16.
L'Indomptable s'étant arrimé à un dock orbital Militaire, l'Arcadia et le Mégalodon étaient demeurés côte à côte.
Anténor avait étrangement paru mal à l'aise sur un cuirassé Pirate qui n'était pas le sien.
- Je ne te retiendrai pas plus que de nécessaire, assura Albator. Mais tu ne crois pas qu'il est grand temps que nous ayons une vraie discussion ?
Le jeune homme qui lui ressemblait trait pour trait, seule la teinte de sa crinière différait, s'assit dans le fauteuil que lui laissait Clio avant de se retirer pour les laisser en tête à tête.
- Que me veux-tu ? jeta Anténor, sur la défensive.
- Je pense que tu peux aisément le deviner. Tu es mon fils, tu tiens farouchement à ton indépendance, mais tu es un membre de cette famille dont tu t'es considérablement rapproché au cours des derniers mois et lors des récents combats.
- Tu as envie de m'adopter, moi aussi ? ironisa le jeune homme dont la prunelle émeraude trahissait néanmoins son émotion.
Albator eut un involontaire haussement des épaules.
- Je n'ai même pas à te reconnaître. Plus personne de nos cercles proches n'ignorent quoi que ce soit de notre lien de parenté !
- Parle pour tes cercles d'amitiés, reprit Anténor dans un sursaut. Moi je n'ai que Radjanga, et elle me comble !
- Oui, il nous avait bien semblé le remarquer. Et il n'y a rien de plus précieux que d'être dans les bras de la femme de sa vie. Alguérande a filé ventre à terre retrouver la sienne !
- Je le réalise. Ça me fait aussi très peur ! avoua le jeune homme en fourrageant dans sa crinière fauve. Je n'ai jamais hésité à engager mon cuirassé, mon équipage et ma personne dans les abordages. Je n'avais pas tes états d'âme, j'ai perdu bien des marins ! Là, la donne change… C'est une sacrée responsabilité que d'avoir à prendre soin d'une autre personne !
Albator ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire.
- Radjanga est tout à fait à même de se défendre sous ses dehors gracieux ! rappela-t-il avec amusement. Avec les papillons de Mogoth, elle fut même déterminante en mettant sur la touche une déesse !
- C'est sûr que je n'ai guère été utile, gronda Anténor en serrant les poings. On me promet une destinée unique et je n'ai su que faire parler les canons du Mégalodon.
- Des armes redoutables, Alguérande ne dira jamais le contraire ! Alors, tu restes, Anténor ? Tu veux venir au château ?
- Je pense m'installer à l'hôtel. Je ne suis pas plus prêt que vous à de longues entrevues. Je m'appellerai toujours Kodal avant tout !
- Libre à toi, céda Albator. Je n'ai jamais forcé personne, à quoi que ce soit ! Sache simplement que personne ne te mettra dehors… Et, ton dernier séjour s'est plutôt bien passé.
- Trop bien, lâcha alors Anténor. Je ne suis pas fait pour la douceur et le confort. Mais avec la prime que m'a filée Hurmonde, je compte bien faire plaisir à Radjanga, qu'elle pille les boutiques !
- Ce sont là de bons débuts, approuva Albator. Je ne te retiens plus, Antie. Profite de ce repos sur Terre !
Et ce fut avec un mélange de respect et de quelque chose qui ressemblait à de la tendresse qu'il suivit du regard son fils qui se retirait.
En une habitude dont ils avaient été privés trop longtemps, Alguérande et Madaryne s'étaient réveillés dans les bras l'un de l'autre.
- J'ai aimé qu'en milieu de nuit tu me demandes d'aller voir dormir nos enfants, murmura-t-elle.
- Ils rêvaient si paisiblement !
- Après la soirée où nous étions tous réunis, ils ne pouvaient qu'être entièrement rassurés et sommeiller en toute quiétude. Cela ne leur était effectivement plus arrivé depuis longtemps, même après mon retour !
- Moi aussi, je suis heureux de te savoir là, chuchota-t-il tout aussi passionnément. Mulgastyr a une fois de plus bien veillé sur toi dans les tourments, j'irai le remercier.
- Il me sait avec les miens, cela lui suffit. Et ne gâche donc pas ce moment en y intégrant des tiers ! Tu n'as aucun savoir vire, Alguérande Waldenheim ! J'espère que tu sauras mieux te tenir au resto à midi. Salmanille nous invite tous pour fêter notre retour autour d'un bon gueuleton !
- J'ai hâte d'y être.
- Espèce d'estomac sur pattes ! Quoique, après cette nuit, je meure de faim !
- Et je n'en ai pas encore fini avec toi, avertit le jeune homme en venant à nouveau la couvrir.
