"..."

"Il se réveille ?" s'enquit une voix grave non loin de moi.

"Pas encore." répondit une voix fluette, près de mon oreille droite.

"Hé, Cendre ! Ramène-toi par ici, qu'on y voit plus clair !" reprit la première voix.

"J'arrive, j'arrive, te presse pas." fit une voix encore plus grave. "Voilà, voilà, ma flamme."

Je sentis de la chaleur près de mon visage, et j'ouvris immédiatement les yeux. Pour les refermer aussitôt, momentanément aveuglé par la lumière. Je portai les mains à mes yeux pour les cacher. Que se passait-il ? Où étais-je ?

"Eloigne-toi un peu, tu l'as ébloui." conseilla la voix fluette, avant de me prendre l'épaule : "Tu peux ouvrir les yeux sans problème à présent."

Ce que je fis en me relevant, regardant trois pokémons dans la pénombre d'un endroit inconnu. La flamme au bout d'une queue orangée n'allait pas bien loin, mais je pouvais voir un Ptiravi, un Chimpenfeu aux yeux à demi fermés et un Ossatueur. Celui-ci me sourit et se mit à parler :

"Salut le Crocrodil. J'te présente Amédée (il désigna le Ptiravi, puis se tourna vers le primate), Cendre, et je suis moi-même Santon. Comment t'appelles-tu ?"

"Kronen. On est où, ici ? Où est mon dresseur ?"

"Ton dresseur, ha ha ! Ça devrait être ta dernière préoccupation. T'es à l'Entrepôt ! C'est le nom que lui ont donnés les sbires qui m'ont capturés." dit Cendre de sa voix de basse.

"Comment ça, des sbires ? Quels sbires ? Quel Entrepôt ?!"

"Est-ce que tu te rappelles de comment tu es arrivé ici ? Une bribe, tout du moins ?" me questionna Santon, et je notai son élocution soignée et agréable à entendre, un conteur-né.

"Ouais, tu t'es réveillé pendant le trajet, comme moi."

"Cendre, il est sensible aux attaques plante, comme moi."

"Ah ouais, ah ouais ... Bah tu t'es pris une poudre dodo en pleine face, et pendant que t'étais dans les vapes, les sbires t'ont amené ici. Tu reverras plus ton dresseur, comme nous tous."

"James n'aurait jamais laissé qui que ce soit faire ça !"

"Bah, sur le coup, il a pas assuré, ton James." se moqua le primate de sa voix pataude. On aurait dit qu'il constatait tout simplement. Presque.

"Ne dis pas de mal de lui !" grognai-je en retour.

"Kronen, Cendre, du calme." fit Santon en s'interposant. "Les sbires qui t'ont kidnappé appartiennent à une organisation connue sous le nom de Team PETRA. C'est l'emblème qui orne leurs uniformes. J'ignore ce que cela signifie, mais je sais que leurs activités principales sont le kidnaping de pokémons, même déjà capturés. Pourquoi, la question mérite d'être posée."

Un frisson me parcourut l'échine. Je ne pouvais pas être séparé de James. Jamais. Quiconque essayerait se retrouverait entre mes crocs. Mais je sentais leur peur, la peur qu'ils cachaient tous, surtout à eux-mêmes. Ils ne devaient pas en parler souvent, et leurs expressions avaient changé depuis que le nom de Team PETRA avait été dit : les prunelles de Santon étaient totalement indéchiffrables, Amédée gardait un sourire forcé en nous regardant chacun à notre tour, et Cendre se rongeait les ongles. Soudain, une voix jaillit de l'obscurité :

"Moi, je sais ! Ils vont nous vendre !"

"Ou nous manger." surenchérit le primate, se grattant l'oreille. "Viens par ici !"

"D'accord !" répondit joyeusement la voix, définitivement féminine.

Une Azumarill sortit de l'ombre et vint se placer à coté de Santon en le contemplant amoureusement. Il fit mine de ne rien remarquer, et il me la présenta. En évitant de la regarder, bien entendu. Elle s'appelait Ellie, et son arrivée datait de plus d'un mois. Il me demanda ensuite quel était mon dernier souvenir avant de m'être réveillé dans ce cachot de l'Entrepôt.

"Avant le trou noir, je ..." commençais-je, en faisant fonctionner ma mémoire, "Euh, je rentrais avec James, Héo-Héo et Majelle au centre Pokémon la nuit tombée. Je suis resté en arrière pendant cinq secondes et puis ... plus rien (je claquai machinalement mes doigts) ... je me réveille ici."

Je secouais la tête. Comment avais-je donc pu me faire avoir ? Quelle stupidité.

"On peut s'enfuir d'ici ?" tentai-je à tout hasard.

Etonnant de voir comment quatre mots peuvent avoir un effet radical. Cendre cessa aussitôt de se ronger les ongles, Amédée eut un hoquet de stupeur, Santon et Ellie sursautèrent.

"Qu'est-ce que tu racontes, 'spèce de maboul ?!" glapit le Chimpenfeu, tout agité. "Sortir, t'es fou, toi ..."

"Il a raison." soutint Santon, plus modéré. "Même si nous en rêvons tous, c'est impossible."

"On est combien dans cette salle ?"

"Depuis que tu es là, huit, je crois ..." dit Ellie.

"On aura besoin de plus de pokémons." estimai-je.

"Attends, attends, tu nous baragouines quoi ? On a pas encore décidé de t'aider !"

"Les plus puissants sont dans des salles à part, je dirais." fit Amédée.

"Hé bien, qu'est-ce qu'on attend pour aller les délivrer ?" dis-je d'une voix féroce.

Tout le monde se tut pendant quelques secondes, puis Santon fit un pas dans ma direction et sourit :

"On t'attendait. On attendait une personne comme toi, qui nous dirait de nous battre. (Ses yeux revinrent sur le reste du groupe.) Qui aurait une attaque susceptible de détruire la porte ?"


Cendre posa la main sur la porte en fer rouillé. Il la tapota d'un air pensif, puis s'écarta d'un pas en tenant sa queue afin de l'éclairer toute entière. La lueur de ses flammes projetait des ombres menaçantes sur le métal, révélant des dizaines de griffures irrégulières. Nous n'étions pas les premiers à tenter de s'échapper.

Mais nous avions Santon.

Je me tournai vers lui et lui lançai :

"C'est bon ! Vas-y !"

En poussant un rugissement tonitruant, il se mit à courir vers la sortie, de plus en plus vite. Au dernier moment, il se tourna légèrement, présentant son épaule tendue. Il percuta la porte, réalisant une superbe attaque Damoclès sur la serrure. Un bruit mat se fit entendre, accompagné d'un son de métal contre du métal. La barre qui retenait la porte cédait !

La serrure tint bon.

Non ! Ce n'était pas possible ! Des exclamations de surprise jaillirent dans tout le cachot. Nous ne comprenions pas. Rien ne pouvait résister à un Damoclès !

Santon, lui, était en train de tituber en gémissant de douleur, à quelques centimètres de la sortie. Il comprit un peu plus tard que nous, mais il ne se posa pas de questions. Il réitéra son attaque de son autre épaule avec l'énergie du désespoir.

Et le miracle eut lieu.

Nous entendîmes tous la barre se briser et retomber sur le sol, de l'autre côté. Nous étions libres !

"Que personne ne parle ! Ils ne doivent pas savoir où nous sommes quand nous sortirons !" chuchotai-je.

"Ok." firent en même temps Cendre et Hippopotas (ah, certains dresseurs n'ont pas d'imagination).

"Motus ..." dit malicieusement Scarin le Mélokrik, le plus vieux de la bande.

"... Et bouche cousue !" souffla son ami John, un Boustiflor plutôt sympa, bon vivant apparemment.

Il ne cessait de se plaindre de la nourriture servie ici. Non, les rations n'étaient pas suffisantes. Non, tout était mal dosé et pas cuit.

"Moins fort." murmura Santon en se tenant l'épaule gauche d'une main, celle qui avait le plus souffert. Il me chuchota ensuite : " Je ne pourrai pas faire un Damoclès de plus, ou sinon je mourrai. Le système de survie des pokéballs ne fonctionne qu'à cent mètres de distance, et je ne le tenterai pas."

"Compris, pas de kamikaze."

Nous sortîmes silencieusement en poussant la porte. Elle glissa sans en faire avant de rencontrer les restes de la barre qui résonnèrent dans le couloir bien éclairé. La lumière nous éblouit un instant, moi sans doute un peu moins vu que je n'étais pas arrivé depuis longtemps. Le couloir était calme, pas un bruit à part nos respirations saccadées.

"Santon et Amédée ne se battront pas, ils restent au milieu. Je vais devant. Il reste deux personnes derrière et deux devant." ordonnai-je.

"Tu pourras pas tout faire tout seul ..." susurra Scarin.

"... Mais tu auras besoin d'un duo !" chantonna le Boustiflor très bas.

"Hippo, on prend l'arrière ?" fit Cendre un peu apathiquement.

"Ouaip."

"Surtout, ne vous séparez pas. On ne sait pas combien ils sont, alors pas d'héroïsme. On trouve des pokémons plus forts et on les libère. Compris ?"

Tous acquiescèrent, et nous partîmes. Le couloir était propre, quelques cartons étaient entreposés par-ci, par-là, mais toujours personne. Au fur et à mesure que nous avancions sans bifurquer, ce sentiment étrange d'être épié gagnait en force. Je levais un bras, et nous nous arrêtâmes.

"La porte devant. Ils sont derrière."

"Comment tu sais ça ?" s'enquit John tout bas.

"Instinct." lâchai-je dans un souffle.

"Et si tu te trompes ?" renchérit Santon.

"Mieux vaut être trop prudent. En tout cas, je préfère m'attendre au pire plutôt que me faire prendre à nouveau."

"S'ils nous attendent, autant ne pas les décevoir ?" fit Scarin le Mélokrik avec un sourire espiègle.

"Vous êtes prêts ? Alors c'est parti !" murmurai-je.

Je pris la poignée et la tournai doucement, puis la porte. Elle débouchait sur une salle de taille moyenne remplie de caisses de bois recouvertes de draps bruns. Personne en vue. La salle était bien aménagée, les cartons enveloppaient le chemin en forme de T qui menaient à deux autres portes. Je regardai à droite, et mon sang se figea.

Un Insécateur me fixait avec un sourire sadique sur le pas de la porte.

Il leva ses deux bras-lames aiguisées et les agita.

"Tiens, tiens, un Crocrodil ... on est venu avec ses copains ? Ça tombe bien, moi aussi !"

Je me retournai aussitôt vers l'autre porte, et poussai un juron. Un Seviper posait à l'entrée, l'air d'examiner le bout de sa queue violette. Il leva les yeux d'une manière totalement condescendante et siffla :

"Ssss ... sse ssoir, ssteak de Crocrodil !"

Soudain, plusieurs pokémons atterrirent devant moi. Un Brutapode à l'air revêche, un Griknot, un Têtarte, un Vigoroth, un Scorplane, un Gravalanch et ... un Rototaupe et un Mimigal. Je reconnus ces deux-là. Ces enfoirés avaient attaqués Majelle il y a longtemps !

En poussant un cri de rage, je me précipitai vers eux en oubliant tout le reste. Aucun ne réagit à temps. Un pistolet à Eau rageur atteint le Mimigal qui tournoya sur sa toile. Rototaupe ne dura pas plus longtemps, je pris sa tête et l'écrasai contre le Gravalanch. Un Vibraqua pour terminer et ils étaient déjà trois hors de combat. Soudain, le Têtarte se plaça devant moi et me décocha un direct en pleine mâchoire.

Je reculai d'un pas. Pas plus.

Le Vigoroth me tenait fermement.

"Battez-v.. !" eus-je le temps de hurler avant de prendre un nouveau coup.

Je réussis je ne sais comment à mordre la gant blanc du Têtarte qui en profita pour me frapper derechef de son autre poing. Et soudain, je basculais en arrière.

Le temps de me relever, et c'étais le chaos. Je vis Cendre s'en prendre au Vigoroth avec une hargne bizarre, Ellie qui attaquait le Scorplane, Têtarte assailli par John, Scarin se battre à l'escrime avec Insécateur. Du coin de l'oeil, j'aperçus Amédée qui défendait Santon contre le Griknot, Hippopotas qui chargeait le Brutapode ... et un éclair violet dirigé vers moi.

Je sautai en arrière, la Queue-Poison du Seviper me frôlant seulement au lieu de m'atteindre en plein coeur. Je hais les serpents. Pourquoi était-ce à moi de le combattre ?

"Sss ... Règle numéro une du parfait asssasssin : éliminer la sssible la plus dangereuze !"

Il tenta un nouveau coup d'estoc que j'esquivai tant bien que mal.

"Règle numéro deux : sssi une attaque ne marsse pas, utilize une autre !"

Et il fonça ... à côté de moi ?! Je me tournai pour lui faire un crocs Givre qu'il n'oublierait pas de sitôt et expirai bruyamment. Le visage du Seviper se trouvait à quelques centimètres de moi, ses pupilles verticales mauves me dévorant des yeux. Mais pas amoureusement. Je baissai les yeux.

Son corps longiligne mais puissant me broyait d'une attaque Ligotage. Je ne pouvais pas respirer et encore moins bouger. Je revins à sa face de psychopathe. Il me souriait. Putain, je hais vraiment les serpents. Sa langue fourchue sortit alors et il dit :

"Règle numéro trois : tuer la sssible dès que posssible !"

Sa queue violette remonta à hauteur de sa tête, un peu en retrait. Elle brillait plus fort que jamais. Il émit un sifflement amusé et attaqua. Sa queue fusa vers ma gorge sans défense pour la poignarder. C'était foutu. Je ne reverrai jamais James.

Il ne me restait plus qu'une solution.

Je rabattis ma tête violemment vers mon corps, ouvrant ma gueule pendant une fraction de seconde et le renfermant aussi sec. La moitié de la queue du serpent à l'intérieur. Crocs Givre ! La vague de froid se répandit par mes dents pointues jusqu'en lui.

Avec un sifflement strident, le Seviper réussit à retirer son appendice gelé en écopant de morsures plus graves. Sous le choc, il relâcha son étreinte pour souffler sur sa blessure d'un air affolé. Je pris une longue goulée d'air. C'était pas passé loin cette fois ! Le Seviper darda sur moi un regard vengeur.

"Règle numéro une du parfait Crocrodil : bouffer tout ce qui arrive dans ma gueule !"

"Shh !" cracha-t-il en se jetant sur moi pour me mordre.

Cendre atterrit soudain sur le bout gelé du Seviper suite à un coup du Vigoroth. Il se releva presque immédiatement pour continuer à se battre, sans comprendre qu'il venait de m'éviter une morsure quasi certaine. Seviper se prit un bon Coup'dboul alors qu'il supportait la douleur en se mordant la langue, et tomba à terre. KO.

C'était un adversaire presque trop fort pour moi, mais je l'avais vaincu. Je soupirai de soulagement un bref instant puis revins à la bataille qui faisait rage. Mes yeux s'écarquillèrent devant l'horreur.

"Scarin ! Santon !"


Ah, j'ai adoré écrire ce chapitre, et la suite qui s'ébauche à la fin est tellement excitante ... !

Au passage, j'ai trouvé la date pour mettre les nouveaux chapitres : le vendredi ! Voilà, ça vous évite de venir plusieurs fois par semaine ;)

Pour les noms, je n'explique que celui de Santon : un santon est une petite figurine de terre (le type sol donc ^^) souvent utilisée pour les crèches de Noël. Je crois que ça vient de Méditerranée. Ah, et Scarin aussi : ses pattes peuvent former un X qui me rappelle la cicatrice de Scar dans Fullmetal Alchemist.