Dans le manoir Malfoy, Narcissa avait repris son rôle de poupée de chiffons auprès de Lucius; son mari et bourreau. L'homme n'avait rien remarqué et ne savait rien de la conversation ayant eu lieu en son absence. Il parlait à sa femme, lui vantant les prouesses de son fils unique comme il se plaisait à le lui signaler, sans doute pour vérifier que les souvenirs qu'il pensait effacés ne revenaient pas. Et la jeune femme souriait à son mari. Elle appréciait Scorpius, son deuxième fils autrefois, mais, depuis qu'il avait été corrompu par son père, le garçon blond se permettait des choses qu'elle n'aurait jamais admis en tant normal. Du statut de mère, elle était passée au statut de servante obéissant à tous les ordres de son enfant. Elle l'avait porté tout comme elle avait porté Draco, son frère jumeau. Mais plutôt que d'agir en fils, il la prenait de haut, tout comme son père. Narcissa se demandait souvent comment la vie aurait été si elle avait fui avec Draco.

Cette nuit-là, quand elle avait confié son fils au peuple des veelas des forêts, elle avait libéré ses pouvoirs, envoutant les assassins de Lucius, leur faisant croire qu'ils avaient réussi. Elle avait même imbibé leur arme de sang pour parfaire le réalisme. Puis elle avait effacé tout souvenir de sa fuite avec l'enfant des mémoires de ses serviteurs. Elle ne pouvait se permettre aucune trahison. Puis elle avait simulé les larmes, courut dans les bras de son époux, tenant sa précieuse robe entre ses poings. Elle avait été jusqu'à s'agenouiller en pleurant la disparition de son bébé du berceau. Lucius avait fait semblant de chercher le bébé et avait même participé à l'enterrement tenu secret avant de prononcer le sort sensé lui effacer la mémoire.

Lucius était un homme orgueilleux. Il ne savait rien des veela si ce n'est qu'il s'agissait de créatures magiques qui ne méritaient pas de porter le nom de sorciers. Leur sang était impur et, quand il avait vu la magie de son premier né et sa métamorphose partielle et incontrôlée, il avait fait des recherches. Sa femme, cette odieuse créature l'avait trahi, lui, le grand Lucius Malfoy ! Elle avait passé sous silence ses gênes de velane et, à présent, un de ses fils, sa propre descendance était souillée. Furieux, il avait fait des recherches mais avait été soulagé de voir que son deuxième enfant, Scorpius, avait gardé son sang pur et n'avait pas hérité de gêne de veelas. Il ne serait pas souillé. Il ne le permettrait pas.

A la naissance des jumeaux, personne n'avait été mis au courant. Les enfants n'étaient présentés qu'à la cour de Lucius qu'à leur première année. Cela avait toujours été ainsi dans la famille Malfoy. A part ses serviteurs qui l'avaient assistée dans son accouchement dans son propre manoir, personne n'était au courant. Personne à part Severus à qui elle avait fait parvenir la nouvelle le désignant comme parrain du premier né, Draco. Lucius devait donc se débarrasser de lui avant qu'il ne soit présenté au monde sorcier. Narcissa aurait pu être éliminée de la même façon mais tous la connaissaient à la cour et c'est sans doute ce qui lui avait sauvé la vie. Lucius ne permettait pas qu'un scandale soit lié de près ou de loin à sa famille et éliminer son épouse reviendrait à faire éclater la vérité au grand jour. Alors, depuis qu'il avait appris la vérité, il avait laissé sa femme dans sa chambre, enfermée et ne lui laissait jamais voir Scorpius, sauf quand l'enfant le lui demandait. Mais à chaque fois, il assistait aux rencontres. Cette odieuse créature ne souillerait jamais le sang de Scorpius. Il y veillerait personnellement.

A la grotte, Draco avait fait beaucoup de progrès. Pour faire plaisir à Odeur Étrange, il avait appris les lettres suivantes et les lui avait montrées. Luna ne s'en était pas rendue compte, mais progressivement, le garçon-loup avait commencé à prendre soin d'elle.

Attentif à son état et à tout changement de températures, il lui offrait sa chaleur et l'installait à l'abri des éléments quand le vent froid soufflait trop fort. Il lui avait montré la source et veillait à ce qu'elle y boive régulièrement, l'accompagnant, la portant sur son dos pour l'aider à grimper les rochers. Les mêmes questions subsistaient toujours. Comment faisait-elle pour chasser en étant si maladroite? Arrivait-elle à se nourrir? Elle lui avait déjà montré les fameux biscuits qu'il avait goutés mais il n'en avait jamais trouvé en forêt. De quel animal ce biscuit pouvait-il bien provenir? Il avait questionné l'alpha mais le gros loup lui avait dit que c'était un secret des deux pattes.

- Draco, tu sais parler? Dis "a".

La jeune fille plongea son regard dans celui de son ami. Il la regardait, l'air interrogateur, la tête légèrement penchée comme le ferait un chien ou un chat. Allait-il essayer? Elle l'avait répété plusieurs fois, espérant qu'il se décide quand, enfin, un son avait franchi ses lèvres. C'était une moitié de "A" grognée mais il ne tarderait pas à s'améliorer. Elle lui avait fait répéter plusieurs fois avant de l'applaudir, lui arrachant un hurlement de joie au milieu des louveteaux qui n'y comprenaient rien.

Puis ils avaient joué quelques temps avant que le vent ne les force à se mettre à l'abri, au calme, pour apprendre d'autres lettres. Il allait falloir beaucoup de temps à Draco pour apprendre mais il était très enthousiaste et faisait preuve de bonne volonté. Souvent, Luna était tant absorbée par ses progrès qu'elle ne voyait pas le temps passer et se faisant surprendre par les louveteaux qui se nichaient dans les grottes pour dormir. Dans ces cas-là, quand elle était fatiguée ou qu'il faisait froid, Draco la portait sur son dos et, avec sa vitesse, ils atteignaient l'entrée de la barrière magique en quelques minutes.

Cette nuit-là, Luna ne dormit pas. Quand il l'avait raccompagnée, il l'avait prise dans ses bras, maladroitement dressé sur ses deux jambes et avait glissé ses bras autour de sa taille, reniflant sa chevelure avant de frotter son visage contre le sien, joue contre joue. Qu'avait-il voulu faire? Était-ce une marque d'affection? Ce geste pourtant si simple l'avait surprise. Il l'avait serrée contre lui, avait effleuré sa joue, lui avait même donné un coup de langue en signe d'au revoir et il lui avait pris la main quand il l'avait déposée au sol, quelques mètres avant la barrière, afin qu'elle ne tombe pas. Draco avait changé. Leur relation changerait-elle? Non, quelque chose lui disait qu'elle pouvait avoir confiance en lui. Il avait la même énergie que sa mère, la même que la sienne. Non, il ne pouvait pas être une personne mauvaise. C'est ainsi qu'elle passa la nuit, roulée en boule sous sa couverture, se tournant dans tous les sens, espérant que Morphée vienne la chercher alors qu'à plusieurs centaines de mètres de là, Draco était couché, les mains derrière la nuque, contre le dos de mère Louve, repensant à son amie. Il aimait bien Odeur Étrange. Elle faisait partie de la meute. De sa meute. Il sourit, ferma les yeux et s'abandonna enfin au sommeil alors qu'à quelques pas de là, l'alpha le couvait du regard. Coeur de Lune avait bien grandi.

Note d'auteur : j'ai galéré comme pas possible pour vous écrire ce chapitre mais j'espère qu'il vous plaira néanmoins ! J'attends vos avis en commentaires ! A la semaine prochaine !

Ps : Félicitation, Elwenn, tu avais trouvé ! Tu vois que tu n'es pas si nulle en hypothèses !