5.

Dans l'intimité de l'appartement, Albator avait longuement étreint son rejeton cadet à la chevelure fauve.

- Dis donc, on dirait que tu as eu vraiment peur pour moi, toi, remarqua Alguérande du ton le plus léger possible pour dissimuler sa propre émotion.

- Oui, comme à chaque fois. J'ai cependant vraiment l'impression que ça empire… Bien que là, ce fut sur la longueur de temps que tu as mis à te remettre que tu m'as inquiété !

- Léllanya vous a dit, pour Alveyron ?

- Le petit est déjà en train de galoper dans le parc ! Ta mère et moi le gardons encore pour le week-end, ensuite il retournera à son Pensionnat. Et toi, tu as eu les messages de Madaryne ?

- Oui, nous avons longuement discuté en vidéoconférence. Elle a été très courageuse dans son épreuve. J'aurais tant voulu être autre chose qu'un boulet…

- Mady a vraiment cru à l'odieux chantage de Tarkensaff te menaçant. Sinon elle se serait battue bec et ongles ! Elle a tellement craint que tu ne doutes d'elle…

- Tarkensaff savait qu'en faisant disparaître Mulgastyr, cela renforcerait la thèse de sa fuite avec elle, grommela le jeune homme, sombre. Et s'il n'y avait eu tes certitudes, il est possible que cela aurait marché…

- Non, jamais ! aboya alors Albator. Mady et toi ne faites qu'un. Avec les idées claires, tu aurais eu le même raisonnement que moi. C'est bien pour cela que Tarkensaff a tenté de brider tes souvenirs de l'accident.

- Je suppose… soupira Alguérande.

- Même si tu peux concevoir des appréhensions quant à tes éventuelles failles, sache que nous croyons en toi, en tout, assura encore son père. Nous avons toujours été là pour nous soutenir les uns les autres et ça ne s'arrêtera jamais.

- Merci, papa.


Se tenant dans le salon voisin en compagnie d'Anténor, Warius avait vu les sentiments se refléter sur le visage de ce dernier.

- Oui, c'est ainsi, Antie : une fois que les vannes se sont déverrouillées, l'amour déferle à flots !

- Antie ? Vous n'allez vous y mettre, vous aussi ? !

- Je m'étais pourtant laissé dire que c'était votre surnom, rétorqua Warius, amusé.

- On ne m'a pas demandé mon avis ! protesta encore l'intéressé.

- De l'espoir dans les combats à venir ? interrogea Warius, redevenant sérieux.

- D'après Alguérande, oui. Mais je ne sais toujours pas s'il a eu de véritables révélations ou s'il s'agit d'hallucinations. L'Indomptable et le Mégalodon se dirigeaient déjà vers les Entrepôts Tumérogh quand il a émergé.

- Heu, vous êtes au courant que là, vous n'êtes plus sur cette route galactique ? releva Warius, légèrement interloqué.

- Alguérande veut son tour d'entrevue avec Mogoth. J'espère juste qu'il aura plus de chance que moi !

- De ce point de vue là, il sait ce qu'il fait, la plupart du temps. Après tout, cette Mogoth n'a rien montré d'amical envers vous, Anténor ! ?

- Je n'ai pas de chromosome doré, je ne peux être réellement utile….

- Pas plus que moi, qui n'ai pas d'ailes en sus. Mais chaque fois que je le pouvais j'étais auprès de mes amis.

- Nous avons Radjanga, peut-être fera-t-elle la différence.

- Radjanga ?

- Moi ! lança la jeune femme en s'avançant.

- Et vous êtes… ? insista Warius.

- Une araignée qui refuse de se faire chevaucher par un chaud lapin !


Parce qu'il était déjà venu, Anténor avait devancé son cadet de quelques secondes au Sanctuaire de Mogoth.

- Si elle ne t'aide pas, je la découpe en rondelles, cette Chenille !

- Il faut t'habituer, c'est toujours ainsi que ça marche : un souci, un nouvel ennemi, un autre Sanctuaire et une soluce encore jamais testée ! Alors, elle est où Mogoth ? Ce n'est pas très grand ici finalement, on aurait dû tomber dessus direct !

- Je pensais aussi que ce serait le cas grâce à ton chromosome doré, grinça Anténor.

- Je n'aime pas ça, marmonna Alguérande, sur la défensive.

Et les deux frères ressentirent la même appréhension à la vue – vision un peu trop familière ces derniers temps – de la Gardienne du Sanctuaire allongée sur le dos, sans vie.