17.
Bien que, par réflexe, il ait d'abord jeté un regard noir à son aîné qui descendait de voiture, c'était avec un sincère sourire qu'Alhannis avait accueilli Anténor à son arrivée au restaurant situé au bord des rives du lac.
- Bienvenue, Anténor, nous serons donc au complet. Notre cachottier de père le sera décidément en toutes circonstances !
- Désolé de vous imposer ma présence…
- Et moi je dirais qu'il n'est que temps que tu prennes ta place, assura Alhannis. Tes neveux et nièces sont ravis d'avoir un oncle supplémentaire !
- Curieux aussi, non ?
- Comme de dignes membres de la famille !
Alhannis accentua son sourire.
- Et vous, vous devez être Radjanga ?
- Enchantée, Alhannis. Ce n'est pas vraiment ma place, en revanche, mais…
- … mais j'ai tenu à sa présence ! jeta Anténor. J'aime Radjanga de toutes mes fibres !
- En ce cas, je réitère mon premier propos : bienvenue dans la famille, Radjanga !
Soulagé, Anténor suivit l'aîné de ses cadets jusqu'à la terrasse un peu à l'écart où une grande table avait été dressée pour tous les Waldenheim adultes, Alveyron étant le plus jeune.
Le menu composé par la parfaite châtelaine qu'était Salmanille avait ravi tous les convives, et dans la plus complète bonne humeur, les esprits s'étaient détendus, sans aucune arrière-pensée, sans le moindre sujet fâcheux !
Au troisième plat du service, Alguérande avait passé son doigt dans le fond de l'assiette creuse pour récupérer les dernières gouttes de sauce crémeuse avant de le lécher.
- Paysan va ! Même moi, j'ai plus de manières que toi !
Alhannis foudroya l'irrespectueux, ouvrit la bouche, mais Alguérande fut plus rapide que lui.
- Je suis même un malappris des bois, Antie ! J'y ai passé la fin de mon enfance jusqu'à mon adolescence, dans un chalet perdu au milieu de nulle part. Quand on allait à la rivière, je devais m'occuper de l'intendance mais j'oubliais souvent les couverts. Aussi il fallait bien se débrouiller avec nos doigts pour avaler la pêche que Khell avait fait griller ! C'était tellement meilleur ainsi ! Par la suite, j'oubliais volontairement les couverts ! Khell l'a toujours su mais ne m'a jamais fait la moindre remarque, il savait que cela faisait partie des petites plaisirs qui me rendaient heureux.
- Ça devait être chouette, murmura Alveyron, rêveur.
- Je t'y emmènerai, mon grand cœur. Il y a là-bas la tombe de Mia-Kun, ma première boule de poils.
- J'ai hâte.
- Ensuite, nous irons une vallée d'Innsbruck découvrir notre domaine de printemps ! se réjouit son père, ce qui fit tirer la tête à son rejeton qui se dérida avec le sorbet qui précédait un autre plat.
Tous revenus au château familial d'Heiligenstadt, même Anténor et Radjanga pour la nuit, ils s'étaient dirigés vers leurs appartements respectifs, seuls Alguérande et Alveyron demeurant dehors, pour quelques derniers mots.
Alveyron posa ses prunelles émeraude sur son père, avant de l'étreindre, appuyant sa joue contre son épaule.
- Tu as ramené ma maman !
- Non, c'est ton grand-père. Moi, j'étais loin. Et dans cette histoire je n'ai été qu'un pion manipulé et impuissant.
- Mais tu étais là malgré tout. C'est pour toi que papy a tout fait ! Grâce à vous deux, j'ai retrouvé ma maman !
Alveyron fixa à nouveau son père.
- Un jour, je serai un héros comme toi, papa !
De ses paumes, Alguérande entoura les joues de l'aîné de ses enfants, l'embrassant ensuite sur le front.
- Tu te trompes, mon grand…
- Comment cela, papa ?
Alguérande sourit tendrement.
- Tu te trompes, mon grand ! Un héros ce n'est pas uniquement celui qui dispose d'une dévastatrice puissance de feu pour tout dévaster. Et ce même pour défendre les innocents !
- Alors, papa ?
Ce fut au tour d'Alguérande d'étreindre son fils aux boucles de miel.
- Alfie, le plus remarquable des héros est celui qui protège les siens, en étant présent. Moi je suis par étoiles et planètes, je sauve des inconnus, mais je ne dois qu'à des miracles d'avoir pu préserver ma famille, ma grande famille, amis y compris. Ne commets pas ces erreurs, mon immense cœur : sois là pour ton foyer !
- Oh, comme je t'aime, mon papa !
Sortis de la bibliothèque où ils avaient pris un dernier verre, Albator et Salmanille avaient entendus, involontairement, les derniers propos d'Alguérande.
- Il a tout compris de la vie, murmura le grand brun balafré. Il le sait depuis bien longtemps. Mais il ne peut pas appliquer ce principe, son métier et ses responsabilités justement l'en empêche. Mais il fera toujours au mieux !
- Comme tu as toujours fait, toi aussi. Alguérande a de qui tenir. Je suis si fière de toi, mon Pirate ! déclara passionnément Salmanille.
Avec un gloussement de joie, Albator la prit dans ses bras pour monter les escaliers et la ramener à leur appartement, se dirigeant droit vers la chambre. Pour eux deux, la nuit n'était pas finie !
