Histoire originale : The Savior, Child of the Tardis, Son of a Mad Man, de Kuroi in a Black Hole
Nombre de chapitres de l'histoire originale : 33
Nombre de chapitres traduits : 10
Chapitre 6 : Où de vieux amis disent bonjour
~~~~~~~~~~~~~~ Voici le début ~~~~~~~~~~~~~~
Le monde semblait brillant et infini, et Harry riait sur sa hanche alors qu'ils retournaient au TARDIS, vivants et en bonne santé et pas mourants. Ils avaient déposé Wilfred et le monde était sûr à nouveau, et rien n'allait mal dans l'Univers personnel du Docteur. Ou du moins, rien n'allait immédiatement mal. Le Docteur ouvrit la porte bleue et posa Harry par terre alors qu'il la refermait, regardant Harry se précipiter sur la rampe vers la chaise.
Peut-être qu'il était temps de présenter à Harry de vieux amis, ceux toujours là pour se souvenir de lui, du moins. Puisqu'il n'était pas mourant, cela ne le dérangerait pas de revoir quelques uns de ceux qui avait fait de cette régénération ce qu'elle était.
« Harry, que dis-tu de rencontrer de vieux amis à moi ? »
Harry le regarda avec curiosité.
« Vieux amis ? Okay ! »
Harry grimpa maladroitement sur la chaise avant de boucler la ceinture avec ses petites mains.
« Allonzee ! [ndlt : en français dans le texte] » cria-t-il, et le Docteur rit.
Des boutons furent poussés, des cadrans furent tournés. Le TARDIS secoua et ronfla.
« Qui allons-nous voir ?
— Une fille qui a autrefois voyagé avec moi appelée Martha et son mari, Mickey. Accroche-toi ! »
Ils s'arrêtèrent de bouger, et le Docteur souleva Harry.
« C'est parti, on sort… oh, des Sontarans. Et bien, ils ont certainement le sens de l'aventure. Ils ont pris ça de moi. Et pas du mauvais travail. Jolis petits Sontarans inconscients. Du nettoyage, d'après ce que je vois. Ah, les voilà, Martha et Mickey. Salut ! »
La scène en dehors du TARDIS était un vieil entrepôt abritant en ce moment quelques petits aliens marrons inconscients dans des uniformes bleu et gris. Deux personnes étaient assises à côté d'un sac médical, bien qu'ils étaient à présent en train de regarder autour d'eux. Le Docteur agita la main dans leur direction, donnant un coup de coude à Harry.
Harry regardait l'alien actuellement endormi, fronçant les sourcils.
« Son… Sontaran ? » essaya-t-il.
Le Docteur sourit :
« Ouaip. Et voilà Martha et Mickey. Mickity Mick ! »
Harry se tourna pour regarder où pointait son papa.
Martha, ses cheveux à présent tressés, et Mickey, affichant une moustache et quelques bandages, se tournèrent avec surprise.
« Docteur ! Et… qui est-il ? Il est adorable. »
Martha approcha en courant, ralentissant et finalement s'arrêtant devant le Seigneur du Temps en manteau. Elle se pencha vers Harry.
« Je peux le tenir ?
— Qu'en penses-tu Harry ? Est-ce que Martha Jones peut te tenir ? »
Harry gloussa.
« Martha ! Salut Martha ! Je suis Harry ! »
Il tendit les bras vers Martha, et Harry changea de bras.
« Papa m'a parlé de toi. Jolis cheveux. »
Martha ouvrit de grands yeux en direction du Docteur :
« Papa ? Vous avec un gamin ? Avec qui ? »
Le Docteur cligna des yeux, puis sourit :
« Nan, pas le mien par le sang, mais il m'a été donné. A élever et protéger et tout ça. Salut Mickey ! Comment ça va ? On ne m'a pas invité pour le mariage, je vois. »
Mickey lança un regard appuyé à Martha, qui lui lança un regard noir.
« Nous avons essayé, oui. Nous l'avons fait ! Vous ne répondiez juste jamais à votre téléphone. J'ai quitté UNIT aussi. On est freelances maintenant. On travaille dans toute l'Angleterre. Plus près de la faille, surtout après ce qui s'est passé à Torchwood et le 456 le mois dernier. Ils avaient besoin de quelqu'un, vraiment. Donc on fait le nettoyage et la protection, maintenant. »
Martha s'extasia devant Harry, qui rit et tapota de petites mains sur les joues de Martha. L'expression du Docteur s'assombrit rapidement :
« Qu'est-ce qui s'est passé le mois dernier à Torchwood ? »
Martha leva les yeux, surprise :
« Vous n'en avez pas entendu parler ? Et bien, il y a eu une invasion le mois dernier, utilisant les enfants comme amuse-bouches. Le gouvernement s'est mis en tête que c'était d'une façon ou d'une autre la faute de Torchwood, et ont fait exploser la base. Jack a été capturé, mais son équipe a réussi à le faire sortir. Le 456 a exigé un dixième des enfants de la Terre. Je ne sais pas pourquoi, tout ça est classifié donc les seules personnes qui ont le droit de voir sont celles qui étaient présentes quand ça s'est passé. Il n'en reste pas beaucoup de toute façon, parce que la plupart sont en prison ou morts. Mais Jack a apparemment fait quelque chose de drastique parce qu'ils sont partis. Je ne sais toujours pas qui ils étaient ni d'où ils venaient. Et avec Torchwood parti, on ne peut obtenir aucune réponse. La seule que je sais en vie en dehors de Jack est Gwen, et elle s'est envolée. Sais pas où elle est. »
L'expression de plus en plus sombre du Docteur montrait clairement qu'il n'était pas heureux de cette situation.
« Vous n'en saviez rien, Docteur ? Je pensais que vous saviez tout aïe ! »
Martha marcha sur le pied de Mickey.
« Tais-toi idiot. »
Harry tapotait toujours les joues de Martha, mais il ne riait pas. Il regardait le Docteur avec de grands yeux.
« Martha, merci. Pour tout. Je… Je vais essayer de repasser à un moment. Si vous avez besoin de moi, appelez. J'essaierai de venir. Allez, Harry, prêt à voir Jack ? »
Martha rendit Harry. Le Docteur hocha la tête en leur direction.
« Au revoir Docteur. Essayez de faire cette visite avant que je meure, d'accord ? »
Le Docteur hocha la tête.
« Et amenez Harry ! »
Harry salua de la main en guise d'au revoir alors qu'ils entraient dans le TARDIS, et le couple resta à regarder le TARDIS disparaître.
Le Docteur était d'une humeur beaucoup moins joyeuse qu'auparavant, et Jack était à présent en haut de sa liste des personnes à visiter. Il traqua le Manipulateur de Vortex que Jack portait toujours. Un bar. Bien sûr. C'était le terrain de chasse de Jack. Un bar inter-galactique en plus de ça. Le Docteur, portant toujours Harry (il ne l'avait pas posé), entra, cherchant le long manteau gris dont Jack ne semblait jamais se séparer. Il était au bar, la tête qui en dépassait regardant avec morosité dans un verre de quelque-chose-avec-bien-trop-d'alcool.
Il était sûr que Jack l'aurait frappé si Harry n'avait pas été sur sa hanche au moment où le Docteur touchait son épaule, tant Jack était saoul. Il cherchait juste la bagarre. La présence d'un petit enfant sembla restreindre son besoin de frapper quelques visages.
Puis le regard flou s'éclaircit un peu :
« Docteur ? C'est vous ? Pourquoi vous avez un gamin avec vous ? »
Malheureusement, ses mots furent beaucoup moins clairs que ça, mais c'était ce que le Docteur comprit de la phrase maltraitée. Il attrapa un bras et traîna un Agent du Temps du 51ème siècle obéissant hors du bar. Le barman semblait reconnaissant. Dès qu'il eut déposé l'homme ivre dans le TARDIS, le Docteur retourna dans le bar :
« Salut. Désolé pour lui. Question rapide, depuis combien de temps est-il ici ? »
Le barman secoua la tête :
« Dans ce siège ? Environ une demi-révolution, douze heures standard. Au bar ? Trois semaines standard. Il a bu la plupart du temps, quand il n'est pas en train d'essayer d'accrocher tout ce qui passe près de lui. Heureux qu'il ait un ami qui ne s'intéresse pas à ce qu'il y a sous sa veste. J'ai entendu toutes les phrases d'accroche de tous les livres de la galaxie, et même quelques nouvelles, sortir de sa bouche. Prenez soin de lui, voulez-vous ? C'est un gars assez gentil, juste un peu perdu. »
Le Docteur hocha la tête.
« Combien doit-il ? »
Le barman secoua la tête :
« Il s'en est occupé. Il a donné une carte d'agence, ça marche. »
Et bien, une chose dont il n'aurait pas à s'inquiéter. A présent, il avait juste un immortel extrêmement ivre et un petit enfant à s'occuper. Au moins, le premier serait facile à laisser dans un lit jusqu'à ce qu'il cuve complètement. Le second, cependant, serait pendant un temps plus facile à gérer qu'un humain dépressif et en colère. Néanmoins, il ne laisserait pas Jack boire toute sa vie et coucher avec tout ce qui passait. Pas quand il pouvait l'aider.
Il ferma les portes du TARDIS, regardant l'immortel affalé contre le mur et Harry, qui avait trouvé un marqueur (celui-ci de la Formation Narienne, et qui changeait de couleur en fonction de l'humeur du dessinateur. C'était bleu brillant, de la curiosité, et un soupçon de malice avec les bordures vertes) et dessinait sur le visage de Jack. Le Docteur ricana.
« Et bien, Harry, qu'allons-nous faire de lui ? »
Harry leva son marqueur :
« Je dessine ! dit-il joyeusement.
— Je vois ça. Mais on ne peut pas le laisser contre le mur. Au lit, donc ? Oui, ça sonne pas mal. »
Il se pencha pour soulever Jack.
« Enfin, s'il ne pesait pas vingt-cinq kilos de plus, ça pourrait marcher. »
Il se força à soulever Jack du sol et à vaciller en direction des couloirs.
« Bon, s'il te plaît, vieille fille, s'il te plaît ne me cache pas la chambre. Je ne pense pas qu'il apprécierait de se réveiller par terre. Et je n'apprécierais certainement pas de me réveiller sous lui, malgré son amusement au vu de la situation. »
Harry gloussa depuis sa place sur le pont.
« Heureux de voir que l'un de nous trouve ça amusant.
— Est-ce que j'ai de la chance ? » marmonna Jack.
Le Docteur renifla de mépris et fut terriblement tenté de laisser tomber cet homme énervant juste là.
« Non. Vous avez un lit jusqu'à ce que vous ayez cuvé. Maintenant aidez-moi. Vous êtes lourd. »
Jack écouta la voix avant d'enregistrer de qui il s'agissait, puis sursauta :
« Docteur… Je ne savais pas… que vous teniez… autant à moi. »
Jack trébucha sur ses pieds, essayant de les placer solidement sur le sol. Il n'avait pas particulièrement de succès, mais ses tentatives allégèrent au moins la charge que soulevait le Docteur.
« Vous êtes un idiot Capitaine Jack Harkness, » gronda le Docteur en les propulsant en avant et en direction de la porte fermée la plus proche.
Il semblait que le TARDIS avait eu pitié de lui et avait effectivement déplacé une chambre avec un lit plus près d'eux. Très gentil de sa part.
Jack renifla :
« Vrai ! »
Ah, un lit ! Le Docteur déposa Jack plutôt brutalement dessus, roulant des épaules.
« Vous êtes lourd, » se plaignit-il.
Jack sourit et ouvrit la bouche pour faire une nouvelle blague obscène.
« Non, juste taisez-vous. Et je ne vous aide pas avec votre mal de tête ou je ne sais quoi que vous pouvez avoir. »
Le Docteur se tourna pour partir. Une main attrapa son manteau :
« Doc, vous pensez que vous pouvez me pardonner ? »
Le ton était si brisé que le Docteur laissa passer le surnom. Il s'accroupit devant le lit :
« Pour quoi Jack ? De quoi avez-vous besoin de vous faire pardonner ? »
Une grimace.
« Je ne voulais pas. Vraiment pas. Mais ils les auraient tous pris. Tous. Et personne ne faisait quelque chose. Je devais le faire. »
La main de Jack se serra autour du manteau du Docteur.
« Je devais le faire… Je devais… Je devais… »
Jack se tourna sur son oreiller, les yeux fermés. Le Docteur soupira.
Il avait pris la bonne décision, de venir ici, donc. Jack n'était clairement pas en position de faire quoi que ce soit de dangereux autre que de boire jusqu'à sa mort, et il ferait ça pour une éternité si personne ne l'en sortait.
Jack glissa dans l'inconscience, la main se détachant du manteau. Le Docteur se leva et laissa l'ex Agent du Temps dormir son alcool. Des réponses claires viendraient plus tard. Pour l'instant, et bien, pour l'instant Jack se réveillerait avec un mal de tête horrible et un sale goût dans la bouche.
Harry leva les yeux vers le Docteur alors qu'il entrait dans la salle de contrôle.
« Est-ce que Jack va bien Papa ? »
Le Docteur soupira :
« Probablement, Harry, probablement. Nous verrons ça bientôt. Maintenant, à ton tour d'aller au lit. Tu es debout depuis un bon moment maintenant. Ah, oui, au lit ! »
Harry bâilla largement.
« Pas fatigué Papa, protesta-t-il faiblement quand le Docteur le souleva. Pas fatigué.
— Bien sûr que non. On va juste reposer nos yeux un moment alors. »
Harry hocha la tête, les yeux grands ouverts pour les empêcher de se fermer.
« 'kay. Une histoire d'abord, d'accord ? »
Le Docteur sourit :
« D'accord. Une histoire. Pourquoi pas une sur Raxacoricolfalapatorias ? Leurs formes de vies sont basées sur du calcium et une fois, l'un d'eux a essayé de vivre avec forme de vie acide de Gorigalifus. C'était une réaction très déplaisante. »
Les yeux de Harry se fermèrent doucement :
« Raxacoricol… »
Sa bouche trébucha sur le long mot. Le Docteur le coucha dans son lit et le couvrit de sa couverture verte. Harry attrapa sa pieuvre en peluche et la tint contre lui, se tournant vers son papa qui approchait une chaise pour raconter le reste de l'histoire.
Le long manteau marron fut retiré et drapé sur le dos de la chaise et la grande silhouette mince s'y installa :
« Et bien, c'était assez loin, à environ cinq mille années-lumière, et environ trois cents mille ans dans le futur, et les êtres de Raxacoricolfalapatorias et de Gorigalifus ont tenté un accord. Ils ont toujours été assez méfiants les uns des autres, vu qu'ils pouvaient détruire l'autre assez facilement, mais finalement, les gouvernements ont formé une alliance… »
Le Docteur raconta son histoire à un Harry de plus en plus fatigué, regardant les paupières se fermer sur les grands yeux verts et sa respiration ralentir. Il ne lui fallut pas longtemps pour être endormi, et le Docteur se tut, observant l'enfant qui était devenu le centre de sa vie.
Petit Harry Potter. Il ne mentionnait plus le nom de famille, le laissant derrière avec toutes ses connotations et sa destinée. Harry ne méritait pas ce poids sur ses épaules, pas en grandissant. Il ne refuserait jamais à l'enfant son nom de famille, mais pour l'instant, Harry était content sans. L'enfant qu'il avait pris de Albus Dumbledore pas si longtemps auparavant, après avoir vu le pouvoir qu'il avait et les façons dont l'homme pourrait s'en servir. Il avait perdu foi en lui peu de temps auparavant, et quand il avait pris Harry sans réfléchir complètement à ses actions, une petite part de lui avait espéré que le garçon lui rendrait quelque chose de lui-même.
Harry l'avait fait et bien plus encore. Il lui avait donné quelque chose sur quoi se concentrer, à qui sourire, avec qui rire, à enseigner. Il n'avait pas fait ça depuis un moment, enseigner, et Harry était une vraie éponge. Il apprenait si rapidement, absorbant tout. Bien sûr, beaucoup de choses compliquées le dépassaient complètement, le garçon n'était qu'un bébé, mais sa mémoire était prodigieuse. Et Harry voulait toujours apprendre plus, adorait ça. Et il adorait le Docteur. Son papa. La personne qui lui faisait des câlins et qui riait avec lui et qui lui racontait des histoires et qui l'emmenait dans des endroits merveilleux. Le Docteur découvrit qu'il aimait être appelé ainsi à nouveau, entendre le trottinement de pieds d'enfant sur le sol, les rires qui résonnaient, et un sourire juste pour lui. Et le titre, Papa, se répercutant sur tous les murs, était bon à entendre à nouveau.
Il caressa la joue de Harry encore une fois, avant de se lever et de se diriger vers la porte en prenant son manteau. Il ne s'embêta pas à fermer la porte, sachant que Harry la préférait ouverte. Le TARDIS bipa doucement, et le Docteur soupira :
« Et bien, ma fille, maintenant j'ai un immortel saoul et dépressif ainsi qu'un petit enfant à bord. Voyons voir comment on s'en sort, hein ? »
Le TARDIS pulsa.
« Et ne t'amuse pas à perdre le Capitaine non plus. Je suis sûr que tu n'aimerais pas qu'il fouille dans quelques unes de ces pièces et provoque du désordre. »
Une autre pulsation, de l'amusement.
« Ah, de toute façon, il va être endormi un moment. Ça prend un moment pour le corps pour métaboliser autant d'alcool, et s'il a bu pendant douze heures, il va avoir un méchant mal de crâne en se réveillant. Je ne l'envie pas. »
Le Docteur entra des coordonnées et programma leur destination vers un groupe d'étoiles proche. Juste laisser le TARDIS flotter dans l'espace un moment. Il pouvait se permettre une sieste.
Il s'installa dans une des chaises et baissa sa tête en arrière. Il avait vraiment besoin d'une sieste. Ça avait été une longue, très longue journée.
~~~~~~~~~~~~~~ Ceci est un saut de ligne ~~~~~~~~~~~~~~
Jack avait l'impression d'avoir toute une horde d'éléphants en débandade dans son cerveau, et faisant de leur mieux pour écraser chaque cellule qu'il possédait. Il grogna. Il avait mis un soin particulier à noyer son système de régénération dans l'alcool. Maintenant il en payait les conséquences.
Au moins, il n'était pas au bar, le visage écrasé contre le bois. Mais où donc était-il ? De toute évidence un lit, si la position horizontale était une preuve, associée à l'oreiller et au drap, mais à qui ? Personne n'était à côté de lui, et il avait toujours ses vêtements, donc il n'avait accroché personne. Bon sang, il ne pouvait pas se souvenir du dernier… quelle que soit la durée depuis qu'il avait pris son quatrième Mixer Artésien.
Il essaya de s'asseoir, sentit le monde tourner et des étoiles danser dans la pièce, avant de retomber sur l'oreiller et y enfoncer son visage. Probablement la plus belle cuite qu'il ait jamais eue, surtout depuis qu'il avait essayé de soigner les dernières avec plus d'alcool. Il n'avait fait que boire de l'alcool depuis un certain temps, et ça le rattrapait. Il tendit une main, cherchant aveuglément quelque chose, n'importe quoi qui pouvait ressembler à une boisson. Juste une petite pour éponger un peu. Il rencontra un verre, quelque chose clapotant dedans, et il se réjouit mentalement (doucement). Il se força à se redresser partiellement, gardant les yeux fermés en guise de compromis, et but le verre, attendant la morsure de l'alcool.
Il s'empêcha tout juste de recracher ça immédiatement, quoi que ''ça'' soit. La seule chose qui le fit avaler fut le soulagement immédiat du mal de tête que cela provoqua. Les éléphants devinrent des chevaux en cavalcade, et le monde ne semblait plus tourner. Il prit une nouvelle gorgée, serrant les dents et supportant le goût. Rien de bien ne venait de ce qui avait bon goût. A présent, c'était des marteaux, et il pouvait gérer des marteaux.
Jack se dressa sur ses pieds et posa le verre vide sur le tabouret d'où il venait, regardant la pièce dans laquelle il était.
Quelconque était une manière de la décrire. Une autre serait bleue, ou vide, ou petite. La porte était à juste trente centimètres, et le mur opposé à un mètre. Ça ressemblait plus à un bunker qu'autre chose. Néanmoins, il y avait un lit, un lit très confortable, et si Jack n'était pas aussi déterminé à savoir où il était, il aurait été plus que prêt à se laisser y tomber à nouveau et à retourner dans le monde des rêves.
Mais le besoin de trouver qui lui avait donné le lit et le remède contre la gueule de bois était plus fort, et il parvint à ne pas trop trébucher alors qu'il sortait par la porte.
Dans un long couloir sinueux. Adorable. Quelqu'un avait le sens de l'humour. Il se poussa dans le couloir et choisit une direction en fonction du côté vers lequel il se pencha en premier. A gauche, donc. Les mains lui permettant de garder l'équilibre contre le mur, il avança lentement et maladroitement au fil des angles, presque dans une piscine (qui pouvait bien garder une piscine près d'un four à céramique ? Qui avait toujours un four à céramique ? Et c'était bien un Globe Alysiaque ? Il pensait qu'ils avaient tous été détruits lors de la Seconde Guerre Galactique !) et finalement, finalement, il rencontra presque le sol d'une cuisine avec son visage. Une cuisine ! Un endroit qui avait de l'eau et du pain et… et d'autres choses auxquelles il ne pouvait penser.
Il tendit la main pour attraper la poignée d'un frigo étrange (il y avait une plus petite porte près du sol, à hauteur de bébé. Et il semblait avoir cinq compartiments. Et sept poignées, trois cadrans et un levier. Il ne pouvait même pas se poser des questions sur leur usage à cause de son mal de crâne) et échoua misérablement dans sa quête. Il essaya à nouveau.
« Ah ! Vous êtes debout ! Ravi de vous voir conscient. Ça fait, environ trois jours maintenant. Vous aviez vraiment bu trop d'alcool. De ce que je peux en dire, vous avez bu pratiquement tous les mélanges possibles de la galaxie. Le barman était impressionné. »
Jack connaissait cette voix. Cette voix chantante, presque britannique, qu'il adorait et que souvent il espérait entendre constamment. Cette voix qui appartenait à la seule personne de l'univers que Jack Harkness avait jamais écoutée. Jack se tourna, les yeux écarquillés, les mains fermement agrippées au comptoir.
« Docteur ? »
L'incrédulité dans sa voix fit sourire le Docteur. Il ressemblait exactement à la dernière fois où Jack l'avait vu, même grand sourire (enfin, il semblait plus heureux à présent), même longs membres maigres, mêmes cheveux ébouriffés et hérissés, mêmes yeux marrons pétillants (bien qu'ils soient définitivement plus heureux). Le coupe-vent marron était absent, comme la veste de costume bleue à rayures fines. A la place, il était pieds nus, portant une chemise blanche à manches longues pour l'essentiel boutonnée (et avec une tâche d'une couleur étrange sur l'épaule droite), un pantalon à rayures fines, et une cravate attachée maladroitement autour de son cou.
« Oui, moi. Debout juste là. Je vous ai ramassé au Bar de la Tête de Cheval, en train de vous noyer dans un Kriterion Cleaner. Le barman était soulagé. Il avait l'air assez perturbé par vous, et ce gars n'est pas perturbé facilement. Votre système alcoolique commençait à avoir trop de sang en lui, quand je vous ai amené dans le vaisseau, bien que Harry ait été amusé. D'ailleurs, vous avez toujours… »
Le Docteur fit un vague geste autour de son visage.
« Ah, peu importe. Vous avez trouvé le remède contre la gueule de bois que je vous ai laissé, donc. Mon propre mélange. J'en suis plutôt fier, en fait. Je l'ai créé après avoir bu un peu trop de Gryon Shots et que je devais aller m'assurer que la Cinquième Guerre Galactique n'avait pas commencé parce que j'avais laissé le TARDIS dans une zone interdite aux transports. Ces Judoons sont très pointilleux sur l'endroit où les gens laissent leurs vaisseaux, ces derniers temps. Ce n'était pas que je m'étais mal garé. C'était juste une erreur minime, quelques mètres dans le territoire de la Proclamation de l'Ombre, rien de bien sérieux. Enfin, ne jamais énerver un Judoon. Le moyen le plus simple d'être vaporisé. »
Jack resta immobile, laissant le bavardage inepte qu'il avait appris à adorer et à trouver exaspérant l'envelopper, le recentrant d'une manière que tout l'alcool qu'il avait bu n'avait pu. Juste la présence du Docteur, apaisante et chaotique, le calmait, tirait son esprit hors de la dépression dans laquelle il avait sombré après 456. Il sourit :
« Bon Dieu, ça m'avait manqué. Vous n'avez pas idée à quel point vous entendre parler m'avait manqué. » souffla-t-il.
Le Docteur cligna des yeux, puis sourit largement :
« Et bien, vous allez adorer Harry, donc. Il va vous parler à vous en étourdir. Il va probablement recommencer sa comptine, vous montrer ses planètes, vous faire dessiner des guerres, vous entraîner dans la piscine (comment il la trouve à chaque fois, je ne sais pas), la bibliothèque, la salle de jeux. Puis il vous harcèlera pour avoir des histoires. Ça peut être assez adorable, j'imagine. J'espère que vous aimez les enfants, par contre. »
Jack cligna des yeux :
« Vous avez un enfant ? »
Le Docteur rit :
« Oh non, rien d'aussi drastique. J'en ai juste en quelque sorte ramassé un en route. Il est à moi, cependant, de toutes les manières qui comptent. Venez. Oh, attendez, il dort encore. Et bien, je suppose que vous avez du temps pour autre chose. Oh, oui, la nourriture. J'imagine que l'alcool n'a pas vraiment aidé votre système digestif, même avec votre capacité de guérison. Et ça ne remplace pas la nourriture du tout. Je suis surpris que vous n'ayez attrapé aucune maladie, compte-tenu du nombre de personnes avec lesquelles vous avez couché, bien que je pense que personnes n'est pas le bon mot. Le barman a dit que vous aviez dormi avec tout ce qui vous a regardé deux fois. Vous connaissant, et bien, je n'ai pas envie de deviner. Enfin, ah oui, la nourriture. Un instant, il y a quelque chose par là. Il y a toujours quelque chose, vu que Harry est toujours en train d'essayer des choses. Il devrait y avoir des pâtes ici… ah oui, quelque chose de bien crémeux. Directement d'Italie. La planète, pas le pays. Le meilleur endroit pour trouver des pâtes. Ils ont même réussi à comprendre comment faire pousser directement des pâtes. Brillant ! Endroit préféré de la Galaxie pour la nourriture, enfin, après la Planète qui fait tout à partir de bananes, enfin, peut-être troisième favori… enfin, ce n'est pas l'idée. Ah ah ! les voilà ! »
Le Docteur sortit du frigo (il était à moitié dedans). Jack ne fonctionnait toujours pas complètement et eut des difficultés à suivre les mouvements rapides et erratiques du Docteur.
Une assiette (objet en plastique avec plusieurs compartiments et des motifs tourbillonnants qui ne cessaient de changer) fut posée en face de lui, de la nourriture fut placée dans l'assiette et rapidement chauffée et une fourchette fut tendue à un Jack toujours dépassé.
« Euh… merci. Vous avez de l'eau ? »
Il reçut presque immédiatement un verre rempli du liquide transparent.
« Merci… »
Un autre sourire éblouissant lui fut adressé. Sa tête lui fit mal.
« Vous voulez manger ici ou vous asseoir ? Il y a une table près de la console et Harry devrait se réveiller bientôt. Venez. »
Le Docteur avait une tasse fumante de thé dans la main, où il l'avait obtenue Jack n'en avait aucune idée, mais il suivit sagement, assiette dans une main et verre dans l'autre.
La salle de commande était juste au delà de la porte et la table susmentionnée fut tirée d'une armoire proche (c'était nouveau). De nombreux papiers, crayons et marqueurs jonchaient la salle sur le côté, avec des chaussures et des livres. Des petites chaussures, très petites chaussures. Et des piles de dessins dans un coin. Jack cligna des yeux. A quel point le gamin que le Docteur avait pris était jeune ?
« Ah, et nous y voilà ! Oh, attendez, des chaises ! On a besoin de chaises ! »
Il ressortit en vitesse, et revint en tirant deux chaises pliantes que Jack se souvenait avoir vues dans des salles de réunion.
« Très pratiques, celles-ci. Pas de désordre, pas de bouton à appuyer, propres et faciles, ne prennent pas de place. Maintenant, asseyez-vous. Je suis sûr que le monde ne s'est pas vraiment arrêté de tourner. »
Jack se fit un chemin jusqu'à la salle à manger improvisée et s'assit lourdement sur sa chaise. Il ne s'était pas attendu à ce que sa cuite dure aussi longtemps. Ses capacités de guérison auraient du entrer en marche, à présent.
« Pourquoi ma tête me fait toujours mal ? »
Le métal froid de la table faisait du bien contre son front. Les marteaux étaient toujours en train de frapper avec insistance contre son crâne.
« Ça ne devrait pas faire aussi mal. »
Sa voix était un peu plus grave que dans son souvenir. Le rire du Docteur n'aidait pas vraiment.
« Je suis sûr que si vous n'aviez pas pratiquement remplacé votre système sanguin par de l'alcool, votre tête ne vous ferait pas mal et vous ne seriez plus saoul. Cependant, la seule raison pour laquelle vous êtes encore en vie est due au taux de métabolisation de vos systèmes et votre capacité à gérer les toxines. Votre foie n'était que de la poussière de lune quand je vous ai trouvé, mais il a du guérir à présent. Vous commencerez bientôt à vous sentir mieux. »
Le Docteur s'appuya en arrière.
« Pourquoi faisiez-vous de votre mieux pour vous noyer dans un bar, d'ailleurs ? »
Jack leva la tête pour regarder l'homme (était-il un homme ? Ah, zut, qui s'en inquiétait ?) s'appuyer pensivement contre sa chaise. Les mains étaient posées sur les genoux et le thé sur la table, en train de refroidir. La fumée s'élevant de la tasse encadrait le visage long et étroit. Jack se tourna à nouveau vers la table. Les marteaux n'étaient plus aussi forts, et s'il n'avait pas besoin de regarder le visage du Docteur quand il lui raconterait, et bien, il serait peut-être capable de le faire. Peut-être.
« Ça a commencé des décennies avant les… les enfants. Les années 60. Il nous ont contactés, ne nous ont jamais donné de nom, mais la fréquence qu'ils utilisaient, 456, est devenue le nom qu'on utilisait. Ils ont demandé à ce qu'on amène douze enfants à un endroit précis dans la campagne, et ils ont menacé de tuer tous les humains de la planète si on ne le faisait pas. Le gouvernement l'a autorisé, a exigé le secret, et douze orphelins ont disparu cette année là. Nous avons pensé que c'était terminé. Rien ne s'est passé pendant des années, et cette fréquence particulière ne s'est plus jamais fait entendre. »
Jack ferma les yeux, sentant la culpabilité qu'il avait repoussée toutes ces années auparavant revenir en force.
« J'ai essayé de les oublier, ces gamins, mais je n'ai jamais pu. Ce vers quoi je les ai envoyés, ce qui leur est arrivé, si ça avait pu être fait d'une autre manière. »
Il serra les poings, le tissu de son pantalon se fronçant contre ses paumes. Le Docteur se contenta de hummer en face de lui.
Jack rassembla ses pensées, les tria :
« Puis, les enfants se sont tous arrêtés, partout au même moment, sur toute la planète. Et c'est arrivé à nouveau, et cette fois ils ont parlé, chacun d'entre eux. ''Ils arrivent''. En anglais, même en Chine et en Inde. Les gouvernements étaient en ébullition. Et encore, et encore. Encore et encore avec plus de demandes. Ils utilisaient la fréquence 456, ils étaient de retour. Et une partie des gens qui étaient dans le complot des années 60 savaient qui j'étais. Ils ont mis une bombe en moi, et ont fait exploser les locaux de Torchwood. Quand je me suis réveillé, guéri et enchaîné à un mur, ils m'ont enterré dans du ciment. Mon équipe, ce qui en restait, Ianto et Gwen, m'ont sorti de là et on s'est enfuis.
Un vieil homme était un survivant de l'enlèvement des années 60 et il me connaissait, se souvenait de moi. Et nous nous sommes servis de lui, et d'une autre fille, pour accéder au bâtiment d'où les 456 émettaient leurs demandes. Nous avons finalement réussi à entrer. Mais ils ont tué l'homme pour avoir aidé. Bon dieu, Docteur, ils ont demandé des enfants. Des millions d'enfants. Dix pour cent de la population mondiale, puis dix pour cent de chaque pays. Le gouvernement était en train de craquer, les enfants étaient rassemblés pour être transportés, et Ianto est mort avec le reste des officiels du gouvernement qui étaient dans la pièce. Gwen courait avec des enfants, et ma fille a du venir avec moi avec son fils, sachant que je pourrais les protéger du danger. »
Jack sentit des larmes au coin de ses yeux. Le silence par dessus la table était presque pire que le Docteur le réprimandant ou posant des questions. Il serra les dents :
« Ils nous gardaient dans un entrepôt, avec un scientifique. J'étais désespéré et il connaissait un moyen d'arrêter tout ça. Mais il avait besoin d'un enfant. Les 456 communiquaient à travers les enfants, c'était la seule façon de communiquer ou de les arrêter. Je devais le faire. Je ne pouvais pas… pas une nouvelle fois. Non… Ma fille n'était pas là. Ils l'avaient emmenée quelque part ailleurs. J'avais du temps avant qu'elle revienne… Dieu, je devais le faire, je devais… »
Jack ferma les yeux pour empêcher le torrent qu'il savait n'attendre qu'une opportunité.
« Vous avez utilisé votre petit-fils. Fait résonner la fréquence à travers lui, et les avez tués ou blessés. »
Le silence de Jack était une réponse suffisante.
« Et ça l'a tué, faire circuler l'énergie nécessaire pour convertir autant de puissance en une fréquence à travers des enfants. Les 456 le faisait en répartissant l'énergie sur la planète. Utiliser un seul enfant pour faire le travail, il ne pouvait pas le gérer. Son cerveau a grillé. »
Jack hocha la tête contre la table.
« Et bien, ça explique certainement l'alcool. »
Jack se fit presque un torticolis alors qu'il se redressait pour regarder le Docteur. Il n'y avait aucune révulsion ou dégoût évidents. De l'horreur, oui, au coin de ses yeux, dans le pli de sa bouche. Du choc, du désespoir, de la tristesse. Mais aucune preuve de blâme ou de haine.
« Je… je… j'essayais d'oublier. Tout ça. J'ai fui, Docteur. J'ai fui le dernier membre de Torchwood en embarquant sur un vaisseau de fret alien, et je me suis rendu au bar le plus proche. J'ai tué mon propre petit-fils. Je l'ai sacrifié. Sa mère, sa mère me hait, elle pouvait à peine me regarder. Je ne la blâme pas. »
Jack regarda son assiette de pâtes intouchée. Le Docteur se pencha en avant, prenant la tasse de thé refroidi.
Le silence emplit la pièce pendant quelques minutes alors que le Docteur buvait son thé et que Jack scrutait ses pâtes.
« Quelle était l'alternative ? Si vous n'aviez pas utilisé votre petit-fils. Qu'est-ce qui se serait passé ? »
L'immortel cligna des yeux, frappé. Puis il devint pensif :
« Le gouvernement leur aurait donné des millions d'enfants qu'ils auraient utilisés comme drogue pour le 456. Une drogue. Ils les utilisaient pour se shooter ! Le gouvernement… ils avaient trop peur de l'alternative. Autrement, nous serions tous morts. Tous. »
Jack fit une pause :
« Mais j'ai utilisé mon propre petit-fils.
— Auriez-vous demandé à quelqu'un d'autre d'abandonner son enfant pour ça ? »
La réponse immédiate et rassurante fut un ''Non'' résonnant.
« Donc vous avez votre réponse, Jack. Vous vous haïrez pendant un long moment pour avoir fait ça, mais vous devrez soit accepter les faits sans l'alcool, soit passer le reste de votre vie noyé dans une quelconque substance fermentée ou autre et voir à quelle vitesse votre processus de régénération fonctionne. Et je peux vous dire que la deuxième solution n'est pas la plus marrante, ou même la plus facile. »
Le Docteur but la moitié de son thé, le regard distant :
« J'ai passé pratiquement un siècle après la Guerre du Temps à me précipiter dans le plus de situations dangereuses possibles, dans l'espoir que ça me rattrape. Pas la meilleure façon de vivre, je peux vous dire. »
Jack prit lentement sa fourchette et commença à pousser les pâtes dans son assiette. Il s'était noyé dans l'alcool pour une raison. Mais il ne pouvait également plus se souvenir des dernières semaines. Il avait de manière spectaculaire complètement surchargé ses capacités régénératrices. Le grognement qu'il émit amena un sourire sur le visage du Docteur. Clairement, il comprenait le sentiment.
Le silence aurait duré s'il n'avait pas été perturbé par le son de petits pieds trottinant dans le couloir, des mains dans l'escalier et la vision d'une petite tête couverte de cheveux noirs dépassant du haut de l'escalier. Elle fut suivie par le reste de l'enfant.
« Papa, j'ai faim. » annonça une voix aiguë d'enfant, la prononciation pas très claire.
Jack cligna des yeux. Quel âge avait le gamin ?
« Oh, Jack-jack est réveillé. Bonjour ! Je suis Harry. »
Harry tourna des yeux verts brillants vers Jack, puis gloussa :
« Tu as toujours les gribouillages ! »
Harry marcha lentement vers le Docteur, qui le souleva pour l'asseoir sur ses genoux.
« Bonjour Harry. Comment as-tu dormi ? »
Harry se frotta les yeux pour enlever les dernières traces de sommeil.
« Bien, sourit Harry. Jack a toujours les gribouillages. » dit-il à nouveau en gloussant outrageusement.
Le Docteur sourit et hocha la tête.
Jack, l'objet de l'amusement de Harry, était toujours pétrifié à la vue de l'enfant, les yeux écarquillés. Le gamin était minuscule, et savait parler. Très bien parler. Il ne pouvait pas avoir plus de deux ans, mais il semblait être bien plus âgé. Et le Docteur… Jack n'avait pas vu le Docteur aussi heureux depuis… depuis toujours, en fait. Pas depuis que Rose avait disparu, et même alors ses yeux ne brillaient pas de la même façon. Il semblait réellement heureux, brillamment heureux. Il irradiait cette maudite émotion.
Puis les mots de Harry firent mouche :
« Gribouillages ? Quels gribouillages ? »
Il regarda attentivement le duo par dessus la table. Le Docteur étouffait des rires et Harry gloussait sans remord.
« Gribouillages ! Jack dormait. »
Ces derniers mots étaient prononcés factuellement. Jack cligna des yeux.
« J'ai essayé de vous le dire, mais ce n'était pas important. »
Le Docteur vit à nouveau un geste vers son visage et Jack sembla comprendre le message (maintenant qu'il avait été informé de son état par un petit garçon). Il se leva pour trouver un miroir, puis se rassit lourdement. Avec le monde qui tournait, ce n'était pas le meilleur moment pour trouver une surface réfléchissante.
« Maudit… »
Le regard qu'il reçut de la part du Docteur l'empêcha de terminer sa phrase.
« Euh… Qu'est-ce qu'il y a exactement sur mon visage ? »
Les rires revinrent. Le Docteur regarda l'immortel en train de décuver, les yeux pleins d'innocence. Le visage de Jack était un merveilleux gribouillage de couleurs, maintenant pourpre et étincelant alors que Harry gloussait sur ses genoux. Les lignes colorées ne formaient aucune image, et se contentaient de tracer et connecter quelques points au hasard sur le beau visage. Des cercles autour des yeux et descendant vers le nez. Quelques tourbillons décoraient ses joues et son front et des lignes aléatoires avaient trouvé leur place autour de la bouche de Jack. En fait, si le Docteur regardait de plus près…
« Harry, as-tu dessiné l'orbite de la Galaxie Germanienne sur sa joue ?
— Oui oui. Et Koral sur son front. »
Harry sembla particulièrement fier de cette réussite. Jack cligna des yeux, essayant de comprendre de quoi ils parlaient. L'orbite de galaxies ?
« Attends, tu as dessiné ça sur moi ? Tu as quel âge ? »
Impossible qu'un gamin ait pu dessiner ça. Enfin, le gamin vivait aussi avec le Docteur, dans le TARDIS. Ça laissait une certaine marge sur ce que le gamin en question pouvait fait. Mais quand même…
« Sais pas. Deux ans ? »
Harry regarda le Docteur pour confirmation.
« Il a environ deux ans, plus ou moins. Le temps est relatif, et l'âge plus encore. Surtout quand on vit ici. Mais deux ans est à peu près juste. »
Harry hocha la tête.
« Et avant que vous demandiez, oui, il en connaît beaucoup sur l'Univers. Il a retenu tout ce qu'il pouvait. C'est plutôt brillant. »
Jack resta assis, les regardant :
« Il a dessiné l'orbite de galaxies sur mon visage… Il a dessiné sur mon visage… alors que j'étais évanoui. »
D'accord, il y avait un peu de karma là-dedans.
« Où y a-t-il un miroir ? »
Le Docteur fit un geste en direction de la cuisine :
« Il doit y avoir une salle de bain sur la droite dès que vous retournez dans le couloir. Si vous ne pouvez pas la trouver, criez. Je viendrai vous aider. »
Harry descendit des genoux du Docteur et prit la chaise de Jack alors qu'il se levait lentement. Les pâtes intouchées que le capitaine avait poussées dans son assiette furent mangées avec entrain par le garçon. Jack chemina vers la supposée salle de bain et trouva le miroir.
Son visage était pâle sous les gribouillages au marqueur, avec des ombres sombres sous les yeux. Les cheveux bruns étaient hérissés (ils avaient poussé durant les semaines pendant lesquelles il avait bu jusqu'à l'hébétude. Il ne s'était pas embêté à les couper). Le marqueur cependant… ça faisait effectivement des motifs. Les cercles et les tourbillons qui prenaient pas mal de place sur la peau étaient bleus, étincelant juste un peu. Alors qu'il regardait, la couleur changea au pourpre, puis au rose. Étrange marqueur… Jack attrapa une serviette accrochée au mur et s'attacha à supprimer le marqueur de son visage. Sauf que ça ne partait pas. Pas facilement. Des morceaux du dessin étaient frottés et d'autres restaient, bien que Jack ait rendu sa peau rouge à force de frotter.
Enfin, c'était juste du marqueur.
Il se tourna pour regarder le reste de la salle de bain. Elle était grande, avec une grande baignoire et une douche sur le côté. La baignoire avait plusieurs robinets différents, des poignées et des boutons, quelque chose que Jack étudierait plus tard. Pour l'instant, il avait besoin d'une douche. Il ne pouvait se souvenir de la dernière fois qu'il en avait pris une, mais il ne pouvait pas se souvenir clairement des cinq derniers jours non plus. Il se débarrassa de ses vêtements et s'assura que le savon était au bon endroit avant d'entrer dans l'espace fermé et faire couler l'eau. Le jet des cinq pommeaux le fit soupirer. C'était agréable.
Finalement, Jack revint dans la salle de contrôle, habillé d'un pantalon souple et d'une chemise blanche qu'il avait trouvés dans une armoire à côté. Le pantalon était trop petit, bâillant à l'arrière des mollets, mais la chemise allait bien.
Harry et le Docteur étaient toujours installés à table, Harry agitant ses mains et babillant quelque chose. Le Docteur écoutait attentivement, hochant la tête et souriant. Le Docteur leva les yeux alors qu'il entrait dans la pièce.
« Ah, Jack, c'est bien de vous voir… moins coloré. Et vous avez trouvé la douche ! J'allais justement vous le suggérer. Vous commenciez à transpirer l'alcool. Vos vêtements… et bien, je suis sûr qu'il y a une laverie quelque part ici. Ou quelque chose d'équivalent. Enfin, on discutait juste de l'endroit où aller. Ou plutôt, Harry discutait. Venez nous rejoindre. »
Et ainsi, le Capitaine Jack Harkness trouva sa place dans le TARDIS et dans la petite famille qui commençait juste à grandir.
Harry et Jack s'entendaient merveilleusement bien. Le TARDIS avait râlé au début, vu que Jack était quelque chose sur laquelle elle avait toujours un problème (bien qu'elle n'essayait plus d'aller à la fin de l'univers pour s'en débarrasser). Finalement, cependant, elle s'y habitua. Cela aidait de savoir qu'il l'avait sauvée de devenir une machine à paradoxe (ou, enfin, il avait aidée à la réparer pour qu'elle n'en devienne jamais une…).
Le Docteur, qui s'était depuis longtemps habitué à ne pas frémir à la simple présence de Jack, aida l'immortel toujours quelque peu dépressif à retrouver pied dans l'univers. Ils s'asseyaient à table, ou dans le jardin, ou vers la piscine, ou n'importe où, et se contentaient de parler. Ou s'asseyaient en silence, ou jouaient à des jeux. Ils s'aidaient mutuellement de nombreuses façons et finalement, Jack finit par s'adapter si bien à la dynamique qu'il ne partit jamais.
Cela aidait également qu'il fournissait une deuxième paire d'yeux et de mains pour surveiller Harry. Le gamin grandissait à une vitesse affolante.
Cependant, la première fois que Jack vit Harry faire apparaître son système solaire pour jouer avec, gloussant et faisant tournoyer les planètes de façons impossibles, ce fut seulement à cause de son expérience étendue avec des aliens en général qu'il ne paniqua pas. A la place, il s'assit et Harry lui expliqua avec excitation ce qu'il faisait. Puis, plus tard (après une aventure à hérisser les poils à travers des tuyaux et des tubes sur une planète qui semblait être faite pour des hamsters), après que Harry fut tombé et heurté la tête, les cheveux de Jack devinrent rose fluo pendant quelques heures. L'amusement du Docteur alors qu'il appliquait un pack de glace sur la tête de Harry (il avait perdu l'infirmerie des années plus tôt et n'avait toujours pas été capable de la retrouver. Le congélateur fournissait généreusement des packs de glace et l'armoire avait des médicaments adaptés aux enfants pour la bosse) rattrapait largement la teinte alarmante que les cheveux de Jack avaient pris.
Malheureusement, comme les choses avaient tendance à être dangereuses autour du Docteur, leurs aventures ne restèrent pas strictement amusantes et heureuses pour longtemps. Harry était presque à mi-chemin entre ses deux et trois ans quand une race de presque-humanoïdes que le Docteur avait espéré ne jamais revoir attrapèrent le TARDIS et le tirèrent vers leur planète. Le chaos qui s'ensuivit laisserait une marque indélébile sur les trois, et la race en question, et bien, elle n'embêterait plus jamais le Seigneur du Temps. La quantité de travail nécessaire à reconstruire les bases de leur société après son départ ne valait pas cet effort.
~~~~~~~~~~~~~~ Voici la fin ~~~~~~~~~~~~~~
Réponse aux guest reviews :
nathydemon : Comme tu vois, la famille de Harry s'agrandit sans qu'il y ait besoin du Maître. Et avec la façon dont l'auteur conduit son histoire, j'ai du mal à imaginer quelle pourrait être la place du Maître dans la famille de Harry :) Merci pour ta review !
A mardi prochain !
