"Scarin ! Santon !"

Non. Non ! NON !

Simultanéiment, Griknot avait dégagé Amédée de son chemin et fonçait sur Santon, tandis que cet enfoiré d'Insécateur tranchait Mélokrik en deux. Je vis le sang qui jaillit de son corps, la blessure presque verticale le défigurer à jamais. Il s'écroula en se tenant l'abdomen.

"NON !"

Le liquide pourpre jaillit de Santon, tachant le Griknot qui l'écrasait contre une caisse de bois. Sans réfléchir, je me précipitai sur lui, le frapai à la tête, une fois, deux fois. Malgré les coups que je lui infligeais dans ma hargne, il réussit à se retirer hors de contact, au beau milieu de la mêlée.

Je rentrai dedans comme un berserk, sans aucune conscience de ce qui se passait. Qui je frappais ... qui me frappait ... rien d'autre ne comptait que ce Griknot que je pris entre deux combats. Il comprit tout de suite qu'il n'y avait aucune échappatoire. Courageusement, et parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire, il me fit face. Ses griffes déployées luisaient d'un sang presque noir qui réverbérait la lumière des néons.

"Tu ... n'aurais ... jamais dû ... attaquer ... Santon !" fis-je en lui assénant des coups brutaux.

Combien il en reçut, je ne le saurais jamais. Et puis il essaya de s'enfuir. Mes crocs se refermèrent sur son corps tendu et paniqué. Il sentait que c'était la fin, et moi aussi. J'avais juste envie d'en finir.

"Kronen ! Stop !"

Le voile rouge qui obscurcissait ma vision se dissipa soudain. Santon ! Je me retournai en direction de la voix qui m'avait arrêté au dernier moment. En le voyant, ma mâchoire se détendit automatiquement, et ma proie tomba au sol et gémit en se recroquevillant.

Santon était debout.

Soutenu par Amédée, il haletait devant l'effort. Il leva ses yeux vers moi et me dit :

"C'est fini. Partons."

Il fit un pas, s'écroulant à terre. Immédiatement, Amédée l'allongea sur le dos, vérifiant son pouls. Il n'en avait pourtant pas besoin pour comprendre qu'il allait plus mal que nous ne le croyions. Sa respiration laborieuse eut un raté tout à coup, comme un hoquet. Le petit Ptiravi me fixa pendant une seconde, l'air incertain.

"Il ... il ... on doit le porter. Il est sérieusement blessé." fit-il une fois son recul revenu.

"Je m'en occupe." intervint Hippopotas, ayant vaincu le Brutapode qui était étendu contre une des caisses.

Mes yeux effleurèrent la salle entière, pleine de nombreux corps éparpillés. Nous avions vaincu, mais à quel prix ? Scarin était peut-être mort, Santon n'en était pas loin. Cendre et Amédée étaient en train d'assurer le brancard de l'Ossatueur, et John était planté face à l'Insécateur, tremblant. Il me fallut un instant pour comprendre que ce n'était pas de peur, mais de colère.

Son ami qu'il avait rencontré ici. Son ami qui lui avait toujours remonté le moral depuis qu'il était à l'Entrepôt. Son ami que l'insecte avait jeté négligemment, comme s'il ne s'agissait que d'un objet, devant le Boustiflor.

"John."

"Il est pour moi." murmura-t-il.

"John, on doit y aller." tentai-je de le raisonner.

"Prenez l'autre chemin. Il est pour moi."

Je me tus pendant une seconde. Je ne pouvais pas lui faire ça. J'aurais agi ... non, j'avais agi de la même manière contre le Rototaupe et le Mimigal. J'acquiesçai :

"On se retrouve à la sortie ! Et sois là !"

"T'inquiète pas, j'y serai. J'y serai." répéta-t-il d'un air absent. "Il est pour moi. Tu vas payer, Insécateur."

Me détournant à regret, je pris la tête du convoi avec Cendre. En cas de combat, nous étions les seuls en bon état et disponibles. Amédée marchait à côté d'Hippopotas et s'assurait à chaque instant que Santon ne tombait pas ou prenait son pouls à chaque fois qu'il gémissait.

John nous avait abandonné ... Scarin et Santon ... en parlant de lui, où était passé Ellie ? Un doute me traversa l'esprit.

"Ellie ! Où est-elle ? Est-ce que quelqu'un l'a vue ?" demandai-je en tournant la tête

"Ellie ?" dit Amédée, n'ayant pas l'air de comprendre ce que je disais.

"Je l'ai vue qui partait à la poursuite du Scorplane ! Celui qu'elle affrontait !" lança Hippopotas en se raidissant. Il venait de s'en rappeler, à coup sûr. "Elle doit être devant nous !"

"Dépêchons-nous !"

Le cortège accéléra, les deux brancardiers trottant en redoublant de vigilance quant à la victime. Nous longeâmes le couloir désert, passant devant deux portes de fer semblables à la nôtre, mais ouvertes. La lumière n'y pénétrait pas, elle refusait d'éclairer ce qui s'était passé dedans. Nul ne dit mot sur ces autres cachots, néanmoins nous pensions tous la même chose. D'autres cachots.

Et toujours personne. L'atmosphère elle-même avait l'air vide, comme s'il n'y avait personne, comme si toute vie s'était enfuie. Finalement, nous tournâmes à droite lorsque le couloir s'orienta brusquement dans cette direction.

Je vis vingt mètres plus loin une porte verte, à gauche. Un bureau lui faisait face, aidé par deux chaises et des feuillets par dizaines. Un tableau d'affichage ornait le mur, occupé par des post-it. Nous nous approchâmes doucement sans faire de bruit. Je pris une feuille au hasard et commençai à lire. De chiffres en colonne. De la comptabilité, sans aucun doute. La présence totalement incongrue de ces bilans me sauta aux yeux. Je reposai la fiche sans rien dire et en piochai une autre dans un autre tas.

Mes yeux parcourèrent quelques lignes en sautant des mots suspicieusement, puis ils s'agrandirent sous le coup de la surprise.

"Tu sais lire ?" s'étonna Cendre en venant à côté de moi.

"Chut." lui soufflai-je en ajoutant : "Oui, j'ai appris avec mon dresseur quand on était petit. Il m'a tout appris."

"Ah ouais, ah ouais ... ça raconte quoi ?" me questionna-t-il soudain.

J'allais lui répondre quand une voix grave se fit entendre. Je me retournai vers Santon. Il s'était réveillé ! Tout de suite, je vis que les deux infirmiers s'étaient figés. Ils nous fixaient sans oser bouger un seul muscle.

"C'est vous qui avez dit quelque chose ?" haleta Amédée.

"C'est pas Santon ?" répliqua Cendre.

Quelqu'un avait parlé ... ce n'était aucun de nous ... la porte ! Je fis volte-face et l'examinai, plein d'appréhension tout à coup.

La porte était entrouverte.

Depuis tout à l'heure, elle était entrouverte, bon sang ! Nous échangeâmes un regard avec Cendre, nous comprenant sans avoir besoin de parler. La personne qui avait parlé nous avait entendu, mais en plus elle n'était pas seule.

"Vous restez en arrière, okay ?" fis-je à Amédée et à Hippopotas.

Une fois qu'ils eurent hoché la tête, nous poussâmes la porte. Derrière attendaient trois hommes et une femme dans la même tenue : tous portaient un pantalon blanc ainsi qu'un gilet blanc avec de l'orange en bas et en haut de ce gilet ... sur l'espèce de triangle orangé de leurs épaules, on pouvait apercevoir deux barres noires de chaque côté ou trois. Cela devait être un grade, je suppose. Et un logo était collé à leur coeur. PETRA. Sigle mystérieux.

L'homme arborant trois rais noirs était âgé d'une quarantaine d'années et nous adressa la parole aussitôt qu'il nous vit :

"Vous vous êtes évadés ? Rendez vous et il ne vous sera fait aucun mal, contrairement à elle ... (sa main voleta vers ses complices, dont un avait son Scorplane sur son épaule.)

Et à ses pieds ... Ellie. Etendue face contre terre, immobile. Que lui avaient-il donc fait ?!

Mes yeux durent en dire assez pour l'homme aux trois barres, qui me sourit :

"Nous ne lui avons rien fait, elle a eu une sorte de crise d'épilepsie quand Magneton a utilisé Flash ... Elle a bien fait. (Il soupira, l'air ennuyé.) Je déteste que la marchandise soit abîmée."

La femme ricana pendant que les deux autres sbires s'esclaffèrent.

"Bon, assez joué." reprit le gradé d'une voix dure, sans une seule once de pitié. " Vous avez réussi à passer la plupart de nos pokemons, mais vous ne tiendrez pas deux minutes contre nous. Venez, les deux qui se cachent de l'autre côté de la porte !"

Deux des sbires sortirent une pokéball pendant que je faisais le décompte dans ma tête. Un Magneton. Un Scorplane et deux autres. Scorplane était pour moi, je pouvais le vaincre facilement d'un jet bien placé. Magneton pour Cendre. Amédée et Hippopotas contre les deux autres. Ça marchait si on affrontait les bons types.

"Stan, tu viens avec moi. Nos pokemons pourront se débrouiller tout seuls. Fanny, Bill, vous restez là pour vous occuper d'eux." ordonna-t-il avec la voix d'une personne qui sait qu'elle vous est supérieure. Il me toisa ensuite : "Je vais reporter ça au QG ... La prochaine fois que vous me verrez, ce sera en cage. Je parie que c'est toi qui a eu Seviper et Insécateur, le Crocrodil ? Tu entres le premier et tu te mets entre eux (il cracha de dégoût) et nous, c'est que tu dois être plutôt fort. Tiens, en cadeau, voici leurs pokéballs."

Sachant qu'il ne me comprendrait pas si je parlais, je hochai la tête en le fixant rageusement. Il balança les balls rouges à quelques centimètres de moi. Je les écrasai consciencieusement, brisant le mécanisme.

"On verra ça plus tard, de toute façon. Le planning est tellement serré ces jours-ci ... tu as de la chance que je doive partir. Bientôt tu m'obéiras ... si tu survis. Ce n'est qu'une question de temps. Magneton ! Tu le mets hors de combat en premier, tu m'as compris ? Cage-éclair, mais pas d'attaques trop fortes. Ne commencez pas avant que l'on ne soit parti, vous savez pourquoi. Stan, tu conduis le camion."

Il se mit à marcher vers le rideau de tôle énorme au fond de la salle en ricanant, suivi par son compère. Je m'attardai enfin sur la salle en elle-même. Beaucoup plus grande, elle était presque vide, comme si on contenu avait disparu. L'abscence de poussière indiquait que ce devait être récent ... je me remémorai les paroles du gradé. Il avait évoqué un retour au QG ... Pas le temps pour les questions. Un bruit de moteur, sans doute le véhicule du gradé, se fit entendre.

Agir d'abord, réfléchir ensuite.

Le bruit du camion s'éloigna quelques secondes plus tard, et je me préparai à bondir. Le plus dangereux serait Magneton. Je devais le battre en premier.

"Amédée, Hippopotas, vous avez mis Santon en sécurité ?" dis-je sans me retourner, d'une voix tendue.

"C'est bon."

Oui, c'est fait."

"Prêts à vous battre ?" murmurai-je en essayant autant que possible de ne pas remuer les lèvres. "Alors à l'attaque ! Cendre, je te laisse Magneton !"

Inutile de lui dire que ses deux types -Combat et Feu- étaient tout les deux efficaces contre le type Acier du Magneton ... Je fonçai sur les deux sbires qui, paniquant, lâchèrent leurs deux pokéballs devant eux en reculant. Scorplane s'envola, anticipant ma venue ... et un seule des deux pokéballs s'ouvrit. Un Carabaffe en sortit. Je modifia donc ma course et lui assénai en plein ventre un Coup'd'boule.

Je me fis probablement plus mal que lui, sa carapace absorba une grosse partie du choc. Il perdit juste l'équilibre, qu'il retrouva par miracle en posant sa queue duveteuse au sol. Je me jetai sur lui.

"Attaque Pistolet à Eau !"

Je n'eus que le temps de comprendre ce qu'il disait pout rececoir un jet d'eau sur la tête, ce qui donna quelques secondes de répit à la tortue pour se mettre hors de portée. Je répliquai par un autre Pistolet à Eau. Il l'esquiva en bondissant à droite, puis le suivant. Soudain, je fis un quart de tour et visai le Scorplane qui se préparait à me sauter dessus depuis le plafond.

Il n'était pas encore retombé à terre qu'un cri s'éleva depuis l'entrée. Un pokemon passa la porte en agitant ses bras ensanglantés. Mais ce n'était pas son sang. Insécateur.

"Santon !" hurla Amédée en se précipitant vers le blessé.

"Où est John ?! grognai-je avec un ton mençant que je n'avais jamais eu jusqu'alors.

"John ? Ah oui, l'obèse ... parti rejoindre son pote, mon vieux."

"Ne dis pas de mal de lui !" pleurnicha le Ptiravi en protégeant Santon.

"J't'aurai prévenu." lui répondit l'insecte, esquissant un sourire sadique.

Il s'avança d'un pas ... et s'effondra, percuté par un boulet de canon massif, brun et vert que je connaissais bien. Héo-Héo. Et la personne qui entra dans la grande salle ne pouvait être que ...

"James !"

Quand il me vit, un sourire traversa son visage, puis il se reconcentra sur le combat qui faisait toujours rage. Ses yeux verts inspectèrent la pièce méthodiquement, et il tapota machinalement son jean. Il ne se préoccupa pas du Abo malmené par Hippopotas.

"Majelle, Choc mental sur Magneton !"

Elle était à côté de lui, et projeta un rayon translucide extrêmement rapide sur le pokemon qui évitait jusqu'à présent les coups de Cendre. Le Choc mental ne lui fit pas bien mal, mais le but n'était pas là. Il fut distrait une seconde. C'était plus que suffisant.

Un Mach punch le heurta de plein fouet.

Le flot du combat avait changé comme reflut la marée en un instant. De maîtres, nos adversaires n'en menaient plus large. Je pris le Carabaffe en tenaille avec Héo-Héo qui continuait sa roulade et le mordit sauvagemment. Il cria de douleur avant de me coller une baffe pile entre les deux yeux.

"Tu vas me lâcher, oui ?!"

Je reculai en lui souriant,mais un sourire féroce. Et avant qu'il ne parle à nouveau, il fut projeté sur moi par une Roulade bien placée. Je l'accueillis dans mes bras et lui susurrai :

"Bonne nuit !"

Plus de Carabaffe, et probablement plus de Magneton. Qu'en était-il d'Insécateur ? J'espérai qu'il souffrait pout tout ce qu'il avait infligé. Je le dévisageai. Il essayait d'éviter Héo-Héo quand soudain, nos regards se croisèrent. La lueur sadique qu'il avait au moment de cisailler Scarin revint.

"James !" vociférai-je.

"Oui ?"

"J'ai détruit sa pokéball ! Capture-le !"

Les yeux verts explorèrent rapidement le sol, tombant rapidement sur les débris de pokéball. Il me jeta un coup d'oeil et enregistra parfaitement la situation.

Insécateur se ruant vers moi trop vite pour que je l'esquive.

Je reculai et trébuchai sur le Carabaffe que j'avais mis KO. Je bondis pour me relever le plus vite possible ...

Trop tard. Insécateur était sur moi.

Le cri s'éleva en un instant, empreint d'une forte émotion.

"NON !"


Hum, va-t-il mourir transpercé par l'Insécateur ou non ? J'avoue que je ne sais pas, je me tâte ^^

Pour la personne attentive qui remarquera que le sang de Scarin est rouge et non vert ou jaune, je réponds que c'est Pokémon, le jeu où même les mammifères naissent dans des oeufs, comme le bébé de Kangourex d'ailleurs. Ah, et saurez-vous trouver la référence aux Chevaliers du Zodiaque, les origines ?