Bonjour !
Quelques mots avant de commencer le chapitre : un grand merci pour vos retours sur le dernier chapitre, ça m'a permis d'avoir des avis différents, c'est très utile pour moi. Et puis un grand merci aussi à tous ceux qui me lisent.
Le titre du chapitre n'est pas de moi mais est le titre d'une chanson de l'excellent groupe Ministry Of Magic, allez l'écouter elle correspond plutôt au chapitre je trouve.
Bonne lecture, on se retrouve en bas !
« - Maître …
Bellatrix pénétra dans la chambre que s'était octroyé les Seigneur des Ténèbres d'un pas chaloupé, caressant les soieries du lit du bout des doigts.
« - Va-t'en.
« - Maître … susurra à nouveau la sorcière, en commençant à dégrafer sa robe.
Le Lord se retourna brusquement, une vague de fureur tirant ses traits.
« - Je t'ai dit de dégager.
« - Mais … balbutia la sorcière, peu habituée à un tel accueil.
« - Dégage !
Elle poussa un léger glapissement et recula précipitamment vers la porte. Voldemort n'attendit pas de la voir sortir pour se retourner, reprenant sa position originelle, debout, appuyé contre la fenêtre. Il ne pouvait plus voir la sorcière. Dès qu'il l'apercevait, dès qu'il sentait sa présence, une vague de dégoût l'envahissait. Et depuis qu'il avait dû partir pour le Manoir Nott, c'était pire encore.
Tout en elle lui rappelait celle qu'elle n'était pas. C'était pour ça qu'il l'avait choisie, au départ. Elle était son exutoire, son substitut. Ses traits se substituaient, dans les limbes de sa mémoire, à celle qu'il avait tout fait pour oublier. Mais elle était revenue. Ibolya était revenue, plus belle, plus puissante que jamais. Elle avait fracassé ses barrières mentales, ouvert le barrage de sa mémoire. Et Bellatrix … Bellatrix lui était apparue comme ce qu'elle était réellement. Une pâle copie. Un corps amaigri, émacié. Une folie sanglante. Une ombre, tout au plus.
Et Ibolya brillait dans le ciel britannique. Elle rayonnait, ivre de puissance. Son soleil noir. Sa Némésis. Savait-elle ce qu'elle faisait, quand elle avait détruit le Manoir Jedusor ? Savait-elle au moins ce qu'il représentait, ce qu'il renfermait ? Ce qu'elle avait détruit ?
La main sur la poignée de la porte, Bellatrix fixait le Lord, son expression d'adoration traversée par de violents frissons de dégoût. Elle savait ce qu'il pensait. Depuis la bataille, les mots de l'Autre tournaient et retournaient dans sa tête. Faux, tout était faux. Mais qu'est-ce qui était faux, au juste ? Ses mots, si violents, si cruels ? Ou le Lord et ses caresses, le Lord et son amour ? Les doigts du Lord pianotaient sur le rebord de la fenêtre. Il faisait déjà si froid, la fenêtre était couverte de givre. Le froid ne la quittait jamais de toute façon. L'été n'existait pas pour les Mangemorts. Il pensait à Elle, elle le savait. L'Autre, cette abomination, ce monstre. Il ne savait pas, il ne voyait pas qu'Elle ne lui voulait que du mal. Mais heureusement, elle était là. Elle était là et elle tuerait l'Autre. Pour lui, pour son Maître, pour son amour. L'Autre devait mourir. Et alors, enfin, le Lord reviendrait vers elle, elle qui avait toujours été là pour lui, elle qui ne l'avait jamais trahi.
La porte se referma dans un léger cliquetis. Voldemort ne bougeait pas. Bellatrix était enfin partie. Ibolya, elle, ne partait pas. Il pouvait encore entendre son rire, venu des tréfonds de sa mémoire. Elle riait, riait et riait encore, et chaque éclat renforçait un peu plus sa haine et son désir. Fut un temps où elle était sienne. Un temps où il la possédait corps et âme. Un âge d'or. Son apogée. Il passa sa main sur la fenêtre, la réchauffant de sa chaleur. Il faisait froid le jour où il l'avait rencontrée pour la première fois. Et depuis le jour maudit, le soleil n'était jamais reparu.
Il avait dix-neuf ans, et avait quitté Poudlard depuis près d'un an, de brillants ASPIC en poche. Les métiers les plus prestigieux lui tendaient les bras, mais il les avait tous ignorés. Il avait de plus grandes ambitions. Il était jeune, beau et le monde était à lui, alors il avait fait ses valises, et s'était lancé dans la découverte de l'Europe. Il avait passé peu de temps à l'ouest, ignorant l'Espagne, délaissant la France. Il n'était intéressé que par la Russie et ses alliés, ces pays si sombres, gorgés de magie noire. Il avait passé un temps en Allemagne, mais s'était finalement posé en Albanie. Le pays était peu connu, mais il avait su y trouver d'immenses bibliothèques, des ouvrages qu'il pensait perdus depuis des siècles.
Pas une fois, durant ses recherches, il n'avait perdu son objectif. Charismatique, il l'était déjà. Puissant, il le devenait chaque jour un peu plus. Il n'avait qu'un seul véritable ennemi : la mort. Il savait que son combat ne prendrait fin que le jour où il mettrait la faucheuse à genoux. Et il avait cherché, encore et encore, sans relâche, s'enfonçant chaque jour un peu plus dans les ténèbres. Il avait voyagé, en Russie bien sûr, mais aussi en Roumanie, en Autriche, en Yougoslavie. Toujours, il était revenu en Albanie, comme si une attache invisible le ramenait chaque fois. C'était ici, dans ces froides forêts albanaises, que Quirrell l'avait retrouvé, six ans auparavant.
Et puis, un jour, durant l'automne 1945, une piste l'avait mené en Hongrie. Elle n'était pas plus importante qu'une autre, mais il n'avait jamais rien négligé, suivant méticuleusement chaque indice, à la recherche de ces pouvoirs oubliés dont il se gorgeait. Ce n'était qu'un nom, une rumeur, des faits troubles, des regards fuyants. Erzsébet Báthory, la comtesse sanglante. La tueuse en quête d'immortalité. Il avait peu exploré la magie du sang ; il n'avait rien à perdre à suivre cette piste. De rapides recherches lui apprirent que la branche sorcière des Báthory s'était éteinte au début du dix-septième siècle, peu après la mort d'Erzsébet ; mais une branche Moldue subsistait.
Le dégoût l'avait envahi à cette idée. Était-il possible que l'héritage d'Erzsébet Báthory, une des plus grands mages noirs que ce monde ait connu, soit aujourd'hui dans les mains de Moldus ? Si la sorcière l'avait su, elle ne l'aurait sûrement pas accepté. Mieux : si elle l'avait pu, elle aurait éliminé de ses propres mains cette souillure qui tâchait la pureté de son sang. Erzsébet n'était plus là pour le faire, mais lui, Tom, était là ; il réhabiliterait l'héritage des Báthory en éliminant cette souillure. Comme il l'avait fait avec son père.
De son voyage en Hongrie, il apprit peu de choses sur les Báthory ; le nom semblait s'être perdu dans les limbes du temps, et quand il voyait le souvenir divaguer dans les yeux de quelques anciens, ceux-ci se fermaient aussitôt, refusant de parler. Il n'eut bientôt plus le choix, et se résolut à rendre visite à la famille Báthory. Cette pensée lui donnait la nausée, mais il se rassurait en se rappelant le sort qui les attendait. Il prendrait ce qu'il voulait d'eux, puis il les éliminerait.
Il était arrivé au Château de Csejte un 31 octobre. Avec un recul cruel, il se rendait compte qu'il avait perdu deux fois, à cette date précise ; la deuxième, face à l'enfant des Potter ; et la première … Face à celle qu'il ne connaissait pas encore. Le château n'était pas vide, comme il l'avait escompté ; au contraire, une réception avait lieu, et il comprit rapidement qu'elle était organisée pour fêter les dix-sept ans de la fille du Comte Báthory. Ce léger contretemps ne le freina pas, et il n'eut besoin que d'un sortilège de confusion pour être introduit en tant que Lord Jedusor.
Le château était sublime, magnifiquement décoré, même s'il lui en coûtait encore de le reconnaître. Il ne savait pas encore que la Comtesse Báthory avait des goûts exquis, il ne savait pas encore le sourire chaleureux du Comte Báthory, le regard froid de leur fils ainé. Et il ne connaissait pas encore Ibolya. Il avait été entraîné auprès de ses hôtes d'un soir, sans vraiment savoir comment ; et alors qu'il cherchait encore comment s'éclipser pour arpenter les tréfonds du Manoir, ceux-ci l'avaient accueilli avec politesse et tact, le surprenant par la vivacité de leur conversation. Il avait dû faire un effort, se rappeler qu'ils n'étaient que des Moldus insignifiants pour s'arracher à la discussion.
Et puis, il l'avait vue. Elle semblait flotter sur le parquet de la salle de bal, glissant de l'un à l'autre des convives, le sourire aux lèvres, les yeux brillants. Elle portait une longue robe, resserrée au niveau de la taille pour mieux souligner la finesse de celle-ci, et dont le vert profond lui rappelait les couleurs de Serpentard, la seule maison qu'il ait jamais eue. Ses longs cheveux noirs volaient librement autour de ses épaules, tranchant avec sa peau délicatement nacrée.
Tom avait toujours eu toutes les filles qu'il voulait ; il n'avait pas même à lever le petit doigt pour qu'elles tombent dans son lit. Et quand il croisa son regard, ses grands yeux noirs qui le détaillaient sans la moindre gêne, il décida que cette fille aussi serait à lui ; Moldue ou non, il la prendrait. Et ensuite, il la tuerait, pour effacer la souillure de son sang.
« - Voulez-vous que je vous présente ma sœur ?
Il n'avait pas entendu arriver le fils du Comte Báthory ; János, car tel était son nom, le fixait de ses yeux clairs, un fin sourire poli aux lèvres.
« - Volontiers, accepta Tom, souriant hypocritement.
Il ne savait pas à quel moment son inimitié pour le jeune homme s'était vouée en haine ; mais il était certain que celle-ci était réciproque. Dès leur première rencontre, ils n'avaient pu se supporter. Peut-être János avait-il compris, en le voyant, qu'il serait celui qui emporterait sa sœur ; peut-être simplement avait-il vu la noirceur qui l'habitait.
Ibolya. Elle s'appelait Ibolya. Cette divine créature, fille du Comte Báthory, que tous appelaient princesse, s'appelait Ibolya. Il ne se souvenait que par bribes de leur conversation, ce soir-là ; elle avait posé sa main sur son épaule, et l'avait entraîné dans une valse, au milieu des autres danseurs qui tourbillonnaient sur la piste.
« - Je ne savais pas qu'un Lord anglais serait présent à mon anniversaire, avait-elle déclaré en entendant son nom.
« - J'aurais eu tort de ne pas l'être, avait-il répondu, un sourire charmeur aux lèvres.
Elle avait éclaté de rire, rejetant sa tête en arrière tandis que des millions de notes, légères comme des bulles, s'échappaient de ses lèvres fines. Ils n'avaient dansé ensemble que quelques minutes, mais ce temps avait suffi pour lui faire découvrir une jeune fille cultivée, férue d'histoire et de littérature ; mais aussi une future dirigeante, sûrement plus adroite en politique que lui. Elle savait des choses qu'il ne savait pas, et ce sentiment nouait un curieux désir en lui. Son corps ne suffisait pas, il lui fallait aussi posséder son âme, aspirer la moindre parcelle de sa vie, de ses connaissances ; ce désir, c'était un besoin impérieux de se nourrir d'elle, de respirer son air.
« - Que faites-vous ici, Mr Jedusor ?
Sa dernière question l'avait pris par surprise, l'avait déstabilisé ; et avant qu'il ne puisse lui répondre, elle avait disparu, emportée par la foule, valsant dans les bras d'un autre. Mais sa question restait, l'ébranlait ; que faisait-il ici ? Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour tout oublier ; sa nature de Moldue, son dégoût pour elle, jusqu'à sa quête pour Erzsébet. Il respira longuement, tentant vainement de se calmer. Cela n'avait aucune importance. Il avait tout son temps ; il reviendrait, retournerait ce château jusqu'à trouver la moindre information sur Erzsébet. Quant à Ibolya … Il reviendrait et il la ferait sienne ; et ensuite, il la tuerait, avec toute sa famille, pour effacer la souillure de leur sang. Oui, tout était bien. Tout allait bien.
« - Mr Jedusor !
János était encore là, à ses côtés, sans qu'il ne l'ait vu arriver, et il dut refréner la pulsion qui lui criait de le tuer, là, maintenant, sans autre forme de procès. Avait-il vu, à cet instant, le regard qu'il posait sur sa sœur ?
« - Je ne vous ai pas présenté le Comte de Wass.
Tom se serait bien passé de rencontrer tous ces Moldus, mais János ne semblait plus vouloir le quitter, comme pour le surveiller. Il fit signe à un jeune homme, élégamment habillé, d'approcher. Celui-ci avait une figure sévère, cependant adoucie par des yeux d'un vert profond ; il était rasé de près, et au sourire qui étira ses lèvres quand János l'appela, ceux-ci étaient amis de longue date.
« - Lajos, je te présente Lord Jedusor, qui nous vient de Grande-Bretagne. M. Jedusor, je vous présente Lajos Wass, le fiancé de ma sœur.
Tom sentit une haine incontrôlable éclater dans sa poitrine, et il dut faire appel à toute sa tenue pour saluer l'homme qu'on lui présentait, et répondre poliment à ses questions. La simple idée que cet homme puisse poser ses mains sur Ibolya, ses lèvres sur les siennes, faisait naître en lui des vagues de violence.
Tom ne se souvenait plus de la fin de la soirée ; seule la violence de son désir pour la jeune Ibolya avait marqué son esprit. Sa haine pour le fiancé de celle-ci avait rapidement disparue ; à vrai dire, elle s'était dissipée dans l'accident de voiture qui avait vu périr le jeune Comte de Wass, alors qu'il rentrait chez lui. Son seul regret, sans doute, était que János ne se fut pas trouvé dans la voiture ce soir-là.
Il avait attendu trois jours avant de se représenter au Château de Csejte ; trois jours durant lesquels il avait patiemment repris le contrôle sur son esprit ; trois jours pour en apprendre le plus possible sur la famille Báthory ; trois jours enfin pour lire les auteurs cités par Ibolya lors de cette soirée, qui, bien que Moldus, étaient riches d'enseignement. Son esprit avait longtemps lutté contre cette contradiction, et il n'était toujours pas fixé sur la question. Comment ces Moldus pouvaient-ils produire une telle réflexion ? Comment une Moldue pouvait-elle l'attirer, lui, Tom Jedusor ?
« - Dame Ibolya est souffrante, elle ne pourra pas vous recevoir aujourd'hui, Monsieur. Voulez-vous que je lui transmette un message de votre part ?
La mort de son fiancé l'avait ébranlée, évidemment. Il aurait dû le prévoir. Mais quelque part, sa souffrance le ravissait ; cette souffrance, il était seul à l'avoir causé, et sa douleur lui appartenait. Ressentir le pouvoir qu'il avait sur elle, la sensation de pouvoir faire son malheur et son bonheur le menaient au bord de la jouissance. Qu'importait qu'elle souffre, tant qu'elle était sienne.
« - Transmettez-lui mes condoléances pour la mort de son fiancé.
« - Bien, Monsieur.
« - Transmettez-lui également mes adieux. Je dois rentrer en Grande-Bretagne, et je ne sais quand je pourrai revenir.
Rien n'était vrai, bien sûr. Mais il savait qu'insister ne lui servirait à rien. Il repartit en Albanie, comme si elle n'était rien pour lui, comme si rien ne comptait, sans toutefois savoir qui il essayait de convaincre de cette manière ; elle, ou lui ? Il reprit ses recherches, apprit de nouveaux rituels de magie noire, voyagea jusqu'en Russie. Quand il se décida à retourner à Csejte, un mois plus tard, il était certain de l'avoir oubliée. Il lui suffit de croiser son regard pour comprendre à quel point il s'était trompé ; il ne l'avait pas oubliée, il avait été vide sans elle. Face à elle, pour la première fois depuis un mois, il se sentit complet. Vivant.
A partir de ce jour, il revint la voir plusieurs fois par semaines. D'abord, ce fut deux fois, puis trois, et avant qu'il ne s'en rende compte, il se présentait chaque jour au château de Csejte ; chaque fois, ses visites étaient plus longues, et chacune d'entre elles augmentaient son respect pour la jeune femme qu'il apprenait à découvrir. Pour la première fois, il considéra quelqu'un comme son égal. Si elle n'avait été Moldue, il l'aurait épousée sans hésitation. Mais elle était Moldue ; et chaque fois que cette pensée frappait son esprit, l'enchantement se dissipait, et la violence reprenait le dessus. Il devait agir rapidement, il devait la posséder et la tuer, avant qu'il ne soit plus capable de le faire.
Mais elle lui parlait, lui faisait découvrir des horizons qu'il n'avait jamais soupçonnés jusqu'alors. Elle était fine stratège, et il se sentait maladroit à ses côtés ; elle était brillante, la seule à avoir jamais été capable de détruire ses raisonnements. Elle lui parla d'Erzsébet Báthory, un peu ; de Machiavel, de Hobbes et de Rousseau, beaucoup. Elle lui fit visiter son château, puis ses jardins ; et un jour, elle lui fit découvrir la ville, son bras négligemment posé sur le sien. A son passage, les gens la saluaient, s'inclinaient ; « Princesse », pouvait-il entendre. Et les regards se posaient sur lui, admiratifs, souvent, jaloux, parfois, respectueux, toujours. A ses côtés, dans ces instants où elle n'était qu'à lui, il se sentait plus puissant que jamais ; et ce sentiment, aucune magie ne le lui avait jamais apporté. Chez elle, il découvrit un besoin de domination semblable au sien ; et lorsqu'ils débattaient, tous deux s'enflammaient sans jamais reconnaître qu'ils puissent avoir tort.
Il neigeait la première fois qu'il l'avait embrassée. Elle avait tenu à l'entraîner à l'extérieur, et avant qu'il ne comprenne l'éclair mutin qui était apparu dans ses yeux, elle s'était élancée en riant à travers la pelouse enneigée. Il n'avait jamais compris sa capacité à lâcher prise ; elle pouvait être fière et sérieuse, froide et cinglante, et l'instant d'après, éclater de rire et laisser son bonheur emplir l'air d'une douce chaleur. Elle était moqueuse et joueuse, et quelque part, il l'enviait, lui qui n'avait jamais su rire. Il s'était élancé à sa suite et l'avait rapidement rattrapée, l'attrapant par la taille pour la serrer contre lui, très près, trop près, bien plus près que la décence ne le permettait.
Ce fut elle qui posa ses lèvres sur les siennes la première, et il se rendit compte qu'inconsciemment, il avait attendu qu'elle soit prête ; à cet instant, il comprit qu'elle serait à lui, corps et âme.
Quand il quitta le château, ce soir-là, il comprit qu'il était trop tard. Jamais il ne la tuerait, jamais il n'en serait capable. Plus le temps passait et plus sa volonté s'effritait ; elle le rendait faible. Cette pensée le rendit nauséeux. Elle l'avait aveuglé, elle l'avait manipulé. A quel moment avait-il oublié, que personne n'était digne de sa confiance ? Comment même avait-il pu oublier que jamais une Moldue ne serait son égale ? Il en était malade. Ce soir-là, il prit sa décision. Il devait en finir – il devait la tuer. Il devait le faire, avant de tomber sous sa coupe, avant de devenir faible. Il n'avait que trop attendu ; elle l'avait mené dans son monde, elle lui avait fait perdre de vue ses objectifs.
Il n'avait pas pu. Il avait serré sa baguette plus fort dans sa poche, en la voyant ; mais il n'avait pas bougé. Il l'avait embrassée, avait inspiré son parfum, et lâché sa baguette. Encore une journée. Et le soir, quand il l'avait attirée jusqu'à sa chambre, quand il l'avait déshabillée, quand il lui avait fait l'amour, il n'avait lu dans ses yeux que la plus parfaite des confiances. Et il n'avait pas pu. Encore une nuit, juste une nuit. Une nuit pour posséder son corps, une journée pour posséder son âme.
Il s'était réveillé, au petit matin, dans un lit qui n'était pas le sien. La place à ses côtés était encore chaude, mais elle n'était pas là. Il s'était redressé brusquement, soudain alarmé, pour se détendre en reconnaissant son dos nu. A demi-enroulée dans le drap, elle était assise au bord du lit, lui tournant le dos. Elle ne bougeait pas. Quelque chose n'allait pas.
« - Ibolya ? avait-il appelé, sa voix encore rauque de sommeil.
Elle s'était retournée lentement, le dévisageant comme si elle ne l'avait jamais vu. Comme si l'homme qui se tenait face à elle n'était pas celui qu'elle croyait. Tom sentit ses entrailles se déchirer face à ce regard, au jugement qu'il lisait en elle. Puis il baissa les yeux sur l'objet qu'elle tenait serré entre ses doigts. Sa baguette. Mais sa réaction n'avait pas été celle à laquelle il s'était attendu.
« - Tu es un sorcier.
Sa voix ne reflétait aucune surprise. Juste une froide constatation. Il avait hoché la tête, doucement, précautionneusement, sans savoir quelle serait la portée de cette révélation.
« - Ça change tout.
Sur cette remarque pour le moins sibylline, elle avait posé le morceau de bois à côté d'elle, sur le lit, avant de se relever, entièrement nue, pour se diriger vers sa salle de bain. Et Tom ne savait que penser. Plus rien n'avait de cohérence dans son esprit. Ibolya, sa baguette, cette nuit, sa mort. Rien n'avait de sens. Puis, enfin, il comprit. Elle n'aurait pas dû connaître les sorciers. Aucun Moldu ne connaissait l'existence des sorciers. Pourtant, elle n'en était pas une, il en était certain. Mais alors, qui était-elle ?
Tout avait changé ce matin-là. Et la pensée que sans cet incident, sans cette opportune découverte, il aurait pu la tuer le hanta de longs mois. Elle était une Báthory, et il apprit ce que ce nom signifiait. Elle était une Báthory, et il comprit quel était son héritage. Et sa malédiction. Elle lui révéla des pans entiers de l'histoire de la magie, lui parla de pouvoirs dont il n'aurait su rêver ; et alors, il se mit à imaginer un futur où il n'était plus seul ; un futur de gloire et de puissance ; avec l'Héritière des Báthory à ses côtés, tout était possible. Ils pouvaient changer le monde, bouleverser l'ordre des choses, tout rebâtir selon leur volonté.
Il lui raconta la magie, il l'entraîna dans sa quête de pouvoirs ; et dans ses yeux, il pouvait voir sa soif de puissance, la jalousie qui l'étreignait chaque fois qu'elle songeait qu'elle ne pourrait jamais utiliser cette magie dont il faisait preuve. A quel moment leur soif de pouvoir, leur quête de puissance les mena-t-elle dans les ténèbres ? Était-ce lui, qui l'avait entraînée dans la profondeur de ses ténèbres ? Ou était-ce elle, qui lui avait révélé la noirceur dont elle pouvait faire preuve ?
La magie avait fait basculer leur relation, avait banni toute la pureté qui avait été jusqu'alors. D'extérieur, ils formaient un couple parfait ; magnifiques, charismatiques, aimants. Qui aurait pu voir le feu destructeur qui les envahissait dès lors que les regards ne pesaient plus sur eux ? Ils ne posèrent aucune limite à leurs recherches. Qu'étaient le droit et la justice, le bien et le mal, face au pouvoir ? Rien. A la fin, seul le pouvoir reste ; jamais ils n'en avaient douté. Non, ils n'avaient reculé devant rien. Pas même devant la torture, pas même devant le meurtre. Et en la voyant, qui aurait pu se douter que la parfaite Ibolya Báthory maniait le poignard avec une telle aisance ?
Tout avait changé. Elle n'était plus une Moldue ; elle était une sorcière. Il se jura de lever la malédiction qui pesait sur elle. Et surtout, il se permit de l'aimer, enfin, même si jamais il ne se l'avoua. Elle n'était plus sa faiblesse, elle était sa force. Elle l'entraînait toujours plus loin, dans les territoires inexplorés de la magie. Avec elle, tout devenait possible ; dans ses yeux, il voyait le monde tel qu'il aurait dû être, tel qu'ils le rendraient. Leurs projets étaient fous, sans doute ; mais rien ne pouvait les arrêter, et le monde était à eux. Du moins, il l'avait cru.
Mais à ce moment-là, il ne savait rien de ce qui l'attendait. Il aimait Ibolya avec rage et tendresse, avec douceur et passion ; elle était à lui, mais jamais il n'imagina que ce puisse être réciproque. Avec elle, il partit en voyage ; il lui fit découvrir le Royaume-Uni, lui décrivit le château de Poudlard. Ils explorèrent la vieille Europe, s'aventurèrent jusque dans ses îles ensoleillées, berceau de la magie.
Et plus le temps passait, plus Tom imaginait son futur. Ses rêves de grandeur étaient rendus possibles. Elle était l'Héritière des Báthory ; avec elle à ses côtés, ils formeraient le couple le plus puissant que la Terre ait porté. Mais pour cela, il fallait briser la malédiction ; il s'y employa, jour et nuit, recherchant la moindre faille ; même quand elle abandonna, même quand elle se résigna à ne jamais utiliser la magie, il refusa d'arrêter. Était-ce, comme il tentait de s'en convaincre, parce qu'il avait besoin qu'elle soit en pleine possession de ses pouvoirs magiques pour que son rêve de grandeur se réalisé, ou parce qu'il était prêt à tout pour elle, et ne pouvait supporter de voir la résignation dans ses yeux noirs ?
Quand elle eut dix-huit ans, il la demanda en mariage. C'était dans la continuité des choses ; il voulait l'épouser et la ramener avec lui au Royaume-Uni. Mais il avait d'autres raisons en tête, János en première ligne. Il n'avait jamais supporté le frère d'Ibolya, et celui-ci le lui avait toujours rendu ; mais pire, Tom savait qu'il œuvrait en cachette, qu'il essayait de les séparer ; il le voyait les épier, comprenait les regards lourds de sens qu'il lui adressait. Il ne pouvait pas prendre le risque de le laisser gagner. Il devait emporter Ibolya, absolument, avant que celui-ci ne réussisse à les séparer, ne réussisse à convaincre son père de le chasser.
Si cela n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait tué, comme il l'avait fait pour le premier fiancé ; d'Ibolya mais il savait qu'elle ne le lui aurait jamais pardonné. L'amour qu'elle portait à son frère était quelque chose qu'il n'avait jamais su comprendre, lui qui n'avait jamais eu de famille. Mais cet amour était présent, et l'empêchait de faire du mal à János, qu'il le veuille ou non.
Elle avait accepté. Ils s'étaient fiancés en février, sous la neige, presqu'un an jour pour jour après leur premier baiser. Il aurait voulu l'épouser au plus tôt et partir, quitter l'ambiance de Csejte, plus pesante de jour en jour ; mais les excuses s'étaient succédées, retardant sans cesse le mariage. Sa mère voulait qu'ils se marient en été, et son père abondait en ce sens, déclarant en riant qu'il voulait garder sa petite fille auprès de lui, encore un peu, avant qu'il ne la lui enlève. Et pendant ce temps, János œuvrait en coulisses, il le voyait bien ; et Tom comptait les jours jusqu'au mariage, rongeait son frein. Il n'était sûr que d'une chose : jamais, jamais il ne laisserait quelqu'un lui enlever Ibolya.
Le mariage était prévu pour fin juillet. Les yeux clos, Tom laissait ses pensées divaguer. La fenêtre ouverte laissait entrer la fraîcheur des nuits de mai, hérissant son épiderme ; sur sa poitrine nue, Ibolya avait posé sa tête, somnolente. L'air était saturé de son odeur, de leurs parfums mêlés ; et tandis qu'il dessinait du bout des doigts d'immenses arabesques sur le ventre de sa fiancée, Tom se sentait bien. A cet instant, il n'y avait que lui et Ibolya ; János, la magie, le reste du monde n'étaient pas autorisés à pénétrer dans la pièce.
Demain, ils partiraient à la conquête du monde ; mais demain, c'était encore loin. Cette nuit, il voulait juste sentir son corps contre le sien, et la paix que ce simple contact lui procurait. Il n'avait jamais ressenti cette sensation avant elle. Elle lui avait tout réapprit. Avec elle, il pouvait se projeter dans l'avenir ; elle le rendait plus fort, le poussait à aller plus loin. Le simple fait qu'il ait décidé de l'épouser était significatif. Il aurait pu se contenter de l'emmener au Royaume-Uni, l'arrachant à sa famille, sans autre forme de procès ; mais il voulait l'épouser. Il voulait qu'elle soit heureuse, il voulait montrer au monde que cette femme sublime était la sienne.
Et peut-être … Peut-être même qu'avec elle il voudrait une famille. Une famille comme il n'en avait jamais eu. Un enfant, un minuscule enfant, parfait mélange d'eux deux. Un fils à la peau pâle, aux grands yeux noirs, aux cheveux bruns. Bien sûr, un enfant sorcier, un enfant qui serait plus puissant que lui ne pouvait le rêver. Un enfant à qui il offrirait le monde.
« - Je veux un enfant de toi, lâcha-t-il brusquement, rompant le silence de la pièce.
Il sentit son rire se répercuter sur sa poitrine. Elle se redressa, plongeant son regard dans le sien.
« - Tout ce que tu voudras, murmura-t-elle avant de l'embrasser.
La vitre explosa, ramenant brutalement Voldemort à la réalité. Il ne devait pas laisser ses souvenirs l'envahir de la sorte, il ne devait pas penser à elle, il ne devait pas penser à ce soir … Il ne devait pas ! Il posa ses deux mains à plat sur le rebord de la fenêtre, au milieu des débris de verre, respirant à grand peine. Elle l'obsédait littéralement. Il pensait sans arrêt à elle. A sa rencontre, aux instants qu'ils avaient partagés … Il pouvait dessiner de mémoire les courbes de son corps, connaissait la moindre de ses habitudes. Et chaque fois que ses pensées lui échappaient, elles revenaient à ce souvenir précis. A cette promesse qu'elle lui avait fait.
Et il revoyait le hibou arriver, le petit paquet enveloppé d'un lange. Un petit fœtus, qui avait cinq mois tout au plus. Leur bébé, leur enfant, assassiné, mort avant d'avoir vécu. Elle avait assassiné la seule chose qu'il ait un jour désiré. Elle lui avait rendu au centuple la douleur qu'il lui avait causé. Son enfant pour ses parents. Depuis ne restait que la haine. Il n'aurait de cesse que de la voir morte ; et elle ne vivait que de le tuer.
Et voilà ! J'espère que ce chapitre vous a plu. Vous savez (enfin) presque tout sur Tom et Ibolya ! Qu'en pensez-vous ? J'attends vos avis !
Sinon, je suis enfin fixée sur l'épilogue de cette fiction (après plusieurs mois de tergiversations ...), et je peux vous dire que la fin approche à grand pas. Dans cinq chapitres, tout sera peut-être terminé ... Raison de plus pour me laisser une petite review !
Passez de bonnes vacances et à dans deux semaines !
