"T'es prêt, espèce de dinosaure aquatique ?!"

"Et toi, prêt à te prendre une raclée monumentale ?!" rugis-je à l'attention d'Insécateur en le fixant d'un air mauvais.

En vérité, j'exultais. Héo-Héo avait eu une fameuse idée en proposant un match pour nous réconcilier, et j'avais sauté sur l'occasion. James avait douché mon enthousiasme dès qu'il avait entendu ça :

"D'accord, c'est une bonne idée. On le fera près d'un Centre Pokémon, je n'ai pas envie que l'un de vous deux s'amuse à trucider l'autre."

Bon, bien, je ne le truciderai pas, ou tuerai, ou déchiqueterai. Qu'importe le verbe. Non, j'allais en profiter pour me venger un peu ... juste un peu. Je le lâcherai quand il me suppliera de le faire.

Et nous étions à deux cent mètres du Centre de Frat, une ville proche de la prochaine Arène qui se trouvait, j'ignore pourquoi, en pleine forêt. L'infirmère chargée de l'accueil nous avait montré sur la carte la route qui y conduisait, et nous avions décidé d'y aller demain. Mais aujourd'hui, un autre programme était prévu.

"En garde !" hurla l'insecte en face de moi, alors qu'il plaçait bizarrement ses bras.

On aurait vraiment dit un humain avec un épée, tout d'un coup. Je ne le savais pas si admirateur de l'escrime.

"Amène-toi !" répliquai-je d'un ton impérieux.

Il obéit. En se ruant vers moi avec sa vitesse surnaturelle. Je me jetai sur le côté et me relevai aussitôt. Il s'apprêtait à me faire une attaque Tranche de son bras droit. Vu sa vitesse ... j'étais foutu.

Soudain, un rayon rouge le toucha, et il disparut dans sa pokéball. Il réapparut tout de suite.

"J'ai oublié de vous dire, ce n'est pas parce qu'on est prêt d'un Centre que vous pouvez tenter de vous tuer. Donc modérez les coups." lança James en tenant nos deux pokéballs pointées sur nous.

"D'accord, je vais pas trop l'amocher." promis-je.

"Si t'insistes." concéda l'autre.

"Que le deuxième round commence !" fit Héo-Héo joyeusement.

Il s'était mis avec Majelle sur une souche d'arbre et gardait le sac de James à ses pieds. Il s'entendait plutôt bien avec Insécateur, dans le sens où il essayait de lui parler, lui posait des questions sur sa famille, ses amis, s'il avait une petite amie ... Il avait eu peu de réponses à présent, des bouts de réponse comme : "Je sais pas. J'ai quitté ma famille." ou "J'en ai pas." qui satisfaisaient à moitié le Marisson, qui enchaînait toujours avec de nouvelles questions.

Je me retournai vers l'insecte. Cette fois-ci, je lui fonçai dessus en préparant une attaque Vibraqua. Il ne réagit pas tout à fait comme je l'avais prévu. Ses ailes se mirent à vibrer, et il s'éleva d'une dizaine de centimètres.

Tant pis. Je lâchai la bulle d'eau plus tôt, et sortit de ma bouche un Vibraqua faiblard. Je le touchai, heureusement, inondant ses ailes. Devenues trop lourdes, il se posa au sol et j'amorçai une attaque Griffe.

"Hééééé ! Qu'est-ce que tu fais ?!" fit une voix indignée.

Y a pas moyen d'être tranquille pour se battre ? Je fis volte-face et compris pourquoi Héo-Héo avait crié. Il avait sauté de sa souche d'arbre et se précipitait sur un pokémon qui avait le sac de James sur son dos ... Quoi ?!

Il était de profil par rapport à nous, nous regardant par en-dessous avec un soupçon de moquerie, à l'orée de la forêt. Il attendit tranquillement le tout petit pokémon. Quand celui-ci arriva à sa hauteur, il leva un bras. Il contracta ses muscles et la longue feuille qui ornait ce bras se raidit. Il l'abattit sur Héo-Héo.

"Héoooo !" hurla James.

La Lame-feuille ricocha sur le crâne dur du Marisson. Le Massko eut un mouvement de surprise, puis changea de méthode. Il se contenta de pousser Héo-Héo avant qu'il ne lui assène de coups. Sans attendre qu'il ne soit tombé à terre, le lézard des forêts s'enfuit sous les arbres.

Le tout n'avait pas duré plus de dix secondes.

"James !" lançai-je immédiatement. "On doit le poursuivre !"

Même Insécateur fut de mon avis, puisqu'il jura aussitôt à propos de la "bouffe qui filait". Oui, ça aussi l'avait rapproché d'Héo-Héo, son amour pour la nourriture. Pendant ce temps, James sortait deux nouvelles pokéballs, et fit aux deux petits :

"Rentrez dans vos pokéballs. On s'en occupe avec Kro et Insécateur."

Héo-Héo et Majelle hochèrent la tête. Une fois rentrés, James nous fit :

"On se sépare. Insécateur avec moi. Kro, tu peux y aller tout seul. Si tu l'aperçois, rugis. Pas la peine de faire trop d'héroïsme."

"Oui !" dis-je en me mettant à courir tout de suite.

En m'éloignant, j'entendis mon dresseur qui expliquait à l'insecte ce qu'ils allaient faire. Puis je m'enfonçai dans les bois.


Je courais. J'enjambai une énorme racine qui me bloquait la route, et continuai tout droit. Le souffle court, je m'arrêtai quelque mètres plus loin. Bon sang, mais où était-il ? Je posai une main sur un tronc d'arbre en reprenant mon souffle.

Vingt minutes que je courais un peu au hasard, dans la direction approximative où le Massko s'était enfui. Et je n'avais pas aperçu la moindre partie de son corps, ni feuille, ni pattes, rien. Il était trop rapide. Je haletai quelques secondes, puis pris une grande inspiration.

Je fermai les yeux pour réflechir un instant. Il devait habiter dans cette forêt, dans ce coin proche de la ville. Il nous avait approché sans hésitation, sûr de lui, c'est donc qu'il était habitué aux humains et que ce n'était pas la première fois qu'il volait quelque chose. Oui, sa tanière n'était pas loin ... Il suffirait de la trouver pour l'attendre, et qui sait ce que j'y trouverais ? Voyons voir ... si j'étais un Massko, où vivrais-je ? Pas loin des humains, mais pas trop près. Je ne voudrais pas être surpris par des gamins curieux. Au sol ou dans un arbre ? Au sol, des insectes et probablement beaucoup d'humains potentiels. Dangereux. Dans un arbre, des insectes et des oiseaux. Dangereux. Mais pas d'humains. Pour finir, près d'un point d'eau, en respectant la règle de la juste distance.

Mes yeux se rouvrirent tout seuls, et mes narines se réveillèrent. L'odeur de l'eau ... je devais la retrouver. Je sentais ma propre sueur après ma course, les feuilles au pafum frais, la mousse humide, la chaleur de l'été distillée sous le couvert des arbres. Et au milieu de tous ces parfums, où était l'eau ?

Je fis trois pas vers l'est en passant sur mes dents ma langue. Je mangerai en rentrant, la faim me tenaillait. Trois pas vers l'ouest. Rien non plus. Trois pas vers le nord ... quelque chose de vague, pas franchement perceptible, à la lisière de mon odorat. D'accord. Je pris le nord-ouest, me fiant plus à mon instinct qu'à ma raison.

Tout en courant, je jetai de fréquents coups d'oeil à la frondaison des arbres. Nul trace de nid ou de quelque chose de similaire, pour l'instant. Et devant moi se profilait une colline, que j'entrepris d'escalader rapidement avec ma course. Juste à côté du sommet se tenait un chêne immense et large. Je me focalisai sur sa base.

Je l'atteignis une bonne minute plus tard, en nage. Encore.

Après une trop courte pause, j'inspectai les lieux. Mon nez m'indiquait que l'eau ne se trouvait pas loin. En contrebas, une sorte de haie s'étendait sur tout mon champ de vision ... lequel n'allait pas bien loin avec la haie.

Soudain, un sifflement irrité parvint à mes oreilles. En haut !

Je levai la tête, et je le vis. Massko !

En colère assurément. Je devais être le premier à avoir trouvé sa cachette. J'ouvris la bouche pour prévenir James ...

"Prends ça !" me coupa le lézard arboricole en me jetant une branche en pleine tête.

Je n'eus pas le temps d'esquiver et la reçut avec un mot fleuri.

"Putain d'enfoiré !" lançai-je en balançant un caillou.

Contre toute attente, la caillou évita sa cible ... et rebondit sur une branche plus haut, touchant le Massko. Sa réponse fut très fleurie. Je souris. Provoquer les gens n'a pas de prix.

Avec un nouveau sifflement -rageur pour changer-, le lézard recula et se mit à courir d'arbre en arbre.

J'ouvris la bouche ... mais aucun son n'en sortit. Fallait-il prévenir James ? Insécateur était avec lui. Et je voulais m'occuper moi-même du Massko. Hurler ? Ne pas hurler ? Il s'enfuyait, je devais prendre une décision ... la discussion que nous avions eue me revint. Je m'étais excusé auprès de James pour ne pas l'avoir attendu. Pour ne pas avoir été une équipe.

"JAMEEEEEEEEES !"

Je me précipitai vers le Massko, le suivant dans sa fuite. Il n'était pas si rapide, finalement. Je commençais à le rattraper dans son terrain de prédilection. Je fonçai à travers un buisson en forçant le passage, brisant des dizaines de petites branches.

Je débouchai sur une clairière assez grande, très longue, mais peu large. Je tournai la tête de droite à gauche pour voir où était le Massko.

Là ! Il sautait de branche en branche à la lisière.

Je tirai un Pistolet à Eau en visant le prochain endroit où il devait atterir. Manqué. Il s'accrocha à sa destination et me fit un doigt d'honneur. Grossier personnage. Je tirai à nouveau.

Et il fut touché au ventre, au beau milieu de son saut olympique. Ça n'avait pas pour but de le battre, je n'irai pas jusque là, mais seulement de le provoquer ... l'effet fut tout autre. Il perdit son élan et chuta, se cognant les pattes (et la tête).

Il se releva en me fixant d'un air furax, les dents serrées.

"Espèce de ... !"

"Dinosaure aquatique, je sais." l'interrompai-je en feignant l'indifférence.

"Mais t..."

"... Vas me rendre le sac que tu as volé ? Que c'est noble de ta part !" le raillai-je.

Son visage prenait une teinte plus spécifique au pokémon feu, qui donnait l'air d'une maladie chez lui. Le feu et la plante, ça fait pas bon ménage. Je savais qu'il était à bout, et il allait se jeter sur moi d'un instant à l'autre. Restait à se tenir prêt tout en échangeant des insultes. Mais j'étais depuis tout petit naturellement doué pour énerver les gens.

Les feuilles que le Massko avait au bras se raidirent soudain. Il allait attaquer.

"Kronen !" entendis-je soudain.

James ! Il se trouvait tout près !

"ICI !" fis-je de toutes mes forces, et mon regard revint sur le Massko.

Mes yeux s'écarquillèrent. Il n'était plus là.

Je sentis le tranchant d'une feuille dans mon dos.

"Tu ne fais pas un geste, pas un bruit, d'accord ?!" cracha le Massko en réprimant à peine son irritation. "Sinon, je te frappe. Même si je n'en ai pas le droit."

"Comment ça, le droit ?" murmurai-je, en jouant son jeu, espérant que James et l'insecte se dépêchaient.

"T'as compris, c'est bien ... mais je t'expliquerai quand il arrivera. Mon dresseur." précisa le pokémon derrière moi, et je sentais son sourire.

J'étais à sa merci. Il pouvait faire ce qu'il voulait de moi ... et son allusion à son maître, de quoi pouvait-il s'agir ? Qui avais-je offensé ces derniers jours, à part Insécateur ? Oh non.

PETRA.

Ils nous avaient déjà retrouvé ?! Bon sang, on avait pourtant fait gaffe en évitant les sentiers forestiers et les routes !

Un bruissement se fit soudain entendre derière le mur d'arbres. Qui faisait ce bruit ? On aurait dit une vibration de portable en continu, ajouté aux nombreuses feuilles qui s'envolaient en soufflant.

Insécateur surgit à deux mètres du sol, volant. C'était ses ailes qui bruissaient comme ça. James le suivait de près.

"PETRA, JAMES ! PETRA !" hurlai-je dès que je le vis, avant que le Massko ne me frappe de sa main.

Pourquoi pas de sa Lame-feuille, me demandai-je en regardant James -et en ignorant les yeux pleins d'espoir de l'autre.

"Tais-toi ! Quoique ... ça n'a plus d'importance" ricana mon tortionnnaire, et il me poussa en avant.

Je m'affalai à terre et tentai de me relever. Une masse informe s'abattit sur mon dos. Avec un grognement, je tournai sur moi-même en attrapant ce quelque chose. Le sac de James. Massko me fixait, et fit un bond impressionant en arrière avec un clin d'oeil. Puis il porta deux doigts à sa bouche, et un long sifflement jaillit, strident et puissant. Il devait bien retentir à plusieurs centaines de mètres sans problème ... Au bout de vingt secondes d'enfer, qui en parurent cinquante, il se tut et reprit son souffle.

James arriva à mon niveau et dit :

"Les gars, en avant !"

Je bondis tout de suite, et je n'eus pas besoin de voir qu'Insécateur fonçait aussi, le bruissement de ses ailes suffisait.

Alors que nous allions lui sauter dessus, une brusque tornade nous arrêta. Impossible ... Deux mètres plus loin, le Massko croisait les bras et nous toisait. Il n'avait pas été touché par la rafale de vent ... donc elle n'était pas naturelle.

Un pokémon immense se posa sur le sol derrière le Massko, qui ne bougea pas d'un pouce. Le mastodonte remua ses quatre ailes et la tornade stoppa net, nous faisant tomber. Un homme sauta du dos du pokémon et nous fit un sourire sincère :

"Salut ! J'ai appris que t'étais en ville, alors j'ai demandé à Skotty de te ramener ... je suis impatient que l'on se batte !"


Mais qui est cet homme ? Et son pokémon volant ? Mystère ^^

Pfiouuu, avec le dossier que je dois faire pour les cours, j'ai bien cru que je n'arriverai pas à boucler ce chapitre, ni le chapitre bonus (je le mettrai en fin d'aprèm ;) )