Bonjour à tous ! Désolé pour ce retard, je suis rentrée de vacances hier soir et je n'ai pas eu le temps de poster ... Mais voilà la suite, vous allez enfin savoir ce qui arrive à Hermione et la vérité sur l'identité d'Aileen !
Avant de vous laisser lire, un grand merci à tous mes lecteurs et revieweurs.
Bonne lecture, on se retrouve en bas !
Et quand les yeux d'Aileen se colorèrent de rouge, quand la chaleur naquit dans ses paumes, Hermione vit la mort, sa propre mort, dans la profondeur abyssale des yeux de la dernière des Báthory.
Figée, elle n'osa pourtant pas fermer les yeux, dans une dernière tentative de rester droite face à la mort. Elle entendit à peine les bruits de pas qui se rapprochaient, empressés, et sursauta en sentant une main se poser sur son bras.
« - Hermione ! Enfin, je te cherchais partout !
Les yeux d'Aileen étaient redevenus noirs. La chaleur qui illuminait ses mains s'était éteinte. L'air sombre, elle fusilla du regard l'importun. Elle ne tuerait pas devant témoin. A son tour, l'air hagard, Hermione releva les yeux sur celui qui venait de lui sauver la vie. Zabini. Si elle n'avait été aussi choquée, si elle ne s'était pas sentie si proche du seuil de la mort, elle en aurait ri. Zabini, encore, qui venait de la sauver. Qui venait de jouer la comédie, et qui l'avait sauvée.
Aileen avait disparu. Elle devait savoir qu'il était trop tard, à présent. Ce qu'Hermione savait, d'autres le sauraient. Encore sonnée, elle se laissa tomber dans les bras du Serpentard, le laissant la serrer contre lui, l'écraser contre son torse. Elle était si proche de lui qu'elle sentait son odeur, un parfum frais, légèrement mentholé. Il sentait la vie.
Elle ne savait combien de temps elle resta ainsi, serrée contre lui, accrochée à lui, comme s'il était son seul pilier, comme si le monde allait se dérober si elle le lâchait.
« - Elle m'aurait tuée, osa-t-elle finalement dire, après des minutes qui leur parurent des heures.
« - Non. Non, Granger, elle ne t'aurait pas tuée.
Elle releva la tête, le fixant de ses grands yeux mordorés, dans lesquels il pouvait lire toute la détresse du monde.
« - Si, Blaise. Elle m'aurait tuée. Je l'ai lu dans ses yeux.
Et Blaise ne répondit pas. Parce que lui aussi l'avait vu, dans les yeux d'Aileen. Cette lueur de folie, cet appel au meurtre. Et même s'il ne voulait pas le croire, même s'il refusait de le croire, il savait que s'il n'était pas arrivé à temps, elle aurait tué Hermione. Alors il se contenta de la serrer contre lui, un peu plus fort, pour la rassurer, lui dire qu'elle était encore en vie. Qu'elle ne craignait rien, avec lui. Après un moment, elle demanda d'une petite voix :
« - Comment tu m'as trouvée ?
« - Je t'ai croisée tout à l'heure. Tu avais l'air affolée, je t'ai appelée mais tu ne m'as pas vu. Alors je t'ai suivie.
« - Merci, souffla-t-elle.
Puis, doucement, elle se dégagea de son étreinte, lissant nerveusement son uniforme chiffonné, avant de poser une nouvelle question.
« - Quelle heure est-il ?
« - Bientôt dix-sept heures.
« - Déjà ? Il faut que je trouve Harry, je ne l'ai pas prévenu pour la réunion.
Blaise sourit d'un air narquois.
« - Je l'ai vu avec Weasmoche tout à l'heure. S'il est au courant, Potter l'est sûrement. Mais quelle réunion ?
« - Avec Jeanne Lambert. On a trouvé quelque chose.
« - Et je suppose que je ne suis pas convié, compléta-t-il.
Elle eut un petit sourire.
« - Si. Tu restes avec moi. Je voudrais que tu restes avec moi, rectifia-t-elle.
« - Merci, Granger.
Elle ne répondit pas, mais serra sa main dans la sienne, espérant lui transmettre tout ce qu'elle lui devait par ce simple contact. Puis elle partit, l'entraînant à sa suite en direction de la salle de classe de Mrs Lambert. Elle ne lâcha sa main qu'en passant le seuil de la porte. Tous ceux qu'Hermione avait convoqué étaient présents, et la salle était bondée. Blaise la suivit jusqu'à l'avant de la salle, au plus proche de Jeanne Lambert. Hermione profita du brouhaha ambiant pour se pencher vers Blaise.
« - Pour ce qui s'est passé tout à l'heure … N'en parle à personne, s'il-te-plait.
Dire que Blaise en fut surpris serait un euphémisme. Alors qu'Aileen venait de tenter de l'assassiner, elle essayait de la protéger ?
« - Mais … pourquoi ?
Elle eut l'air gênée.
« - Si Harry l'apprend … Je n'ose même pas imaginer sa réaction. Elle lui ferait du mal, et je ne peux pas le supporter. Et puis … j'ai commis une erreur en la confrontant, mais elle aussi a commis une erreur. Soit en essayant de me tuer, soit en me laissant en vie. Dans tous les cas, je peux en tirer profit. Et tu es le seul témoin, alors s'il-te-plait … ne dis rien, ajouta-t-elle.
Blaise n'était pas sûr de comprendre ses explications, mais il acquiesça. Il n'eut de toute façon pas le temps de répondre, Jeanne Lambert réclamant le silence pour parler. Hermione jeta un bref coup d'œil aux alentours. Harry était au premier rang, entouré par Ron et Neville. Elle lui adressa un bref sourire, sans remarquer le regard furieux que Ron décocha à Blaise, toujours à ses côtés.
« - Bonjour, commençait Jeanne Lambert, en redressant sur son nez des petites lunettes qui lui donnaient l'air sévère. Je suis désolée de vous avoir convoqués comme ça, mais Hermione a fait une découverte capitale.
La jeune Gryffondor rougit en sentant les regards se poser sur elle, mais garda la tête fièrement dressée.
« - Nous tenons la véritable identité d'Aileen, poursuivait la professeure.
Un concert de « Oh ! » et de « Ah ! » se fit entendre, rapidement étouffé par la mine sombre d'Hermione et Mrs Lambert.
« - Je voulais vérifier avant de vous en parler, mais … J'ai peur que ce ne soit une nouvelle assez dangereuse.
« - Dites-nous, Jeanne, trancha Minerva McGonagall.
« - Bien sûr, j'y viens. Aileen Shafiq s'appelle en réalité Ibolya Báthory.
La plupart des personnes présentes restèrent indifférents à cette révélation. Le nom de Báthory leur était inconnu, et ils ne comprenaient pas ses implications. Mais quelques-uns blanchirent subitement Minerva pinça violemment les lèvres, Petra Veneto plaqua une main affolée sur sa bouche, Boromir Netchev passa une main nerveuse dans ses cheveux courts et Bill Weasley sembla soucieux.
« - Les Báthory ? demanda finalement Harry, signifiant leur ignorance à tous.
« - C'est une longue et difficile histoire, commença Jeanne Lambert.
« - La pire page de l'histoire sorcière, la coupa Netchev.
« - Vous parlez d'Erzsébet ? interrogea Hermione, ne comprenant pas l'effroi que ce nom semblait avoir jeté sur les quelques personnes le connaissant.
« - Erzsébet Báthory n'est que la partie émergée de l'iceberg, répondit doucement Jeanne Lambert.
Et elle se lança dans un long, très long récit, qui dura plus d'une heure et arracha des grimaces stupéfaites à son assistance.
« L'histoire de la famille Báthory est avant tout l'histoire de notre monde. L'histoire d'une famille qui représenta à la fois la grandeur du monde sorcier et sa décadence. Ses plus purs espoirs et leur trahison. Une famille honnie, dissimulée, oubliée enfin.
« Les premières traces de la famille Báthory remontent au début du onzième siècle, en Hongrie. Elle n'a alors rien de ce qui fera sa grandeur seulement quelques frères sorciers, désargentés, mais décidés à faire de leur nom une référence dans le monde sorcier. Un nom craint mais respecté. Un nom princier. Et pendant près de deux cent ans, les frères Báthory œuvrèrent pour la gloire de leur famille. A leur mort, leurs descendants prirent le relais jamais on n'a vu famille plus soudée.
« Les frères Báthory n'étaient pas seulement ambitieux ils possédaient également une intelligence aiguisée, et surtout, un talent rare pour la magie. Leur première réussite fut le commerce. Ils ne devinrent pas commerçants, non les Báthory se voulaient noble, et ils le devinrent. En peu de temps, ils devinrent maîtres d'un véritable empire commercial, s'étendant sur un large territoire en Europe de l'Est. Mais ce n'était pas suffisant. Ils explorèrent la magie, fouillant des pistes inconnues nos plus grandes connaissances, nos plus grands savants nous viennent des Báthory.
« Ils voulaient gloire et noblesse en 1250, les Báthory étaient devenus une famille princière. Salazar Serpentard lui-même maria sa seule fille au comte Báthory. Mais cela ne suffisait pas. Le monde sorcier ne leur suffisait pas alors, ils décidèrent d'étendre leur influence au monde Moldu. Ils étaient déjà riches et puissants, mais ce n'était encore rien. Le monde Moldu leur apporta une gloire dont ils n'auraient osé rêver. C'est lui qui leur offrit leurs titres de noblesse lui encore qui fit d'eux la famille princière la plus puissante d'Europe centrale.
« Nous n'étions alors qu'au Moyen-Âge le Code du Secret Magique n'existait pas. Moldus et sorciers se côtoyaient, plus ou moins en harmonie. Avec les Báthory, tout changea. Leur territoire s'étendait sur leurs deux mondes, sorciers et Moldus. Par des mariages et des alliances, ils absorbèrent les plus grandes familles de l'époque. Au contraire des nobles familles sorcières, qui s'enorgueillissaient de leur Sang Pur et fuyaient les Moldus qu'ils méprisaient, les Báthory les utilisèrent comme leur plus grande force.
« Le monde Moldu évoluait, et le monde sorcier commençait déjà sa longue stagnation. Les Báthory lièrent les deux sciences Moldus et sorciers travaillaient ensemble, collaboraient sous leur égide. Leur territoire connaissait une prospérité incroyable, quand le reste du monde s'enfonçait dans un long Moyen-Âge et ce fut ainsi que les Báthory entrèrent dans leur âge d'or. Du XVe au XVIIe siècle, leur simple nom imposait le respect et leur parole avait force de loi, sur un territoire s'étendant de l'Asie centrale au Royaume-Uni, en passant par la Scandinavie.
« Malgré ces immenses étendues de territoire, jamais les Báthory n'oublièrent leurs origines. Ils étaient hongrois ils établirent leurs propriétés dans les montagnes des Carpates. Les légendes racontent que ces châteaux étaient d'une splendeur difficilement imaginable aujourd'hui, sublime alliance des plus beaux des arts. L'architecture moldue s'épanouissait par les techniques sorcières, et les cultures du monde entier s'unissaient harmonieusement dans les plus beaux des édifices. Et que dire des réceptions qu'ils offraient : grandioses, un déferlement de luxe, un raffinement exquis au service de nos deux mondes.
« Ils se voulaient princes ils devinrent part de la monarchie transylvanienne. Combien de Báthory portèrent le glorieux nom de « Prince de Transylvanie » ! Les Báthory offrirent même un roi à la Pologne, Etienne 1er, en 1576. Il est difficile, aujourd'hui, d'imaginer ce que furent les Báthory, l'importance qui était alors la leur. Tous les connaissaient, Moldus comme sorciers et tous reconnaissaient en eux un sang royal et puissant.
A ce stade du récit, Jeanne Lambert fit une pause, le temps pour elle de boire un peu d'eau. Ses yeux se faisaient par moment vagues, comme si elle devait fouiller dans ses souvenirs pour se rappeler certains détails de l'histoire. Face à elle, le silence était quasi-religieux. La plupart s'étaient assis, sur les chaises comme sur les tables, et l'écoutaient avec fascination. Blaise, bien que personne n'y prêta attention, était particulièrement attentif. Après tout, l'histoire d'Aileen était aussi la sienne.
« Je ne sais pas quoi vous dire de plus, je ne sais pas comment vous faire imaginer ce que représentaient les Báthory. Épouser un Báthory était une fierté pour les familles même après le mariage, les femmes restaient des Báthory avant tout, et leurs enfants l'étaient également. Le sang et la famille, voilà les deux piliers des Báthory après tout, leur devise était « Le sang ne ment pas ». Et c'est peut-être l'une des raisons de leur succès jamais un membre de la famille ne l'a abandonnée au profit d'une autre. Et sorcier ou Moldu, la seule chose qui comptait était ce sang Báthory qui coulait dans leurs veines. Les alliances n'étaient rien, le sang faisait tout.
« Voilà l'histoire des Báthory, voilà l'histoire de leur puissance. Mais comme tous les empires, celui-ci devait s'effondrer un jour. Erzsébet en fut la cause. Erzsébet Báthory, la comtesse sanglante. Elle vivait à Csejte, dans l'un des sublimes châteaux des Báthory. Indéniablement folle, elle fut sans doute l'un des pires mages noirs que notre monde ait connus. Les Moldus retiennent d'elle une tueuse sanguinaire, se baignant dans le sang de ses victimes la réalité n'est pas moins abjecte. En vingt-cinq ans, elle massacra des centaines de jeunes filles, dans toute l'Europe centrale, dans des rituels de magie noire.
« En 1610, elle fut enfin accusée de torture et de meurtre. Les autorités magiques de l'époque voulurent la juger mais leurs pouvoirs étaient presque nuls, et bien que soutenus par de nombreuses familles nobles, s'attaquer aux Báthory n'était pas à leur portée. Les Báthory refusèrent de livrer Erzsébet à la justice, et firent bloc autour d'elle. Le sang avant toute autre considération. Ils choisirent de la juger eux-mêmes, et furent seuls juges à son procès. Quatre complices présumés furent condamnés à mort, et atrocement exécutés. Aucune charge ne fut retenue contre Erzsébet. Aucune preuve ne permettait de la mettre en cause, et sa noblesse la protégeait de toute accusation. Elle fut simplement condamnée à l'emprisonnement dans sa luxueuse demeure de Csejte, et les historiens moldus retinrent qu'elle y mourut en 1614.
« La vérité est tout autre. Pour le reste du monde, ce simulacre de procès fut l'outrage de trop. Les Báthory n'étaient pas seulement une famille extrêmement puissante : ils étaient la puissance personnifiée. Pour se maintenir au sommet, ils n'hésitaient devant rien. Ils apportèrent progrès au monde, sorcier comme moldu mais le monde dut en payer le prix. Les Báthory écrasaient les adversaires. Littéralement. Quand quelqu'un osait s'élever contre eux, l'ensemble de la famille faisait front. Quand ils en avaient terminé, il ne restait rien de lui, pas même un nom s'opposer aux Báthory, c'était se condamner aux pires souffrances, et à l'oubli éternel.
« Il y eut des guerres des guerres contre les Báthory, des guerres lancées par les Báthory. Ils écrasaient toute résistance pour agrandir leur territoire, leur influence. Posséder plus de connaissances, plus de secrets. Les Báthory voulaient le monopole de la vie et de la mort. Bien sûr, leurs territoires connaissaient paix et prospérité mais à quel prix ? Au prix du silence, de l'acceptation de la domination, sans condition. Les victimes d'Erzsébet, elles-mêmes, étaient avant tout victimes des Báthory. Filles, femmes, sœurs d'opposants au régime leur mort était un avertissement, une punition. Jamais Erzsébet ne fit du mal à ses sujets. Elle était peut-être folle, mais sa folie était guidée, et d'autres y trouvaient un avantage.
« Aussi, pour le reste du monde, pour ceux qui subissaient le joug des Báthory, le procès d'Erzsébet mit le feu aux poudres. La guerre fut déclarée, et ce fut l'une des pires guerres que connut le monde magique. L'Europe s'embrasa. Des rivages de l'Atlantique aux sommets de l'Himalaya, la guerre fit rage pendant quatre ans. Les Báthory contre le reste du monde. Et alors, alors seulement l'on comprit que le sang ne mentait pas. Des personnes que l'on croyait éloignées des Báthory se retournaient brutalement contre leur famille, leurs voisins, pour la seule goutte de sang Báthory qu'ils possédaient, et qui remontait à plus de cinq génération. Ce fut affreux, une guerre fratricide.
« Mais malgré tous leurs soutiens, malgré leur puissance, malgré leurs richesses, les Báthory n'étaient qu'une famille. Et une famille ne peut gagner contre un continent entier. En 1614, ils furent enfin vaincus. Et ceux qui avaient mis les Báthory à genoux ne comptaient pas s'arrêter là. Le châtiment se devait d'être exemplaire. D'abord, Erzsébet Báthory fut condamnée à mort, et exécutée de la pire des façons. Puis, le reste de la famille Báthory fut condamnée. Ils ne surent d'abord de quel châtiment les frapper puis, la réponse leur sembla évidente. Les Báthory furent condamnés à l'oubli. Pour une famille si respectée et si puissante, si glorieuse, il n'existait pas pire châtiment.
« Mais l'oubli n'était pas suffisant, et trop aléatoire. Aussi les Báthory furent frappés par une malédiction. Si l'on peut dire les choses ainsi, cette malédiction était un chef-d'œuvre. Un sort d'une puissance incroyable, capable de traverser les siècles, attaché à une sphère parfaite. Cette malédiction fait encore référence, aujourd'hui, comme le pire châtiment de l'histoire sorcière. Pour les sorciers, les nobles, ceux qui étaient fiers de la pureté de leur sang, ceux que les Báthory avaient ridiculisés, ce fut l'occasion de se venger. Les Báthory avaient voulu s'ouvrir au monde Moldu ils vivraient comme tels.
« Les pouvoirs des Báthory furent verrouillés par la malédiction ce sang, dont les Báthory étaient si fiers, qui faisait leur puissance, serait leur perte. Chaque personne possédant une goutte de sang Báthory perdit ses pouvoirs. Ils n'étaient dorénavant que des Moldus.
« Je ne sais pas si vous imaginez la perte que cela représenta pour le monde sorcier. Les sorciers n'étaient déjà pas nombreux mais après cette malédiction, des milliers de sorciers perdirent purement et simplement leurs pouvoirs. Ce jour, les sorciers se replièrent sur eux-mêmes depuis, leur nombre n'a cessé de décroître. En causant la perte des Báthory, les sorciers causèrent, sans le savoir, leur propre perte.
« L'histoire s'arrête ici. Les Báthory ne purent jamais se relever. Ils tentèrent bien, de se développer côté Moldu, où leur nom n'avait pas souffert mais de nobles et puissants, ils devinrent nobles déchus. Le château de Csejte, où Erzsébet Báthory vécut, devint leur unique résidence. Leur nom n'avait plus rien de glorieux les Moldus parlaient d'eux avec pitié, comme d'une grande famille qui a tout perdu. Quand on a atteint le firmament, la chute n'en est que plus rude. Quant aux sorciers, ceux-ci les oublièrent purement et simplement, ainsi qu'il en avait été décidé. Ils furent effacés des livres d'Histoire leur nom fut banni des conversations on s'amusa, un peu, de leur déchéance mais finalement, quand le code du secret magique fut voté en 1692, on cessa de se préoccuper d'eux, pour les oublier totalement. C'en était fini des Báthory.
« J'ai voulu faire ma thèse d'Histoire de la Magie sur les Báthory, mais on m'a fait comprendre que même trois cent ans après, il est des noms qu'il ne fait pas bon prononcer. Et quand le dernier comte et la dernière comtesse Báthory moururent, en 1947, dans l'incendie de leur château de Csejte, personne ne s'en attrista. A vrai dire, personne ne le sut.
Jeanne Lambert termina ici son récit, laissant le silence flotter autour d'elle. L'assistance commença lentement à bouger, comme au sortir d'un rêve, peinant à reprendre contact avec la réalité.
« - Et pour Aileen ? demanda Harry. Quel est le rapport avec elle ?
« - Ibolya Báthory était la dernière princesse Báthory. Présumée morte dans l'incendie, mais elle n'a jamais été formellement identifiée. Personne ne s'est jamais soucié d'elle.
Le silence reprit ses droits, épais, alors que l'assistance ne savait quoi penser. Aileen Shafiq, Ibolya Báthory. Deux identités pour une même femme. Amante de Tom Jedusor, trahie par celui-ci. Héritière d'une dynastie oubliée, maudite. Un lourd fardeau, pour une seule personne. De quoi faire sombrer dans la folie. Ou donner des idées de vengeance.
Blaise, quant à lui, restait sonné par cette nouvelle. Il lui semblait comprendre un peu mieux Aileen, dans le dessin de cette famille brisée, dans cet héritage qui lui pesait, dans la vengeance qui s'éternisait. Mais lui ? Que venait-il faire dans l'histoire ? Mrs Lambert l'avait dit, chez les Báthory, tout était histoire de sang. De famille. En faisait-il partie ? Était-il un Báthory ? Par sa mère, sans qu'elle ne le sache ? Ou par ce père inconnu ? Il secoua la tête. Non, il avait tout faux. Mrs Lambert l'avait dit : les Báthory étaient maudits, leur magie était verrouillée. C'était pour ça qu'Aileen compensait avec la magie des grimoires mais lui, lui était un sorcier. Il ne comprenait pas.
Et dans ce silence qui s'éternisait, dans ce silence que personne n'osait briser, prisonnier de ses pensées, une seule voix s'éleva. Une voix forte et claire, une voix douce et tranchante.
« - Oh, oui. Personne ne s'en est jamais soucié. Le monde sorcier était trop pressé d'oublier les Báthory et ce fut sans doute sa plus grande erreur.
Comme un seul homme, la salle se retourna pour faire face à celle qui se tenait dans l'embrasure de la porte. Aileen se tenait là, droite et fière, un brin moqueuse, peut-être. Elle ne semblait nullement gênée par la vingtaine de baguettes pointées sur elle. Elle se contentait de les fixer, blessée sans doute, par la colère qu'elle voyait dans les yeux d'Harry blessée bien plus, par l'attitude de Blaise et d'Hermione. En la voyant, la jeune fille avait blanchi, visiblement terrorisée, et avait agrippé la main du Serpentard et Blaise, oh Blaise avait honte de le reconnaître, mais il ne pouvait pas supporter le regard d'Aileen, pas tant qu'Hermione broyait sa main avec terreur.
« - Vous ! vociféra McGonagall en s'avançant, baguette au poing. Vous ne manquez pas de cran ! Venir ici, après tout ce que vous avez fait !
La vieille femme semblait peiner à contenir sa rage, et traversait la salle à grands pas. Sa baguette semblait crépiter de colère, et nul ne doutait qu'à ce moment précis, elle fut une adversaire redoutable. Mais sans que quiconque ne puisse le prédire, Pomona Chourave bondit de la foule, se jetant devant Aileen, faisant barrière de son corps.
« - Pomona ?!
Une impression d'intense douleur traversa le regard de Minerva, comme si elle ne pouvait concevoir que ce fut bien Pomona Chourave, la professeure de Botanique, son amie, qui se dressait ainsi face à elle.
« - Je suis désolée, Minerva, mais je ne peux pas vous laisser faire ça, énonça gravement la petite femme.
Et le regret était perceptible, dans sa voix elle ne voulait vraiment pas se trouver dans cette position mais à faire un choix, elle avait choisi Aileen.
« - Mais enfin … mais pourquoi, balbutia la vieille femme. Pomona, et la loyauté des Poufsouffles ?
Pomona étouffa un petit rire empli de regrets.
« - Justement, Minerva. Le sang ne ment pas. Vous ne pouvez pas douter de ma loyauté.
Tous tiquèrent en entendant la devise des Báthory dans la bouche de leur professeur. C'était impossible, Pomona ne pouvait pas vouloir dire ce qu'elle sous-entendait.
« - Non … Je ne sais pas ce qu'elle vous a dit, Pomona, mais ne la croyez pas, je vous en prie, ne croyez pas à ces mensonges. Vous n'êtes pas – vous ne pouvez pas être une Báthory.
Cette fois, Pomona laissa à Aileen le soin de répondre.
« - Je suis désolée, professeur. Mais je crains que ce ne soit la vérité. Je vous le dis : le sang ne ment pas. Il n'y a pas d'erreur possible, et je ne saurais mentir sur un sujet aussi grave.
« - Mais c'est impossible, insista Jeanne Lambert. Le sang des Báthory est maudit, aucun de ses descendants ne peut être sorcier.
« - Je sais, expliqua patiemment Aileen. Si vous saviez le temps que j'ai passé à déchiffrer cette malédiction, à chercher la moindre de ses failles ! Et je l'ai trouvée. Les sorciers qui ont créé cette malédiction ont voulu notre mort méprisant les Moldus, ils ont pensé que nous allions nous éteindre et disparaître, privés de notre magie. Mais les Báthory connaissaient les Moldus. Ils disparurent parmi eux, s'oublièrent les uns les autres. Ils devinrent des Moldus, et parmi eux, continuèrent à vivre. Et personne n'imagina qu'un de ces insignifiants Moldus, déjà oubliés des sorciers, puisse épouser l'un d'entre eux. Personne n'imagina que le sang sorcier puisse se mélanger dans les veines de l'enfant né de cette union au sang des Báthory, contournant la malédiction originelle. Le fait est qu'aujourd'hui, le sang des Báthory coule librement dans les veines de sorciers. Trois cents ans d'oubli, c'est long. Ça représente beaucoup de générations, aussi. Beaucoup, beaucoup d'enfants sorciers.
La voix d'Aileen, toute envoûtante qu'elle soit, était cinglante d'ironie sur ses derniers mots. Et les autres ne pouvaient que reconnaître la vérité : elle avait raison. Les sorciers avaient été naïfs de croire que les Báthory s'éteindraient aussi facilement. Ils avaient contourné la malédiction et aujourd'hui, il y avait fort à parier qu'ils se regroupaient, sous l'égide d'Aileen. Sous l'égide d'Ibolya, héritière des Báthory. Combien de sorciers, aujourd'hui, l'avaient rejoint ? Combien, comme Pomona, d'amis dont la loyauté se tournait vers Aileen ? Et surtout, quel était son but ? Quand elle aurait vaincu Voldemort, quand elle se serait vengée de Tom, Aileen s'arrêterait-elle ? Ou bien … Le monde magique devait-il craindre le retour des Báthory ?
Aileen s'en fut comme elle était venue : silencieusement, discrètement. Et pourtant, royalement. Pomona resta seule face à la foule, et c'est le cœur lourd de regrets qu'elle prit la parole.
« - Je suis désolée, déclara-t-elle. J'aurais aimé que les choses se passent différemment. Vous savez la vérité, à présent, toute la vérité. Je n'ai rien à ajouter au récit qui vient d'être fait. J'espère que vous me comprenez mais si vous pensez qu'il vaudrait mieux que je parte, je le ferai.
Elle commença à tourner les talons, mais la voix d'Harry la retint.
« - Restez.
Elle se retourna doucement, n'osant y croire. Le jeune homme avait l'air fatigué, et semblait soudain très vieux. Mais bien qu'il ne soit rien ici, bien qu'il n'ait rien à décider pour Poudlard, personne ne douta de sa légitimité à retenir la professeure.
« - Ça ne servirait à rien que vous partiez, poursuivit-il. Aileen est intelligente. Si elle a choisi de révéler votre véritable allégeance, c'est pour nous prouver qu'elle est partout. Il doit y avoir des dizaines de personnes, ici, possédant le sang des Báthory. Votre départ ne servirait à rien. Et … vous êtes un excellent professeur.
La gorge nouée par l'émotion, Pomona articula un faible « Merci ». Mais à la droite d'Harry, Neville détourna la tête pour ne pas croiser son regard. Elle venait de perdre son meilleur élève, et la confiance de ceux qu'elle estimait. Mais elle ne regrettait rien. Ibolya valait bien tous ces sacrifices. Les Báthory valaient tous ces sacrifices.
Quelques heures plus tard, dans le salon du Manoir, Aileen et Blaise se firent enfin face. Lui était blême de rage, elle fulminait. L'atmosphère autour d'eux était étouffante, oppressante. Le feu était étrangement allumé, les enveloppant d'une ambiance surréaliste.
« - Vous l'auriez tuée ! Vous auriez tué Hermione ! hurlait-il.
« - Tu t'es attaché à elle ! l'accusait-elle.
Ils s'affrontaient du regard, préférant chacun accuser l'autre que d'écouter ce qu'il avait à lui dire. Les mêmes phrases étaient répétées, durement, inlassablement. Puis soudain, comme vidée, lassée de cette violence, Aileen s'effondra, tombant sur le canapé.
« - D'accord, abdiqua-t-elle en enfouissant sa tête entre ses mains. Tu as raison. Je l'aurais tuée. Si tu n'étais pas arrivé à temps … Je l'aurais tuée.
Sous le choc, Blaise se laissa tomber sur le canapé, à côté d'elle. Il venait de découvrir qu'il pouvait gagner sur Aileen, et honnêtement ... il aurait préféré ne pas le savoir.
« - Je suis désolée, ajouta-t-elle, la tête toujours cachée dans ses mains. Je suis désolée, Blaise. Je ne contrôle plus rien …
Blaise resta un instant figé, ne sachant que faire. Puis, doucement, assez maladroitement même, il attrapa les mains d'Aileen, les tirant vers lui, la forçant à relever la tête.
« - Vous avez raison, avoua-t-il, comme si seule la vérité brute pouvait faire face à cet aveu d'Aileen. Je me suis attaché à elle.
Elle eut un petit rire sans joie.
« - J'aurais dû m'en douter, souffla-t-elle. Et même … ce devait être ainsi, je suppose. C'est beau.
« - Vous devez me promettre … commença Blaise. Promettez-moi de ne jamais lui faire de mal.
Aileen détourna le regard, les yeux douloureusement vagues.
« - Je te le promets, Blaise.
A cet instant, elle n'était plus la femme forte que tous voyaient à cet instant, Blaise la voyait dans son effrayante fragilité. Sur le canapé, tous deux formaient un tableau saisissant. D'apparence, ils avaient le même âge mais ainsi, face à face, l'on croyait voir la mère et le fils. Aileen étira ses lèvres en un léger sourire, et attira Blaise contre elle, le serrant dans ses bras comme une mère. Ils restèrent ainsi, enlacés, lui s'appuyant contre son épaule.
« - Qu'est-ce qu'on va faire ? murmura-t-elle.
Blaise laissa passer un silence, comme ne sachant quoi répondre.
« - On va commencer par arrêter ces potions de lune, d'accord ? Ensuite … Ensuite, nous verrons.
Elle acquiesça doucement.
« - Merci, Blaise.
Puis, après un court silence.
« - Ne la laisse pas s'enfuir. Ne fais pas les mêmes erreurs que moi.
Et voilà !
Un chapitre assez lourd, beaucoup d'explications ... J'espère que tout vous semble crédible, que l'histoire vous plaît toujours ... Si vous avez des questions ou des remarques, n'hésitez pas à me laisser une review ! J'attends vos avis !
La suite est presque entièrement rédigée, elle sera postée vendredi, comme d'habitude. Passez une bonne semaine !
