs à son fils. Comme à son habitude, il ralentit le pas en passant devant l'escalier qui menait aux cellules. Narcissa était en bas, probablement recroquevillée sur elle-même, gelée, affamée. Sa belle, si belle Narcissa. Sa femme était une reine, princesse de glace. Et pourtant si courageuse … La seule à faire preuve de courage dans cette famille. Elle avait tout tenté pour sauver son fils, elle n'avait pas hésité une seconde à mettre sa vie en péril.
Souvent, Lucius se disait qu'il n'était rien sans sa femme. Elle était le courage qui lui faisait défaut, l'amour qu'il ne savait pas donner. Elle était tout pour lui, et elle se mourait parce qu'il n'avait pas su la protéger. Et Drago, Drago ne le lui pardonnerait jamais.
La serre était calme, délicieusement calme. Dehors, la pluie menaçait, le ciel était gris. Mais ici, à l'intérieur de la serre, il ne régnait rien d'autre qu'une douce quiétude. Pomona aimait cette atmosphère, ce cocon qui l'enveloppait toute entière. Elle vérifia avec soin les feuilles de ses plants de dictame, s'assurant qu'aucun puceron ne soit dissimulé sur les larges feuilles. Cette serre était décidément la plus calme de toutes la serre numéro deux, où personne n'était autorisé à entrer. Celle où elle plantait en cachette des fleurs de lune pour Aileen. Elles n'étaient pour l'instant que de minuscules pousses elles n'atteindraient leur maturité que dans plusieurs mois. Pomona n'était pas pressée elle les soignait, avec patience et amour.
Elle aimait la botanique, cet art calme et paisible. Peu de personnes comprenaient sa passion pour les plantes, et elle l'avait peu retrouvée chez ses élèves. Trop souvent ils dédaignaient la Botanique, au profit de la Métamorphose ou des Sortilèges. Ils ne comprenaient pas l'amour qu'elle réservait à ses plantes ils croyaient qu'elle n'aimait qu'elles, au détriment des vivants. Mais la Botanique était la science de la vie jour après jour, elle donnait vie à ces plantes, les abreuvait avec amour, les regardait croître. La Botanique lui apprenait la patience et la douceur la vie était capricieuse, et il fallait apprendre à lire les signes, sans presser la nature.
Le seul, peut-être, digne de cet art si noble qu'était la Botanique, était Neville Londubat elle n'avait jamais vu une telle passion chez l'un de ses élèves d'ailleurs, il était le seul en qui elle ait suffisamment confiance pour lui confier les clés des serres. Mais pas la deuxième, jamais la deuxième. Neville était trop proche d'Harry, il ne comprendrait jamais. Quel dommage, il était si brillant … Ses yeux brillaient quand il parlait de Botanique, et Pomona savait qu'elle pouvait se reposer sur lui, quand la saison avançait et qu'elle avait trop à faire.
La porte pivota, et Pomona se retourna pour faire face à Susan Bones. La jeune fille s'approcha d'un pas léger, et la professeure la serra contre elle, déposant un baiser dans ses cheveux roux. Susan enfila une paire de gants, et se mit à son tour à vérifier l'état des plants de dictame. Pomona aimait cette élève qui venait chercher auprès d'elle le réconfort d'une mère. Et elle la comprenait mieux que personne : elle avait été une Poufsouffle, comme elle. Et elles avançaient vers le même objectif.
« - Dis-moi ce qui te tracasse, Susan, commença Pomona.
Elle savait que Susan venait la voir quand elle avait besoin de réconfort ou d'aide, quand elle était fatiguée. Quand elle doutait.
« - Je ne sais pas. Je suis un peu fatiguée je crois. Et puis, j'avais envie de vous voir. Michael ne devrait pas tarder à arriver, au fait.
« - J'espère que vous êtes prudents, tous les deux.
La jeune fille sourit avec espièglerie.
« - Bien sûr ! Qui pourrait nous soupçonner de quoi que ce soit ?
Pomona éclata de rire.
« - Tu fais une redoutable Poufsouffle !
Susan se mit à rire à son tour. La porte s'ouvrit à nouveau, pour laisser entrer Michael Corner, un septième année de Serdaigle. Avec un sourire, il rejoignit les deux occupantes de la serre.
« - Bonjour professeur ! lança-t-il. Susan, je viens de croiser Aileen. Elle veut qu'on lui ramène un livre, j'ai noté le titre quelque part.
Pomona leva les yeux au ciel. Michael semblait toujours tout prendre à la légère, le sourire au bord des lèvres. Parfois, elle se demandait pourquoi Aileen avait choisi ces deux élèves en particulier. Et puis, elle se souvenait de sa première rencontre avec la jeune femme, et un sourire nostalgique s'étalait sur ses lèvres. Cela faisait vingt ans à présent, vingt ans qu'elles se connaissaient. Et Pomona lui vouait toujours une confiance absolue. Elle redressa la tête en entendant ses deux élèves discuter.
« - J'ai croisé Zabini, l'autre jour, disait Susan. Je crois qu'elle ne lui a pas raconté l'Histoire.
Pomona sourit à nouveau. L'Histoire, la Grande Histoire. Celle d'Aileen, et la leur, à présent qu'ils faisaient partie de cette cohorte de cœurs, battant à l'unisson dans leurs poitrines.
« - Pourtant, il est déjà allé au Manoir, objecta Michael.
« - Tu es trop curieux, Michael, répliqua Susan en levant les yeux au ciel. Si tu veux voir le Manoir, demande-lui, je suis sûre qu'elle acceptera de t'ouvrir le portail.
« - Tu n'as rien compris, Susan. Le Manoir est mystérieux parce que je ne l'ai jamais vu. Si je le vois, je serai déçu de voir qu'il n'est rien d'autre qu'un Manoir. L'imaginer est bien plus intéressant.
Oui, Michael prenait toujours tout à la légère. Il plaisantait sans cesse, il riait de tout. Pomona s'étonnait parfois de la confiance absolue qu'ils accordaient à Aileen, de cette acceptation totale de ses mystères. Mais elle savait aussi qu'elle réagissait comme eux. Quand Aileen leur parlait, ils voyaient dans ses yeux qu'elle les prenait au sérieux. Qu'ils étaient importants pour elle. Et ce lien indéfectible qui les liait coulait dans leurs veines, depuis ce pacte qui avait scellé leurs promesses.
« - Mrs Chourave a peur que nous ne soyons pas assez prudents, reprenait Susan avec amusement.
« - Enfin, professeur, vous pouvez avoir confiance en nous ! s'offusqua Michael. D'ailleurs, on aurait besoin d'une autorisation pour la Réserve.
« - Je vais vous faire ça. Vous avez un morceau de parchemin ?
Michael fouilla dans son sac, absolument désordonné, et en sortit un morceau de parchemin chiffonné.
« - Ça fera l'affaire, soupira Pomona.
Elle attrapa la plume qu'il lui tendit à la suite, et rédigea une brève missive les autorisant à emprunter des ouvrages dans la Réserve. Elle la signa rapidement, et rendit le tout à Michael.
« - Merci ! s'exclama-t-il.
Les deux jeunes gens repartirent, non sans acquiescer une dernière fois quand Pomona leur recommanda d'être prudents. De loin, alors qu'elle les voyait traverser le parc en plaisantant, courant à demi pour échapper à la pluie, on aurait pu les prendre pour un couple. Si seulement les gens savaient la vérité … Si seulement ils savaient le nombre de personnes qui, dans ce château, vouaient une loyauté sans faille à Aileen ! Des oubliés, des transparents, des personnes dont la loyauté ne pouvait être remise en question. Pomona secoua doucement la tête en fermant la porte de la serre derrière elle. Leur naïveté l'amusait. Personne n'avait encore deviné le véritable rapport de force qui s'établissait. Personne n'avait encore compris l'importance d'Aileen. Bientôt.
Hermione se réveilla de mauvaise humeur, enfouissant sa tête sous son oreiller d'un geste agacé. La veille avait décidément été une très mauvaise journée. D'abord, elle n'avait pas avancé d'un pouce dans ses réflexions sur Aileen et son passé mystérieux. Voldemort ne donnait aucun signe de vie, ce qu'elle jugeait plutôt inquiétant. Et surtout, elle s'était violemment disputée avec Zabini et, comme si ça ne suffisait pas, avec Harry. Elle savait qu'il n'approuvait pas son amitié étrange avec le Serpentard, mais ne supportait pas de se faire dicter sa conduite. En quelques minutes, la conversation avait dérapé, et elle était partie en claquant la porte.
Elle grogna, calant sa tête sur ses bras croisés. Elle aurait eu besoin de descendre s'entraîner, mais Zabini ne serait sûrement pas là. De toute façon, le ciel était gris, il allait probablement pleuvoir. Avec un soupir, elle repoussa la couverture et se leva. Après une douche rapide, elle descendit dans la salle commune des Gryffondors, son lourd grimoire sous le bras. Un groupe de première année était installé autour d'une table, où ils rédigeaient avec application ce qui semblait être un devoir. Sur le canapé, trois garçons qui devaient être en quatrième année discutaient avec animations, et la Grosse Dame pivota pour laisser passer deux filles de sixième année en grande discussion.
S'intéressant peu à ceux qui l'entouraient, Hermione quitta la salle commune, décidée à rejoindre la bibliothèque. Elle voulait absolument terminer son livre, qu'elle trouvait passionnant, et qui contenait de nombreuses explications sur les différents mages noirs que le monde avait connu depuis l'Antiquité. Elle venait de commencer le chapitre concernant le XVe siècle, il lui restait à peine un quart de l'ouvrage à étudier. Ses notes commençaient d'ailleurs à prendre forme : à travers les siècles, elle avait trouvé des caractéristiques communes à ces mages noirs, dans leurs modes d'action notamment, et elle était certaine que Voldemort ne dérogeait pas à la règle.
En effet, elle avait l'impression que le même schéma se répétait et, très souvent, les mêmes erreurs. Il y avait des livres d'Arithmancie très pointus à la bibliothèque, et elle comptait les utiliser pour déterminer un champ de probabilité assez restreint concernant les prochaines actions de Voldemort. Bien sûr, tout cela restait théorique mais si elle réussissait à prévoir statistiquement ses prochaines actions, cela pourrait donner un avantage décisif à l'Ordre. Elle était sûre d'elle : la piste était intéressante. Seulement, elle était extrêmement complexe, et elle allait passer un temps fou dans ses calculs elle aurait apprécié un peu d'aide, mais ne connaissait personne d'assez doué en Arithmancie pour ces calculs.
Si, Zabini, rectifia une petite voix dans sa tête. Elle la repoussa d'un claquement de langue agacé. Le Serpentard prenait vraiment trop de place dans sa vie en ce moment. De toute façon, buté comme il l'était, il ne lui adresserait pas la parole avant une semaine. Elle se débrouillerait seule, comme à son habitude. Elle s'arrêta auprès de sa table habituelle, au fond de la bibliothèque, et rapidement, elle disparut derrière d'énormes piles de livres. Sa plume s'activait avec frénésie alors qu'elle tournait les pages de son livre. Lorsqu'elle tourna la dernière page du XVe siècle, passant ainsi au XVIe, elle sentit son ventre gargouiller, se rappelant qu'elle n'avait pas déjeuné ce matin. Prise dans sa lecture, elle y fit à peine attention. Elle descendrait manger vers midi.
Alors qu'elle avançait dans son ouvrage, elle se fit la réflexion que de nombreuses légendes moldues n'étaient que le fruit d'agissements de mages noirs. Les sorciers n'imaginaient pas à quel point leur monde avait influencé celui des Moldus … Un raclement de chaise lui fit relever la tête. Ron venait de s'installer à côté d'elle, lisant distraitement le titre de son ouvrage.
« - Encore ce livre ? s'étonna-t-il. Je ne vois pas ce que tu cherches.
Avec patience, elle s'efforça de lui réexpliquer ce qu'elle lui avait déjà dit, les recherches qu'elle effectuait et le but qu'elle espérait atteindre. Et pour la troisième fois, Ron en arriva à la même conclusion.
« - Tu fais de la divination, quoi. Tu devrais demander à Firenze, ça irait plus vite.
Elle se retint de toutes ses forces pour ne pas s'énerver contre lui. Merlin, ce qu'il pouvait l'agacer à ne rien comprendre ! Ce n'était pourtant pas sorcier ! Elle savait pourtant, qu'il faisait des efforts, et qu'il essayait vraiment de prendre ses recherches au sérieux. Il voulait vraiment l'aider en proposant l'aide de Firenze, mais cela ne faisait que prouver qu'il n'avait rien compris à ses recherches – elle avait besoin de l'aide du professeur Vector, pas de Firenze. L'Arithmancie était bien plus complexe que la divination, et bien plus sûre ! Sans paraître remarquer son air agacé, Ron s'était remis à parler.
« - Tu viens manger ? Il est déjà midi et demi, et Georges veut qu'on aille s'entraîner tôt cet après-midi.
Déjà midi et demi ? Hermione ne voyait pas le temps passer quand elle travaillait, et surtout, elle n'avait absolument pas envie de perdre du temps.
« - Non, il faut que je finisse ça, refusa-t-elle.
« - Oh, Hermione, ça va, ce n'est pas comme si c'était un devoir en retard ! Viens, on va prendre l'air, ça te changera les idées, tu t'occuperas de ça un de ces jours.
Elle détestait ça. Depuis qu'ils se connaissaient, Ron n'avait jamais compris l'importance des livres qu'elle lisait, des recherches qu'elle effectuait. Il préférait s'amuser en attendant que la solution tombe du ciel. Il ne s'était jamais rendu compte que pendant toutes ces années, c'était parce qu'elle avait travaillé, des heures durant, seule de son côté, qu'ils avaient affronté tous les dangers. Enfin, ils seraient morts à onze ans étouffés par le Filet du Diable si elle n'avait pas étudié tout ce que Ron jugeait inintéressant !
« - J'arrive, déclara-t-elle pourtant.
Elle avait vraiment faim. Et puis, cette pause lui permettrait peut-être de se réconcilier avec Harry. Elle demanda la permission à Mrs Pince de laisser ses affaires sur la table, et celle-ci lui assura qu'elle ne laisserait personne y toucher. Hermione devinait la tête de Ron, qui levait probablement les yeux au ciel, comme à chaque fois qu'elle parlait à Mrs Pince ou à un professeur. Un vrai gamin, incapable de tenir une conversation avec des adultes ! Mais elle ne dit rien, ne soupira même pas, et le suivit jusqu'à la Grande Salle.
Quand elle remonta à la bibliothèque, une heure plus tard, elle fulminait. Ron l'avait agacé tout le repas, avec ses manies enfantines. Dans tous ces gestes, qui l'attendrissaient encore quelques jours auparavant, elle ne voyait à présent que de l'immaturité. A l'entendre, un bataillon de Mangemorts armés jusqu'aux dents les avaient attaqués à Ste Mangouste, et ils avaient tous manqué mourir cinq fois ! Les choses ne s'étaient pas arrangées quand Harry les avait rejoints. Loin d'essayer d'apaiser les tensions, il avait gardé un air buté – visiblement, il avait lui aussi passé une mauvaise matinée. Il ne faisait pas confiance au Serpentard et voulait qu'elle arrête de le voir, ce qu'elle refusait. Ron se mit à son tour à râler, visiblement jaloux – elle détestait quand il était comme ça.
Excédée, elle les avait plantés là et était repartie à grands pas vers la bibliothèque. Elle n'avait même pas pris de dessert avec leurs bêtises. Elle se rassit devant sa table, reprit sa plume, et griffonna quelques annotations dans la marge. Elle pensait finir son ouvrage d'ici la fin de la journée. Demain, elle attaquerait les calculs d'arithmancie. Elle demanderait peut-être de l'aide au professeur Vector. Ou même à Zabini, tiens. Ça ferait les pieds aux deux imbéciles qui lui servaient d'amis.
Elle tourna la page, notant le nom suivant sur son parchemin, puis le soulignant d'un fin trait noir. Attaquant sa lecture, elle leva plusieurs fois un sourcil horrifié en lisant certains détails des atrocités commises par la sorcière citée. Vraiment, Voldemort n'avait rien inventé. Depuis l'Antiquité, des sorciers avaient fait bien pire que lui. Elle jeta un dernier coup d'œil au nom de la sorcière avant de tourner la page. Erzsébet Báthory, la comtesse sanglante. Le portrait sur la page de droite attira immédiatement son attention. Sans qu'elle ne parvienne à déterminer pourquoi, la jeune femme qu'elle contemplait la mettait mal à l'aise. Elle haussa les épaules et poursuivit sa lecture, complétant ses notes au fur et à mesure.
Ce fut en relevant la tête, un peu brusquement, que l'évidence la frappa. Elle connaissait ce visage. Ce n'était pas le même, bien sûr, mais les traits étaient là. Dans la forme des yeux, dans leur profondeur abyssale, dans la pâleur de la peau. Elle la reconnaissait partout, dans ces cheveux relevés, qui dégageaient le cou et les épaules, dans les lèvres finement arquées. Le cœur au bord des lèvres, elle glissa son marque page dans le livre, l'attrapa sous son bras, fit signe à Mrs Pince qu'elle revenait et partit en courant.
Elle traversa les couloirs à toute vitesse, glissant plusieurs fois, manquant rentrer dans un certain nombre de personnes qui lui jetaient des regards surpris. Elle crut même entendre, à un moment, une voix connue l'appeler, mais ne ralentit pas pour autant sa course folle. Elle ne s'arrêta qu'en parvenant devant la salle d'Histoire de la Magie qu'elle ouvrit à la volée, encore essoufflée. Une vingtaine d'élèves de deuxième année se tournèrent vers elle, la fixant avec étonnement. Jurant mentalement, elle se rendit compte qu'il était quatorze heures passées, et que le cours venait de commencer. Tant pis. La situation était trop importante.
« - Professeure … haleta-t-elle. Je suis désolée … Je dois vous parler …
Jeanne Lambert semblait hésiter entre réprobation et amusement, à la vue de son élève totalement échevelée.
« - Miss Granger, ça ne peut pas attendre ?
Hermione secoua la tête et traversa la salle, ne s'arrêtant que devant le bureau du professeur. Elle posa le livre devant elle, l'ouvrant à la page du portrait. Jeanne Lambert n'eut d'abord aucune réaction, puis elle porta la main à sa bouche en comprenant ce que la jeune fille avait reconnu.
« - Qui est-ce ?
Sa voix avait baissé d'un ton, elle chuchotait à présent, et les élèves commençaient à s'impatienter. Quelques bavardages couraient à travers la salle, des spéculations sur la présence de la septième année. Certains se penchaient même pour tenter d'apercevoir le livre dont parlaient les deux adultes. Trop essoufflée pour répondre, Hermione se contenta de revenir à la page précédente, désignant le nom de la sorcière à sa professeure. Le changement s'opéra aussitôt sur le visage de Jeanne Lambert. Elle se décomposa à vue d'œil, comme si elle savait quelque chose que les autres ignoraient.
« - Le cours est fini les enfants, déclara-t-elle d'une voix blanche. Ogden, vous irez prévenir la directrice que je n'assurerai pas mes cours cet après-midi. Allez !
Des murmures inquiets s'élevèrent. En quelques mois, Jeanne Lambert avait acquis la réputation d'une professeure stricte, qui prenait ses cours à cœur. Une telle annonce ne lui ressemblait pas, et instinctivement, les élèves semblèrent comprendre que quelque chose de grave était en train de se passer. A contrecœur, ils quittèrent la salle, lentement. Ce ne fut que lorsque la porte se referma que Jeanne Lambert se décida à se tourner vers Hermione.
« - Erzsébet Báthory est morte en 1614, vous le savez ?
« - Oui. Mais vous avez reconnu son visage comme moi.
Jeanne Lambert se tourna vers sa bibliothèque, semblant rechercher un livre particulier.
« - Je n'ai pas pensé à cette famille, mais si vous avez raison …
Son ton ne laissait rien présager de bon.
« - Je l'ai ! s'exclama-t-elle en attrapant un lourd grimoire. Báthory, Báthory, marmonna-t-elle en tournant rapidement les pages. Juste ici !
Elle se tut un instant, déchiffrant du bout du doigt l'arbre généalogique qui s'étalait sur la page.
« - Vous avez raison, déclara-t-elle après quelques secondes de silence.
Et sans savoir pourquoi, Hermione aurait préféré se tromper.
« - Le comte et la comtesse de Báthory sont morts en 1947, dans l'incendie de leur château de Csejte, en Hongrie.
« - Ils avaient une fille, ajouta sombrement Hermione.
Sa professeure hocha la tête.
« - Ibolya Báthory, née en 1928. Mais ce n'est pas tout.
« - Quoi ?
La voix d'Hermione se faisait pressante, angoissée.
« - Son frère János est né en 1926. Tous deux sont présumés morts dans l'incendie, en 1947, mais … à l'époque, aucun corps n'a pu être identifié.
« - On la tient.
Un frisson d'excitation parcourut la jeune fille, en même temps qu'une sourde appréhension.
« - Non, Miss Granger. Si nous avons raison, si elle est bien Ibolya Báthory … Vous devez me promettre d'être très prudente.
« - Pourquoi ?
Hermione ne comprenait pas l'inquiétude dans la voix de son professeur.
« - Vous ne connaissez pas la légende des Báthory, bien sûr. Je dois faire quelques recherches, vérifier quelques points … Rejoignez-moi ce soir, dix-sept heures, dans cette salle, d'accord ? Convoquez l'Ordre, les autres professeurs … Tous ceux en qui vous avez confiance. L'heure est grave, miss Granger.
La Gryffondor promit, mais l'air angoissé de son professeur la mettait mal à l'aise. Elles avaient réussi, non ? Ibolya Báthory … Était-ce le fait qu'elle soit la descendante d'une mage noire qui l'inquiétait à ce point ? Quand elle quitta la salle, sa tête bouillonnait de nouvelles questions. Ce soir, elle aurait les réponses. En attendant, elle devait convoquer les autres membres de l'Ordre. Elle commença par Minerva McGonagall, sans rien lui dire de sa découverte, sous entendant seulement quelque chose d'extrêmement urgent. Celle-ci lui promit d'être présente, et de prévenir les autres professeurs.
Elle croisa Luna et Ginny, au cinquième étage, et celles-ci lui se chargèrent de prévenir Neville, ainsi que le reste des Weasley. Hermione continua son chemin, à la recherche d'Harry. Alors qu'elle empruntait un escalier peu fréquenté pour rejoindre le rez-de-chaussée, un bruissement de robe attira son attention. Elle se stoppa, le cœur battant, mais savait déjà ce qu'elle allait faire. Elle reconnaissait ce claquement de talons, si caractéristique. Bifurquant soudainement, elle s'élança dans le couloir d'où provenait le bruit.
Elle la reconnut immédiatement, à quelques mètres devant elle. Marchant d'un pas royal, inconsciente de ce qu'Hermione venait de découvrir sur elle. Aileen Shafiq. Un nom aussi faux que sa personne. La Gryffondor pressa le pas, jusqu'à presque la rattraper. L'autre ne se retournait toujours pas. Alors, subitement, Hermione se décida à jouer son va-tout. Elle voulait savoir, elle devait savoir si elle avait raison.
« - Ibolya Báthory, tonna-t-elle, oubliant la promesse faite quelques heures plus tôt à son professeur qui l'avait suppliée d'être prudente.
Au ralenti, la silhouette pivota, jusqu'à faire face à Hermione. Le visage de celle qui se faisait appeler Aileen restait de glace, mais la Gryffondor croyait percevoir la fissure dans le masque.
« - Ibolya Báthory, répéta-t-elle avec délectation. Difficile, de se débarrasser d'un tel nom, n'est-ce pas ?
Alors, et seulement alors, Aileen se décida à parler.
« - Que savez-vous ? demanda-t-elle.
Et Merlin, Hermione avait oublié le son de sa voix. Une voix puissante, douce et dangereuse à la fois. Une voix qui vous enveloppait, vous faisait oublier le monde extérieur. Une voix de reine, et une stature de reine. Un regard pour lequel on serait prêt à se damner. Elle voyait à présent, à quel point cette femme était dangereuse. Terrible. Et pourtant, elle comprenait ce que Tom avait vu en elle, cinquante ans plus tôt. Elle comprenait pourquoi il n'avait pas pu lui résister. Mais aujourd'hui, c'était elle qui avait l'avantage, et elle comptait le pousser jusqu'au bout.
« - Tout.
Le mot roula hors de ses lèvres, emplissant l'espace. Face à elle, Aileen se fissurait, dévoilant son vrai visage. D'abord, Hermione se crut victorieuse, quand le voile de peur traversa les yeux de la jeune femme. Mais ce n'était qu'un voile, léger comme le vent, qui passa comme il était venu. Un frisson parcourut la colonne vertébrale d'Hermione, alors qu'elle continuait de soutenir le regard d'Aileen. Un regard qui se faisait dur, un regard qui se fermait à toute émotion. Cruel. Alors, à ce moment précis, Hermione sentit la peur la parcourir, une véritable terreur qui saisissait ses membres. Elle avait été stupide. Elle s'était cru plus maligne, plus forte, plus intelligente que tout le monde. Jeanne Lambert l'avait prévenue, pourtant. Elle lui avait dit de faire attention. Elle savait que cette femme était dangereuse.
Et quand les yeux d'Aileen se colorèrent de rouge, quand la chaleur naquit dans ses paumes, Hermione vit la mort, sa propre mort, dans la profondeur abyssale des yeux de la dernière des Báthory.
En fait, je ne sais même pas pourquoi je fais cette note de fin puisque vous devez me détester à présent. Oui, le chapitre s'arrête bien ici, et oui vous devrez attendre une semaine pour avoir la suite. Non, je ne suis pas sadique.
Mais du coup, ça vous donne l'occasion de me laisser des reviews ! Je suis sûre que vous avez quelque chose à dire : Hermione : mourra, mourra pas ? Et des petits commentaires sur les autres personnages ? Il y a du monde, profitons-en !
Et pour terminer, je vous promets que vous saurez tout la semaine prochaine. Presque tout.
Passez une bonne journée, à vendredi !
