Hello ! A tous mes lecteurs qui me critiquent Darcy, j'aimerais dire ce que j'ai répondu au reviews auquel je pouvais répondre : Darcy avait 14 ans quand Lizbeth DeBourgh a disparu de sa vie. Elle, elle en avait 11 ans. Vous allez me dire que si quelqu'un ressemble à votre amour de quand vous étiez pré-ado, alors que cet amour avait 11 ans, si elle/il apparait de nouveau dans votre vie 10 ans plus tard (étant passé par l'adolescence et tous les changements physiques que ça implique) avec un autre nom et une toute autre situation dans la vie que vous croyiez, vous allez penser que c'est la même personne ?

Non, il suppose que c'est juste un autre ange qu'il a sur son chemin. Le fait qu'ils aient le même prénom est juste une marque qu'il l'a regardé un peu plus longuement et donc qu'il a pu remarqué ses charmes.

Pour Elizabeth, elle a surtout peur d'amener la déchéance sur sa famille. Personne ne sait qu'elle n'est pas la fille de Mme Bennet. Elle ne peut pas crier sur tous les toits qu'elle est en fait Elizabeth DeBourgh. Elle est aussi tellement parti sur l'idée qu'elle va couper tous les ponts avec sa famille lors de l'été qui arrive qu'elle a du mal à se remettre en question.

Dans ce chapitre, je prends pas mal de libertés avec ce qu'une jeune fille peut faire. J'en avais besoin pour fermer certaines intrigues, j'espère que cela ne va pas vous faire sortir de votre lecture.

Chapitre 5 : Quiproquos à Netherfield

Quand ils rentrent, aucun sujet ne semble correct. Darcy en a appris plus qu'il n'aurait voulu du passé d'Eliza, et ne se sent pas de force pour lui changer les idées. Eliza, toujours prostrée, continue de porter hommage à cette Éléonore.

Ils se séparent à l'entrée du bâtiment, et Eliza va certainement rejoindre sa sœur, tandis que Darcy retourne trouver Bingley. Il est temps d'une nouvelle vague de formation pour le jeune homme. Il trouve ce dernier dans son étude, en train de discuter avec l'intendant, Mr Shado. Darcy entre dans le bureau et s'installe rapidement à un second bureau pour laisser les deux hommes à l'affaire qui les occupait précédemment.

Au moment où Mr Shado va partir pour lancer une nouvelle série d'ordre, Darcy prend la parole.

« Mr Shado, c'est quand que vous nous auriez expliqué la présence d'un mausolée ? Pourquoi n'avoir rien dit ?

— Darcy, de quoi parles-tu ?

— L'une des Mlles Bennet vous en a parlé ? Je n'étais pas intendant quand… le drame s'est produit. Je pensais amener le sujet au cours du mois qui arrive. L'entretien du mausolée ne fait pas partie des prérequis pour la location du domaine. Sinon, c'est les hommes de Longbourn ou de Lucas Lodge qui font les travaux quand il y en a besoin.

— Mais Mr Shado, fallait le dire tout de suite. Quelle est l'histoire de cette tragédie ?

— Mlle Eliza pourra vous la raconter, mais je préfère que vous demandiez à Mlle Bennet. Elle était assez chamboulée comme ça. Et pour le cours de la rivière, pourquoi personne n'a fait de travaux en profondeur ? Je veux bien croire que les propriétaires aient été perdus après que leur fille soit morte due à cette vague, mais les locataires suivants ?

— Je ne sais pas. Si vous êtes intéressé, je peux vous passer l'un des dossiers, qui déclare précisément qu'est-ce que qui a déjà été fait dans cette partie du domaine. Je dois avouer que de savoir qu'une jeune fille est morte sur le domaine de ses parents à cause d'un accident me met mal à l'aise.

— Alors, apportez-moi ça, et j'en discuterais moi-même avec mon ami. J'ai vu souvent la mort dans des domaines. La mort peut être très brusque, comme elle peut arriver avec une impression de fatalité. Je ne dirais pas laquelle je préfère, voir mourir quelqu'un est toujours un gros choc.

— Très bien Mr Darcy. Mr Bingley, si vous désirez d'autres informations, n'hésitez pas à me faire chercher. Je m'occuperais du dossier pour Mr Darcy, et après de cette carte du domaine et des cultures, et de leur résultat sur les cinq dernières années, comme nous en discutions.

— Ah, et si c'est là-dessus que vous parliez, ajoutez donc un almanach sur l'évolution des céréales dans la région. »

Il acquiesce d'un léger signe de tête, et part rapidement, refermant la porte derrière lui.

« Et bien, Darcy, si j'avais cru que tu t'étais transformé avec la dernière journée, me voilà rassuré. Il n'y a toujours aucun doute que tu sais plomber n'importe quelle ambiance.

— Désolé. Je reviens d'avoir accompagné Eliza au mausolée. Son état d'esprit m'a contaminé. Pour une femme si vive et si joyeuse, elle a vécu vraiment des drames trop fort.

— Raconte-moi ça. Je nous sers à tous les deux un verre, je crois qu'on en aura besoin. C'est l'histoire de la mystérieuse Éléonore ? Mlle Eliza m'a demandé d'en parler à sa sœur pour savoir ce qui s'était passé. »

Alors Darcy lui raconta l'histoire.

« Comme c'est horrible. Et Mlle Eliza pense qu'elle est coupable ? Elle doit être effectivement totalement déprimée. J'espère, mon ami, que vous avez réussi à lui relever son esprit !

— Je l'ai laissé retrouver sa sœur, oui. Tu sais très bien que je ne suis pas quelqu'un qui excelle à toutes les problématiques de relations.

— Au contraire, je te trouve très diplomatique avec elle. Et très attentionné.

— Sa compagnie est très plaisante, et reposante. Elle me comprend sans que j'aie besoin de parler, c'est presque effrayant. Je suis partagé sur ce que je dois faire. Dois-je l'ignorer ? Dois-je continuer à chercher sa présence ?

— Tu veux réellement mon avis ? Mon avis, c'est que tu as cette discussion avec elle, et que tu profites de sa présence. Vous avez tous les deux trop souffert pour ne pas avoir de réconfort l'un envers l'autre.

— Tu sais aussi bien que moi que je ne dois pas donner aux jeunes femmes le droit de penser que je leur proposerais un mariage.

— C'est pour cela que je dis que tu dois être franche avec elle. Mlle Eliza me semble être une personne très sensée, et totalement à même de comprendre la situation, surtout si la sienne est aussi compliquée.

— Ah, tu crois vraiment qu'elle pourrait comprendre ma situation ? Et ne pas me railler ? Pour avoir joué contre ta sœur avec elle ce midi, je sais que si elle voulait me faire du mal, elle sortirait les griffes.

— Oui, la discussion avec ma sœur était la raison pour laquelle je voulais discuter avec elle. Je crois que je vais devoir renvoyer Caroline à Londres, mais je n'aurais plus de maîtresse de maison à ce moment-là. Si je n'ai plus de maîtresse de maison, je ne peux plus te recevoir, Darcy.

— Faux, Charles, et tu le sais. Tu ne peux plus recevoir de femmes de ta connaissance, mais tu peux toujours recevoir des célibataires endurcis, comme moi. Et puis il y a toujours les Hurst.

— Ils vont bientôt partir. Je croyais que tu le savais. À la fin du mois, ils partent pour leur maison de ville. Je comptais envoyer Caroline avec, si elle se plaisait vraiment pas. Mais toi, mon ami, je pensais que tu aurais d'autres choses à faire. Tu as toujours tellement de projets et de problèmes à résoudre.

— Je ne vais pas te laisser tomber de suite. Renvoie donc Caroline et les Hurst dès que les Mlles Bennet rentrent chez elle. Ou attends la fin du mois. Comme tu veux en fait.

— Je vais y réfléchir. Merci mon ami. Je ne te le dis pas souvent, mais je te suis reconnaissant, vraiment, que tu viennes m'aider. Surtout que tu dois supporter ma sœur. Bref, merci, Fitzwilliam.

— De rien, Charles, j'apprécie aussi beaucoup ta présence. Ta bonne humeur est toujours plaisante à recevoir. »

Sur ses paroles, aucun des deux n'ajoute et ils restent à réfléchir en silence. Quand l'intendant arrive avec les documents demandés, Bingley reçoit de nouvelles explications des attentes d'un gentilhomme du terroir.

À la surprise de Darcy, il reste concentré et de bonne humeur tout au long de la séance. Quand un portier vient leur indiquer que leur présence est requise pour le souper, Darcy s'excuse immédiatement pour aller chercher Eliza, mais à sa surprise, Bingley le suit. Ils croisent Eliza sur le chemin

« Charles Bingley, William… Darcy. Je venais pour le souper.

— Votre sœur, comment va-t-elle ? lui demandent en chœur les deux hommes.

— Elle va aller. Comme cet après-midi, elle dort à nouveau, et j'ai l'impression qu'elle peut se reposer. Sinon, j'aurais demandé un repas servi dans la chambre. Il y a deux heures, elle a mangé un peu plus que ce qu'elle a mangé lors de son réveil. D'après le Dr Jones, Jane devrait être remise dans moins d'une semaine. Mais il vaut mieux qu'elle se repose et qu'elle ne prenne vraiment pas froid.

— Je suis soulagé de savoir que tout va mieux pour elle. »

Elle lui sourit et lui répond d'un sourire triste. William ne dit rien de plus, et l'observe. Il a l'impression de tellement la connaître plus que ça. Mais ça doit être juste une impression de fausseté.

Cela ne peut être rien d'autre, évidemment. Comment pourrait-elle être connue, c'est la première fois qu'il s'arrête en Hertfordshire. La première fois qu'il met les pieds à Meryton, Netherfield et Longbourn.

Il éteint d'un coup toutes les petites voix qui lui rappellent qu'elle l'a appelé naturellement William comme une autre Elizabeth. Qu'elle a de la famille qui vient du Derbyshire. Qu'elle a été présentée comme Lizbeth, même s'il n'a plus jamais entendu quelqu'un l'appeler de cette manière. Il ne la connaît pas.

Il lui propose son bras pour l'escorter jusqu'au dîner. Bingley comprend et les laisse devant eux.

« Fitzwilliam m'a parlé de votre balade. J'ai pris la décision de paver la route vers la clairière. Pensez-vous que c'est une bonne idée ?

— Éléonore n'aurait pas aimé que ce soit un lieu trop civilisé. Nous étions meilleure amie pour cela. Elle était aussi sauvage que moi.

— Que dites-vous d'être en charge, Eliza ? Je suis sur que vous en êtes capable. Je sais quelle est votre ambition. Je la respecte, et je pense que c'est totalement dans vos capacités.

— Mon père m'a en effet initié à beaucoup plus de rôles que ce que Mme Bennet aurait aimé. Et superviser le dernier hommage de ma chère amie sera pour moi libérateur. Surtout que vu l'ambiance à Longbourn, je n'aurais aucune envie de m'éterniser plus que de raison.

— Vous attendez quel évènement avec tant d'impatience, Eliza ?

— Oh, soit je serais majeur dans quasiment un an, et je partirais de moi-même de Longbourn, soit mon idiot de fantôme se souviendra de moi, et je partirais avec lui. Et si jamais je deviens vraiment désespérée, je pourrais toujours retourner chez ma tante. Que ce soit l'une ou l'autre.

— Vous n'avez pas supposé que vous pouviez vous marier ?

— C'est parce que je ne le crois pas possible, c'est un serment de jeune fille que j'ai fait quand j'étais enfant, avec Jane, ma grande sœur. Nous nous sommes promis de ce qui nous amènerait au mariage. Et je peux vous garantir que seul mon fantôme a la moindre chance de me rendre femme. Et il a autant de chance de recevoir un refus, vu comme il est idiot, comme nous en avions conclu. »

Sur ces dernières paroles, ils arrivent en vue de la salle. D'un commun accord, Mlle Elizabeth lâche le bras de Darcy pour prendre celui de leur hôte. Et Darcy les suit, en grande discussion à propos des céréales qu'il serait le mieux de changer dans les cultures. Lizzie se joint à la discussion avec joie et vivacité.

Ses connaissances de terrain étonnent les deux hommes, mais ils se repassent les dernières discussions et comprennent ce que Mr Bennet a appris à sa seconde fille.

« Votre domaine, il est de beaucoup plus grande taille que Longbourn ?

— Je ne me souviens plus. C'était il y a très longtemps la dernière fois où j'y suis allée. Je crois que mes souvenirs me parlent d'une maison immense. Je ne crois même pas avoir eu le temps de faire le tour.

— Quel est donc son nom ?

— Seriez-vous curieux, Mr Darcy ? Et bien, je n'ose pas le dire, c'est un secret. Mais je peux vous dire que si je ne me souviens pas exactement dans quelle région il est, ce n'est ni dans le Derbyshire ni dans l'Hertfordshire.

— Je suppose que je peux toujours demander, mais je n'en saurais rien ?

— Vous supposez bien. J'avais d'ailleurs une question à vous poser.

— Allez-y je suis curieux.

— Cela attendra, ce n'est en fait, pas une discussion pour un repas. »

Elle lui fait une révérence, soigne son signe de tête envers les trois personnes qu'elle a le moins envie de voir mais qui sont déjà installé.

Mlle Bingley ne prend pas la peine de faire une révérence, mais Mr et Mme Hurst lui adresse des sourires de circonstances qui atténue le manque de respect de ne pas les avoir attendu. Au contraire, Mlle Bingley se précipite vers son William pour lui dire qu'elle l'a regretté toute l'après-midi. Dans son dos, Lizzie imagine que William devient de plus en plus inconfortable.

« Mlle Caroline Bingley, je me demandais comment cela se fait que vous ne soyez pas mariée, alors que votre frère s'apprête à prendre son envol, et votre petite sœur est déjà mariée depuis quelque temps. Qu'attendez-vous pour accepter la demande d'un noble désargenté ou d'un riche marchand ? Après tout, qu'êtes-vous d'autres que des enfants d'un marchand ? Vous ne seriez pas capable de supporter la moindre discussion de vrai gentilhomme du terroir. Vous ne sauriez pas apprécier les bonheurs que ce sont d'avoir un temps clément, et une terre fertile. Vous n'avez aucune empathie pour les travailleurs et les locataires de nos terres. S'il vous plaît, Mlle Caroline Bingley, ne vous voilez pas la face.

— Je… Je ne vous permets pas, je connais beaucoup de monde, beaucoup plus de monde que vous. J'ai eu des maîtres dans tous les domaines.

— Très bien. Et bien, mes chers amis, que dites-vous que nous reprenons la discussion que nous avions tout à l'heure ?

— Eliza, cela ne se fait pas du tout.

— Au contraire, je pense que la rotation des cultures est l'une des redécouvertes les plus importantes de ce siècle. On ne peut pas épuiser la terre à toujours lui faire faire la même chose. Je comprends qu'elle puisse en avoir marre.

— Je vous imagine bien le mettre en pratique sur les terres de Longbourn, Eliza.

— Pourquoi, William ? Ne l'avez-vous pas déjà mis en pratique à Pemberley ? J'aurais pensé que les champs au sud autour de 12 miles à l'est de Lambton seraient idéaux pour faire ce type d'expérience.

— Oui, eh oui, je le reconnais, je l'ai commencé là-bas. Depuis environ deux ans, la plupart des cultures sont en rotation. Mes fermiers ne sont pas les plus heureux, mais eux aussi on comprit l'intérêt.

— Mon dieu, Mr Darcy ! Vous parlez comme si les fermiers de votre domaine auraient leur mot à dire ! Je suis bien consciente, contrairement à cette demoiselle couverte de boue, qu'un bon maître de domaine doit savoir se faire respecter.

— Mlle Bingley, se faire respecter veut dire exactement ça. Cela ne veut pas dire imposer une décision quand on ne connaît rien du sujet. Les fermiers pour certains font ce métier depuis avant ma naissance. Ils connaissent leur métier.

— Peut-être, mais c'est des péons ! Des paysans. Des illettrés.

— Suivant leur maître de domaine. Je ne considère que ce n'est pas une bonne critique que vous pensiez que les personnes sous ma juridiction sont illettrés. Au contraire, j'aimerais savoir lequel de mes serviteurs vous a donné cette impression. C'est forcément quelqu'un qui vous a servi à l'intérieur. Oui, je veux savoir pourquoi vous avez cette impression.

— Je… Je. Non. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Évidemment que sous votre tutelle, vos sous-fifres sont les plus chanceux de vous avoir comme seigneur. Je ne comprends toujours pas pourquoi vous devriez les écouter. Vous avez fait tellement d'étude, avec Charles, depuis le début. Alors vous devez sûrement savoir mieux qu'eux.

— Caro, si je peux vous proposer un conseil d'amie ? Interromps Lizzie sans aucun scrupule.

— Eliza, j'écoute toujours avec grande attention vos conseils.

— Parfait. Alors, Caro, arrêtez de parler de ce que vous ne connaissez pas. Les Seigneur et Dame d'un domaine sont les principaux responsables du bien-être de leurs ouailles. L'Église est responsable de leur bien-être spirituel. Le couple responsable du domaine, lui, est responsable de tout le reste. Qu'ils puissent manger, qu'ils puissent dormir au sec. Qu'ils aient un niveau d'éducation minimal. Qu'ils puissent avoir des enfants, et s'occuper d'eux. Qu'ils puissent être heureux. Alors apprenez que si vous critiquez les habitants d'un domaine, vous critiquez le Seigneur. Et certaines personnes n'apprécient vraiment pas ce type de réflexion. »

Elizabeth garde un sourire crispé. Elle sait, suivant l'air de Caroline Bingley, que cette dernière la considère toujours comme une bouseuse. Elle a envie de se vanter d'être Elizabeth DeBourgh, héritière de Rosings, et avec une dot faramineuse. Mais elle ne peut pas. Elle ne doit pas se vanter de cette situation, elle porte le poids de la faute de ses parents. Elle ne doit surtout pas oublier qu'elle est née hors du lien du mariage de ses parents.

Elle regarde William et Charles Bingley, quand ce dernier demande si la chambre lui va bien.

Avec tout ça, elle n'a pas cherché si ça lui convenait.

William lui demande de rapporter ses partitions. Elle accède à sa requête avec un sourire. Elle ne peut rien lui refuser. Surtout pas ce qu'elle aurait apporté pour lui partager.

Alors leur soirée devient un mini concerto. Mme Hurst a un très bon talent pour le piano, et c'est certainement pour elle que le piano a été installé. Mlle Bingley est d'un niveau passable. Évidemment, William demande à ce qu'elle joue la pièce de sa mère.

« Eliza, s'il vous plaît, j'aimerais réentendre la musique que ma mère a composée. Ma sœur l'a jouée quelquefois, mais il lui manque quelque chose.

— Je l'ai apporté pour une raison. Je savais qu'un exemplaire papier écrit par votre mère serait forcément important pour vous. Je le jouerais avec joie. »

Elle se lève pour rejoindre le piano, avec les partitions en mains. Elle échange ses partitions pour les placer correctement. Elle ouvre la page du début, et relit la dédicace.

« Pour Elizabeth, mon rayon de soleil. J'espère que tu retrouveras Ashlaigh. Tu sais que je t'ai toujours considéré comme ma fille. J'espère juste que tu seras une bonne sœur pour ma petite Georgiana. Prends bien soin de mon fils, et n'oublie pas de pratiquer ton chant. »

Elle touche du bout des doigts les lettres rondes et tellement élégantes. Elle sort de sa rêverie pour relire le début de la partition, et joue. Dès que les premières notes sortent du piano, elle épie William qui ferme les yeux, un sourire sur les lèvres.

Charles Bingley s'approche d'elle.

« Je suis prêt à vous tourner les pages. Je ne voudrais pas gâcher le plaisir de mon ami parce que vous devriez vous arrêter pour une raison mondaine. Merci pour lui, Eliza. »

Elle lui sourit. Sa voix est suffisamment basse pour que ses sœurs n'aient rien entendu. Elle voit qu'il est positionné pour lire les partitions. Elle l'entend prendre une soudaine inspiration.

« Je devrais lui signaler de faire attention à la dédicace, Mlle DeBourgh.

— Arrêtez, Charles, je n'ai pas le droit, ici.

— Je remarque que vous n'avez pas démenti. Bon sang ne saurait mentir. Vous êtes beaucoup plus racé que votre sœur aînée. Elle est un ange, vous êtes autre chose.

— Je vais avoir besoin que vous me tourniez la page. Et je réponds au nom d'Elizabeth Bennet. Merci de ne pas vous tromper.

— Pourquoi ? Comment est-ce possible ?

— Un secret trop lourd à porter mais que je dois protéger à tout prix. Je serais majeure dans un peu moins d'un an. Alors à ce moment-là, je pourrais couper les ponts de Longbourn.

— Je ne dirais rien. Je continue à penser qu'il vaut mieux que vous lui expliquez, avant qu'il s'enfuie de ce qu'il ressent pour votre alter ego.

— Ce secret est trop lourd. Il est dangereux pour mes sœurs. Je ne dois pas le laisser deviner depuis l'extérieur.

— Je vous laisse gérer, mais il souffre, sachez-le, Mlle Elizabeth. »

Elle ne répond pas, certaine qu'elle est dans le droit chemin. Leur discussion s'arrête. Eliza s'enfuit dans la musique, y mettant toute son âme, tout son amour pour William et pour sa mère, toute la nostalgie de leur enfance. Elle indique juste quand elle a besoin de la nouvelle page.

Quand elle termine sa musique, William ouvre les yeux pour la fixer du regard.

« C'est ma mère qui vous a appris la musique, c'est ma mère qui vous a offert cette partition. Vous avez, comme elle, changé ce qui est écrit. Votre sœur ne l'avait pas fait, chez les Lucas.

— Mary n'aime pas les interprétations trop différentes de ce qui est écrit sur la partition. Je n'ai jamais réussi à lui faire accepter cette modification.

— Vous n'avez pas répondu. C'est ma mère qui vous a appris à jouer ce morceau. Je sais qu'elle passait du temps hors de Pemberley quand j'étais à l'école. »

Elizabeth regarde rapidement autour d'elle. Mlle Bingley et les Hurst se sont rapatriés vers une table de jeu, dans le fond du salon. Certainement pour rabaisser son jeu, mais au contraire, elle est heureuse de pouvoir la partager avec les deux hommes.

« Dame Anne me l'a dédicacé à mon nom propre. Elle me rappelle dans ma dédicace de travailler mon chant, parce que j'étais trop petite la dernière fois que je l'ai vu.

— Vous ne pouviez pas avoir plus de dix ans. Elle est morte il y a moins de douze ans.

— Effectivement. J'avais onze ans, la dernière fois que je l'ai vu. Et c'est à ce moment-là qu'elle me l'a offert, pour mon anniversaire.

— Pourrais-je… Pourrais-je lire sa dédicace, Eliza ?

— Je préférerais éviter pour l'instant.

— Je comprends. Merci beaucoup pour votre performance, c'est un bonheur complet de vous écouter. »

Il se relève. Bingley les laisse à leur discussion, pour s'ajouter à la table de joueur. Elle hésite quelques secondes, mais elle aime trop l'air détendu qu'il a quand il l'écoute.

« Si vous voulez, je peux faire un autre air. Le reconnaîtrez-vous ?

— Vous n'avez pas besoin de partitions ?

— Non. Pas pour celle-ci. »

Son sourire énigmatique ne donne aucun indice supplémentaire.

« Eh bien, je veux bien me laisser tenter, Eliza. De toute manière, nous n'avons pas besoin de nous pour la table de jeu. »

Eliza lui fait un sourire éblouissant. Après un rapide changement dans sa tête, elle décide de ne pas faire trop d'imprudence, et joue la Balade d'Anne. Celle de Lizbeth est bien trop dangereuse. Celle de Fitzwilliam aussi. Elle a reconnu connaître Anne. Elle peut bien avoir appris sa balade. Qu'elle ait appris à la jouer alors que cette dernière était en train de la composer n'est pas très important.

Ses doigts volent sur les touches du clavier du piano. Il est concentré, ses yeux sont fermés. Elle se laisse aller dans la musique, pense à la délicatesse d'Anne, à sa gentillesse, à sa bonté. Et pour la seconde fois, elle met son âme et son amour pour Anne dedans.

Quand elle termine, William a la mâchoire ouverte, et la regarde avec un immense étonnement.

« Cela fait bien douze ans que je ne l'avais pas entendu celui-ci. Merci beaucoup, Eliza. Je n'ai pas de mots pour remercier le fait de rendre hommage à la mémoire de ma mère. Je me sens dans l'obligation de vous demander d'en jouer d'autres. Elle n'a jamais écrit les partitions pour celle-ci. L'avez-vous appris à quelqu'un d'autre ?

— Non. Dame Anne était une maîtresse des arts tellement, tellement impressionnante.

— Merci beaucoup. Eliza, je me dois dans l'obligation de vous inviter à Pemberley pour visiter ma sœur. Par hasard, vous connaissez celle de Georgiana ?

— Je… je préfère ne pas répondre à cette question, William. Et je ne veux pas que Mme Bennet puisse se mettre dans mes affaires. Alors j'accepte votre invitation, mais seulement après le mois d'août prochain.

— Quand vous voulez, tant que je peux vous faire rencontrer ma sœur pour qu'elle en apprenne un peu sur notre mère. Georgiana adore le piano, mais elle est trop jeune pour avoir eu la joie de la connaître.

— Alors je serais ravie d'accepter. Je viendrais avec l'une de mes sœurs, que ce soit Jane ou Mary. »

Il accepte d'un signe de tête, le visage encore rêveur.

« Merci encore, Eliza. Et j'espère que vous n'hésiterez pas à jouer d'autres morceaux que ma mère vous aurait appris. »

Elizabeth incline la tête avec un sourire resplendissant.

Après cette prestation, elle est fatiguée, et rêve juste de retrouver un lit et de savoir des nouvelles de sa sœur. Et elle n'ose pas trop penser ce que sa sœur lui dirait de ces jeux d'ombre et de secrets avec William.

Sûrement que Jane ne serait pas fière d'elle. Après coup, elle ne peut s'empêcher d'être un peu honteuse. Elle ne devrait pas prendre autant de plaisir à torturer son idiot préféré.

Elle délaisse le piano et vient plutôt du côté des canapés, prenant au passage l'un des livres qu'elle a repérés pour elle dans la bibliothèque de Netherfield.

« Que lisez-vous donc, Eliza ?

— Oh, je l'ai trouvé tout à l'heure, en rentrant de la promenade. C'était un auteur qu'Éléonore aimait. Je… Je ne l'ai jamais lu en réalité. Je me suis dit que c'était le moment où jamais.

— Je vous garantis que ce n'était pas de votre faute. J'ai survolé le dossier. L'arbre qui est tombé, il a provoqué la destruction d'un pont. Des tragédies comme ça ont déjà été vues. Et vous n'auriez pas pu les prévoir. Il ne me semble pas d'avoir revu de pont dans ce coin-là. Je ne sais pas si ce serait une bonne idée, ou alors faudrait s'assurer qu'une nouvelle tragédie ne se reproduise pas.

— Non, cette zone est maudite, il ne faut pas tenter le diable.

— Eliza, calmez-vous. Je ne crois pas aux malédictions. Nous sommes nés, l'un comme l'autre, dans des familles privilégiés. Nous avons le pouvoir de changer la société autour de nous. Nous avons des responsabilités, nous avons des devoirs, mais je ne crois pas qu'un Dieu au-dehors cherche à nous nuire particulièrement. Il a déjà tant à faire par ailleurs.

— Vous ne devez pas vous faire que des amis avec un discourt comme celui-ci.

— Je n'ai pas honte de mes convictions. Je vais à la messe chaque dimanche et mon curé est l'un des mieux lotis, mais je ne crois pas à un dieu qui veuille punir. Je pense que le Dieu veut notre bien, le bien du plus grand nombre.

— Je ne vous accuse pas, William. Je vous remercie, même, de votre attention. Mais vous n'effacerez pas la douleur de sa disparition comme cela.

— Je voulais juste vous aider dans votre fardeau.

— Et je vous en remercie, William. Je crois que je vais me retirer. Je suis tellement fatiguée. Je n'ai pas envie d'attraper ce que Jane couve.

— Bonne nuit, Eliza. Faites de beaux rêves. »

Sa voix grave la suivit alors qu'elle courait vers la chambre de Jane, décidée à la revoir avant de dormir.

Cette nuit-là, elle rêve pour la première fois depuis longtemps qu'elle est à Longbourn, mais qu'elle s'appelle uniquement Lizbeth DeBourgh. Et que William la retrouve très vite, et l'invite sur toutes les danses de l'assemblée de Meryton. Elle rêve d'avoir son corps contre le sien dans une valse. D'avoir son attention. Et qu'il l'aime toujours autant. Sans mensonges et secrets entre eux.

Au réveil, des larmes s'échappent, et coulent dans la chambre claire inconnue.

Un grattement à sa porte la réveille complètement.

Et je vous laisse là à attendre le prochain chapitre.

Il y a eu beaucoup de révélations dans les deux derniers chapitres, et le suivant sera le dernier où Elizabeth (et Darcy d'ailleurs) logeront à Netherfield. et je vous promets une déclaration, mais surement pas celle auquelle vous vous attendez ^^ (rire démoniaque d'auteur)

Et je vous annonce que le chapitre suivant aura aussi un personnage qui n'est pas encore arrivé, mais que je sais que vous attendez tous impatiemment ! Et un deuxième aussi (d'ailleurs).