Bonjour à tous !

Voici le nouveau chapitre, pile dans les temps ! Même si je vous avoue que ce n'était pas gagné, je l'ai fini très tard cette nuit ... Mais j'ai tenu mes délais, l'honneur est sauf.

Un grand merci à ceux qui me suivent depuis le début, qui me laissent des reviews régulièrement, votre support est très important pour moi.

Bonne lecture, on se retrouve en bas, j'ai une annonce importante à vous faire ;)


Un sifflement strident déchira l'air, résonnant dans la cuisine du Manoir et tirant Albert de sa torpeur. Il se leva de sa chaise et retira la bouilloire de la gazinière. Avec des gestes lents, minutieux, il s'activa à préparer le thé – thé vert, toujours. Il aligna les tasses sur le plateau argenté, disposa les biscuits tout juste sortis du four dans une coupelle, déposa le sucrier à côté, et finalement, plaça la théière au centre de l'ouvrage. Il hésita une seconde, avant d'ajouter une deuxième coupelle de biscuits. Puis il prit le plateau, et entreprit de traverser l'immense demeure pour rejoindre la chambre d'Ibolya.

L'escalier était difficile à monter, et ses articulations le faisaient souffrir ; il aurait pu demander à la jeune cuisinière de l'aider, bien sûr. Mais il avait si longtemps été le seul à prendre soin d'Ibolya qu'il rechignait à laisser d'autres s'occuper d'elle. Il ne faisait déjà plus grand-chose, dans ce Manoir ; s'occuper d'Ibolya prenait à présent tout son temps. Arrivé à l'étage, il toqua par habitude à la porte de la chambre avant de la pousser.

Ibolya était assise sur son lit, vêtue d'une longue chemise de nuit qui laissait deviner une maigreur alarmante. Ses traits étaient émaciés, et de larges cernes s'étiraient sous ses yeux. Elle avait passé près de deux semaines dans le coma ; et depuis deux jours qu'elle était réveillée, elle peinait à recouvrer ses forces. Elle faisait face à un grand fauteuil, dans lequel était confortablement installé Blaise. Le jeune homme passait la voir plusieurs fois par jour, et depuis qu'elle était réveillée, ses visites se faisaient plus longues. A sa gauche, un fauteuil avait été rapproché ; il était pour l'instant vide, mais Albert savait que János ne devait pas être loin. Celui-ci apparut justement, émergeant de derrière une des immenses armoires situées à l'autre bout de la pièce.

« - Oh, Albert, dit-il en le voyant. Merci pour le thé. Vous restez le boire avec nous ?

Tout en parlant, il s'était rapproché du lit, et tendit à Ibolya un immense gilet blanc cassé dont elle s'enveloppa immédiatement. A la voir ainsi, il semblait à Albert qu'elle avait pris dix ans.

« - Non, merci, déclina-t-il poliment. N'hésitez pas à m'appeler si vous avez besoin.

Il vérifia une dernière fois que le plateau était bien disposé sur la table basse, et sortit en fermant la porte derrière lui, laissant les trois personnes seules dans la pièce. János retourna s'asseoir dans son fauteuil, et avec des gestes trahissant l'habitude, entreprit de servir le thé. Il tendit la première tasse à Ibolya, qui resserra ses deux mains dessus pour se réchauffer. Elle tremblait légèrement, et la tasse cliquetait contre sa soucoupe.

« - Du sucre ?

L'hésitation était perceptible dans la voix de János alors qu'il se tournait vers son fils.

« - Oui. Merci.

Les deux hommes ne savaient toujours pas comment se comporter ensemble. Ils s'étaient vus régulièrement, depuis leur excursion à Csejte, János ne quittant pas le chevet de sa sœur et Blaise passant la voir tous les jours. Et s'ils acceptaient à présent la présence l'un de l'autre, la gêne persistait. La gêne, la rancœur, tous ces non-dits qui empoisonnaient encore leur relation. János essayait, maladroitement, de nouer une relation avec son fils ; mais tout dans ses expressions lui rappelait Emily, la femme qu'il avait aimé et quitté, incapable d'assumer la jeunesse qui lui collait à la peau. Et dans ses remarques, dans ses paroles, il voyait l'influence de sa sœur, le respect qu'il avait pour elle. Et la magie … János n'y arrivait tout simplement pas. Il ne pouvait s'empêcher de frissonner, à chaque fois qu'il utilisait la magie. Malgré les efforts qu'il faisait, elle restait toujours pour lui intrinsèquement liée à Tom. Il en avait peur, tout simplement.

Blaise, lui, était incapable de dire ce qu'il ressentait pour son père. De la rancœur, d'abord. De la rancœur contre celui qui avait abandonné sa mère, contre celui qui l'avait abandonné, lui. Celui qui l'avait privé d'une famille équilibrée et aimante. De la colère, aussi. Il voyait ses mouvements de recul, quand il utilisait la magie ; alors, il sentait la colère et l'amertume l'envahir. Colère contre ce père qui haïssait la magie au point de ne pas accepter son fils sorcier, amertume devant le fossé qui les séparait. Blaise ne connaissait pas Tom, il ne savait pas les douloureux souvenirs que la magie ravivait dans la mémoire de son père ; et inconscient des efforts que celui-ci faisait, il réagissait comme un enfant blessé, déçu par la réaction de son père. Et c'était peut-être ce sentiment qui était le plus dur à assimiler pour lui ; la colère, la rancœur, il pouvait vivre avec. Mais la déception qui l'habitait, c'était autre chose. Le cinglant rappel que, quoi qu'il fasse, il avait un besoin irrépressible et douloureux de connaître ce père, de l'aimer, d'être aimé par lui.

Mais les mots restaient prisonniers, incapables de franchir la barrière de ses lèvres, fracassés par la peur de la réponse qui les attendrait. Et sans rien savoir des doutes et des désirs qui agitaient l'autre, le père et le fils se faisaient face, dans un ballet maladroit, essayant de s'aimer sans parvenir à se le dire. Ils reculaient à chaque tentative, se rebiffaient à chaque maladresse, se touchaient sans parvenir à s'atteindre. Les mots volaient, parfois trop hauts, parfois trop bas ; et dans une hésitation, une main qui se posait sur l'épaule, une légère pression, la tendresse resurgissait, au détour d'un éclat de larme.

Et depuis deux jours, Aileen était la spectatrice silencieuse de cette pièce étrange. Elle voyait, elle, tous les non-dits, les espoirs déçus, mais aussi les regards échangés. Elle ne disait rien. Il lui semblait, quelque part, avoir rempli son rôle. Elle avait réuni le père et le fils ; le reste ne dépendait plus d'elle. Le voyage serait rude, elle le savait ; mais peut-être qu'un jour, ils réussiraient à s'entendre et à s'aimer. A être une famille. Elle l'espérait.

Même si elle l'avait voulu, elle n'aurait de toute façon rien pu faire. La douleur était là, omniprésente ; elle ne la quittait plus, depuis son réveil. Elle déchirait ses entrailles, tordait ses muscles, comme des milliers de lames chauffées à blanc. Elle avait recommencé à prendre des potions de Lune ; et si elles n'apaisaient pas la douleur, elles permettaient de stabiliser son état ; sans elles, sa vue se troublait, ses mains se mettaient à trembler et elle était incapable d'avaler quoi que ce soit.

Elle ne pouvait pas rester dans cet état – elle le refusait. Harry Potter – l'Ordre avait besoin d'elle. Elle avait promis d'être présente jusqu'à l'anéantissement de Tom, et elle ne pouvait pas faillir à sa parole. La situation était d'ailleurs plus qu'explosive, d'après les dernières nouvelles rapportées par Blaise. Instinctivement, elle jeta un coup d'œil au jeune homme. Blaise était présent quand elle s'était réveillée. Il était la première personne qu'elle avait vue, et bien qu'elle soit à ce moment encore groggy, à-demi anesthésiée par la douleur, le mélange d'émotions qu'elle avait vu dans ses yeux l'avait bouleversée.

Il avait pleuré, d'abord. Non. Il avait souri, courageusement. Il s'était occupé d'elle, patiemment, comme d'une enfant. Ce n'était qu'après qu'il avait pleuré, sans s'en rendre compte. Et quand elle s'en était inquiété, il avait ravalé ses larmes, comme pour la protéger. Elle s'en était voulu. Dans ses yeux, elle s'était vue comme une enfant, inconsciente du danger, inconsciente de ceux qui tenaient à elle. Dans les larmes de Blaise, elle avait vu de la peine, de la peur, du soulagement. Mais aussi une colère sourde, retenue. Et puis il avait crié. La voix cassée par les larmes, il avait crié sa peur de ne plus jamais la revoir, sa douleur de la voir si pâle dans ce grand lit ; mais aussi sa douleur à lui, quand elle avait pompé son énergie, sa peur de mourir. Il avait crié sa colère de la voir si inconsciente du danger qu'elle faisait courir aux autres, de la confiance qu'elle ne lui accordait pas. Sa colère de ne pas lui avoir parlé de ce qu'elle avait traversé, de Tom qui l'obsédait, du bébé qu'elle ne pouvait oublier, et comment savait-il pour le bébé ? Et puis sa colère de l'avoir abandonné, de le laisser seul gérer ses armées, alors qu'ils avaient plus que jamais besoin d'elle.

Il avait crié et il avait pleuré, et ses yeux étaient fatigués, si fatigués, rouges et gonflés. Et il s'était calmé, lui avait dit de se reposer. Mais elle ne pouvait pas se reposer ; pas après qu'il lui ait dit que les Mangemorts avaient encore attaqués. Ils avaient encore frappé, l'Ordre était débordé, et elle n'était pas là pour les protéger. Si elle ne faisait rien, Tom allait gagner, et elle ne pouvait pas l'accepter. Elle avait repris des potions de Lune, quand il n'était pas là pour l'en empêcher. Bientôt, elle serait sur pieds. Bientôt, elle rejoindrait à nouveau le combat. Et le front avait beau être quasi-continu à présent, elle avait d'autres armes cachées. La fin était proche.


Un craquement caractéristique retentit alors qu'une dizaine de personnes apparaissait près de la barrière de ronces de Poudlard. Hermione se mit à tousser, s'éloignant à grands pas pour sortir du nuage de poussière qui avait entouré leur arrivée. Machinalement, elle jeta un coup d'œil derrière elle, vérifiant que Blaise était toujours là. Le métis avait un magnifique coquard à l'œil gauche et boitait légèrement. A côté de lui, Michael Corner arborait une teinte verdâtre, jetant de fréquents coups d'œil à son bras gauche, qui formait un angle étrange. Le reste du groupe n'était pas mieux loti ; tous présentaient diverses blessures, plus ou moins graves.

Elle-même avait du mal avait respirer, suite à un violent coup qu'elle avait reçu au plexus. Suivie par le reste de sa section, elle se dirigea vers l'infirmerie pour se faire rapidement soigner avant de rejoindre le bureau de Kingsley. Ce fut Luna qui l'accueillit – elle était rapidement devenue l'assistante principale de Mrs Pomfresh, et passait à présent presque tout son temps à l'infirmerie. Celle-ci l'ausculta rapidement avant de lui tendre une fiole de potion.

« - Ça devrait aller. Prend juste ça pour atténuer la douleur. Et fais attention à toi !

Hermione devinait qu'en temps normal, Pomfresh aurait tenu à la garder toute la nuit en observation, avant de finalement la laisser sortir avec de multiples recommandations. Mais les temps étaient difficiles, et elle savait que l'intégralité de sa section serait sortie de l'infirmerie le soir-même.

Depuis leur attaque sur le Manoir Jedusor, l'Ordre n'avait pas eu de répit. Les Mangemorts attaquaient sans relâche, villages sorciers comme Moldus, avec la ferme intention de faire un maximum de dégâts. Mais depuis un peu plus d'une semaine, leur tactique semblait avoir changé ; ils ne s'enfuyaient plus à l'arrivée des membres de l'Ordre, et semblaient au contraire guetter la confrontation. Leur champ d'action s'était resserré, principalement autour du village de Godric's Hollow. En d'autres termes, la bataille finale était proche, et le champ de bataille était déjà dressé.

« - Tu montes voir Potter ?

Blaise était sorti de l'infirmerie peu après elle, et accélérait pour la rejoindre, forçant sur sa jambe droite pour compenser son pied blessé.

« - Elle t'a laissé sortir comme ça ? s'enquit Hermione avec une moue réprobatrice.

Il haussa les épaules.

« - L'infirmerie est déjà pleine, et ce n'est pas très grave de toute façon. Tu montes voir Potter ?

« - Sa section part dans deux heures, je veux faire le point avec lui avant. Tu viens ?

Il hocha la tête, la suivant dans les escaliers. Le village de Godric's Hollow avait été entièrement vidé de sa population civile, et les différentes sections de l'Ordre se relayaient pour l'occuper. Les Mangemorts avaient rapidement adopté la même tactique, et depuis près de cinq jours, le combat était devenu continu. Chaque section montait au front pour trois heures, deux fois dans la journée, avec un minimum de six heures de repos entre chaque roulement. Le rythme était infernal, et tous peinaient à le tenir. Hermione craignait que la victoire ne se joue à l'usure ; et les armées de Voldemort étaient bien plus nombreuses que celle de l'Ordre …

Elle n'aimait pas l'admettre, mais ils avaient un grand besoin des pouvoirs d'Aileen. Seulement, ils n'avaient aucune nouvelle de la jeune femme, et n'osaient retourner voir Chourave pour demander de ses nouvelles, devinant sa réponse : « elle viendra vous voir quand elle le pourra ». Conformément à la demande de son professeur, Hermione n'avait parlé de l'état d'Aileen à personne, même si elle brûlait parfois d'en parler à Blaise.

Malgré les réticences d'Harry et Ron, le jeune homme prenait peu à peu de l'importance dans l'Ordre ; plusieurs fois, Hermione avait vu des élèves de Poudlard se référer directement à lui, le chargeant de transmettre des informations à Harry. Sur le champ de bataille, ses décisions étaient rapides et efficaces, et il avait peu à peu réussi à imposer sa voix ; Serdaigles, Poufsouffles ou Gryffondors, ils étaient nombreux à suivre aveuglément les ordres du Serpentard. Nul ne pouvait douter de son allégeance, et Hermione se sentait soulagée d'avoir eu raison de lui faire confiance, malgré la désapprobation de son meilleur ami.

« - Est-ce que tu as vu Ginny récemment ?

Il était rare que Blaise nomme un Gryffondor par son prénom plutôt que par son nom ; mais les Weasley étaient si nombreux qu'il devait préciser à chaque fois duquel il parlait, et il avait dû se résoudre à les appeler par leur prénom.

« - Non, pourquoi ?

Hermione n'avait pas parlé à la rouquine depuis un moment. Celle-ci faisait toujours partie de la première section volante, sous le commandement d'Olivier Dubois ; une seconde était en cours de création, et Harry envisageait de la nommer à sa tête. Il semblait à Hermione que Ginny était en repos depuis trois heures, mais elle n'en était pas sûre.

« - Elle revenait quand on est partis. Je l'ai entendue discuter avec Slopper. Apparemment, sa section a découvert quelque chose d'important, elle devait en parler rapidement à Potter.

Il ne l'ajouta pas, mais c'était également la raison de sa présence ici – il se devait d'être au courant des dernières informations pour les transmettre à sa tante.

« - Je n'étais pas au courant, non. Tu sais de quoi elle parlait ?

Il grimaça.

« - Il me semble avoir entendu le mot « chimère » …

« - Des chimères ?!

C'était effectivement une assez mauvaise nouvelle. Les armées de Voldemort, déjà plus conséquentes que les leurs, étaient accompagnées d'un certain nombre de créatures obscures – géants, acromentules et Détraqueurs, notamment. Mais si les informations de Ginny se vérifiaient, et que des chimères se trouvaient dans l'armée des Ténèbres … La situation allait encore se compliquer pour les membres de l'Ordre. Les chimères étaient parmi les créatures les plus dangereuses existant sur Terre, classées XXXXX – tueur de sorcier par le Ministère de la Magie. Elles étaient quasiment impossibles à vaincre, un seul cas de chimère tuée par un sorcier ayant été recensé dans le monde. A vrai dire, seule leur extrême rareté permettait aux sorciers de ne pas se soucier d'elles. Hermione espérait vraiment que Ginny se soit trompée, ou que Blaise ait mal entendu.

Ils atteignirent enfin le bureau de Kingsley, poussant la porte à la volée sans prendre la peine de frapper.

« - Harry, est-ce que tu as vu Ginny ? C'est … Oh.

Elle s'interrompit brusquement en voyant que son meilleur ami n'était pas seul dans la salle. A ses côtés se trouvait Minerva McGonagall, lèvres pincées. Debout, près de la porte, Pomona Chourave. Et face à lui … Aileen était tranquillement installée sur la chaise face à lui, jambes croisées. Harry releva brusquement la tête, jusqu'à croiser le regard de sa meilleure amie. Ses lèvres s'étirèrent alors en une grimace d'excuse. Hermione ne savait pas ce qu'il venait d'accepter, mais elle était convaincue que cela n'allait pas lui plaire.


« - Tu n'aurais pas dû faire ça.

La voix d'Hermione était grinçante, alors qu'elle répétait sa désapprobation à son meilleur ami depuis des heures – depuis la veille, précisément, quand il lui avait expliqué le marché passé avec Aileen.

« - On n'a pas le choix, Hermione … répéta-t-il pour la énième fois, d'une voix lasse.

Elle haussa les épaules, peu convaincue, avant de resserrer sa cape autour de ses épaules. Le mois d'octobre était déjà bien entamé, et un vent froid soufflait dans le parc de Poudlard cet après-midi-là. Harry avait cédé à tout. Il avait accepté toutes les conditions d'Aileen, sans retenue, et ce malgré les récriminations de McGonagall, qui ne l'avait pas quitté lors des négociations.

Il avait donné son accord pour que les armées d'Aileen s'installent à Poudlard. Ses armées ! Depuis quand cette femme avait-elle des armées, d'abord ? Et pourquoi n'était-ils pas au courant ? Le pire dans tout cela était sûrement qu'elle savait, au fond d'elle, que Harry n'avait pas eu le choix, et qu'elle aurait pris la même décision. Aileen avait été très claire : ses armées se trouvaient actuellement en Hongrie. Il était impossible pour elles de transplaner directement en Angleterre – la distance était trop grande – et ils ne pouvaient pas utiliser de Portoloins, à cause du blocus instauré par la communauté magique internationale. La seule solution se trouvait donc dans le portail utilisant les veines magiques parcourant la planète qu'elle avait installé dans le parc de Poudlard.

McGonagall avait été particulièrement choquée de découvrir l'existence de ce portail, au fond du parc de son école ; et si Harry semblait lui aussi mortifié de ne pas s'être rendu compte de sa présence plus tôt, Hermione se consolait en se disant que cela expliquait au moins comment Aileen réussissait à franchir sans encombre les défenses de Poudlard. Piètre consolation.

Ceci expliquait pourquoi, malgré le froid ambiant, Hermione et Harry se trouvaient au fond du parc de Poudlard, attendant avec une impatience mêlée d'appréhension l'arrivée des armées Báthory. Derrière eux, McGonagall discutait avec Charlie. Tous deux avaient un visage fermé, désapprouvant totalement l'accord conclu par Harry. Bill et Ron s'impatientaient, l'un pressé de voir arriver sa femme, retenue par Molly, avec laquelle elle s'était finalement réconciliée, l'autre agacé de voir Blaise se tenir à côté d'Hermione. Beaucoup manquaient à l'appel : Georges était toujours à l'entrainement, Neville et Ginny se trouvaient sur le champ de bataille pour encore deux heures, Luna ne pouvait quitter l'infirmerie …

Blaise, quant à lui, jetait de discrets coup d'œil à Pomona Chourave, debout, seule, aux côtés du portail. Ils avaient convenu qu'ils seraient les deux seuls à assister à l'arrivée des troupes d'Ibolya, préférant prendre leurs précautions pour éviter le moindre soupçon. Intérieurement, il se sentait empli d'une fierté immense à l'idée du spectacle dont les autres allaient être témoins ; Ibolya lui avait montré ses troupes, quand elle l'avait emmené à Csejte ; et le moins qu'il puisse dire était que le spectacle valait le coup d'œil.

Autour de lui, tous commençaient à s'impatienter. Finalement, après près d'un quart d'heure d'attente, la dalle de marbre se mit à scintiller pour laisser apparaître Aileen, vêtue de son éternelle robe noire. Blaise ne put s'empêcher de frissonner en la voyant. Était-il le seul à voir son teint si pâle, ses joues creusées, sa maigreur extrême sous sa large cape ? Plus que jamais, sa tante lui apparaissait d'une fragilité extrême. La dalle scintilla à nouveau, et un homme apparut, vêtu d'une tenue militaire. Blaise le connaissait : Konstantin était le chef d'Etat-Major des armées d'Aileen. Elle avait une entière confiance en lui, et il était habilité à prendre toute décision concernant les armées en son absence. Sauf une : l'armée de Poudlard, constituée d'élèves et de sorciers britanniques, que Blaise commandait dans le plus grand secret.

Konstantin salua respectueusement Ibolya, d'un signe de tête, avant de s'éloigner à ses côtés, libérant le portail. Il marchait près d'Ibolya, bien trop près d'elle, comme pour lui donner la force de rester debout, et Blaise le sentait prêt à la rattraper si jamais elle s'effondrait. Il espéra que personne à Poudlard ne le remarqua ; ce n'était pas le moment pour eux de douter de la force d'Ibolya. Elle était de toute façon entourée d'une multitude de gens prêts à la soutenir, à poursuivre le spectacle ; et il faisait partie intégrante de cette immense mascarade.

La dalle se mit à scintiller à nouveau ; et avant que quiconque n'ait le temps de comprendre ce qu'il se passait, dans un bruissement de tonnerre, celle-ci expulsa un corps gigantesque, l'envoyant haut dans le ciel. La boule de chair et de cuir fut rapidement suivie d'une, puis deux, puis trois, puis une vingtaine de corps semblables, repliés sur eux-mêmes. Incrédule, ne sachant que reconnaître, la foule tourna un regard inquisiteur vers Aileen. Un long cri se fit alors entendre ; un cri bestial, éraillé, strident ; un cri éminemment animal. Les boules se déplièrent alors, et la silhouette d'une vingtaine de dragons, longs, fins et effilés, tous chevauchés par un cavalier, se découpa dans le ciel de Poudlard.

A côté de Blaise, Hermione laissa échapper un hoquet de stupeur. Déployant leurs gigantesques ailes, les dragons se mirent à planer, effectuant le tour du stade de Quidditch dans une parfaite synchronie ; puis l'escadron se posa, à une dizaine de mètres des spectateurs.

« - Impossible … balbutia Charlie Weasley, fixant les dragons avec un mélange de fascination et de crainte.

Blaise se rappela alors qu'il était dragonnier en Roumanie, avant de revenir au début de la guerre. Mais il se désintéressa rapidement du rouquin, se reconcentrant sur les dragons. Dans un mouvement souple, les cavaliers se laissèrent glisser à bas de leur monture, tout en leur parlant à voix basse, dans ce que Blaise supposait être du hongrois. Ils s'avancèrent ensuite vers Aileen, en groupe compact mais désordonné, qui tranchait avec la parfaite harmonie dont ils avaient fait preuve en vol. Alors qu'ils s'approchaient, les occupants de Poudlard les scrutèrent sans aucune retenue, détaillant à la fois leur accoutrement et leur physionomie.

Le groupe était majoritairement composé d'hommes ; seules trois femmes étaient présentes. L'une d'entre elles marchait en tête, et dirigeait visiblement le groupe. Sa joue droite était barrée par une large balafre lui donnant un air sauvage et infiniment dangereux.

« - Troisième unité volante au rapport, mon commandant, déclara-t-elle en s'arrêtant devant Ibolya.

A sa suite, l'ensemble de la section salua respectueusement Ibolya. Le tout paraissait très militaire et mécanique, mais Blaise reconnaissait l'étincelle qui flottait dans leurs yeux. Ils étaient sincèrement heureux d'être ici, aux côtés d'Ibolya. La jeune femme les connaissait tous, personnellement, savait leurs histoires et leurs rêves. Ils étaient une véritable famille. D'ailleurs, il semblait à Blaise que sa tante avait repris des couleurs à leur contact, comme si leur simple présence lui rendait des forces.

Cet échange silencieux fut interrompu par l'arrivée de Charlie Weasley, visiblement mécontent.

« - Dites-moi que ce n'est pas ce que je pense ! s'exclama-t-il en croisant les bras.

La femme le toisa lourdement, l'examinant des pieds à la tête sans sourciller, dans un silence pesant. Machinalement, Blaise fit de même, se rendant compte avec amusement que Charlie avait le même physique que les hommes composant la troisième unité volante. La femme dut arriver à la même conclusion, puisqu'elle se décida enfin à répondre.

« - Vous êtes qui au juste ?

Cette réponse, d'un manque de respect flagrant, sembla irriter le jeune professeur.

« - Charlie Weasley. Professeur de Soins aux Créatures Magiques à Poudlard.

« - Non.

« - Comment ça, non ?

La femme s'amusait visiblement à déstabiliser son interlocuteur.

« - Vous n'êtes pas plus prof que moi. Ça, déclara-t-elle en appuyant sur une cicatrice visible sur le biceps du jeune homme, c'est du dragon.

« - J'étais dragonnier en Roumanie.

Elle hocha la tête avec satisfaction, avant de lui tendre la main, avec une brusquerie qui déstabilisa le jeune homme.

« - Réka. Et avant que vous ne demandiez, oui, ce sont bien des vouivres.

« - Les chevaliers-wyvernes sont une légende récurrente chez les dragonniers.

Réka haussa les épaules, un demi-sourire apparaissant au coin de ses lèvres.

« - Un bon nombre de mythes sont devenus réalités, ces derniers temps.

Et sans plus de cérémonie, elle se détourna du jeune professeur, faisant signe au reste de l'unité de rejoindre les dragons.

« - Les autres arrivent, mon commandant, lança-t-elle en direction d'Ibolya.

La dalle se mit à scintiller une nouvelle fois alors qu'elle prononçait ces mots. Mais après la forte impression provoquée par les chevaliers-wyvernes, les unités se succédant au cours de l'après-midi furent moins admirées, bien qu'elles soient tout aussi impressionnantes. Arrivèrent ainsi la première et la quatrième unité volante, composées respectivement de chevaliers-pégases et de chevaliers-griffons, puis l'unique unité de cavalerie, et enfin la deuxième unité d'infanterie, de redoutables guerriers lourdement armés.

Les réactions à la vue de ces différentes troupes furent très mitigées, partagées entre l'admiration, la fascination, la crainte et la colère. Minerva McGonagall ne desserra pas les dents de l'après-midi, visiblement furieuse de voir ces hommes et femmes envahir le parc de son école. Il fallait avouer que l'apparence des armées d'Ibolya ne jouait pas en leur faveur : ils étaient tous vêtus de sombres tenues militaires laissant apparaître de lourds armements ; leurs visages, quand ils n'étaient pas à demi-masqués, laissaient bien souvent apparaître cicatrices et balafres. L'un des guerriers appartenant à l'unité d'infanterie, que Blaise connaissait sous le pseudonyme d'Ouragan, était borgne ; le bandeau cachant son œil, ainsi que son crâne chauve et tatoué faisaient que la foule s'écartait sur son passage.

Les nombreux Báthory qui venaient ainsi d'arriver à Poudlard jouaient parfaitement leur rôle ; bien que Blaise ait rencontré un certain nombre d'entre eux, pas un ne fit mine de le reconnaître, l'ignorant avec une facilité presque insultante ; et, bien que sachant son anonymat d'une importance capitale, Blaise aurait presque pu s'en sentir vexé.

Ibolya avait repris des forces à vue d'œil, par un phénomène de diffusion de l'énergie que Blaise ne s'expliquait pas bien. Elle déambulait avec facilité parmi ses troupes, échangeant quelques mots avec chaque personne, et ignorant sciemment les membres de l'Ordre. Ceux-ci arboraient des visages fermés, que Blaise pouvait comprendre : ils avaient été contraints d'accepter l'entrée d'une armée étrangère sur leur territoire, et celle-ci leur apparaissait d'un coup redoutable. Ils n'avaient pourtant pas tout vu ; ceux qu'Ibolya surnommaient affectueusement la « secte des assassins » étaient arrivés dans l'indifférence générale, et personne n'avait encore prêté attention à eux. C'était d'ailleurs ce qui faisait d'eux de si redoutables espions ; et Blaise ne doutait pas une seconde de leur efficacité le moment venu, une fois infiltrés dans les rangs ennemis.

« - Elle n'a pas fait tout ça pour lutter contre Voldemort …

Blaise sursauta, se tournant vers Hermione qui venait de s'adresser à Harry, posant des mots sur leurs craintes. Non, Ibolya n'avait pas formé ses armées pour lutter contre Tom. Les armées des Báthory servaient un but bien plus grand, bien plus noble. Tom n'était qu'un obstacle qu'elles balaieraient en un rien de temps, il en était convaincu. Et bien qu'il sache que sa tante n'avait pu mener ses troupes en Grande-Bretagne avant ce moment, bien qu'il sache qu'elle avait d'abord dû gagner la confiance des membres de l'Ordre, de Harry Potter particulièrement, Blaise ne pouvait s'empêcher de penser que les choses auraient pu être terminées depuis longtemps, si elle n'avait pas eu l'orgueil de se croire suffisamment puissante pour vaincre seule le Seigneur des Ténèbres.

Mais qu'importait à présent ; les premières armées des Báthory entreraient dès le lendemain sur le champ de bataille, Ibolya à leur tête. Alors, nul ne pourrait douter de la puissance des Báthory. Alors, Voldemort tombera de leur main, et les Báthory pourront instaurer ce rêve de paix et de prospérité, ce rêve de fraternité dont l'expérience de Csejte était le fer de lance. Après tout, les armées des Báthory étaient elles-mêmes constituées de Moldus et de sorciers ; quel magnifique symbole que cette fraternité sur le champ de bataille pour porter haut les valeurs des Báthory. La bataille finale était pour demain. L'ordre nouveau aussi.


J'espère que ce chapitre vous a plu !

J'ai d'ailleurs une annonce importante à vous faire : il ne me reste que deux chapitres à poster avant l'épilogue. Comme je vous l'avais dit, la fin est très proche ! Les lecteurs anonymes, ceux qui ne savent pas quoi dire, c'est le moment de vous manifester : quel personnage voulez-vous voir avant la fin ? Quelle fin attendez-vous, quelles sont vos théories ? J'aimerais beaucoup avoir vos avis avant de mettre le point final à cette histoire.

Passez de bonnes semaines, on se retrouve très vite !