Je saluais mon gang et m'en allais. Q'est-ce qu'ils feraient sans moi ? J'étais l'un des rares à savoir me battre, et de loin le plus fort. Sans moi, ils seraient des pokemons martyrisés, et les petits n'auraient jamais connu le bonheur. Si je n'avais pas aidé Mays le jour où elle défendait ses petits frères, personne ne se connaîtrait. Mieux valait ne pas y penser, j'étais et je resterai à la tête de ce gang, quoi qu'il arrive.
Pour rentrer, je devais traverser le pont, puis aller vers l'ouest, le soleil couchant. Bon, au mois d'avril, il n'était pas vraiment en train de se coucher, mais il se dirigeait lentement vers l'ouest, comme moi. Je pris donc à droite du pont, longeais sur environ cinq cent mètres le fleuve, puis pris à gauche. C'était un quartier calme et assez désert, quelques familles seulement y habitaient pendant l'année. Le reste venait au plus fort de la chaleur, les touristes. Du coup, la plupart des maisons étaient inhabitées la grande majorité de l'année.
La maison de mon dresseur, de bonne taille mais mal placée, au fond du quartier, était cachée du soleil par de grands sapins. En forme de L, avec un étage, elle était toute en briques rouges et en ardoises noires luisantes pour le toit. Le jardin sans fleurs (pas de soleil ...) renforçait sa sobriété et cette impression de solidité. Je m'engageai sur le petit chemin de pierres qui menait à la porte. Elle était fermée. Je jetai un coup d'oeil aux alentours et pris ma clé, celle que m'avait offerte James deux mois plus tôt, et qu'il avait cachée sous une pierre ne tenant pas.
J'ouvris, et me rendis compte qu'heureusement Florent et Gabrielle n'étaient pas rentrés. Je m'arrangeais toujours pour rentrer avant eux, je savais qu'ils n'aimaient pas trop mes sorties. C'étaient de chics types, de bons parents, beaucoup de qualités, mais ... un peu trop conformistes pour moi. Alors, je faisais mon possible pour qu'ils me croient bien sage. Je préférais ne pas les faire s'inquiéter pour rien.
Je franchis le salon sans croiser personne. La cuisine était également vide. C'était vraiment étrange ... d'habitude, il y avait toujours quelqu'un à la maison. Alors que j'attaquais l'ascension de l'escalier avec mes courtes pattes, Camille le dévala.
C'était une gentille petite fille avec de grosses joues toutes douces, et des boucles blondes à profusion. Elle se jeta à mon cou et je me retins avec difficulté à la rambarde. In extremis je parvins à reprendre un bon appui pendant que mon cou subissait une pression importante.
"Kro-Kro, t'es rentré !"
Pour une raison inconnue, elle m'adorait, moi et ma voix caverneuse. Je grommelai d'ailleurs un "Je m'appelle Kronen, poupette.".Elle éclata de rire instantanément, un rire qui la faisait ressembler à Capi d'une certaine façon. Elle savait bien que je protestais pour la forme, pour qu'elle rie. Et elle avait aussi reconnu son surnom. Enfin, mon grognement qui voulait dire "poupette".
Pourquoi la plupart des humains ne nous comprenaient-ils pas ? Nous les pokemons, nous nous parlons sans problèmes, et comprenons l'humain, alors que ça ne marchait pas pour les humains, ils ne parviennent pas à comprendre ce que nous disons, à peine à déchiffrer nos émotions.
Je me dégageai gentiment des bras de Camille en faisant bien attention à ce qu'elle ne glisse pas. Je ne voulais pas qu'elle roule dans les escaliers. Finalement, je montais jusqu'à la chambre de James. Mon dresseur.
Il était penché sur le bureau de sa chambre carrée, mâchant un chewing-gum et les écouteurs sur ses oreilles. Il devait probablement écouter le denier tube à la radio, celui avec PSY-Kokwak. Je roulai des yeux en y pensant. Je ne comprendrais jamais comment il pouvait écouter ce qu'il appelait de la "musique" Je me hissais sur le tabouret et regardai ses devoirs. Du français.
"Salut Kronen, ça va ? fit-il tout de suite, appuyant même sur le bouton pause de son Itruc. je retiens jamais les noms que ça a.
"Dure journée", éludais-je avant d'ajouter : "Je serais peut-être moins là ce week-end."
Il ne chercha pas à en savoir davantage (oui, lui me comprend parfaitement, résultat de 15 ans d'amitié), sachant déjà pas mal de choses sur mon gang et tout ce qui y était relié.
James était un jeune homme de 17 ans, aux cheveux blond vénitien qu'il avait encore oublié de coiffer, et aux yeux vert pomme. La personne la plus sensitive que j'aie jamais connu, c'est comme s'il lisait dans les pensées parfois, ce qui nous aide bien pour nous parler. Et il arrive à deviner la personnalité d'une personne rien qu'en la regardant parler et agir pendant dix minutes. Un peu moins avec les pokemons, mais ça reste très bon pour un humain. Et c'est une tête en maths ! Il a une puissance de calcul phénoménale, c'est tellement impressionnant de le voir faire des divisons à 4 chiffres de tête (et il a souvent la bonne réponse). Mais dès qu'on arrive aux langues ou en musique, il pêche, incapable de s'exprimer ou d'imiter une suite de 4 notes.
Bref, James est très intelligent, peut-être la personne la plus douée que je connaisse. Je suis fier qu'il soit mon dresseur.
Je regardai son texte. Il devait analyser les buts de l'auteur à travers les personnages. Là, c'est mon domaine. Il me passa le texte, de façon à ce que je lise en entier, puis attendit.
"Là," fis-je en désignant une périphrase, "il pense que les pokemons ne sont que des objets, des armes avec lesquels se battre. Il ignore notre identité. Ensuite, il sous-entend qu'on devrait faire un élevage plus intensif d'écremeuhs."
"Merci", sourit-il avec un clin d'oeil. "Tu m'épargnes un quart d'heure de boulot."
"De rien."
Le bruit d'une voiture crissant sur du gravier monta. Les parents étaient de retour. Nous descendîmes aussi vite que possible, en silence bien sûr. On avait oublié de mettre le couvert. Vu qu'ils rentraient tard tous les deux, les parents de James et Camille nous avaient demandé de mettre le couvert chaque jour. Florent entra lorsque nous étions en train d'ouvrir le placard où étaient rangées les assiettes.
C'était un homme aux cheveux châtains très clairs, grand, et même très grand, habillé d'un costard. Il travaillait dans une banque ou dans les assurances, dans l'administration quoi. Là où ils arrêtent pas d'écrire des feuilles illisibles en Times New Roman corps 9,5. Le plus étonnant ce soir, c'était le grand sourire sur ses lèvres. Et il ne commenta pas ce que nous avions oublié de faire.
"Salut les enfants ! J'ai une excellente nouvelle à vous annoncer !"
Gabrielle poussa la porte à ce moment, jetant négligemment les clés sur le meuble de bois à l'entrée. Elles atterrirent d'ailleurs à deux centimètres de la photo de naissance de Camille, quelques jours après que j'ai évolué en Crocrodil. C'était une femme de taille moyenne, brune, avec des lunettes, dans la quarantaine. Mais très forte aussi : au bras de fer, après une entraînement quotidien de ma part, on était à égalité. Dur à avaler pour ma fierté. Elle ajouta :
"Notre vie va changer !"
"C'est quoi ?" fit James d'une voix distraite, mettant le couvert à toute vitesse pendant que je lui passai les fourchettes.
"On va déménager !"
Votre Pokémon vous fait vos devoirs, imaginez ce rêve ... \^u^/
