2.
- Tu vas me faire le plaisir de rompre la connexion, et plus vite que ça ! rugit Alguérande qui devait se retenir pour ne pas secouer d'importance son rejeton aux boucles de miel.
- Je ne l'ai pas vraiment fait exprès, se défendit Alveyron. C'était comme si mon cœur s'était mis à battre au même rythme que le tien… Ensuite, je ne me souviens plus de rien. Où est-on, papa ?
- Aucune idée. Pour y avoir été, Anténor saurait si nous sommes au Jardin des Elites. En tout cas, cela correspond à la description qu'il en a faite !
- Léllanya est là, alors ? s'enquit l'adolescent en regardant autour de lui.
- Oui, ça fait un moment qu'elle ne s'est plus manifestée. Et son aide ne serait pas superflue en ces circonstances. On aurait bien besoin d'un sérieux dopant pour repartir du bon pied !
Alguérande passa la main dans la crinière de l'aîné de ses enfants.
- Tu te libères de moi, compris ?
- Mais je suis sûr que je peux t'aider ! protesta le jeune garçon. Je l'ai déjà fait !
- Ces épreuves sont déjà bien assez pénibles pour moi. Je refuse que tu t'y colles ! ragea Alguérande en lui saisissant l'épaule.
- Maman est rentrée, sourit l'adolescent. Et grand-père va venir te rejoindre !
- Tu vois, Alveyron, j'ai tout ce qu'il me faut avec ton grand-père qui rentre dans la danse !
- Alveyron peut rester ici un moment, intervint Léllanya en apparaissant. Il va se refaire une santé. Je vais aller auprès des vôtres, les rassurer sur son prochain retour. Quant à toi, tu as toujours une Mouche dont tu dois te débarrasser une bonne fois pour toutes !
- Comme si je l'ignorais. Vu l'état dans lequel elle m'a mis ! aboya le jeune homme. Je ne pourrais pas rester moi aussi un peu ici, le temps de me requinquer ?
- Non. Le Jardin des Elites ne peut rien pour toi, Algie, fit Léllanya.
- Je ne m'en sortirai pas seul, murmura-t-il en s'éloignant de quelques pas pour qu'Alveyron ne l'entende pas. L'infection et les hémorragies me minent de l'intérieur. Je ne vais plus tenir le coup encore bien longtemps !
- Oui, c'est une évidence… J'aurais revenir plus tôt vers toi, mais en tant qu'Elite, j'ai de nombreux petits protégés désormais. Et j'ai à prendre soin d'eux tous !
- Nous n'avons pas à te monopoliser. Peux-tu m'aider ? pria encore Alguérande, fébrile.
- Il te faut un autre lieu, sécurisé, apaisant, où même une déesse ne pourra pas t'atteindre, le temps que tu retrouves ta hargne.
- Ça existe ? soupira le jeune homme. Il y a encore seulement quelques années, j'aurais sans hésitation désigné Heiligenstadt comme ce lieu. Mais mes récents ennemis dépassent toute imagination !
- Tu y as déjà séjourné, en paix absolue avec les souvenirs douloureux effacés, poursuivit Léllanya.
- Mais sources de souffrances ou de bonheurs, les souvenirs sont précieux, ils n'ont pas à être oubliés. L'Oasis !
- Oui, le Sanctuaire de Truffy, où Khefdan le Nomade t'attend déjà. Et Lumélyance, bien que faiblissante, demeure la Conscience des Univers. Tu y seras bien. Khefdan prendra soin de toi. L'Eau Sacrée de l'Oasis va te purifier. Avant que ton père ne t'ait rejoint, tu auras récupéré et tu seras prêt pour affronter Shernolpe.
- Et je ne sais toujours pas comment retirer ses deux meilleures armes à cette Renégate de Mulgrauth : son cuirassé végétal et sa mère !
- Une chose à la fois. Tout se met enfin en place, ne gâche pas tout par trop de précipitation.
- Précipitation ? J'ai plutôt l'impression de galérer depuis les premières passes d'armes avec cette Mouche…
- Fais-moi, confiance, Alguérande.
Le jeune homme soupira.
- Je te laisse Alveyron. Comment je retourne à l'Oasis ?
- Truffy va t'y emmener.
Alguérande sourit au chat qui reprit sa forme initiale de lion.
- A bientôt, papa ! fit Alveyron en agitant la main.
- Ne prends que soin de toi, mon grand garçon, pria tendrement ce dernier. C'est tout ce que tu as à faire, et c'est ce qu'il existe de plus important à mes yeux !
- Promis, papa !
Rassuré, Alguérande enfourcha le grand lion qui disparut, l'emmenant.
Léllanya prit Alveyron par la main.
- Je vais te faire visiter les lieux !
