15.

Agitant ses majestueuses ailes colorées, Mogoth voleta autour des deux frères venus la retrouver dans son Sanctuaire.

- Je constate que tu as su utiliser au mieux mes petits papillons, Alguérande Waldenheim.

- Un cuirassé végétal, de la lumière, des papillons qui occultaient tout. Les conclusions s'imposaient. Mais la logique ne fonctionne pas toujours… Heureusement pour nous, ce fut malgré tout le cas en ces circonstances !

- En dépit des apparences, les êtres les plus puissants ont des faiblesses bien terre à terre.

- J'espère que tu ne dis pas ça pour nous, Mogoth ! ? grinça Alguérande.

- Parle pour toi, rectifia Anténor. Moi je n'ai ressenti qu'une seule fois ces sensations. Quand je t'ai soustrait à Shernolpe, l'autre fois, ce fut une réaction instinctive et trop fugitive pour que je réalise vraiment ce que je faisais.

Mogoth battit encore des ailes.

- Vous pouvez considérer que vous avez une alliée de plus. Cela pourrait vous être bientôt utile !

Mogoth eut comme des petits sursauts, les fixant de ses yeux globuleux.

- Je ne sais pas si vous le réalisez, mais bien qu'ils ne se manifestent pas la plupart du temps, vos amis surnaturels ne vous lâchent jamais, vous protègent même, sinon croyez-moi il y a longtemps que vous auriez mordu la poussière, surtout sous les coups d'attaques directes et sans semonce !

- Oui, je crois que je pouvais le deviner, reconnut Alguérande. Il n'empêche que c'était à moi de mener mes combats, et donc à me retrouver en première ligne, pour en prendre plein la poire la plupart du temps !

- Nous serons là le jour où tu auras vraiment besoin de nous.

- Vu ton avertissement, je me trompe si j'avance que ce moment est proche ? grogna encore Alguérande.

- Ton instinct et ton bon sens ne te leurrent pas. Mais d'ici à ce jour, veille bien sur ceux qui te sont chers car ils seront les premières victimes !

- Comme c'est surprenant… Pourtant, d'un autre côté, depuis le temps, ils devraient savoir ce qu'il en coûte de s'attaquer à mes proches !

- Non, je ne crois pas que cette fois ils sous-estiment cet impact sur toi…

- Qui ça « ils » ? aboya Anténor qui se sentait particulièrement exclus de l'échange.

- Mais ceux d'Unyversium, bien sûr ! jeta Mogoth avant de s'envoler hors de portée de voix et bloquant la communication télépathique

- Malotrue ! glapit Alguérande

- Au moins, tu vois quel effet ça fait de se faire planter là, marmonna Anténor

- Toi, pas de commentaires !

Alguérande eut un ricanement

- Au moins, vu que tu n'es pas encore à considérer comme un proche depuis des années, tu ne risques rien !


Norys poursuivant sa mission, l'Indomptable, l'Arcadia et le Mégalodon avaient repris la direction de la Terre.

Délaissant provisoirement son aîné, qui par ailleurs était bien trop occupé à batifoler avec Radjanga, Alguérande s'était rendu sur le cuirassé vert battant pavillon Pirate.

- On fait un arrêt auprès d' Erkhatellwanshir ! remarqua le jeune homme en jetant un coup d'œil au plan de vol établi par son père.

- Il est temps d'initier Antie au red bourbon, sourit Albator.

- Oh, en ce moment, il plane sans avoir besoin de se bourrer la gueule ! rit Alguérande. Radjanga l'a bien fait patienter mais maintenant ils sont indécollables.

- J'en suis heureux pour lui, assura le grand Pirate balafré. Cela devrait finir de lui apporter une bienvenue stabilité. Au fait, où en es-tu de ton projet ? s'enquit-il.

- J'ai tout finalisé. Je vais pouvoir y emmener la famille. Alveyron est très impatient, sa mère un peu moins.

- Elle s'y fera, rassura Clio. Cela va la changer du château d'Heiligenstadt, mais cela aura également son charme, et puis vous n'y serez que quelques semaines par an.

- Je peux savoir de quoi il s'agit ? intervint Toshiro.

- J'ai fait monter un ranch, avec un haras ! répondit Alguérande.

- Et où cela ? ajouta son père.

- En Autriche, sur les terres que maman a fini par récupérer !

- J'en suis heureux pour vous tous, sourit Albator en remplissant à nouveau les verres. Un peu de paix te fera du bien, Algie.

- Oui, je compte bien en profiter !

Songeant aux toutes proches retrouvailles, le regard gris du jeune homme devint rêveur.