Je m'excuse pour le retard. J'étais absente et n'ai pas eu accès à mon ordinateur durant la semaine passée. J'espère cependant que ce chapitre vous plaira. Merci à ceux qui prendront la peine de le lire.
Je répondrai ici à une question qui m'a été posée deux fois : mon histoire comportera une dizaine de chapitres. J'ai écrit un plan avec toutes les grandes étapes de l'histoire. Je sais donc où je vais et je connais la fin de cette histoire.
Enfin, je remercie encore tous ceux qui ont pris la peine de laisser des commentaires ou qui ont ajouté cette fanfiction dans leurs favoris/alertes. Peu de lecteurs prennent la peine de laisser leur avis, donc je remercie de tout mon cœur ceux qui prennent quelques minutes de leur temps pour encourager les auteurs de ce site.
Bonne lecture !
Sixième chapitre
Le monde semblait s'être arrêté de tourner. Les voix qui l'entouraient venaient de loin et résonnaient étrangement à ses oreilles qui sifflaient. Il avait l'impression d'être coupé du reste de l'univers. La voix de Beth vrillait son crâne, imprimant profondément les mots qu'il craignait le plus d'entendre.
« Jack a disparu. Je l'ai laissé quelques secondes devant l'immeuble pour prendre le courrier. Il n'était plus là quand j'ai de nouveau regardé dans la rue. J'ai vu une camionnette démarrer en trombe... »
Les sanglots de sa compagne entrecoupaient l'annonce effroyable. Il s'était immédiatement effondré sur le sol, écrasé et submergé par la douleur, l'incompréhension et la colère.
Comment Beth avait-elle pu laisser Jack sans surveillance ? Pourquoi s'était-il retrouvé seul dans la rue ? Pourquoi ne l'avait-elle pas protégé ?
Sa colère envers elle était injuste et irrationnelle. Il savait pertinemment qu'elle n'avait pas voulu qu'un tel drame arrive. Il savait également que le tueur avait tout prévu et qu'elle n'aurait eu aucune chance face à leur unsub si elle s'était interposée.
Mais il était tellement plus facile de blâmer un autre, plutôt que de se blâmer soi-même.
Il s'agissait d'un cauchemar. Il devait se réveiller et arrêter cette mauvaise blague. Hotchner observa ses mains posées sur le sol frais du commissariat, les yeux écarquillés par l'horreur. Il tremblait violemment et sa respiration était sifflante. Une douleur lancinante lui écrasait la cage thoracique. Son cœur battait trop vite. Il avait envie de vomir.
Pourquoi le sort s'acharnait-il de la sorte sur lui ?
L'image d'Haley dans une mare de sang dansa un instant devant ses yeux. Il vit de nouveau ses cheveux englués dans le liquide pourpre, son corps encore tiède pressé contre sa poitrine et ses bras ballants qui ne répondaient plus à son étreinte.
Allait-il de nouveau être impuissant face à la mort ?
Il ne pouvait concevoir de tenir dans ses bras le corps inerte de son fils. Il était sa chair, son sang et l'unique lueur d'espoir de sa vie. Il savait qu'il devait trouver la force de se relever et de se battre contre le tueur qui avait ravi son enfant.
Il devait retrouver Jack avant que le pire n'arrive.
Lentement, il s'appuya sur ses mains et se releva, sous le regard inquiet de ses collègues. Son visage était violacé et une veine battait furieusement sur sa tempe. Il tenta de calmer sa respiration erratique et ajusta les manches de son veston sur ses poignets, sans dire un mot. Il leva enfin ses yeux sombres vers l'assemblée, puis tourna les talons pour rejoindre la salle qui leur était dédiée.
Il entendit vaguement ses collègues lui emboîter le pas, mais ne se retourna pas. Il traversa rapidement le couloir, ignorant les regards curieux et inquisiteurs qui se posaient sur lui. Les visages, les portes, les lampes défilaient à toute vitesse. Mais il ne les voyait pas. Il poussa la porte menant à leur salle de travail et se dirigea d'un pas rapide vers la table en bois. Il tira à lui une chaise et se laissa lourdement tomber dessus. Il inspira profondément, malgré la douleur qui opprimait son torse, puis relâcha son souffle.
Ses dents étaient serrées et tous ses muscles bandés. Il se sentait proche de la rupture. Il eut un léger vertige et posa son bras sur la table pour ne pas de nouveau s'écrouler. Il devait se contrôler, reprendre en mains l'univers autour de lui. Il leva lentement les yeux vers ses collègues qui se tenaient dans l'embrasure de la porte. Le visage de Rossi trahissait son horreur. Reid était plus pâle que d'habitude et se balançait nerveusement sur ses longues jambes. Morgan affichait une mine sombre et fermée. JJ se mordait la lèvre, les yeux écarquillés par l'inquiétude.
-Prévenez Will et mettez Henry sous protection. Il pourrait être une cible potentielle de notre tueur, même si son âge ne correspond pas à son mode opératoire, articula Hotchner comme un automate.
Il resta un instant interdit, surpris d'entendre le timbre de sa propre voix. Les bruits environnants commençaient de nouveau à le frapper violemment. Les sonneries de téléphone, la soufflerie de l'ordinateur posé sur un coin de la table, le vent contre les volets. L'étourdissement cotonneux et désagréable semblait doucement se dissiper.
-Je vais appeler Will, acquiesça vivement Jennifer avant de tourner les talons avec empressement.
Le silence s'abattit dans la pièce. Lentement, ses collègues entrèrent et prirent place à table. De longues secondes s'écoulèrent. Il sentait leurs yeux posés sur lui. Il percevait parfaitement leur inquiétude et leur tristesse.
-Te sens-tu capable de continuer à travailler sur cette enquête ? demanda enfin Rossi.
Hotch fronça les sourcils et lui lança un regard empli de colère.
-Je ne peux pas laisser tomber Jack. Je dois le retrouver. Je saurais me contrôler et mener à bien cette affaire, rétorqua-t-il sur un ton sec.
Cependant, il savait que dans quelques minutes, Cruz appellerait à son tour et exigerait qu'il se retire de l'enquête. Mais il ne pouvait pas laisser le sort de son fils entre les mains d'autres personnes. C'était à lui de prouver qu'il était capable de protéger sa famille. Il ne pouvait faillir, cette fois. Il ne pouvait pas laisser Jack sous l'emprise de ce tueur. Le visage souriant de son fils flotta un instant dans son esprit ankylosé par la colère, l'incompréhension et la peur.
-Nous devons réfléchir à ce qu'implique cet enlèvement, commença doucement Morgan.
Un coup discret sur la porte l'interrompit aussitôt. La porte s'ouvrit timidement sur Spitser. Le visage du chef de la police était marqué par la fatigue et l'inquiétude. Ses yeux étaient fuyants et tristes.
-Je suis désolé de vous déranger… Et je suis profondément navré de ce qui vient d'arriver à votre fils… Mais une lettre vient d'arriver. Elle vous est destinée, expliqua sombrement l'homme en tendant une petite enveloppe au chef d'équipe.
Hotch ne put esquisser le moindre geste. Il sentait que ses jambes étaient trop cotonneuses et tremblantes pour supporter son poids. Sa gorge était sèche et sa respiration bruyante. Ses bras étaient aussi lourds que du plomb. Il ne pouvait attraper cette enveloppe qui allait rendre l'enlèvement de son fils si réel. Après lui avoir lancé un regard compatissant, Rossi se leva et prit la lettre.
-Nous allons également lancer une Alerte Amber pour votre fils, continua Spitser.
Il se racla la gorge puis se tordit les mains, visiblement gêné. Il se tourna vers Rossi, mal à l'aise.
-La presse attend toujours devant le poste… L'information a déjà filtré… Ils savent que le fils d'un agent du FBI est porté disparu. Ils attendent avec impatience la conférence de presse qui aurait déjà dû commencer, poursuivit-il d'une voix basse et hésitante.
Hotch ferma les yeux et massa ses tempes qui devenaient douloureuses. Tout s'enchaînait. Il avait l'impression d'être le spectateur d'une pièce macabre qui se jouait sans lui et malgré lui. L'image de Jack ne cessait de le hanter. Où était-il ? Respirait-il encore ? Souffrait-il ? Il devait être terrifié. Même si la mort brutale d'Haley avait endurci son fils, il restait si jeune et si fragile. Et pendant que son fils affrontait la mort, lui, chef d'équipe, devait s'attarder sur des détails insignifiants… Il devait nourrir les vautours qui tournaient autour du poste de police, leur exhiber sa souffrance pour satisfaire leur désir malsain de sensationnel.
-Nous enverrons quelqu'un discuter avec la presse dans une petite heure, répondit calmement Rossi en décachetant l'enveloppe.
Spitser acquiesça sobrement, puis observa l'agent sortir la lettre.
-Elle a été postée durant la nuit, indiqua-t-il d'un signe de tête.
-De nouveau, il avait tout prévu. L'enlèvement de Jack avait été planifié, murmura Morgan en lançant un regard inquiet à Hotch qui gardait les yeux fermés.
Le silence s'abattit de nouveau sur la pièce. Tous les regards se tournèrent vers Rossi qui découvrait la lettre du tueur.
-« Cher Aaron Hotchner, vous pouviez choisir entre votre fils et votre travail. Votre choix s'est porté sur ce travail que vous chérissez tant. Vous avez été absent pour votre fils au moment où il avait le plus besoin de vous. Pourrez-vous rattraper cette erreur ? Pourrez-vous désormais faire les bons choix ? », lut lentement Rossi.
Hotch se mit à trembler. Les accusations du tueur le glaçaient profondément. Bien entendu, il avait toujours fait passer son travail avant sa famille. Il se disait que les victimes avaient plus besoin de lui que ses proches. S'il ne se consacrait pas à rendre ce monde plus juste et moins dangereux, qui le ferait ? Qui se sacrifierait pour arrêter ces criminels ? Son travail avait pour but d'assainir le monde. Il espérait ainsi éviter à son fils d'être confronté à ces hommes pervertis. Et pourtant, son travail avait jeté son propre sang dans les mains d'un tueur. Son dévouement et ses sacrifices n'avaient mené qu'à la mort d'Haley et à l'enlèvement de Jack.
Il eut un vertige et sentit son estomac se retourner. Le cœur au bord des lèvres, il serra les poings et baissa la tête. Une douleur horrible se diffusait dans sa poitrine et remontait jusqu'au sommet de son crâne. Les battements rapides de son cœur pulsaient cette souffrance dans tout son corps. Sa respiration était de nouveau bruyante et erratique. Il n'arrivait pas à parler, ni même à reprendre son souffle.
La douleur était trop grande.
-Vous devriez peut-être vous allonger un instant, proposa Reid tout en lançant un regard inquiet à ses collègues.
-Non. Nous ne devons plus perdre de temps, rétorqua sèchement Hotch dans un souffle.
Sa voix était rauque, mais ferme. Il ouvrit les yeux et lança un regard franc et déterminé à ses collègues. La douleur qui palpitait sous sa peau l'électrisait. Un mélange de rage, de désespoir et de tristesse animait son visage cerné.
-Vous êtes sûr que…, commença Morgan.
-Assez. Mettons-nous au travail, le coupa vivement Hotch.
Ses collègues se regardèrent un instant, visiblement indécis. Aaron se savait instable et peu objectif. Il connaissait ses amis et comprenait parfaitement leurs doutes. Cependant, il ne pouvait lâcher cette affaire. Et toute son équipe le savait.
-Je pense que le profil géographique que j'ai déterminé n'est plus correct, commença timidement Reid.
-Le but de l'unsub était de nous éloigner de Quantico et de nos foyers. Il a choisi cette ville pour pouvoir plus facilement enlever Jack, poursuivit Morgan.
-S'il a voulu éloigner Hotch, c'est qu'il ne pensait sans doute pas pouvoir enlever Jack en sa présence. Il ne doit pas être sûr de sa force physique. Avec Beth, il avait forcément l'avantage, exposa pensivement Rossi.
-Dale City signifie peut-être quelque chose pour lui. Il semble tout de même bien connaître la ville. Et puis, elle n'est pas très éloignée du domicile d'Hotch. C'est aussi un choix stratégique : il pouvait facilement agir ici, puis repartir du côté de Quantico pour kidnapper Jack. Il a sans doute préparé tout cela pendant des semaines, voire des mois, ajouta Derek.
-Nous devons élargir le profil géographique et prendre en compte un périmètre bien plus large, acquiesça Reid.
Le jeune homme pâle se leva aussitôt et se posta devant le tableau couvert de photos des victimes. Une immense carte de la région était affichée. Les lèvres du docteur se mirent à former des mots insaisissables. Ses longs doigts s'agitèrent en l'air, sur le tempo de ses calculs mentaux. Il attrapa un marqueur, puis gratta pensivement le bandage qui couvrait son cou, tout en fixant intensément la carte.
Spitser le regarda faire avec une moue dubitative puis, entendant des bruits de pas dans le couloir, s'effaça de l'embrasure de la porte pour laisser passer JJ. La jeune femme tenait encore son portable dans les mains, mais semblait assez rassurée.
-Des policiers viennent d'être postés devant la maison. Henry va bien. Il est ravi de pouvoir rater l'école, dit-elle avec un faible sourire.
Puis, voyant le regard sombre d'Hotch et les mines décomposées de ses collègues, elle effaça aussitôt ce vague sourire et prit place à table. Aaron ne pouvait cependant pas lui reprocher son soulagement : il aurait également tout donné pour que Jack soit en sécurité. Avant qu'il n'ait pu répondre, son téléphone se mit à vibrer dans sa poche. L'angoisse le saisit brutalement. La douleur devint plus vive, presque aveuglante.
Il craignait le moindre appel.
En tremblant, il sortit son téléphone de sa poche et vit le nom de Matt Cruz apparaître. Avalant avec difficulté sa salive, il décrocha et porta l'appareil à son oreille.
-Bonjour agent Hotchner. Je viens d'apprendre la nouvelle. Je suis vraiment désolé pour votre fils, commença le chef du département.
Aaron resta silencieux, attendant la suite.
-Tout le département s'inquiète de votre état et de votre capacité à gérer cette enquête, poursuivit Cruz sur un ton sombre.
Hotch ferma les yeux et laissa ses doigts glisser sur ses paupières closes. Il savait pertinemment ce que son patron allait lui annoncer. Il ne pouvait pas l'accepter : avec ou sans son approbation, il chercherait son fils.
-Cependant, je pense que les membres du département ne sont pas à votre place et ne peuvent pas juger de votre état. J'ai décidé de prendre la responsabilité de vos actes sur cette enquête afin que vous puissiez gérer vous-même cette affaire et retrouver votre fils, continua-t-il.
-Vous… Vous me laissez à la tête de cette enquête ? balbutia Hotch, profondément surpris.
-Au moindre incident, vous serez bien entendu directement écarté. Je suis le garant de vos actes. Veillez donc à retrouver rapidement votre fils. Si vous avez besoin d'agents supplémentaires ou de quoi que ce soit, je reste à votre disposition, conclut Cruz.
-Je ne sais comment vous remercier, monsieur, murmura Hotch.
-Retrouver votre fils sera amplement suffisant. Courage, répondit Cruz avant de raccrocher.
Le chef d'équipe resta un instant interdit. Il releva lentement la tête vers ses collègues qui le dévisageaient. Seul Reid restait absorbé par sa tâche et traçait des cercles rouges sur la carte qui lui faisait face.
- Cruz nous laisse cette enquête. Mettons-nous au travail, ordonna-t-il en affichant une mine déterminée.
Il se tourna vers Morgan et JJ :
-Vous irez interroger Beth afin de récolter le plus d'informations possibles sur notre homme.
Il se sentait incapable d'être confronté à elle pour l'instant. Une colère déraisonnable le rongeait. Il en voulait à sa compagne. Il savait que c'était injuste. Il savait qu'elle n'en pouvait rien… Mais une effervescence irrationnelle montait en lui lorsqu'il pensait à Beth. Elle n'aurait pas dû détourner les yeux un seul instant de son fils. Elle aurait dû le protéger. En la voyant, il risquait d'éclater et de rompre sous le poids des flammes qui le dévoraient. Détruire la maîtrise fragile qu'il avait de lui-même pouvait lui faire perdre définitivement cette enquête. Il ne pouvait pas se permettre d'être submergé par ses émotions.
-Rossi, je veux que tu gères la conférence de presse. Tu présenteras une photo de Jack et partageras le profil de notre homme aux journalistes, poursuivit-il calmement.
La sonnerie du téléphone posé sur la large table en bois coupa court à ses ordres. Machinalement, il décrocha et mit le haut-parleur.
-Oh mon Dieu ! Monsieur ! Je viens de voir l'Alerte Amber… Je… Non ! C'est impossible ! Pauvre chou ! Qu'est-ce que ce monstre va lui faire ?! éclata soudainement la voix de Garcia, partagée entre les larmes et la panique.
Hotch sentit son cœur se serrer. La question de Garcia le révulsait au plus profond de lui-même. Il revoyait avec précision les larges plaies béantes des autres victimes. Un frisson d'horreur parcourut tous ses membres.
-Nous devons garder notre calme et essayer de trouver au plus vite l'identité de l'unsub, répondit Hotch sur un ton impassible, malgré les sentiments violents qui l'étreignaient.
-Tu as trouvé quelque chose ? s'enquit aussitôt JJ.
-Malheureusement non… J'aimerais tellement vous aider… Mais mes recherches ne donnent rien… J'ai entrecoupé tous les éléments du profil et j'ai farfouillé dans nos anciennes affaires. Rien, nada, nothing. Je n'y arrive pas. Je suis tellement désolée, soupira-t-elle en reniflant bruyamment.
-Baby girl, nous savons que tu fais ce que tu peux. Le profil géographique a été fortement perturbé depuis que nous savons que la cible est Hotch. Reid t'enverra bientôt une correction. Peut-être qu'avec un profil plus affiné, tu auras plus de résultats, répondit Morgan d'une voix douce.
-J'espère vraiment que je pourrai vous aider à ramener ce petit ange à la maison, gémit l'informaticienne au bord des larmes.
-On te rappellera dès qu'il y aura du nouveau, répondit JJ.
-Je vous envoie tout mon courage et toutes mes ondes positives, Hotch. Je vais allumer plein de bougies pour Jack, conclut l'informaticienne avant de raccrocher.
Hotch soupira et joignit ses mains. Il ferma un instant les yeux. Il allait effectivement avoir besoin de courage pour la suite des événements. Il savait que l'unsub voulait le faire souffrir et jouer avec lui pour une sombre raison. Combien de temps le tueur garderait-t-il Jack en vie avant de se lasser de ce funeste jeu ?
Et qu'allait-il lui faire en attendant ?
La pièce était petite et sombre. Une vieille ampoule dénudée pendait tristement du plafond bas et sale. De larges zébrures striaient les murs défraîchis. Dans les coins jaunis, quelques moisissures noires dessinaient d'étranges formes. Jack ne put s'empêcher de penser que l'une d'elle ressemblait fortement à une girafe. Certes, une girafe toute noire et un peu de travers. Mais une girafe quand même.
L'enfant recroqueville dans un coin de la minuscule pièce fixait les tâches sombres depuis quelques minutes, essayant de trouver d'autres animaux parmi elles. La peur serrait son estomac et lui donnait une étrange impression. Il avait presque envie de vomir.
Mais il ne voulait pas faire de bruit, de peur que l'homme ne revienne.
Il renifla un peu et regarda le sol. Il était assis sur un matelas assez vieux et maculé d'éclaboussures jaunâtres. Le matelas dégoûtant prenait tout l'espace de la pièce. Peut-être n'était-ce qu'un cagibi, après tout.
L'enfant se tordit nerveusement les doigts et laissa son regard parcourir l'espace réduit dans lequel il se trouvait. Une porte fermée se trouvait en face de lui. Il avait entendu la clé de l'homme dans le verrou lorsqu'il était parti. Il savait qu'il était enfermé et qu'il ne pouvait pas quitter ces lieux.
Un tremblement secoua le petit corps.
Jack serra plus fort ses jambes contre son torse et se mordit la lèvre pour ne pas éclater en sanglots. L'homme allait l'entendre. Il risquait de revenir. Il risquait de le tuer. Il ne voulait pas mourir comme sa maman. Il devait être fort et courageux. Pourtant, il avait tellement peur.
Il se souvenait parfaitement de ce matin. Beth était partie chercher le courrier et l'avait laissé à côté de la voiture. Elle portait un long manteau brun et des hauts-talons noirs. Elle ne s'était éloignée de lui que quelques secondes, lorsqu'une main s'était abattue sur sa bouche. Il avait été incapable de crier ou de se débattre. Une odeur désagréable et piquante l'avait pris à la gorge et au nez. La main plaquait violemment un mouchoir humide contre son visage. Il avait regardé avec intensité la silhouette de Beth. Elle lui tournait le dos. Elle détaillait le tas de journaux et de lettres qu'elle avait ramassé. Il avait agité ses bras et avait gémi de toutes ses forces dans l'espoir d'attirer son attention. Des larmes de désespoir et de terreur avaient glissé sur ses joues. L'odeur du mouchoir était tellement forte. Elle lui avait donné de violents vertiges. Impuissant, il avait senti ses jambes plier sous lui et ses yeux se fermer pendant que l'inconnu l'entraînait avec lui. L'immeuble et Beth avaient basculé dans le noir.
Puis il s'était réveillé ici, dans la petite pièce froide et humide. Il ne savait pas combien de temps il avait dormi. Au début, il était tout engourdi et légèrement nauséeux. Il n'avait pas réussi tout de suite à se lever, ni à bouger. Ses bras et ses jambes ne lui obéissaient plus. Il avait alors vu l'ombre de l'homme dans l'embrasure de la porte. L'homme lui avait dit qu'il devait rester calme et que tout se passerait bien. Mais Jack savait qu'il mentait. L'homme avait l'air beaucoup trop triste. Il ne disait ça que pour le rassurer.
Il n'était pas stupide. Il était grand, désormais. Il connaissait le danger et la mort.
Ensuite, l'homme était sorti et avait fermé la porte à clé. Le bruit de ses pas avait résonné fort. Puis le silence était tombé. Jack ne savait pas où l'homme se trouvait, s'il était proche ou loin. Il ne savait pas ce qu'il y avait de l'autre côté de la porte.
Il était perdu.
Mais son papa allait arrêter ce méchant. Son papa allait le sauver comme il sauvait tous les autres. Car son papa était un héros. Jack s'accrochait désespérément à cette idée, seul dans cette pièce trop petite et trop silencieuse. L'enfant passa sa petite main sur son nez qui coulait, puis jeta un coup d'œil au matelas miteux. Un large bol était posé à côté de lui. Il était rempli de chocolats et de bonbons.
Son ventre gargouilla un peu, lui rappelant qu'il n'avait pas pris de petit-déjeuner. Pour lui faire plaisir, Beth lui avait promis qu'ils prendraient des pains au chocolat et du cacao sur le chemin de l'école. Il aimait bien Beth. Elle était vraiment gentille avec lui. Il avait tellement envie qu'elle soit là, près de lui, en ce moment. Il avait besoin de ses bras autour de lui. Il avait froid.
Il frissonna, puis reporta son attention sur les chocolats et les bonbons. Il déplia lentement son corps et se mit à quatre pattes. Il regarda avec avidité le bol de sucreries. Il tendit la main, puis se ravisa aussitôt et recula un peu. Il resta un instant indécis, partagé entre la peur et la faim. Finalement, il se rassit et lança un regard méfiant au bol.
Les bonbons étaient peut-être empoisonnés.
Il se mordit la lèvre et ramena de nouveau ses genoux contre sa poitrine. Il ignora les protestations de son estomac et observa de nouveau le moisi en forme de girafe. Ses grands yeux bruns fixèrent avec détermination cette silhouette noire.
Il attendrait ici, sans bouger. Son papa allait forcément venir le sauver.
A suivre.
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Je m'excuse s'il reste encore quelques fautes. Je relis toujours toute seule mes textes et loupe souvent quelques coquilles.
N'hésitez pas à me laisser votre avis. N'oubliez pas que derrière chaque fanfiction se cache un auteur qui espère avoir quelques retours sur ce qu'il écrit. Recevoir un commentaire (positif ou négatif) est toujours encourageant et permet aux auteurs de s'améliorer.
Bref, n'hésitez pas à laisser des reviews sur les fanfictions que vous lisez !
