Salut tout le monde
Merci Shitada pour ta correction :)
Bonne lecture (du moins j'espère ...)
Chapitre 2: Je rencontre le Diable - 28 décembre (pov Rishka)
- Aïe! Criais-je alors que je venais encore une fois de me pincer le doigt. Chaise de merde. Journée de merde. Boulot de merde, enchaînais-je dans un murmure rageur.
Je me mis ensuite à fusiller du regard l'escalier qui menait aux appartements de mon patron et d'où provenaient des gémissements et autres bruits explicites. En effet, cela faisait plus de deux heures que ce gros porc et ma salope de collègue (supposée collègue) s'étaient enfermés dans une chambre pour baiser alors qu'on devait réparer ensemble les dégâts causés par la dernière bagarre.
Laissant de côté le dossier Peggy le gros cochon*, aussi appelé Rantanplan* chevauchant Jolly Jumper*, je reporte mon attention sur la chaise devant moi. Celle-ci possédait un gros trou en son centre. J'aurais pu faire une mauvaise blague dans le genre: Voilà ce qui arrivent quand quelqu'un confond sa tête et son cul ; si seulement ce n'est pas la vérité. Pas que l'homme soit réellement con. Quoique. Il fut juste, très fortement, aidé par un de ses compagnons de beuverie. "Fils de pute, t'vas voir si ma môman c'est une pute " et bam un coup de chaise et bam une chaise en plus à rafistoler pour Rishka le bricoleur. Génial. Je jette un énième regard noir à la chaise du diable avant de me remettre au travail.
Je profite de mes quelques minutes de répit avant l'ouverture du bar pour admirer mon travail et fumer une clope. La salle de taille moyenne avait été nettoyée ainsi que les tables, les verres et les toilettes. Cependant, certains lieux restaient irrécupérables comme par exemple les murs marrons anciennement clairs mais devenus foncés à la limite du noir ou encore la couche de gras sur les tables. De plus, je ne pouvais rien contre l'odeur du lieu à cause du papier peint qui l'avait absorbée.
Une des deux tables cassées, trois chaises et un tabouret de bar avait été réparés par mes soins et l'ensemble retrouva sa place originelle: Les bouteilles d'alcools sur leurs étagères fixées au mur derrière le bar. Les verres à pieds suspendus sur leurs rails et les autres biens rangés dans le comptoir. Les éviers et les machines à pression étaient impeccables. Les tables retrouvèrent leurs chaises ou du moins celles qui rendaient l'ensemble le moins ridicule possible. Les coussins en cuir des banquettes furent réparés avec de la colle et du scotch et reprirent leur place sur les dites banquettes.
En une semaine, j'avais fait un chouette boulot. J'étais plutôt fière de moi. C'est sûr que si mon radin de boss m'avait donné le fric nécessaire pour racheter ce qui était été cassé, on aurait pu ouvrir plus rapidement mais non Monsieur me donne trois cacahuètes. D'accord, je suis de mauvaise foi, j'ai quand même pu prendre une table, quelques verres et du papier toilette. C'est que nos Picsous* national perdrait de ses valeurs. Je le plaindrais presque ... si je n'avais pas du tout réparer moi-même. On est bricoleur ou on ne l'est pas. Après cette expérience traumatisante, je peux affirmer que je ne le suis pas comme l'atteste le nombre impressionnant de pansements sur mes mains. Mais, voyons le bon côté: ça me donne un petit air de Michael Jackson.
Le bar avait enfin ouvert et il n'y avait pas un rat, en même temps, avec la bagarre de la semaine dernière ça ne m'étonnais pas. Quoique, je pensais qu'il y aurait eu un petit plus de monde. Je ne vais pas me plaindre, ça me fait moins de travail.
J'en étais là dans mes pensées quand j'entendis le petit ding m'annonçant l'entrée du premier client de la soirée. Un homme se trouvait dans l'encadrement de la porte. Il avait des cheveux mi-longs bruns et bouclés ainsi que des yeux noirs. Son style vestimentaire oscillait entre le gothique et le motard. Une personne banale dans un établissement comme celui où je travaillais. Mais je le reconnu instantanément pour deux raisons. Tout d'abord, ce qui m'avait interpellée la semaine dernière tout comme aujourd'hui c'était l'aura qu'il possédait. Il semblait porter sur ses épaules un fardeau composé de désespoir, de tristesse et de douleur. Il se dégageait de lui un fort sentiment de solitude qui me fit monter les larmes aux yeux. Je n'avais qu'une envie: le prendre dans mes bras, l'écouter me raconter ses problèmes et le consoler comme je le pouvais.
C'est sûrement ce que j'aurai fait la semaine dernière. Mais, aujourd'hui, je voulais juste enfoncer mon poing dans sa sale gueule. Il était présent pendant le combat entre les deux molosses mais n'avait rien fait. Il m'avait regardé galérer et était parti lâchement en m'ignorant royalement. Je fus sorti de mes souvenirs par sa voix grave :
- Un Whisky, s'il vous plaît, demanda-t-il
- Je vous l'apporte dans quelques minutes, répondis-je avec un faux sourire, avant de rectifier en pensées : ou plutôt dans quelques heures, connard.
Bon en attendant, trouvons une occupation. Je commence à regarder autour de moi dans ce but quand je vis : Avis à la populace ! Picsous est sorti de son antre. Va-t-il m'aider ? Roulement de tambours. Eh non, il va aux toilettes. Mesdames et Messieurs, il ressort. Peut-être que cette fois est la bonne ? Il prend une bière et … il retourne dans sa chambre. L'espoir fait vivre Rishka, l'espoir fait vivre. Mais quand même, sa capacité à monter un poney est impressionnante, c'est dire qu'à ce train là, il va traverser les États-Unis à dos d'âne, de Boston à San Francisco.
- Cela fait plus d'un quart d'heure que j'ai commandé un Whisky, m'interrompit une voix transpirant l'agacement.
Je reporte mon attention sur le lâche et dis avec un sourire d'arracheur de dents : « Oh, pardonnez-moi je vous l'apporte tout de suite. J'ai oublié, en même temps avec tout ce monde. » J'illustre mes paroles avec un large geste désignant l'ensemble du bar vide.
Il retourne s'assoir tandis que je me mets à nettoyer le comptoir. Je peux sentir d'ici ses yeux me transpercer de part en part et j'en jubile intérieurement. D'accord c'est mesquin de ma part et oui je me suis montée la tête toute seule en le voyant se lever mais quand même on ne m'ignore pas comme ça.
Ce petit jeu continu encore quelques minutes avant qu'il ne revienne à la charge.
- Mon Whisky, siffla-t-il en s'appuyant sur le comptoir.
Je l'ignore une fois de plus avant qu'il ne me demande :
- Pourquoi vous ne me servez pas ?
- Pourquoi vous ne m'avez pas aidée la dernière fois ? Rétorquai-je en abandonnant mon air de fille écervelée.
Son expression faciale jusque là impassible changea en un savant mélange de surprise, de colère et d'amusement. Ce qui lui donnait malheureusement un air de constipé qui, après un mois de contenance, venait enfin de réussir à chier. Une expression très bizarre qui me faisait m'inquiéter pour Monsieur WC. Un an de nettoyage permet de forger des liens solides.
- Vous ne savez pas qui je suis, dit-il en interrompant une fois de plus mes pensées.
- Qui êtes-vous ? Demandai-je sarcastique.
- Hadès, répondit-il d'un ton très sérieux.
- Oh putain ! Ça devrait être interdit par la loi de donner de tels prénoms. Je comprends mieux votre mauvaise humeur chronique, déclarai-je en riant.
- Comment oses-tu me parler ainsi, mortelle. Je suis Hadès, le dieu de l'Enfers, rugit-il, les sourcils tellement froncés qu'ils formaient à présent une grosse chenille.
- Mais bien sûr et moi je suis Katerishka de Dragoumir la représentante de la constellation de protection des hippopotames, me moquai-je avant d'ajouter sur un ton plus neutre : Je ne sais pas ce que vous avez pris mais vous n'y êtes pas allé mollo.
Je tendis le bras vers mon téléphone dans le but d'appeler un taxi quand je fus prise de frissons et que les battements de mon cœur accélérèrent d'un seul coup. J'avais peur et je ne savais pas pourquoi. Jusqu'à ce que je vis l'éponge avec laquelle je nettoyais le bar, il y a encore quelques minutes : Elle était en feu. Cependant, les flammes n'étaient pas rouges-orangées. Non. Elles étaient aussi noires que la nuit. Mes yeux continuèrent leur chemin et se posèrent sur l'homme à mes côtés. Sa peau à l'origine pâle était désormais d'un blanc cadavérique. Les ombres semblaient danser autour de lui, elles ondulaient doucement et parfois une s'étendait pour lécher la peau du Dieu puis repartait et se remettait à onduler avec les autres. C'était une danse à la fois terrifiante et envoûtante. Mais le pire était sans aucun doute son regard, la sclère de ses yeux était peu à peu envahie par de sombres filaments. Cela me fit penser à une marée noire, quand le pétrole se déversait et détruisait tout sur son passage. Ils étaient remplis de haine, de dégoût mais il me semble, également, qu'il y avait une parcelle de douleur, de souffrance à l'intérieur.
Je ne pus m'empêcher de me demander pourquoi il souffrait.
Cette question fut rempacée par une constatation qui illumina mon esprit avec de gros panneaux "attention" de toutes les couleurs:
'Maman, j'ai rencontré le Diable'
Quand je le vis faire apparaître dans une main de boule de feu noir, je rectifiais ma pensée:
'Maman, je vais me faire tuer par le Diable.'
Bonne semaine et à bientôt, j'espère ...
