Je marche dans la forêt qui m'a attirée toute ma vie, destiné que j'étais à l'explorer. Je ne peux pas m'empêcher de me sentir nerveux, c'est comme si mon sang était fouetté sauvagement. Je suis sur le qui-vive à chaque instant, mes yeux captant chaque grain de lumière, chaque feuille. C'est le piment de l'aventure qui m'habite. J'ai rarement ressenti cela, et c'était toujours contre des caïds, lors de combats inégaux. La dernière fois ... doit bien dater du jour où j'ai combattu contre les soeurs Meditikka. Jamais la victoire ne m'aurait tendue les bras sans cette adrénaline.

La voix de James interrompt mes souvenirs de guerre :

"Je n'arrive pas à croire que l'on soit vraiment parti."

"Moi non plus !" répliquai-je en riant.

"Et regarde cette forêt ! Elle est tellement belle !" continua-t-il, plein de verve et d'enthousiasme. "C'est tout simplement grandiose !"

Je ne pourrais pas mieux dire, à se demander pourquoi j'ai attendu quinze ans de ma vie pour m'y aventurer.

Les arbres sont hauts et feuillus, culminant à plus de dix mètrs d'altitudes pour les plus grands ... on ne peut que se sentir petit. Ils sont assez espacés, mais leur feuillage dense laisse passer une luminosité suffisante qui met en valeur le vert profond des feuilles, partout où se porte le regard. Au fur et à mesur que l'on baisse les yeux, on remarque que la chaleur du mois de juin a commencé à faire son travail, à savoir rendre la sol le plus sec possible. Le résultat est plutôt mitigé, la mousse continue à assaillir les arbres, les buissons regrogent de baies, et de nombreuses touffes d'herbe défient le soleil en poussant un peu partout.

C'est à ce moment que j'ai aperçu un pokemon sauvage. Accroché à un tronc, comme s'il descendait, il nous dévisageait avec un mélange de curiosité et de crainte, totalement immobile. Un miracle que je ne l'ai pas confondu avec de la verdure.

"Regarde !" s'écria James, désignant le pokemon.

"Non, attends, il va s'enf ... !"

Trop tard. Effrayé, il sauta vers un arbre non loin et se mit à grimper à toute vitesse vers la cîme, sans griffes apparemment. Ses pattes secrétaient de la glue ou quoi ? A peine posait-il sa patte sur l'écorce qu'elle y semblait collée. Cette caractéristique particulière me permit de reconnaître son espèce.

"C'est un Arcko !" hurlai-je en m'élançant à sa poursuite.

"Tu en es sûr ?"

"Tu as vu comment il grimpe ? Ce doit être le seul pokemon à savoir faire ça !"

Nous arrivâmes au pied de l'arbre où il s'était réfugié, mais en vain. Le feuillage tout là-haut bruissèrent soudain à cause du passage d'un pokemon. Nous suivîmes les feuilles qui s'agitaient.

La course dura longtemps, personne n'envisageant d'abandonner. Nous courions comme des dératés en sautant par-dessus les racines ou foncions dans les buissons sans les esquiver pour rattraper ce Arcko. Finalement, elle s'arrêta quand, au détour d'un chemin, notre route croisa une rivière. Je plongeai immédiatement dans l'eau et refit surface plus loin, près de la berge opposée que je gagnai en quelques mouvements. A l'instant même où je me relevai, le Arcko sauvage passa juste au-dessus de moi en me donnant un coup avec sa queue. Je tombais en avant, entraîné par son poids, me rattrapai in extremis par mes bras -hop, une pompe de faite ! Pensa une partie de mon cerveau qui aurait dû se taire. Je sautai à la verticale, atteris sur mes jambes et amorçai un bond ...

L'Arcko, plus vif encore que moi, escaladait déjà un arbre proche.

"Kronen !"

James ! Je l'avais oublié ! Il cherchait un gué des yeux, coincé au bord de la rivière qui coulait paisiblement, ignorante et indifférente à notre agitation. Je n'avais pas besoin de me retourner pour savoir qu'Arcko s'était échappé. Très agile, habitué à se mouvoir dans le feuillage et à se camoufler, il m'avait eu avec une facilité déconcertante, pensais-je en rejoignant James. Pas de gué, donc on repartait de son côté. Nous avons pesté pendant cinq minutes contre tous les Arcko sauvages et les rivières inopportunes. Puis nous sommes repartis vers l'ouest sans ajouter un mot.

Le soleil allait lentement vers l'horizon, le rejoignant paresseusement. Il le toucherait dans moins d'une heure. Plus il descendait, plus son jaune étincelant se transformait en orange rougeoyant, tel une alarme. Il nous prévenait de l'obscurité prochaine. D'un commun accord, nous avions décidé de trouver une clairière pour y planter la tente reçue en cadeau d'anniversaire de James, trois mois plus tôt.

On se donnait une demi-heure pour trouver un espace adéquat, sinon on la plantait au coeur de la forêt.

Il ne devait rester que cinq ou six minutes quand nous trouvâmes une clairière minuscule, pas plus de six mètres de large selon mes estimations. Une fois la tente dépliée et posée au sol, il fallut planter les piquets. Oui, ça a beau être révolutionnaire, il suffit de la lancer en l'air pour qu'elle se déplie, mais il reste le basique : garder la tente au sol. Et comme aucun de nous deux n'avait pensé à emmener un marteau, nous condamnant à employer les moyens du bord.

"Vas-y, saute !"

James bondit, atterrissant lourdement sur le piquet, l'enfonçant de deux bons tiers dans la terre meuble. Avant de les avoir tous plantés, ses pieds lui faisaient déjà atrocement mal, donc je le relayais. Et souffrais de devoir enfoncer ces fichus crochets de métal.

"Heureusement que j'ai pris quelques feuilles, ça nous aidera à faire les courses."

"Note en gras, surligné quinze fois : Marteau !" rétorquai-je en massant mes pieds.

"C'est fait !" fit-il avec un ton satisfait, puis il dit après un silence : "Tu as entendu ?"

Je me remis tout d'abord sur mes pieds malgré la douleur, puis écoutai soigneusement. James avait une oreille fine, il avait bien entendu quelque chose. Ce quelque chose s'approchait sans discrétion, pile devant moi.

Le buisson délimitant la clairière de la forêt se mit à bouger. Alors que je me tendais instinctivement, que nous l'observions avec apréhension, les feuilles s'écartèrent.

Un petit Pokemon en surgit.


Le plantage de tente, vraiment difficile lorsqu'on en a pas l'habitude ...