Bonjour,

Avant de commencer à vous parler de ce chapitre, un grand merci à tous mes lecteurs et revieweurs, votre soutien m'est très précieux.

Ensuite, un petit avertissement avant que vous ne commenciez à lire : on approche de la fin (elle va arriver plus vite qu'on ne le pense) ; les chapitres seront de plus en plus sombres, et certaines scènes peuvent choquer.

Ceci dit, bonne lecture, on se retrouve en bas.


L'arrivée fut douloureuse. Serrant toujours Aileen contre lui, Blaise tituba, tombant à genoux. La tête lui tournait horriblement et il avait envie de vomir. Mais il ne pouvait pas se montrer faible, pas maintenant. Aileen, il devait amener Aileen en sécurité. Il se tourna faiblement, se traînant sur le sol, à la recherche de l'aide de Michael, Susan ou n'importe qui d'autre. Mais ils n'étaient guère plus en forme que lui et semblaient à deux doigts de tourner de l'œil.

« - Aileen !

Blaise se retourna vivement, prêt à repousser l'intrus qui s'approchait de la jeune femme, avant de pousser un soupir de soulagement. Chourave. Le professeur Chourave était là. Tout irait bien à présent. Elle jeta un coup d'œil circulaire, à tous ces élèves qu'Aileen avait entraînés dans la bataille, et leur adressa un sourire rassurant.

« - Je vais la ramener au Manoir. Vous, allez à l'infirmerie, je ne veux pas vous voir avant demain.

Elle se pencha, prenant délicatement le corps frêle de la jeune femme dans ses bras, et s'éloigna à travers la foule. Elle avait rabattu sa cape sur le visage d'Aileen, et avec le chaos qui suivait le retour de combattants, et le monde présent à l'entrée de Poudlard, personne ne fit attention à elle. Blaise suivit son professeur du regard aussi longtemps qu'il le put, rassuré de savoir Aileen en sécurité. Et, seulement alors, il autorisa son corps à se relâcher. Ce fut le trou noir.


« - Harry ?

Le jeune homme releva sa tête de la liasse de papier sur laquelle il était penché, esquissant un sourire fatigué en direction de sa meilleure amie.

« - Comment tu te sens ?

Il haussa les épaules.

« - Je ne sais pas. Hermione, la dernière bataille …

Il s'interrompit, hésitant.

« - La dernière bataille nous a beaucoup coûté. Je sais.

« - Oui. On n'a pas terminé d'enterrer nos morts, et l'infirmerie est pleine à craquer de blessés.

Elle détourna le regard, laissant ses doigts glisser sur le rebord du bureau. Harry devinait, percevait son malaise, mais n'osait pas en parler. Ou peut-être ne le voulait-il pas.

« - Et, Blaise ? demanda-t-il finalement, d'une voix qui ne parvenait pas à paraître détachée. Comment va-t-il ?

Hermione grimaça, s'asseyant face à lui.

« - Il est sorti de l'infirmerie hier. Je ne l'ai pas vu aujourd'hui. Je … Je me suis vraiment inquiétée pour lui, tu sais.

Oui, Harry le savait. Il n'aimait toujours pas le Serpentard, mais devait reconnaître qu'il ne pouvait avoir aucun doute sur sa loyauté. Après leur retour du Manoir Jedusor, Hermione l'avait retrouvé évanoui dans le hall. Selon Mrs Pomfresh, il avait trop utilisé sa magie, allant au-delà de ce que son corps pouvait supporter. Et il n'était pas le seul. Un grand nombre de combattants de l'Ordre étaient rentrés vidés de leurs forces, à un point difficilement imaginable. L'exemple le plus frappant était sans doute celui de Neville. Harry ne l'avait presque pas quitté durant la bataille, et la rage dont il faisait preuve, lançant sort sur sort sans jamais paraître faiblir, l'avait inquiété. Depuis leur retour, il n'avait toujours pas quitté l'infirmerie. Le voir ainsi, allongé dans ce grand lit, incapable de se lever, incapable de tenir un simple verre d'eau tant ses muscles contractés tremblaient encore, lui faisait du mal. C'était plus fort que lui, mais Harry se sentait coupable, pour chaque mort, pour chaque blessé, pour tous ceux qui se trouvaient encore à l'infirmerie.

Et tout ça pour quoi ? Ils avaient été contraints de se replier, submergés par les forces de Voldemort. Et il n'avait même pas réussi à ramener Malefoy. Il avait échoué, il n'avait pas su tenir la promesse qu'il avait faite à Narcissa Malefoy.

« - Ne dis pas ça, Harry.

Il releva la tête, gêné, conscient qu'il venait de penser à voix haute.

« - C'est pourtant vrai, Hermione.

« - Non. On n'a pas réussi à ramener Malefoy, c'est vrai. Mais tout ça n'a pas servi à rien. Le Manoir Jedusor a été réduit en cendres, Harry. Ce n'est peut-être pas grand-chose, il trouvera une autre base, mais on lui a prouvé qu'on pouvait l'atteindre. Il ne l'oubliera pas. Et puis, il y a l'information donnée par Théodore aussi. Grâce à lui, des centaines de vies ont été épargnées !

Harry ne comprenait toujours pas ce qui avait poussé l'ancien Serpentard à agir ainsi, mais il ne pouvait que l'en remercier. A peine rentrés, Fleur et Bill l'avaient prévenu de cet étrange dialogue, et tous les refuges avaient été évacués en moins de deux heures. Quand Voldemort avait tenté d'attaquer celui près de York, le lendemain, il était entièrement vide. Selon les espions de l'Ordre postés à proximité, son cri de rage avait résonné dans toute la campagne environnante.

« - D'accord, capitula-t-il. Mais qu'est-ce que je vais dire à Narcissa, quand elle se réveillera ?

Hermione haussa les épaules. Narcissa Malefoy était toujours en vie, mais plongée dans le coma. Ils ne savaient pas si elle se réveillerait un jour. Comme Kingsley …

La porte s'ouvrit à nouveau, et les deux amis se tournèrent d'un même geste pour regarder le nouvel arrivant. Ron traversa la pièce d'un pas lent, avant de se laisser tomber sur une chaise à côté d'Hermione. De larges cernes entouraient ses yeux, et il n'avait visiblement pas dormi depuis de longues heures.

« - Tu étais encore à l'entrainement ? s'enquit Harry, légèrement réprobateur.

« - Oui. Georges dit que la fin est proche, Harry. Quelque chose se prépare, et ça ne me plait pas du tout.

« - Je sais. Mais on est tous exténués, on ne peut rien faire de plus pour l'instant, tu le sais bien.

« - Bien sûr que si.

« - Ron …

« - Ne me dis pas le contraire ! Tu l'as vu comme moi, tu as vu comme elle est puissante. Je ne lui fais pas confiance pour autant, mais on a besoin d'elle. Contacte-la. Contacte Aileen.

Harry jeta un coup d'œil à Hermione, cherchant du soutien de son côté – après tout, elle était la plus fervente détractrice d'Aileen – mais elle gardait la tête résolument baissée, jouant avec une mèche de ses cheveux.

« - Très bien, capitula-t-il. J'irai voir Chourave.

« - Maintenant.

« - Ron …

« - Harry, je te connais. Tu vas réfléchir, te torturer l'esprit, te demander si tu peux lui faire confiance, si tu as eu tort de le faire, tu vas tout remettre en question et rien n'aura avancé. Alors tu y vas maintenant, et je viens avec toi. Et on vient avec toi, corrigea-t-il en regardant Hermione.

Elle acquiesça, tout en prenant garde à ne pas croiser le regard de Ron. Les relations entre ces deux-là n'allaient visiblement pas mieux. Harry soupira, refit un tas à peu près présentable des papiers éparpillés sur le bureau, et se leva. Ron esquissa un sourire triomphant, et sortit le premier de la salle.

Chourave avait cours quand ils arrivèrent devant les serres. Ils attendirent donc à l'extérieur, s'asseyant sous un arbre non loin de la serre principale. Comme avant, comme lorsqu'ils étaient en avance pour aller en cours parce qu'Hermione les avait fait se presser. Mais rien n'était plus comme avant, ils s'en rendaient bien compte. Ron et Hermione ne savaient plus se parler, et Harry avait l'impression de dériver sans réussir à se raccrocher à quelque chose. La guerre n'avait pas fini de prendre, et ils n'étaient pas sûrs de parvenir un jour à retrouver ce qu'ils avaient perdu.

Quand les élèves quittèrent la serre, le trio les croisa pour rentrer, rejoignant leur professeur près du bureau envahi par les plantes qu'elle avait aménagé. Neville considérait toujours Chourave comme une traître, mais Harry était plus prudent. Après tout, Chourave n'avait jamais rien fait qui puisse leur porter préjudice. Et son comportement n'avait changé en rien elle était toujours attentive à ses élèves, s'occupant des Poufsouffles avec patience et tendresse.

« - Potter ? Que voulez-vous ?

Il jeta un bref coup d'œil à Ron, qui grimaçait en reconnaissant les plants de Mandragore à l'autre bout de la salle, et répondit d'une voix claire.

« - Je voudrais parler à Aileen.

Le visage de Chourave se ferma aussitôt.

« - Ce ne sera pas possible.

« - Ce n'était pas une question, professeur. Je dois parler à Aileen, et je n'apprécierais pas qu'elle refuse de me voir.

Chourave émit un claquement de langue agacé.

« - Et moi je vous dis que ce ne sera pas possible, M. Potter. Vous ne pourrez pas la voir.

« - Et pourquoi donc ?

Son professeur hésitait visiblement à lui répondre, et il ne comprenait pas pourquoi. Pas plus qu'il ne comprenait sa soudaine froideur.

« - Elle est dans le coma, lâcha finalement Chourave, la voix plus froide que jamais.

« - Dans … dans le coma ?

Harry avait soudainement la gorge sèche.

« - J'espère que vous n'avez pas cru une telle dépense de magie gratuite.

« - Ce n'est pas possible … balbutia-t-il, ne parvenant à croire ce que disait Chourave.

Ce n'était simplement pas concevable. Aileen était puissante, incroyablement puissante, bien plus qu'eux tous réunis. Ce n'était pas possible. Il lui avait toujours voué une confiance aveugle pendant les combats, persuadé qu'elle était invincible, que rien ne pouvait l'atteindre. Au Manoir Jedusor encore, elle avait été exceptionnelle, les protégeant et tenant les Mangemorts à distance à elle seule. Elle les avait tous sauvés.

« - Sans elle … On se serait fait massacrer sans elle. On n'aurait pas tenu jusqu'à ce que les protections soient désactivés.

Le silence plana dans la salle. Ils le savaient, bien sûr les forces de l'Ordre auraient subi des dégâts bien plus lourds si elle n'avait pas été là. Elle leur avait littéralement sauvé la vie, alors que rien ne l'y obligeait. Elle aurait pu se contenter de protéger Harry, de s'assurer que rien n'arriverait à l'Elu. Elle n'était pas obligée de faire ça, mais elle l'avait fait quand même. Et à présent, elle était dans le coma.

« - Elle s'en sortira ?

La voix d'Harry était mal assurée, presque suppliante. Chourave haussa les épaules. Et derrière son apparente froideur, il vit la douleur immense qui l'envahissait, la souffrance de ne pas pouvoir être auprès d'elle, de ne pas pouvoir la veiller. Est-ce que tous ceux qui côtoyaient Aileen ressentaient ce sentiment ?

« - Je vous préviendrai quand elle pourra vous voir. En attendant, cette conversation restera entre nous et personne ne saura ce qui s'est dit dans cette salle. C'est clair ?

Avec réticence, le trio hocha la tête. Ils n'aimaient pas l'idée de cacher des informations aux autres membres de l'Ordre, surtout une information si importante mais ils comprenaient également leur professeur. Cette information ne devait pas s'ébruiter. Personne ne devait savoir qu'Aileen avait des faiblesses. Un instant, Harry se demanda pourquoi Chourave leur avait dit la vérité.

« - Parce qu'on ne peut plus douter d'elle, répondit Hermione. On ne peut plus douter de son combat contre Voldemort, ni de sa volonté de nous aider. La prochaine fois qu'elle te demandera quelque chose, tu ne pourras pas lui dire non. Nous lui sommes redevables.

Et Hermione avait raison, bien sûr. Harry savait pertinemment qu'il serait incapable de lui tenir tête à présent. Il accepterait toutes ses conditions, sachant ce que sa dépense de magie lui avait coûté. Il lui était redevable.


Le Lord fulminait, arpentant rageusement le salon de la résidence secondaire des Nott. Après l'attaque sur le Manoir Jedusor, le Lord avait choisi de s'installer provisoirement ici, et avait presque aussitôt lancé l'attaque sur le refuge de l'Ordre, à titre de représailles. Quand ils étaient arrivés, celui-ci était vide – intégralement vide. Et d'après ce qu'ils avaient pu constater, il avait été évacué peu de temps avant leur arrivée.

Cela ne pouvait signifier qu'une chose : quelqu'un avait révélé l'attaque imminente aux membres de l'Ordre. Son premier suspect avait bien évidemment été Drago et Théodore devait avouer avoir frémi, devant la puissance de l'attaque mentale du Seigneur des Ténèbres. Mais il n'avait rien trouvé, et avait dû se résoudre à laisser Drago en paix. Il avait soupçonné l'ensemble de ses Mangemorts, même les plus fidèles mais pas une fois il ne se tourna vers Théodore. Debout, droit, derrière lui, à l'abri derrière ses barrières mentales, le jeune homme ne bougeait pas. Le Seigneur des Ténèbres ne le soupçonnerait jamais. Et s'il le faisait, le souvenir était suffisamment enfoui dans sa mémoire, dissimulé sous un sédiment de souvenirs, pour qu'il ne le trouve jamais. Personne ne saurait ce qu'il avait fait.

Bien sûr, la culpabilité lui avait pincé le cœur quand le Lord s'en était pris à Drago. Mais celui-ci n'avait pas bougé, pas même grimacé. Depuis la mort de son père, il était froid, vide. Apathique. Comme si la vie l'avait déserté, comme si plus rien n'avait d'importance. Théodore savait que Potter avait tenté de le faire fuir, de l'emmener avec lui. Il savait les hurlements de Bellatrix, la surveillance accrue qu'elle faisait subir à son neveu. Et quelque part, égoïstement, Théodore était soulagé que Drago soit encore là. Il n'y avait pas de raison que l'un parte sans l'autre.

Le Seigneur des Ténèbres hurlait toujours, passant ses nerfs sur les Mangemorts présents. Théodore ne bougeait toujours pas. Il avait senti le vent tourner aujourd'hui, la plus grande force n'était pas Voldemort. Aujourd'hui, l'Héritière des Báthory représentait l'avenir. Théodore ne laisserait pas passer sa chance de s'en sortir. Il suffirait simplement de manœuvrer adroitement.


Un frisson de vent passa, soulevant légèrement les pans de la cape de Blaise. L'air se faisait de plus en plus frais alors que l'automne prenait ses marques. Les feuilles des arbres rougissaient, et des éclairs enflammés semblaient parcourir la forêt alentour. Bientôt, elles se flétriraient, s'assécheraient, pour finir par s'envoler et s'écraser au sol, dans un singulier ballet. Blaise avait toujours aimé l'automne, le craquement des feuilles sous ses pas. Il lui semblait que la nature n'était jamais plus vivante qu'à ce moment, dans cette dernière lutte, colorée, éclatante, avant de rendre son dernier souffle, pour mieux renaître l'année suivante.

Dans ses yeux, l'éclat rougeoyant des arbres se mettait à danser, imaginant des formes, créant une histoire. Bientôt, les feuilles vertes disparaîtraient entièrement, laissant place à une vague de feu. Le feu. Blaise le voyait tout le temps, en ce moment. Le feu qui rampait, serpentait. Vorace, le feu qui dévorait tout. Le Manoir Jedusor. Les flammes qui le rongeait, dévoilant son ossature. Et devant, maîtresse de ce spectacle grandiose et macabre à la fois, Aileen. Face aux flammes, alors que chacun de ses gestes commandaient la foudre, divine colère s'abattant sur les Mangemorts, il l'avait vu invincible. Hors du temps, hors du monde. Plus vraiment humaine, pas tout à fait une déesse.

Mais à voler trop près du soleil, elle s'était brûlée les ailes. Et depuis deux jours qu'il venait la voir, depuis trois jours qu'elle était dans le coma, aucun signe d'amélioration n'était visible. Michael et Susan étaient venus la voir Chourave aussi, bien entendu. Et puis tous les autres, ceux auxquels il n'avait pas parlé. Les slaves, dont il ne parlait pas la langue, mais qui partageaient la même douleur, et dont le cœur battait à l'unisson du sien. Depuis qu'Aileen était dans le coma, son monde s'était arrêté, le temps, figé. Et pourtant … Cela ne durerait pas. Cela ne pouvait pas durer. Il ne savait pas quand Aileen se réveillerait – car elle se réveillerait, il en était sûr. Il le voyait dans les yeux d'Albert, dans la confiance aveugle qu'il lui vouait.

Mais en attendant, Voldemort pouvait frapper à tout instant. La prochaine bataille était proche, tous le savaient. Il le savait. Et il savait également quel serait son rôle à ce moment. Aileen l'avait prévenu. Et, après tout, c'était on ne peut plus logique. Il était la personne qui lui était la plus proche – un sorcier qui plus est. Il était le dernier descendant direct des Báthory. Lors de la prochaine bataille, si Aileen n'était pas en mesure de guider ses troupes, il prendrait leur tête.

« - Bonjour … Blaise.

Il n'avait pas besoin de se retourner pour reconnaître la voix de l'homme qui venait de lui adresser la parole. Qu'il le veuille ou non, la voix de son père s'était incrustée en lui, et il savait qu'il ne pourrait jamais l'oublier. Il n'esquissa pas un mouvement, ne répondit pas, ses yeux toujours fixés sur les branches agitées par le vent qui dansaient devant ses yeux. Il entendit distinctement chacun des pas de son père, alors qu'il s'approchait de lui, jusqu'à poser à son tour ses coudes sur la barrière qui entourait la terrasse du Manoir. Blaise n'avait pas non plus besoin de bouger pour savoir que son père était placé exactement de la même manière que lui, et qu'à cet instant, ils se ressemblaient.

« - Je viens de voir Ibolya, poursuivit son père. Elle a l'air tellement paisible …

« - Qu'est-ce que vous faites là ? l'interrompit Blaise.

« - Elle est ma sœur, Blaise. J'ai le droit de venir la voir.

« - Vous n'avez rien à faire là.

« - Blaise …

« - Non. Vous n'avez pas le droit de jouer au frère aimant. Vous n'avez pas le droit de faire comme si vous vous souciez d'elle ! Vous êtes partis. Vous l'avez abandonnée. C'est trop facile, de revenir maintenant, de faire comme si rien ne s'était passé.

Blaise s'était enfin retourné, et faisait à présent face à son père. Ses cheveux blonds, parfaitement ordonnés la dernière fois qu'il l'avait vu, était ébouriffés par le vent léger qui soufflait en cette soirée. Ses traits étaient tirés, comme s'il n'avait pas dormi depuis longtemps. Comme s'il s'inquiétait réellement pour elle.

« - Je ne fais pas comme si rien ne s'était passé. Mais les désaccords qui m'opposent à Ibolya ne changent rien au fait qu'elle est ma sœur. Elle est ma sœur et je n'ai jamais cessé de l'aimer.

« - Si vous l'aimiez vraiment, vous l'auriez soutenue.

« - Tu sais que ce n'est pas aussi simple.

« - Non. Non, je ne sais pas, parce que vous n'avez jamais été là pour me le dire. Elle est la seule à être venue me trouver. C'est elle qui m'a dit qui j'étais réellement. Elle a donné un sens à ma vie, elle m'a donné la famille dont vous m'avez privé.

János faisait et défaisait nerveusement les boutons de sa veste, dans un tic nerveux qui n'échappait pas à Blaise. Quelque part, il semblait perdu dans ce monde, comme si l'univers d'Aileen n'était pas le sien, comme s'il n'était plus à sa place auprès d'elle.

« - Non, je … Je ne pouvais pas la soutenir, Blaise. Tu sais ce que c'est, n'est-ce pas, de devoir tourner le dos à ceux que l'on aime, parce qu'on ne peut pas accepter leur choix, parce que les suivre serait renier ce que nous sommes. Ta tante … Cette recherche de pouvoir, cette magie, cet univers dans lequel elle se plongeait corps et âme … C'était trop, Blaise. Ça la détruisait, ça l'obnubilait. Elle me faisait peur. C'était … C'est dangereux. Elle ne peut pas continuer comme ça. Elle détruira tout sinon.

« - C'est vous, qui détruisez tout. Vous êtes un monstre. Vous avez appelé au meurtre de milliers de gens. Vous avez appelé à l'assassinat de votre propre fils.

Les mots claquèrent, durs. János ne baissa pas la tête, soutenant le regard de son fils. Il tremblait.

« - Je n'avais pas d'autre moyen de l'arrêter …

« - Vous n'aviez pas besoin de l'arrêter.

« - Elle ne peut pas réussir comme ça, Blaise. La magie est mauvaise. Ce n'est pas la magie qui ramènera les Báthory.

« - Je suis un sorcier !

Blaise avait hurlé, sans même s'en rendre compte.

« - Est-ce que vous pouvez l'accepter ? poursuivit-il, sa voix grimpant de plusieurs décibels. Est-ce que vous pouvez vous regarder dans une glace en sachant que votre fils est un sorcier, ou est-ce que ça vous dégoûte ? Je ne suis pas un monstre !

« - Ça n'a rien à voir, tu ne comprends pas ! Elle n'avait pas le droit, Ibolya n'avait pas le droit de nous renier ! Elle n'avait pas le droit de nous mépriser, de nous rabaisser parce que nous ne possédons pas de magie ! Elle a oublié qui elle était, ce qu'elle était ! Tom, il lui a mis ces idées dans la tête, il l'a persuadée que nous ne valions rien, que seule la magie comptait ! Elle n'avait pas le droit !

Les deux hommes s'étaient tus, vidés, haletants.

« - Vous n'avez rien compris. Aileen n'a jamais cru les sorciers supérieurs aux Moldus. Est-ce que vous l'avez oublié, que seul le sang compte ? Sous l'égide des Báthory, Moldus et sorciers ne formeront qu'un seul peuple.

« - Les deux ne peuvent pas coexister.

Blaise n'hésita qu'une seule seconde.

« - Je dois vous montrer quelque chose.

Il s'éloigna en direction du jardin, ne se retournant pas pour vérifier si son père le suivait. Il n'en avait pas besoin. Il ne s'arrêta pas avant d'atteindre la dalle de marbre qui lui servait habituellement à rejoindre Poudlard. Il posa sa main dessus, invitant János à faire de même. Il pouvait voir la réticence dans ses yeux, à l'idée de faire quelque chose d'un tant soit peu magique. Mais il voyait également que cette réticence n'avait rien à voir avec la haine dans ses yeux, il voyait la peur.

« - Csejte, prononça-t-il distinctement.

Les voyages magiques secouaient toujours les sorciers. Blaise supposait que pour un homme n'ayant pas l'habitude de ces modes de transport, c'était pire encore. Son père était blanc et paraissait à deux doigts de vomir. Presque malgré lui, il lui tendit une main, l'aidant à se stabiliser. Puis il se recula, le laissant admirer l'immense château qui leur faisait face. János fit quelque pas, le souffle coupé par l'émotion. Il reconnaissait chaque détail du château, chacune de ses pierres.

« - Elle l'a fait reconstruire à l'identique, expliqua Blaise. Elle ne pouvait pas supporter l'idée de le laisser en ruine.

János acquiesça, la gorge serrée. C'était dans ce château qu'il avait grandi. Dans ce château que ses parents avaient été assassinés. Dans ce château qu'il avait perdu sa sœur.

« - Pourquoi me montrer ça ?

Blaise secoua la tête.

« - Ce n'est pas ce que je voulais vous montrer. Suivez-moi.

Il s'éloigna de l'entrée du château, traversant la large esplanade pavée qui s'étalait devant lui. János fronça les sourcils. Cette esplanade n'existait pas auparavant. Blaise ne s'arrêta qu'au bout de la place, s'appuyant contre la balustrade qui la délimitait. Son père fit de même, le souffle coupé.

En contrebas s'étalait le spectacle grandiose d'une ville fourmillante d'activité, baignée par le soleil couchant. La place centrale était occupée par de nombreux étals, et les marchands remballaient leurs produits en bavardant. Certains le faisaient à la main, d'autres s'aidaient de leur baguette. Dans les rues, des hommes, des femmes, des enfants regagnaient leurs maisons, en prenant le temps de flâner, de discuter, d'admirer les bâtiments qui les entouraient, à l'architecture ciselée. Une douce quiétude semblait régner en ce lieu plus loin, les deux hommes pouvaient encore apercevoir des champs cultivés, et des cheminées fumer au milieu d'eux.

« - Ils sont … Il y a …

« - La première ville mi-sorcière au monde. Moldus et sorciers vivent ici mélangés, en parfaite harmonie, depuis plus de dix ans. Ils vivent semi-autonomes : les cultures alentours permettent la subsistance de la quasi-totalité de la population. Les échanges marchands avec l'extérieur sont réduits, pour préserver le secret magique. Mais le modèle marche : une cohabitation est possible. On peut vivre ensemble. Énormément de travail a été fait, tout a dû être repensé mais même si tout n'est pas encore parfait, ce modèle marche.

Les yeux de Blaise brillaient alors qu'il expliquait le fonctionnement de la ville à son père. Exalté, il ne voyait pas qu'il ressemblait à Aileen la première fois qu'elle l'avait amené ici. Csejte, la communauté qui s'était formée autour de cette ville pouvait révolutionner le monde entier. Elle allait révolutionner le monde entier. Les Báthory pouvaient ramener la paix et l'harmonie sur le monde, et ils allaient le faire.

« - Elle n'a jamais oublié d'où elle venait. Elle ne vous a jamais oublié. Csejte, c'est l'héritage des Báthory. Une ville où vos deux univers peuvent coexister.

Des larmes brillaient dans les yeux de János, alors qu'il contemplait toujours la ville qui s'étendait à ses pieds.

« - Pourquoi ? Elle aurait pu m'en parler … J'aurais compris, j'aurais pu l'aider … Je n'ai jamais imaginé ça … J'ai toujours cru que … Elle voulait tellement de pouvoir, il y avait tant de haine en elle …

« - Peut-être parce que vous ne saviez plus communiquer. Elle a eu peur qu'il ne soit trop tard.

Blaise se sentait soudain apaisé. En harmonie, avec lui-même, avec le monde qui l'entourait. Avec ce père qu'il ne savait pas accepter.

« - Elle aurait dû me le dire. Je … Mon Dieu, mais qu'est-ce que j'ai fait …

Blaise détourna pudiquement la tête pour ne pas voir les larmes silencieuses qui roulaient sur les joues de son père. C'était les larmes d'un vieil homme, les regrets d'une vie.

« - Blaise … Il va falloir que tu m'aides. Si tu veux que ce rêve devienne réalité … je vais avoir besoin de toi.

« - Mais ce rêve deviendra réalité. Bientôt. Quand Voldemort sera tué, Aileen pourra facilement accéder au pouvoir. Elle pourra leur montrer que nous pouvons vivre ensemble, que la paix est possible.

« - Non … Blaise, il y a des choses que tu dois savoir sur ta tante. Ce ne sera jamais fini. Même s'il meurt, même si elle le tue … Ce ne sera jamais fini. Tom ne la laissera jamais partir.

« - Non, il ne peut rien contre elle. Il va perdre, il va mourir. Nous sommes plus forts que lui.

« - Ce n'est pas ça. Tom … Il est dans sa tête. Il ne l'a jamais quitté, il ne la laissera jamais en paix. Ta tante est folle, Blaise. Elle doit être soignée.

« - C'est faux.

János se tourna vers lui, le fixant avec regret.

« - Tu ne l'as jamais vu. Tu ne les as jamais vu ensemble. La manière dont elle le regardait, le regard qu'il posait sur elle … Après, ça a été encore pire. Elle n'avait que son nom à la bouche. Tom, Tom, Tom, encore Tom. Elle ne vivait que pour lui, que par lui, par la haine qu'il lui inspirait, par l'amour qu'elle lui portait.

« - Elle ne l'aime pas. Il a tué votre famille. Elle le hait plus que tout. Elle veut le détruire.

Les mots de Blaise étaient hachés, sa voix saccadée. Il ne voulait plus l'écouter.

« - Mais c'est elle qu'elle détruit, Blaise. C'était … Peu après le … Après la mort de nos parents, elle a découvert qu'elle était enceinte. Ça l'a rendue folle. Ce bébé, c'était Tom, c'était ce qu'elle aimait et haïssait plus que tout au monde. Elle lui parlait, elle chantonnait ces chansons en hongrois qui avaient bercées notre enfance. Et puis, parfois, elle devenait comme folle, et elle hurlait, elle pleurait en se frappant le ventre, en disant que le Diable était en elle et qu'elle n'apporterait que la mort. Et plus son ventre s'arrondissait, plus les crises étaient violentes. Et puis un jour … Un jour, quand je suis rentré dans la chambre, je l'ai trouvée allongée au milieu d'une mare de sang. Il y avait du rouge partout, partout, sur le lit, sur le tapis, jusque sur les murs. Elle avait pris un couteau, et … Elle s'était ouvert le ventre pour en sortir le bébé. Et elle était là, le ventre ouvert, des flots de sang se déversant sur le lit, serrant contre elle son fœtus mort.

Blaise avait envie de vomir. Il voulait lui hurler de se taire, d'arrêter de parler, mais il était incapable de bouger et le fixait avec horreur.

« - Et après … Après, quand on a arrêté l'hémorragie, elle s'est levée, avec cette horrible boursouflure sur le ventre, cette cicatrice qui n'est jamais partie … Elle s'est levée, et elle a entouré le fœtus d'un linge. Elle l'a emmailloté, comme un bébé. Elle l'a installé au fond d'un petit panier qu'elle a fermé hermétiquement, puis elle lui a envoyé. Elle a appelé un hibou et elle a envoyé le fœtus mort, l'enfant qu'elle avait tué, à Tom. Pour qu'il n'oublie jamais ce qu'il avait fait.


C'est tout pour ce chapitre.

J'attends vos retours, j'aimerais bien avoir vos avis, sur un peu tous les personnages.

Passez une bonne semaine, à bientôt ;)