Bon, je ne sais pas si vous allez me haïr pour le chapitre, ou pas. Je crois que vous allez me haïr. Dites vous bien que hors épilogue, tout se termine au chapitre prochain, donc nos chers personnages ne souffriront pas tant que ça...

Et je dois avouer que j'adore mon Wickham et mon Collins. J'espère que vous les apprécierez aussi. Sur ce, bonne lecture !

Etes-vous réellement prêt pour Hunsford ?

Chapitre 6 : Départs & Arrivées

Elizabeth se lève pour ouvrir la porte sur une servante qui demande si elle veut être préparée pour la journée.

Après quelques mots bien placés, Lizzie découvre que c'est William qui a signalé aux domestiques qu'elle se levait tôt, comme lui.

Elle découvre que la chambre dans la lueur du matin est une chambre qui communique avec autre chose, mais la porte est barricadée de son côté.

Elle se prépare avec l'aide de la domestique très rapidement. Alors elle arrive dans la chambre de Jane, mais se retire aussitôt sur la pointe des pieds quand elle voit comme sa sœur dort paisiblement. Elle n'a pas fait trois pas hors des chambres, dans le couloir, qu'elle voit sortir de la porte suivante William tout apprêté pour la journée. C'est lui qui a la chambre communicante, dont les portes sont barrées.

« Eliza ! »

Son regard et sa bonne humeur lui ramènent le sourire dès le départ de la journée.

« William. J'espère que la nuit a été bonne. Jane dort, visiblement paisiblement. J'allais prendre un peu l'air avant de prendre un encas.

— Voulez-vous m'accompagner dehors ? J'allais sortir avec mes chiens.

— Avec plaisir. »

Leurs sourires se répondent, et Lizzie soupire après le rêve. Comment sa situation serait-elle différente si elle pouvait se présenter comme Lizbeth DeBourgh...

Avant même d'être dehors, sur les chemins, la discussion est vive et joueuse et les deux jeunes gens s'échangent des piques, comme seuls deux anciens amis peuvent le faire. Finalement, William se tourne vers elle :

« Je dois être honnête avec vous, Eliza. J'apprécie beaucoup votre présence, et je vais la regretter quand je ne serais plus là. Mais je dois partir pour Londres très prochainement. Dans la journée. J'aimerais que vous transmettiez à votre père qu'il est invité à venir me voir à Darcy House, à Londres, où je vais être, jusqu'à nouvel ordre.

— Papa n'aime pas venir à Londres.

— Tu es aussi invitée, Eliza. Ta sœur aînée aussi. Mais je n'ai pas de soucis à inviter ton père, j'espère que tu le comprends. »

Lizzie sursaute en notant la proximité impliquée par le tutoiement. A-t-il compris qui elle est ?

« Tu me fais oublier qui je suis, Eliza. C'est trop dangereux.

— Tu veux être stupide en plus d'être idiot ? Je comprends. »

Elizabeth observe l'homme dont elle est amoureuse depuis plus d'une décennie. Elle peut se féliciter de l'avoir rendu amoureux d'elle une nouvelle fois, mais elle n'aime vraiment pas qu'il fuie devant elle. Qu'espère-t-il trouver ?

La déception qu'elle ressent la rend plus cassante qu'elle ne le veut, et elle récupère les mains que William a prises entre les siennes.

« Eliza… Je ne peux pas rester en ta présence. Je suis déjà fiancé, et ça me fait mal. Je pensais pouvoir profiter de ta présence si agréable, mais mes sentiments m'échappent. Je ne veux pas te faire du mal. Je vais partir pour Londres.

— Et tu vas chercher ta chimère.

— Oui, bien sûr. Et je te revois de toute manière dans moins d'un an.

— William. Espèce d'idiot avec des principes trop haut, trop grand pour toi. Je suis contente d'avoir été en ta présence, tu as été un rayon de soleil. »

Les larmes brouillent ces paroles. D'un mouvement un peu trop passionné, il attrape l'un de ses poignets et l'apporte à ses lèvres pour déposer ses lèvres.

« Eliza, ton fantôme ne sait pas ce qu'il perd. Et je veux respecter nos deux paroles. Alors je vais te laisser en Hertfordshire, et je vais retourner à Londres. Loin de toi, je devrais continuer à être qui je veux. Je veux être fier d'être fiancé à mon amie d'enfance, et pas avoir l'impression de passer à côté de ma vie. Dans moins d'un an, on se retrouvera. Et j'espère que tu seras prête à me dire exactement toutes les musiques de ma mère que tu connais. Et peut-être qu'on pourra parler d'elle. Adieu, Elizabeth Bennet, j'ai été ravi de faire ta connaissance. »

Il s'en va. Comme ça. Les paroles tournent en rond dans la tête de Lizzie, et si elle peut leur faire sens, il lui manque le courage pour le rappeler, pour lui dire là où il se trompe. Qu'il ne peut pas trouver sa chimère en cherchant où elle n'est pas ! Que Mlle deBourgh est un mensonge, qu'elle ne devrait pas exister. Mais elle ne dit rien.

Il lui rend ses bras, mais pas sa capacité à penser, et il lui caresse la joue, avant de se retourner et de rentrer vers la maison. Il la regarde, de temps en temps, mais la jeune fille ne bouge pas d'un seul centimètre. Était-ce une déclaration d'amour ? Cela y ressemblait bien. Mais qu'il est douloureux de se rendre compte qu'elle ne peut pas alléger sa peine. C'est un secret, et elle n'est pas autorisée à le dévoiler.

Il ressort quelques heures plus tard, prêt à prendre son cheval. En croisant son regard, elle le voit hésiter venir vers elle avec son cheval.

« Eliza, Mlle Elizabeth, j'ai réellement des affaires qui m'attendent en ville. J'ai… Votre rencontre est vraiment l'une des plus grandes attractions que j'ai eues depuis plusieurs années. Mais je ne veux pas me mentir. Tu… Vous êtes quelqu'un de parfait, trop pour que je reste. Je vous souhaite tout le bonheur possible.

— William, je… je ne veux pas que tu partes. »

Finalement, ses lèvres se délient.

« Je ne veux pas te perdre, j'ai l'impression qu'alors j'apprends à te connaître, je te perds. J'espère juste que tu m'autoriseras à te rendre visite sous un autre nom, en août. C'est dans longtemps, mais je sais que le bonheur sera enfin disponible. »

Elle secoue la tête pour chasser les derniers sanglots de tristesse… Elle le retrouvera, en août, et elle sera alors la fille d'Elvira. Dans dix mois, elle sera réunie avec lui. Il ne lui reste plus qu'à compter les jours, jusqu'à leurs retrouvailles.

Il lui caresse la joue, et remonte à cheval, pour disparaître au loin.

Peu de temps plus tard, un serviteur vient la chercher, car Mr Bingley est réveillé.

« Vous êtes au courant qu'il est parti parce que vous ne lui avez rien dit, Mlle Elizabeth ? »

La voix est froide et coupante, très différente de celle que Charles a la plupart du temps.

« Darcy est mon ami, et je sais que vous tenez à lui. Alors expliquez-moi une bonne fois pour toutes pourquoi vous ne lui avez pas expliqué que vous êtes la femme qu'il cherche sans relâche ?

— Je… Je ne suis pas cette femme-là. Je suis Elizabeth Bennet, tant que je vis avec Mme Bennet. Quand je serais libre d'elle, je deviendrais Elizabeth Bennet-DeBourgh. Mais avant, je ne peux pas, la réputation de mes sœurs est en jeu. Et je vous redemande, supplie, même, de ne rien dire à personne.

— Vous allez le laisser souffrir comme ça pendant longtemps ? Je n'aurais pas cru ça de vous, Mlle Elizabeth.

— Je n'ai pas le choix. Et non. Nous nous retrouverons l'année prochaine, et je lui expliquerais, s'il n'a pas compris. De toute façon, je lui ai déjà donné trop d'indices. Il est idiot, mais loin de moi, il comprendra ce que je voulais dire.

— Je n'apprécie pas les gens qui font souffrir mes proches. Je pense qu'il est plus facile pour tout le monde si vous restez le plus possible près de votre sœur, et que vous prépariez un carrosse pour vous raccompagner dès que Mlle Bennet sera disposée à être déplacée. »

Le goût métallique qui lui envahit la bouche n'est pas plaisant, mais Lizzie baisse la tête en acceptation. Elle n'est elle-même pas heureuse de la situation. Le regret vient lui mordre la joue, mais elle n'a pas le droit, c'est un secret trop lourd à porter.

Elle comprend dans son attitude et dans son ton qu'elle n'est plus considérée comme une amie. Alors qu'elle ne pouvait rien dire, et qu'elle n'a rien dit, elle perd en moins d'une heure, les deux amitiés qu'elle appréciait le plus à Netherfield.

Elle quitte le hall où Mr Bingley l'a reçue et retourne à la chambre de Jane avec le cœur lourd.

Une principale question tourne en boucle : William lui pardonnera-t-il d'avoir caché qui elle était ? Le mois d'août prochain ne viendra jamais assez vite.

Elle lit la poésie à sa sœur, et quand viennent les repas, elle les prend avec elle. Elle dort dans le fauteuil à côté de son lit. Elle pleure. Elle espère qu'il va changer d'avis, qu'il va comprendre qui elle est, sans qu'elle ait besoin de le dire. Elle se souvient de ses lèvres sur sa peau. Elle se désespère que l'hiver arrive, alors qu'elle veut être cet été.

Les jours se suivent, quand elle s'éloigne un peu, c'est pour aller se promener de manière solitaire dans le domaine. Elle retourne une fois par jour au mausolée pour Éléonore, et un jour, y trouve Mr Bingley.

« Mlle Elizabeth, je me retrouve à devoir vous demander de l'aide. Je vous ai cherché depuis quelques heures.

— Je viens chaque jour ici. Elle me manque, tout était plus simple quand elle était là.

— Les serviteurs disent que vous ne mangez rien.

— Je ne voulais pas lui faire du mal. C'est juste que ce n'est pas mon secret. Et que je ne veux pas que Jane ou Mary en pâtissent.

— Il y a donc plus que le fait que vous ayez été adopté par une amie de votre famille.

— J'ai effectivement été adoptée, Mr Bingley. Ma situation est compliquée, et je ne veux pas en parler.

— J'ai été en tort de vous accuser comme cela. Voudriez-vous bien m'aider à prendre en main le domaine ? J'ai besoin de guidance, et Darcy refusera de revenir, on sait très bien tous les deux qu'il peut être têtu. Et m'expliquerez-vous ce qui s'est passé l'année de la mort de sa mère ? »

Lizzie pousse un soupir. Oui, elle peut réparer les ponts dans son amitié avec Bingley. Eh oui, elle peut très bien deviner le contenu de la lettre qu'il a reçu à ce moment-là.

« Je me tiens disposée à vous expliquer ce que je sais. Votre intendant est votre allié. Mais pour William, oui, je le sais. Cela a été une année très dure. J'avais eu neuf ans, un peu plus tôt, et William… avant de partir pour Etton, m'avait fait promettre plusieurs choses. La première était que je veille sur sa mère et sa sœur. La seconde, que l'on se revoit à Pemberley à Noël. La troisième, c'était d'attendre d'avoir un âge correct pour accepter sa demande en mariage. »

À ce moment-là, Elizabeth éclata d'un rire sans joie.

« J'aurais su ce que le futur nous réservait, je lui aurais dit ce que je savais. Je lui aurais dit que j'habitais à Longbourn, et que mon père était Mr Bennet. Mais j'étais prompt à croire les mensonges des adultes. Nous restions à Pemberley. Je n'avais pas compris qu'il y avait un "mais". »

De nouvelles larmes se forment aux coins de ses yeux.

« Pemberley était à l'image de George et Anne. Anne avait une santé assez faible depuis la naissance de Georgiana, deux ans auparavant. Je ne me rendais pas compte, je l'avais vu quasiment toujours dans cet état. Elvira, elle, savait qu'elle allait perdre son amie un jour ou l'autre. C'est pourquoi on vivait à Pemberley. Quand Dame Anne est morte, Pemberley est entré en deuil. Elvira a fait la seule chose sensée, elle est partie, et m'a emmené. Le trajet a été long. Et je n'en ai pas de souvenirs. Dans l'une des lettres, Elvira dit que j'étais inconsolable de briser ma promesse à mon fiancé. Je veux bien le croire. Cela fait si mal de le rendre malheureux. »

La dernière phrase, prononcée à mi-voix, l'empêche de la couper.

« Sa belle-sœur, celle d'Elvira je veux dire, habitait au Sud, au sud de Londres. À Rosings. Le nom de jeune fille de Mme Kean était DeBourgh. Je n'ai aucun souvenir de Tante Catherine. Je suis resté chez elle autour d'un mois, je pense. Je n'ai aucun souvenir non plus de ma cousine Anne. Le plan d'Elvira était que sa belle-sœur me prenne sous son aile pour que je continue à voir William. Oui, la sœur de sa belle-sœur était la mère de William. Il avait été prévu, je suppose que William passe un peu de temps avec nous avant qu'il retrouve son père et sa petite sœur. Mais cette année n'était pas finie. Quelques jours ou semaines avant la veille de Noël, Dieu a décidé qu'il voulait rassembler les deux amies. Il a réclamé Elvira. Tante Catherine a dû en moins d'un mois, réagir à une seconde sœur qui lui était enlevée. Elle n'a pas réagi comme Elvira le pensait. Elle m'a envoyé à Longbourn et ne m'a plus jamais contacté. J'avais neuf ans, et les deux femmes que j'admirais le plus au monde venaient de mourir à moins d'un mois d'intervalle. Mon meilleur ami, mon confident, était hors d'atteinte. Et j'avais aucune idée de quand je pourrais le revoir. Cela a pris onze ans. »

Elle ne veut pas le dire à voix haute, mais sa voix l'a trahi.

« Eh bien, si ça peut vous remonter le moral, c'est depuis qu'il peut le faire, il vous recherche. Il participe à toutes les saisons à Londres, et n'aime pour autant pas du tout danser. Je pense que c'est surtout parce qu'il attend la bonne personne pour danser. »

Elizabeth se met à pleurer. Non, elle ne veut pas entendre ça. Elle va finir par se jeter sur une carriole de la poste pour filer à Londres, et se traîner à ses pieds. Mais encore une fois, elle ne peut pas.

« Il n'a aucun contact prolongé avec des femmes, c'est pour cela que ma sœur pense avoir toutes ses chances. Il refuse de se laisser courtiser par la moindre héritière. Il garde un masque froid qu'il a appris à utiliser depuis qu'il a quatorze ans. Vous êtes la seule personne qui ait réussi à le casser et avec qui il se soit senti à l'aise pour flirter en retour avec vous. Vous vous rendez compte qu'il est tombé deux fois amoureux de vous ?

— C'est réciproque. Dix mois à attendre, ça peut se faire.

— Dix mois ? Pourquoi ?

— Oh, il ne vous a peut-être pas dit. Il m'a invité à Pemberley pour sa sœur. À cause de la musique. J'ai été l'une des élèves privilégiées de sa mère.

— La compositrice dont vous parliez, c'est sa mère, n'est-ce pas ? »

Elle acquiesce, sans plus dire un mot.

« C'est bien pour vous. J'ai peur que la situation soit pas aussi belle pour Darcy. Il doit se donner ce délai pour vous retrouver. Je n'apprécie toujours pas ce que vous avez fait avec mon ami. Mais je ne vais plus vous punir pour ça. Vous êtes suffisamment désespérée comme ça. »

Cette mise au point démarra la seconde partie de son séjour. Elle voyait Mr Bingley avec l'intendant, dans son bureau chaque matin. Chaque après-midi, elle le passait aux côtés de sa sœur qui se remettait peu à peu. Chaque soirée, les deux sœurs les passaient avec leurs hôtes.

Au bout du milieu de la seconde semaine, Jane était suffisamment reposée pour être debout toute la journée. Elles décident donc de rentrer à Longbourn.

Quand elles rentrent, Lizzie échange un regard avec son père, et secoue la tête silencieusement. Elle le prend dans ses bras. Seul leur père les attend sur le palier.

« J'ai reçu une lettre, Lizzie, faudra que tu m'expliques. »

Elle hoche la tête doucement.

« Jane, Lizzie, si vos sœurs et votre mère ne sont pas là, c'est parce que mon cousin, Mr Collins, est arrivé.

— Papa, Mr Bingley viendra peut-être te voir demain matin, commence doucement Lizzie.

— Lizzie ? J'ai dû rater quelque chose dans le drame domestique. Je croyais que c'était ta sœur qui aurait ce genre de commentaire.

— Non, ce n'est pas pour ça. Mr Darcy est parti. Du coup, Mr Bingley a besoin d'aide pour son domaine. Cela fait plus d'une semaine que je l'aide à gérer ses affaires. L'intendant est quelqu'un de bien, mais il ne connaît pas le domaine correctement. Cela fait seulement quatre ans qu'il travaille pour Netherfield.

— Lizzie ? Tu dis que Fitzwilliam a quitté Netherfield ? Pourquoi ? Vous vous êtes embrouillés ? Cela explique la lettre que j'ai reçue, alors…

— Non. Oui. Je ne sais pas. Il ne sait toujours pas qui je suis.

— Tu ne lui as pas dit ! C'est irresponsable, Lizzie, tu aurais dû lui avouer au plus vite.

— Je ne peux pas lui dire. J'ai essayé de lui faire comprendre… Mais cet idiot est complètement sourd. Il est parti le surlendemain de mon arrivée. Parce qu'il est idiot.

— Lizzie ?

— Oh Papa, il est parti après m'avoir fait une déclaration très étrange. Il est parti pour ne pas tomber amoureux de moi, si j'ai bien compris ses paroles.

— Et tu l'as laissé partir ? Je te croyais l'une de mes filles les plus intelligentes, mais Lizzie, je vais devoir changer mon opinion.

— Papa ! Je ne peux pas annoncer à tout va pourquoi mon nom est plus complexe ! Je ne veux pas tacher notre famille, j'attendrais d'être hors de Longbourn pour le faire ! Quand je serais à Rosings, je pourrais lui faire signe, et j'espère qu'il me comprendra.

— Rosings ? Quelqu'un parle de ma très chère Dame Catherine DeBourgh ? »

Lizzie regarda son père avec des yeux exorbités. Derrière lui, un homme trapu, dans la quarantaine, apparaît et s'approche d'eux.

« Ah, mes chères filles, voici mon cousin, Mr Collins. Mr Collins, voici Jane et Elizabeth, mes deux premières filles. Jane était alitée à Netherfield, et Lizzie est allée pour lui rendre la santé.

— Ravi de faire votre connaissance, Cousine Jane, Cousine Elizabeth. Laquelle de vous deux est intéressée par le domaine de la Grande Dame Catherine DeBourgh ? »

Lizzie échange un regard amusé avec son père.

« Cela serait moi-même. Le nom m'a étonné depuis que Papa m'a laissé lire un morceau de votre lettre !

— Ah, la Grande Dame Catherine DeBourgh, ma chère cousine Elizabeth, est une grande Dame. Elle vit dans une magnifique maison, un véritable château ! Elle ne fait aucun doute que son héritière, Mlle DeBourgh, aura le plus beau domaine du Kent, voire de l'Angleterre. »

Lizzie échange un clin d'œil malicieux avec son père.

« Ah, le domaine doit être merveilleux alors. »

Elle intercepte l'incompréhension dans le regard de Jane, qui voyage entre le cousin, elle-même et leur père.

« Mlle DeBourgh doit être très heureuse alors de vivre dans un tel cadre.

— Ah, Cousin Elizabeth, Mlle DeBourgh est effectivement une jeune femme qui aurait tout pour sa vie. Si ce n'est qu'elle est de mauvaise constitution, et qu'elle n'a pas été présentée à la Cour.

— Ah ? Et donc quel âge a-t-elle ?

— Elle aurait dû être présenté à la Cour, il y huit ans. Elle le même âge, d'après ce que mes excellents calculs ont permis de détecter, que son promis, qui est aussi son cousin, Mr Darcy de Pemberley.

— Oh… Mr Darcy de Pemberley ! Promis ? »

Jane vient de comprendre les mots couverts de son père et de sa sœur.

« Jane ! Bien sûr que Mr Darcy est promis à Mlle DeBourgh. Il le dit lui-même…

— Oh, mes cousines connaissent le Neveu de la Grande Dame Catherine DeBourgh ?

— Connaître est sûrement un grand mot. Il est toujours aussi incompréhensible. Il est l'ami de Mr Bingley, qui loue le domaine de Netherfield.

— Ma Lizzie, coupe rapidement son père avant qu'elle ne puisse déclarer d'autres faits, aime à esquisser les portraits psychologiques des personnes qu'elle rencontre. Je dois dire qu'elle a des difficultés pour Mr Darcy.

— Oh, mais Cousine Elizabeth, les hommes de ce monde sont forcément différent de la société reculée du Hertfordshire.

— Mr Collins, faites attention à vos paroles. Vous n'êtes pas aimable.

— Ma chère cousine Elizabeth, vous ne pouvez pas me reprocher de dire la vérité. En tant qu'homme d'Église, il est de mon devoir de vous expliquer la différence entre...

— Mr Collins, reprend son père, je crois que vous vous méprenez sur les paroles de Lizzie. Vous êtes mon héritier par la loi, mais Lizzie et Jane sont mes héritières par mon cœur.

— Et Jane devrait avoir Ashlaigh, car c'est l'aînée. Et il lui manque un domaine. Avec l'aide de Jane, il pourrait devenir un très bon seigneur de domaine. Mais William a dit qu'Ashlaigh dépérissait.

— Il n'a pas été long avant de redevenir William. Dois-je m'attendre à le voir revenir ?

— Papa ! »

Lizzie échange un regard lourd de sous-entendus avec son père. Pour finir, ils éclatent de rire tous les deux, et reprennent pied dans la situation présente. Jane est gentiment en train d'écouter leur cousin qui se répète en compliment sur sa patronne.

« J'espère, Jane, que j'aurais la joie de connaître un peu plus Mr Bingley, et peut-être, comme un certain gentilhomme de notre connaissance, je pourrais l'appeler fils. »

Lizzie coupe avant que Jane ne puisse rougir des implications de ses paroles.

« Tu ne devrais pas t'évertuer à appeler William fils, parce que c'est un idiot, Papa. D'ailleurs, il t'a invité à le rejoindre à Londres, si tu en as envie.

— Très bien. Je n'aime pas la capitale. Mais pour lui, je crois qu'il faudra que je fasse un effort, comme vous êtes deux faces têtues d'une même main. Incapable de voir le monde du point de vue de l'autre. »

Il soupire. Lizzie se sent mal de la description qu'il lui fait. Elle aurait peut-être dû lui dire la vérité. Non, elle le reverra en août prochain, et à ce moment-là, il aura l'explication de son silence.

À son tour de soupirer. Lizzie trouve que le temps arrivera trop lentement. En attendant, elle peut s'amuser avec la bêtise de son cousin.

Elle échange un nouveau regard avec sa sœur et laisse entendre très vite qu'elle est beaucoup plus intéressée que les autres pour apprendre sur Rosings, et sur ses habitantes. Elle est triste d'apprendre que sa cousine est toujours aussi mal en point que le témoignage d'Elvira l'annonçait.

Quand Jane ou son père écoute leur discussion, elle fait des sous-entendus sur l'héritière de Rosings.

La plupart du temps, elle est simplement heureuse d'avoir une diversion. Sans cette dernière, elle se met franchement à regretter ses derniers mots avec William. Maintenant convaincue qu'elle doit lui annoncer qui elle est, elle supporte le curé de Hunsford avec bonne humeur.

Alors que le temps semble au beau, ses sœurs ont envies de retourner à Meryton pour faire un coucou aux jeunes officiers. Lizzie suit le mouvement. Son cousin est ridicule dans ses attentions, mais elle préfère qu'il n'importune pas ses sœurs, et elle aime apprendre d'autres détails de son héritage, aussi futiles soient-ils.

Elle avait retenu que Lydia avait eu un coup de foudre pour les officiers, personne ne pouvait vivre à Longbourn et l'ignorer. Par contre, elle revit son jugement quand elle le découvrit à faire un baisemain sous les rougissements de Lydia.

Elle cache sa surprise comme elle peut, et se présente, Jane, Mr Collins et elle dans la foulée.

« Lydia, présente-nous donc !

— Lieutenant Wickham, mes deux sœurs aînées, et Mr Collins, notre cousin. »

Elle roule des yeux en parlant de leur cousin, ce qui n'est pas correct mais comme ce dernier est incapable de s'en rendre compte, elle ne s'en formalise pas.

George Wickham.

Le meilleur ami de William. Meilleur ami dont il a provoqué, d'après lui, la séparation par un jeu de Cap ou pas Cap, et ce qui lui posait encore plus de cas de conscience.

Elle s'incline gracieusement comme Jane, et se cale sur elle pour ne rien laisser voir de son tourment. Que doit-elle faire ? Comment réagir ? Que s'est-il passé entre les deux amis d'enfance ? Avant qu'elle ne parte, ils étaient toujours ensemble.

« Oh, Lizzie, George m'a raconté son infortune, tu ne me croiras jamais.

— L'infortune de qui, Lydia ? Je ne crois pas connaître de George, aurais-tu oublié quelque chose ?

— Toutes ses règles m'ennuient toujours. Voilà, les présentations sont faites. Georges Wickham, ma sœur, Lizzie.

— Vous êtes depuis longtemps dans la région, Lieutenant Wickham ?

— Non, depuis moins d'une semaine.

— Je vois. »

Lizzie n'ajoute rien, prévoit juste de parler avec son père à propos de l'attitude de Lydia. Surtout si William parlait, effectivement de son amitié avec Wickham.

« Et pourquoi vous êtes-vous engagé dans la milice ? Vous avez envie de nous protéger contre les Français ?

— Bien sûr ! Je ne peux que m'engager pour défendre nos trésors. »

Lizzie n'ose pas le regarder droit dans les yeux, pour ne pas qu'il se doute de sa duperie.

Il inspire une telle confiance, qu'elle se répète l'air perdu de William. Elle ne devrait pas le relancer, mais vouloir se fondre dans le décor, mais elle veut comprendre ce qui s'est passé, alors elle reprend la parole

« Vous venez de quelle région ? »

Il relève le regard vers elle, étonné et suspicieux. C'est Lydia qui se retourne vers lui avec un grand sourire.

« J'ai pas eu le temps d'expliquer à Lizzie, elle a passé tout son temps avec Mr Collins. »

Elle pousse un soupir de soulagement quand son attention change pour se focaliser sur Lydia. Ses yeux reposent sur la poitrine généreuse de Lydia que cette dernière ne cache pas autant qu'elle le devrait. Elle se sent obligée de reprendre l'attention de l'homme loin des attributs de sa sœur.

« Qu'aurait-elle dû me dire ?

— Oh, simplement que j'ai compris qu'un peu de temps avant mon arrivée, vous avez eu la visite d'un ancien ami d'enfance, Darcy.

— Mr Darcy ? Effectivement, il est resté quelques semaines dans la région. Vous pourrez parler de lui avec notre cousin. Nous avons découvert qu'ils se connaissaient.

— Votre cousin ? Ah, je ne savais pas. Enfin, mes rapports avec Darcy sont complexes. Mais comme je me fais ma place dans la milice, je ne lui en veux plus pour avoir refusé de me laisser la cure de Krympton.

— Vous m'intriguez, Lieutenant. Je vous en prie, ne me laissez pas ainsi.

— Je ne devrais pas raconter l'histoire comme ça. Darcy était mon meilleur ami, depuis l'enfance, et sauf sa fiancée, il n'y avait personne avec qui il passait plus de temps que moi. J'étais le fils de l'intendant de Pemberley, vous comprenez ? On s'est un peu éloigné avec l'université. Et quand son père, le vieux Mr Darcy, est mort, je devais prendre les ordres pour la cure de Krympton. C'était pas mon rôle favori, j'aurais préféré devenir un instruit, peut-être un médecin ou un avocat. Mais comme le vieux Mr Darcy n'était plus là, il ne me payait plus les études, et j'étais décidé à faire ma vie comme il le fallait. Quand je me trouvais face à lui, dans son bureau, il me fit comprendre que comme son père était mort, il n'était en rien tenu de respecter sa parole. Et que donc, il me refusait cette opportunité. »

Lizzie le regarda dans les yeux. Elle ne pensait pas une seule seconde que son William ait pu faire ça. Alors, peut-être était-il temps de savoir ce qui s'était passé. Aussi discrètement qu'elle put, elle réorienta la discussion sur le sujet qui l'intéressait le plus au monde : William.

« Je suis totalement choquée par ce que vous me dites. »

Elle ne prend pas la peine de lui préciser que c'est à cause de ses mensonges qu'elle est choquée.

« Mais on le connaît si peu, pensez-vous qu'il puisse avoir des volontés néfastes pour les familles de Meryton ?

— Darcy aime à plaire à ceux dont il a envie. Non, je pense que les familles de Meryton ne risquent rien, car vous ne représentez rien. Sans vouloir vous vexer, Mlle Bennet.

— Vous ne me vexez pas. On connaît Mr Darcy sur seulement deux soirées, vous pouvez imaginer comme on le connaît ! Il n'a pas du décrocher plus d'un mot, tous nos voisins compris. »

Et elle passe sous silence que c'est sûrement parce qu'il voulait discuter avec elle, depuis le départ. Même sans savoir qu'elle était Lizbeth.

« Cela correspond à ce que je connais de Darcy. Il est complètement différent quand il est à Londres, autour de ses pairs.

— Ah ! racontez-moi un peu ça, j'ai des doutes à vous croire ! »

Lizzie ajoute un petit rire qui sonne affreusement faux à ses oreilles. Elle se croirait jalouse, mais ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ?

« Oh, je suppose. Il a dû être silencieux, et avec un regard comme si l'air était pollué. Eh bien, quand il est dans les soirées du premier cercle, il n'est pas comme ça.

— Vous voulez dire qu'il est souriant et aimable ?

— Oh non ! Et je sais que quand il était enfant, il pouvait être souriant et aimable, surtout quand une certaine jeune fille était dans le coin, sa fiancée.

— Cela ressemble grandement au grand amour, ce que vous me racontez là. Que s'est-il passé ? Pourquoi n'est elle pas devenue Mme Darcy, s'ils se connaissaient depuis si longtemps ?

— Pourquoi Lizbeth est-elle partie ? Je ne sais pas. Je suppose que si je la croisais, je lui poserais la question. Quand elle était dans les parages, Darcy était toujours beaucoup plus sympa que quand elle a disparu. Oh, je pense qu'elle a une très bonne raison pour partir. Peut-être elle a vu le vrai visage de Darcy, celui qu'on connaît, tous les deux. Ou alors, autre chose. Il y a toujours plein de raisons entre deux personnes qui vivent le grand amour. Comme je le sais si bien… »

Il reste silencieux un moment. Après ces paroles, Lizzie ne fait pas confiance à sa propre voix, et se garde de lui faire penser à Lizbeth en sa présence.

« Je me demande, vous ressemblez énormément à Lizbeth, s'il n'a jamais eu… de comportements déplacés en votre présence ?

— Mr Darcy ? Non. Jamais. Comme je vous l'ai dit, nous n'avons échangé qu'un mot ou deux pendant tout le temps qu'il était dans le voisinage. J'ai cru comprendre qu'il était reparti à Londres, et qu'il n'avait pas l'intention de revenir.

— Oh, ça c'est le code pour dire qu'il cherche Lizbeth à cor et à cri. Je n'ai jamais vu d'homme aussi amoureux et idiot que Darcy. »

Il jette ostensiblement un coup d'œil autour d'eux et découvre que personne ne peut entendre son murmure suivant :

« Au fait, Liz, tu rougis au niveau des oreilles, comme quand tu avais huit ans. »

Lizzie, elle, est pétrifiée. Elle veut se défendre, mais ne sait pas quoi dire de spécial.

« Franchement, vous êtes pathétique l'un comme l'autre. Je suppose qu'il ne sait pas. Moi qui étais si content qu'il se soit barré de là où j'essayais de refaire ma vie.

— Mr Wickham, je ne…

— Darcy est un con de frère, mais c'est mon frère quand même. Il m'a sorti du pétrin plus de fois que je ne peux le compter. Et Liz, franchement, il est pas doué, mais il essaye vraiment.

— Que s'est-il passé ? Entre vous.

— Pourquoi es-tu partie ? Il est mort quand il l'a appris, quand il a compris qu'il ne te retrouverait plus.

— Wickham, faudra qu'on parle entre nous, mais d'abord, je veux savoir ce qu'il y a entre toi et ma sœur.

— Mlle Lydia ? Il ne lui manque qu'une fortune pour qu'elle devienne mon bonheur. Mais hélas, avec la fortune qu'elle a, je n'ai pas de quoi nous faire vivre. Je vais devoir gagner du grade avant de pouvoir lui faire une offre.

— Ne jouez pas avec ma sœur, Wickham.

— Évidemment, si elle entrait en possession d'une fortune venant des industries du Derbyshire, elle recevrait une demande très rapidement.

— Seriez-vous un chasseur de fortune, Mr Wickham ? Ma sœur n'a aucune intention d'hériter de fortune venant du Derbyshire. Je ne sais pas d'où pourrait venir cette richesse.

— Bon dieu, Liz, j'aime pas du tout la femme que tu es devenue. Tu étais pas sarcastique comme cela. Est-ce que tu aideras ta sœur dans ses finances ?

— Dans l'état actuel, Lydia est l'enfant miracle de Mme Bennet, et je ne veux rien avoir à faire avec cette femme. Et Wickham, personne n'a le droit de m'appeler Liz ou Lizbeth.

— Je vois. »

Sa voix grave et basse se détourne d'elle pour s'intéresser au groupe qui les rattrape. Lizzie pousse un soupir en voyant Mr Collins qui se précipite vers elle. Elle jette un nouveau regard paniqué vers Wickham.

« Wickham, tu dis la moindre chose et je rendrais ta vie totalement misérable.

— Calme-toi, Liz, je ne vais rien dire. Je l'ai dit, vous êtes pathétique, mais il s'agit de mon frère, malgré tout. Et si tu changes d'avis sur la fortune de ta sœur, fais-moi signe. »

Elle adresse un signe de tête, et prend le bras de Jane et Mr Collins s'impose de lui-même de l'autre côté.

« Vous êtes parti bien vite, Cousine Elizabeth. Nous n'avons pas pu profiter de votre présence.

— Mr Collins, j'avais quelques mots avec Mr Wickham à propos de ses intentions à propos de ma sœur. Je ne peux pas dire que la réponse soit magnifique, mais au moins, je sais à quoi m'en tenir, et j'évoquerais le problème avec mon père.

— Je ne vous ai pas encore parlé des jardins de roses de Rosings ? C'est certainement à cause d'eux que le domaine à son propre nom. Forcément avec une si belle perfection parmi ses jardins, ceux qui l'ont appelé ainsi ont été touchés par une grâce divine.

— Des roses, dites-vous ? J'adore les fleurs. De quel coloris sont-elles ?

— Oh ! Cousine Elizabeth, elles sont de toutes les couleurs de la Création. Il y en a des roses et des rouges. Des crèmes et des fuchsias.

— Ça me paraît adorable. J'ai souvenir de vases emplis de roses de toutes les fragrances. Dans les pièces de…

— Du château de conte de fées de là-haut dans le Nord ? demande Jane avec une pointe d'impertinence.

— Oui, oui. On sait tous que les contes de fées n'existent pas. Donc ne t'inquiète pas, Jane. J'ai toujours aimé les roses et je ne compte pas changer d'avis. Surtout si j'ai l'occasion de vivre près de roseraie. »

Lizzie échange un regard avec Jane, tandis que Wickham s'étouffe en entendant ses paroles.

« Ca pour avoir des roses, il y en a. Mlle Elizabeth, vous voulez vraiment pas reconsidérer ? Il est riche, votre fortune personnelle ne vous servira à rien. »

Elle le regarde un instant. De ses yeux, il la supplie.

« Non. Wickham, j'ai déjà répondu. Je ne change pas de réponse en quelques secondes. »

Lydia prend mal que son favori et sa sœur discutent comme cela. Elle veut s'incruster dans leur discussion.

« Lizzie, de quoi parlez-vous ?

— Lydia, ma chère, il se trouve que je… j'ai connu ta sœur à un moment. Il y a longtemps. Nous avons eu des amis communs, de mon époque où je vivais à Londres. Je t'ai dit, ma chérie, que j'ai vécu à Londres après être parti de Lambton.

— Wickham, cesse de charmer ma sœur si tu n'as pas d'intention envers elle.

— Quand je sais qui va être son beau-frère, je ne peux pas croire que tu vas me faire ça, Liz.

— Je t'ai dit que je n'ai plus huit ans, Wickham.

— Ils vont le savoir un jour ou l'autre, c'est juste la famille. Je te répète qu'il s'agit de mon frère, en tout sauf en sang.

— J'attends toujours de savoir ce qui s'est passé entre vous. Tu ne m'as rien dit.

— Lizzie, George, vous vous connaissez ?

— Wickham, j'étais prête à te laisser le bénéfice du doute, mais là tu viens de le perdre. Quoique t'as fait William, il a eu raison. Lydia, je refuse que tu sortes de la maison sans moi ou Jane. Et tu ne vas plus te retrouver en compagnie de cet homme.

— Non, Liz, s'il te plaît. Il y a l'assemblée de Meryton bientôt et j'ai promis à ta sœur de danser avec elle.

— Lydia est une tête en l'air qui est incapable de tenir un secret.

— S'il te plaît, et je te dis tout ce que je sais sur lui.

— Le chantage n'est pas bien, Wickham.

— Liz, réellement, j'aime ta sœur. Elle a une telle candeur et une telle énergie, c'est magnifique. S'il te plaît, Liz, en l'honneur de notre passé commun, au nom de notre amitié, laisse-moi une chance.

— Je te l'ai déjà laissé, et tu l'as détruite aussitôt.

— C'est que ta famille, ils savent sûrement !

— Certainement pas ! Personne ne sait tout, sauf mon père.

— Tu veux dire qu'ils ne savent pas que tu seras, un jour ou l'autre Mme…

— Wickham ! Bon dieu, Wickham, je comprends pourquoi tu trouves Lydia à ton goût, vous avez la même absence de finesse. Personne ne sait, et personne ne saura tant que rien n'est officiel. Donc le fait que l'on se soit rencontré grâce à des amis communs à ... hum… Londres doit rester discret. Arrête de m'appeler Liz ! Je te rappelle que je n'ai plus huit ans.

— Pfff, lui doit avoir le droit.

— La jalousie, ça ne te va vraiment pas. Et il ne m'a pas appelé Liz ou l'autre surnom depuis de très longues années. »

Lydia les regarde d'un air crispé.

« D'accord, je peux faire avec. Vous vous connaissez. Vous parlez d'un autre, un ami commun, que je n'ai aucune chance d'avoir jamais vu. Et George a le droit de t'appeler un surnom que je n'ai jamais entendu. J'ai entendu notre mère t'imposer Lizzie, et j'ai vu que tu choisissais Eliza quand c'est Charlotte qui te parle. Mais jamais j'ai entendu Liz.

— Moi, je sais ce que symbolise Liz et surtout Lizbeth, répond Jane qui est toujours près de nous. Et Lydia, n'oublie pas que mère serait furieuse si nous l'utilisions devant elle. Alors s'il te plaît, ne dis vraiment rien dessus. Mère a déjà suffisamment de rancœur contre Lizzie.

— D'accord, Jane, et Lizzie, je ne parlerais jamais. J'ai le droit de voir George alors ?

— On va demander à Wickham si William aimerait que l'une de ses sœurs par mariage soit courtisée par un sans fortune comme ce lieutenant…

— William n'est pas au mieux de son appréciation de moi, Liz… Il a peut-être dû me sauver la face plusieurs fois. Et j'ai peut-être oublié de le remercier la dernière fois.

— Allons… Toi qui value tant que ça son amitié. Je ne peux pas croire que tu n'as rien fait pour le remercier.

— Peut-être que j'ai séduit sa petite sœur, parce que j'étais idiot et attiré par la dot facile de cette dernière ?

— Tu as… quoi ? Georgiana avait quel âge ? Tu sais que c'est de ma future sœur dont tu parles ?

— Elle avait quinze ans. Pour ma défense, elle ressemble à son frère.

— Wickham, je ne veux plus jamais te voir. Et je ne veux plus que William te voie non plus. Trahir l'amitié parce que tu as voulu profiter d'une jeune fille qui n'a personne pour elle. Tu es un monstre, Wickham. Je ne veux surtout pas te voir auprès de ma petite sœur.

— Mais Liz, je l'aurais rendue heureuse, tu sais que j'aurais fait tout pour cette famille. Elle était belle et naïve, assez proche de son frère là-dessus.

— William n'est pas naïf !

— Tu n'as pas mis en doute qu'il était beau. »

Pour toute réponse, Lizzie rougit.

« Non, ça je le sais, c'est vrai. »

Wickham éclate d'un rire léger.

« Tu nous as manqué, Liz, tu aurais dû revenir.

— Je ne pouvais pas. Mme Bennet ne l'aurait jamais accepté. Mais j'aurais tellement voulu.

— Vous êtes vraiment fait l'un pour l'autre. Mais s'il te plaît, j'étais jeune et idiot, quand j'ai séduit Georgiana. Je ne lui voulais pas de mal.

— Ma sœur n'a pas la dot importante de cette dernière.

— Ta sœur pourrait avoir une dot impressionnante, il ne tient qu'à toi qu'elle n'en ait pas, ton mariage avec William est assuré, je crois pouvoir dire que d'après les rapports de ta sœur, il a été en danger de retomber amoureux de toi.

— Ce que m'a laissé Mme Kean n'est pas pour mes sœurs.

— Tu n'auras rien à faire d'un autre domaine.

— J'ai d'autres sœurs auxquelles je suis plus attachée que Lydia. J'en ai quatre de sœur. Et Lydia est la plus jeune.

— Tu as la fortune pour en acheter d'autres.

— Et mes filles, quand j'en aurais ? Et je prévois déjà d'en acheter un, pour Jane.

— La part sur les industries risque de seulement rapporter plus. Mais je ne vais pas te supplier. Je vais déléguer ça à mon assistante. Et on se revoit à l'assemblée, Liz. Tu danseras avec moi ? En l'honneur du bon vieux temps ?

— Une danse ? Et tu ne revois pas Lydia avant l'assemblée sans Jane ou Mary avec elle ?

— Marché conclu, Liz. »

Elle s'incline pour sceller l'accord, pas tout à fait certaine de la bonne cause. Elle voit Mary discuter avec Mr Collins et lui fait un sourire pour se faire pardonner. Ce dernier l'intercepte et lui fait signe de venir s'approcher d'eux.

« Cousine Mary a du mal à appréhender l'un des sermons, du coup je lui ai donné ma vision éclairée.

— C'est très bien, Mr Collins.

— Je trouve le lieutenant un peu familier avec vous, Cousine Elizabeth. Il vous a touché.

— Il s'agit d'un vieil ami. Je ne m'attendais pas à le retrouver ici. Mais nous avons été séparés assez abruptement.

— J'ai cru que vous vous disputiez à mon propos, mais Cousine Elizabeth, je ne vous ai pas donné l'autorisation d'utiliser mon prénom, mais je comprends que vous l'ayez fait naturellement. »

Il lui accorde un sourire gras qui fait frissonner d'horreur Lizzie.

« Nous nous comprenons, n'est-ce pas, Cousine Elizabeth. »

Elle recule légèrement.

« Si vous avez entendu à propos de William, c'est un ami commun, qui nous a autorisés tous les deux à utiliser son prénom. Même si j'ignore si William voudrait toujours que Wickham continue à utiliser son prénom après leur dernière interaction. Je pense que je suis aussi autorisé à utiliser le prénom de Wickham, même si je ne le faisais pas tant que l'air ne sera pas clair entre nous.

— Mr Wickham ne vous courtise pas ?

— Oh non, il sait qu'il n'a aucune chance. Il courtise ma jeune sœur par contre. Et il veut que je donne mon aval.

— Vous n'allez pas, tout de même ! Votre sœur ne peut pas être courtisée par un militaire.

— Oh, il est beaucoup plus qu'un militaire. Et je suis partagé. Ce qui me rassure, c'est qu'il a démarré la cour de Lydia avant de savoir qu'elle était ma sœur. Donc mes futures finances n'ont rien à voir avec les bénéfices de ma sœur.

— Vos futures finances ?

— Oui, les finances que j'aurais dès que je ne serais plus sous la coupe de Mme Bennet.

— Vous avez une relation étrange avec votre mère. D'ailleurs pas plus tard que ce matin, elle me disait la plus étrange des histoires à votre propos. Que vous n'étiez pas digne de mon intérêt ! Je lui ai aussitôt demandé ce qu'elle voulait dire par là. Et je lui ai demandé s'il y avait un scandale attaché à votre nom. Et elle n'a pas expliqué, seulement votre père est entré dans la pièce et a affirmé que vous n'aviez pas eu de scandale attaché à votre présence.

— Non, je n'ai pas de scandale. Ma mère n'aime pas que je sois courtisée car je n'accepte pas les attentions des autres. Si vous aviez la moindre prétention de ce côté-là, laissez-moi vous dire que vous vous trompez. Je suis irrémédiablement amoureuse de mon promis. Il me manque juste un peu de temps à attendre avant d'être réuni avec lui.

— Cousine Elizabeth ! Vous êtes fiancée ? Mais avec qui ?

— Je ne crois vraiment pas que cela soit dans votre intérêt de connaître ceux qui ont le cœur de vos cousines. Vous avez trois des cinq cousines, qui sont prêtes à être engagées. À la même date, l'année prochaine, il y a fort à parier qu'elles le seront, et pour certaines, sûrement déjà en train de jouir de la félicité conjugale.

— Je… Je suis choqué, Cousine Elizabeth. Je ne peux rien dire. Je n'ai rien de plus à vous dire, si ce n'est que vous êtes sûr que vous êtes concerné par les trois de mes cousines ?

— Absolument certaine. William reviendra très certainement. D'ailleurs, vous pouvez m'aider, Mr Collins. J'aurais besoin de rencontrer votre patronne. Vous croyez que ce sera possible de m'inviter ?

— Votre promis est-il à Londres actuellement ?

— À ma connaissance, oui.

— Eh bien, je crois que votre père est allé le chercher. Il est parti précipitamment, juste après que j'ai déclaré à vos parents que je comptais vous offrir ma main. Je suppose que comme votre père l'a dit, vous refuseriez ?

— Tout à fait, Mr Collins. Je suis catégorique que seul William peut faire mon bonheur, et je suis tout aussi catégorique que dès qu'il aura assemblé tous les morceaux de notre passé, je pourrais lui donner le plus grand bonheur possible en répondant enfin à sa question.

— Dans ce cas-là Cousine Elizabeth, je dois vous proposer d'avoir tout le bonheur du monde. Je suis quand même venu ici pour trouver une femme. Auriez-vous l'obligeance de m'aider dans ma recherche ? »

Elle hoche la tête distraitement. Son père est allé à Londres pour dire quoi à William ? Son histoire ? Que Mr Collins veut l'épouser ?

Mr Collins s'extasie à ses côtés. Qu'a-t-elle accepté de faire exactement ?

« Je suppose que l'assemblée me permettra de rencontrer la future gemme qui sera le bonheur de ma vie. Elle doit avoir la tête sur les épaules, être raisonnable, je ne tiens pas forcément à la beauté physique. Je ne suis moi-même pas tout à fait un canon de beauté. Elle doit être généreuse et accepter de travailler pour la maison. Et être respectable. De bonne famille, aussi. »

Elle ne veut pas écouter ses phrases, mais au fur et à mesure qu'il continue son discours, une seule image s'impose à ses yeux. Charlotte qui lui dit qu'elle n'est pas romantique, et qu'elle veut juste une bonne situation dans la vie. Et c'est certain que Mr Collins a une situation correcte, qui ne pourra que s'améliorer avec l'héritage de Longbourn.

Pour autant, elle veut d'abord en discuter avec son amie avant de le proposer à Mr Collins. Si elle supportait ses intentions, c'était principalement parce qu'il pouvait lui parler de Rosings et de sa tante et de sa cousine. Sans cette perspective, elle se rend bien compte qu'il serait lourd et ridicule.

Avant l'assemblée, elle n'a pas le temps de discuter avec Charlotte. Elle doit surveiller Lydia tout le temps, et cette dernière est devenue très amicale, allant jusqu'à challenger Mme Bennet sur le traitement que cette dernière réserve à Lizzie.

Par conséquent, pour l'assemblée, Lizzie peut s'habiller aussi belle qu'elle veut. Son cousin la complimente sur sa dernière robe. Il s'est lui aussi mis sur son trente-et-un. Lizzie n'a eu aucun message de son père, si ce n'est des soupirs et des regards.

Quand ils entrent à l'assemblée, ils sont deux à les attendre avec impatience. Mr Bingley et Mr Wickham réclament leur dame. Lizzie se retrouve rapidement à scanner la salle, pour trouver son amie. Elle pousse Collins dans les bras de sa sœur Kitty, dès qu'elle voit Charlotte pour la retrouver.

Quelques mots échangés plus tard et Charlotte saute sur l'occasion que lui propose Lizzie, malgré toutes les réticences de l'héritière.

Quand la danse finit, Lizzie se fait une raison et présente Charlotte et Mr Collins. Elle a à peine fini les présentations que la porte d'entrée s'ouvre et qu'elle ressent sa présence sans relever la tête.

William est revenu dans sa vie.

« Tu sais, William, je devais te revoir cet été.

— Je devais te voir, Eliza. Je n'aurais pas dû partir comme cela.

— Tu as compris pourquoi tu étais un idiot ?

— Parce que je suis parti ? »

Elle se tourne enfin vers lui.

« Non, William, ce n'était pas pour ça. C'est pas grave. Tu finiras par comprendre.

— Eliza, puis-je avoir un set de danse avec toi ?

— Bien sûr. Tu l'as eu depuis que je te connais.

— C'est dangereux, mais je ne peux pas, je ne veux pas réprimer mes sentiments plus longtemps. Ton père m'a dit que son cousin voulait se marier avec toi.

— Et tu as eu peur que je l'accepte. Mais tu sais que je ne peux accepter qu'une seule personne, William. Je l'ai déjà dit, même cette personne, je vais la refuser, tant qu'il ne comprend pas tout. »

Ils se placent pour la danse sans plus dire un mot. Lizzie se demande pourquoi il est revenu s'il ne sait pas qu'elle est Lizbeth. William se demande, lui, ce qu'il aurait dû comprendre de plus. Il avait bien senti que Mr Bennet essayait de lui faire passer un message. Il avait pensé que c'était de profiter de leur jeunesse pour demander Eliza en mariage. Cela lui a pris deux jours, deux jours où il s'est battu contre lui-même et ses responsabilités.

Et maintenant, il doute. Il profite de la danse avec sa partenaire. Après tout, elle lui a manqué, tellement manquée depuis qu'il était rentré sur Londres.

A la pause entre les deux danses qu'ils partagent, il l'entraine près d'un balcon, où ils sont seuls. Il se met à genoux devant elle et prends sa main entre les siennes.

« Mlle Elizabeth, je sais bien que je suis fiancé à Mlle DeBourgh, mais comme je vous l'ai dit, je ne l'ai jamais retrouvé. Je pense que le fait que je vous ai rencontré est un signe de Dieu. Et si dans mon cœur, j'aimerai toujours ma fiancée, j'aimerais que vous sachiez que mon cœur vous est offert. Et je vous veux à mes côtés, et tant pis pour les conventions. Vous êtes d'un famille désargentée, qui vit sur un domaine entaillée loin de votre génération. Votre mère est quelqu'un que je n'apprécie pas, comme vos deux petites sœurs qui sont fades et sans intérêt. Mais je ne peux pas vous laisser comme ça, alors que vous prévoyez d'accepter un homme qui n'a eu rien à faire de vous pendant de nombreuses années. Je ne supporte pas de vous voir flétrir pour un autre, qui ignore le trésor qu'il a près de lui. Ma famille ne sera pas contente, surtout ma Tante Catherine, qui a des grands espoirs pour joindre Rosings et Pemberley, mais je pense que quand elle te rencontrera, elle t'acceptera, pour ta vivacité, et ta simplicité.

— Mr Darcy, arrêtez-vous tout de suite.

— Eliza ? Pourquoi ?

— Je ne peux pas accepter une demande en mariage. Certainement pas une où vous m'insultez de cette manière. J'avais une nouvelle à vous apprendre, mais je crois que ce n'est certainement pas la bon moment. Je refuse, comme vous le saviez déjà, Mr Darcy. J'espère de ne plus vous revoir avant le mois d'aout, que vous ayez le temps de réfléchir aux raisons de mon refus. Et un conseil, n'essayez pas de chercher votre Lizbeth, vous briseriez plus d'un cœur en continuant de hanter les salles de bal et de chercher cette chimère qui n'existe que dans votre cerveau. Je crois que votre intérêt serait d'aller chez votre tante, et d'apprendre un peu ce qui s'est passé quand votre Lizbeth a disparu de votre vie. Et pour mon fantôme, je vous rappelle ce que je vous ai déjà dit : il ne sait pas qui je suis, car un mensonge couvre mon identité. Je dois attendre d'être libre de Mme Bennet pour pouvoir le retrouver. Et si vous avez besoin encore d'un indice supplémentaire, mon premier acte de ma libération sera de filer vers Pemberley pour répondre à votre invitation. D'ici là, j'espère que je ne vous reverrais pas, Mr Darcy, parce que ça fait mal de vous rejeter. Et pourtant, c'est la seule chose que je peux faire, pour le bien de tous. »

William se relève et recule, les yeux exorbités devant l'horreur de ses paroles. Se pardonnera-t-elle de le faire souffrir comme ça ?

« Et, Mr Darcy, la prochaine fois, renseignez-vous sur la personne à qui vous voulez offrir votre main. Mme Bennet est peut-être la mère de famille, mais elle n'est certainement pas ma mère. Et Lydia est en train de remonter dans mon estime, même si je sais que c'est que c'est purement vénal. Vous l'avez vu ? Elle danse avec entrain avec celui qui est en passe de devenir son promis, un ami à vous, je crois, Mr Wick…

— Wickham ! Je vais le tuer…

— Non. William. Non. Je gère la situation et ma sœur ne risque rien. »

Elle lui attrape le bras quand il fait signe, sous la colère de vouloir retourner près des danseurs. Il ne semble pas remarqué qu'elle a eu le lapsus de l'appeler à nouveau William.

« Eliza, tu ne sais pas ce qu'il a fait…

— Au contraire, je crois que je sais très bien ce qu'il a fait. Je devrais réussir à extraire de lui une conduite exemplaire. Il sait que s'il veut apercevoir mes finances, il a intérêt à être impeccable avec Lydia.

— Tes finances ?

— Je l'ai dit que tu ne me connais pas. Oui, j'ai des fond que je pourrais toucher dès que je suis loin de Mme Bennet. En aout, on se reverra, Wiliam, essaye de ne pas briser plus de cœur d'ici là. Et si tu revois Lizbeth avant ça, pardonne-moi, je t'en supplie. »

Elle le regarde une dernière fois, et tourne la tête pour qu'il ne puisse pas la voir pleurer. Elle ne s'attend pas à ce que sa détresse ait un témoin.

« Liz, bon sang, qu'est-ce qui se passe encore ? Je dois encore danser avec ta sœur, mais je peux pas te laisser comme ça. Oh… Darcy. Euh… Je suis… Désolé, pour Georgiana ? »

Lizzie reprend le contrôle de ses émotions, et attrape à nouveau les bras de Darcy.

« Laisse-le, il n'est pas aussi mauvais que tu le crois. Il a eu un mauvais fond, mais il est sur la bonne pente, William, laisse-lui une chance au nom de votre amitié.

— Georgiana n'est toujours pas elle-même à cause de ce …

— Souviens-toi de ce que tu m'as dit, ton meilleur ami te manque, William. Oui, il a fait des conneries. Oui, ta sœur souffre à cause de cet enfoiré. Mais c'est ton meilleur ami, aussi. Et… il n'avait peut-être pas tort, de vouloir continuer à vivre comme il avait été habitué enfant. Il y a juste cette histoire de cure que je ne comprends pas.

— Quoi, je lui ai donné les 3000 livres pour compenser la cure. Je ne vois pas ce que j'aurais pu faire de plus. Cela aurait été une catastrophe s'il était devenu guide spirituel pour mes hommes.

— Je n'ai jamais voulu devenir curé, mais je veux retrouver mon ami d'enfance. On peut faire la paix, William ? »

Disant ces mots, il étend la main en signe de paix. William le regarde avec doute et confusion, certainement surpris, si ce n'est par son attitude, par ses paroles. Et après quelques secondes, il regarde Lizzie.

« Allez, William, t'es aussi dure à convaincre que Liz… zie. »

Lizzie darda un regard tueur sur Wickham a l'entente de sa bourde. Heureusement, il s'était repris. Lydia arriva à la suite.

« Ah, tu es là George. J'espère que tu es prêt pour la prochaine danse… Lizzie ! Mr Darcy ! Que faites-vous là ? Lizzie… est-ce que tu tiens dans tes bras Mr Darcy ?

— Lydia, si tu veux que ton cavalier puisse encore danser avec toi, tu ferais mieux de l'éloigner de Mr Darcy.

— Mon canard en sucre, je crois qu'effectivement, William m'en veut pour sa sœur.

— Wickham, ne charme pas ma sœur si tu ne veux pas lui faire d'offre.

— Est-ce que sa sœur est prête à revoir son idée de partage de ressource ?

— Non. Mr Darcy l'a dit si bien. Nous n'avons aucune ressource. Nous sommes une famille désargentée. Faudra-t-y faire.

— William, tu lui as dit ça ? A Elizabeth Bennet ? Tu n'as rien compris, hein. Et ça lui donne une nouvelle raison de me refuser un cadeau.

— Wickham, pourquoi Eliza devrait te faire un cadeau.

— Eliza ? Mais vous êtes amis avec Lizzie Mr Darcy ? C'est vous William ? Oh. Mon. Dieu.

— Lydia ! »

Le cri de sa sœur l'empêche seulement de parler davantage, elle continue simplement avec force de gloussement. Wickham lui fait un sourire en coin, avec un air adorable.

« Wickham charmé par une fille de la campagne, j'aurais tout vu.

— Ne critique pas ma sœur, William, tu ne la connait pas.

— Eliza, avant que tout Meryton arrive, tu devrais me lâcher, je te promet que je ne vais pas refaire le portrait de ton possible frère par alliance. »

Lizzie rougit, et rabaisse les bras.

« Il ne serait pas bon qu'après t'avoir vertement rabaissé, je sois compromise avec toi. Cela détruirait un peu ma belle diatribe.

— Tu es sure ?

— Tout à fait certaine, William. Notre nouvelle discussion ne change rien. Je pense que c'est mieux si tu te tiens loin de moi jusqu'à aout.

— Tu gèreras Wickham sans qu'il te détruise ? Ni qu'il détruise ta famille ?

— Je le gérerais. Ma sœur m'aidera, elle a une bonne volonté quand elle s'y met. Sous quelle forme tu veux les excuses ?

— Hey, les amoureux, je suis là, et je vous entends parler de moi, interrompt Wickham avec amusement.

— Une lettre approuvée par ta sœur et toi pour Georgiana. Elle devra m'être adressé, à Darcy House. Je fais confiance à Wickham pour se souvenir de l'adresse. Ou à ton père, vu qu'il m'a rendu visite il y a deux jours. Et je veux que ce soit sincère.

— Je le ferais, William, je veux retrouver mon ami d'enfance. »

Le combat de regard entre les deux hommes dure un moment, avant que William ne tourne la tête.

« Je comprends votre point de vue, Wickham, Eliza. Je ne vais pas rester plus longtemps, je vais rentrer sur Londres, je n'aurais pas dû venir ce soir.

— Tu ne vas pas prendre la route ce soir ? »

Le ton de Lizzie était dubitatif et presque craintif.

« Tu m'as demandé un set, William, et je compte bien en danser un complet avec toi. Et tu devrais voir Bingley avant de partir, il est un peu dépassé par la gestion de son domaine, son ami l'a abandonné. Je sais pas si tu pourras l'aider un peu. Le pauvre est obligé de venir à Longbourn plusieurs heures par jour pour discuter avec mon père, et avoir quelques conseils avisés. Mme Bennet essaye toujours de l'inviter au repas suivant, et évidement, elle l'installe à côté de Jane. Il aimerait surement avoir son ami idiot avec lui pour avoir l'air moins bête quand il se trouve en présence de sa belle.

— Eliza, je ne peux pas… Je… »

Il soupire. Je vois briller de la souffrance au creux de ses yeux.

« Je ne veux pas… D'accord pour notre danse. Et Mlle Lydia, je peux aussi avoir une danse avec vous ?

— Je suis désolée, Mr Darcy, mais je suis déjà occupée toute la soirée, articule Lydia avec peine entre deux gloussements nerveux.

— Ce n'est pas grave. Est-ce que Mlle Mary sera disponible ?

— Très certainement. On ira la voir après notre danse. »

Finalement, ils retournent dans la grande salle, tous les quatre. Une nouvelle danse commence. Entre Elizabeth et William, la danse est principalement silencieuse, jusqu'à ce qu'il demande d'une voix encore perdu.

« Pourquoi ? Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi vous m'avez refusé, Eliza. Je sais que vous tenez à moi.

— Bien sûr que je tiens à toi, William. Je ne pourrais pas vivre dans un monde où tu n'existes pas. Mais il te manques une information que je ne pourrais te donner qu'à la prochaine fois qu'on se verra, à Pemberley, en aout prochain. J'espérais tellement que tu aies compris plus, quand je t'ai vu entrer ici. »

— Tu espérais quoi ? Vas-tu finir par me le dire, Eliza, ou vas-tu juste me rendre fou avec tes paroles qui ne font pas sens ?

— Je… Non, je ne peux pas te le dire. Pas si tu as cette attitude-là. Pas si tu es si susceptible. J'espère juste que tu me pardonneras quand on se reverra. »

William ne dit rien de plus sur toute la danse, et accompagne ensuite Elizabeth retrouver sa sœur. Tandis qu'il propose une danse à cette dernière et qu'elle accepte après avoir échangé un regard interrogatif entre sœur, Lizzie est libre pour retrouver Charlotte.

Après une courte inspection, Charlotte est toujours en compagnie de Mr Collins. Dès qu'il la voit, il lui adresse un sourire resplendissant.

« Comment avez-vous su, ma chère cousine, que Mlle Lucas était la femme qu'il me fallait ? »

Lizzie échange un long regard avec son amie. Charlotte aquiesce, et du coup, Lizzie soupire, acceptant le choix de son amie.

« Vous êtes fortunés, Mr Collins, d'avoir présenté à mon amie une situation et des arguments auxquelles elle est sensible. Puis-je me permettre de demander si je pourrais venir vous voir avant le printemps ?

— Oui, Lizzie, si tout se passe bien avec Mr Collins, peut-être que tu pourrais venir m'aider à m'installer. Je vais aller tellement loin, je serais ravie d'avoir une présence rassurante non loin. Evidemment, comme l'on sera des nouveaux mariés, peut-être vaudrait-il mieux… »

Lizzie coupe son amie avec le cœur au bord des lèvres, tellement il bat fort.

« Non. Je pense sincèrement que ce ne sera pas un soucis. Je ne resterais pas chez vous plus de quelques jours avant d'avoir un autre logement.

— Tu sais quelque chose que tu ne dis pas, Eliza.

— C'est possible. J'ai besoin d'une couverture pour aller dans le Kent. Et je serais ravie de ne pas te perdre immédiatement, aussi. Bien sûr.

— Bien sûr. Et si tout se passe bien, tu serais proche de nous ?

— Oui. Pas loin du tout, mais pas exactement au même endroit. Juste de l'autre côté de la route.

— A Rosings. C'est à Rosings que vous voulez allez, chère cousine !

— Oui… Je…

— Vous devez connaitre l'un des locataires de la Grande Dame Catherine DeBourgh !

— Euh… »

Lizzie échange un nouveau regard avec Charlotte et comprend qu'elle a vu clair dans son jeu.

« Mr Collins, pouvez-vous me décrire les armes de Rosings ?

— Bien sûr, ma chère Mlle Lucas, ce sont une rose et un grain de blé croisé sur fond azur.

— Comme… Oh, c'est très intéressant, Mr Collins. Et Hunsford, est-ce qu'il y a pour Hunsford un symbole particulier ? Eliza, on reparlera dans la semaine, d'accord ? »

Lizzie se décale du couple qui a l'air de faire connaissance avec toute la bonne volonté du monde. Elle se concentre sur ses plans du futur. Si elle arrive à passer une partie de l'hiver et du printemps à Rosings, cela sera tout ça de moins où elle n'aura pas à supporter Mme Bennet. Et les manipulations de Lydia pour avoir une part de son héritage, même si Lydia ignore les enjeux de sa mission.

Une fois que William a dansé avec Mary, Lizzie a eu le bonheur de le voir reconsidérer sa folie, et demander à Charles Bingley s'il pouvait loger chez lui. Comme Mlle Bingley et les Hurst sont déjà partis, Bingley accepte avec joie de retrouver son ami. Lizzie lui fait comprendre rapidement, que non, il n'y a pas de changements dans leur relation.

La soirée se termine finalement sur une note plus positive.

Alors ? Que pensez-vous de Wickham & Collins ? Et de la déclaration à la Hunsford ? Est-ce qu'elle a bien fait de le refuser ? (Je rappelle qu'ils étaient dans une salle pleine de monde). Et du coup, pas de bal pour eux ! Le prochain (et dernier) chapitre s'appelle "Une problématique d'héritier", et aura en star principal une certaine dame d'un âge avancé qui s'entend très mal avec des Mme Bennet.