Champagne et Chocolat
Francis ne pouvait pas dire ce qui était le pire dans cette attente. Le froid mordant, la boule d'anxiété dans son estomac, le caractère surréel de sa présence ici et de ce qu'il y faisait. Il avait passé les trois derniers jours à organiser ceci, avait liquidé toutes ses économies là-dedans et il n'arrivait toujours pas à croire qu'il ait réussi à le faire. Mais en même temps, il ne le regrettait pas. Après tout, quelle meilleure manière de prouver à Matthew que Francis était sérieux à son propos ? Pour lui prouver qu'il l'aime et veut ce magnifique Canadien dans sa vie ? Mais si Matthew disait non… S'il partait… Oh, mon Dieu, s'il se moquait de lui… Francis prit une grande respiration et essaya d'empêcher sa propre imagination sabordeuse de lui sortir d'autres possibilités terribles. Il se frotta les mains et se concentra sur le positif – hey, si tout foire, au pire, tu pourras le voir comme une bonne opportunité commerciale. Francis se déplaça sur le banc horriblement froid et inconfortable et regarda à travers le faible éclairage. En fait, il n'avait pas encore conscience du pire dans cette attente nerveuse et froide : la personne qui lui tenait compagnie.
« Tu t'amuses déjà, darling ? »
Arthur ricana derrière son canevas. Il enfilait violemment les fils dans ce qui ressemblait au couvercle d'une théière rose clair. « Me darlingue pas, frog. Je suis seulement là pour supporter moralement Matthew quand il va inévitablement te rejeter. »
Francis ne put s'empêcher de rire. Il était rassuré que certaines choses ne changeraient jamais. « O combien ta particulière marque de fabrique d'optimisme vicieux et tes coups de couteaux dans le dos m'ont manqué, Arthur. »
Arthur lui lança un regard de dérision. « O combien je pourrais te retourner le compliment. Oh, attends – non, je ne le fais pas. »
Francis haussa juste les épaules, tapa des pieds sur le sol et observa à nouveau le hall noir, vide et putain de gelé. Son estomac se nouait et le silence le rendait fou. Il avait besoin d'une distraction. « Alors, qu'est-ce que tu fais à présent, darl- Arthur ? A part crécher avec le plus connu des quaterbacks d'Amérique ? » Francis lui fit un petit salut. « Bien joué, mec. »
« Je suis propriétaire d'une librairie. » Arthur lui retourna le geste avant d'y regarder à deux fois. « Santé ».
« Une librairie ? » Francis bougea la tête en réfléchissant et tapa des doigts sur le banc. « Adorable. Approprié. Est-ce que tu as toujours cette énorme collection de pornographie Victorienne ? »
Les mains d'Arthur devinrent maladroites et son canevas lui échappa. « Ces livres servaient à des recherches historiques uniquement ! »
« Recherches » Francis répéta en doutant énormément. « Rien de… personnel, bien sûr. »
« Bien sûr que non ! » Arthur prenait rapidement une intéressante teinte de rouge. « Et la collection n'était pas si énorme que ça ! »
« Il me semble qu'il y avait une étagère pleine. »Francis répondit innocemment.
Les jointures des doigts d'Arthur, tenant les aiguilles, étaient blanches. « Il n'y a jamais eu d'étagère entière ! »
Francis s'empêcha de pouffer de rire. Oh, c'était trop facile… « Lourds, bien feuilletés et comprimés tomes avec des vierges et des incestes et des vigoureux et bien montés gentlemen britanniques, conquérant et déflorant et… »
Une aiguille se brisa. « RECHERCHES ! »
Francis eut un sourire en coin. « Il n'y a pas de quoi être embarrassé, darling, on a tous nos fantasmes. »
Arthur le dévisagea farouchement, sortant de son sac une nouvelle aiguille à tricoter. « Des marins, comme par exemple ? »
Le sourire de Francis se fana immédiatement. Trop cher payé la distraction. « Si j'entends encore un mot à ce sujet… » il marmonna irrité.
Silence encore plus inconfortable, à cause du claquement furieux des aiguilles d'Arthur. Une fois encore, l'esprit de Francis commença à tourner à plein régime. Il lui fallut cinq minutes pour remarquer qu'il rongeait ses ongles manucurés. « C'est fou, hein ? » Il n'était pas sûr de savoir à qui il s'adressait. « Dis-moi, honnêtement, c'est dingue. »
Arthur arrêta son tricotage. « Honnêtement ? »
Le cœur de Francis sombra. « Oui. »
« C'est dingue. »
« Merde. » Francis plongea sa tête entre ses mains, découragé. « Qu'est-ce que tu ferais, Arthur ? Comment réagirais-tu si quelqu'un faisait ceci pour toi ? »
« Ceci ? » Arthur regarda autour de lui ostensiblement. « En connaissant le mec que depuis une semaine ? J'aurais la trouille, naturellement, et je courrais comme si l'enfer était à mes trousses. »
Francis se sentit mal. « Dieu au secours… »
Arthur resta silencieux encore un instant. « Tu es nerveux », il dit finalement. Il semblait surpris.
Francis agita ses mains dans les airs. « Bien sûr que je suis nerveux ! Et si Matthew ne me croit pas ? Et s'il se retournait et partait ? Pourquoi je te demande d'abord, qu'est que c'est… S'il me crache à la figure, Arthur ? »
Arthur semblait trop ravi par le dernier scénario. « Tu le surmonteras, vieille crevure. Et puis, regardes le bon côté des choses – tout le monde se sentira mieux. Sauf toi, bien sûr, mais c'est une moindre conséquence. »
« T'es vraiment qu'une petite merde. »
« Et tu es arrogant, Lothario*(*Don Juan anglais) fanfaronnant. » Arthur cherchait vicieusement la prise de bec avec Francis. Mais au lieu de continuer, il laissa échapper un long soupir et pencha sa tête, ses yeux s'étrécissant en l'évaluant. « Eh bien, la plupart du temps. Ce qui fait que ta nervosité est surprenante. En fait, tu aimes Matthew, pas vrai ? »
Francis montra la salle gigantesque pour démontrer jusqu'où il était allé pour son lumineux Canadien. « Et tu le réalises que maintenant ? »
Arthur fronça son front de curiosité. Il semblait même désolé. « C'est tellement difficile de percuter que tu peux te soucier d'autre chose que de ta prochaine baise*. (* il y a jeu de mot suivi, Arthur utilise le mot hard pour difficile, fathom pour percuter, mais ça veut dire aussi pénétrer l'esprit puis à la fin baise…) Je t'ai peut-être sous-estimé. »
La conversation devenait trop aimable au gout de Francis. Il devait briser l'ambiance. « Tu as des regrets, Arthur ? Tu es toujours énervé parce que… » Francis fit naviguer son index entre eux.
« … ça n'a pas marché entre nous. »
Arthur roula les yeux vers le ciel et ricana de colère. « Oh, lâches l'affaire, Francis. »
Francis bougea ses sourcils. « Admets-le, le sexe était bon. ». Arthur le regarda comme s'il en doutait, et Francis se sentit immédiatement indigné. Entres toutes autres choses, il savait qu'il était bon dans ce domaine. Francis était un Dieu foudroyant dans ce domaine. Comment Arthur peut-il insinuer autre chose ? « Quoi ? »
Arthur mit son canevas contre lui, se rassit sur le banc et fixa Francis avec un regard pénétrant. « Dis-moi. As-tu déjà couché avec une personne dont tu es amoureux ? »
« Uh… » Francis avait besoin d'y réfléchir. Il y pensa pendant un long moment. Il était presque embarrassé de répondre. « …non. »
« Oh, Francis. » Arthur semblait trop suffisant alors qu'il secouait sa tête et riait. « Attends encore pour voir. »
Coucher avec quelqu'un qu'il aime. Avec Matthew… Cette pensée ramena de la chaleur dans le corps de Francis et il dut se mordre les lèvres. Le mieux serait de ne pas trop penser à la chose là maintenant. Il devenait horriblement convenant. « Tu réalises que si Matthew me récupère, nous serons comme des beaux-frères au regard de la loi. »
L'expression d'Arthur changea de suffisante à horrifiée en un instant. « Oh, putain de merde. Tu imagines Noël en famille ? »
Arthur buvant tout le brandy pour cuisiner, le magnifique gâteau de Noël fait par Francis étalé contre le mur… « Trop aisément », Francis grogna.
« Je suppose que nous n'avons plus qu'à prier pour le meilleur des mondes. Il ne te reprendra probablement pas. »
Francis rit, tapa dans le dos d'Arthur avec peut-être légèrement trop de force. « Je te déteste, Arthur. »
Arthur grimaça, alors qu'il aurait dû ricaner. « Moi aussi, darling. »
Alfred dormait sur le canapé de Matthew depuis trois jours. Pas que Matthew s'en plaigne, en réalité. Il était en fait très agréable d'avoir quelque chose pour lui changer les idées – même si c'était pour revenir dans sa maison pour trouver sa salle de bain repeinte, ou les murs de sa cuisine pleins de graisse de fritures, ou une petite collection de photographes paparazzi sur le pas de sa porte. Au pire les exploits journaliers d'Alfred donnait une impression de vie aux jours ennuyeux et apathiques du cœur brisé de Matthew. Mais même avec ces petites diversions, Matthew ne pouvait pas s'empêcher de penser à Francis. Sa chaleur, son sourire sexy, sa voix taquine, et cette parfaite et merveilleuse sensation de lien que Matthew ressentait en sa présence. Rien, personne, n'avait autant influencé sa vie ennuyeuse. Il en était presqu'au point de craquer finalement et de courir jusqu'à la pâtisserie pour le supplier de lui donner une sorte d'espoir ou de proximité ou quoi que ce soit.
Parce que, eh bien, … et si Matthew avait tout faux ? Et s'il avait sauté trop rapidement sur la mauvaise conclusion ? Et s'il plaisait vraiment à Francis… et même faisait plus que lui plaire… et si tout ce que Matthew avait entendu pour lui suggérer le contraire était un simple quiproquo ? Mais ces questions étaient inutiles. Rien de plus que des souhaits désespérés. Cette lumineuse, brève romance était terminée, et plus vite il passerait à autre chose, mieux ce serait.
C'était mercredi matin quand une autre diversion débarqua dans le lit de Matthew, sifflotant un air de manière fausse, et ouvrit brutalement les rideaux et lança une lourde veste pour la neige sur le lit. « Habille-toi chaudement, Matt ! »
Matthew roula sur le côté maladroitement, rabattit le drap de sa tête et essaya de comprendre ce qu'il se passait. « Quoi ? Huh ? Qui… Quoi ? »
Alfred était entièrement habillé, dans une veste serrée, des bottes de neige, et assez bizarrement, un pull rose flashy et tricoté. Il regarda Matthew avec cet air bête et chaleureux qui lui était propre. « On sort. J'ai quelque chose à te montrer. »
« A me montrer ? Qu'est-ce que tu as encore trouvé ? » Matthew écarta ses cheveux de son visage et loucha vers son réveil. « C'est 6 heures ! Je dois me préparer à aller travailler ! »
Alfred toussa en ouvrant les portes de l'armoire, attrapant au hasard des poignées de vêtements à porter. « Un jour de repos ne te fera pas de mal. Allez, t'es complétement ennuyeux depuis que j'ai débarqué. C'est le moment d'avoir un peu de courage, dude ! »
Matthew râla et ramena les couvertures sur sa tête. Peut-être n'était-il pas assez reconnaissant d'avoir son frère ici, après tout. « Je ne veux pas être courageux. Je veux aller travailler. »
« Non, tu ne veux pas, tu ne veux jamais aller travailler. » Matthew cria d'indignation quand Alfred lui enleva ses couvertures. « Maintenant, lève-toi, habille-toi… » Alfred lui fit un clin d'œil et envoya un T-shirt en boule sur la poitrine de Matthew. « Et fais-moi confiance. »
L'estomac de Matthew fit une embardée à ces mots. Ça sentait mauvais.
« Alfred, je suis en train de flipper sérieusement ici… »
Matthew était aussi en train de sérieusement regretter d'avoir laissé Alfred l'entraîner là-dedans. La marche avait semblé franchement innocente sur le départ, jusqu'à un tournant inattendu dans une ruelle étroite et calme de la partie ancienne de la ville. L'appréhension de Matthew avait seulement commencé à prendre de l'ampleur lorsqu'Alfred insista pour qu'ils entrent dans ce grand bâtiment abandonné, juste pour se retrouver dans le noir, le vide, un silence de mort et un froid mordant. Une faible humidité et une senteur poussiéreuse flottaient dans l'air. Matthew avait été habitué, quand ils étaient enfants, par être embarqué par Alfred dans ce genre de choses, mais ils étaient bien trop grands maintenant pour traîner autour de sites en construction. Matthew pouvait presque voir Alfred dans l'obscurité, et son rire odieux résonna dans le vaste silence. « Comme je le disais, Matt – fais-moi confiance ! »
Matthew toussa fortement à cela. Il avait failli trébucher sur une poutre cassée alors qu'il essayait de sauver les apparences avec la folie de son frère. « Te faire confiance ?! Dans quel foutoir m'as-tu fourré ? C'est vraiment stupide, Al. Je sais que tu essaies de me changer les idées un peu tardivement, mais vraiment… »
Soudainement, une seule lumière au-dessus de leurs têtes vacilla. Matthew s'arrêta dans son discours et regarda avec surprise vers la poutre verticale éclairant l'obscurité. Le spot solitaire éclairait un seul objet : un réverbère rétro, forgé dans du bois et de l'acier, avec une petite enseigne accrochée sur le côté. L'estomac de Matthew se tordit dans un étrange mélange d'excitation et de prudence. Il le regarda encore un moment, stupéfait et intrigué, avant que la curiosité ne le submerge et il se dépêcha de se mettre devant l'image brillante.
L'étrange pancarte polie était à hauteur d'yeux. Une rose rouge complexe était ciselée dans le bois, à côté de quatre mots sculptés de manière élaborée : La Patinoire de la Rose. Le cœur de Matthew bondit dans sa poitrine sa gorge devint sèche. Ces mots et ce symbole étaient trop familiers, trop évocateurs de quelque chose qu'il essayait tellement fort d'oublier. Excepté pour un mot… Patinoire…
« Ice rink ? »Dès qu'il prononça ces mots, un plafond entier d'ampoules vacilla et envahit la pièce de leur lumière. Matthew eut besoin de cligner plusieurs fois des yeux avant qu'ils ne s'habituent à la clarté. Graduellement, il découvrit un large hall ouvert autour de lui : quelques rangées de bancs comme dans un stade, un plafond haut et en pente, des murs blancs crevassés. Son sens de la prudence commença doucement à prendre le pas sur sa brève excitation. Si son fichu frère le faisait encore arrêter par la police… « Alfred ? Sérieusement, qu'est-ce que… » Matthew fit un tour d'horizon à la recherche de son frère, juste pour se rendre compte, avec un estomac qui flanche, qu'il avait disparu. Mais juste aux pieds de Matthew…
Matthew se figea. Tout semblait au ralenti, et s'arrêter, et tourner. Sa peau commença à le picoter et son souffle à être saccadé. Pas de problème à ce que soit aussi froid : le sol s'étirait devant lui entièrement couvert de glace. Mais Matthew ne s'inquiétait pas d'où cela venait, ou pourquoi cela lui avait pris autant de temps pour le remarquer, ou comment cette étendue de glace pouvait rester gelée dans ce vieux, brisé et visiblement abandonné bâtiment. Tout ce qu'il pouvait voir, avec un léger halètement et un soudain éclair de compréhension, c'était que la glace était couverte d'une couche rouge lumineuse. Une couche de pétales de rose. « Oh mon Dieu… »
Matthew releva le regard lentement, ses yeux s'étrécissant et sa tête devenant plus légère. A ce moment précis, une silhouette émergea d'entre les bancs sombres à l'opposé et glissa sur la glace. Le cœur de Matthew se serra. Il ne pouvait pas bouger, pouvait difficilement penser, pouvait difficilement croire à ce qu'il se passait et que ce n'était pas une sorte de rêve qu'il aurait pu faire à n'importe quel moment ces jours-ci, planqué dans son canapé et couvert de sirop d'érable.
« Francis. » Matthew murmura le mot non souhaité sur ses lèvres, sans un souffle et stupéfait.
Francis était encore insupportablement beau, parfaitement équilibré et sexy de manière frustrante alors qu'il glissait facilement près de Matthew son jean taille basse et ses cheveux blonds tombaient sur ses joues et, bien sûr, une seule rose rouge portée à la main. Il lui sembla qu'il se passait une éternité avant qu'il ne s'arrête finalement de glisser à la lisière de la glace. Il tendit la rose vers Matthew, calme et chaleureux et souriant. « Bonjour, darling. »
Le souffle pris dans la modulation de Francis, la voix taquine fit courir le cœur de Matthew. C'était difficile de croire que cela faisait seulement trois jours qu'il ne l'avait pas vu. Il avait l'impression que c'était une vie entière. « Francis… » il le murmura une nouvelle fois, comme pour s'en convaincre.
La poitrine de Francis se souleva et retomba doucement, alors que son joli visage était toujours aussi calme et joueur que d'habitude. « Mathieu », il lui dit en faisant un clin d'œil.
Matthew dut se mordre la lèvre quand Francis dit son prénom avec cet accent familier et sensuel. Sa main traîtresse trembla du désir de tendre le bras et de le toucher. Mais il se ravisa très vite et se sortit de lui-même de ce brouillard stupéfait et doucereux. « Francis, qu'est-ce que tu fais ? »
Francis regarda vers le sol et tapa de sa chaussure de skate sur la glace. « Du patin, darling. C'est un beau jour pour le faire. »
Matthew sentit un rire incrédule sortir de sa poitrine. « Du patin ? Comment as-tu pu arranger cela ? » Il montra la glace avec confusion. Le bâtiment ne semblait vraisemblablement pas destiné à accueillir une patinoire.
Les yeux bleus dansant de Francis semblaient dévorer Matthew. C'était douloureusement familier, comme si cette affreuse dispute du samedi et les jours suivants de rancœurs n'avaient jamais eu lieu d'être. Matthew pouvait aussi sentir la douce et délicieuse senteur des gâteaux de la pâtisserie, ou des pâtes et du vin près de la rivière. Francis haussa les épaules. « C'est étonnant tout ce que l'on peut accomplir avec une célébrité sportive et un ami dans la démolition. »
« Célébrité sport… » Les mots retinrent l'attention de Matthew. Il regarda de nouveau autour à la recherche de son frère absent. « Alfred t'a aidé ? »
Francis hocha la tête. Il gardait la rose tendue vers Matthew, attendant que Matthew la saisisse. « Il a été vraiment aidant. A côté de cela, il demandait tout le temps des cupcakes, bien sûr. »
Matthew reprit son souffle. Peu importe combien Alfred avait été distrait ces derniers jours… il avait aidé Francis. C'était trop ! Cela voulait dire qu'Alfred faisait confiance au Français, ce qui était un énorme accomplissement de la part de Francis. Cela voulait aussi dire qu'Alfred l'avait fait dans son dos, et Matthew allait le tuer. « Mais… je ne… » Le cerveau de Matthew surchauffait, tournait trop vite pour lui faire garder son calme. Et le magnifique sourire de Francis n'aidait pas du tout. « Attends ! De la démolition ? Ce bâtiment va être démoli ? »
« Avant que je le sauve. » Francis bougea une épaule et se décala légèrement sur ses patins. Matthew était toujours impressionné par sa maîtrise sur eux. « Je pensais étendre ma pâtisserie, après tout. »
« Etendre ? Attends, tu as acheté l'endroit ? » Matthew s'arrêta de respirer. Il avait passé les derniers jours à essayer d'oublier Francis. Après tout, la dernière fois qu'ils s'étaient parlé, Matthew lui avait tourné le dos et était parti, certain que le flirt bref était terminé. Maintenant, il n'en était plus aussi sûr. « Francis, qu'est-ce qu'il se passe ? »
Francis prit une grande respiration, se débarrassa de la rose et prit avec prudence la main de Matthew à la place. La peau de Matthew brûla de ce contact. Avec Francis devant lui, Matthew pouvait seulement réaliser à quel point il lui avait manqué. Et c'était stupéfiant. Il ne pouvait pas trouver une raison de le repousser. « Est-ce que tu vois la petite pièce dans le coin ? » Matthew regarda vers l'endroit que Francis lui indiquait, une petite pièce délimitée par des baies vitrées dans le coin du hall. « Un petit café. Avec du bon café français et des cupcakes veloutés et les meilleurs éclairs de la ville. Et ceci - » Francis tapa le sol avec son patin. « - Bien sûr, il sera plus grand et bien délimité, mais.. »
Matthew gémit. « Patinoire… » Ce qu'il avait toujours voulu ce qu'il avait dit à Francis la semaine dernière près de la rivière. Une petite patinoire, dans un endroit amical, avec des leçons de hockey et de danse et un petit café sur les abords… Maintenant Matthew était plus que stupéfait. Il était complètement étonné. Est-ce que Francis avait fait tout ceci pour lui ? Acheter une patinoire pour lui ? Sûrement que non… C'était trop fou…
« Oui. La Patinoire de la Rose. Une extension de la Pâtisserie. Une idée brillante pour le business, non ? » Francis continua avant que Matthew ne puisse répondre. « Seulement, je ne connais que très peu ce genre de business. Et rien du tout sur la glace. »
« Tu patines bien. » Matthew était trop dérouté pour penser ou dire quelque chose d'autre.
Francis baissa ses yeux et eut un léger haussement d'épaule. « Darling, tu me flattes. J'ai appris ce matin. »
Matthew eut l'impression d'avoir très chaud soudainement en dépit de l'air gelé. « Tu ferais un magnifique joueur de hockey, j'en suis sûr. »
Francis se rapprocha, sa chaleur s'échappant de lui et enveloppant Matthew. « Je me vois plus comme un patineur artistique, personnellement. »
« Bien sûr. » Matthew sourit légèrement, se perdant tout seul dans cette chaleur et ce sourire et ces yeux bleus dansant. « Avec des plumes et des paillettes et une tonne de scintillements. »
Francis soupira, ses yeux brillants. « Fabuleux, darling ! »
Matthew se permit de rire. Oh, cela revenait si facilement. Et combien ceci lui avait manqué, Francis lui avait manqué, la façon dont il se sentait en sa présence lui avait manqué… Mais autant Matthew avait envie de tomber dans les bras de Francis, autant il ne pouvait oublier les événements terribles de samedi soir. Matthew secoua sa tête perplexe et brumeuse et essaya de paraître en colère, ou blessé, ou au moins confus. « Mais qu'est-ce que ça à avoir avec moi ? Est-ce que tu veux un avis sur ton commerce, ou des réductions de taxes ? Je pensais que tu en avais fini avec moi, Francis. Je pensais que c'était terminé. »
A ceci, Francis s'arrêta. Sa prise de main sur celle de Matthew était légère, mais aussi forte… Matthew s'inquiéta du pourquoi il ne le repoussait pas. Le sourire de Francis se fana et son expression devint déterminée. « Oublies ceci, Matthew. » Les sourcils de Matthew se levèrent, mais Francis continua sans se laisser distraire. « Oublies la glace, oublies le café, oublies cette folie et écoute-moi seulement. » Francis paraissait intense et plein d'espoirs, désolé et merveilleux à la fois. Matthew n'avait pas d'autre choix que d'écouter ses mots simple, sérieux et honnête.
« Je te veux, Matthew. Personne d'autres. Toi. Depuis que je t'ai vu entrer dans ma pâtisserie, j'ai su que je ne voulais personne d'autre que toi. Mon Dieu, Mathieu… » Francis ferma les yeux, les ouvrit, soupira comme s'il ne savait pas comment s'exprimer. Finalement, il répéta ses mots, les disant comme s'ils étaient évidents. « Je te veux. »
Comment Francis pouvait le rendre aussi simple ? Matthew pouvait à peine demander une explication. « Chez Gilbert. Ils ont dit… »
« Charlotte – Antonio, Gil… » Francis tourna sa tête brusquement, son expression entre la peine et le rire. « J'ai toujours été honnête avec toi, Matthew. Oui, j'ai eu beaucoup de relations sexuelles. Je ne vais pas le nier. Mais, dans toute ma vie, je n'ai jamais été amoureux. » Francis attrapa les yeux de Matthew dans un regard honnête et électrisant. « Jusqu'à ce que je te rencontre. »
Les mots de Francis se mélangèrent au reste du froid glacial. Par contre, Matthew ressentit un chaud picotement dans chaque partie de son corps. N'était-il pas supposé être en colère ? Il ne pouvait même pas se souvenir pourquoi il devait l'être. Il pouvait seulement ressentir du soulagement et ce qui le reliait à Francis, et la main de Francis comme du feu dans la sienne. Il pouvait seulement le croire. « Tu disais que tu me voulais… » Matthew laissa les mots faire leur chemin.
Les lèvres de Francis étaient si proches. Les mains de Matthew, son sang, tous ses os désiraient que ses lèvres se rapprochent encore. « Oui. De toute les façons. Pas comme un jeu, comme une conquête ou comme une plaisanterie. Pas comme quelqu'un à utiliser et à jeter. Pas ce que tu croyais sans aucun doute l'autre soir, après avoir entendu toutes ces horribles choses, ces choses qui ne veulent rien dire. Non, Mathieu, je veux te connaître. Connaître tout de toi. » Francis leva une main Matthew se jeta presque dessus quand elle vint caresser sa joue. « Je veux savoir ce qui te fait rire, ce qui te fait pleurer. Je veux savoir comment tu soupires, comment tu gémis, quel goût tu as. » Les lèvres de Francis se relevèrent doucement. « Je veux savoir à quoi tu ressembles quand tu te réveilles le matin. Et je veux passer l'éternité à chercher à tout savoir de toi. »
Le sang de Matthew s'enflamma et il sentit la tête lui tourner. Toutes ses préoccupations partirent dans le néant, dispersées comme ce souffle lourd dans l'air glacé. Il ne pouvait pas voir de mensonges dans les yeux de Francis. C'était peut-être trop lent, ou trop rapide, mais c'était ce qu'il avait toujours voulu entendre. Et peut-être c'était stupide et peut-être avait-il tort, mais peut-être c'était le moment le plus important de sa vie, et peut-être Matthew avait juste à y croire. Alors Matthew rendit les armes. Il se porta en avant, enlaça les épaules de Francis et l'entraîna dans une embrassade désespérée et parfaite, comme si c'était la dernière.
Francis laissa échapper un petit gémissement de surprise. Il lui fallut un moment pour répondre et, quand il le fit, ce fut plus intense que ce que Matthew aurait pu espérer ou imaginer. Francis dévorait pratiquement les lèvres de Matthew alors qu'il l'embrassait, enserrant ses bras et sa tête et sa taille, respira vivement et le rapprocha de lui autant que possible. Il oublia forcément qu'il était sur des patins, et fit rapidement un faux pas, et Matthew dut lutter pour le rattraper. Des rires insensés se rencontrèrent entre leurs lèvres. La senteur familière de la lavande et du caramel envoya une délicieuse vague de frissons le long de la peau de Matthew. C'était incroyable de toucher Francis encore, d'être dans ses bras, d'être pressé contre son torse aussi étroitement. C'était bon, c'était comme retourner à la maison.
Francis rit contre les cheveux de Matthew, ses yeux brillants et soulagés et pleins de joie. « Se pourrait-il que ce soit si facile ? »
Matthew secoua la tête, une joie folle faisait des bulles tout autour de lui et rendait sa tête légère avec la parfaite béatitude du parfait moment. « Je ne sais pas. Je n'ai jamais fait cela avant. »
Francis lui fit un clin d'œil. « Est-ce que l'on fait bien ? Qu'est-ce que tu en penses ? »
« Je ne sais pas. C'est important ? » Matthew n'attendit pas une réponse. Il entraîna juste Francis dans un autre baiser, son souffle chatouilla la joue de Matthew et Francis essaya de paraître sérieux. « Non, ce n'est pas important. Ce qui importe c'est que tu le comprennes. » Francis fit courir son pouce sur les lèvres entrouvertes de Matthew. « Matthew, je n'ai jamais ressenti pour personne ce que je ressens pour toi. S'il te plaît, donne-moi une chance de te le prouver. »
« De me le prouver ? Avec du réalisme. » Matthew se souvint de l'endroit où ils se trouvaient. Une patinoire, un café… Sa gorge se serra sa poitrine se souleva. « Tu me demandais… »
Francis l'interrompit et se rua dans des explications. « Tu me l'as dit, la semaine dernière, près de la rivière. Que tu voulais une petite patinoire. » Francis enserra les bras de Matthew fort, le regardant dans les yeux avec ferveur. « Ceci est pour toi, Matthew. Ceci est pour nous. La Patinoire de la Rose. » Francis leva les yeux vers le plafond brillant et au-delà des murs sauvages et défraîchis. « Donne-lui une chance, mon cher. Donne-moi une chance. »
Matthew secoua sa tête d'étonnement, ses yeux étrécis et son cœur battant fort. Francis savait certainement comment le surprendre, et en même temps cela revenait au même – il avait toujours su comment faire sentir Matthew spécial, important et adoré. « C'est la chose la plus énorme, folle et incroyable que quelqu'un ait jamais fait pour moi. »
Francis semblant un bref instant incertain. « Alors, c'est beaucoup trop ? »
« Bien sûr que c'est beaucoup trop. » Matthew baissa ses yeux et rit doucement. « Mais c'est juste toi, n'est-ce pas, darling ? » Il regarda à travers ses cils, respira la présence de Francis. « Francis, je ne peux penser à quelque chose de meilleur que de devenir des partenaires commerciaux. »
« Je peux, par contre. » Francis plaça sa main à la base du cou de Matthew, laissant des trainées de feu avec ses doigts lourds. « Comment ça juste… partenaires ? »
Matthew se souvint de respirer. « Le terme est un peu impersonnel, qu'est-ce que tu en penses ? »
« Darling, je suis complètement d'accord. » Francis pencha sa tête, ce qui fit que ses mots furent comme un murmure dans l'oreille de Matthew. « J'ai toujours préféré « amoureux », d'un point de vue personnel. »
Matthew s'empêcha de gémir. Il le réalisa là maintenant, il avait seulement douté de Francis parce qu'il doutait de lui-même. Mais la vérité était là depuis le début, depuis le tout premier moment ensembles. Francis le voulait. Francis l'aimait, et Matthew ressentait la même chose. Qu'y avait-il de plus à ajouter ? Cette fois quand leurs lèvres se rencontrèrent, ce fut avec la promesse d'un futur entre eux. La vie de Matthew tourna et changea et commença à ce moment-là, dans un seul et brillant éclat de couleurs. Et alors que Matthew savait que ce serait différent à partir de maintenant, il savait aussi qu'il ne sentirait plus jamais vide et gris de nouveau.
« Champagne ? »
Matthew leva un seul sourcil et Francis se sentit un peu incertain. L'après-midi s'était déroulée dans une sorte de brume colorée. Glissant doucement sur la petit patinoire couverte de rose, les mains enserrées et les yeux dans les yeux l'après-midi avait passé, paisible et facile, à rire, à toucher et planifier un futur ensemble. Matthew était si gracieux et fort sur la glace, tout son brillant sarcasme et sa timidité délicieuse avait chassé les doutes et l'anxiété de Francis. Francis était empreint de joie pure et de soulagement depuis que Matthew avait accepté ce qu'il lui avait dit et l'avait compris. Et maintenant, ils étaient là où tout avait commencé : la Pâtisserie de la Rose, mais cette fois-ci dans la chambre à côté de la pâtisserie luxurieusement décorée. C'était comme un commencement, comme si tous ces moments passés ensembles les avaient emmenés là et à ce qui allait suivre.
Francis n'était pas certain de la réaction de Matthew au rouge profond du velours et de la soie noire du décor de sa chambre. Et maintenant, il n'était pas vraiment sûr du déroulement de la suite. Il avait eu des douzaines d'hommes dans cette chambre – il savait comment faire. Mais il savait aussi que ce serait différent cette fois. Et sans aucune idée pour agir dans cette nouvelle situation, Francis était retournée aux bonnes vieilles méthodes. Il haussa légèrement les épaules quand Matthew fusilla du regard la bouteille de champagne. « Apparemment, ça a été déjà fait. »
« Eh bien, tu devrais le savoir. »
« Ouch, darling. Donc, pas de champagne ? »
Matthew secoua la tête et ferma les yeux. Quand il les ouvrit à nouveau, ils avaient l'air enflammés. Avec sa lèvre entre les dents, il prit une seule et longue respiration, dégagea les cheveux de sa nuque, ce qui envoya le sang de Francis pulser entre ses jambes. L'air crépita franchement d'une soudaine tension entre eux, leurs yeux reliés par un fil invisible, les paumes de Francis commencèrent à suer, son souffle court, ses muscles tendus. Alors Matthew marcha doucement à travers la pièce ver lui. « Je ne veux pas de champagne. Je ne veux pas de roses. Je ne veux pas des mots exorbitants et de grands gestes. C'est exactement comme tu me l'as dit aujourd'hui, Francis – Je te veux seulement toi. »
Francis ne savait pas comment répondre. Il lui fallut une seconde pour réaliser qu'il était nerveux. O combien c'était ridicule – il n'était pas supposé être nerveux ! Il était celui qui était confiant, celui avec tous les mots et tous les gestes – celui qui séduisait. Il n'était pas supposé avoir les mains qui tremblent et le cou qui brûle et sentir comme si son cœur fragile battait sur sa peau. Il était soudainement conscient d'à quel point c'était vraiment différent de d'habitude. Personne, en toutes ces années, n'avait fait Francis se sentir ainsi.
Matthew l'attrapa, et pendant une brève seconde, Francis était incertain de là où cela allait les mener. Mais ces yeux enflammés clignèrent, et se baissèrent, et Matthew était son Canadien timide à nouveau. Francis gémit presque de soulagement. Il jeta la bouteille de champagne dans le pot de glace à côté, prit Matthew par la taille et l'embrassa de manière plus approfondie que les autres fois. Juste comme ça, Francis était assuré de nouveau, et il n'y avait aucun doute sur ce qui allait suivre.
Matthew retourna le baiser avec autant d'intensité et fit vite reculer sa timidité pressant ses hanches contre celles de Francis et enlaçant ses bras avec une force surprenante. Au même moment, ils tombèrent sur large lit en soie, perdu l'un dans l'autre, le champagne oublié. Alors Francis ressentit que tout ce qui était arrivé auparavant était simplement lessivé, et c'était comme la toute première fois.
Avant que Francis se perde dans la chaleur et le souffle de Matthew, c'était plus que juste leurs corps qui étaient connectés. C'était plus fort que la rapidité et la folie franche auquel Francis était habitué. Il prenait le temps de connaître le corps de Matthew – ce qui le faisait soupirer, ce qui le faisait crier. La façon dont Matthew bouger à l'unisson avec Francis, contre lui et autour de lui, comme si leurs corps étaient faits pour être ensembles. Il se perdait dans le souffle court des soupirs de Matthew, dans la douceur de sa peau, oh Dieu, les sons qu'il produisait. C'était le point culminant de tous ces regards, tous ses touchers c'était la destination et c'était le commencement.
C'était la première fois – parce que c'était la première fois avec Matthew. Francis n'avait jamais eu une telle expérience dans le sexe. C'était la première fois qu'il n'y avait rien de dominateur et de soumis à ce propos Francis n'avait jamais ressenti cette égalité et ces mots étaient faibles. Ils étaient juste liés pour toujours, encore et à nouveau, et cela n'avait rien avoir avec la place de l'un ou de l'autre et cela n'avait rien avoir avec du contrôle. C'était juste du partage, être avec l'autre, et vraiment, celui qui venait à l'intérieur de l'autre n'avait aucune importance.
La nuit passa dans un lumineux et intense halo de toucher, de senteurs et de sons, dans un autre monde où rien n'existait à part Matthew et rien n'importait à part lui. Ils finirent enchevêtrés dans les draps, rassasiés et sans souffle, la lumière à travers les fenêtres tournait déjà au gris. Leurs lèvres bougeaient encore paresseusement, le rire sortant aisément entre eux. Leurs doigts traçaient encore des cercles légers sur leurs peaux très sensibles. Avec une prise ferme sur la taille de Matthew, Francis prit le champagne du pot de glace et prit une longue gorgée.
« Eh bien. »
Matthew se colla contre le flanc de Francis. « Eh bien. »
Alors c'était ceci la grande différence – dormir avec quelqu'un que l'on aime. C'était beaucoup plus fort que ce Francis aurait pu imaginer. Il rit doucement. « Tu sais quoi. Il avait raison. »
« Huh ? Qui ? »
« Oh, juste quelque chose Ar… » Francis s'arrêta de lui-même. Ce n'était pas quelque chose auquel il voulait penser dans ce moment doré. « Rien. » Il embrassa la tête de Matthew, la pointe de ses cheveux était humide de sueur.
Matthew grogna doucement et fit un baiser sur la peau de Francis, plié paresseusement sur sa poitrine. Francis se douta qu'il n'avait pas compris un seul mot de ce qu'il avait raconté. Mais alors il gémit soudainement, ses yeux s'étrécissant quand il remarqua le plateau sur la table adjacente. « Oh Francis… Tu avais aussi des chocolats ?! »
Francis regarda la petite étagère de créations dans sa spécialité qu'il avait placées là plus tôt : des petites spirales de chocolat noir en forme de cœur, chacun surmonté par une couleur différente au sommet. Il avait passé trois jours pour les créer, utilisant seulement les ingrédients les plus fins et les méthodes les plus strictes. Après tout, il avait besoin de quelque chose pour remplacer les éclairs. « Du déjà vu, darling. »
Matthew se déplaça vers le plateau avec impatience, mais Francis lui remit le champagne et prit une pièce en premier. Il la plaça sur les lèvres de Matthew, souriant, une lumière chaleureuse dans la poitrine. Matthew rit à bout de souffle, ses lèvres légèrement fondantes, ses joues toujours aussi rouges et magnifique. « Vraiment ? »
Francis lui fit un clin d'œil, alors que son cœur s'arrêtait presque. Après des heures au lit, il avait encore envie de Matthew. « Laisse-moi un peu de ma romance stupide. »
Matthew roula les yeux vers le ciel, mais ses lèvres ne s'arrêtèrent pas de sourire. « J'aime ta romance stupide. » Il prit le chocolat avec ses dents, alors que ses yeux se fermaient. Il eut un faible gémissement alors qu'il y goûtait, attrapant la main de Francis et enroulant sa langue autour de ses doigts. La peau chaude de Francis brûlait déjà d'un émoi particulier. Les yeux de Matthew se levèrent et il regarda vers le bas béatement. « Encore ? »
« C'est de ta faute, my dear ! » Francis s'en sentit presque étourdi. C'était comme être un adolescent à nouveau. Il tapota les lèvres de Matthew. « Maintenant, tu dois me dire à quoi tu penses. »
« Délicieux, darling. » Matthew eut un sourire en coin et mordit légèrement le bout du doigt de Francis. « Mais peut-être un léger repos est de mise. »
Francis râla et fronça les sourcils avec exagération. « Mais juste léger, d'accord ? »
Matthew lui poussa l'épaule et rit. Avec le champagne à la main, il revint sur la poitrine de Francis leurs peaux humides de sueur commençaient à refroidir et leurs jambes nues se croisaient sous la couverture. Il soupira de contentement. « Je pourrais m'y habituer. »
Francis pourrait passer sa vie à s'y habituer. Il ne pouvait rien imaginer de plus merveilleux. Il fit courir sa main sur la poitrine nue de Matthew et soupira contre sa nuque. « Tu es le meilleur, mon cher. »
Six mois plus tard…
« Hahaha ! Je t'avais dit que tu ne pourrais pas tenir et rester avec moi, Arthur ! Arthur ? Pourquoi n'arrêtes-tu pas de tourner en cercles ? »
« Parce que je ne peux pas m'arrêter, putain, à qui dois-t-on la brillante idée de mettre des hommes sur la glace, ce n'est pas naturel, salopards, merde, merde, merde… »
« Allons vers la rampe, Lovino… là, prends ma main. Je ne te laisserai pas tomber ! »
« Je ne vais pas tomber, bastardo ! Arrêtes de m'attraper ! Je sais ce que fais… Ne te barres pas ! »
« Hey, Roddy baby, regardes ça ! Regardes-moi sauter ! Ha, ce n'est pas awesome ?! Roddy, baby, est-ce que tu regardes au moins ? »
« Oui, oui, Gilbert, je regardes toujours. C'était très bien. Maintenant, pourquoi n'arrêtes-tu pas pour aller courser cet Américain bruyant ? »
« Ludwig ! Attrapes-moi ! Fais-moi tourner ! Soulèves-moi ! Retournes-moi ! ARG LUDWIG AU SECOURS ! »
« Mein Gott, S'IL TE PLAIT, regardes où tu vas, Feliciano… Entschuldigung Lili… »
« C'est bon, Ludwig, tout le monde m'attrape aujourd'hui. J'ai été complètement coincée entre Gil et Roderich juste avant, et Arthur m'a heurté contre la barrière deux fois. Eliza, où est-ce que tu m'amènes… »
« Allez, chère Lili, tu allais donner un coup de chaud à ce pauvre Ludwig. »
« Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Matthew flottait sur la glace. Il souriait avec sérénité alors qu'il glissait à travers le groupe d'amis, criant et courant et profitant de l'avantage d'avoir la patinoire pour eux. Alors que Kiku et Hérakles préféraient tenir compagnie à Francis dans le coin café, Bruce et Lars concoctaient Dieu sait quoi dans la cuisine. La Patinoire de la Rose venait d'avoir son premier jour d'ouverture au public, fou, trépidant et plein à craquer. Matthew était certain que la présence d'Alfred et le concert de Roderich dans l'après-midi avait aidé à attirer de la clientèle, alors que les nouveaux chocolats en forme de cœur de Francis avaient réussis à se vendre et que les leçons d'hockey données par Matthew aux jeunes étaient déjà toutes réservées. En tout et pour tout, ce jour d'ouverture avait été un franc succès.
Alfred accéléra et vint taper l'épaule de Matthew par derrière. « Faisons la course ya, Matt ! ». C'était un cri familier venu des années de vacances d'hiver passées avec son frère, se coursant le long des rivières gelées et des patinoires encore plus froides que celle-ci. Matthew sourit et courut pour rattraper le départ en tête qu'Alfred s'était donné lui –même. Il le passa facilement c'était l'un des domaines où Matthew pourrait toujours battre son frère. Il glissa, passant un Antonio agrippant un Lovino renfrogné par la taille, tourna autour de Lili et Eliza qui allaient à la rescousse d'Arthur et esquiva Gilbert soulevant Feliciano dans une posture, alors que Ludwig et Roderich regardait et roulait les yeux vers le ciel. Alors, un peu plus haut, Francis apparut soudainement une bouteille et un verre à la main, élégant et sexy et souriant de manière lumineuse alors qu'il se penchait contre la rambarde. Le cœur de Matthew bondit et le poussa à glisser encore plus vite. Il s'envola vers Francis, s'accoudant contre la rambarde, ignorant les cris outrés de son frère derrière lui. Francis se pencha et donna à Matthew un bref baiser, une vague sentant le caramel s'échappant de ses cheveux. « Félicitaions, darling. »
Matthew haussa les épaules modestement en réponse et prit le verre en plastique de champagne ainsi offert. Matthew était empli d'allégresse et de fierté pour ce que Francis et lui avaient accompli en six mois. La Patinoire de la Rose ne ressemblait à aucune patinoire parmi toutes celles que Matthew avait vues. Le haut plafond était clouté de lumières enchâssées dans des conceptions d'argent très ornées. Les murs fissurés d'autrefois étaient maintenant remplacés par des finitions en bois, décorées par des œuvres protégées précautionneusement par des protections en verre. Des bouquets de roses étaient déposés dans des pots autour du hall, spécialement cultivé pour survivre au froid. Partout où il regardait, la couleur éclatait, alors que la chaude et délicieuse odeur de la confection des pâtisseries se répandait depuis le café proche.
Matthew prit seulement une petite gorgée de champagne avant que Gilbert vienne glisser derrière lui pour lui voler son verre. « Awesome ! Il est temps de la baptiser, baby ! Donne-moi la bouteille, Francis. »
L'expression de Francis se tordit d'horreur quand Gilbert lui prit la bouteille des mains. « Si tu la casse, Gilbert… »
Gilbert lui tira seulement la langue. Il prit une lampée au verre de Matthew, le lui rendit, et leva la bouteille encore fermée dans les airs. « OI ! Attention ! »
Le groupe vint près de la rambarde dans un arrêt doux sur la glace. Arthur continua ces cercles pendant un moment jusqu'à Lili et Eliza l'aidèrent à s'arrêter. Feliciano se mit à applaudir. « Yay ! Un discours ! »
Matthew fit non de la tête avec fermeté. « Non, Gilbert, tu n'es pas obligé de… »
Gilbert l'ignora. « Maintenant, je vais être le premier à dire que je n'aurais jamais pensé que je verrai Francis se caser. »
Francis grogna fortement. « Il le fait vraiment ? »
Matthew roula les yeux vers le ciel, mais ne put s'empêcher de sourire. Il était incroyablement reconnaissant pour l'aide formidable que Francis et lui avaient reçue de la part de tout le monde – y compris Gilbert. Ce petit groupe se sentait déjà comme une famille. « Yeah, il le fait. »
« Comment pourrions-nous le stopper ? », demanda Francis.
« Tu as un bâillon ? », murmura Ludwig.
Antonio ricana. « Demandes à Roder… OW ! Quoi ! Allez, ce gag ne vieillira jamais !"
« MAIS, » Gilbert continua, imperturbable. « Je serai aussi le premier à dire qu'il ne pouvait pas trouver mieux que ce mec sympa. Et, bien qu'une patinoire soit en quelque sort bizarrement flippant… »
« Et fou à s'en faire saigner, putain… »
Lili rit alors qu'elle attrapait Arthur par l'épaule. « Arthur, ce n'est pas si difficile si tu le fais bien ! Juste écartes les genoux, penche-toi en avant un peu et augmentes la cadence… »
Eliza tapa le dos d'Arthur alors qu'il était pris d'une soudaine quinte de toux. « Lili, darling, essaie de penser à ce que tu dis… »
Gilbert continua à nouveau, imperturbable. « … ce truc est ainsi, les gens disent que beaucoup de trucs sont bizarrement flippants, et alors ? C'est le truc de Francis et Matt. Et si c'est leur truc, et si ça marche pour eux, alors c'est tout ce qui importe. » Gilbert fit un clin d'œil à Roderich avec de regarder insistament dans la direction d'Antonio. « Et qu'importe ce que certaines personnes ennuyeuses à la vie sexuelle morne* puissent en penser. »(*vanilla people est utilisé dans le texte, c'est un terme anglais pour désigner les personnes qui se contentent de l'union physique et ne recherchent rien d'autre dans le sexe…).
Roderich secoua la tête et marmonna. « La vulgarité… »
« Il a raison, tu sais », dit Alfred haut et fort. « J'essaie depuis longtemps de dire à Arthur qu'il ne devrait pas se soucier de ce que les gens pensent de ces bouquins flippants de vieux pornos, mais il garde encore l'étagère entière cachée au sous-sol. »
Francis ricana. « Une étagère entière ? »
Arthur fit un son étranglé quelque part entre un grognement furieux et cri de frustration. « Attendez que je me débarrasse de ces putains de patins, tous les deux ! »
Feliciano tapa ses mains ensemble et cria. « Je ne pense pas que la patinoire est bizarre, je pense qu'elle est fantastique ! C'est presque aussi cool que les brownies que Bruce et Lars m'ont donné plus tôt ! »
Le silence s'abattit un moment. Luwid essaya de piétiner de colère sur ses patins, allant vers le café et marmonnant quelque chose contre les drogués néerlandais et leurs complices australiens.
Francis sauta sur cette opportunité de couper court. « Un discours adorable, merci, Gil… »
« Oh, ce n'est pas fini… »
Roderich se força à sourire et serra l'épaule de Gilbert. « Oh, si, tu as fini, Gilbert. »
Gilbert roula les yeux vers le ciel. « Bien, qu'importe. Je suppose qu'il ne reste rien à ajouter, mais il faut dire quand même… » Il sourit et leva la bouteille. « Ici, dans la nouvelle aventure commerciale awesome de Francis et Matt, à leur nouvelle vie awesome, et quand l'inévitable arrivera, je serai leur témoin. A la Patinoire de la Rose ! » Gilbert secoua fortement la bouteille, fit sauter le bouchon, et Matthew sursauta quand il arrosa l'assemble du groupe avec des bulles dorées.
« BATARD ALLEMAND ! » Lovino cria de fureur alors qu'il reçut la majeure partie de cette douche alcoolisée.
Antonio cria d'indignation. « C'est déloyal, Gilbert, je voulais être le témoin ! »
« Douche de champagne, ve ! » Feliciano ouvrit les bras et traça des cercles dans le champagne pulvérisé, alors qu'Arthur paraissait complètement horrifié.
« Qu'est-ce que tu fous, putain, fichu mauvaise herbe, j'aurai pu le boire ! »
« Hahaha ! » Alfred rit bruyamment. « Regardes, Arthur, si j'ouvre la bouche, je peux en attraper ! »
Lili fit un net cri de surprise, secouant le champagne dans ses cheveux et faisant courir une main dans sa nuque. « Ohhh, maintenant, je suis toute mouillée ! »
Eliza réprima un grognement. « Lili, mon cœur, maintenant, tu me donnes un sacré coup de chaud… »
Des cris et des rires s'échappèrent dans les airs alors que le petit groupe se dispersait sur la glace pour échapper à l'attaque frénétique au champagne de Gilbert et aguerrie. Matthew tourna dans les bras de Francis, acceptant sa tentative vaillante de le protéger par-dessus la barrière à leur taille. « Eh bien, dit Francis, riant, ses lèvres chaudes contre l'oreille de Matthew. « Je suppose que cela rends tout ceci officiel. Bienvenue à la maison, Mathieu, darling. »
Matthew sentit sa poitrine fondre à ses mots. Les six mois derniers avaient été lumineux et plein de couleurs, beaux et formidable, plus merveilleux que ce que Matthew aurait pu imaginer. Tous ses rêves dont il n'avait osé rêver avaient éclaté dans la réalité. Matthew avait autrefois trouvé sa vie vide et ennuyeuse : les mêmes vieux jours à moudre, jour après jour. Mais Francis avait changé tout ceci. Il avait apporté de la couleur dans la vie de Matthew. Il était chez lui maintenant et c'était incroyable à quel point un endroit aussi froid pouvait être aussi chaleureux.
Matthew sourit dans les yeux bleus de Francis, lumineux et chauds et dansants, et sentit cette familière et délicieuse tension à la base de sa colonne vertébrale. « Merci, Francis. Tout est parfait… » Matthew lui fit un clin d'œil et serra sa main. « …darling. »
Fin.
Donc, voilà, c'était le dernier chapitre de la Pâtisserie de la Rose. J'espère que cette histoire et que la traduction vous a plu. Un guest m'a signalé que j'avais fait une erreur concernant l'auteur d'origine George deValier, c'est un homme. Je vous conseille de lire "Auf wiedersehen, Sweetheart" traduit par Servinia et qui a été écrit par le même auteur. C'est une magnifique histoire.
