Chapitre 6 :
Le lendemain matin, Kaitlin avait une mine affreuse. Comme l'avait prédit le télépathe, elle n'avait presque pas dormi de la nuit, deux ou trois heures au plus. Lorsqu'elle descendit prendre le petit déjeuner, elle remarqua avec stupeur le vide qui régnait dans la pièce. Elle lorgna des yeux le salon qui jouxtait la pièce, mais elle fit le même constat.
- Ils sont tous à l'étage.
Kaitlin se tourna vivement vers la voix qui venait de surgir dans son dos, et découvrit avec surprise Erik Lensherr. Elle n'avait pas vraiment adressé la parole à cet homme depuis qu'elle vivait ici, à vrai dire, elle le trouvait un peu effrayant.
- Oh... Je vais aller les rejoindre après alors, se contenta de répondre Kaitlin.
Elle s'installa à la table, mais elle sentait encore le regard brûlant d'Erik posé sur elle. Il finit par s'en aller à grand pas et Kaitlin soupira, contente de ne pas avoir à engager une discussion avec lui.
Peu de temps après, elle rejoignit tous les mutants qui étaient étrangement penchés sur une fenêtre. Elle reconnut aussitôt Sean, les pieds en dehors et affublé d'une étrange cape couleur abeille. Lorsque les mutants remarquèrent sa présence, ils lui firent tous un signe de la main, et Raven se dirigea vers elle.
- Sean essaye de voler, avec les sons qu'il produit de sa bouche, il pourrait réussir à planer.
Kaitlin hocha lentement la tête, mais la seule chose qu'elle pouvait fixer en ce moment était le dos de Charles, trop occupé à conseiller le Hurleur pour s'apercevoir de sa présence. Bon sang, même de dos Charles était... Non, non, elle ne devait pas penser à ça. Même si le télépathe ne pouvait lire ses pensées, il pouvait ressentir ses émotions. D'ailleurs, il se retourna au moment où Kaitlin cessa de le fixer et elle ne sut réagir, devait-elle faire comme s'il ne s'était rien passé hier soir ? Charles répondit rapidement à cette question en lui adressant un grand signe de la main ponctuée par un sourire, comme entre amis. Un peu déçue, Kaitlin lui rendit la pareille, puis reporta son attention sur Sean, qui venait de sauter dans le vide. La seule chose qui s'échappa de sa bouche fut un pauvre cri alors qu'il s'écrasait dans un buisson géant. Cette vision ne put que faire éclater de rire les mutants, et Katilin en fit de même. Charles, comme toujours, restait bouche bée devant ce sourire dont elle avait le secret, un sourire qui pouvait redonner la joie de vivre à n'importe qui. Le rire de Sean leur parvenait faiblement, étouffé par ses protestations. Il fallait dire qu'il n'avait pas fière allure, empêtré dans les feuillages et se débattant comme un fou, mais toujours en rigolant.
Le petit show du Hurleur étant fini, tout le monde se dirigea vers ses appartements, tandis que d'autres étaient parti s'entraîner de nouveau, avec où sans Charles. Kaitlin était partie rejoindre Raven à la salle de musculation, plus pour discuter avec la métamorphe que pour soulever des poids. Alors qu'elle bifurquait à droite, deux bras puissants vinrent la plaquer au mur. Elle étouffa un cri et fut encore plus surprise de découvrir le visage d'Erik, à quelques centimètres du sien. Son expression était indéchiffrable, un mélange entre la colère et la curiosité.
- Que... Qu'est ce que vous faites... ? Balbutia-t-elle.
- C'est plutôt à moi de te retourner la question, répondit-il d'un ton froid et sans appel.
- Pardon ?
- Qu'est ce que tu manigance avec Charles ?
Kaitlin fronça les sourcils, prise au dépourvu. Voyant qu'elle ne répondait pas, Erik se rapprocha de nouveau d'elle, soudant son regard au sien.
- Je ne comprends pas... dit-elle, complètement perdue et effrayée du regard perçant d'Erik.
- Ne fait pas l'innocente, je ne suis pas aveugle. Les petites discussions en pleine nuit, de drôles de conversations et cet air béa qu'il a à chaque fois que tu dis quelque chose.
Cette fois, Kaitlin fit les gros yeux, ce qui étonna visiblement Erik. Elle le reconsidéra d'un air moqueur, ce qui le fit s'éloigner d'elle.
- Tu plaisantes là ? Demanda-t-elle, poings sur les hanches.
Cette fois, c'était au tour d'Erik d'être complètement perdu, et Kaitlin enchaîna :
- Il n'y a absolument rien de suspicieux entre moi et Charles. C'est juste que... ajouta-t-elle, le regard mélancolique, c'est juste que j'ai enfin trouvé des gens qui ne me considèrent pas comme un monstre, et Charles semble pour l'instant le seul à ne pas avoir peur de mon pouvoir. Tu sais ce que ça fait, d'être enfin acceptée, voir même encouragée ?
Erik avait reprit son calme, et un sourire avait presque commencé à naître sur son visage. Bien sûr qu'il comprenait ce qu'elle ressentait, Charles lui avait donné le même sentiment, et c'était peut-être pour ça qu'il était... Jaloux ? Non, il n'oserait jamais l'admettre. Il finit par tendre une main amicale à Kaitlin, qu'elle saisit aussitôt.
- Je suis désolé pour ce petit incident. C'est oublié ?
- C'est oublié.
Kaitlin sourit à pleine dents, et Erik comprit alors pourquoi Charles affichait cette expression lorsqu'elle souriait : c'était comme si le soleil venait d'illuminer la pièce. Il s'éloigna dans la direction opposée, et Kaitlin reprit son chemin vers la salle de sport et constata avec surprise que Raven était sous sa forme mutante. Kaitlin ne l'avait jamais vue lorsqu'elle ne changeait pas d'apparence, et elle devait avouer qu'elle était fascinante. Sa peau était d'un bleu sombre, parsemé de petites vagues sur tout son corps. Ses cheveux, d'ordinaires longs et blonds, étaient devenus rouge feu et ses yeux étaient maintenant jaune vif. Lorsqu'elle aperçut Kaitlin, Raven se transforma aussitôt en humaine, rouge de honte. Kaitlin quant à elle, fronça les sourcils, ce à quoi la métamorphe répondit :
- Je n'aime pas que les gens me voient sous ma forme naturelle.
- Pourquoi donc ?
La question de Kaitlin sembla énerver profondément Raven, à tel point qu'elle reprit sa forme mutante et se mit à crier :
- Parce que tu crois que ça, c'est beau ?! Parce que tu crois que si les gens me voient comme ça, ils ne diront rien ?!
- Moi ça ne me gêne pas.
La réponse de Kaitlin sembla tellement surprendre la métamorphe qu'elle se stoppa aussitôt, regardant avec stupeur la mutante, aussi calme que le vent dehors. Raven soupira, et Kaitlin se rendit compte à quel point sa mutation la faisait souffrir.
- Écoute Raven... Je ne sais pas ce que ça fait d'être... comme ça, mais je peux te dire que ta mutation est extraordinaire, tu ne devrais pas en avoir honte.
Mais Kaitlin n'avait malheureusement fait que remuer le couteau dans la plaie, et une larmes coula le long de la joue bleutée de Raven.
- Tu ne comprends pas... murmura-t-elle en s'enfuyant de la salle.
Kaitlin n'essaya pas de la retenir et se laissa tomber lourdement sur un banc d'entraînement, se maudissant d'être aussi maladroite avec les gens. Elle aussi avait eu sa part de troubles, elle aussi elle avait détesté sa mutation, au point de vouloir en finir... Mais depuis qu'elle était dans cet établissement, depuis qu'elle avait rencontré Charles, tout lui semblait possible.
D'ailleurs, son repos ne fut pas de courte durée, car c'est justement le télépathe qui venait la chercher pour une nouvelle séance d'entraînement. Comme la dernière fois, il l'emmena dans le même bunker, et elle reconnu avec déception la faille dans le plafond, puis avec honte la marque dans le mur. Elle espérait à tout prit ne pas recommencer le même incident que la dernière fois. Charles prit aussitôt les commandes :
- Bon, on va essayer de faire mieux que la dernière fois. Tu vas t'asseoir.
Kaitlin s'exécuta aussitôt, sans savoir ce que Charles avait en tête. En réalité, celui-ci voulait avant tout confirmer que c'était lui qui la poussait à libérer son énergie. Le télépathe s'assit à ses côtés et lui intima doucement de fermer les yeux, ce qu'elle fit promptement.
- Maintenant, tu vas visualiser ton bouclier...
- Ça ne marchera pas... maugrea-t-elle, un peu vexée qu'il pense qu'elle n'ait jamais essayé.
Il posa doucement sa main sur la sienne, et elle réalisa en frissonnant qu'il était assis si prêt que leur genoux se touchaient.
- Fait-moi confiance.
Kaitlin se reconcentra et écouta avec intérêt la voix si douce et apaisante de Charles :
- Fait le vide dans ton esprit... Maintenant, concentre-toi sur ton bouclier...
Elle suivit ses conseils à la lettre, et elle sentit avec stupeur que quelque chose mouvait autour d'elle.
- N'ouvre pas encore les yeux... dit aussitôt Charles, ayant deviné ses pensées. Maintenant, visualise-le en train de nous englober tous les deux.
Kaitlin se concentra si fort qu'une veine apparu sur son front, mais ce fut avec une grande surprise qu'elle parvint à contrôler sa mutation.
- Maintenant, ouvre les yeux.
Lentement, comme effrayée, elle ouvrit un œil, puis l'autre, et poussa une exclamation sourde en voyant un champ de force onduler autour d'elle et du télépathe.
- J'ai pensé que ton bouclier ne devait pas forcément servir à attaquer, mais que tu pouvait aussi l'étendre pour protéger les autres.
Un sourire radieux s'étendit sur le visage de Kaitlin, encouragé par le regard fier que lui adressait Charles. Sans réfléchir, elle se jeta sur le télépathe pour l'étreindre, comme elle l'avait fait lors de leur première rencontre, brisant par la même occasion le bouclier. Charles la serra aussi fort qu'il put, envoûté par le parfum qu'elle dégageait. Elle finit par le lâcher, se rendant compte de la situation un peu gênante dans laquelle ils se trouvaient, mais son sourire radieux ne l'avait pas quitté. Charles et Kaitlin se relevèrent en même temps, et finalement, le télépathe posa la question qui l'avait turlupiné toute la journée :
- Dit-moi Kaitlin, comment se fait-il que tu aies réussit à déverser ton énergie la dernière fois ?
La mutante vira au pâle, si Charles n'avait toujours pas trouvé la raison, il fallait qu'elle trouve une excuse correcte :
- Euh... Je crois que quand vous êtes là, j'ai plus... confiance en moi.
Ce n'était pas un vrai mensonge, Charles la poussait vraiment à devenir plus forte. En revanche, le télépathe savait qu'il n'y avait pas que cette raison, et si elle ne faisait pas plus de progret que ça, il la pousserait lui-même à se libérer. Kaitlin retourna au château, suivie de prêt par un Charles qui ne cessait de la féliciter. Si Erik les croisaient ainsi, il referait probablement le même coup à Kaitlin, l'accusant de complot où je ne sais quoi. Charles quitta Kaitlin au coin d'un couloir pour rejoindre sa chambre, et celle-ci s'accorda une sieste bien méritée.
