Je me mis à marcher vers le corps inanimé de James, comme anesthésié. Comment avait-il osé attaquer un dresseur ? Ce n'était pas possible. C'était un cauchemar.

Je trébuchais soudain, mes jambes ne répondant plus. Je ne sais même pas si je me suis emmêlé les jambes ou si je n'ai pas vu un caillou. Mes bras faiblissaient aussi, engourdis. Le poison m'avait touché, lentement mais sûrement. Je m'enfonçais dans une carapace sombre, mes paupières se fermant, mes oreilles bouchées, mes sensations disparues.

Fini. Je fermai les yeux.


Je repris conscience dans ma pokéball. Le poison m'avait vaincu, j'étais retourné dans mon ultime protection. Comment avait-il pu me molester à ce point, ce dragon à la con ? J'avais ENCORE perdu. Alors que je m'étais juré de ne plus perdre.

La prochaine fois, je me déchaînerai. Je le battrai. Comme jamais il n'a pris une dérouillée.

Je m'interrompais dans mes pensées vengeresses. J'avais oublié la promesse que James et moi avions acceptée. Seule une victoire contre le Champion nous permettait de continuer notre périple à travers Kalos, or nous avions perdu. Comment ? Comment ?!

Le début du combat avait suivi les règles, un pokémon contre un autre. Puis son Incisache avait passé outre et ciblait James. Ensuite, c'était parti en vrille, chaque seconde plus hallucinante que la précédente. Un Scalproie était apparu pour battre Majelle qui stoppait le dragon, Insécateur avait été envoyé par James, puis un Granbull de la part du Champion ... Non, organise tout ça.

James avait estimé que tout était permis et consécutivement, il mettait un second pokémon en jeu. Matthieu Asdan avait répliqué par deux autres pokémons. James avait changé de pokémons, la bataille s'équilibrant à peu près en nombre de pokémons. Pendant que je tentais désespérément de toucher l'Incisache, le reste des duels suivait le même schéma : nous perdions peu à peu.

Les images et les paroles que je captais parfois me revinrent en tête : un samouraï mince en armure étincelante qui frappait Zyfforlan, Héo-Héo qui se prenait des punchs vifs et dignes de catcheurs, James qui paniquait ...

Un déclic résonna dans ma pokéball. James me faisait sortir, enfin. Il fallait que je lui parle.

Je me matérialisai dans un Centre Pokémon, Goyah accoudé au comptoir à côté d'une infirmière, discutant joyeusement. Quand il vit que je sortais, l'Ex-Maître du Conseil 4 d'Unys prononça une excuse accompagnée d'un compliment, et s'approcha de nous.

James s'avança. Je remarquai la présence de nos parents à droite, assis sur un banc à l'entrée.

"Désolé. C'est ma faute de pas vous avoir prévenus." s'excusa Goyah.

"Non, c'est ... c'est ma faute. J'ai pas pensé qu'il pouvait faire ça."

"Oui, tous les challengers sont déboussolés quand ils font leur premier match contre lui. Des fois, ils restent bêtement à regarder le pokémon de Matt qui les chargent. C'est là la difficulté : il n'y a quasiment aucune règle."

"C'est permis par la Ligue, ça ?" m'insurgeai-je, espérant trouver une faille.

"Une des prérogatives des Champions est de pouvoir faire ce qu'ils veulent pour évaluer les dresseurs. C'est leur droit."

"Mais ça change rien."

James me jeta un regard inquiet, soupira et alla s'asseoir à côté de nos parents. Je ne dis rien, c'était inutile. C'était fini. Je ne désirais qu'une seule chose, d'évacuer la frustration. Il inspira à reculons, puis prononça :

"J'ai perdu. J'accepte de rentrer, c'était dans le contrat."

"James ... on est désolés que tu n'aies pas réussi." fit Florent, visiblement partagé entre la joie de nous voir accepter et la peine de la défaite de ses enfants.

"Pas autant que moi." rétorqua-t-il d'une voix déçue.

"N'importe qui aurait ... enfin, c'est pas grave, tu as fait de ton mieux." le réconforta notre mère en passant ses bras autour des épaules de James.

James secoua la tête, les mains agrippées à son jean.


La chambre était dans la pénombre, le plafond un drap uniforme sombre. Je n'arrivais pas à dormir. J'étais encore énervé de notre combat perdu d'avance. Goyah l'avait bien dit, personne n'était assez fort pour gagner dans ce type de match du premier coup. Nos parents le savaient-ils ? Avaient-ils comploté pour que nous revenions dans tous les cas ?

Mes yeux se fermèrent doucement, mon souffle se faisant plus long. Alors que je commençais à m'assoupir, l'image du Champion intouché -et intouchable-, bien campé sur ses jambes, qui nous dominait, revint me hanter. Non, je ne pouvais pas laisser passer ça. Jamais ! Il nous avait toisé de toute sa prétention, se jugeait supérieur à nous, juste parce qu'il était plus fort ? Non, ce n'était pas possible.

Les mots franchirent ma bouche avant que je ne les retiennent :

"On peut pas le laisser faire."

Je parvins à obtenir le contrôle de ma langue avant d'en dire plus. Majelle, Héo-Héo et Zyfforlan et James dormaient, je n'avais pas le droit de les embarquer dans ma vindicte.

"Non, on ne peut pas. On doit lui montrer que c'est pas parce qu'on est jeune qu'on a forcément tort." fit la voix pas du tout endormie de James.

"Tu dors pas, toi non plus ?"

"Je peux pas. On a joué à un jeu truqué, Kronen. On partait vaincus d'avance."

Il était arrivé aux mêmes conclusions que moi. Bien, ça renforçait mes convictions.

"La ferme, on dort." souffla la voix basse de Zyfforlan, devant moi.

"Et t'en penses quoi ?" le questionna James.

"Que j'ai sommeil." répliqua-t-il d'un ton décidé.

Une bâillement s'éleva dans la chambre, mais ce n'était pas l'Insécateur. Ça provenait sans doute d'Héo-Héo. Il était en train de rêver, remuant sous sa couette et se tournant d'après les sons.

"Kro ..."

"Oui, James ?"

"Tu ferais quoi si tu jouais contre un tricheur ?"

La réponse était évidente.

"L'arroseur arrosé. Je lui renvoie la monnaie de sa pièce."

"Moi aussi !"

Bruit de couette qu'on rabat d'un geste vif. Deux secondes plus tard, une lumière éclaira la salle de repos, faisant maugréer les pokémons sortis de leur repos.


L'arène n'avait pour seule lumière que les panneaux indiquant les sorties en cas d'urgence. Nos pas résonnèrent jusqu'au fond du stadium, sans rencontrer un seul écho. Nous restâmes silencieux. Il devait y avoir quelqu'un, l'arène n'était pas ouverte sans aucune raison. Nous étions allés sans savoir pourquoi vers l'arène, peut-être parce que c'était l'endroit le plus logique pour trouver le Champion. Heureusement que nous étions passés devant avant d'aller le trouver, ce matin. Nous n'aurions jamais trouvé sans cela.

"Te voilà enfin." déclara une voix dans les ténèbres. "Je te croyais plus combatif."

Un déclic se fit entendre, et soudainement les spots illuminèrent l'arène dans ses moindres recoins. La lumière était forte, vraiment très forte. Je ne distinguai pas tout de suite la silhouette du Champion, droit devant nous, bras croisés comme tout à l'heure, un main serrant une télécommande.

"Pour un peu, vous seriez revenus à l'aube." continua-t-il sur un ton monocorde.

"Vous ... nous attendiez ?"

"Exactement ce que j'ai dit. T'es toujours aussi hésitant ? Tu feras rien de ta vie si tu persistes à être comme ça." se renfrogna-t-il.

"Les dresseurs que vous humiliez ..." commença James en arpentant le sol devant moi. "Vous les provoquez, et vous voulez qu'ils s'énervent. Pour qu'ils reviennent, soit plus forts, soit toujours aussi incompétents."

Le Champion ne frémit pas.

"Pour les sélectionner. Pour que seuls ceux qui savent se maîtriser puissent avoir une chance, et seulement ceux qui savent se battre."

"T'es pas si bête que t'en as l'air finalement. Maintenant réponds à cette question : pourquoi est-ce que je fais ça ?"

"Je ... je l'ignore. C'est ..."

Il déglutit, se frotta le menton un instant, puis essaya :

"Vous avez été militaire ?"

"Affirmatif."

"Alors comment êtes-vous devenu Champion ensuite ?"

Matthieu Asdan eut un sourire condescendant.

"Il fallait quelqu'un pour que la Ligue ne soit pas un spectacle de boiteux."

"Non, ce n'est pas ça." contra James.

Les sourcils de l'homme mûr se resserrèrent, il se mordit les lèvres.

"Votre passé est celui d'un soldat, un militaire ... vous avez sûrement combattu, et il a dû se passer quelque chose."

"Si tu crois qu'une psychologie de comptoir va t'aider, tu te fourvoies."

Non, il va tout simplement jouer au Xatu ou à Madame Irma. Néanmoins, le Champion resserra ses mains.

"Beaucoup de dresseurs et même de Champions donnent des surnoms à leurs pokémons, mais pas vous, vous les appeliez par le nom de leur espèce. Vous essayez de ne pas établir de liens avec eux, ce qui signifie soit que vous les considérez comme de simples automates, soit que vous ne voulez pas subir le contre-coup s'ils meurent, soit ..."

Un reniflement méprisant, un visage qui s'orienta imperceptiblement à gauche.

"... Oui, c'est ça." dit James en claquant machinalement des doigts, ayant capté le mouvement qui trahissait la bonne supposition. "Vous avez perdu des pokémons, et ça vous a rendu tellement triste que vous avez quitté l'armée. Vous n'envisagiez pas de vivre sans eux. Et puis ... vous vous en êtes sorti, vous avez compris que vous ne seriez pas le seul à subir ces pertes tragiques si une guerre éclatait."

Il avait réfléchi jusque-là ? C'était impossible d'être aussi juste dans ses hypothèses. Moi qui croyait qu'il était resté à se morfondre.

"Car au fond, les dresseurs et les militaires, c'est la même chose. Ils utilisent leurs armes pour se battre, sauf que les dresseurs ne savent rien de la réalité des combats. Ils ne se rendent pas compte que les pokémons ont de grandes chances de mourir lors d'un combat, tout comme les dresseurs. Si on suit les règles des matchs, qui garantissent une sécurité maximum, ça diminue le danger. Mais on ne les respecte pas en temps de guerre."

Je m'en rappelais aussi. Santon l'Ossatueur et John le Boustiflor, ainsi que Scarin le Mélokrik à l'Entrepôt ... le dernier était mort, les deux premiers avaient bien failli y rester. C'est vrai que sans nos pokéballs, les blessures infligées prenaient une tout autre gravité. Et les pokémons des sbires de l'Entrepôt de PETRA ... j'ignorais encore si je les avais tués.

J'en aurais presque éprouvé de la peine s'ils n'étaient pas des pokémons de PETRA.

"Et il faut que quelqu'un inculque ça aux dresseurs. Il doivent apprendre à garder le contrôle de leurs émotions si leurs amis tombent au combat. Une balle perdue ... un pokéball perdue est si vite arrivée." termina James, une main sur son jean.

Avait-il déjà pensé à tout ça ? Était-ce pour ça qu'il avait pu suivre ce raisonnement sans se perdre ? Dire qu'il ne nous en avait jamais parlé ... Quoique, je me rappelais un événement presque anodin, mais qui devenait explicable tout d'un coup. James avait mal réagi à "mon ego froissé". Il m'avait confié être fier de notre parcours, alors que je m'étais contenté de rester dans la frustration. Je pouvais le comprendre maintenant.

Tout ce qu'il avait pensé, c'était que j'étais vivant et que la défaite n'importait pas.

Le Champion persistait à fixer James, les lèvres resserrées. Mais ce n'était pas de l'indifférence cette fois-ci, il semblait en colère à présent.

"Un rapport d'un de mes collègues mentionnait un jeune dresseur arrogant avec des sous-évolutions à tes pokémons ... J'imagine que tu lui as servi la même soupe."

"Non, je l'ai juste remis à sa place, et il n'a pas apprécié. Je reconnais que c'était disproportionné dans son cas."

"Tu es là pour la badge, alors je ne vais pas te faire attendre." énonça le Champion lentement. "Pour les matchs qui suivront, tu n'auras droit qu'à un seul pokémon, avec la même règle que ce matin. Choisis judicieusement ou tu devras encaisser une nouvelle défaite."

"Le choix ne se pose pas."

"Non, en effet. Je sais sur qui repose ton assurance."

"Kronen, on va lui montrer qu'on mérite ce badge !"

"Ronflex, prépare-toi !"

Je m'avançai sur le terre aride qui se craquelait sous mes pieds. Soudain, une énorme masse apparut à quelques mètres de moi. Une boule de poils beiges et noirs, bien répartis, avec deux pieds ornés de coussinets. Le Ronflex se leva sans effort et je pus constater que si ses bras paraissaient rondouillards, c'était à cause de la musculature que je devinais en-dessous. Il orienta sa tête pour me regarder, et la baissa un peu. Ses yeux plissés à l'extrême étaient hermétiques à toute émotion, et sa bouche inexpressive. Deux pics poilus sortaient du haut de son crâne, sûrement ses oreilles.

Oh merde, pensais-je. Ça faisait longtemps que je n'avais pas affronté ce style d'adversaire. La dernière fois, c'était le Mackogneur de Ned Wayne, et il me dépassait sur tous les plans. Là encore, mon adversaire était plus grand que moi.

"Dresseur. Une dernière chose avant de commencer : pourquoi combats-tu ?"

"Pardon ?"

"Pour quelle raison voyages-tu et défies-tu les champions d'arène ? Pour la gloire ? Pour l'argent ? Pour fuir ? Pour être fort ?"

"Kronen, Vibraqua !"

Une boule tournoyante jaillit de ma gueule pour atterrir sur le visage du Ronflex. Ce dernier s'ébroua sans bouger d'un poil. Inefficace, donc.

"Ronflex. Code 56."

Le pokémon leva un de ses bras et l'abattit du geste sec sur le sol. Des fissures apparurent en un instant, l'onde de choc se répercutant jusqu'à moi. Involontairement, je perdis l'équilibre. Mon bras amortit ma chute et je me redressai, prêt à en découdre.

Mon champ de vision occupé par une masse de beige, je tentais de lui rentrer dans le lard. Il ne recula pas d'un seul centimètre. Par contre, quand le Poing-Éclair me toucha, je fus balancé en arrière. Il devait faire quoi, plus de trois cent kilos ?! Au moins 350.

"Code 41."

Alors que je me relevai, un coup de pied violent percuta mes côtes. Un gémissement s'échappa de ma gueule, ça faisait bien mal. Une main s'accrocha faiblement à sa fourrure. Le Ronflex fit un pas en arrière, mais je gardai ma prise sur ... une touffe de poils arrachés ?

"Kro, Morsure !"

"Code 5."

Je bondis depuis le sol vers un de ses pieds et mes dents arrachèrent la peau avec férocité. Puis avant qu'il ne puisse me tomber dessus, je roulai à droite. Loupé. Il s'était affalé juste à temps pour retenir le bout de ma queue. Il la prit et maintint la pression malgré mes tentatives forcenées pour la dégager. Par une contorsion, nos deux visages furent soudain face-à-face.

"Morsure !"

Je croquai l'oreille et secouai la tête. Le Ronflex plissa les yeux, gêné par le sang qui s'écoulait de sa plaie.

"Code 6."

Alors que j'allais m'attaquer à l'autre oreille, il me contra par un Coup d'boule. Mal ...

Il se leva à la vitesse de Zyfforlan le matin, donc pas très vite.

"Code 0."

Le Ronflex fit un pas vers James. La terre se craquela subitement.

"Kro !"

"Code 1."

Le Ronflex s'effondra suite au croche-patte que je venais de lui faire. Pour assurer le coup, je m'étais jeté tout entier sous lui, et ça avait payé. Alors que je me relevais, son pied valide me laboura la cuisse.

"Code 2."

Un ronflement s'éleva dans les quelques secondes suivantes, son corps se détendant sur le sol. Une attaque Repos en plein combat, avec ces règles ?! Le seul avantage, c'était que sa force se régénérait. Mais il dormait ! Il fallait être fou pour avoir un poids mort pendant quelques minutes.

"Kro, c'est notre chance !"

"Oui !" lui criai-je en m'élançant vers le Champion.

Au fond de moi, j'espérais bien qu'il ne se laisserait pas faire. Enfin, pas trop. Comme je m'y attendais, je le vis lever un poing, trop lentement. Beaucoup trop lentement. Mes bras stoppèrent sans difficulté le coup qu'il s'apprêtait à me faire.

Et je ne vis pas le second punch, lancé avec plus de force en pleine mâchoire. Il libéra ensuite sa main et répliqua par un coup de pied latéral.

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il m'avait dominé. Matthieu Asdan pencha son coup, le craqua, et hurla :

"BLABLA DODO !"

Je tournai la tête vers le Ronflex endormi. Il se levait en continuant à ronfler. C'était un coup de génie. Plus de faiblesses.

"Immobilise le dresseur !"

"Kro, je l'esquive ! Occupe-toi du Champion !" me cria mon ami.

Je revins à mon adversaire, lequel visa mes côtes déjà meurtries. J'expirai bruyamment sous le choc. Il cognait presque aussi dur que son pokémon. Je contre-attaquai par un Pistolet à Eau, puis profitai des deux secondes de répit pour me jeter sur lui. Aveuglé, il ne put répliquer.

Je levai mon poing, assis sur lui.

Et ce fut sa jambe qui me plia en deux. Il me repoussa ensuite, pour poser son pied sur mon dos et tirer sur mon bras violemment. Mon épaule était malmenée, mon bras étiré. Je me débattais, en vain.

Par une torsion brusque des épaules, je réussis échapper à sa prise, puis fit un abdo. Sauf que là, ma limite était le dessous de la ceinture du Champion, que je percutai d'un geste assuré. Il recula en titubant, mains sur son entrejambe, le visage reflétant toute sa douleur. Un Pistolet à Eau suffit à le faire tomber par terre.

"James, c'est bon !"

"J'arr... rrive !" me répondit-il de loin.

Il courait dans ma direction, suivi de près par le Ronflex éveillé. Chaque pas faisait trembler le sol.

"Kro, Grimace !"

Aussitôt dit, aussitôt fait, un visage effrayant qui ouvrit presque les yeux du pokémon beige et noir. Il s'arrêta, laissant juste assez de temps à James pour me rejoindre.

"Bra... vo. Vous avez ... gagné." fit une voix faible.

Le Champion en position fœtale avait levé une main pour stopper son pokémon. Il s'assit et inspira avec un air concentré pour maîtriser la douleur. Une minute plus tard, il semblait prêt à se lever.

"Félicitations. Je m'attendais à un tel coup bas." fit-il en haletant, sortant un morceau de plastique de son entrejambe.

Une coque pour le protéger, visiblement. Ce n'était sans doute pas la première fois, compris-je avec une pensée pour son courage. Il en fallait pour continuer avec ces règles, en risquant ce genre de blessure.

"Dresseur ... as-tu une réponse ? À la ... question ?"

"Oui." acquiesça James. "Je combats pour que mes amis ne meurent pas. Pour qu'ils puissent être plus forts. Je ne veux pas qu'ils meurent."

"Même au prix de ta vie ?" interrogea la Champion, une main sur son genou, en train de se redresser.

"S'il le faut."

"Hé, tu peux me demander mon avis, au moins !"

Je me plaçai devant lui et enfonçai un doigt dans son pull.

"On a jamais dit que tu devais mourir !"

"Il dit qu'on a jamais dit que je devais mourir." traduisit James au Champion.

"Vous aurez pas le temps d'en discuter quand vous serez menacés. Il faudra choisir vite."

Le Champion fouilla dans sa poche de manteau, et en sortit un minuscule symbole. Ça avait la forme d'un losange rouge dans lequel s'insérait un triangle noir.

"Le badge Désillusion récompense ceux qui ont accepté de perdre. On ne gagne pas toujours. Voici également de l'argent pour continuer ton voyage (il sortit un liasse de billets.). Tu as désormais le niveau requis pour accéder à la Ligue Pokémon de Kalos. Les autres badges ne seront qu'une formalité pour toi."

"Attendez, vous avez donné votre maximum dans vos combats ? Enfin, vous n'avez pas adapté la force de vos pokémons ?"

"Pourquoi faire ? J'exige des challengers qui se présentent qu'ils dépassent un seuil fixe. Je ne vais pas le baisser pour les plus faibles. Ils ne mériteraient pas ce badge."

Le Champion soupira et regarda son Ronflex, mettant une main sur son épaule.

"Voilà une bien étrange sensation ... Voilà que j'ai été battu par un jeune homme et comme si ça ne suffisait pas, l'ultime défaite, c'est d'avoir été aussi transparent."

Ses yeux enfoncés nous fixèrent.

"Ce n'était pas le premier match de ce genre que tu faisais, n'est-ce pas ?"

"...Non, en effet." dit avec méfiance James. "Comment le savez-vous ?"

"Ton Aligatueur n'as pas hésité une seule seconde à m'attaquer. Tout comme tu as réagi avec rapidité. Quand ?"

"La dernière fois, c'était il y a moins d'un mois."

"Continue." insista Matthieu Asdan.

"... Auriez-vous entendu parler de la Team PETRA ?"

Les paupières et sourcils du Champion se levèrent. Sans mot dire, il retourna à sa place pendant le match et récupéra la télécommande. Nous nous regardions, attendant avec appréhension ce qu'il allait dire. Avions-nous laissé échapper quelque chose qu'il ne fallait pas ? Il nous fit signe de le suivre et se dirigea vers la sortie. Avant de quitter le stadium, il éteignit les projecteurs.

"Oui. Les Champions ont tous reçu un rapport sur le danger potentiel de cette organisation. Des disparitions de pokémons réputés, la contrebande et le recel de pokémons qui augmente soudainement ... difficile de ne pas faire de lien."

Il sortit un trousseau de clés et ouvrit la porte principale de l'arène. Il nous enjoint de sortir en premier et déclara :

"J'ai eu l'occasion de voir incognito ce qu'ils faisaient à ceux qui tentaient de leur résister ou de leur mettre des bâtons dans les roues. Et vous avez survécu plusieurs fois. J'espère pour vous qu'il ne s'agit pas que de chance."

Il ferma à double tour l'arène. Une voiture minuscule passa dans la rue, radio à fond et vitres fermées. Une fois l'éclat des phares disparu au virage le plus proche, le Champion fit :

"Par curiosité, qui avez-vous affronté ? Des rangs particuliers ?"

"Deux sbires la première fois, le lieutenant qui devait être en charge nous a "gracieusement" accordé de ne pas nous combattre. Puis un chasseur de primes."

"Tu devras faire ton choix quand tes pokémons seront menacés."

"Je ne compte pas les laisser me retrouver." précisa mon ami d'une voix déterminée, et je grognai mon assentiment.

"Ils ont largement les moyens de te retrouver s'ils peuvent contrôler la pègre. Ne t'aventure en aucun cas à Illumis. Il est des endroits dont on ne ressort pas."

"Comment vous savez tout ça ?"

Le Champion eut un reniflement de mépris et son regard n'avait pas besoin de mots. James prit quelques secondes pour réfléchir, puis recula d'un pas.

"Vous faites partie de PETRA ?!"

"À ton avis, pourquoi est-ce que les combats de cette arène sont si violents ?" répondit Matthieu Asdan.

Il s'avança vers nous, un sourire effrayant sur le visage.


Et on entre dans la dernière partie de l'histoire, inexorablement ... la fin approche ! Je vous promets qu'elle sera grandiose !

Ah, et mini-concours que je lance comme ça : je dévoilerai à ceux qui réussiront à décrypter le sens des indications du Champion Matthieu Asdan le prochain chapitre une journée avant sa parution ;)

Bon week-end à vous, et bonnes vacances si elles commencent ce soir !