Et voilà le dernier chapitre !

Chapitre 7 : Une problématique d'héritiers

Elle ne revoit pas ni William, ni Bingley dans les jours qui suivent. Quand elle voit Charlotte, Mr Collins s'invite souvent. Cela fait trois jours maintenant qu'elle a refusé la main de William, et qu'elle est blessée profondément par ses mots et sa colère. Elle regrette de lui avoir dit les choses qu'elle a prononcé lors de sa déception, et d'avoir pris la défense de Wickham contre lui. Elle n'approuve pas le jeune homme, et surveille sa sœur comme du lait sur le feu.

Elle veut juste quitter Longbourn, et le plus vite sera le mieux.

Charlotte vient aujourd'hui, mais elle a prévu un plan pour échapper à son prétendant : ses parents viennent pour lui parler. Elle s'échappe joyeusement vers Eliza, le cœur léger et l'espoir grandissant d'avoir enfin le dernier mot de l'histoire. Après avoir vérifié que personne ne peut entendre leur discussion, elle attaque sans grande finesse.

« Eliza, tu vas me contredire, mais je crois que quand tu es rentrée chez toi… Tu sais, après avoir passé tant de temps à l'extérieur, il y avait des armes sur le carrosse. Une rose et un grain de blé qui se croisent, non ? Sur fond azur. »

Lizzie ne cherche même pas à démentir.

« Tu sais que je n'avais que onze ans ? Je ne me souviens pas.

— D'accord. Moi je m'en souviens, j'étais avec Jane au moment où c'est arrivé. Et je sais ce que j'ai vu. Dis-moi, tu connais les DeBourgh ? Feront-ils de bon voisins ?

— Charlotte, s'il te plait, ne dis pas ce nom comme ça. Il y a… Des souvenirs qu'il vaut mieux laisser dormir dans Longbourn. Il y a quasiment trente ans, une DeBourgh, mariée Bennet évidement, aurait dû habiter ici. Hélas, la maladie les a séparé pendant un an. Et ce futur a été disloqué avant d'avoir eu le droit de voir le jour. Il est dangereux de parler des DeBourgh à Longbourn quand on ne connait pas le passé.

— Eliza… C'est donc bien à Rosings, que tu veux aller, mais voir celle qui aurait pu être ta mère ?

— Non, Charlotte. Et si je te le dis à toi, c'est parce que je sais que j'ai besoin de ton secret. Tu ne dois rien révéler à personne. Je ne vais pas voir quelqu'un qui aurait pu être ma mère, je vais retrouver ma tante.

— Ta… tante ? Mme DeBourgh.

— Oui. Mme Bennet m'a adopté. Mais Charlotte, c'est le plus grand secret que j'ai jamais eu. Et pour t'expliquer ma fascination avec ton promis, je suis plus que la nièce de Dame Catherine, je suis aussi… son héritière. Même si Lydia essaye de me manipuler sur les conseils de son prétendant pour que je leur laisse cette partie de mon héritage. »

Lizzie découvre que ses paroles ont rendues son amie complètement muette.

« Pas un mot là-dessus, Charlotte, tu es l'une des rares personne au-delà de Jane et Papa à connaitre ça. »

Lizzie continue à la supplier de son silence avant que Charlotte ne se sorte de son mutisme.

« Alors, comme ça, Mr Darcy est ton fiancé ? Ou seulement à ta cousine. »

Elle rougit, se trompe dans ses mots, pour reprendre d'une voix un peu froide.

« Mr Darcy est fiancé à l'héritière de Rosings. Et cet idiot m'a fait une demande en mariage, sans savoir qui j'étais. Oh Charlotte, je l'adore, mais qu'est-ce qu'il est idiot. C'est l'autre raison pour laquelle je veux être à Rosings le plus tôt possible. J'ai tellement peur qu'il fasse une erreur.

— Il ne sait pas qu'il est ton fiancé… Pourquoi tu ne lui a pas dit ?

— Parce que je n'en ai pas eu l'occasion ! Tu n'as pas besoin de me dire ça, je le sais ! J'avais prévu de lui dire quand ce…. Cet idiot est venu à l'assemblée. Ou plutôt, j'espérais qu'il le sache déjà. Mais noooon, il a préféré mettre les pieds dans le plat. Trop idiot, et trop généreux pour son bien. Il faut que je parte de Longbourn, Charlotte. C'est vital. Je ne suis pas sûre que je veux lui faire signe, une fois à Rosings, mais je ne peux plus rester dans la même maison que Mme Bennet.

— Je… Je crois que. Eliza, je crois que ton cousin va me faire une demande avant la fin de la semaine. Et si mes yeux ne me déçoivent pas, et qu'il est paré de ses plus beaux habits, c'est surement pour aujourd'hui. Je l'accepterais, il représente tout ce qu'il faut pour moi. Il n'a pas de faille de caractères, et il a une situation correcte dans la vie. Je pense aussi que je suis capable de le gérer.

— Dans ce cas-là, je te souhaite tout le bonheur possible, Charlotte. Et si tu peux m'inviter rapidement pour quelques jours, juste me mettre en contact avec ma tante, je te serais reconnaissante.

— Cela fonctionne. Tu le sauras de toute façon quand à quelle date on se marie. Je pense qu'on peut supposer que cela pourrait être raisonnable que tu viennes disons... deux semaines après que je me sois installée ? J'aurais les deux semaines pour prendre en charge ma maison, mais pas encore pour vraiment connaître Dame Catherine DeBourgh, je dois t'avouer que j'ai un peu peur qu'elle ne soit pas facile à vivre.

— Deux semaines après ton mariage, si tout se passe bien me va très bien, Charlotte. Je ne veux pas m'imposer, mais je veux surtout disparaître d'ici vraiment au plus vite.

— Tu n'as pas peur que Mr Darcy te cherche dans le voisinage ?

— Mon père lui dira où je suis. Et puis, je lui ai dit de ne pas essayer de me trouver avant que je ne le rejoigne cet été.

— Eliza, fais attention à toi !»

Sur ces paroles de fin, Lizzie et Charlotte retournent au cœur du salon, et participe à toutes les discussions. Comme pressenti par Charlotte, Mr Collins la demande en mariage au cours de l'après-midi, et elle l'accepte avec empressement.

Un mois plus tard, tout début janvier, le jour du mariage, Jane et Lizzie accompagnent et soutiennent Charlotte pour son dernier jour où elle signe Mlle Charlotte Lucas. Mr Collins est très heureux d'être au centre de l'attention, et très rapidement, fait un discourt qui endort tout le monde. Les deux nouveaux mariés filent vers Hunsford dès le lendemain.

Lizzie commence à compter les jours avant qu'elle ne parte, elle aussi vers de nouveaux horizons. Elle est sortie de ses méditations, par Mr Bingley, qui vient lui demander conseil.

« Eliza Bennet, je peux te demander quelque chose ? Voilà. Comment dire. Darcy est parti très vite, mais, bon, comme on sait tous les deux, il n'est pas forcément le meilleur pour proposer des conseils sur les affaires de cœur. J'apprécie beaucoup votre sœur Jane, comme vous avez dû le remarquer. Et je ne sais pas si je peux lui proposer de se marier avec moi. Voyez-vous, je sais qu'actuellement, elle est pauvre. Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Je me moque de sa dot. Rhaa, si je n'arrive pas à parler maintenant, comment je vais faire ! Mais je sais que vous allez partir de Longbourn, et cela la rend triste. J'aimerais savoir exactement quand vous allez partir, et surtout quand vous allez revenir.

— Je pars dans moins d'une semaine, vendredi prochain. Je ne sais pas quand je rentre, par contre. J'aimerais dire que je rentrerais quand je serais prête à changer de nom au vue de tous. Et cela n'est pas de mon ressort.

— Il faudra que je demande à Darcy alors de faire vite pour demander votre main officiellement.

— Certainement pas ! Ne faites pas ça du tout, cela ne ferait que le perdre. Je m'occupe de lui, dès que j'ai retrouvé ma tante et que j'ai compris pourquoi elle ne m'a jamais donné signe de vie. Normalement, tout aurait dû être différent.

— Avec des si, on peut refaire le monde, Eliza, ma future sœur, peut-être ?

— J'aimerais effectivement beaucoup que vous soyez mon frère, Charles Bingley. Et pour répondre à votre question, je peux toujours rentrer en coup de vent, que je sois seule ou non, pour profiter de votre mariage ! Et j'essayerais de voir si c'est possible qu'une partie de votre temps en tant que fiancé se passent à Rosings, mais ça, on verra plus tard.

— Je suis quand même content que vous recontactiez votre tante.

— J'aurais aimé le faire dès que je le pouvais, mais Charlotte et Mr Collins m'offre la couverture la plus parfaite. Je ne suis pas totalement convaincue que ma mère n'ait pas compris, mais Lydia la distrait suffisamment pour qu'elle ne puisse pas me refuser ça. »

Charles Bingley lui fait un grand sourire avant de s'excuser et de proposer une marche dans la campagne pour profiter des derniers rayons de soleils. Sans étonnement, seule Jane et Lizzie accepte de l'accompagner. Lizzie prend son rôle de chaperon au sérieux, sachant qu'avec la discussion précédente, il n'y a aucun doute sur la question que Bingley va poser à sa sœur. Et elle ne peut qu'en être ravie. Jane a besoin d'être heureuse et de voir le futur avec optimisme.

Elle ne le dira jamais à voix haute, mais elle est touchée que son amitié soit si importante pour Bingley qu'il lui ai demandé avant d'en parler à sa sœur. Et elle est si heureuse de pouvoir partager l'annonce de la bonne nouvelle de vive voix avec sa sœur avant qu'elle parte. Un instant, elle a peur que Bingley se presse pour faire une demande qu'il ne voulait pas, mais un seul regard sur le couple la convainc du contraire, Bingley a un genoux à terre devant sa belle, et Jane rougit avec un sourire attendri.

Jane rougit.

Lizzie s'immobilise, ne voulant certainement pas déranger le couple avant que sa sœur n'ait le temps de répondre correctement à son futur fiancé.

C'est quand Jane se tourne vers elle pour courir avec un grand sourire que Lizzie se permet de rire à nouveau, heureuse de la nouvelle.

« Charles, ravie de t'avoir dans la famille. Tu peux m'appeler Lizzie !

— Et pas Liz, demande avec mutinerie Jane

— Si, toujours Liz pour vous deux, mais pas quand elle peut l'entendre.

— Mme Bennet ? J'aurais peur de faire une gaffe, alors je garderais Eliza ou Lizzie, si tu veux bien, chère future sœur. »

La compagnie qui rentre sous les nuages qui annoncent une averse de neige rayonne de bonheur. Quand Charles aussi discrètement qu'un éléphant demande à voir Mr Bennet, tout Longbourn a compris ce qui se passe, et la fête qui se dessine.

Lizzie retourne à la préparation de ses bagages, sentant que tout ce qu'elle laisse derrière sera à jamais inaccessible.

Dans les derniers jours avant son départ, elle félicite sa sœur, et lui demande de la tenir au courant de la date de mariage quand elle sera décidée pour qu'elle puisse venir.

Elizabeth part avec un serviteur que son oncle Gardiner envoie, et passe trois jours à Londres avec son oncle et sa tante qu'elle a toujours apprécié, même si récemment elle a appris qu'ils n'étaient pas tout à fait son oncle et sa tante, vu qu'il s'agit du frère de sa mère adoptive.

Auprès d'eux, elle peut commencer à relâcher la pression qu'elle retenait depuis qu'elle avait revu William. Elle profite de leur présence, ne sait pas quand elle pourra réellement les revoir. Si elle endosse le nom de DeBourgh, pourrait-elle continuer à les côtoyer ? Ou devra-t-elle les abandonner ? Elle sait déjà qu'elle souffrira si elle ne peut pas continuer à les fréquenter.

Quand elle reprend la route pour le Kent, elle est remplie d'appréhension, et ne tient plus en place. Son cousin et Charlotte sont là, fidèle au poste, et viennent la chercher à la poste de Hunsford. Et c'est avec des sentiments en pleine ébullition, qu'elle s'approche de son amie, et qu'elle l'embrasse avec chaleur. Elle se tourne ensuite vers son cousin, et lui sourit avec un soupçon de tendresse.

Pour une fois, il ne parle pas de Mme DeBourgh, ni de sa fille, mais de la félicité qu'il partage avec Charlotte. Un simple regard à Charlotte parle pour de long mots. Elle est souriante, mais pas exubérante de joie. Elizabeth trouve tellement dommage que son amie ne se soit pas marié par amour.

« Oh, la joie que j'ai avec ma Charlotte, je ne peux que la souhaiter à toutes mes cousines. Avez-vous eu des nouvelles de votre promis, Cousine Elizabeth ?

— Non, la dernière fois que je vous ai vu, cela n'était qu'il y a quelques semaines ! Par contre, Mr Bingley a enfin demandé la main de Jane et elle lui a accordé. Je suis tellement heureuse pour eux.

— Cousine Jane est officiellement fiancée ? Quel bonheur ! Il faut que j'écrive de suite une lettre pour féliciter mon cousin ! »

Sur ces dernières paroles, ils ont atteint le presbytère, Mr Collins laisse sa femme présenter la maison pour filer écrire sa missive, bien qu'Elizabeth n'ait jamais compris si c'est à Mr Bingley ou à son père qu'il voulait adresser ses félicitations. Une fois seule avec Charlotte, cette dernière lui sourit véritablement.

« Oui, Eliza, je suis heureuse. Peut-être pas le plus heureuse du monde, mais tout va bien de mon côté. Je t'assure. Nous avons pu avoir un thé à Rosings pour demain soir. Désolé, je sais que tu aurais voulu au plus tôt, mais ce n'était juste pas possible, Dame Catherine ne reçoit pas aujourd'hui.

— C'est parfait, Charlotte. Je suis enfin libre de Mme Bennet ! Je vais avoir besoin de ce temps pour savoir comment tu vas, aussi. Et comment tu t'es installée. »

Charlotte accueille ses déclarations d'un petit sourire en coin.

« Je sais que tu as hâte d'aller à Rosings, Eliza. Il est étrange de penser que tu a passé plus de temps que moi dans cette région, alors que j'y suis mariée, et que tu viens d'arriver !

— Cela changera. Je suis peut-être l'héritière, mais je ne compte pas y vivre… une fois que…

— Que tu te seras expliquée avec ton prince charmant. Je comprends.

— Je… Et bien Charlotte, je dois dire que cette pièce me parait totalement confortable. »

Elizabeth n'a aucune honte à échapper à un sujet qui la met mal à l'aise, et Charlotte sourie à la distraction.

« Oui, c'est mon boudoir. Tu es invitée quand tu veux. Je trouve que la nature qu'on voit d'ici est la plus belle de la région.

— Et tu as bien raison.

— Mon mari, ton cousin, a préféré faire son étude de l'autre côté de la maison, où il peut surveiller la rue.

— Et voir s'il reçoit des visiteurs ?

— Exactement. Tu vois, tout va pour le mieux. Si je suis ici, il ne vient jamais. »

Charlotte et Eliza passent un long moment dans le boudoir à échanger des anecdotes et des nouvelles de leurs vies. Le bonheur passe et peu à peu, les émotions d'Eliza se calment. La journée du lendemain passe de la même manière. Elle commence juste par un tour supplémentaire dans les jardins, pour s'apaiser un peu plus. Quand son cousin vient lui rendre visite, elle assiste à toutes ses explications sur son organisation de ses plantes, qui sont endormis pour l'hiver. Elle ne dit rien, son cœur bat la chamade et l'empêche de se concentrer.

Le milieu d'après-midi ne peut pas venir plus vite.

Quand enfin ils se mettent en route pour Rosings, elle s'est changé trois fois de robes, et ne sait plus si elle a bien fait. Elle porte une robe vert d'eau en l'honneur de sa mère naturelle, qui adorait cette couleur. La maison est resplendissante et Charlotte comme Elizabeth laissent échapper leur admiration.

« Et oui, Charlotte, et Cousine Elizabeth. Rosings est une très belle demeure, comme je vous l'avais annoncé. Et la Grande et Honorable Dame Catherine DeBourgh est aussi magnanime que son domaine. Mais vous allez la rencontrer très rapidement. Suivez-moi, suivez-moi ! »

Il les entraine dynamiquement. Quand ils croisent des serviteurs, Elizabeth baisse la tête pour éviter d'être reconnu. Son cœur bat très vite, et si elle sait que sa fuite était inévitable, elle a toujours peur d'avoir pas de justification à ces actions. Mais elle sait aussi l'idiotie de telles pensées.

Elizabeth suit le mouvement, et quelques fois, tire du réconfort du regard que Charlotte pose sur elle, un peu angoissée. La grande demeure est silencieuse. Impressionnante. Fournies avec toutes les richesses, comme son cousin lui a décrit. Mais cette ostentation blesse Elizabeth. Elle ne s'y sent pas à l'aise.

« Avez-vous vu, ma chère Charlotte, ma chère cousine, ces ornements sur les escaliers en marbre ? Ils ont couté pas moins de 20 000 livres. Et tous les escaliers de Rosings en sont fournis. C'est la dernière mode à Londres, d'après ce que j'ai compris. »

Pourquoi dépenser tout ça inutilement, ne peut s'empêcher de se demander Elizabeth. Est-ce que sa tante ou sa cousine reçoivent tant de monde ? Comment peut-elle se faire une place dans cette société ? Oh, elle est folle d'avoir voulu venir !

Finalement, ils débouchent sur un petit salon d'hiver, exposé plein sud, aux rideaux clairs pour laisser passer le plus de lumière possible.

Au milieu de la salle, une femme âgée trône et lève un regard intéressé sur ses invités. Elizabeth sait pertinemment le moment où son regard passe de Mr Collins à Charlotte, puis de Charlotte à elle. L'exclamation de surprise qui l'échappe la renseigne mieux que tout.

« Elvira ? »

Elle a prononcé à mi-voix le prénom. Elizabeth fait une révérence la plus soignée possible, mais surtout pour cacher la rougeur qui s'étend sur ses bras. La femme incline la tête en respect et les yeux toujours sur Elizabeth, s'adresse à Mr Collins.

« Mr Collins, je suis toujours ravie de vous accueillir. Je vois que votre compagnie est charmante. Mme Collins semble une femme très bien. Et votre invitée… Il ne faut pas qu'elle reste avec des nouveaux mariés, comme cela. Je sais. Je vais l'inviter à Rosings. Elle sera mon invitée pour que votre femme puisse l'avoir près d'elle mais que vous n'ayez pas de soucis liés à sa présence.

— Madame…

— Mr Collins, cela sera pour le mieux. Mlle Elizabeth résidera à Rosings, j'aurais un peu de compagnie, comme Anne… Je suis tout à fait décidée, Mr Collins. Vous ne pouvez rien y changer. Cela sera pour le mieux.

— Alors je laisse ma cousine à votre grand soin, Madame. Permettez-moi de vous présenter. Ma chère Charlotte, ma chère cousine Elizabeth, voici ma chère patronne, la Grande et Honorable Dame Catherine DeBourgh. Ma chère patronne, voici mon exceptionnelle femme Charlotte, et celle qui me l'a conseillé, ma ravissante cousine Elizabeth Bennet.

— Bennet, comme Charles Bennet d'Ashlaigh ?

— Votre grandeur, je n'en sais rien, mais peut-être ma cousine…

— Oui, Dame Catherine, mon père est Thomas Bennet, le dernier Bennet d'Ashlaigh. Je suis née et j'ai vécu à Longbourn.

— Je suis sincèrement heureuse de vous voir parmi nous, Mlle Elizabeth. Il me semble que vous jouez du piano ? Par exemple la Ballade d'Anne ? Vous connaissez, non ? »

Elizabeth rougit et soutient le regard de sa tante. Elle y reconnait la douleur et la paix qui entre enfin. Elle acquiesce, sachant très bien qu'il y a autre chose qu'elle reconnait avec ce geste.

« Je ne me suis jamais entendu avec les Mme Bennet. Que ce soit l'actuelle ou la précédente. Mais je pense que pour la précédente, je ne supportais pas qu'elle essaye d'organiser un mariage entre son petit dernier et ma petite sœur.

— Oh, ma grand-mère essayait de faire que mon père soit avec Elvira ?

— Non, avec Anne. Vous me jouerez un morceau de musique, Mlle Elizabeth ?

— Si cela peut vous faire plaisir. »

Elizabeth et Charlotte échangent un regard avant que cette dernière ne s'installe devant le piano. Pour la ballade d'Anne, elle n'a pas de partitions, mais elle n'en a pas besoin.

Les notes se succèdent et son audience ne dit plus rien, mais savoure la musique qu'elle produit. Dès la fin du morceau, c'est son cousin qui est le premier à reprendre la paroles en bafouillant.

« Cousine Elizabeth, votre don au piano est un cadeau du Ciel. Pourquoi n'avez-vous jamais dit que vous étiez aussi douée ?

— J'ai eu un très bon professeur qui m'a fourni son amour de la musique

— Et il ne me semble pas que cet amour-là. Quand ma sœur était encore en vie, nous nous retrouvions à Londres, et elle jouait tellement bien.

— Dame Anne était impressionnante. Devant un piano, elle était une maitresse incontestée.

— Et devant son fils ? Je sais très bien qui tu es, Elizabeth. Après tout, Anne était ma petite sœur, et Elvira aussi. J'aurais juste aimé t'avoir près de moi un peu plus tôt. Un accès à la bibliothèque d'Anne n'aurait pu que renforcer les différents amours qu'Anne t'a passé. »

Elizabeth écarquille les yeux devant les propos de sa tante. Elle n'ose rien dire, de peur que sa voix ne chevrote.

« Tu sais, Elizabeth, je ne suis pas la seule à t'avoir cherché. Regarde tout ce que j'ai fait pour te retrouver. D'ailleurs, il devrait venir très bientôt pour sa visite du domaine. Il passe entre quatre et cinq fois par an.

— Je… Bientôt ? William passe bientôt ? Mais je ne suis pas du tout prête à le revoir tout de suite !

— Allons, Lizbeth, ça fait bientôt onze ans que tu ne l'as pas vu. Tu ne peux pas…

— Deux mois. Ca fait exactement deux mois que je ne l'ai pas revu. »

Elizabeth coupa sa tante d'une voix blanche. Elle ne pouvait pas lui laisser dire ces choses-là.

« Ce n'est pas possible. Pourquoi ne m'a-t-il rien dit ! Il s'est replié à Londres, et n'a pas soufflé un mot. Quel inconscient.

— Deux mois, Cousine Elizabeth, du coup, j'ai dû le rencontrer ? Je n'avais pas remarqué d'homme qui étaient particulièrement proche de vous à l'Assemblée, où j'ai rencontré ma chère Charlotte. Ce n'est pas ce soldat, quand même ?

— Non, Mr Collins. Je vous l'ai dit, Wickham veut courtiser ma jeune sœur. Pas moi.

— Wickham, comme le jeune George Wickham qui a mal tourné ?

— Oui, il s'agit de George. Et oui, je sais que William et lui se sont embrouillés, mais je pense que c'est réparable. William a perdu son ami d'enfance, et je pense que George n'aime pas du tout avoir perdu son grand frère sérieux.

— Les accusations contre Mr Wickham sont très sévères.

— Oui. Je sais une partie de leur différent. Mais j'aimerais porter le rameau d'olivier entre les deux amis d'enfance..

— Je n'ai rencontré qu'une seule fois ou deux, quand ils venaient tous les deux. Il a des manières charmantes, je dois l'accorder, mais les récits de mon neveu…

— Votre grandeur, puis-je m'enquérir de la santé de votre fille ? »

Elizabeth veut surtout changer le sujet de discussion, alors parler de la jeune fille lui permet de s'échapper d'une situation difficile. Quand Mr Collins sera parti, elle pourra avouer à sa tante ce qui s'est réellement passé et pourquoi elle cache leur parenté.

Elle apprend que la santé de sa cousine ne s'est pas améliorée depuis l'époque du testament d'Elvira. Elle verse une larme en compassion, quand Charlotte tire son mari pour proclamer qu'ils ont déjà trop tarder, et qu'elle doit rentrer au plus vite. Elle se fait promettre par Elizabeth que cette dernière lui rendra visite dès le lendemain matin, et finalement le couple rentre chez eux.

Sa tante se tourne alors vers elle.

« Lizbeth, dis-moi que tu ne t'es pas disputé irrémédiablement avec Fitzwilliam.

— Non. Je ne crois pas. »

Sur ces paroles d'une voix coupée, finalement, elle éclate en sanglot, et découvre que sa tante la prend gauchement dans ses bras.

« Tout doux, Lizbeth. Calme-toi. Que s'est-il passé ?

— Je… William est arrivé près de Longbourn. Son ami loue le domaine contiguë à Longbourn, Netherfield. Il… il ne m'a pas reconnu, mais… j'ai essayé de lui faire comprendre sans prononcer les mots qui détruirait la réputation de ma famille.

— Petite idiote ! Mme Bennet t'a adopté, il n'y a aucune raison pour que cela détruise la réputation de ta famille. Il ne sait pas… Lizbeth ! C'est totalement irresponsable !

— Il sait tellement me faire sortir de mes gonds. Et puis, il y a deux mois, j'ai refusé sa demande.

— Sa demande ? »

Son ton ne trompe pas. Elle n'a vraiment pas l'habitude qu'on lui refuse des choses, et là, Elizabeth est l'oiseau de malheur. Elle répond d'une toute petite voix.

« Sa demande en mariage à Elizabeth Bennet. Mais il n'a pas arrêté de m'insulter en même temps. Et il a dit qu'il resterait surement à jamais amoureux de Lizbeth. Je… Je ne pouvais pas accepter.

— Tous les deux, vous êtes vraiment accordés. Envoie-lui un message, immédiatement. A Londres, pour lui dire de rentrer à Rosings à sa première possibilité. Vous devez vous expliquer à la première occasion. Hors de question que vous finissiez comme Elvira. Vous êtes fiancés, il ne faut pas attendre trop de temps.

— Ma tante… Je n'ai peut-être toujours pas tout à fait pardonner à William ses paroles sur moi. Je préfère ne pas le voir tout de suite. Et puis ce ne serait pas correct de ma part de lui écrire.

— Vous êtes fiancé, bien sûr que c'est correct !

— S'il vous plait, ma tante… ne me forcez pas.

— Je sais donc ce qu'il me reste à faire. Ta chambre est celle qui t'a toujours été réservée, Lizbeth, prends un serviteur pour t'emmener et rafraîchis toi. Au souper, tu retrouveras ta cousine et tu feras connaissance de sa dame de compagnie. »

Elizabeth regarde un dernier instant sa tante avant de quitter la salle.

« Moi aussi, je suis contente de vous avoir retrouvée, ma tante. » ne peut-elle s'empêcher de murmurer dès que la porte est fermée.

Elle s'aventure très peu avant qu'un serviteur ne vienne lui demander si elle a besoin d'aide. Gênée, elle demande à trouver sa chambre, celle d'Elizabeth. Le jeune garçon, qui doit avoir autour de quinze ans lui fait un grand sourire.

« Ainsi, vous êtes revenue, Mlle Elizabeth? Je vais vous amener, je n'ai pas le droit d'aller dans cette aile de la maison, mais Carine saura tout ce qu'il vous faut. »

Il lui montre le chemin vers le rez-de-chaussée où elle découvre une salle commune pour les serviteurs, mais ça ne semble pas être la cuisine spécialement. Il appelle Carine dès que possible, et Elizabeth voit arriver une femme aussi petite qu'elle avec un sourire qui devient éclatant quand elle la voit. Quand elle la reconnait.

« Mlle Elizabeth, depuis le temps qu'on vous attend ! Venez, bien sûr que je vais vous montrer vos quartiers. Vous aviez quel âge la dernière fois que vous êtes resté là ? Vous n'étiez pas bien vieille, peut-être dix ans ?

— J'en avais onze, Mme...

— Mme Pritchard. Oui, vous étiez une pauvre petite choses, quand vous êtes arrivée. Et quand vous êtes partie… Ah. Je m'excuse pour votre perte, Mlle Elizabeth. C'est juste que vous lui ressembliez énormément, je suis sûre qu'elle serait ravie de voir ce que vous êtes devenue.

— Je n'en suis pas si sûre, mais c'est gentil de votre part. J'apprécie le sentiment.

— Et bien je vais vous montrer votre chambre, et votre femme de chambre, maintenant que vous êtes là. Hélène fera l'affaire. »

Elizabeth ne répond rien, elle prête juste beaucoup d'attention au chemin pour se repérer un peu dans la maison. Est-ce que sa mère naturelle serait heureuse de la manière dont elle avait abusé de William ? Serait-elle fière d'elle ? Elle en doute.

Arrivée devant la porte de sa chambre, elle passe le doigt doucement sur les lettres de son prénom. Elle a vraiment une chambre pour elle seule. Tout d'un coup, elle comprend qu'elle ne pourra plus dormir avec Jane, et que sa sœur lui manque. Elle ouvre la porte et découvre une chambre digne de la famille royale. C'est une véritable suite qu'elle a, et non pas une simple chambre.

« Je vous laisse là, Mlle Elizabeth, voulez-vous que j'envoie Hélène venir vous voir, ou vous préférez l'appeler quand vous aurez besoin ?

— Je l'appellerais, Mme Pritchard. Ne l'embêtez pas pour moi. J'ai surtout besoin d'un moment pour moi, et j'ai de la correspondance à écrire.

— Pas de soucis. Reposez-vous bien, Mlle Elizabeth, et je suis contente que vous soyez revenue. »

La femme en charge lui adresse un sourire resplendissant. Le nœud dans le ventre d'Elizabeth se dénoue peu à peu. Elle referme la porte et part explorer ses propres quartiers. Elle a trois pièces rien que pour elle. Et finalement, elle comprend pourquoi elles sont si grande. Elle n'a pas une chambre d'invité, elle a la chambre de la maitresse de maison. La preuve en ait la porte communicante mais verrouillée des deux coté pour l'instant.

Elle ressort, épie si quelqu'un semble attentif à ses mouvements, et va voir le nom sur l'entrée des appartements communiquant.

Elle aurait pu le parier. Le nom de son fiancé, « Fitzwilliam George Darcy » est écrit d'une magnifique calligraphie. Étrange de se dire qu'il en a profité certainement plus qu'elle alors qu'elle est techniquement l'héritière du domaine !

De la même manière, elle caresse les lettres du prénom de son William, avant de retourner de ses appartements. Ses pensées s'envolent à quand il sera là. Il sera si proche d'elle à ce moment-là ! Mais toujours bien loin, tandis qu'il ne seront pas marié la porte ne sera jamais ouverte. Elle ne se fait aucun doute là-dessus.

Elle s'installe à un bureau qui a une fenêtre sur la plus belle vue du domaine, les forets qu'elle n'a même pas vu cet après-midi. Elle ne sait pas à quoi elle s'attendait, mais c'est trop rapide. Sa tante qui fait comme si elle était partie uniquement quelques mois, et pas plusieurs années complètes.

Elizabeth est particulièrement décontenancée. Elle épie un piano, et vient s'y installer. Ses doigts jouent naturellement son air, au départ. Celui de Lizbeth, qu'Anne a composé pour elle. Au bout d'un moment, elle découvre un thème commun avec celui pour William. Et peu à peu, elle expérimente. Elle joue avec les touches, joue avec les sonorités et les rythmes, comme elle n'a encore jamais fait. Son cœur s'élève et peu à peu, une nouvelle mélodie émerge de son doigté.

Elle la recommence, et encore, et encore, jusqu'à ce qu'on toque à sa porte et la sorte de sa frénésie. Elle relève le regard et délaisse son instrument.

« Oui ? »

Devant elle se présente une jeune fille, qui ne doit pas être bien plus vieille qu'elle. Par ses habits, et sa posture, elle devine qu'il s'agit là d'une des serviteurs.

« Mlle Elizabeth, c'est Mme Pritchard qui m'envoie. Le diner sera servi dans une dizaine de minutes, je venais voir si vous aviez besoin d'aide. Je ne voulais pas vous déranger, la mélodie était magnifique, mais Dame Catherine vous attendra sans faute, et si…

— Je comprends. Ma tante est quelque peu attachée à l'étiquette, non ?

— Dame Catherine aime que les choses soient faites dans le plus grand respect, effectivement. Pardonnez-moi, mais je crois qu'il faudrait refaire votre coiffure. Peut-être changer votre robe aussi ?

— Je veux bien, mais… Tu es bien Hélène ?

— Oui, Mlle Elizabeth

— Mes affaires sont encore au presbytère, je n'ai pas eu le temps de les ramener avec moi. Pourras-tu te charger de les faire rapatrier. Et, si c'est possible que mon cousin, Mr Collins, ignore un peu plus qui je suis réellement, cela sera beaucoup plus simple pour tout le monde, surtout pour moi. Oui. Surtout pour moi. Même si je ne me fais pas d'illusion qu'il l'apprendra un jour ou l'autre. »

Hélène hoche la tête pour montrer qu'elle a compris, alors qu'elle traverse les appartements de sa maitresse vers le placard où plusieurs robes appartenant à sa mère ont été gardé en l'état.

« Tenez, Mlle. Prenez cette robe-ci. Vous avez la même stature que votre mère, elle devrait vous aller directement. Certes, c'est une robe d'il y a dix ans, mais cela changera. »

Elizabeth regarde avec admiration la robe tendue vers elle et accepte. C'est une coupe plus ancienne, mais la couleur est quasiment la même de celle qu'elle a porté aujourd'hui. Et contrairement à celle qu'elle avait, c'est une robe beaucoup plus riche.

Elizabeth découvre au cours des quelques minutes qui suivent qu'Hélène est très douée, et très douce. Et surtout qu'elle est vraiment efficace.

Une fois prête, elle retourne au piano pour quelques minutes. Elle a l'impression qu'elle tient une nouvelle mélodie, tout près, juste au-delà de ses doigts. Mais très vite elle n'a plus le temps, et doit quitter le piano pour se présenter à la salle à manger. Hélène l'accompagne avec joie, complimentant encore sa musique. Elizabeth réfute car elle ne se sent pas encore prête.

Quand elles arrivent à la salle, elle voit sa tante déjà en place.

« Elizabeth, je vous attendais.

— Je suis désolée de mon retard, Mme DeBourgh.

— Pas de ça avec moi, nous sommes en famille, Elizabeth. Appelle-moi soit par « tante Catherine », soit par « Dame Catherine », mais pas de Mme DeBourgh, je n'apprécie pas plus que ça ce titre. »

Sans vouloir forcer la confidence, Elizabeth sent qu'il y a une grosse histoire là-derrière.

« Ma cousine va-t-elle nous rejoindre ?

— Oui, elle devrait déjà être là. Wood, vous pourriez vous renseigner ? Merci Wood. »

Sa tante s'adresse à l'un des serviteurs près de la porte. Elizabeth prend soudainement conscience qu'elle doit mémoriser tout le fonctionnement d'un domaine qui a l'air cinq ou dix fois plus conséquent que Longbourn. Oh Dieu !

Quelques minutes plus tard, deux femmes arrivent. L'une d'entre elle est sa cousine, Elizabeth n'a en réalité aucun mal à la reconnaitre naturellement. La seconde est une femme d'âge mur, qui ne lui dit rien.

« Anne, Mme Jenkins. Nous vous attendions. Installez-vous. Il n'y a rien eu de grave ?

— Non, Mlle DeBourg était fatiguée, et elle a eu du mal à se préparer à l'heure. Dame DeBourgh, c'est de ma faute, et j'en suis désolée.

— Ce n'est pas grave. Je voulais vous présentez Mlle Elizabeth, qui est à mon côté. »

Elizabeth et Anne échangent un regard de reconnaissance et un sourire chaleureux vient orner les lèvres de l'héritière.

« Elizabeth, je crois que tu reconnais ma fille, Anne. Mme Jenkins est sa dame de compagnie. Anne, Mme Jenkins, voici Mlle Elizabeth Bennet-DeBourgh, ma nièce et l'héritière de Rosings. »

Elizabeth fait la plus belle révérence qu'elle peut, et ensuite relève les yeux vers Anne, inquiète de savoir ce que pense sa cousine d'elle. Elle en veut pas avoir l'impression de lui voler son héritage.

Anne prend alors la parole, et Elizabeth découvre une voix douce et excessivement faible :

« Mlle Elizabeth, vraiment ravie de refaire votre connaissance.

— De même Mlle Anne. Je dois vous avouer que je n'ai que peu de souvenir de la dernière fois où j'étais ici. Mais je suis votre cousine, appelez-moi Elizabeth ou Liz, si vous préférez.

— Moi, je me souviens de toi. Tu te faisais appeler Lizbeth, à l'époque.

— Je… je préfère que Lizbeth reste pour quelqu'un d'autre. »

Elizabeth ne peut s'empêcher de rougir, en prononçant cette dernière phrase.

« Elizabeth, tu aurais dû le dire. Fitzwilliam parle toujours de toi comme de Lizbeth, il est dur de se dire que nous devrions utiliser un autre nom. Mais comme tu lui rends la pareille à l'appeler William, en réalité, j'aurais dû m'en douter.

— Je… les évènements ont été un peu précipité pour moi, tante Catherine. »

Anne la regarde toujours avec curiosité et une pointe de sympathie.

« Et bien appelle-moi Anne, Elizabeth.

— J'en serais ravie ! »

Voilà qui présage une relation amicale avec sa cousine. Elle espère qu'elle aura plus de choses à échanger qu'avec Mr Collins, mais elle n'en doute pas trop non plus. Elle lui accorde un nouveau sourire avant de se tourner vers sa tante qui raconte sa surprise relative en la voyant cette après-midi, vu que c'est la raison principale pour laquelle elle avait engagé Mr Collins.

« J'espère que votre amie saura lui donner du bon sens. Il n'est pas méchant, juste il lui manque une présence humaine, féminine et sensée. J'ai eu l'impression que Mme Collins était une personne bien ancrée, ayant les pieds sur terre.

— Charlotte l'est tout à fait. Je… C'est moi qui les ait mis en contact, parce que Charlotte… Bon, à Meryton, ses parents commençait à dire qu'elle se faisait vieille, et comme c'est pas la plus jolie, et bien elle est un peu trop réaliste pour moi. Je suis beaucoup plus romantique qu'elle.

— Le romantisme, c'est ce qui apporte les ennuies, Elizabeth. Que ce serait-il passé si tu n'étais pas retombée amoureuse de Fitzwilliam ?

— Comment savez-vous ? Je n'avais rien dit sur mes sentiments pour William...

— Tu ressembles trop à ta mère pour changer d'idée sur l'homme que tu as choisi. Même si tu avais que huit ou neuf ans quand tu l'as choisi. Elvira était aussi bornée que toi. Elle avait choisi Thomas Bennet à sa première saison, et le fait qu'il est été absent à la suivante ne l'a pas déterré. Elle a dû obéir à ses parents, mais son cœur était pris et n'a jamais été libéré. Après, ce n'est plus Thomas, qu'elle a aimé passionnément, mais toi, Elizabeth. Quoique je me demande si le fait que… »

Tante Catherine s'interrompt avant de dire la suite. Elle agite les mains pour faire disparaitre ses paroles, et permet au repas de commencer. Mme Jenkins n'a pas dit un mot, mais Elizabeth remarque qu'elle mange en bout de table, clairement séparé de leur groupe de trois. Elle trouve cela idiot, mais n'ose pas dire trop de reproches d'un coup. D'abord réparer sa relation avec sa tante, et peut-être qu'il y a une explication logique ?

Le lendemain matin, dès qu'elle se réveille, elle sonne pour avoir la présence d'Hélène.

« Oui, Mlle ? Que voulez-vous faire aujourd'hui ?

— Oh, j'ai plein de choses à faire, Hélène. Je veux visiter le domaine, le plus possible, et voir les comptes de Rosings.

— Il y a aussi des invités pour aujourd'hui, si j'ai bien compris ?

— Ah… Peut-être. Quand ?

— Dans la soirée. Je crois qu'ils ne seront pas là pour le repas du soir.

— Et bien dans ce cas-là, je verrais plus tard comment je m'habille pour les recevoir. En premier je veux donc une tenue qui me permette d'être à l'aise pour bouger dans le domaine, et aller à cheval, si j'ai besoin.

— Il y a une tenue d'équitation qui a appartenu encore une fois à votre mère, Mlle Elisabeth.

— Si vous croyez qu'elle m'ira, c'est exactement ce qu'il me faut. »

Elle se laisse préparer et à la fin, demande si elle sait où est Mme Pritchard. Helène promet de la ramener immédiatement, car elle doit être aux cuisines.

Une fois habillée, coiffée et avec un bout de gâteau, Elizabeth est prête à faire le tour de la maison et fait part de sa requête à la femme en charge. Celle-ci est très contente que la jeune héritière soit aussi intéressée. Elle laisse des ordres claires pour que les deux chambres habituelles soient bien préparés, certainement pour les invités qui vont arrivés dans la journée, et organise le tour de la maison pour Elizabeth. Elle ajoute spécialement des anecdotes sur Elvira, qui a grandi dans cette maison, et sur ensuite, ce qui s'est passé avec tante Catherine et Anne. Elizabeth trouve la visite très intéressante et enrichissante. Il lui reste ensuite moins d'une heure, mais elle a le temps de faire le tour à la frontière sud et de voir l'état des terres. Bien qu'on soit en plein hiver, elle n'est pas heureuse de ce qu'elle constate, et il faudra qu'elle confronte sa tante sur sa gestion.

Elle rentre à temps pour se changer rapidement, toujours grâce à Hélène. Quand cette dernière arrive le tour de passe-passe à lui permettre de se laver et de se changer dans une belle tenue en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Elizabeth témoigne de son admiration pour son travail.

« Vous savez, Mlle Elizabeth, je suis votre femme de chambre personnelle à partir de maintenant. Alors je suis heureuse que mon travail vous convienne. Cela fait plusieurs années que je m'entraine pour être la plus efficace possible, dans l'attente de votre retour. »

Elizabeth est émue de savoir que sa tante avait espéré son retour suffisamment pour avoir prévu une femme de chambre spécialement dédicacé tout le temps.

« Mlle Elizabeth, je dois aussi vous avouer que je suis aussi chaque année, au mois d'aout, deux semaines à votre autre domaine, pour m'accorder avec les serviteurs.

— A… Pemberley ?

— Tout à fait. Vous avez d'autres domaines, Mademoiselle ?

— Non. Pas pour l'instant, mais j'ai de gros projets, Hélène. »

Elle a un sourire en coin devant le regard étonné de sa femme de chambre. Parce que oui, ça des projets d'avoir des domaines, elle en avait plein. Après tout, elle avait quatre sœurs, un domaine familiale à récupérer et de quoi fournir les dots de ses futurs enfants. Enfin, pour le dernier points, il faudra déjà que son fiancé lui pardonne ce qu'elle lui a infligée.

Quand elle arrive au repas, c'est pour trouver Tante Catherine seule. Celle-ci l'avertit que Anne est trop fatiguée, et mangera plus tard dans ses quartiers. La discussion s'installe doucement entre les deux relations, et peu à peu, Elizabeth vient à découvrir que Catherine n'aime pas du tout Rosings, et aimerait vivre ailleurs. Et si possible quelque part où elle n'ait pas besoin de gérer le domaine. Leur discussion se prolonge dans une bonne partie de l'après-midi, avant que sa tante ne se plaigne qu'elle est fatiguée et veut se reposer. Elizabeth comprend qu'elle va peut-être trop s'imposer si elle continue. Elle se retranche dans ses quartiers et reprend la mélodie qui la hante.

S'il y a du raffut dans le couloir, puis dans l'appartement d'à-côté, elle n'y prend pas garde. Elle continue de travailler à la fusion entre les mélodies de Fitzwilliam et de Lizbeth. Quand Hélène revient, plusieurs heures plus tard, elle est convaincue qu'elle est quasiment au bout de ses peines.

Elle finit juste pendant qu'Hélène essaye de la convaincre de sortir, par jouer rapidement les deux balades originale, réalisant qu'elle a toujours le doigts aussi sûr qu'avant ses jeux de mélange.

« Mademoiselle, il y a des invités, vous devriez être bien habillée. Je suis venue en avance pour bien vous préparer, mais vous avez annulé quasiment tous mes avantages.

— Excuse-moi, Hélène, je devais juste vérifier que je n'avais pas perdu la main. Je n'ai pas les partitions des musiques que je modifiais, du coup… C'est idiot. Qui est invité ?

— Qu'est-ce qui est idiot ?

— Peu importe, je ne dois pas connaitre, je suis depuis tellement longtemps loin de cette famille, que mise à part Tante Catherine et Anne, je ne connais personne. »

Elle tourne le dos à Hélène et ne peut pas voir la rougeur qui s'étale sur ses joues, à l'idée d'omettre une information à sa maitresse. Mais Dame Catherine avait été intransigeante. Elizabeth doit apprendre qu'ils ont des invités, mais pas leur identité.

Elizabeth est heureuse de retrouver ses affaires, et notamment les partitions d'Anne FD. Elle les met de coté pour les retrouver facilement. Comme sa tante l'a fait jouer dès le premier jour où elle l'a retrouver, le second, où ils ont des invités, il y a tellement de chance qu'elle la fasse rejouer. Autant venir préparer.

Quand elle sort finalement, elle se sent parée comme une princesse. Cette fois-ci, elle n'a pas besoin d'Hélène pour trouver la salle où sa Tante l'attend.

« Elizabeth, je suis ravie que tu aies pu te préparer.

— Tante Catherine, Hélène m'a dit que vous avions des invités.

— Oui, bien sûr. Je lui ai dit de te prévenir. Mais de te laisser la surprise. Tu as travaillé ton piano toute l'après-midi ? C'est un morceau que je n'avais jamais entendu.

— Je… C'est une adaptation d'un travail d'Anne Darcy.

— Est-il au point ? Pourrais-tu le jouer ce soir ?

— Je… pour moi… je ne suis pas sûre que ce soit judicieux. Je ne sais pas si vous savez, Tante Catherine, mais Mme Darcy a composé plusieurs « Ballade » avec des membres de la famille et des amis proches. J'ai… euh… Comment dire… adapté certains airs ensemble ?

— Je vois. Tu veux attendre que ceux à qui ça s'adresse puisse l'entendre en premier ? »

Pourquoi a-t-elle un sourire en coin en posant cette question ? Elizabeth rougit d'autant plus. Elle baragouine une réponse peu convaincante. Et finalement, sa tante prend pitié d'elle et lui explique :

« Je ne sais peut-être pas jouer au piano, Elizabeth, mais j'ai une excellente mémoire. Et Elvira et toi m'avez déjà joué tous les morceaux que ma sœur a composé. Alors, oui, je sais pertinemment reconnaitre les deux derniers morceaux que tu as joué avant de terminer ta pratique cet après-midi. Et comme je te le dis, je peux comprendre. Tu veux que le premier qui l'entende officiellement soit celui pour lequel tu as composé ça, que le premier qui ait le droit de l'écouter soit Fitzwilliam. »

Tante Catherine ricane en découvrant les joues cramoisie de la jeune fille. Ah, les souvenirs que cela lui évoque, à un temps plus ancien, quand elle taquinait sa sœur et sa belle-sœur sur leurs amours. Parce que contrairement à elle, Anne et Elvira étaient tombé amoureuse. Elle, elle s'était mariée parce que c'était ce qu'il fallait faire, parce qu'elle avait un bon parti, et qu'elle était la plus âgée.

« Très bien, j'ai hâte de l'entendre alors, mais j'attendrais que ton fiancé se présente à notre porte. Mais je serais ravie que tu le joues à la première occasion dès qu'il se présente… »

Elizabeth ne relève pas le regard, et manque donc la lueur amusée de sa tante.

« Nous allons manger en petit comité, Anne dort. Nous avons deux gentilshommes qui viennent nous rendre visite. Je serais ravie de te faire rencontrer mon neveu, le Colonel Richard Fitzwilliam, je crois que tu ne le connais pas.

— Son nom me dit quelque chose. Je crois que je l'ai peut-être vu une ou deux fois, quand j'étais plus jeune.

— C'est possible, il s'entend très bien avec son cousin. Ah, les voilà. Entrez, messieurs. Votre cousine est indisposée pour ce soir, nous serons donc en petit comité. Juste Miss Bennet, vous, et moi-même. Elizabeth, tout va bien se passer, ne vous en faites pas. »

Elizabeth se retourne peu à peu, un pressentiment de qui elle va trouver à l'entrée la fige sur place. Effectivement, William s'est figé à l'entrée de la pièce, et la regarde comme si elle était … elle ne sait trop quoi. Elle veut regarder ailleurs, mais son regard est figé sur le visage de son fiancé.

« William ! Je ne savais pas que tu serais là.

— Eliza, je suis… heu… ravi de vous voir ici. Comment allez-vous ? Et votre famille, vont-ils tous bien ?

— Oui, je crois que je vais bien. Si je suis toujours vivante, c'est déjà pas mal. Ma sœur est fiancée à Charles Bingley, mais je suppose que vous le saviez déjà ?

— Ah ? Miss Bennet et Charles ? Non, je n'ai pas fait attention. Mais j'ai toujours beaucoup de mal à lire les pattes de mouches de Charles.

— Eh bien, oui, ils se sont fiancés juste avant que je parte de Longbourn pour rejoindre mon amie Charlotte, vous savez peut-être pas non plus, que mon amie Charlotte s'est mariée avec mon cousin, Mr Collins ?

— Euh, non plus. Je ne savais pas ! Vous avez vécu une saison de Noël mouvementée, Eliza.

— Et ce n'est que le début. Je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises. »

Un raclement de gorge attire l'attention de tous sur Tante Catherine.

« Elizabeth, je sais très bien que tu connais Fitzwilliam, nous en avons déjà parlé, mais j'aimerais te présenter mon autre neveu, le Colonel Richard Fitzwilliam. C'est mon troisième neveu/nièce favori. Tu es évidement la première. Mon second est Fitzwilliam, parce qu'il est très bien. Et Richard est pas si mal, je dois l'avouer. »

Elizabeth ne tourne pas la tête et continue de dévisager William. Elle voit ses yeux s'écarquiller sous la compréhension.

« Alors, William, es-tu toujours idiot ?

— Lizbeth ?

— Oui, William ? Tu veux me dire quelque chose ?

— C'est… c'est toi Lizbeth ? Réellement ? »

Il s'approche d'elle et lui prend les mains dans les siennes. Leurs yeux sont rivés l'un à l'autre. Il demande encore confirmation, et après une nouvelle demande, un barrage s'effondre dans la contenance d'Elizabeth, et elle le sert dans ses bras, lui racontant des bribes de souvenirs de Bennet et de DeBourgh.

Dans un autre coin de la pièce, la tante des trois jeunes gens secoue doucement la tête.

« Il se passe quoi ? Il est bizarre, là, Darcy. Je ne l'ai jamais vu comme ça.

— Ça ne m'étonne pas. Quand elle m'a dit qu'ils s'étaient croisé mais qu'il ne l'avait pas reconnu, j'ai compris que je devais agir, et le faire venir manu-militari.

— Il n'y a donc aucune chute de grêle qui a ruiné tes cultures.

— Rien d'aussi terrible, juste une nièce et héritière totalement désemparée, qui ne sait pas quoi faire pour que son fiancé la retrouve. Mais tu remarqueras que si je lui avais dit que Lizbeth était de retour, il aurait pu tout aussi décidé de ne pas venir, parce qu'il était tombé amoureux d'une jeune fille du Herdforshire.

— Darcy est tombé amoureux d'une autre que sa Lizbeth ?

— Non, justement. Il est tombé à nouveau amoureux d'elle. Crois-moi, le moyen d'avoir des héritiers le plus rapide et le plus simple, c'est de faire croire que le domaine était menacé par une quelconque attaque. Et si Rosings a besoin de quelques choses, c'est bien d'héritiers. »

Et voilà, parce que si Lady Catherine est quelqu'un de sensé, il faut une bonne raison pour laquelle elle ait choisi Mr Collins. Et pour l'épilogue, j'hésite entre expliciter la relation Anne/Catherine/Elvira/Thomas, ou montrer ce qui se passe dans un délai plus ou moins lointain, ou les différentes tentatives pour récupérer son héritière que Lady Catherine a faite.

Je peux aussi vous poster les deux "UA", quand mes personnages se sont rebellés et ont refusé d'obéir au scénario (de base, la réconciliation devait être à Pemberley, mais j'ai fini par prendre pitié de Fitzwilliam et je lui ai accordé de retrouver sa femme plus vite.)

Mais sinon, cette histoire est terminée.