Salut !

Mille excuses pour le retard. Je m'en veux, je m'étais promis de tenir mes délais, mais j'ai été débordée par mes partiels, mes dossiers à rendre, et les semaines sont passées à une vitesse folle.

Pour me faire pardonner, ce chapitre est beaucoup plus long que d'habitude. Et comme certains me l'avaient demandé, vous avez droit à une scène avec Réka ;)

Merci à tous pour vos commentaires, particulièrement à Severusa Snape et Mlle Point de Côte, qui s'inquiétaient de l'avancée de ce chapitre et espéraient qu'il soit posté rapidement. Le voilà !

Bonne lecture, on se retrouve en bas !


Lentement, avec une douceur qui contrastait avec la rudesse de l'animal, Réka brossait sa wyverne, s'appliquant à éliminer la terre qui s'était incrustée sous les écailles de l'animal. Elle avait attaché ses longs cheveux en une haute queue de cheval pour ne pas être gênée dans ses mouvements, et ne cessait de parler alors qu'elle s'occupait de sa monture, comme pour la rassurer. L'immense dragon regardait avec nervosité autour de lui, n'ayant pas l'habitude de voir une foule aussi grande. Par moment, il claquait de la mâchoire, provoquant des mouvements de recul auprès des imprudents qui passaient trop près de lui.

« - Il faudrait les amener à l'écart, la foule les rend nerveux, lança en russe Réka au dragonnier le plus proche d'elle, occupé lui aussi à calmer son dragon.

« - Je vais voir Ibolya, répondit-il avant de disparaître.

Les dragons n'étaient pas seulement attirés par la foule ; la présence d'autres animaux les excitait, et leur regard était sans cesse attiré par les cavaliers qui tournaient entre les sections, empêchant les curieux d'approcher de trop près. Ils étaient arrivés depuis près d'une heure à Poudlard, et une masse de badauds, élèves et combattants de l'Ordre mêlés, s'était peu à peu rassemblés autour des armées des Báthory. Tous attendaient les ordres d'Ibolya pour connaître la suite des opérations. Pour en avoir parlé avec elle quelques jours auparavant, Réka savait que la jeune femme comptait lancer toutes ses armées dans la bataille en même temps pour profiter de l'effet de surprise ; aussi, elle pensait qu'ils interviendraient tous dès le lendemain.

« - Salut !

Réka sursauta, retenant avec peine le réflexe qui la poussait à frapper le jeune homme qui venait d'apparaître derrière elle.

« - Je t'ai déjà dit de ne pas arriver comme ça, tu ne sais pas comment la wyverne va réagir si elle ne te voit pas ! répéta-t-elle pour ce qui lui semblait être la millième fois.

« - Mais non, il m'aime bien. Hein mon grand ? répondit-il en grattouillant le cou du dragon.

Effectivement, pour une raison qui échappait à son entendement, la wyverne semblait apprécier le jeune homme, le laissant la caresser, fait extrêmement rare pour ces animaux.

« - Qu'est-ce que tu veux, Jules ?

Avec un soupir dramatique, celui-ci se retourna vers Réka, sans cesser de caresser l'énorme wyverne.

« - Je n'ai pas le droit de venir te voir ? Pourquoi tu penses toujours que mes actions sont intéressées ? Tu es injuste !

Elle leva les yeux au ciel, guère impressionnée par le cinéma du jeune homme.

« - Jules …

« - Ok, c'est bon. Il y a un mec qui te cherche, un roux. Je pensais que ça t'intéresserait de le savoir. Tu le connais ?

Elle fronça les sourcils, ne voyant absolument pas de qui le jeune homme pouvait bien parler. Pourtant, elle connaissait toute l'armée des Báthory.

« - Oh … dit-elle en comprenant soudain de qui il parlait.

Elle ne voyait pas ce que pouvait bien lui vouloir le professeur qu'elle avait croisé à son arrivée.

« - Il n'arrêtait pas de marmonner un truc à propos des wyvernes, précisa Jules.

Tout s'expliquait.

« - Bon, je te laisse, Zéphyr m'attend ! A plus tard !

« - Attends, Jules !

Il se retourna, étonné qu'elle l'interpelle ainsi.

« - Fais gaffe à toi.

Un immense sourire étira ses lèvres, et il lui fit un salut militaire moqueur, avant de s'enfuir d'un pas léger, faisant un brusque écart pour éviter le coup de patte d'une wyverne qui n'appréciait pas de le voir s'agiter devant elle.

« - C'était pas sympa, ça ! s'exclama-t-il tout en poursuivant sa course.

Réka soupira. Ce gosse était totalement inconscient du danger. Parfois, elle avait du mal à croire qu'il était presque aussi âgé qu'elle. Elle l'apercevait encore, zigzaguant à travers la foule, lançant des remarques amusées à tous ceux qu'il croisait. Avec sa bonne humeur constante et son innocence mêlée de malice, il n'était pas étonnant qu'il ait rapidement été adopté par l'ensemble des armées des Báthory. Tel qu'elle le connaissait, demain, il volerait en tête, chevauchant fièrement son pégase. Elle secoua à nouveau la tête, et se tourna vers sa wyverne, reprenant son brossage.


« - Hermione ?

La jeune fille releva la tête du parchemin qu'elle griffonnait furieusement, croisant le regard émeraude de son meilleur ami.

« - Faut que je te montre un truc.

Sans un mot, elle se décala, laissant une place à Harry sur le banc qu'elle occupait. Voyant que les troupes d'Aileen – ou Ibolya, quel que soit son nom – mettaient du temps à s'installer, elle avait quitté le parc pour s'installer dans une salle de classe vide, déjà occupée par plusieurs membres de l'Ordre. Elle était ici depuis près d'une heure, préparant les plans de bataille pour le lendemain, sa plume crissant avec violence sur le papier. Elle s'arrêtait par intervalle, répétant à Blaise à quel point elle était inquiète de la tournure des événements, et essayant de le convaincre de la dangerosité des Báthory. Celui-ci hochait la tête d'un air approbateur, et elle retournait à ses papiers, le laissant en paix pour cinq minutes.

Il ne bougea pas d'un pouce à l'arrivée de Harry, continuant de remplir sa feuille d'une écriture fine et serrée, l'air imperturbable. Le Gryffondor ne parut pas se soucier non plus de sa présence, puisqu'il poussa sans ménagement les papiers qui encombraient la table pour y étaler un parchemin, indifférent à l'exclamation scandalisée d'Hermione. Il chuchota quelque chose, et la jeune fille baissa d'un ton à son tour, attirant l'attention du Serpentard. Habituellement, ils ne prenaient jamais la peine de se faire discrets, n'ayant rien à cacher au reste de l'Ordre. Prudemment, Blaise risqua un œil vers le parchemin étalé sur la table, se figeant soudain.

Une carte se dessinait peu à peu, et il reconnut rapidement Poudlard. D'un mouvement expert, Harry zooma sur le parc, tout en continuant à chuchoter quelque chose que Blaise ne pouvait entendre. Mais s'il n'entendait rien, il voyait très bien les écritures qui apparaissaient sur la carte, de minuscules points qui se déplaçaient lentement. Et à côté d'eux, des noms. Il se raidit instinctivement. Comment Potter était-il entré en possession de cet objet ? Il tendit l'oreille pour épier la conversation des deux Gryffondors.

« - Regarde, chuchotait Harry. Ce sont tous les membres de l'armée d'Aileen. Elle est ici, ajouta-t-il en posant le doigt sur un point précis.

Blaise voyait très bien le nom qui apparaissait à cet endroit. Ibolya Báthory. Le vrai nom d'Aileen. Et si … Pris d'une impulsion subite, il fouilla du regard les noms apparaissant aux côtés de celui de sa tante. En face de lui, Potter continuait de parler, confirmant ses pires craintes.

« - Et là, ajoutait-il, c'est toute son armée. Regarde. Il y a leurs noms. Leur nom complet.

« - Báthory … chuchota Hermione, malgré elle stupéfaite de voir ce nom se répéter autant de fois.

« - J'ai vérifié sur Chourave. Pomona Chourave Báthory. C'est ce que la carte indique.

« - Harry … Avec ça, on va pouvoir démasquer tous ceux qui sont avec Aileen. Savoir à qui on peut faire confiance.

Il hocha la tête, les yeux brillants. En face, Blaise se liquéfiait peu à peu. Combien de temps, avant qu'Hermione ne se décide à vérifier son identité ? Combien de temps avant qu'il soit démasqué ? Il ne pouvait pas laisser faire ça. Ce n'était pas seulement son identité qui était en jeu ; c'était celle de Susan, de Michael, de tous les autres. C'était les plans de sa tante, l'avenir même des Báthory qui était compromis. Il devait agir. Obnubilé par cette pensée, il n'écoutait plus rien à la conversation entre Harry et Hermione, les yeux fixés sur la carte par-dessus son parchemin, sur lequel il avait nerveusement appuyé sa plume, laissant une large tache d'encre se former.

Il devait voler la carte. Il avait beau tourner le problème dans tous les sens, il ne trouvait pas d'autre solution. Mais comment faire ? Ses réflexions furent brutalement interrompues par l'arrivée fracassante de Ron Weasley. Rouge écrevisse, celui-ci mit de longues secondes à regagner son souffle, sous le regard curieux des membres de l'Ordre installés là.

« - C'est Kingsley … haleta finalement le rouquin.

Tous se raidirent, attendant instinctivement la mauvaise nouvelle.

« - Il s'est réveillé.

Un soupir de soulagement résonna, sans que Blaise ne puisse dire d'où il provenait. Puis, en quelques minutes, tous emballèrent précipitamment leurs affaires, pressés de rejoindre l'infirmerie. Kingsley était un symbole, et son réveil était la première bonne nouvelle qu'ils aient eu depuis un certain temps. Hermione n'échappa pas au mouvement, et fit rapidement disparaitre tous ses papiers dans son sac. Dont la carte, que Blaise n'avait pas été assez rapide à attraper. Il se maudit intérieurement. Comment allait-il la récupérer à présent ?

Sur le chemin de l'infirmerie, il se débrouilla pour marcher aux côtés d'Hermione, jetant de fréquents coup d'œil à son sac. Il ne voyait pas la carte. Pourtant, il était certain qu'elle ne l'avait pas effacée avant de la glisser dans son sac. S'il s'approchait assez, il pourrait peut-être écarter ses papiers pour tenter de l'apercevoir … Mais Hermione freina brusquement, avortant son mouvement. Ils étaient déjà arrivés à l'infirmerie.

« - Non ! tonnait Mrs Pomfresh. Il a besoin de repos, vous n'entrerez pas.

Les bras croisés sur sa poitrine, elle interdisait l'accès à son infirmerie aux membres de l'Ordre, l'air menaçant. A côté d'elle, Luna lui parlait de sa voix fluette, essayant, semblait-il, de la convaincre qu'elle était tout à fait capable de garder l'entrée de l'infirmerie – Blaise en doutait. Arrivé derrière lui, Potter joua des coudes pour s'approcher au plus près. Après quelques minutes de négociation, et malgré la désapprobation évidente de l'infirmière, il parut finalement obtenir la permission de rentrer. Il fit un bref signe de la main, en direction d'Hermione, qui s'empressa de le rejoindre, Blaise sur ses talons.

« - Uniquement vous et Miss Granger, Mr Potter, nous sommes d'accord ? Minerva vous attend à l'intérieur.

Il hocha la tête et, sans un regard en arrière, entraina Hermione à l'intérieur de l'infirmerie. Mrs Pomfresh rentra à leur suite, laissant à Luna le soin de garder l'entrée. La petite blonde s'appuya contre la porte et, comme inconsciente de la foule face à elle, fouilla un moment dans sa poche, jusqu'à retrouver ses boucles d'oreille radis, qu'elle était obligée d'enlever quand elle travaillait à l'infirmerie. Tout aussi tranquillement, elle entreprit de les remettre. Face à elle, les membres de l'Ordre n'osaient pas bouger, tiraillés entre leur envie de s'assurer que Kingsley allait bien, de le voir, lui parler – après tout, ils le connaissaient depuis bien plus longtemps qu'Harry Potter ! – et le respect qu'ils éprouvaient envers l'infirmière. Il fallait aussi avouer que Luna était, à sa manière, presque aussi impressionnante que Mrs Pomfresh. Aussi, quand après quelques minutes, elle leva son regard éthéré vers eux, tous se turent immédiatement.

« - Il va bien vous savez. Vous n'êtes pas obligés de rester ici.

Plusieurs haussèrent les épaules. Comment lui expliquer qu'ils avaient beau savoir qu'il allait bien, ils étaient incapables de partir sans l'avoir vu ? Pour beaucoup, Kingsley était un symbole, celui qui avait repris l'Ordre en main à la mort de Dumbledore. Une personne en qui ils avaient entièrement confiance, un véritable leader. Pour d'autres, il était l'ami présent depuis la première guerre, celui qui ne les avait jamais quittés, et Merlin savait à quel point les liens étaient forts entre ces survivants du Premier Ordre.

Pour Hestia Jones, qui, les bras croisés, ne semblait pas décidée à bouger d'un pouce, Kingsley était tout cela à la fois. Elle ne comptait plus les fois où il lui avait sauvé la vie, et l'inverse était également vrai. Après l'attaque sur Buckingham, quand l'infirmerie l'avait accueilli dans un état critique, elle avait senti son cœur se déchirer une nouvelle fois. Après Albus, après Maugrey, était-elle destinée à perdre tous ses amis ? Le réveil de Kingsley était inespéré, et elle voulait le voir tant qu'elle le pouvait encore. Demain serait le grand jour, et elle ne savait pas si elle pourrait le faire après …

A mesure que les minutes s'écoulaient, certains commencèrent à partir ; que ce soit parce qu'ils avaient des choses à faire, ou par lassitude, pour les plus jeunes notamment, ceux qui connaissaient le moins Kingsley. Au bout d'une heure, alors que personne n'était encore sorti de l'infirmerie, seule une dizaine de personnes patientait dans le couloir. Parmi elles se trouvait Blaise. Il s'était assis, le dos appuyé contre le mur, faisant machinalement tourner une de ses plumes entre ses doigts. L'idée de voler la carte qu'il avait aperçu ne l'avait pas quitté, et expliquait sa détermination à attendre la sortie d'Hermione ; mais malgré la confiance qu'il plaçait en sa tante, et sa détermination à aller jusqu'au bout des idéaux des Báthory, il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser à l'idée de trahir la confiance d'Hermione.

« - Il y a des Joncheruines tout autour de ta tête.

Luna s'était laissée glisser le long du mur, s'asseyant en tailleurs à côté de lui.

« - Tu es préoccupé, ajouta-t-elle, voyant qu'il ne répondait pas.

« - Comme tout le monde ici, non ?

Elle pencha la tête sur le côté, semblant réfléchir à la question.

« - Je ne crois pas.

Lâchant sa plume du regard, il se tourna vers la Serdaigle, l'œil interrogateur.

« - Tu n'es pas préoccupé de là, précisa-t-elle tapotant la tête du métis du bout du doigt, mais de là.

Blaise baissa le regard, suivant son doigt qui tapotait sa poitrine, à l'emplacement du cœur, avec régularité. Il haussa les épaules, avec plus de violence que nécessaire, obligeant la jeune fille à rompre le contact. Ses conversations avec Luna le mettaient toujours mal à l'aise. Il avait l'impression diffuse qu'elle pouvait lire en lui, et craignait ce qu'elle était capable de découvrir. Mais Luna ne semblait pas se rendre compte de cette gêne, et continuait de parler.

« - C'est normal qu'il soit perdu, poursuivit-elle. On ne devrait pas avoir à choisir entre sa famille et ceux qu'on aime.

Il sursauta brusquement. Que voulait-elle dire par là ? Savait-elle pour Aileen, savait-elle pour son père ? S'efforçant de dissimuler son trouble, il se décida à répondre, l'amertume pointant dans sa voix.

« - Ma mère n'est pas une Mangemort.

« - Je sais. Mais Drago, c'est un peu ton frère. Tu ne veux pas te battre contre lui, mais tu penses qu'il a tort.

Drago … Il était vrai que le blond occupait souvent ses pensées. Blaise n'avait aucunes nouvelles de lui, et s'inquiétait de ce qu'il avait pu subir après l'attaque du Manoir Jedusor. Au fond, il y avait du vrai dans ce que disait la Serdaigle : sans être un Báthory, Drago était un peu sa famille, celle qu'il s'était choisie. Tout comme Narcissa … Sans se soucier de savoir s'il l'écoutait ou non, Luna continuait de parler, la tête légèrement inclinée, comme pour voir dans ses pensées.

« - Et puis, comme tu ne veux pas t'avouer que tu es amoureux d'Hermione, tu te bats contre toi-même, et tu es une cible privilégiée pour les Joncheruines. Ils sentent ce qui nous tracasse, tu sais.

« - Quoi ? l'interrompit-il brusquement.

« - Quoi ? répéta-t-elle, par mimétisme.

« - Qu'est-ce que tu viens de dire ?

« - Que les Joncheruines sentent ce qui nous tracasse, répéta-t-elle obligeamment.

« - Non, avant. Sur Hermione.

« - Oh, que tu es amoureux d'elle.

Il y avait une telle candeur, une telle assurance dans sa voix que Blaise resta paralysé, n'osant pas la contredire.

« - Je sais que tu ne me crois pas, ajouta-t-elle. Ce n'est pas grave.

Elle tourna la tête, soudainement alertée par le bruit de la porte de l'infirmerie s'ouvrant. Un élève de sixième année se glissa dans l'entrebâillement, lui faisant signe de venir.

« - Je dois te laisser, ils ont besoin de moi. A bientôt, Blaise !

Elle se releva et le laissa là, seul avec ses pensées. Il fallut plus d'une minute au jeune homme pour reprendre contact avec la réalité, pour trouver ce qu'il aurait dû dire à Luna, les arguments qui l'auraient convaincue qu'elle avait tort. Luna ne savait rien de sa vie, elle ne connaissait pas Aileen, elle ne pouvait pas lui lancer qu'il était amoureux d'Hermione et disparaître ! Vraiment, il détestait discuter avec cette fille. Elle avait la fâcheuse habitude de tout brouiller dans son cerveau.

« - Tu m'as attendue ?

Il releva la tête pour croiser le regard chocolat d'Hermione. Un instant, il resta stupide, sans bouger, la phrase de Luna résonnant encore dans sa tête. « Tu es amoureux d'Hermione ».

« - Oui.

Elle lui sourit, avec douceur, avec chaleur.

« - Merci.

Puis, après une hésitation.

« - Tu m'accompagnes ? On a pu parler un peu avec Kingsley, je te raconterai.

« - Bien sûr.

Avec un sourire, il la suivit, s'arrangeant pour lui faire emprunter le chemin le plus long pour atteindre la Salle Commune de Gryffondor. Tout le long du trajet, elle lui parla, lui racontant son entrevue avec Kingsley, parlant des plans de bataille pour le lendemain ; et lui souriait sans cesse, hochait la tête quand elle guettait sa réaction. Il ne savait pas de quoi elle parlait, incapable de l'écouter. Dans son esprit s'entrechoquaient deux pensées, deux idées contradictoires. Hermione et la carte, la carte et Hermione. Et derrière, Aileen et les Báthory, et les mots de Luna.

Ils arrivèrent cependant bien trop tôt en vue de la Tour de Gryffondor. Insensiblement, ils commencèrent à ralentir, retardant le moment de se séparer, pour finalement s'arrêter à quelques mètres du portrait de la Grosse Dame. Hermione n'aimait pas ces moments, où elle ne savait pas quoi dire. Elle n'avait pas envie de quitter Blaise, elle voulait parler encore un peu avec lui, mais savait qu'elle devait se reposer. Demain … Elle ne savait pas de quoi serait faite la bataille du lendemain, et celle-ci ne quittait pas ses pensées.

« - Bon, ben … Je vais te laisser, souffla-t-elle d'une voix hésitante, se balançant nerveusement d'un pied sur l'autre.

Blaise hocha la tête, sans dire un mot.

« - A demain alors, compléta-t-elle.

Avec un dernier sourire, elle fit demi-tour, rejoignant l'entrée de sa Salle Commune. Blaise ne bougeait toujours pas. Puis son cerveau sembla se remettre en marche, et comme pris d'une impulsion soudaine, il s'élança vers elle avant qu'elle ne passe la porte.

« - Attends !

Elle s'arrêta, fit demi-tour sous les protestations du tableau, sourcils froncés, ne sachant comment réagir ni à quoi s'attendre. Blaise la rejoignit en quelques pas, visiblement agité.

« - Hermione, je …

Il soupira, cherchant ses mots.

« - Ça va se jouer demain, lâcha-t-il finalement, un peu abruptement. Demain, tout sera fini, et ça me fait peur. Je veux pas te perdre, tu comprends ?

Elle étira ses lèvres en un mince sourire.

« - Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement, tu sais.

Et, se hissant sur la pointe des pieds, avec une hardiesse qu'il ne lui connaissait pas, elle effleura ses lèvres d'un baiser léger comme une plume. Avant qu'elle ne puisse se sauver, Blaise l'attira contre lui, l'embrassant avec plus de force. L'instant fut – trop rapidement à son goût – interrompu par un bruit de pas se rapprochant. Hermione s'échappa, rougissante, et après un dernier regard, disparut derrière le tableau de la Grosse Dame.

Blaise resta une seconde sans bouger, passant sa main dans ses cheveux, l'air de ne pas trop croire à ce qui venait d'arriver. Puis, poussant un long soupir plein de remords, il fit demi-tour, ne jetant pas même un coup d'œil au Gryffondor qu'il croisa sur son chemin. Il ne s'était jamais senti aussi honteux, aussi minable de sa vie. Et dans son sac, la carte lui semblait peser une tonne.


Charlie tournait depuis des heures au milieu du camp que venaient d'établir les armées des Báthory. En un rien de temps, des tentes s'étaient montées, rouges et blanches, frappées du sceau de la famille hongroise. L'ambiance était militaire, mais agréable. La population de Poudlard avait peu à peu quitté le terrain, et si quelques curieux subsistaient encore, les hommes et femmes de cette armée si particulière se retrouvaient entre eux. Personne ne faisait attention à lui, et il pouvait déambuler à sa guise, les observant sans aucune gêne.

Partout où il portait son regard, il était frappé de l'ambiance si particulière qui s'était établie. Il les avait vus arriver, droits et fiers, sérieux et orgueilleux. Et soudainement, alors qu'ils se croyaient à l'abri des regards indiscrets, ils redevenaient humains. Riaient, s'interpellaient, se débarrassaient de leur armement, de tout ce qui pouvait les encombrer. Il avait même aperçu plusieurs fois Ibolya ; et s'il s'était à chaque fois gardé de l'approcher, il n'avait pu s'empêcher de l'observer, à la dérobée.

Il lui semblait que chaque homme, chaque femme, percevait sa présence avant qu'elle n'approche. Mais loin de les impressionner, cette arrivée semblait réchauffer leur cœur. Ils n'arrêtaient pas de parler, alors que des militaires se mettraient au garde à vous à l'arrivée de leur supérieur. Non, ils l'accueillaient avec un sourire, avec une sorte de déférence familière ; Charlie était incapable de l'expliquer, mais il lui semblait que pour ces gens, Ibolya était à la fois la personne qu'ils respectaient et aimaient le plus au monde, comme si sa présence leur était nécessaire pour vivre pleinement.

Il devinait, rien qu'à les voir, qu'aucun d'eux n'hésiterait une seule seconde à donner sa vie si elle le demandait ; mais il sentait, confusément, que jamais elle n'exigerait ce sacrifice d'eux, comme une mère ne pourrait tolérer qu'un de ses enfants soit blessé. Plus il marchait dans ce camp, plus il sentait ce lien qui unissait l'Héritière des Báthory et ses hommes, et plus cela le troublait. Ce qu'il voyait, ce qu'il comprenait, était aux antipodes de tout ce qu'il avait pu imaginer sur cette femme. Dans cet assemblage bigarré, d'hommes, de femmes qui ne se ressemblaient pas, que rien ne semblait unir, elle semblait parfaitement à sa place. Aucune violence ne transparaissait, seulement une confiance infinie, et une foi commune, en un avenir qu'il ne connaissait pas, en ce qu'ils représentaient aussi.

Et Charlie continuait de marcher à travers ce camp, interrogeant du regard tout ce qu'il voyait, chaque minute lui rappelant un peu plus que la précédente qu'il n'était pas à sa place ici. Mais il n'arrivait pas à partir, obnubilé par ce qu'il voyait ; il voulait également revoir les dragons avant de rentrer au château. Les dragons, et la dragonnière qui l'avait congédié avec tant d'indifférence. Mais alors qu'il les cherchait à travers le camp, son attention fut brutalement attirée par une scène se déroulant à quelques pas de lui. Un carré avait été délimité par quatre poteaux reliés par des cordes ; et à l'intérieur, deux hommes, que Charlie reconnut comme faisant partie de cette unité d'infanterie si lourdement armée, s'affrontaient à l'épée.

Le jeune homme s'arrêta pour observer le spectacle. Non loin de lui, plusieurs membres de l'armée avaient fait de même, observant le combat avec attention. Les deux belligérants lui semblaient assez jeunes, une trentaine d'années peut-être. Les cheveux coupés très courts, le même uniforme noir conçu pour ne pas gêner leurs mouvements. Là s'arrêtait la ressemblance. L'un était plutôt trapu, la mâchoire carrée ; il avait retiré sa veste, et son absence de manches laissait apparaître l'impressionnante musculature de ses bras. L'autre était plus petit, plus mince aussi ; Charlie ne voyait pas son visage, mais devinait les muscles qui jouaient dans son dos à chacun de ses mouvements.

Le combat mit instantanément Charlie mal à l'aise. Les épées s'entrechoquaient avec fracas, force et violence. Les deux combattants ne cessaient de bouger, tournoyant, voltigeant ; chacun de leurs mouvements révélait une précision chirurgicale, une férocité contenue. Alors que le plus petit des deux se jetait à terre pour glisser dans le dos de son adversaire, Charlie comprit brutalement ce qui le gênait. Ces gens étaient des soldats. Il le savait, bien sûr, mais il ne comprit qu'à ce moment ce que cela signifiait réellement. Ils s'étaient battus avant cette guerre, et se battraient après. L'ennemi changeait, mais eux non. Ils n'étaient pas comme lui, n'avaient pas de métier ; c'était ça, leur métier. Le fracas du combat, l'odeur du sang. Ces gens étaient des meurtriers, et il aurait tort de l'oublier.

Le combat s'arrêta quelques secondes plus tard ; le plus grand des deux hommes tenait sa lame contre la gorge de son adversaire. En les observant avec plus d'attention, Charlie s'aperçut que ce n'était pas un homme, mais une femme. Et qu'elle tenait son épée appuyée juste en dessous des côtes de son adversaires. Apparemment satisfaits de ce match nul, les deux rangèrent leur épée, échangeant une brève étreinte virile. Charlie fit demi-tour. Et partout où il allait, alors que l'ambiance n'avait pas changé, et que la même complicité régnait entre ces hommes et femmes, il ne pouvait s'empêcher de se répéter la même chose. Ces gens sont des tueurs.

Il trouva finalement Réka. Elle avait mené les dragons à l'écart, et s'occupait de sa wyverne avec tendresse. Elle sembla l'entendre arriver, puisqu'elle lui jeta un bref coup d'œil, avant de ranger la brosse dure qu'elle avait à la main.

« - Enfin, lâcha-t-elle, comme si elle l'attendait.

Il resta silencieux, ne sachant quoi lui répondre. Il ne savait même pas pourquoi il était là, alors que les questions se bousculaient dans sa tête.

« - C'est vrai ? Ce qu'on raconte sur les wyvernes.

On racontait beaucoup de choses sur ces dragons. Les vouivres étaient les plus féroces des dragons occidentaux, assoiffées de sang, quasiment impossible à tuer. Encore moins à domestiquer. Elles fascinaient les dragonniers depuis toujours. La légende des chevaliers-wyvernes berçait les soirées qu'il avait passé en Roumanie, et quand il y repensait, il lui semblait encore entendre la voix de ses camarades. Il existait un rituel, qui pouvait lier, dans les heures suivant l'éclosion d'un œuf de vouivre, le dragonneau à un homme ; le lien qui se créait était si fort qu'on racontait que rien ne pouvait le détruire, pas même la mort. Ainsi naissaient les chevaliers-wyvernes. Une légende. Charlie n'en avait jamais douté, avant aujourd'hui.

« - Tout est vrai.

Il hocha la tête, silencieusement. Il n'était pas vraiment étonné que ce soit les Báthory qui aient réussi cet exploit. A vrai dire, il lui semblait que plus rien ne l'étonnait de leur part.

« - J'ai vu …

Il s'arrêta, incertain. Il n'était même pas sûr de ce qu'il s'apprêtait à dire.

« - Des épées contre des sortilèges ? Vous êtes sûrs de ce que vous faites ?

Elle haussa les épaules, enfonçant ses mains dans ses poches dans un réflexe purement Moldu.

« - On ne vient pas pour se battre contre des hommes.

Voyant qu'il ne répondait pas, elle étira ses lèvres en un sourire narquois.

« - Vous ne savez vraiment pas ce qu'il se joue de l'autre côté, pas vrai ?

« - Ne me faites pas croire que vous connaissez mieux la situation que nous ! répondit-il en claquant la langue d'un air agacé.

Son ébauche de sourire disparut aussitôt, et son ton redevint glacial.

« - Vous nous devez beaucoup, Professeur Weasley, rétorqua-t-elle en appuyant sur les derniers mots, comme s'il s'agissait d'une insulte. Et si vous n'avez rien d'autre à me dire …

Charlie hésita un instant, sentant la colère l'envahir sans trop savoir pourquoi. Elle était sûre d'elle, bien trop sûre d'elle, de leurs forces, de ce qu'ils faisaient ici. Se pouvait-il qu'il ait tout faux depuis le début ? Qu'ils aient, tous, faux ?

« - Tout se jouera demain. Demain, Voldemort jettera toutes ses forces dans la bataille. Toutes.

« - Qu'est-ce que vous insinuez ?

« - Que ces épées en argent que vous semblez tant mépriser seront peut-être la seule barrière que vous aurez face aux loups garous.

Son cerveau se mit à réfléchir à toute allure. La dernière pleine lune avait eu lieu une semaine auparavant, et la bataille aurait de toute façon lieu en plein jour. Il était ridicule de craindre des loups garous. Peut-être quelques géants n'étaient pas encore morts, mais ce serait tout … Les Acromentules ne quitteraient pas leur Forêt Interdite, comme la plupart des créatures qui avaient accompagné l'armée des Ténèbres lors de la bataille de Poudlard … Il ne comprenait pas.

« - Des loups garous ? répéta-t-il prudemment, ne pouvant retenir la moue sceptique qui prenait place sur son visage.

« - Potion, répondit-elle simplement.

Etait-il simplement possible qu'une telle potion existe, que le Seigneur des Ténèbres ait trouvé le moyen de perturber la transformation des loups garous pour qu'elle ait lieu de jour ? Et comment cette fille pouvait-elle le savoir ? Il ne sut s'il s'était interrogé à voix haute, ou si ses inquiétudes étaient visibles sur son visage, mais Réka afficha une moue curieuse, comme prenant conscience qu'il n'était pas au courant de ce qu'elle lui annonçait.

« - Pourquoi Durmstrang n'est-elle pas tombée ? demanda-t-elle abruptement, changeant de sujet ?

« - Durmstrang ? répéta-t-il ne comprenant pas où elle voulait en venir.

« - Parce qu'on était là, répondit-elle comme si c'était une évidence. Parce qu'on était là, depuis le début, pour empêcher Voldemort d'étendre ses armées à l'Europe de l'Est.

C'était impossible. C'était insensé. Et pourtant, Charlie avait vécu en Roumanie. Il avait même visité Durmstrang, un jour, s'étonnant de voir que des cours de Magie Noire y étaient dispensés. Il avait écouté les idées conservatrices de certains sorciers sur la Pureté de Sang, de celles qu'il ne supportait déjà pas quand il était chez lui … Était-il possible que ces gens aient voulu rejoindre Voldemort ? Bien sûr. Grindelwald avait recruté des fidèles à travers toute l'Europe, pourquoi Voldemort n'aurait-il pas pu le faire ? Et Charlie était bien placé pour savoir que des créatures magiques parmi les plus dangereuses vivaient en Europe de l'Est, dont les dernières communautés de Géants des Montagnes, en Russie …

« - Pourquoi ? demanda-t-il enfin. Pourquoi vous faites ça pour nous ?

Elle le regarda avec un mépris si glacial qu'il en fut soufflé.

« - Pour vous ? Mais nous ne le faisons pas pour vous ! Je suis Moldue et russe. Si je me bats, c'est pour mon pays et ma famille. Et parce que ce connard mérite de payer pour ce qu'il a fait à Ibolya.

Il sembla à Charlie qu'elle s'enflammait quand elle prononçait ces paroles, ses yeux lançant des éclairs. Elle haussa finalement les épaules et lui tourna le dos, reprenant le brossage de sa wyverne, comme si cette activité lui calmait l'esprit. « Crétins d'anglais », crut-il néanmoins l'entendre marmonner. Voyant qu'elle ne semblait pas prête à lui adresser un regard, il fit demi-tour, s'éloignant en direction du château. Elle lui avait sûrement dit la vérité, ou en tout cas, il ne voyait pas ce qu'elle aurait gagné à lui mentir.

Il accorda un regard nouveau aux hommes qu'il croisa en retraversant le campement, ne sachant plus que penser d'eux. Des meurtriers, oui. Mais depuis combien de temps se battaient-ils contre les forces du mal ? Il lui semblait comprendre ce que voulait dire Réka. Ce n'était pas Voldemort, c'était de petits mages noirs, des créatures incontrôlables qui proliféraient à cause de la faiblesse des gouvernements locaux … Ces gens s'étaient battus pour empêcher que leurs pays ne sombrent dans le chaos. Ils avaient empêché Voldemort de recruter chez eux, ils avaient empêché les adeptes de la magie noire de s'approprier Durmstrang. Depuis combien de temps se battaient-ils ? Et alors qu'il sortait du camp, une dernière pensée lui traversa l'esprit. Leur ressemblerait-il, si cette guerre s'éternisait ? Il savait déjà que oui. Après tout, lui aussi était un meurtrier.


La lourde porte du Manoir grinça quand Blaise la poussa, s'ouvrant sur un hall vide. Un sourire prit place sur les lèvres du jeune homme quand il pénétra à l'intérieur, laissant la porte se refermer derrière lui. En quelques mois à peine, le lieu était devenu sa maison, plus que celles où il avait vécu avec sa mère étant enfant. Il secoua la tête, se reconcentrant, et traversa le manoir pour rejoindre la bibliothèque. Ibolya était toujours à Poudlard ; en dehors d'Albert et de quelques autres, il se savait seul ici. Tandis qu'il marchait, il ne pouvait s'empêcher de toucher, nerveusement, son sac, où se trouvait la carte qu'il avait volé à Hermione. Il s'en voulait – énormément – d'avoir abusé de sa confiance. Mais il savait que si c'était à refaire, il n'hésiterait pas une seconde.

Arrivé dans la bibliothèque, il jeta un rapide coup d'œil aux alentours pour vérifier qu'il était seul, et sortit la carte de son sac, l'étalant sur sa table. Encore une fois, il fut fasciné de voir les traits mouvants du château de Poudlard imprimés devant ses yeux, et les centaines de points se déplaçant à l'intérieur. Il pensa à vérifier qu'Ibolya se trouvait bien dans le parc, là où il l'avait laissée ; mais plus d'une centaine de personnes s'y trouvait, et les lettres des noms se chevauchaient, rendant toute lecture impossible. Il arrivait seulement à distinguer le nom Báthory, répété encore et encore.

Renonçant à trouver sa tante, il parcourut le château, du bout des doigts, jusqu'à atteindre la tour des Gryffondors. Il passa rapidement sur la salle commune, fouillant les dortoirs jusqu'à trouver le nom d'Hermione Granger. Elle était seule, immobile. Il fixa quelques instants son nom, le petit point qui la représentait, le souffle court. Pensait-elle à lui ? Il secoua la tête. Ce n'était pas le moment de laisser de telles pensées l'envahir. Peut-être … Peut-être s'était-elle rendue compte de la disparition de la carte. Songerait-elle à lui, le soupçonnerait-elle ? Il soupira, refusant de laisser de telles pensées l'envahir plus longtemps. D'un geste décidé, il roula le parchemin, avant de le ranger dans un tiroir.

Laissant son sac trainer au milieu de la pièce, il s'avança vers la fenêtre, massant ses tempes douloureuses. La journée avait été bien plus éprouvante qu'il ne l'avait imaginé, et le lendemain lui faisait peur. Dans le parc, une silhouette attira son attention. Elle le traversait à grands pas, tête baissée, semblant plongée dans ses réflexions. Un rayon de soleil fit un instant étinceler les cheveux blonds, et Blaise la reconnut. Il ferma douloureusement les yeux, intimant à tout son corps de ne pas bouger, de ne pas réagir. Et presque automatiquement, il se mit en marche, comme irrésistiblement attiré par son père.

Celui-ci était déjà entré quand Blaise atteignit le hall. Guidé par l'instinct, il rejoignit le grand salon, s'arrêtant nerveusement sur le pas de la porte. Son père était là, accroupi devant la cheminée pour réchauffer ses mains. Il avait abandonné son manteau sur un fauteuil et remonté les manches de sa chemise, dévoilant sa peau si pâle. L'image se brouilla dans les yeux de Blaise, la chemise noire devint blanche, les cheveux s'éclaircirent, la silhouette s'amincit, et il crut revoir Drago, son Drago, celui d'avant la guerre.

Il passa une main sur son visage pour faire disparaître la vision. Pourquoi se ressemblaient-ils tant ? Ces Sang-Purs, ces aristocrates … Les Black, les Malefoy, les Nott, et maintenant les Báthory … Tous partageaient les mêmes traits fins, la même allure distinguée, la même peau pâle. Blaise regarda avec regret sa peau mate, lui rappelant chaque jour qu'il ne faisait pas partie du même monde qu'eux. Il haussa finalement les épaules, avec un sourire fataliste. Il ne voulait pas de leur monde, ce vieux monde sur le déclin, qui entraînait toute une génération dans son agonie. Et ces Sang-Purs si hautains gardaient la barre, refusaient de regarder la réalité en face ; leur monde était en train de crever, et ils disparaîtraient avec lui.

« - Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître ; et dans ce clair-obscur surgissent les monstres, murmura-t-il pour lui-même, se remémorant l'auteur italien qui avait un jour prononcé ces mots.

Devant la cheminée, János sursauta en entendant la voix de son fils. Il s'était cru seul ; et inconscient des pensées qui agitaient Blaise, il prit ces mots pour lui. L'air fatigué, las, et bien plus vieux que son apparence ne le laissait soupçonner, il se releva lentement se tournant pour lui faire face. Comme à chaque fois qu'il le voyait, son cœur se serra, et ses entrailles se tordirent violemment. Il avait peiné à l'accepter, ce fils inconnu ; mais aujourd'hui, il lui suffisait de poser son regard sur lui pour sentir la culpabilité l'envahir. Il regrettait de ne pas avoir été là pour lui, de ne pas lui avoir porté l'amour qu'il méritait ; il regrettait de ne pas savoir être un père.

« - Je suis désolé.

Blaise haussa un sourcil, ne comprenant pas à quoi ces mots faisaient référence ; mais son père ne semblait pas vouloir les expliquer, et continuer de le fixer avec attention. Il ne savait pas ce que János voyait ; mais ce regard le mettait mal à l'aise. Il détourna le regard avec gêne, et s'avança pour s'asseoir sur le canapé. János hésita visiblement à se mettre à côté de lui, mais sembla choisir la prudence, et s'assit face à lui, sur le fauteuil où reposait son manteau. Il ne pouvait s'empêcher, dans le silence qui s'éternisait, de jeter de fréquents coups d'œil à son fils. Il avait les traits tirés, méritait quelques heures de sommeil, et ses bras comme son visage révélaient, par de minuscules hématomes et griffures, les combats auxquels il avait participé. Pourtant, il le trouvait magnifique. Son fils. Il ne savait pas ce que c'était, être père ; mais il sentait la fierté et une douce chaleur se propager dans sa poitrine, quand il prononçait ces simples mots : mon fils. Et pour l'instant, cela lui suffisait.

Blaise gardait les yeux résolument baissés, lissant son pantalon avec régularité. Le silence était pesant, lourd. Pourtant, il n'éprouvait pas le besoin de le briser. Il ne le voyait pas, mais sentait le regard de son père posé sur lui ; il entendait sa respiration, et préférait se contenter de cette présence silencieuse. Un mot pourrait tout briser ; une parole en entraînait une autre, le ton montait, la rancœur s'affichait. Le silence l'apaisait. Face à son père, il avait peur de sa voix, qui le lâchait invariablement, peur des mots qui dépassaient sa pensée, peur de ce que János pouvait lui dire.

« - Alors … C'est demain, c'est ça ?

La voix de János était rauque, hésitante. Il éprouvait le besoin, viscéral, de briser ce silence, d'entendre son fils, de le sentir vivre près de lui, même si c'était pour l'insulter. Tout, plutôt que ce silence.

« - Oui.

Blaise savait qu'il aurait dû dire autre chose, développer sa réponse, mais il en était incapable. Il n'était pas tétanisé par la bataille du lendemain ; il avait beau en savoir les enjeux, il était certain de leur victoire. Mais il n'en savait pas le prix, et c'était là ce qui l'inquiétait. Malgré lui, il s'était attaché aux membres de l'Ordre, et savait qu'il souffrirait invariablement s'il devait les perdre. Sans parler des Báthory, sa famille, la myriade de cœur qui battaient près du sien. Comment pouvait-il survivre à l'extinction de l'un d'eux ? Et il y avait Hermione, il y avait sa tante … Deux femmes diamétralement opposées, les deux femmes de sa vie – il y avait longtemps que sa mère en était sortie. Et autour, gravitaient des visages qui ne voulaient pas le quitter. Drago et Théodore, qu'il devrait pourtant affronter.

« - Tu sais pourquoi je ne suis pas parti ?

La voix de son père brisa la bulle, le ramenant au moment présent. Lentement, il releva les yeux, et secoua négativement la tête. Non, il ne savait pas pourquoi son père n'avait pas quitté ce manoir, lui qui détestait la magie, lui qui ne pouvait pas voir sa sœur ou son fils sans se disputer avec eux.

« - Parce que j'ai peur.

Blaise ne comprenait pas, ne voulait pas comprendre.

« - Mon monde s'est écroulé il y a bien longtemps, un soir d'été. Un soir où j'ai perdu mes parents, ma sœur, ma vie. J'ai fait des erreurs, Blaise. Ma vie n'a été qu'une longue succession d'erreurs et de haine, ajouta-t-il sombrement. Et je me dis que … Que peut-être …

Il s'arrêta, ne sachant comment poursuivre sa phrase.

« - Ibolya et toi, vous partirez vous battre demain. Je sais que je ne suis qu'un poids mort, et je tourne en rond, j'étouffe dans ce manoir, et je me dis que … Chaque jour qui passe, je me dis que je n'ai pas été à la hauteur, que je n'ai pas su vous protéger. Demain, ma petite sœur et mon fils iront se battre, et je ne sais pas si je les reverrai.

Blaise voyait dans les yeux de János à quel point il lui en coûtait de prononcer ces quelques phrases, de mettre des mots sur ce qu'il ressentait. L'enfant en lui hurlait, son cœur semblait exploser dans sa poitrine. Dans un autre monde, dans une autre vie, peut-être, il se serait jeté dans ses bras, le serrant à étouffer, mouillant sa chemise de larmes et d'amour. Mais il ne bougea pas, la gorge serrée, laissant le silence s'épaissir à nouveau autour d'eux. Une larme solitaire avait coulé sur la joue de János.

« - Tu … Est-ce que tu pourrais me raconter ce qu'il s'est passé ? Ce jour-là … Quand Voldemort les a tous tués … Est-ce que tu peux me raconter pourquoi il a fait ça ?

Blaise ne savait pas trop comment le courage de poser cette question lui était venu. Il ne savait même pas pourquoi il la posait. Peut-être simplement parce que le moment lui semblait propice aux confidences, peut-être pour briser ce silence, pour entendre à nouveau, la voix de son père. Il faillit se rétracter, en le voyant blanchir, sa peau devenant plus pâle qu'elle ne l'était à l'accoutumée. Mais János hocha la tête, et commença à raconter, revenant loin, cinquante ans en arrière.

János se revoyait, dans cet immense château dans lequel il avait grandi. Chaque pièce, chaque recoin lui rappelait un souvenir ; tout lui rappelait sa sœur. Sa petite sœur, sa si jolie sœur. Et comme à chaque fois qu'il pensait à elle, le visage de l'autre s'imposait à ses yeux, le crispant de fureur. Comment en était-il venu à le haïr à ce point ? il ne le savait même pas. Du premier regard posé sur lui, il avait su qu'il détruirait tout. Il l'avait détesté cordialement, d'abord ; et puis, Lajos était mort. Un accident de voiture, avait-on dit. Mais János avait compris. Le regard que Tom avait posé sur sa sœur, la haine qui avait traversé son visage quand il avait appris qu'elle était fiancée … Ce jour-là, il avait compris que Tom serait prêt à tout pour posséder sa sœur.

Et jour après jour, il avait vu sa petite sœur se transformer, sa vivacité se changer en un masque parfaitement maîtrisé. Le froid prenait possession d'elle ; Tom était en train de gagner. Et lui ne pouvait rien faire, il était impuissant. Chaque fois qu'il parlait de Tom à Ibolya, il voyait ses yeux étinceler ; et la moindre critique sur l'homme qu'elle aimait finissait en disputes, chaque fois plus violentes. Tom le savait, Tom en profitait. Et il en jouait, le narguait, posant une main possessive sur la hanche d'Ibolya quand János approchait, l'embrassant sans pudeur aucune quand il se savait observé ; lui adressant un sourire narquois en quittant sa chambre, au petit matin.

Ibolya était amoureuse. Ibolya n'était plus la même. Elle qui n'était que rires et candeur devenait froide et cynique, méprisante. Ses lectures se faisaient plus noires, elle ne parlait plus que des Báthory et de leur héritage. Et chaque jour, alors qu'il voyait sa sœur sombrer dans des abysses qui lui étaient inconnues, János croisait le regard, insupportablement orgueilleux, de Tom. Il voyait la violence contenue, dans ses mots, dans ses gestes. Et il avait peur pour sa sœur, face à cette noirceur qui semblait l'envelopper chaque jour un peu plus.

Mais Tom était parfait. Tom souriait, et ses parents étaient conquis ; Ibolya était amoureuse, et ses parents se félicitaient de l'homme qu'elle avait choisi. Tom l'avait demandée en mariage. Son père n'avait été que trop heureux d'accepter leur mariage, avec bonheur. János ne pouvait pas laisser faire ça. Il avait essayé d'ouvrir les yeux de sa sœur, n'avait réussi qu'à se brouiller avec elle ; il s'était disputé, plus violemment que jamais, avec Tom ; et il avait lu le meurtre briller dans les yeux du jeune homme. Il avait tenté, alors, de faire plier son père, de lui ouvrir les yeux sur Tom. Il n'avait que partiellement réussi, et le mariage avait été repoussé d'un mois. Maigre consolation, quand il voyait sa sœur s'éloigner d'eux jour après jour.

Et ce jour-là, ce soir-là … Tom n'était pas là, et János voulait en profiter pour parler avec sa sœur, pour passer du temps avec elle, lui qui avait si peur de la perdre. Il avait rejoint sa chambre, confiant ; il avait à peine toqué avant de pousser la porte ; et il s'était figé, sur le seuil. Tom était là. Tom était là, et il avait réussi à convaincre, Ibolya, il ne savait comment, à partir, à s'enfuir avec lui, craignant probablement que János ne réussisse à convaincre son père d'annuler les fiançailles. Le silence s'était fait glacial, alors que Tom et János se jaugeaient. Entre eux, Ibolya les observait alternativement, incertaine.

« - Finis ta valise, Ibolya, trancha Tom. On s'en va.

« - Non. Tu restes là, contra János.

Ibolya ne bougeait toujours pas, tiraillée entre les deux hommes qu'elle aimait le plus au monde. Malgré les disputes, malgré les craintes de János, Tom n'avait jamais réussi à détruire le lien existant entre le frère et la sœur.

« - Nous partons, répéta Tom, menaçant.

János s'avança, le jaugeant avec mépris.

« - Elle reste là, j'ai dit.

« - S'il-vous-plait … gémit Ibolya, tentant vainement de calmer le jeu.

Aucun ne l'écouta. Les deux hommes étaient proches, très proches l'un de l'autre, et le ton montait avec une rapidité effarante. Et soudain, comme un coup de tonnerre, le poing de János s'envola, heurtant le nez de Tom avec violence. Un craquement sourd retentit, et Ibolya laissa échapper un petit cri, se couvrant la bouche de ses deux mains. Elle ne pouvait pas, était incapable d'intervenir, de faire un choix entre ces deux hommes qu'elle aimait tant. Les yeux de Tom se mirent à étinceler de rage, et il repoussa János avec violence, l'envoyant s'écraser contre le mur.

« - Non !

Le cri d'Ibolya le laissa de marbre, alors qu'il dégainait sa baguette. En voyant ce morceau de bois dans les mains de son adversaire, ne devinant pas sa dangerosité, János éclata de rire, méprisant.

« - Endoloris !

Le sort, qu'il n'attendait pas, qu'il ne connaissait pas, le prit par surprise, lui arrachant un hurlement de douleur. Les pupilles de Tom s'étaient dilatées, et Ibolya voyait qu'il était prêt à le tuer, prêt à tuer son frère. C'était plus qu'elle ne pouvait supporter. Elle se jeta à terre, s'accrochant aux vêtements de Tom, pleurant, le suppliant. Elle était misérable, elle était faible, loin de l'image qu'elle renvoyait habituellement. Tom ne supporta pas cette vision. Il haïssait la faiblesse plus que tout au monde ; et voir Ibolya, la seule personne au monde pour qui il avait du respect, aussi faible, à ses pieds, le rendit fou de rage. Il ne pouvait pas l'accepter. Son frère la rendait faible. Son frère était un obstacle. Et il brûlait de le tuer depuis si longtemps …

Il rompit le sort, et János aspira de grandes goulées d'air, ne comprenant pas ce qui lui arrivait, son corps encore déchiré de la douleur subie. Tom releva sa baguette, et Ibolya comprit instantanément ce qu'il allait faire. Elle hurla en se jetant sur lui, et il la repoussa avec violence, l'envoyant s'écraser sur le lit, contre sa valise.

« - Avada …

Pas son frère. Pas son frère. Pas son frère. Ibolya n'avait pas d'autre pensée. Et sans réfléchir, dans un réflexe, elle attrapa son poignard en argent et se jeta sur Tom. La lame pénétra la chair, déchirant le flanc, coupant Tom avant qu'il ne prononce la syllabe fatidique. Avec une lenteur incrédule, il tourna la tête, croisant le regard affolé, échevelé d'Ibolya ; puis il baissa les yeux sur le poignard toujours planté dans son flanc. Avec la même lenteur, il retira le poignard, et sans le lâcher, quitta la pièce, laissant Ibolya sangloter sur le tapis, auprès de son frère à demi sonné. Des gouttelettes de sang marquaient son passage.

János termina à peiner son récit, des sanglots dans la voix. A travers ses larmes, il distinguait encore la silhouette de son fils, dans le fauteuil face à lui. Celui-ci avait ramené ses jambes contre lui, comme un enfant, et le fixait avec de grands yeux troublés. Il avait blêmi, bouleversé, et ne savait visiblement pas comment réagir. Sa voix brisa finalement le silence qui s'installait, basse et tremblante, comme s'il avait lu dans les pensées de son père.

« - C'était pas ta faute …


Et voilà pour ce chapitre ! Le prochain sera le dernier, j'essaierais de ne pas prendre de retard pour le poster. Ensuite, il y aura l'épilogue, et ce sera la fin.

Et puisque la fin approche, c'est le moment de donner votre avis ! Qu'avez vous pensé de ce chapitre ? Tout est dit à présent, il n'y a plus de mystère. Que pensez-vous de Blaise ? Est-ce que vous lui en voulez, d'avoir utilisé Hermione ? Qui aime Réka ? Et Luna ? Le souvenir entre János , Tom et Ibolya, qu'en avez vous pensé ? Et surtout, la question la plus importante : qui va gagner demain, lors de la bataille finale ? L'Ordre ? Les Mangemorts ? Les Bathory ? Qui va mourir ?

J'attends vos avis, vos remarques, et je vous souhaite un joyeux Noël ! A bientôt !