18.
- Shynork, papa ?
Alguérande eut une mimique amusée alors que le Deathbird approchait de la petite planète orange.
- C'est amusant. Durant toutes les années où j'ai vécu là-bas, je ne me suis jamais demandé quel était le nom de cette planète ! Je le découvre en même temps que toi, Alfie. Heureusement que le Toshiro de l'Arcadia en avait toujours les coordonnées en mémoire, du temps où ton grand-père me recherchait ! Shynork donc. Et la forêt et le chalet se trouvent sur sa face cachée ! Place-nous en orbite, Gahad, nous allons prendre un black spacewolf pour rejoindre le chalet.
- Tout de suite, Algie, répondit l'ordinateur principal du vaisseau Pirate noir.
Alguérande se leva, posant la main sur l'épaule de l'aîné de ses enfants.
- Allons au pont d'envol !
- Avec joie, papa !
Le spacewolf couleur de suie s'était posé à la verticale, à quelques mètres du chalet qui avait abrité sept ans durant Khell Lhuronde et son petit protégé à qui il avait réappris à vivre après les années d'enfer sous les coups et humiliations de sa génitrice.
- C'est tout petit… lâcha involontairement Alveyron.
- A l'époque, ça me paraissait immense, sourit son père. C'était tout mon univers. Et je pouvais courir les bois à ma guise !
- Il fait si calme. Ce devait être reposant ! En fait, papa, ton chalet est comme ceux dans les bois de la maison !
- Oui, il y a de cela, convint le jeune homme à la chevelure fauve.
Contournant le chalet, Alguérande se dirigea vers les enclos, couverts et non couverts, qui avaient abrité les quelques bêtes de leur élevage, allant vers une toute petite tombe.
- Des choclamynes ! lança Alveyron.
- Oui, j'ai enterré Mia-Kun sous ces fleurs qui repoussent chaque année.
- Tu devais beaucoup l'aimer, papa, murmura l'adolescent en s'agenouillant devant le petit monticule coloré et parfumé.
- Elle était tout ce que j'avais, avec Khell.
Alguérande se dirigea vers le chalet.
- Étrange que la tombe de Mia-Kun soit intacte quasi, alors que tout partout la végétation a repris ses droits, que le bois des enclos est vermoulu et menace de tomber en poussière…
Également à sa surprise, la porte arrière du chalet céda sans qu'il ait à la forcer, ces planches-là encore en parfait état, ainsi que les ferronneries.
Et alors qu'il s'attendait à une bonne quinte d'éternuements due à la poussière, il tressaillit à la vue de l'intérieur préservé lui aussi, copieusement illuminé par le soleil qui passait par les vitres d'une propreté parfaite.
- Tu as engagé quelqu'un pour le ménage ? interrogea Alveyron.
- Non. Khell et moi sommes partis un jour en fermant juste les portes, après avoir confié les animaux aux fermes les plus proches. Ce fut mon premier voyage à Heiligenstadt…
- Je suis heureux que ce Khell et toi ayez pris cette décision. Sinon, je crains que je ne serais jamais venu au monde !
Du bras, Alguérande entoura alors les épaules de son rejeton aux longues boucles de miel.
- Comme quoi, il ne faut jamais désespérer que la roue tourne, même si c'est parfois après bien des complications !
- Moi, je suis heureux depuis toujours ! affirma Alveyron en se laissant câliner.
- Tu es courageux, mon grand, fit son père, avec une incommensurable fierté. Car tu n'as pas été épargné, par répercussions de mes déboires !
Le jeune homme fronça néanmoins les sourcils, relâchant son fils.
- Mais rien n'explique que tout soit intact !
- Ce petit sanctuaire n'aura jamais rien à craindre. Il n'est désormais, et depuis bien des années, plus visible que pour toi et ceux de ton sang, Algie. Personne d'autre n'y mettra les pieds ou ne le transformera.
A la voix familière, Alguérande pivota, faisant alors face aux spectres de Khell et de Léllanya.
- Cet endroit est sous la protection des Sages, ajouta cette dernière. Tes souvenirs ne seront jamais saccagés. Je te devais bien cela pour le martyre que je t'ai infligé en parfaite connaissance de cause.
- Tu t'es bien rachetée, et tu continues sur la voie du Bien, fit doucement Alguérande.
Il sourit à nouveau à Alveyron.
- Donc, si l'envie te reprend, tu pourras toujours revenir ici. On peut considérer ce refuge comme complètement inviolable.
- Oui, j'aurai plaisir à retrouver ces lieux où tu as enfin connu le bonheur, papa !
Alveyron lui rendit son sourire.
- Maintenant que tu m'as fait découvrir ton passé, allons voir notre avenir à Innsbruck !
- Bon voyage, les enfants, se réjouit le fantôme de Khell.
