14.
Si Warius et son Karyu ne s'étaient pas attardés, Anténor et Norys étaient restés, et bien évidemment Albator et son Arcadia.
Alguérande et Norys avaient pris contact avec le général de la Flotte terrestre afin de leur faire rapport.
- Colonel Waldenheim, capitaine Kholm, je vous félicite. Vous venez de mettre fin à une menace qui n'avait que trop longtemps plané sur la mer d'étoiles !
- Nous avons eu un coup de main, rappela Alguérande. Nous n'étions pas trop de cinq, six avec Radjanga, pour défaire Syrance et surtout Shernolpe !
- Une fois la capacité de régénération de la Mandragore paralysée, ce n'était plus qu'une formalité que vous la perforiez de tous vos tirs synchronisés.
- Il a fallu attendre que nos partenaires surnaturels soient prêts, poursuivit le colonel de l'Indomptable. Ça a bien mis à mal l'Arcadia et le Karyu.
- La République Indépendante a demandé l'autorisation d'envoyer un chantier naval mobile à la rencontre du Karyu. Les responsables locaux du quadrant où vous vous trouvez ont bien évidemment accepté. Quant à l'Arcadia de votre père, il pourra faire effectuer ses réparations à la station Militaire la plus proche. Le Mégalodon s'en est plutôt bien sorti.
De la tête, Alguérande approuva.
- Radjanga le protégeait. Maintenant qu'Anténor et elle ont fusionné de corps et d'esprit, ils ne redoutent plus grand-chose.
L'hologramme de Joal Hurmonde s'agita légèrement.
- Vous êtes sûr que Shernolpe a été renvoyée au néant ? insista-t-il.
- C'est ce que Radjanga m'a assuré. Sa toile d'araignée a aspiré sa vie, son immortalité, la dispersant dans l'espace. Impossible pour elle de se régénérer !
- A propos de cela, que sont devenus les papillons ?
- Retournés auprès de Mogoth. Je vais d'ailleurs faire un saut à son Sanctuaire pour la remercier.
- Nous ferons un saut, rectifia Anténor en entrant dans la salle de réunion.
- Capitaine Kodal, il s'agit d'un briefing Militaire, vous n'y avez pas votre place, aboya par réflexe le général de la Flotte terrestre.
- Je m'octroie tous les droits ! Et ce depuis bien longtemps, je ne me referai pas ! Algie ? ajouta-t-il néanmoins.
- Tu aurais gagné ton mot à dire au vu de ton aide, mais c'est effectivement un rapport officiel. Laisse-nous encore quelques minutes, s'il te plaît.
- A tes ordres, colonel.
- Il est bien docile. Ça ne lui ressemble pas ! remarqua Joal.
- Radjanga a dû être très gentille avec lui, ironisa Alguérande. Non, plus sérieusement, je pense avoir gagné son respect de combattant. Aussi, les deux mis ensemble font qu'il la joue policé, sur ce coup !
- Je me disais bien qu'il ne s'était pas laissé apprivoiser en quelques mois ! Il va encore vous en faire de toutes les couleurs ! Je l'aime bien, quand il n'essaye pas de tuer mes meilleurs éléments !
Joal Hurmonde eut un soupir.
- Allez donc rendre votre petite visite, colonel Waldenheim. Ensuite revenez vers la Terre. Je vous accorde trois semaines avec les vôtres. Ensuite, les emmerdes ne manqueront certainement pas de vous retrouver !
- Oui, c'est une évidence, grommela Alguérande, lugubre.
Khorishon jouait avec des billes qu'il faisait léviter devant lui.
Mais si on se rapprochait, on réalisait que les billes étaient toutes différentes, en taille et en couleurs, et que certaines représentaient des planètes, certaines très familières.
Hylgène attrapa au vol la bille bleue et blanche qu'elle écrasa au creux de sa paume.
- Même s'il nous a libéré d'une belle épine au pied, la planète de cet Alguérande Waldenheim doit subir notre colère ! Là, il ne s'agit que de billes, mais nous pouvons l'anéantir aussi facilement que je viens de le faire !
- La Terre est un Sanctuaire en elle-même. Elle bénéficie de la protection de bien des nôtres, remarqua Khorishon, son teint d'un jaune très pâle rendu plus lumineux par sa chevelure de neige et faisant ressortir ses prunelles de jais.
- Il faut pourtant qu'elle finisse par servir d'exemple, poursuivit Hylgène. Ceux qui la peuplent, et principalement la lignée des Waldenheim, et Skendromme avant eux, nous défient depuis bien trop longtemps ! Ils veulent jouer à forces égales avec nous. Hors, ils ne sont que des Mortels, des Humains, et nous nous sommes des dieux !
- Nous devrons être prudents. Il ne faut pas les attaquer de front. Ils ont en eux des ressources insoupçonnées, qu'ils ignorent posséder les premiers ! Et cet Anténor est encore pire que son frère !
- Nous sommes des dieux, insista Hylgène. Nous ne pourrons que l'emporter. Mais on s'occupera de les faire tourner en bourrique un moment, ça nous divertira ! La vie éternelle est tellement monotone !
Khorishon approuva, embrassant ensuite passionnément sa compagne depuis des millénaires.
