Je remercie Solyano et Emelynn21 pour leurs reviews ! Merci pour votre soutien !

Réponse à Emelynn21: Un peu de patience l'histoire va vraiment prendre un tournant à partir du chapitre 14! ^^ Concernant tes pensées, eh bien... Je peux pas trop en dire pour le moment XD mais tu te rapproches de l'idée...

Voilà le chapitre de la semaine ! ~('-'~) ~('o')~ (~'o')~ ~('o')~ ~('-'~)


Chapitre 12

Nouveau départ

Finalement un mois après être parti de Peshawar, voilà qu'ils y étaient revenu. Il fallut plusieurs jours pour repousser et défaire l'armée de Turân. Leur faire reconnaître la défaite ne fut pas facile, cela fut sanglant même. Ghîb aussi fit son retour, mais il portait une mauvaise nouvelle : l'épée Luqnabahd était tombée aux mains des lusitaniens. Narsus l'y avait envoyé pour récupérer l'épée, symbole du pouvoir Parse. Seulement d'autres aussi avaient eu cette idée. Sur le chemin Ghîb avait dû affronter le Masque d'argent, mais il s'en était sorti sans trop de problème et était arrivé au bon moment. C'est dans la salle du trône que Ghîb raconta toute son aventure et apprit ce qui était arrivé depuis son départ. Plusieurs semaines défilèrent, ils étaient de nouveau prêt à partir seulement une nouvelle inattendue vint bouleverser leurs existences : le roi Andragoras était de retour.

Arslan fut sous le choc, son Père se tenait devant lui bien vivant ! Son emprisonnement avait laissé des marques, il était couvert de cicatrices et avait maigri. Le prince fut malgré tout soulagé de voir son Père sain et sauf, bien qu'il s'attendait à ce que ce soit tous sauf réciproque. Il pensait même se faire sermonner, et le regard que lui lançait son Père n'annonçait rien de bon.

Tous les seigneurs s'étaient réunis dans la salle du trône et attendaient une annonce du roi. L'atmosphère avait bien changé en peu de temps, les jeunes généraux regrettaient déjà le temps où le prince siégeait dans le trône et les félicitaient pour le travail qu'ils accomplissaient.

« Je suis soulagé Père de vous savoir en vie, nous étions tous très- Commença le prince.
- Sais-tu que le pouvoir militaire n'appartient qu'au roi n'est-ce pas ? De plus un oméga n'a pas sa place à la tête d'une armée… C'est une grave trahison, Arslan!
- … Le prince ne savait que répondre, il s'attendait à ce que ça fasse mal mais pas à ce point.
- Votre Majesté ! N'est-il pas normal que le prince héritier agisse au nom du pouvoir royale ? Intervint Daryûn. Quel crime son Altesse a-t-il commis ?
- Messire Daryûn ! Vous opposez à sa Majesté le roi est un manque de respect ! Abstenez-vous ! Répliqua Arslan. Il ne voulait pas que Daryûn ait à nouveau des problèmes.
- Puisque tu as montré de si grandes qualités à diriger et afin de restaurer notre royaume de Parse, rassemble une nouvelle armée… Tant que tu n'auras pas cinquante mille hommes, ne te présente plus devant ton roi. »

L'assemblée se glaça : c'était un exil déguisé ! Les plus anciens se résignèrent connaissant le caractère du roi mais les plus jeunes étaient totalement révoltés. Le prince aurait dû recevoir des louages et des félicitations pour ses faits d'armes ! Il avait protégé Parse des attaques ennemies et avait déjà regroupé une armée prête à reprendre la capitale. Certains bouillonnaient de colère, le prince avait tenu son rôle malgré son genre si bien que la plupart ne le voyaient plus juste comme le prince oméga qu'il fallait protéger. Il prenait les armes, menait ses hommes, n'hésitait pas aller en première ligne, il avait peut-être le cœur trop tendre mais son naturel gentil faisait que ses hommes le suivraient n'importe où et se battraient pour lui.

« Votre Majesté, nous ferons de notre mieux avec nos maigres moyens pour vous satisfaire, déclara Narsus.
- Daryûn et Narsus, vous faîtes parti de mon armée, Arslan partira seul !
- Mais- ! Voulu protester Daryûn.
- Daryûn, souffla Narsus en l'attrapant par le bras. Il lui fit signe de se taire alors qu'une voix s'élevait derrière eux.
- Votre Majesté, dit Arihas en se rapprochant du prince et s'inclinant humblement devant le roi. Si je puis me permettre je ne fais pas partie de l'armée… Je ne suis que le précepteur du prince alors… Si vous le permettez, serait-il possible que je puisse accompagner le prince ? »

Arslan resta bouche bée, il avait l'impression de voir une autre personne. Arihas se montrait totalement soumis face au roi, lui offrant une mine de chien battu. Il entendit un bruit derrière lui. Il jeta un coup d'œil rapide mais il n'était pas sûr de ce qu'il avait vu : Daryûn avec une aura meurtrière et Narsus surpris qui tentait de le calmer. Il regarda à nouveau son Père qui fixait intensément Arihas. Il hésitait mais à sa plus grande surprise il vit Arihas baisser les yeux et pencher légèrement la tête sur le côté en guise de soumission.

« Je vous y autorise, tâchez de préparer rapidement vos affaires vous partirez dès ce soir.
- Bien Votre Majesté, le remercia Arihas. »

Le roi déclara l'assemblée terminée et demanda à Kishward de le rejoindre plus tard dans ses appartements. Arslan et Arihas devaient s'occuper immédiatement des préparatifs pour leur départ. Ils n'avaient pas le temps de s'entretenir avec les autres, mais Narsus réussit à glisser un léger : « Bien joué le coup de la veuve éplorée ! » à Arihas qui lui offrit un sourire en coin.

Arslan était dévasté bien qu'il essayait de chasser ça de ses pensées. Il ne s'attendait pas à grand-chose de la part de son Père mais au moins un léger compliment déguisé au milieu de ses critiques habituels : « je n'avais pas d'attentes trop élevé pour toi mais ce n'est pas trop mal pour une fois » même ça, cela lui convenait. S'il réagissait ainsi cela ne voulait-il pas confirmer qu'il était bien un enfant illégitime comme l'avait sous-entendu Bahman? Il ne voulait pas y penser, il ne voulait pas penser ainsi. Si c'était vrai alors… Il sentait le sol s'effondrer sous ses pieds, il chercha Arihas du regard. Il comprit et se dépêcha de conduire le prince jusqu'à sa chambre. Il s'effondra aussitôt dans les bras d'Arihas. Il le garda ainsi dans ses bras jusqu'à ce que le prince s'écarte de lui-même. Il était bien plus pâle que d'habitude et tremblait tout entier.

« Votre Altesse, vous allez mieux ? Demanda-t-il.
- Pour tout dire… Je ne sais pas… Je-Je ne sais plus… Si-si mon Père fait ça c'est qu-que, bégaya-t-il, il-je ne suis pas…
- Calmez-vous votre Altesse, dit-il en lui caressant les cheveux. Respirez calmement…
- Arihas ! Pleura le prince en se jetant sur lui. »

Il ne s'y attendait pas, le prince se mit à sangloter dans ses bras. Arihas le serra contre lui, il n'aimait pas voir le prince ainsi. Cela lui faisait mal de le voir dans cet état, à force il avait fini par le considérer comme l'enfant qu'il n'avait jamais eu. Il ne devrait pas faire ça. Il s'attachait beaucoup trop au prince mais quand il voyait le comportement de ses parents envers Arslan il ne pouvait s'en empêcher. C'était plus fort que lui, l'instinct paternel surement. Il le garda dans ses bras le temps qu'il se calme. Depuis combien de temps maintenant ne c'était-il pas retrouvé dans cet état ? La dernière fois devait être lorsque le prince avait commencé sa puberté. Arslan s'accrochait à lui désespérément, laissant ses larmes coulaient sans aucune retenu. Il lui fallut plusieurs minutes encore avant de se calmer mais il resta malgré tout collé contre Arihas. Il ne voulait pas rompre le contact physique avec lui, le sentir près de lui le rassurait et l'aidait à se calmer.

« Mon Père me fait confiance pour lui ramener une armée, autant ne pas le décevoir…
- Vous avez raison… Allez nous devons nous préparer votre Altesse !
-Attends ! Est-ce que… On peut rester encore un peu comme ça ? Demanda le prince.
- D'accord. »

Arihas entendit le tutoiement, il ne l'avouerait pas mais cela lui fit plaisir. Arslan semblait avoir retrouvé son calme ainsi qu'une excuse pour son Père. Tant mieux si cela l'aidait à avancer. Arihas n'était pas dupe, il savait que le prince connaissait les vraies motivations du roi à l'exiler mais il n'avait que quatorze ans et venait de passer des mois éprouvants. Au lieu de tomber sur des parents aimants ou au minimum aimables, il avait des parents froids et distants. Et maintenant son Père le bannissait ce qui confirmait les doutes qu'ils avaient et le peu d'intérêt qu'il lui portait. Le prince finit par s'éloigner d'Arihas mais il ne lâcha pas ses mains pour autant :

« Tout à l'heure… Dans la salle du trône face à mon Père, vous sembliez si… Différent de d'habitude.
- Excusez-moi d'avoir dû jouer ce rôle… Vous pouvez me croire ce n'était pas facile, mais en me faisant passer pour un oméga totalement soumis et sans grand intérêt pour le roi, il ne pouvait pas refuser ma demande… Ce n'était pas beau à voir n'est-ce pas ?
- C'était vraiment étrange… Et puis je ne sais pas si ça a un rapport mais Daryûn était très en colère.
- Il ne devait pas apprécier le fait que sa Majesté ne l'autorise pas rester à vos côtés. »

Il ne savait pas quoi répondre d'autre. Il ne voyait pas pourquoi d'autre Daryûn aurait pu se mettre en colère. Il ne pouvait y avoir d'autres raisons de toute manière.

Arihas s'activa à préparer les bagages et conseilla au prince de se reposer. Il dût se montrer insistant pour qu'Arslan cède enfin et aille dormir un peu. Au détour d'un couloir pour aller vérifier leurs provisions, il croisa Elam qui au cours d'une banale conversation lui glissa des informations sur la situation. Ils étaient tous sous surveillance. Des gardes étaient postés devant les chambres de Narsus et Daryûn, et leurs moindre mouvements étaient épiés et surveillés. Cependant il le rassura, Narsus trouverait une solution et ils se débrouilleraient pour les rejoindre le plus rapidement possible.

Le soir arriva et Arslan dût se résigner à partir mais il eut un pincement au cœur en ne voyant personne pour lui dire au revoir. Certainement un ordre de son Père, ou bien il les avait réunis pour un conseil. Il essaya de rester positif malgré l'ampleur de sa tâche, heureusement Arihas serait avec lui. Il n'était pas complètement seul. Ils partirent tous les deux sur leurs montures dans un silence pesant, les soldats osaient à peine les regarder. Ils passèrent sous la herse et ils s'élancèrent dans les pleines.

Narsus observa de loin leur départ au travers des fenêtres de sa chambre. Ils mettraient leur plan en action à la tombée de la nuit, il devait rester au moins cinq heures à attendre. Il se tourna vers Daryûn qui semblait toujours énervé de ce qui c'était passé. Narsus savait qu'il lui manquait un épisode pour comprendre totalement l'état de son ami. Apprendre qu'ils ne pourraient accompagnés le prince l'avait particulièrement contrarié mais lorsqu'Arihas était intervenu il était sorti de ses gonds. Il n'arrivait pas cerner le problème : tout le monde avait compris qu'Arihas jouait la comédie pour que le roi ne puisse refuser sa demande. Certes ils avaient eu l'impression de voir une autre personne mais il ne voyait pas où était le problème de son ami. Même Kishward en face d'eux avait lancé un regard interrogatif vers lui. Narsus n'était pas sûr de ce qui était arrivé mais il avait cru discerner un léger sourire moqueur du roi envers Daryûn. Le roi avait pris le temps de réfléchir à la demande d'Arihas -ça aussi s'était étonnant- on aurait dit qu'il avait compris le problème de Daryûn et qu'il souhaitait prendre le temps de jouer avec ses nerfs. Depuis son ami s'était calmé mais on pouvait toujours percevoir un profond agacement. Tout grand stratège qu'il était, il ne savait pas comment aborder le problème, attaque frontale ou détournée ?

Au fils des heures Arihas voyait le prince se décomposer totalement. Il essaya de le faire parler pour lui changer les idées. Il lui parla de leur destination : Ghiran, c'était un bon endroit pour commencer. Il lui décrivit la mer, des paysages nouveaux et de nouvelles saveurs, cela attisa la curiosité du prince qui se mit à le questionner. Ils purent échanger un bon moment et finirent par parler de tout et de rien. Arihas fut content de voir que cela avait détourné l'attention du prince.

La brise se rafraichit peu à peu et Peshawar était maintenant hors de vue. Ils trouvèrent un endroit abrité et s'y installèrent pour la nuit. Le prince fut à nouveau rongé par le doute, pouvait-il seulement faire ce que son Père lui avait demandé ? Pourrait-il devenir le roi que tout le monde espérait qu'il devienne ? Il ne savait pas s'il possédait la force de le faire mais tout le monde comptait sur lui, il ne pouvait pas les décevoir. Il devait y arriver pour le bien de son peuple et pour l'avenir de son pays, il ne devait pas baisser les bras. Il fallait qu'il continue ! Depuis la prise de Saint-Emmanuel il sentait le poids de ses responsabilités peser sur ses épaules. Il était fier qu'on lui fasse confiance, qu'on le reconnaisse pour son engagement mais au fond… Il avait peur. Il avait peur de les décevoir, il avait peur qu'un jour il soit incapable de se faire obéir et que ceux qui l'avaient soutenu ne se retournent contre lui. Qu'ils se moquent de son idéalisme et qu'ils lui rappellent qu'il n'était rien. Qu'il était juste un oméga et que s'ils le suivaient c'était uniquement à cause de l'ombre de son Père toujours présente et dans leur propre intérêt.

Et surtout maintenant que son Père était revenu, n'allait-il pas annoncer ses fiançailles ? N'est-ce pas ce qu'il avait dit à Atropathènes ? Cela le terrifiait : il serait marié à un inconnu et devrait faire sa vie avec lui. Et si son Père décidait de lui confier le pouvoir plutôt qu'à lui… Non c'était certain qu'il le confierait à son époux mais dans ce cas pourrait-il avoir son mot à dire ? Son mari l'écouterait-il ? Mettrait-il en place son décret ? Est-ce qu'il aurait la moindre influence sur la politique de son pays ? Il ne serait plus libre de gouverner et ses amis qui comptait tant sur lui seraient très déçus. Parse resterait comme elle l'a toujours été. Son Père choisirait forcément quelqu'un en qui il a confiance et qui partage les mêmes valeurs que lui, une personne qui suivrait la même ligne de conduite. Et si jamais il lui ressemblait… Peut-être que leur relation serait identique à celle de ses parents, aussi bien il le haïrait et refuserait de le voir. Il se retrouverait à rester seul dans ses appartements incapable de faire quoi que ce soit pour améliorer son pays. Il ne viendrait le voir que parce qu'il a besoin d'un héritier ou parce qu'il est en chaleur.

Arslan ne voulait pas d'une vie comme cela, il ne voulait pas finir comme ça… Ce n'est qu'à ce moment qu'il vit le visage inquiet d'Arihas penché sur lui mais il le trouvait étrangement flou :

« Votre Altesse, vous m'entendez ? Que vous arrive-t-il ? Demanda-t-il.
- Arihas, je… Est-ce que je serais obligé de me marier ? Dois-je forcément avoir un alpha ? Ne puis-je pas rester seul… Comme ça je pourrais gouverner sans tutelle, n'est-ce pas ?
-Votre Altesse… En effet vous n'êtes pas obligé de vous marier mais je crains que vous ne puissiez rester seul toute votre vie sans alpha… »

Arihas ne savait pas comment le rassurer, il voyait le visage du prince se déformer par le chagrin.

« Vous savez tous les alphas ne sont pas comme votre Père, Sir Daryûn est quelqu'un de bien n'est-ce pas ? De même que Vahriz ou bien Kishward…
- Mais tant que mon Père sera là, je ne pourrais rien faire et puis il va certainement chercher quelqu'un qui pense comme lui… Si jamais ça se passe mal… Avec lui et que… Ça devient comme Père et Mère et que… Je ne… »

Le prince se mit à pleurer, Arihas le prit dans ses bras. Il avait l'impression que cette scène était un peu trop familière. Il n'aimait pas voir le prince ainsi. Il aimerait que cette situation ne se reproduise plus mais il savait que cela risquait de recommencer. Le prince était de nouveau chamboulé et cette fois ses doutes ne concernaient pas que son Père, le roi mais son avenir. Malgré ça il continuait à se préoccuper d'eux, il les plaçait d'ailleurs avant lui. Il s'inquiétait de ne pouvoir réaliser ce qu'on attendait lui… Le prince subissait beaucoup de pression. Arihas n'avait jamais pensé que le prince pouvait le prendre autant à cœur et qu'il essaierait de tout gérer tout seul.

« Votre Altesse… Vous ne devriez pas vous mettre tant de pression sur les épaules… Vous avez beaucoup de responsabilités certes, mais nous aussi là pour vous aider ! Parlez-nous au lieu tout garder pour vous, nous pouvons trouver des solutions ensemble vous savez ! »

Le prince acquiesça silencieusement mais resta blotti dans les bras d'Arihas. Il n'avait pas envie de s'en éloigner :

« J'ai peur que, sanglota-t-il, que… Je ne sais pas mais quand j'étais enfant j'ai toujours imaginé une famille… Une famille heureuse et nombreuse… Enfin à cette époque-là je ne pensais pas que ce serait moi qui… Porterait mes enfants… Je n'ai pas envie que ça finisse comme mes parents...
- Je comprends pourquoi vous avez peur, ce n'est pas facile de se faire à l'idée qu'on peut épouser un inconnu mais des fois on peut avoir de bonne surprise.
- Des fois… Murmura-t-il. Arihas je suis désolé de vous avoir autant inquiété aujourd'hui…
- Tout le monde a des jours avec et des jours sans vous savez, nous ne sommes que des humains pas des dieux. »

Arihas lui caressa les cheveux distraitement. Arslan se sentait mieux. Il se laissa aller contre lui et posa sa tête contre son cou. Les cheveux bruns d'Arihas caressèrent son visage et son odeur était rassurante. Il se sentait bien contre lui. Il aimerait rester comme ça encore un peu. Il se hasarda à poser une question qu'il n'avait jamais osé lui demander :

« Arihas, Je peux vous demander… Quelque chose de personnel ? Murmura-t-il.
- Hum… Il hésita, oui ?
- Vous n'avez pas eu d'enfant ? Enfin je ne veux pas vous embarrasser, vous n'avez pas répondre, déclara le prince se rendant compte que sa question était vraiment très personnel.
- Non en effet, dit-il tristement. Quand j'étais plus jeune l'idée de porter un enfant… Dans mon ventre m'horrifiait complètement ! S'exclama-t-il. Mais avec le temps je… Il s'arrêta quelques instants avant de reprendre, j'aurais bien aimé en avoir au moins un. Je sais que Kahzac aurait vraiment aimé, dit-il tristement. Malheureusement nous n'avons jamais pu en avoir malgré de nombreuses tentatives, sourit-il.
- Vous savez je suis sûr que vous auriez été un bon père, à vrai dire j'aurais aimé avoir quelqu'un comme vous dans ma famille, rougit-il.
- Sans vouloir vous paraître flatteur, j'aurais bien aimé avoir un enfant dans votre genre : gentil et adorable, dit-il en lui ébouriffant les cheveux. »

Arslan devint encore plus rouge et se cacha un peu plus dans le cou d'Arihas. Il lui fallut quelques minutes pour réaliser. Il s'écarta soudainement d'Arihas :

« Je suis désolé ! Je ne devrais pas me coller ainsi à vous, dit-il gêné.
- Ce n'est pas grave voyons ! Si cela m'avais dérangé je ne vous aurez pas gardé dans mes bras, répondit-il avec un grand sourire.
- Hum… Le prince baissa la tête un peu penaud. Est-ce que du coup… Enfin je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse mais…
-Allez ! Venez là, sourit-il en ouvrant les bras. »

Arslan ne se fit pas prier pour revenir contre lui, il n'avait l'habitude de ce genre de contact. Au palais c'était tout juste si ses serviteurs osaient croiser son regard et même Maître Vahriz n'avait jamais montré de gestes affectueux. Une fois il avait surpris Vahriz à vouloir lui frotter la tête mais il avait immédiatement arrêté son geste et fait comme si de rien. Arslan avait agi comme s'il n'avait pas vu mais au fond ça l'avait rendu un peu triste. Son titre mettait une barrière entre lui et le reste du monde. Ses parents pouvaient la franchir mais c'était tout juste s'ils supportaient sa présence. Arihas était le seul qui osait faire ça. Quand il se sentait triste il faisait toujours un petit geste et lorsqu'il n'allait vraiment pas bien comme aujourd'hui il le prenait dans ses bras. Des fois il hésitait à lui demander s'ils pouvaient, juste quelques instants, oublier leurs rangs et faire comme s'ils étaient des membres d'une même famille. S'ils pouvaient se parler librement sans mettre de distance, un jour peut-être il lui demanderait… Ou bien devrait-il le faire maintenant ? Il ne savait pas trop.

« Arihas… Murmura-t-il.
- Oui Votre Altesse ?
- Pourriez-vous m'appeler par mon prénom ? »

Arihas resta sans voix, il ne s'attendait pas à ça ! Il voulut protester, dire que ce n'était pas possible, qu'il n'oserait jamais faire ça, que c'était un manque de respect envers un membre de la famille royal ! Mais en voyant la mine du prince il ne pouvait pas lui dire ça… Il semblait tant espérer une réponse positive qu'il ne savait que répondre. Il réfléchit à une solution qui pourrait les satisfaire tous les deux. Il ne se voyait pas appeler le prince par son prénom sans aucun titre devant tout le monde, alors peut-être juste quand il ne serait que tous les deux ? Le prince fut déçu de ne pas avoir de réponse, il espérait mais… Il savait que ce qu'il demandait n'était pas évident, beaucoup lui aurait déjà dit que c'était impossible, inimaginable même !

« D'accord mais lorsque nous sommes seul et si … Vous me tutoyez ! Déclara Arihas.
- C'est vrai ? S'exclama le prince. Vous voulez bien… Hum, tu veux bien ? Se reprit-il gêné.
- Bien sûr que c'est vrai… Arslan, dit-il tout aussi embarrassé. »

Il ne s'attendait pas à une telle réaction de la part du prince, il était aux anges. C'était assez gênant et étrange d'appeler le prince sans mettre aucun titre mais il fut assez content de son compromis. Il ne pouvait se montrer plus familier avec le prince s'il ne faisait pas de même.

Sans s'en rendre compte, ils finirent par s'endormir ainsi. Ce n'est qu'aux premières lueurs du jour quand Arihas se réveilla qu'il le remarqua. Pourtant il n'osa pas réveiller le prince qui était profondément endormi contre lui, il devait bien l'avouer… À lui aussi cela lui faisait plaisir.

Il entendit des bruits de sabots au loin qui se rapprochaient. Il réveilla alors le prince pour qu'il se tienne prêt. Les voleurs étaient nombreux dans la région. Arslan à peine réveillé, se tenait déjà prêt à accueillir les visiteurs. Il ne put retenir un cri de surprise quand il entendit Azrael et qu'il aperçut son ombre dans le ciel. Il vit alors les silhouettes des cavaliers apparaître au milieu d'un nuage de poussière, il crut rêver lorsqu'il les reconnut enfin. Il se mit à crier leurs noms, fou de joie. Daryûn, Narsus, Elam, Alfreed, Faranghîs, Ghîb et Jaswant, ils étaient tous là. Il sentit les larmes lui montaient aux yeux mais ce n'était pas de la tristesse. Au contraire même, il était ravi de les voir.

« Votre Altesse, commença Daryûn, nous sommes prêt à entendre vos reproches pour avoir désobéi aux ordres de sa Majesté, le roi.
- Pff… Que le ciel me punisse si je devenais aussi isolent ! S'exclama-t-il. Je suis heureux de vous revoir mes amis ! Et je vous en remercie, sourit-il.»

Ses compagnons échangèrent un sourire face aux paroles sincères du prince. Eux aussi étaient heureux de le retrouver. Arihas laissa échapper un petit soupire avant de leur sourire à son tour. Il croisa quelques instants le regard de Daryûn. Il semblait soulagé de voir que le prince allait bien et qu'ils ne leur étaient rien arrivés durant la nuit.

Arslan leur demanda comment ils avaient fait pour s'échapper de Peshawar et Ghîb prit le temps de tout raconter en enjolivant un peu les choses. Leur petit stratagème, les petits groupes qu'ils avaient formés, à quel point il était mécontent de ne pas avoir était avec Dame Faranghîs… Cela fit rire le prince de voir que Ghîb serait toujours égal à lui-même. Et Daryûn était toujours là pour le reprendre pour qu'il cesse d'ennuyer le prince avec ses histoires. Elam prépara le petit-déjeuner. Ils devaient prendre la route aussi vite que possible car la route serait longue jusqu'à Ghiran. Bien qu'ils soient en petit groupe et qu'ils puissent avancer rapidement, il faudrait une dizaine de jours pour arriver à Ghiran en chevauchant toute la journée. Alors ils ne devaient pas perdre de temps.


Alors ce chapitre plein de larmes?

Pauvre Arslan je le tyrannise...

Voyez-vous les changement qui se profilent à l'horizon concernant certains personnages? :D