Chapitre 5 :

Charles réunit tous les mutants pour dîner et en profita pour les féliciter chacun leur tour de leur persévérance dans les entraînements. A table, l'ambiance était chaleureuse et conviviale, ce qui faisait presque oublier à Kaitlin le petit incident qu'elle avait eu quelques minutes plus tôt. Néanmoins, lorsque Charles vint à la féliciter, elle ne put s'empêcher de rougir et se retrouva incapable de soutenir son regard.

Après le repas, Kaitlin aida Raven à débarrasser la table, elle n'était pas encore fatiguée et à vrai dire, elle ne voulait pas se retrouver seule dans sa chambre pour le moment.

- Qu'est ce qu'il s'est passé dans le bunker ? Demanda soudainement Raven.

- Hein ? De quoi ? Réagit maladroitement Kaitlin, manquant de faire tomber une assiette.

- Tu n'as pas dit un mot depuis que tu es revenue, et en plus tu n'arrêtes pas de rougir sans raison.

Kaitlin vira du rouge au pâle, prise au dépourvu. Elle qui arrivait si bien à camoufler ses émotions n'était même pas capable de s'empêcher de virer à l'écrevisse.

- C'est... c'est juste que... la séance n'a pas été très concluante, et je suis un peu gênée par rapport à ce que les autres ont fait, balbutia-t-elle.

Ce n'était qu'un demi-mensonge, elle était vraiment honteuse de ce qu'elle avait fait dans le bunker. Comment peuvent-il croire qu'elle possède un immense pouvoir si elle n'arrive pas à produire plus qu'un petite faille dans le mur ?

Raven ne sembla pas vraiment convaincue, mais elle ne s'étendit pas sur le sujet et les deux jeunes femmes finirent la vaisselle en silence. Kaitlin monta vers sa chambre et souhaita bonne nuit aux mutants par la même occasion, avant de s'étendre lourdement sur son lit. Il fallait qu'elle trouve un moyen de contrôler sa puissance, au moins de la projeter. En se remémorant des douloureux souvenirs, elle comprit que la haine et la tristesse étaient les principaux éléments déclencheurs de son pouvoir, alors peut-être pouvait-elle faire resurgir cette haine...

Kaitlin se redressa en position assise, ferma les yeux et se concentra tellement qu'elle crut que son cerveau allait exploser. Elle visualisa la pièce dans son esprit, puis se concentra sur un objet, un petit tabouret en bois à l'angle du mur. Kaitlin tenta de diriger son énergie vers le tabouret, et alors qu'elle était persuadée de l'avoir réduit en miettes, elle ouvrit les yeux et découvrit avec une immense déception que le tabouret était encore là. Ses épaules s'affessèrent dans un grand soupir, et elle décida de s'allonger pour se reposer, mais elle sentait qu'elle sombrait dans les bras de Morphée, alors Kaitlin se dirigea vers la cuisine. Il fallait croire que cet endroit l'apaisait, car aussitôt entrée dans la pièce, son esprit se fit plus calme et serein. Ce n'était pas dans ses habitudes de manger en pleine nuit, mais son ventre criait famine. Elle piqua un paquet d'Oreos et s'installa tranquillement sur la table, dévorant lentement les petits biscuits. Alors qu'elle attaquait le cinquième, une voix résonna dans la pièce :

- Toi aussi le sommeil t'as abandonné ?

Elle tourna vivement la tête et découvrit Charles, qui d'autre pourrait être éveillé à cet heure-ci ?

- Il ne m'a pas abandonné, répondit-elle d'un ton triste. C'est moi qui le fuit.

Charles pencha la tête de côté, intrigué. Comme elle n'ajoutait rien, il finit par se servir un verre de whisky, avant d'en proposer un à Kaitlin.

- Pourquoi pas... répondit-elle.

Il lui tendit le verre, et elle le vida d'une traite entre deux gâteaux. Charles nota à quel point elle paraissait différente à la tombée de la nuit, ce n'était plus la jeune fille calme et timide de tout à l'heure, mais une vraie femme fatale et rebelle.

- Pourquoi fuis-tu le sommeil ? Demanda aussitôt Charles, ce qui fit sourire Kaitlin.

- Vous ne tournez pas autour du pot hein ?

Sa remarque lui fit esquisser un demi-sourire, et elle poursuivit :

- Vous ne comprendriez pas. Vous ne savez pas ce que c'est, ajouta-t-elle d'un ton qui se voulait froid, mais qui laissait transparaître de la tristesse.

- Qu'est ce que je ne comprends pas ? Demanda-t-il de nouveau, se maudissant de ne pas pouvoir lire dans ses pensées.

- D'avoir peur de dormir. Peur de se réveiller et de voir qu'on a tout détruit autour de soi. Chaque nuit je m'enfile des dizaines de somnifères pour être sûre de ne pas faire de cauchemar.

Elle marqua un pause pour grignoter un Oreo, avant d'en proposer un à Charles qui l'accepta par politesse.

- Vous comprenez Charles ? Vous comprenez qu'un simple cauchemar peut me pousser à détruire tous les meubles de ma chambre ?

Elle le regardait avec les yeux brillants, prêts à pleurer, néanmoins aucune larme ne parvint à s'en échapper.

- En effet, je ne peux pas comprendre. Mais je peux t'aider.

Kaitlin esquissa un petit sourire, avant de contempler de nouveau la boîte de biscuits à moitié vide. Cette fois, une larmes perla au coin de son œil. Une toute petite goutte qui glissait le long de sa joue, mais qui représentait à elle seule la douleur que Kaitlin renfermait à l'intérieur d'elle. Lentement, comme poussé par un instinct, Charles vint essuyer de son pouce la petite larme qui venait de s'écraser contre le coin de sa lèvre, avant de poser délicatement sa main sur la joue de Kaitlin. Celle-ci en resta bouche bée, ses grands yeux ancré dans ceux, terriblement envoûtants de Charles. Le télépathe n'y comprenait rien, jamais il n'avait ressentit quelque chose de tel avant, comme si tout son être voulait rester auprès de Kaitlin, la protéger, la rassurer... Leur visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, quand une voix endormie les fit sursauter.

- Charles... ? C'est vous... ? Murmurait une voix de femme.

Charles se rassit brusquement sur sa chaise, et Kaitlin détourna son visage de nouveau en feu. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que tout deux essayaient de calmer leur cœur qui battait bien de trop fort à leur goût. La femme en question était Moira, ficelée dans une robe de nuit en soie et les cheveux ébouriffés. Kaitlin ne savait pas grand chose d'elle, en revanche, elle ne l'appréciait pas beaucoup. Elle remarqua avec effroi qu'un flingue était caché dans sa poche, au cas où probablement.

- Je... je vais me coucher, balbutia Kaitlin. Bonne nuit Charles, bonne nuit agent.

Mais seul Charles savait qu'elle n'allait probablement pas dormir cette nuit.