Disclaimer : Comme toujours, les personnages appartiennent tous au grand Masashi Kishimoto. Et ne m'appartiennent sûrement pas...
Je remercie chaleureusement ma conseillère Myee, elle a fait un excellent travail. Énorme merci aussi à Suzuka-san, d'avoir bien voulu corriger ce chapitre.
II.
Ce nom, « Sasuke Uchiha » résonnait inlassablement dans sa tête. Il la hantait. À bout de souffle, elle s'arrêta, jugeant qu'elle avait détalé comme un lapin sur une bonne distance. On l'avait prise la main dans le sac. Pathétique, elle n'avait plus aucune fierté.
Mais là n'est pas toute la question. Pour l'instant, la priorité était qu'elle trouve un hôtel pas trop miteux pour y passer la nuit, probablement sa dernière dans un lit avant de dormir à la belle étoile. Il se faisait tard. Elle devait vraiment se hâter pour éviter de ne rencontrer une quelconque personne malveillante.
Elle sortit de cette rue sombre, déserte et pas très accueillante, et se dirigea vers la grande avenue désormais illuminée de mille feux. Elle fut impressionnée par ces petits points de lumière. Ses yeux brillaient d'admiration. Dans cette avenue en pleine effervescence, il y avait une densité impressionnante de passants. Etant toujours cloîtrée chez elle, elle n'avait pas vu autant de gens depuis longtemps. Avec ménagement, elle se faufila tant bien que mal entre les personnes, bousculant certaines. Il y en avait certains qui râlaient, d'autres qui n'hésitaient pas à sortir leurs quatre vérités, bourrés, se consola-t-elle.
C'est alors qu'un hôtel plutôt modeste mais convenable se présenta à ses yeux. De l'extérieur, il paraissait assez grand. Ses fenêtres étaient simples mais élégantes, la façade était blanche, rien de plus banal. La jeune fille continua sa route dans le bâtiment, remarquant encore et toujours les mêmes yeux méprisants envers sa pauvre chevelure lorsqu'elle parcourrait le grand hall. Arrivée à l'accueil, elle crut que ce supplice allait peut-être enfin s'arrêter. La demoiselle qui se trouvait derrière le comptoir daigna lever ses globes oculaires vers elle et lâcha cette seule réplique.
_ Cinquante ryôs ou vous sortez, cracha-t-elle.
La pauvre fleur n'avait même pas pu en placer une. Elle était sidérée par tant de désinvolture à son égard. Elle se retint d'insulter la jeune fille en face d'elle et repartit bredouille. L'employée ne lui adressa pas le moindre regard et vaqua à ses occupations, c'est-à-dire lire un magazine sur les derniers potins de stars, super palpitant !
Le poids de la fatigue s'accentuait. Depuis un bon moment, elle marchait difficilement. A plusieurs reprises, elle manqua de se prendre la dalle au sol et elle titubait de temps à autre. Après maintes et maintes échecs, elle perdit espoir lorsque soudain elle aperçut une auberge affichant son prix : « Trente ryôs ». Elle se rua littéralement à l'intérieur de ce bâtiment tant espéré, sans s'attarder sur l'allure de la façade. Cela n'avait plus d'importance. Juste voir le prix lui avait redonnée de l'espoir. Cette fois-ci, elle rentra sereinement, tellement heureuse d'avoir trouvé un toit pour la nuit, elle en ignora même les mauvais regards. Une bonne femme souriante l'y accueillit. Soudain, elle sentit ses jambes tressaillir. Cette personne rayonnante de bonté ressemblait tellement à sa mère à l'époque où tout allait bien. Ses bribes de souvenirs qu'elle avait choisies d'enfoncer au plus profond d'elle refaisaient brutalement surface. Merde, pourquoi fallait-il que cela resurgisse maintenant, elle qui avait réussi à les refouler ces dernières années ? Elle tremblait de tout son corps, devenant encore plus pâle que d'habitude. Elle retint ses larmes, encore une fois. La nausée était aussi au rendez-vous. Une atroce boule au ventre la torturait, exacerbait sa souffrance.
La bonne femme proposa son aide, interpellée par le comportement bizarre de sa cliente. Mais sa tentative fut gentiment refusée. La rose afficha un sourire qui semblait être une façade dans le but de rassurer son interlocutrice, et aussi éviter d'alerter tout le monde.
Fatiguée par cette épouvantable soirée, clé enfin en main, elle monta les escaliers d'un pas lent et nonchalant. Elle s'était tout à coup vidée de son énergie en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, mais elle était rassurée de ne pas avoir fait chou blanc pour cette nuit.
Arrivée devant sa chambre pour ce soir, elle ouvrit la porte, et pénétra dans ce lieu si durement déniché. La chambre était sobre, les murs blancs étaient impeccables, la moquette semblait être propre. On ne sait jamais, une moquette restait une moquette et ne se lavait pas facilement :
_ Mais qu'est-ce que je fais, bordel ?! Pourquoi je me pose autant de questions ? dit-elle, elle avait pensé tout haut.
Encore un peu et elle devenait schizophrène. Non mais c'est vrai, elle venait de se surprendre en train d'analyser cette pauvre moquette. Après ce petit moment d'égarement, elle continua son inspection. Un lit et une salle de bain composaient cette suite, rien d'exceptionnel. Elle prit une douche rapide et en profita pour enfin se détendre, lavant au passage quelques vêtements. Elle en passa des propres et finit par sauter dans les couvertures qui sentaient agréablement bon.
Avant de s'endormir, elle repensa à cette journée désastreuse et sa pensée dévia inévitablement vers ce Sasuke. Elle avait peur qu'il la retrouve, qu'il la traîne devant un juge, qu'on l'envoie en prison pour qu'elle finisse sa vie en beauté dans un trou à rat. La jeune fille se surprit encore une fois à élaborer tous ces scénarios stéréotypés que l'on retrouve généralement dans les films. Elle se rassura en se disant qu'on ne retrouvait pas si facilement quelqu'un. Mais venant d'une personne riche tel que lui, il était possible qu'il la retrouve, et si...
Stop ! Elle se fit violence et se repentit d'imaginer n'importe quoi. Il fallait qu'elle se calme où elle allait devenir folle et faire une nuit blanche à force d'envisager toutes ces fins possibles les plus horribles les unes que les autres. De plus, demain elle devait se rendre à l'émetteur de cette fameuse annonce de travail. Après cette première bonne pensée de la soirée, elle s'endormit, rejoignant le pays des songes, avec enfin un sourire aux lèvres.
[ ... ]
Les rayons de soleil venaient trépigner à sa fenêtre. Réveillée par cette poudre d'or, la rose se leva difficilement, le visage embrumé. Elle se maudit de ne pas avoir tiré les rideaux la veille au soir. Maintenant c'était trop tard, impossible de retrouver le sommeil. Elle s'étira comme elle ne l'avait jamais fait et se sentit merveilleusement bien. Elle se mit à chercher sa montre pour pouvoir lire l'heure : « Dix heures cinquante-sept », il fallait qu'elle rende sa chambre avant midi, c'était la règle. Il lui restait donc une bonne heure pour se préparer. Elle avait largement le temps. Son sac gisait lamentablement sur le sol. Elle prit quelques habits - un haut noir et un autre jean - puis elle partit se laver.
Une fois dans la salle d'eau, elle enleva ses vêtements qui lui servaient de pyjama. La douche lui fit agréablement du bien, les gouttes qui percutaient sa peau la relaxaient. Puis, trouvant être restée suffisamment longtemps sous l'eau, elle sortit, se sécha les cheveux puis les dompta comme elle pu avec la brosse. Cela lui prenait toujours un temps fou. Sa chevelure étant plutôt longue, elle faisait des horribles nœuds sans fin.
Enfin prête, il était bientôt l'heure. Elle descendit l'escalier en trombe, manquant de se casser la figure plusieurs fois. Arrivée à l'heure à l'accueil, la bonne femme d'hier soir la remarqua. De son côté, la jeune fille se retint de faire une crise comme la veille :
_ Bonjour ! Avez-vous bien dormi ? dit-elle, toujours avec cette voix enjouée, décidément elle ne perd pas son énergie.
_ Oui merci, et voilà l'argent.
_ Merci, vous savez, vous n'étiez pas obligée de courir jusqu'ici à midi pile, je ne suis pas aussi stricte !
Perplexe, elle partit le plus rapidement possible. Son visage avait pris une couleur pourpre par la remarque cinglante qu'elle lui avait faite. Elle n'avait pas tout à fait tort, de plus elle avait entendu le bruit de ses chutes...
C'est tout de même dans la bonne humeur qu'elle se dirigea vers cette fameuse « Rue des Délices ». Elle soupira, car se rendit compte que cette rue n'était pas tout près. Elle en avait bien pour deux heures de marche. Tout compte fait, ce n'était pas si grave, pensa-t-elle, elle avait tout son temps. Elle pourrait admirer la ville par exemple.
Heureusement que la faim ne se présentait pas encore. Vu le prix qu'elle avait dû payer hier, pour sûr, elle ne recommencerait plus.
[ ... ]
Après deux heures de marche, elle était éreintée, mais marcher lui avait fait du bien. Cela lui avait permis de libérer un peu ses pensées. Enfin, elle vit le restaurant. Il n'était pas aussi imposant et luxueux que celui de la veille, mais n'était pas pour autant « moche ». La bâtisse était sur deux étages, la façade faite de briques rouges plutôt jolies. Elle s'approcha vers l'entrée avec un peu d'appréhension puis et remarqua qu'elle était fermée à clef. Peut-être que c'était l'heure de la pause ? Bizarre tout de même, car à cette heure-ci il y avait normalement encore des clients. Que faire ?
La jeune fille décida de faire un repérage des lieux, de voir l'apparence des quartiers alentours. Elle avait atterri dans un endroit pas trop malfamé. C'était convenable, mais elle devait redoubler de prudence. La rue était calme, trop même. La peur vint peu à peu s'installer en elle. Il y avait de quoi. L'endroit était presque désert et il y régnait une atmosphère sordide.
Plusieurs heures passèrent. Elle revint pour enfin demander ce travail qui lui trottait dans la tête depuis un certain temps, hier après-midi en l'occurrence. Cette fois, la porte était ouverte. Pas du tout rassurée, elle entra. La pièce était vide, lugubre. Un homme d'une trentaine d'années à l'allure louche se présenta. A ce moment-là, elle regretta légèrement d'être venue. Mais bon, qui ne tente rien n'a rien. Et dans son cas, si elle tente, soit elle se fait agresser, soit tout va pour le mieux :
_ Bonsoir mademoiselle, c'est pour ? souffla l'homme avec un sourire carnassier qui ne lui inspirait guère confiance du tout.
_ Bonsoir, je suis venue pour l'annonce que vous avez faite dans ce journal, tenta-t-elle en étant le plus neutre possible.
_ C'est pour le poste de serveuse, c'est ça ?
Elle acquiesça avec lenteur et son présumé agresseur se rapprocha dangereusement. Un air malsain irradiait de son visage livide. Son corps était filiforme, cela lui donnait froid dans le dos. Elle le vit en train de sortir un couteau de sa poche. Le voyant avec ce canif qui luisait de plus belle avec les faisceaux de lumière qui subsistaient, elle ne cacha pas qu'elle eut envie de détaler de cet endroit, maintenant, tout de suite. Elle avait peur, très peur, elle était même effrayée à l'idée de ce que cet homme pouvait lui faire. Elle était bel et bien faible.
_ Excusez moi monsieur, vous allez bien ? demanda-t-elle sur le point de craquer et de perdre son calme de façade.
_ Oui, acquiesça-t-il d'un sourire pervers, il s'en lécha les lèvres.
_ Vous savez, j'ai vu que avez sorti un couteau. Sauf erreur de ma part, ce n'est pas très discret, rétorqua-elle, pas convaincue du tout. Elle jouait dangereusement la carte du « sarcasme ».
_ Tu trembles de peur et tu continues à me faire face. Tu n'as pas froid aux yeux.
_ Et que dois-je répondre après cela ? dit-elle, ce n'était plus qu'un murmure.
_ Tu parles trop. Je vais juste te vendre car tu as plutôt un joli minois.
Réalisant enfin la gravité de la situation, sa raison regagna enfin peu à peu du terrain. Elle arrêta de jouer ce jeu dangereux avec lui, songeant à une idée pour se sortir de là. Son agresseur s'approchait petit à petit, tandis qu'elle reculait, réaction naturelle d'ailleurs. Encore un peu et elle touchait la porte avec l'horrible sensation que son cœur se serrait encore plus fortement dans sa poitrine. Que faire ? Mais que faire ? Si elle voulait s'enfuir, il fallait faire preuve de vitesse et d'un bon timing. Une idée qu'elle ne qualifiait pas de « génie » du tout lui traversa l'esprit. Si ça marche, tant mieux. Si ça échoue, tant pis pour elle, mais autant essayer. Elle n'avait rien à perdre dans ce coup là.
C'est sur cette pensée qu'elle se retourna le plus rapidement possible face à la porte, cherchant désespérément la poignet et l'ouvrant furtivement pour s'extirper enfin dehors. Ô air pur ! C'était le scénario le plus simple que son cerveau pouvait produire à ce moment-là.
La voilà en train de fuir, encore, et encore, comme la veille. Il avait réussi à lui faire une vilaine entaille dans le bras. Elle l'avait bien cherché à force d'être aussi sarcastique. La douleur la lançait, le sang coulait. Elle avait mal, vraiment mal. Quelle horrible sensation, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti une telle douleur.
Énervé, l'homme était bien décidé à rattraper sa proie, ne supportant pas de l'avoir laissé filer ainsi, ce qui fit accélérer la jeune fille dans sa course, le plus qu'elle pouvait. Elle traversa les rues, tournant plusieurs fois. Ses gestes étaient commandés par le hasard. Elle s'était décidément perdue, mais ce n'était que le cadet de ses soucis. Elle était lamentablement tombée dans son piège. Elle avait été si naïve. Comment avait-elle pu croire en cette annonce ? Déjà, elle ne comportait pas assez d'informations, le salaire était trop bien payé, puis vers l'heure du déjeuner, le commerce n'était pas ouvert. Tant d'indices qui aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Mais quelle idiote ! Sa cervelle venait de se réveiller. Trouver un travail n'était pas facile. Le monde n'était pas rose et rempli de licornes, ce serait bien trop simple sinon.
Après quelques minutes de fuite désespérée, elle commença à fatiguer. Lui, en revanche, n'en avait pas l'air. Il était coriace, le bougre, trop heureux de pouvoir vendre une « pièce de choix ». Le ciel s'assombrissait. Elle devait vraiment se sortir une énième fois d'une situation qui ne tournait pas en sa faveur. Elle tourna dans une ruelle qui allait, elle pensait, causer sa perte, car elle s'avérait être une impasse. Se faire attraper deux fois de suite à même pas un jour d'intervalle, mais quelle idiote !
Définitivement coincée, elle ne savait plus quoi faire. La ruelle était à la limite de sombrer dans les ténèbres les plus obscures. Seuls quelques fins rayons de soleil réussissaient à filtrer et à éclairer cette satanée impasse qui allait causer sa perte. Allait-elle mourir ? Allait-elle mourir dans cet endroit macabre, hostile, humide, sentant horriblement mauvais ? Elle était horrifiée. Son teint devait être plus blafard que d'habitude.
Son bourreau s'approchait lentement et se délectait de sa faiblesse. Sa silhouette était tout près. C'était bel et bien fini. La jeune fleur n'avait plus aucune chance de fuir, aucune.
Quelques secondes passèrent, qui semblaient pourtant être des heures pour elle, puis plus rien.
Dans ce lourd silence, elle entendit un corps s'écraser lourdement sur le sol. Était-elle sauvée ? Non, ce serait trop beau. Lentement, elle ouvrit les yeux, se préparant psychologiquement à faire face à la scène.
Un individu se trouvait en face d'elle, il la regardait de ses prunelles toisantes. Il l'avait retrouvée et elle sentait vivement qu'elle allait payer un lourd tribut. Elle ferma de nouveau les yeux de peur d'affronter encore son regard d'encre. Il n'y avait même pas une infime lueur dans ses yeux. C'était physiquement impossible, il ne faisait pas complètement noir. Enfin, venant de lui, on ne sait jamais.
La pauvre fille sentit les pas du nouveau venu se rapprocher, puis une légère brise porta vers elle son odeur si enivrante qui l'acheva. Contre lui, elle ne pouvait plus rien faire, elle était complètement grisée, déstabilisée. Comment une personne pouvait-elle provoquer en elle de telles sensations ?
Une voix grave, rauque et suave, qu'elle reconnaîtrait entre mille, coupa le silence qui s'était installé.
_ Je t'ai enfin retrouvé, Sakura Haruno.
« Mon précédent bourreau. »
• Note de l'auteur : Enfin, le deuxième chapitre ! Veuillez m'excuser de ce (très) long retard, ce n'était pas un problème avec l'écrit mais plutôt avec mon PC, une vraie guerre, mes parents qui ne veulent pas que j'y passe trop de temps sur l'ordinateur...
A la prochaine !
