8.
Syrance jeta un regard noir au cocon qui entourait sa Mouche de mère.
- C'était bien le moment de t'enfermer là-dedans ! rugit-elle. Je ne sais pas en quoi tu as l'intention de te transformer. Ton apparence actuelle me convenait parfaitement, c'est celle que j'ai vue quand j'ai éclot de mon œuf avant qu'à l'adolescence tu m'autorises à prendre l'apparence dont j'avais envie et je suis devenue Humaine ! Je ne perçois plus aucune de tes pensées, tu m'avais pourtant dit que les plus proches le pouvaient, dans d'autres Sanctuaires ! Mais tu es une déesse, tu es un des piliers de l'Unyversium, tu aurais dû rester en contact avec moi ! Je n'ai jamais eu autant besoin de toi !
Erhon, la nouvelle Mécanoïde seconde de la Renégate, s'approcha d'elle.
- Je sais que le Sanctuaire de la déesse Mouche nous suit, mais c'est sur la Mandragore que nous avons besoin de toi, capitaine !
Syrance passa ses longs ongles manucurés dans ses mèches blanches.
- Ils arrivent, enfin ? Pas trop tôt !
- En parfaite formation. Comme au tir à pipes, prêts à se faire dégommer les uns après les autres !
- Soit ils n'ont rien appris de l'expérience passée, soit ils ont un plan en tête… gronda la Renégate. Quelle chance peuvent-ils espérer avoir contre mon cuirassé qui se régénère ?
- Et si le jeune Waldenheim avait trouvé un moyen de… ? hasarda Erhon.
- Possible. Il est plein d'imagination et surtout il a beaucoup trop d'alliés de mon monde ! siffla encore Syrance en martelant le sol de ses hauts talons. Mais ma mère est une déesse, elle ne peut être vaincue… Et puis, elle n'est pas seule ! Quant à ces cuirassés, je vais me les faire, qu'ils disparaissent de ma vie une bonne fois pour toute ! Ce sera un excellent message à faire passer à Joal Hurmonde ! Et après cela, j'aurai peut-être enfin la paix ? ! Etat d'Alerte maximale, Erhon, nous allons avoir un beau combat !
Et Syrance se frotta les mains de plaisir anticipé avant d'enfiler ses mitaines ivoire.
Alguérande, Anténor, Warius et Norys s'étaient retrouvés dans l'appartement du château arrière de l'Arcadia.
- Si je dois en croire le plus taré de mes enfants, nous sommes à quelques heures du pire combat, résuma sans surprise Albator, agité comme il ne l'avait jamais été, faisant les cent pas sous le regard inquiet de Clio.
- Et qu'as-tu en tête ? jeta Warius, bras croisés. Tu vas nous laisser une ultime possibilité de nous débiner sans déshonneur ? Tu nous connais bien mal, vieux Pirate ! Bien que là, je ne parle pas au nom du jeune capitaine Kholm. Il a son mot à dire, il peut s'exprimer.
Norys sursauta légèrement, scruta les visages sérieux de ses interlocuteurs.
- Je suis un Militaire, tout comme vous colonel Zéro, comme vous l'avez été, capitaine Albator. J'ai mes ordres et j'irai au bout de mon serment. Tout comme il coule de source que la mort peut être au terme du chemin, à chaque fois.
- Et nous, nous sommes tous présents de notre volonté ! intervint Anténor. Ces ordres ne sont pas vraiment votre cœur, capitaine Kholm. Voilà pourquoi vous avez le choix de votre propre intention.
- Je ne bougerai pas d'ici ! jeta Norys.
- Mon père et Warius parlent d'or, insista Alguérande en buvant son eau pétillante pleine de glace pilée. Réfléchis, Norys. Je n'ai pas menti dans le rapport que j'ai t'ai prié de faire à notre général, je n'ai aucune idée de la façon dont tout va se terminer ! Et, sans te vexer, tu es le plus inexpérimenté en affrontement surnaturel et le plus faible du point de vue de l'armement vu que tu viens de te colleter à des hordes de détrousseurs avant de nous rejoindre.
- Je ne m'offusquerai pas, sourit le jeune capitaine du Splendide. Et je suis ici bien plus que pour mes ordres ! J'ai mes raisons personnelles pour appuyer le combat à venir du colonel Waldenheim !
- Lesquelles ? sursautèrent Albator, Anténor et Warius.
- Personnelles ! insista Norys en saluant parfaitement avant de se retirer.
Et le trio ainsi délaissé porta son regard vers Alguérande !
- Algie ? glapit le grand Pirate balafré. De quoi parle-t-il ? Kholm a toujours été amoureux de toi, mais aurait-il soudain un espoir ? Non, pas après la dernière épreuve qu'a traversée Madaryne !
- Je ne suis pas amoureux de Norys. Je n'ai jamais été attiré par les hommes. Je les ai subis, trop de fois. Mais l'amitié de Norys m'est précieuse. J'accepte sa présence, son appui. Et il ne sera pas de trop dans l'affrontement ! Ton laïus était inutile, papa, mais nous l'avons tous apprécié, merci. Je retourne également à mon bord.
Alguérande serra les poings.
- Syrance, Shernolpe, nous arrivons !
Et le jeune homme sourit, carnassier.
