Histoire originale : The Savior, Child of the Tardis, Son of a Mad Man, de Kuroi in a Black Hole

Nombre de chapitres de l'histoire originale : 33
Nombre de chapitres traduits : 7

Chapitre 3 : Où Harry fait des choses étranges

~~~~~~~~~~~~~~ Voici le début ~~~~~~~~~~~~~~

Harry était avec le Docteur depuis quelques mois à présent, ou au moins ce qui semblait des mois. Le temps était jugé en fonction de la croissance de Harry, et en ce moment, il semblait avoir environ dix-huit mois à peu de choses près. Les enfants humains grandissent vite pour des êtes si petits. Ils parvenaient aussi à rencontrer un nombre impressionnant de problèmes pour leur taille. Harry avait réussi à retrouver la piscine perdue (en tombant dedans. Le Docteur, heureusement, était juste derrière lui), une pièce sans gravité (il avait adoré celle-là, gloussant alors que le Docteur essayait de le ramener au sol), et une salle de jeu. Le Docteur garda celle-ci à l'esprit pour quand le garçon serait plus âgé et pourrait apprécier davantage l'équipement. Pour l'instant, il était encore trop petit pour faire plus que tomber.

Le Docteur restait aussi dans des lieux avec un niveau minimum de danger. Harry était juste trop petit pour être emmené dans des troubles, et il ne pouvait pas vraiment le laisser seul dans le TARDIS. Surtout après que la première fois que Harry était entré dans le vaisseau, elle les avait emmenés sur une planète qui n'était qu'à quelques heures de son oblitération par une explosion de rayons gammas.

Il s'était aussi attaché de manière surprenante à l'enfant, bien plus qu'il ne l'aurait pensé. Le garçon était facile à vivre, riant, souriant, jouant avec des boules qui apparaissaient et disparaissaient. Pendant un moment, le Docteur fut incapable de laisser Harry seul loin de lui, pas sans le joindre au sol pour jouer avec lui. Le TARDIS avait aussi restauré les cuisines et une chambre qu'il n'avait jamais vue auparavant, mais qui était remplie de vêtements de bébé et avait un lit qui convenait plutôt bien à Harry.

Cette vieille fille savait quand il avait besoin de quelque chose, n'est-ce pas ?

Il avait aussi utilisé un certain nombre de vestes, après avoir découvert l'amour de Harry pour jeter de la nourriture autour de lui. Certains aliments, notamment quelques fruits de la Galaxie d'Andromède, tâchaient complètement les vêtements. Après sa première rencontre avec eux, il décida que ces fruits pouvaient attendre jusqu'à ce que Harry soit suffisamment âgé pour les manger sans mettre du désordre partout.

Il se souvenait du jour où Harry parla. Il était suffisamment âgé pour parler quand il avait été confié au Docteur, mais avait choisi de ne pas parler ou n'était pas encore suffisamment habitué à son nouvel environnement pour le faire. Mais quand il parla finalement, ses premiers mots provoquèrent une certaine panique chez le Docteur. Cela aurait été s'ils n'avaient pas été prononcés en direction du Docteur :

« Papa ! » avait couiné Harry joyeusement, en applaudissant et en pointant du doigt le Docteur.

De grands yeux et une face convenablement choquée accompagnèrent cette proclamation.

« Non, non, Docteur. Je suis le Docteur.

— Papa ! »

Et après quelques tentatives infructueuses pour faire dire à Harry 'Docteur' au lieu de 'Papa', le Docteur abandonna. Les enfants étaient naturellement têtus, et Harry était encore plus déterminé que la plupart à avoir ce qu'il voulait. A la suite de cette déclaration de paternité, Harry commença à babiller sans cesse. Sa liste de mots contenait 'TARDIS', 'brillant' et un joyeux 'Accroche-toi !', différents noms d'aliments et quelques planètes obscures qu'il avait retenues, avec des mots plus normaux. Il savait, heureusement, utiliser le pot avant que le Docteur ne le prenne, c'était donc un obstacle en moins à franchir.

Harry aimait aussi marcher et explorer. Il n'était au début pas très stable sur ses jambes, restant généralement debout, mais tombant en avant de temps à autre (et gardé attentivement dans sa chambre par le Docteur), mais il fut rapidement une machine mobile. Le Docteur fut intelligent et attacha une laisse d'énergie au bambin quand il réalisa qu'il ne pouvait plus l'enfermer dans sa chambre par sécurité. Ça ne se serait pas bien passé pour le garçon.

Il était plutôt content de cette laisse car peu après l'avoir mise en place, Harry sortit du TARDIS alors qu'elle flottait dans l'espace, en gloussant et en criant « oui ! ». Il fut alerté par le TARDIS lorsqu'une forte alarme résonna dans le vaisseau, et quand il accourut et vit le gamin flotter au delà du pas de la porte, il sentit ses deux coeurs faire un bond dans sa gorge.

Sa réponse parfaitement rationnelle fut la panique. Forte et violente.

Harry fut tiré à l'intérieur du TARDIS, à sa plus grande déception car l'argument 'les zétoiles sont zolies, Papa !' eut un succès négligeable auprès du Seigneur du Temps qui essayait surtout de calmer la course folle de ses deux coeurs. Harry fut serré contre lui au point de se débattre, puis il regarda le Docteur attentivement.

« S'il te plaît ne fais plus ça, d'accord Harry ? »

Les grands yeux verts de Harry étaient aussi solennels que les yeux d'un enfant pouvaient l'être.

« Papa triste ?

— Papa a eu peur, » clarifia le Docteur.

Harry sembla confus, mais hocha la tête.

« 'solé Papa. »

Harry mit une petite main sur la joue du Docteur, qui sourit :

« C'est tout bon, Harry. Tu m'as juste fait peur. »

Après ça, Harry eut tendance à rester près du Docteur, presque attaché à sa jambe de pantalon. Cela réduisit considérablement le besoin de la laisse, et Harry commença à se blottir contre le Docteur à chaque fois qu'il s'asseyait, et souvent s'endormait là. Le Docteur profitait de ces moment où Harry décidait de l'utiliser comme oreiller ou lit pour commencer à lui apprendre le nom des étoiles et des planètes, lui racontant les peuples de ces planètes et les lieux, les époques d'où ils venaient, ce qu'ils faisaient.

Harry aimait particulièrement les histoires de ceux qui pouvaient utiliser l'énergie pour changer le monde, et essayait parfois d'imiter les vieilles légendes avec ses mains. La plupart du temps, il réussissait à produire des étincelles et des couleurs, ce qui ne le rendait pas moins heureux.

Un autre effet secondaire de ces histoires fut la mauvaise habitude de Harry de répéter les noms d'obscures planètes et étoiles aux gens qu'il rencontrait à chaque fois que le Docteur l'emmenait faire des courses. Le TARDIS ne pouvait fournir tout ce dont ils avaient besoin, et ils finissaient par épuiser les provisions essentielles, comme le lait ou les pommes, le goûter favori de Harry tant qu'elles étaient coupées en petits morceaux.

L'habitude de Harry de chantonner le nom des étoiles attirait l'attention des passants, qui semblaient se demander si tout allait bien chez lui. Le Docteur ne remarquait souvent pas ces regards, principalement parce qu'il était habitué à les recevoir tout le temps, et il corrigeait automatiquement la prononciation de Harry ou même ajoutait une étoile ou deux. Harry était trop jeune pour remarquer ces regards, et chantait à la place des passages de sa chanson à qui voulait bien l'écouter, ou restait suffisamment longtemps pour qu'il puisse les raconter. Cela devint le jeu favori de Harry, de savoir combien il pouvait en retenir. C'était aussi quelque chose que le Docteur aimait beaucoup lui enseigner. Le garçon avait une mémoire prodigieuse.

La magie de Harry (le Docteur, après avoir débattu un certain temps avec lui-même (littéralement. Il avait trouvé un hologramme avec lequel il pouvait se disputer), décida qu'appeler ça magie permettait de supprimer cinq mots de chaque phrase qu'il utilisait) causa quelques problèmes au début. Tout particulièrement la magie accidentelle. Quand Harry était énervé (ce qui arrivait moins fréquemment que ce que le Docteur avait même espéré), la magie de Harry s'emballait inévitablement. La première fois, il rendit les cheveux du Docteur orange, une action qui le rendit immédiatement plus heureux et rendit le Docteur songeur. Le Docteur garda ses cheveux d'un orange vif pendant environ trois jours (à plus ou moins une semaine. Le temps n'était pas vraiment défini dans le TARDIS). Ce fut la fois où il fut le plus proche d'être roux, et il s'en réjouit. Il fut moins impressionné par l'apparence rayée qu'il adopta quand Harry heurta sa tête contre les escaliers. En fait, tout le TARDIS fut pendant un moment rayé de bleu et de vert. Une fois, les rayures eurent même des paillettes qui parlaient, mais elles durèrent juste assez de temps pour scintiller et se présenter avant que Harry ne s'évanouisse et qu'elles disparaissent.

Bientôt, cependant, la magie accidentelle influencée par les humeurs, qui se manifestait habituellement en modifiant des couleurs ou en animant des objets étranges transformés en balles et blocs colorés que Harry attirait pour jouer avec, devint des petites galaxies que Harry créait alors qu'il apprenait de plus en plus d'étoiles et de planètes (bon, ses systèmes solaires ressemblaient souvent de manière amusante à dix soleils miniatures autour desquels vingt planètes tournaient dans tous les sens, mais ils gardaient Harry occupé. Une tâche que le Docteur ne trouvait pas aussi facile qu'elle le semblait.)

Il n'avait pas eu d'enfant autour de lui pendant bien plusieurs siècles, pas des enfants aussi jeunes tout du moins. Ses compagnons au fil des ans étaient suffisamment âgés pour parler couramment et prendre soin d'eux-mêmes, et avoir un autre être dont il devait s'occuper l'aidait en réalité, lui donnait un but autre que simplement voguer à travers les étoiles et trouver autant de problèmes que possible, aussi souvent que possible, juste pour se sentir en vie. Essayer de jongler entre un Harry en train de pleurer et un TARDIS capricieux le gardait souvent suffisamment occupé.

De ce qu'il savait des petits enfants humains (ses connaissances en la matière étaient limitées, car ce n'était pas un sujet enseigné à l'Académie, et il n'était pas vraiment là quand ses enfants étaient petits, et c'était il y avait très longtemps de ça. De plus, c'était des enfants de Gallifrey, pas des humains), ils n'étaient normalement pas supposés apprendre aussi vite, ou se souvenir d'autant que Harry. A à peine moins de deux ans, Harry était remarquablement bavard et avait une mémoire plutôt brillante. Cela avait pu être influencé par sa proximité avec le Vortex Temporel à un âge aussi jeune, mais ça n'expliquait pas tout. Sa propre construction mentale devait être plutôt extraordinaire pour se souvenir des noms d'étoiles et de planètes aussi bien. Cela créait des moments intéressants et amusants à bord du TARDIS. Cela voulait aussi dire que lorsque Harry était énervé, il l'exprimait de manière bien plus vocale qu'un enfant aussi jeune que lui le devrait. Cela créait des caprices intéressants.

« Papa ! Je veux voi' Si'ius et Betajuice ! Te plaît, te plaît ! Papa ! »

Le Docteur devait expliquer alors à l'enfant qu'ils venaient de les voir. Ce fait ne semblait pas voir d'importance pour le bébé en train de hurler. En réalité, la plupart des arguments logiques ne semblaient pas avoir d'importance pour Harry, qui hurlait son caprice dans sa chambre, puis se blottissait en reniflant contre le Docteur, en disant « 'solé » et en demandant une nouvelle histoire sur les étoiles.

Progressivement, la compagnie dont il avait besoin quand il prenait à bord ces humains et aliens et les emmenait avec lui disparaissait, alors que Harry se faisait son chemin dans sa vie. Harry était sa raison de vivre, avec ses grands sourires joyeux et son rire retentissant. Harry, qui trottinait partout avec ses verres pleins d'expériences scientifiques non-toxiques, où un liquide changeait en un autre dans une couleur différente ou s'envolait en fumée ou faisait du bruit. Harry, qui amenait ses jouets de sa chambre ou de la salle de jeu ou de peu importe l'endroit où il les empilait jusque dans la salle de contrôle parce que « c'est là où est Papa ! ». Au lieu de montrer à ses compagnons un monde complètement nouveau, il élevait cet enfant, cette boule de vie et d'énergie et d'enthousiasme dans un Univers infini.

Harry avait du mal à comprendre le concept de temps. Les minutes, les heures, les jours, les années n'avaient pas vraiment de sens pour lui. Quand la plupart des enfants de deux ou trois ans comprenaient le principe de jours et d'heures, Harry s'en moquait complètement. Il y avait le moment pour manger, le moment pour dormir, le moment pour jouer, le moment des aventures, le moment où il ne fallait pas déranger papa pendant qu'il travaillait sur son moteur temporel très très sensible et il ne voulait pas que Harry se blesse, le moment pour apprendre. Le temps était défini par ce que Harry faisait et non selon une échelle de mesure créée par des espèces intelligentes.

Le Docteur restait soigneusement à l'écart de tout événement bouleversant l'histoire de l'Univers. Pas de guerres ou de batailles ou de planètes avec des conflits civils. Il ne pouvait pas laisser Harry seul indéfiniment dans le TARDIS pendant qu'il courrait sauver le monde encore et encore. Il faisait attention aux planètes qu'ils visitaient, aux systèmes stellaires qu'ils traversaient, aux dates qu'ils atteignaient. Le TARDIS aidait également. Au lieu d'emmener le Docteur à des moments critiques, elle le gardait en dehors de tout événement majeur. Il faisait profil bas.

Il réussit cependant à rencontrer la Reine Elizabeth, qui était une jeune femme d'une intelligence remarquable. De manière choquante, il n'y eut aucun événement changeant le cours de l'Histoire.

Harry avait deux ans, presque exactement, quand le TARDIS atterrit avec un bruit doux et que le Docteur prit Harry dans ses bras et se précipita vers la porte, attrapant sa veste au passage. Les petits pieds de Harry, chaussé de légères Air Streamers de 2457, donnèrent un coup alors qu'il riait.

« Où on est ?

— C'est ce qu'on va voir, n'est-ce pas ? »

Le Docteur ouvrit dramatiquement la porte, tout était dans l'impression, pour faire immédiatement face à l'embout pointu d'une flèche. Il déglutit et orienta Harry derrière lui.

« Qui êtes-vous ? »

Le Docteur cligna des yeux. C'était une voix féminine, impérieuse et demandant à être obéie, et elle ne venait certainement pas du gars se tenant devant lui.

« Euh… Je suis le Docteur. Pouvez-vous demander à cet homme de baisser son arme ? Je ne veux vraiment pas blesser Harry. »

Harry regarda avec de grands yeux curieux par dessus son épaule.

« Papa, qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il, en pointant vers l'arme tendue vers eux.

Le Docteur baissa les yeux vers lui :

« Ça s'appelle un arc. Le morceau pointu tendu vers moi est la flèche, qui est utilisée comme arme. L'archer, l'homme qui tient l'arc, tire la corde en arrière en la gardant tendue pour donner beaucoup de puissance à la flèche. Comme ça, quand il lâche la corde, la flèche vole dans les airs. »

Il leva la tête vers l'archer :

« Une flèche que j'aimerais vraiment ne plus voir pointée vers moi, s'il vous plaît. »

Le Docteur était toujours tourné de façon à tenir Harry le plus loin possible.

L'archer avait hésité en voyant Harry l'observer avec de la curiosité dans son regard. Il n'était ni préparé ni motivé pour tirer sur un enfant. La voix féminine, se tenant derrière l'archer, parla à nouveau :

« Baissez votre arme. J'aimerais rencontrer ce docteur et son enfant. »

L'archer baissa son arme avec reconnaissance, lançant un regard suspicieux vers le Docteur mais souriant à Harry. Le Docteur vit finalement la femme qui parlait et il cligna des yeux avant de sourire largement :

« Harry, je souhaite te présenter la Reine Elizabeth la Première du Grand Empire Britannique, fille d'Henri VIII et une des plus grandes dirigeantes de l'Histoire ! »

Harry la regarda avec de grands yeux verts.

« Jolis vêtements. » dit-il finalement.

La reine haussa un sourcil :

« Tu es un enfant très impertinent. »

Harry fronça les sourcils :

« Imp… imp… imper… »

Il leva les yeux vers le Docteur.

« Impertinent, dit le Docteur lentement, en détachant les syllabes. Ça veut dire que tu dis ce que tu penses même si ce n'est pas approprié. »

Harry hocha la tête :

« Impertinent. J'aime bien ce mot. Impertinent. »

Il mangeait un peu les syllabes, mais c'était toujours compréhensible. La Reine Elizabeth le regardait avec fascination.

« Qui êtes-vous, sire Docteur ? Et comment êtes-vous arrivé dans la salle du trône ? »

Le Docteur regarda autour de lui :

« Oh, c'est là où nous sommes ? Je n'en étais pas sûr. C'est ma faute, honnêtement. Je ne le voulais pas. Je visais les jardins, mais le TARDIS m'écoute rarement. C'est assez frustrant, en toute honnêteté. »

Le Docteur sourit à nouveau. La reine inclina la tête, ne sachant que penser de ce Docteur avec ses mots bizarres et cet enfant étrange et cette boite surprenante. Il avait un accent anglais, mais il y avait quelque chose dans sa voix qui ne sonnait pas juste, une note ou un ton qui n'allait pas.

« Que faites-vous ici, dans le palais ? Et comment êtes-vous arrivé ?

— Et bien, nous ne sommes pas vraiment… oh, quel est le mot. Nous nous sommes glissés à l'intérieur. Oui. C'est ce que nous avons fait. Seule explication, n'est-ce pas ? »

La reine haussa un sourcil soigneusement taillé.

« Dans ce cas, qu'est-ce qui m'empêche de vous jeter dans les cachots et de vous retirer l'enfant ?

— Je suis sûr qu'on peut parvenir à un accord, votre Majesté. C'était une erreur honnête.

— Comment se glisser à l'intérieur du Palais de Buckingham est une erreur, Docteur… quel est votre nom, sire ?

— Juste le Docteur. Honnêtement.

— Ce n'est pas un nom. C'est un titre qui doit être mérité pour être porté avec justesse. »

Elle le regarda :

« Avez-vous gagné le vôtre ou l'utilisez-vous également de manière inappropriée ? »

Le Docteur parut songeur :

« Et bien, ça dépend de votre définition de docteur, en fait. Je suis nul en chirurgie, mais très doué en médecine et généralement bon en sciences, je pense. J'ai obtenu mon diplôme, cependant. Université de Mars, classe de Zéro étoile Pomme 789. »

Il eut un grand sourire. La Reine Elizabeth sembla stupéfaite :

« Vous êtes vraiment fou, sire.

— Oh oui, c'est tout moi. Aussi fou que le chapelier ! »

Il afficha le même sourire.

« Êtes-vous donc apte à élever votre enfant, homme fou ? »

Le Docteur sembla amusé :

« C'est le mien, donc ça ne vous regarde pas.

— Sire Docteur, si vous et votre enfant voulez bien me suivre, j'aimerais vous parler dans un lieu plus privé. »

Elle désigna de la tête l'extrémité de la salle du trône :

« Par ici. »

Cela était sans doute formulé comme une requête, mais ça n'en était pas une. Le Docteur obéit avec plaisir, montrant joyeusement du doigt certaines choses à Harry dans un faible murmure alors que le garde de la Reine les suivait.

« Nous devons avoir atterri dans la salle du trône, Harry ! Pile au milieu de la salle ! Je me demande si nous verrons les salles d'état. J'espère pas les cachots. Ce serait vraiment déplaisant, n'est-ce pas Harry ?

— Est-ce que la reine est en colère ? » demanda Harry doucement.

Le Docteur sourit :

« Nan, pas en colère. Confuse et curieuse, peut-être, mais je ne pense pas qu'elle soit en colère.

— Oh, okay. »

Harry bailla à son côté.

« Fatigué Papa. Je vais dormir maintenant. Bonne nuit. »

Harry appuya sa tête contre l'épaule du Docteur et ferma les yeux. Le Docteur le déplaça pour le tenir devant lui, la tête glissant dans le creux entre son bras et sa poitrine. Harry soupira et se blottit contre lui, glissant son pouce dans sa bouche.

Le Docteur fit la grimace et le réinstalla en travers de sa poitrine avant de parler :

« D'accord Harry. Bonne nuit. Je te réveillerai s'il se passe quelque chose d'intéressant. »

A peine cinq minutes plus tard, Harry ronflait doucement contre le torse du Docteur. Seul un enfant grandissant dans le TARDIS pouvait s'endormir alors qu'il était escorté par la reine et sa garde armée, songea le Docteur. Bon, il était certain que tous les nourrissons en étaient capables, et n'importe quel enfant fatigué également, il ne devait pas faire ces grandes affirmations. Il estima que c'était une part du rôle de parent de penser que son enfant était le plus spécial du monde.

Cela lui allait, pensa-t-il. Harry était vraiment le plus spécial, à ses yeux, et c'était tout ce qui comptait pour lui.

La reine les conduisit dans un salon confortable mais en aucune façon petit, et fit signe au Docteur de s'asseoir en face d'elle. Elle jeta un coup d'oeil à Harry.

« L'enfant est jeune, je présume.

— Il a deux ans, environ. Plus ou moins. Dans la fourchette autour de deux ans. »

La reine cligna des yeux :

« Vous êtes un homme vraiment étrange, Docteur. »

Le Docteur sourit.

« Je suis curieuse. Vous apportez une boite bleue dans la salle du trône sans qu'aucun de mes gardes ne remarque quoi ce soit et en sortez avec un enfant. Quelle sorte d'homme êtes-vous, Docteur ? »

Le Docteur s'appuya dans sa chaise, bougeant Harry doucement jusqu'à ce que le bambin soit blotti sur ses genoux, le pouce dans la bouche. Le Docteur plaça une main dans le dos de Harry, sentant la respiration aller et venir. Il regarda la reine, qui les observait avec des yeux perçants.

« C'est un très bel enfant, dit-elle. Des couleurs inhabituelles par ici. Ses yeux sont vraiment verts. »

Le Docteur eut un sourire du coin des lèvres, comprenant la demande :

« Nous ne sommes pas d'ici, non. » confirma-t-il.

La reine hocha la tête, songeuse :

« Votre accent semble de Londres, mais il y a quelque chose d'autre. Quelque chose dans votre voix. Je n'arrive pas à le placer.

— Je serais vraiment surpris si vous le pouviez, votre Majesté. Peu dans l'Univers le peuvent. »

Il eut un sourire mystérieux et elle fronça les sourcils :

« Que faisiez-vous dans ma salle du trône, Docteur ? Et comment êtes-vous arrivé là pour commencer ? Vous ne pouvez pas être arrivé par accident, c'est un des lieux les plus sérieusement surveillés d'Angleterre. »

Elle pencha la tête, l'observant avec considération :

« Et comment cette boite bleue est arrivée là ?

— Et bien, Elizabeth la première, je connaissais votre père. Un homme brutal. Il aimait cependant une bonne pinte. »

Il pencha la tête et regarda vraiment la reine :

« Vous étiez une petite chose. Votre maman vous a laissé avoir des fraises un soir. Votre visage était tout rouge, sourit-il. Vous adoriez mon tournevis sonique. Vous n'arrêtiez pas d'appuyer sur les boutons. »

Il baissa les yeux vers Harry :

« Pas très différente du petit Harry en fait. »

Elizabeth fronça les sourcils :

« Ce n'est pas possible. Vous… vous n'êtes pas très âgé, sire Docteur. Pas beaucoup plus vieux que moi-même, si je dois deviner. A quelle sorte de jeu êtes-vous en train de jouer ? Je n'apprécie pas qu'on se moque de moi. »

Ses mains se serrèrent dans sa robe. Son visage commençait à pâlir et rougir à différents endroits. Elle avait hérité le feu de son père, nota le Docteur, mais elle le contrôlait beaucoup beaucoup mieux que lui.

« Je n'ai pas toujours la même apparence, Elizabeth. En réalité, c'est la première fois que je viens ici avec ce visage. »

Il sembla songeur :

« Je suis déjà venu plusieurs fois, en fait. Je reviendrai peut-être. Qui sait, sourit-il.

— Vous êtes un homme étrange. Il y a eu un Docteur, une fois, il y a longtemps. Mon père l'a jeté dans la Tour [ndlt : de Londres, une prison à l'époque] pour insubordination, mais il s'est envolé. »

Elle fronça les sourcils :

« Mais c'était il y a longtemps et cet homme était très très vieux.

— Premier visage, j'ai bien peur. J'étais jeune, impulsif. Et votre père avait enfermé mon TARDIS là-bas. C'était le meilleur moyen de la retrouver. »

Ils se regardèrent pendant un moment, Elizabeth la reine scrutant le Docteur sans-nom avec son enfant et sa voix étrange et ses phrases à rallonge et ses manières bizarres. L'enfant endormi sur ses genoux, complètement inconscient du monde autour et faisant la sieste avec son pouce dans la bouche, lui semblait étrange. En sa présence, les parents cherchaient à montrer leurs enfants sous leur meilleur jour. Alertes, intelligents, souriants. Le Docteur avait laissé son fils s'endormir en se moquant de qui elle était. Cela la déstabilisait et elle essayait de reprendre pied.

« Ce TARDIS… C'est le nom de la boite bleue que vous avez amenée dans la salle du trône, n'est-ce pas ? »

Le Docteur sembla satisfait :

« Oui, oui c'est ça. Je savais que vous aviez l'intelligence de votre famille.

— Qu'est donc exactement cette boite, ce TARDIS ? Cela ressemble à un petit conteneur et cela dit que ça appartient à la police. L'avez-vous volé à cette police ? »

Le Docteur sourit, amusé :

« Pas vraiment. Bien que je l'ai volée. Empruntée, plutôt. Peu importe, c'est du passé. Juste arrêté pour montrer à Harry l'Angleterre du 16ème siècle. Il aime les châteaux et les rois et reines. Fasciné par la royauté. Quand il se réveillera, il va probablement vous harceler de questions et vous demander s'il peut s'asseoir sur votre trône et porter la couronne ou je ne sais quoi. »

Il regarda l'enfant avec affection.

Elizabeth sembla légèrement choquée :

« Mais… Il est si jeune. Il est à peine assez âgé pour parler et marcher, et encore moins pour avoir une conversation intelligente. »

Ah, l'époque où les enfants devaient être vus et pas entendus. Le Docteur avait oublié à quel point les enfants étaient sous-estimés par les adultes de leur temps. Les humains, toujours en contradiction. Ignorez l'enfant jusqu'à ce qu'il soit assez âgé pour prendre des responsabilités, et sermonnez l'adulte parce qu'il ne connaît pas assez bien ses responsabilités.

« Harry est plutôt différent, j'imagine, de la plupart des enfants que vous avez rencontrés. J'oserais dire qu'il vous ressemble assez lorsque vous étiez enfant. Saviez-vous que j'ai tenu toute une conversation en français avec vous alors que vous aviez à peine quatre ans ? J'étais très impressionné. Les femmes du 16ème siècle reçoivent rarement autant d'attention pour leur éducation en dehors de ces pratiques considérées comme acceptables. Vous étiez une enfant étonnamment brillante. »

Elizabeth fronça les sourcils à ces paroles. Elle se souvenait d'un homme parlant avec elle alors qu'elle était enfant. Il était drôle, habillé dans un étrange costume avec une sorte d'aliment attaché, et il avait toujours le sourire. C'était étrange, mais il lui avait parlé comme à une adulte, et n'avait jamais pensé qu'elle gênait. Cela avait été un des plus beaux jours de sa jeune vie, être prise aussi au sérieux par un adulte qui n'était pas un membre de sa maisonnée, tout particulièrement après qu'elle fut recalée de son rang d'héritière au trône.

« Sire Docteur, c'était il y a de nombreuses années et un autre homme. Il avait un aliment accroché à son plastron. C'était assez frappant, mais vous ne pouvez pas être cet homme. Vous n'êtes pas lui. »

Le Docteur sourit de ce sourire amusé qui signifiait qu'il vous laissait votre rêve mais qu'il avait raison et vous devriez peut-être le croire aussi. C'était un sourire étrange, pensa la reine. Elle repensa à ses impressions au sujet de cet homme longtemps auparavant. C'était un souvenir brumeux, quelque part dans le jardin de sa maison de Hatfield, à une époque chaotique et pas toujours heureuse. Son tuteur de français, Jean Belmain, l'avait laissée sortir plus tôt pour jouer, et un étrange homme marchait le long du chemin avec une jeune femme, discutant de quelque chose dont elle ne se rappelait pas.

Il s'était arrêté quand il l'avait vue et lui avait parlé comme si elle était une adulte. Elle sortait juste de ses leçons de français et lui avait donc automatiquement répondu en français. L'homme eut un sourire ravi et lui parla en français avec enthousiasme pendant un moment. Elle avait même appris des mots nouveaux, et il lui avait montré comment faire un sifflet à partir d'un brin d'herbe et comment tresser des fleurs en un bracelet, avant de lui en donner un à elle et à sa compagne, une fille dont elle ne pouvait se souvenir du nom. Il s'était présenté comme étant le Docteur. Tout comme cet homme venait de le faire.

Et il l'avait frappée comme étant étrange même à son jeune âge. Il était un souvenir qui, peu importe les années passées, ne l'avait jamais quittée. Elle l'avait rencontré l'espace de deux heures, mais d'une façon ou d'une autre il avait refusé de s'effacer de sa mémoire, un objet stationnaire dans un océan de changement. Mais, ce Docteur pouvait-il être l'homme étrange de son enfance ? Et comment ? Il était différent, plus grand avec des cheveux bruns en pointe et des yeux bruns, avec un costume bleu et un pantalon et une longue veste marron. Il n'y avait pas d'aliment sur sa personne.

« Docteur, je ne comprends pas. Si vous êtes celui que vous prétendez être, comment est-ce possible ? Vous n'avez pas la même apparence. J'ai vieilli de vingt-deux ans dans l'intervalle et vous… vous êtes différent. Ce n'est possible d'aucune manière imaginable. Aucun humain ne peut faire de telles choses. »

Elle s'arrêta à ses propres mots, et regarda plus attentivement le Docteur :

« Êtes-vous humain ? » demanda-t-elle finalement.

Le Docteur n'avait pas dit un mot alors que la reine réfléchissait sur son impossibilité. Il savait qu'elle était intelligente, qu'elle atteindrait finalement la bonne conclusion, ou s'en rapprocherait suffisamment pour que ce ne soit pas dur pour lui de remplir les détails. Il la regarda étudier tout ce qu'elle savait. Elle était une femme intelligente, elle avait dirigé un empire pendant quarante-cinq ans. Donc, quand elle le regarda finalement avec de grands yeux, lui demandant s'il était humain, le sourire qui s'étira sur son visage était sincèrement satisfait.

« Je savais que vous trouveriez. Pile poil. Un cerveau épatant que vous avez là. Une jeune femme étonnamment intelligente. Tout ce dont vous aviez besoin était un peu de temps, et vous arrivez droit à la bonne réponse. »

Elle le regarda, clignant des yeux :

« Vous n'avez pas répondu à ma question, Docteur. Vous avez pris grand soin de ne pas répondre à ma question. C'est un des détournements les plus talentueux que j'ai jamais vu, et j'ai siégé au conseil du trésor de nombreuses fois. »

Elle lui adressa un sourire poli et le Docteur haussa les épaules, pas particulièrement inquiet :

« Bien, vous avez raison. Je ne suis pas humain. Loin de là, » lui dit-il avec un grand sourire.

Elle baissa les yeux vers Harry :

« Et votre enfant, Docteur ? Est-il humain ?

— Il est principalement humain, je suppose. Bien qu'avec Harry ce soit difficile à dire. C'est toujours la question de savoir ce qu'on considère humain, en fait. La morale ? La génétique ? L'éthique ? L'imprévisibilité ? Humain est un terme si intéressant à employer. Je vous ai toujours trouvés fascinants. Toujours changeant, défiant l'univers, la vision de ce qu'une espèce intelligente peut faire, peut atteindre. Les limites du bien et du ma…

— Vous radotez, Docteur. Est-ce quelque chose que vous faites souvent ? »

Le Docteur cligna des yeux à l'interruption. Cela ne lui arrivait plus souvent d'être interrompu, mais c'était également rare qu'il soit avec une personne comme Elizabeth I. Harry aimait habituellement l'écouter, autant que possible et souvent pendant un long moment, posant des questions au fur et à mesure.

« Et bien, de temps en temps. Je veux dire, quand il y a quelque chose à dire, j'aime parler. Et Harry aime écouter. Très bonne oreille. Il pose les meilleures questions, vraiment. Il sait le nom d'au moins douze des galaxies les plus visitées de l'univers, les quinze planètes les plus populaires pour les vacances, et quelques dizaines d'étoiles et… »

Le Docteur s'interrompit :

« Désolé, je radote à nouveau. »

Il sourit.

« Vous êtes un homme vraiment étrange, Docteur. J'aimerais beaucoup que vous restiez un moment. Votre boite bleue, le TARDIS, c'est votre moyen de transport, n'est-ce pas ? »

Le Docteur hocha la tête.

« Un moyen de transport des plus inhabituels. Ça doit être vraiment tout petit à l'intérieur, pour vous et votre enfant, Harry. Nous pouvons vous mettre à disposition des chambres pour toute la durée de votre séjour. »

Elle le dévisagea, attendant une réponse. Cela ressemblait à une offre, mais le Docteur pouvait entendre l'ordre caché et bien qu'il puisse refuser, et la reine le laisserait certainement partir, cela serait intéressant de rester un moment sur place. Et Harry adorerait ça. Il avait toujours aimé la royauté et les personnes connues et de voir des choses qui brillent, presque autant qu'il aimait courir et poser des questions.

« Certainement, pourquoi pas ? J'apprécierais un peu de repos et Harry aimerait également. Pas longtemps, pensez-vous, mais ça me conviendrait pour un petit moment, je suppose. »

Il secoua doucement Harry pour le réveiller et attendit que des yeux verts ensommeillés se posent sur lui :

« Papa. Il se passe quelque chose d'amusant ? » demanda-t-il, ses mots embrouillés par le sommeil et le réveil récent.

Le Docteur sourit :

« En effet. Que penses-tu de rester dans un palais un petit moment ? Avec une reine et tout ? »

Harry se redressa brusquement, ses yeux grands ouverts et la bouche béante :

« Vraiment ? On peut rester ? Je peux m'asseoir sur le grand fauteuil sur laquelle s'assied la reine ? »

La reine s'éclaircit la gorge, regardant Harry :

« Petit…

— Harry. Mon nom est Harry. » dit-il fermement.

La reine sourit :

« Harry, donc. Ton père dit que tu es intelligent. J'ai un tuteur qui adorerait t'apprendre des choses, et s'il dit que tu travailles bien, je te laisserai peut-être t'asseoir sur le trône. Le grand fauteuil. » expliqua-t-elle.

Les yeux de Harry s'agrandirent et il regarda le Docteur :

« Est-ce que je peux, papa ? S'il te plaît ? »

Le Docteur rit :

« Bien sûr. Tout ce que tu veux. Je suis sûr que ce sera intéressant, d'apprendre de ce tuteur. »

Il se pencha pour murmurer à l'oreille de Harry :

« Il faut juste que tu te souviennes, Harry, que tu ne peux pas lui parler du futur. »

Harry hocha la tête, bien que le Docteur savait qu'il devrait probablement expliquer quelques choses de toute façon. Harry adorait parler et raconter à quiconque voulait bien l'écouter n'importe quoi.

Harry se tourna vers la reine :

« Okay ! Vous promettez que si je travaille bon, je peux m'asseoir sur votre fauteuil, le trône ? »

Harry essaya ce mot nouveau avec assurance.

« Si tu travailles bien, Harry, je promets.

— Si je travaille bien. » se corrigea Harry.

Elizabeth sourit :

« Tu apprends vite. Roger sera ravi d'avoir un élève aussi apte, et un aussi jeune sera un plaisir pour lui. Il a une faiblesse pour les esprits brillants. »

Elle sourit à Harry, qui la regarda avec curiosité :

« Est-ce que votre nom est Reine ? » demanda-t-il.

Elizabeth rit :

« Non, c'est mon titre. Mon nom est Elizabeth, jeune Harry.

— Oh. Okay. Eliz… Eliza… Eliza…

— Elizabeth, » énonça-t-elle, se demandant pourquoi elle apprenait à cet enfant son véritable nom plutôt que "votre majesté".

Cela devait être cette rencontre non conventionnelle, supposa-t-elle. Ce n'était pas tous les jours qu'on rencontrait un visiteur d'un autre monde, et l'enthousiasme évident de Harry pour apprendre tout ce qu'il pouvait faisait chaud au coeur. Harry fronça les sourcils et essaya le mot doucement avant de dire, avec confiance :

« Elizabeth. Elizabeth. J'aime votre nom, il sonne chouette. » dit-il.

Elizabeth sourit et tendit sa main en se levant. Harry lança un coup d'oeil vers le Docteur, cherchant son approbation, avant de gigoter pour descendre des genoux de son père et se dresser maladroitement sur ses jambes. Il marcha jusqu'à la jeune reine, dont il prit la main avec un sourire ravi :

« Vous avez de belles mains, Elizabeth. » dit-il.

Elizabeth eut un sourire enchanté :

« Et tu es un enfant impertinent, Harry.

— Impertinent. Dire ce qu'on pense même quand on ne doit pas. C'est bon si je vous dis que vous avez de belles mains ?

— Oui, oui, c'est bon Harry. Est-ce que tu veux rencontrer Roger ? Il va adorer te rencontrer. »

Harry hocha la tête, jeta un regard vers le Docteur qui le regardait avec un sourire affectueux sur le visage, toujours avachi dans le grand fauteuil qu'il s'était accaparé :

« Tu viens Papa ?

— Oui, oui, je suis juste derrière toi et Elizabeth. »

Harry hocha la tête et commença à avancer en tirant la main de Elizabeth, avec toute l'impatience de la jeunesse et de l'énergie. Elizabeth sourit et se laissa entraîner par Harry :

« Jeune Harry, sais-tu où nous allons ? »

Harry la regarda, avec des yeux brillants et un grand sourire. Il ressemblait étonnamment à son père à ce moment-là.

« Nan ! Mais nous allons quelque part, n'est-ce pas ? »

Il la tira et elle suivit avec un rire tintant. Cela faisait longtemps que quelqu'un ne l'avait pas ainsi bousculée dans ses habitudes, et c'était rafraîchissant. Le Docteur suivit derrière son enfant en vadrouille et la reine d'Angleterre. Cela s'annonçait une aventure intéressante.

Harry fut rapidement connu de tout Buckingham Palace. Cela faisait à peine trois jours, et pourtant la vision du petit garçon brun dans ses étranges vêtements était quelque chose de courant dans les couloirs, la bibliothèque, les salles vides et la salle du trône. Il s'asseyait sur les genoux de la reine quand elle recevait des visiteurs, les écoutant attentivement et demandant occasionnellement la définition de mots qu'il ne connaissait pas.

« Elizabeth, dit-il, interrompant le bon conseiller local, qui semblait choqué de l'absence complète de révérence de l'enfant. Que veut dire 'inha… inhab… inhab…' »

Il fit une pause, essayant de dire le mot correctement.

« Inhabitable ? » dit doucement Elizabeth.

Elle appréciait les questions innocentes du garçon.

« Oui. Inhabitable. Qu'est-ce que ça veut dire ?

— Ça veut dire que personne ne peut plus vivre dans cet endroit. Habituellement parce que ce n'est pas sûr et les gens peuvent être blessés. »

Harry hocha solennellement la tête :

« Donc les personnes dont parle M. Jacob n'ont pas de maison ?

— Pas pour le moment. C'est pour ça qu'il est là. Il demande de l'aide. »

Harry hocha la tête en signe de compréhension.

« Parce que vous êtes la reine et vous aidez les gens, c'est ça ?

— Oui, c'est ça. »

Elle renvoya M. Jacob au service du trésor pour obtenir de l'argent pour le quartier pauvre de Londres qui s'était effondré. Elle commença à prévoir un moyen pour les pauvres de recevoir de l'aide et ne de pas seulement rester dans les rues, affamés.

Roger Ascham, son ancien tuteur, n'avait fait que des louanges sur le jeune garçon. Harry était intelligent, savait s'exprimer et il comprenait les leçons comme s'il respirait les livres de cours. Il lisait avec la capacité d'un enfant bien plus âgé que lui et ses connaissances en mathématiques étaient époustouflantes. Il semblait absorber tout ce qu'on lui donnait à faire et il en voulait toujours plus. Il adorait les histoires d'âmes aventureuses et se réjouissait de tout ce qui était fantastique. Roger avait demandé à la reine où elle avait trouvé le garçon. Elizabeth lui avait répondu qu'il ne la croirait pas, avant de sourire mystérieusement.

Le Docteur avait une conversation fascinante. Elizabeth rêvait de rencontrer un homme qui la traiterait comme une égale, plutôt que de se prosterner à ses pieds ou de la traiter avec condescendance et mépris. Le Docteur appréciait avidement leurs discussions et la mettait au défi. Ses vues sur le monde, la philosophie, ou la religion avec lesquelles elle avait grandi. Il était un être d'une autre planète, un visiteur de cette Terre, mais il semblait parfois si humain. Il tenait Harry comme n'importe quel parent le ferait, près de lui et protecteur. Il gardait un oeil sur lui, s'assurait que Harry était toujours avec quelqu'un, que ce soit lui-même, Roger ou Elizabeth. Harry était doué pour leur échapper mais le Docteur ne le perdait jamais.

Et il était un génie. Elizabeth avait déjà entendu ce terme auparavant. Il avait été utilisé pour elle par Roger et William quand elle était enfant. Elle se sentait à présent comme une enfant en parlant avec le Docteur. Une enfant qui savait très peu, aux pieds d'un vieux maître sage qui avait la connaissance du monde au bout de ses doigts. Il ne la traitait jamais comme une enfant, cependant. Il posait ses lunettes sur son nez et jouait aux échecs avec elle alors qu'ils parlaient d'humanité, d'éthique, de morale ou de religion.

Il croyait au Temps, à sa constance. Comment il serait toujours là, peut-être pas de la manière dont le connaissait Elizabeth, avec des Minutes, des Secondes et des Heures, mais il existerait toujours. Il croyait que les humains cherchaient toujours le bien, même s'ils faisaient des choses horribles. Il croyait que tout changeait et tout avançait vers un point inéluctable quelque part, et que même si tout avait une fin, quelque chose de nouveau commencerait. Il avait une foi dans l'univers que Elizabeth ne pouvait trouver en elle en sa propre religion. C'était inspirant.

Car pour toutes ses connaissances et sa sagesse, il ne rabaissait jamais ses croyances. Il l'écoutait toujours attentivement et prenait en compte ce qu'elle disait et ne lui disait jamais qu'elle se trompait. Il lui donnait plutôt un autre point de vue et la laissait décider, lui donnant une autre option si elle le voulait. C'était rafraîchissant.

Si Elizabeth était honnête avec elle-même, et elle essayait toujours de l'être, dans la sécurité de son esprit, elle était en train de tomber un peu amoureuse du Docteur. Le mystère, le calme, la connaissance infinie. Son enfant adorable et son adoration protectrice de Harry. Sa franchise et sa clarté. Le fait qu'il la traitait comme une égale, une intellectuelle à part entière à admirer. Ce n'était pas difficile de tomber amoureuse de lui. Mais elle pouvait également dire qu'il ne lui appartenait pas, et que ce n'était pas lui qu'il lui fallait.

Ils étaient dans le palais depuis une semaine et demie. Harry s'entendait merveilleusement bien avec Roger Ascham, il adorait le trône et s'y asseoir avec Elizabeth et écouter les gens parler de leurs problèmes. Il aimait la bibliothèque et courir partout avec les serviteurs et il adorait les cuisines. Parfois, il s'asseyait pendant les discussions du soir de Elizabeth et du Docteur et les regardait jouer en écoutant le Docteur lui expliquer les règles.

Cela faisait deux semaines et demie quand le Docteur afficha ce regard que Elizabeth savait signifier qu'il voulait partir. Il n'était pas homme à se poser, à moins d'avoir une très très bonne raison. Il devenait agité, bien que Harry s'amuse beaucoup, et il se préparait à partir. Elizabeth pouvait le dire rien qu'en le regardant. Leur dernière nuit avant son départ, elle s'approcha de lui et plaça un chaste baiser sur sa joue. Il sembla stupéfait.

« Vous partez ce soir, n'est-ce pas ? » lui demanda-t-elle, un sourire triste sur le visage.

Il n'aurait pas pu paraître plus choqué :

« Vous savez ?

— Docteur, je ne suis peut-être pas aussi intelligente que vous, mais j'ai discuté avec vous pendant deux semaines. Vous n'êtes pas habitué à rester aussi longtemps quelque part. Vous avez laissé faire si longtemps à cause de Harry, mais vous êtes prêt à partir. Je voulais juste… Je voulais juste vous dire au revoir, avant que vous disparaissiez. »

Elle hésita, paraissant toute la jeunesse de ses vingt-cinq ans plutôt que la personne la plus puissante en Angleterre :

« Et je voulais vous dire merci.

— Merci ? Pour quoi ? »

Elizabeth sourit :

« Cela peut vous sembler étrange, mais la plupart des personnes ici sont encore incertaines sur la façon de me traiter. Soit elles essaient trop de ''lécher les bottes'' (elle dit l'expression avec un léger amusement, l'ayant apprise du Docteur un peu plus tôt dans la semaine), soit elles sont trop occupées à penser que je suis toujours un jeune enfant, incapable de marcher seule. Vous m'avez traitée comme une adulte avec ma propre personnalité. C'est rafraîchissant. J'ai beaucoup apprécié. »

Elle sourit, faisant apparaître ses fossettes :

« Et je crois que j'ai un léger faible pour vous, Docteur. Vous êtes si facile à aimer. »

Ses yeux pétillèrent.

« Oh… euh… bien. J'oublie toujours combien vous êtes directe, majesté, sourit le Docteur. Je dois vous remercier pour toutes ces parties d'échec, pour avoir laissé Harry s'asseoir avec vous et apprendre de votre tuteur et vous-même. Peu à votre position le feraient.

— Je me suis souvenue d'un homme au visage aimable avec un légume accroché à ses vêtements, qui a parlé pendant des heures en français à une fille de quatre ans. Ce n'est qu'un juste retour de la gentillesse que vous m'avez montrée, Docteur. »

Le Docteur lui sourit avant de se pencher et de l'embrasser doucement, juste une légère pression de lèvres à lèvres.

« Merci, alors, pour avoir retourné la gentillesse de ce vieil homme envers mon enfant. Je ne l'oublierai pas. »

Elizabeth rougit légèrement.

« Vous reviendrez nous rendre visite à nouveau, Docteur ? Un jour ? »

Le Docteur afficha un demi-sourire :

« Je peux toujours essayer, Elizabeth, Reine d'Angleterre. Mais je ne peux rien promettre. »

La reine soupira, faisant glisser ses mains le long de sa robe délicatement brocardée, et recula :

« Je pense que je vais devoir me contenter d'espérer alors, Docteur. J'espère vous revoir un jour, ainsi que Harry. J'aimerais savoir ce qu'il deviendra adulte. Il sera une personne merveilleuse. »

Elle lui fit un grand sourire :

« Et j'espère qu'il contrôlera mieux son petit don spécial. La première fois que j'ai du expliquer pourquoi le plafond de la salle du trône ressemblait à un ciel nocturne était amusante. La dixième fut avec un sourcil levé en direction d'un Harry souriant. Je lui ai fait rectifier ça cet après-midi. »

Le Docteur sembla gêné. Il n'avait pas réalisé.

« Alors mes excuses pour le comportement aberrant de mon fils, votre majesté. Je vais faire de mon mieux. »

La reine sourit avant de hocher la tête en direction de la porte :

« J'ai demandé à Roger d'amener Harry ici. Il devrait arriver d'un moment à l'autre. Je vous souhaite bon voyage, Docteur. Vous protégerez Harry, n'est-ce pas ? Et vous-même. »

Le Docteur hocha la tête :

« Bien sûr. »

Harry se précipita dans la pièce droit vers les jambes du Docteur, babillant :

« PAPA ! Papa ! Roger a dit que les Romains se battaient dans le Col… col… Colisée où les gens étaient sur des bateaux sur terre et ils le rempliraient d'eau ! Est-ce qu'on peut aller voir ? S'il te plaît ? »

Le Docteur eut un sourire affectueux :

« Peut-être, Harry. Pourquoi ne dis-tu pas au revoir à Elizabeth et Roger, d'accord ? »

Harry regarda le Docteur, ses grands yeux verts écarquillés.

« On part maintenant ? » demanda-t-il.

Le Docteur hocha la tête. Harry soupira :

« Okay. C'est le moment de partir. »

Il fut reposé gentiment par terre et il marcha vers son tuteur. Roger le regarda.

« Bye bye Roger. J'ai aimé apprendre des choses de vous. Les poèmes étaient très amusants ! J'ai adoré Baewolf ! »

Roger sourit :

« Vous avez été un plaisir à enseigner, Harry. J'aimerais beaucoup que vous reveniez un jour. »

Il se pencha pour serrer Harry dans ses bras. Harry se tourna ensuite vers Elizabeth :

« Roger dit que je dois vous appeler Votre Majesté mais ça sonne bizarre. J'aime Elizabeth. »

Elizabeth se pencha et souleva Harry dans ses bras :

« C'est bon si tu m'appelles Elizabeth, Harry.

— D'accord. Bye bye Elizabeth. J'ai beaucoup aimé m'asseoir avec vous quand les gens venaient vous parler. Et vous avez toujours expliqué les mots pour moi. Vous allez me manquer.

— Toi aussi, Harry. Amuse-toi bien, Harry, et fais attention. D'accord ? »

Harry hocha la tête avec un sourire :

« Peut-être que nous reviendrons. Le TARDIS aime toujours quand je suis heureux, donc peut-être un jour. »

Il sourit et regarda son père :

« C'est bon, papa, on peut y aller. »

Le Docteur prit Harry des bras de Elizabeth et sourit à la reine avant de quitter la pièce, laissant Elizabeth et son ancien tuteur derrière.

Ils entendirent quelques minutes plus tard les sons du TARDIS à travers les couloirs vides et Elizabeth sentit des larmes couler sur ses joues. Le Docteur et son petit garçon allaient lui manquer.

Le Docteur regarda Harry, qui était assis dans sa chaise.

« Alors, prêt pour une nouvelle aventure, Harry ? » demanda-t-il.

Harry cria de joie.

~~~~~~~~~~~~~~ Voici la fin ~~~~~~~~~~~~~~

Notes de l'auteur :

La personnalité de Elizabeth I est basée sur son enfance et son adolescence. Elle était une enfant prodigieuse et intelligente, qui parlait couramment 6 langues à l'âge de onze ans. Elle apparaît dans un épisode de Docteur Who (saison 3) et l'auteur a voulu montrer leur première rencontre.

La capacité de Harry à bien parler est basée sur la propre enfance de l'auteur, qui avait l'habitude déconcertante de parler en phrases complètes et histoires élaborées avant ses 2 ans.


Notes de la traductrice :

Si Kuroi in a Black Hole ajoute des précisions sur ses chapitres, je les ajouterai en fin de chapitre, comme je viens de le faire.

Sinon, merci à tous pour vos favoris, vos alertes et vos commentaires !

Réponse aux reviews anonymes :

Chaos. : Merci pour ta review ! Je suis contente que tu apprécies mon style, mais je dois surtout remercier pour ça l'excellente qualité du texte original ;)

A bientôt !