Note de l'auteur : Voici le deuxième chapitre de Glory Up ! Je tenais à dire merci aux quelques personnes qui m'ont laissées des reviews et qui ont pris le temps de me dire ce qu'elles pensaient. J'espère que ce chapitre vous plaira, ne vous décevra pas, et vous donnera envie d'en lire un peu plus. La psychiatrie est un univers empli de préjugés et stéréotypes qui entraînent souvent de la défiance. Mais si on ouvre les yeux un peu plus grand.. Alors ce qu'on voit vaut la peine de se remettre en question. Vraiment!

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture :)

.


CHAPITRE 2


.

TOC TOC TOC

« Entrez. »

La porte s'ouvrit doucement sur Harry Potter, avec ses cheveux plus sombres et plus indisciplinés que jamais. Les traits de son visage étaient tirés, et son teint était pâle. Il avait une sale tête.

« Bonjour Monsieur Potter, accueillit Draco Malfoy en se levant de derrière son bureau et en le rejoignant à la porte. Venez, fit-il en lui montrant l'intérieur du bureau d'une main. Asseyez-vous où vous voulez. »

« Où je veux ? répondit le brun avec une voix rauque, comme s'il n'avait pas ouvert la bouche depuis des jours. Les psys ne sont pas censés avoir leur fauteuil attitré ?

- Pas moi en tout cas, fit Malfoy avec un léger sourire. »

Ils restèrent debout une demie-minute, le temps pour Harry de faire le tour de la pièce avec ses yeux. Il repéra des fauteuils tournés l'un vers l'autre, séparés d'une table basse. Plus loin, le grand bureau derrière lequel Malfoy était quand il est entré. Sur sa surface, le bureau était rangé, ordonné. Tout dans cette pièce respirait la propreté et la netteté. En surface du moins. Comme dans un hôpital en somme, endroit où – il ne fallait surtout pas l'oublier-, ils étaient bel et bien.

Secouant la tête pour s'éclaircir les idées, Harry se dirigea finalement vers les fauteuils. Le psy pouvait dire ce qu'il voulait, il savait que cet endroit de la pièce était réservé aux patients et à leur pathétique petite vie tordue.

« Bon, maintenant que nous sommes installés, dites-moi, comment vous sentez-vous Monsieur Potter ? demanda le psychologue qui s'était assis en face de lui. Harry prit le temps de l'observer avant de répondre. Draco Malfoy avait l'air impeccable, de la racine de ses cheveux blonds, presque blancs, jusqu'à ses chaussures cirées à la perfection. Aussi net et épuré que cet hôpital, se dit le brun avec un air pincé. Mais ce qui cependant le rassura fut quand il repéra ses yeux. Car ceux-ci détonnaient fameusement sur son physique d'ange, pour celui qui savait vraiment observer. Gris orage, ils avaient l'air d'avoir vu et vécu leur lot de douleurs et de souffrances. Finalement, se dit Harry en étant rassuré malgré lui, c'est un torturé. Comme nous tous.

- Comme quelqu'un qui sort d'une semaine d'isolement, répondit enfin le brun après inspection, l'air passablement épuisé. Il se frotta le visage avec ses mains et tourna sa tête vers Malfoy. Comment vous sentiriez-vous, après sept jours d'enfermement ? lança-t-il avec un air de défi.

- Je ne sais pas, fit le blond en haussant les épaules. Ça ne m'est jamais arrivé, à vrai dire. »

Harry hocha la tête, il aimait bien la franchise du blond. Un silence passa avant que le psychologue ne reprenne.

« Comprenez-vous pourquoi vous étiez en isolement ? »

Le brun haussa les épaules et posa son regard dans le vide, entre le coin de la table et le pied du fauteuil. « Apparemment, j'ai pété une case, répondit-il dans le vide.

- Comment ça, 'apparemment' ? interrogea Draco en se penchant légèrement. Vous n'êtes pas sûr ?

- Ils disent que j'ai déliré. Que j'ai dit n'importe quoi… Et même, que j'ai vu des choses qui n'étaient pas là, souffla Harry tout bas. Personne ne m'a cru. Personne ne me croit jamais. »

Draco se redressa alors que le brun, lui, semblait se recroqueviller dans son fauteuil. Le blond remarqua que la jambe droite du patient s'était mise à tressauter. Harry Potter semblait nerveux. Il tenta une autre approche.

« Ça fait combien de temps que vous êtes là, Monsieur Potter ?

Ledit Potter releva enfin les yeux du coin de la table. « A l'hôpital vous voulez dire ? » Le blond hocha la tête alors Harry regarda l'horloge du bureau avant de répondre. « Dix jours et six heures. »

« C'est précis, fit le psychologue. Êtes-vous venu de votre plein gré ?

- Ah parce qu'il y en a qui viennent volontairement dans cet endroit peut-être ? » Le blond ne répondit pas et se contenta de le regarder, ce qui fut en soit une réponse éloquente pour Harry. « Et puis d'ailleurs, ajouta-t-il l'air de rien, c'est le genre de donnée inscrite dans mon dossier non ? Pourquoi prendre la peine de me le demander si vous en connaissez déjà la réponse. C'est une perte de temps. Allez droit au but. » s'agaça-t-il finalement en lançant un regard quelque peu furibond au blond en face de lui.

Le brun souffla pour relâcher la pression qui venait de s'accumuler dans son thorax. Ces derniers temps, c'était toujours comme ça. Alors qu'il avait l'impression d'être calme et de contrôler ses émotions, celles-ci débordaient n'importe quand et n'importe comment, le faisant irradier d'une rage qu'il ne maîtrisait pas. Pire, qu'il ne se reconnaissait pas.

« En fait, je n'ai pas lu votre dossier d'admission, s'exclama doucement Draco. J'essaie avant tout autre chose d'établir un dialogue avec vous. Je fonctionne ainsi pour tous les patients… Si ça ne prend pas, alors je me renseigne dans les données informatiques. » Il avait parlé calmement pour canaliser la fureur qui semblait bouillonner chez Harry Potter. Elle n'était pas tellement sous-jacente, parce que Draco pouvait presque la voir s'échapper par les gestes saccadés et les mouvements secs de son interlocuteur. Elle était palpable. 'Ce gamin a besoin d'évacuer' se fit-il la réflexion intérieurement, 'et ça urge'.

Harry quant à lui consentit finalement à répondre, d'une part parce qu'il n'avait pas apprécié perdre le contrôle de ses émotions et d'autre part parce qu'il se sentait un peu honteux d'avoir réagi de manière virulente alors que ce n'était pas nécessaire.

« Je… » Il s'éclaircit la voix et recommença. « Non, je ne suis pas venu ici de mon plein gré, murmura-t-il finalement. » Les yeux d'Harry s'étaient de nouveau posé de manière hasardeuse sur le décor, comme pour ne pas croiser ceux de son voisin. « Ils sont venus un matin, très tôt. Je dormais jusqu'à ce que j'entende un vacarme dans le couloir. J'ai cru… » Harry se stoppa dans ses explications en fronçant les sourcils. « Qu'est-ce que vous avez cru ? » demanda le psychologue pour l'inciter à continuer. « J'ai cru… Qu'il s'était passé quelque chose, esquiva le brun. Quoiqu'il en soit je suis sorti de ma chambre pour voir si mon parrain, chez qui je vivais, allait bien. »

« Et que s'est-il passé ensuite ?

- Mon parrain allait très bien, répondit Harry avec, de nouveau, une fureur pure dans l'éclat de ses yeux. » Même avec ses yeux baissés, Draco pouvait la voir. La sentir. « Oui, il allait très bien. Il avait juste une sale gueule. De coupable. Et à côté de lui, deux policiers qui se sont directement approchés de moi quand ils m'ont vu pour me prendre par les bras et essayer de me faire descendre. Je me suis débattu, j'ai essayé de partir, de m'enfuir. Un médecin, qui attendait derrière, m'a fait une piqûre. En pendant que j'étais dans le coltar, ils m'ont amené ici. Fin de l'histoire. »

« Votre parrain… Ça fait longtemps que vous vivez avec lui ? interrogea le blond, se centrant sur Harry et ses réactions.

- Je ne vis plus chez lui. Et non, ça ne faisait pas longtemps. Quelques mois.

- Cet hôpital n'est pas votre maison, alors vous vivez toujours chez lui à priori, ne vous en faites pas, dit Draco en croyant rassurer. » Harry releva vivement les yeux et foudroya le psychologue du regard.

« Parce que vous pourriez vivre chez la seule personne en qui vous avez toujours cru et qui a fini par vous trahir, vous ?! La personne qui vous a toujours soutenu, aidé, la seule personne pour qui j'ai pas fini par crever ! » Le brun s'était levé brusquement du fauteuil en disant cette dernière phrase et ses bras, le long de son corps, étaient tendus avec les poings profondément crispés. « Si vous n'aviez pas encore compris, Monsieur le Psychologue, ajouta Harry avec hargne, mon parrain est la raison pour laquelle je suis enfermé ici, avec tous ces foutus détraqués. Alors cet hôpital n'est pas ma maison, ça c'est sûr, mais chez lui non plus ! Si vous voulez bien, maintenant, je me casse. » termina le brun en se dirigeant vers la porte dans le but de quitter cette pièce le plus vite possible.

Mais juste avant de passer le pas de de la porte, Draco l'arrêta.

« Monsieur Potter, encore une chose si vous le voulez bien. » Harry se retourna à contre cœur, ses poings toujours serrés, et vit que le psychologue n'avait pas bougé d'un pouce. Il était toujours assis dans son fauteuil et tournait alors le dos au brun qui se contenta de dévisager la nuque du blond. « Quand les policiers ont essayé de vous maitriser dans le centre-ville, vous vous êtes exclamés à grands cris qu'ils ne comprenaient pas et que des personnes avaient essayés de s'attaquer à vous. Votre parrain en faisait-il partie ? »

De derrière, la voix de Draco résonna froidement aux oreilles d'Harry. Il se sentit inexplicablement blessé par cette question, qui lui donnait l'impression qu'encore une fois personne ne le croirait jamais.

« Lisez mon dossier Monsieur Malfoy. » Et la porte claqua.

... ... ...

Soit. Il allait lire le dossier.

Draco Malfoy se pinça l'arête du nez en fermant les yeux. Son entretien avec Harry Potter ne s'était pas déroulé de l'exacte manière qu'il avait souhaité. Cependant, il ne pouvait nier que certaines choses qui avaient été dites avaient permis de dégager quelques pistes à travailler. L'humeur du patient était extrêmement changeante, déstabilisante. Alors que Draco pensait s'y adapter, son langage faisait se braquer le brun inexplicablement. Le psychologue ne pouvait s'empêcher de penser que le jeune homme traînait un sacré bagage derrière lui, et il était prêt à découvrir de quoi il en retournait.

... ... ...

Une semaine plus tard…

Il pleuvait des cordes, ce qui poussait Draco à marcher à vive allure. Ce qu'il s'apprêtait à faire, il devait bien l'avouer, lui donnait une boule au ventre. Mais à chaque fois que le blond avait voulu s'empêcher d'agir, d'innombrables raisons étaient insidieusement venues lui démontrer qu'il devait faire le contraire. Alors il en était là.

La balance avait fini de pencher il y a deux jours, quand Harry Potter n'avait pas pu se présenter à sa deuxième séance. En effet, son planning à l'hôpital prévoyait deux séances avec chaque patient du service sur une semaine. Cependant il n'avait pas pu revoir Monsieur Potter, car celui-ci s'était attiré certains désagréments. D'après le rapport de l'équipe, il avait été agressif envers le personnel soignant. Dès lors, Draco Malfoy avait décidé d'agir. Et donc, d'enquêter.

Il avait commencé par éplucher le dossier sous le regard inquisiteur de son collègue et supérieur, le médecin-psychiatre Jon Wright. Et ce qu'il avait découvert n'était pas très beau à savoir, comme il l'avait pressenti.

Déjà, rien que l'anamnèse du patient pouvait expliquer beaucoup de choses. Harry Potter était orphelin. Ses parents étaient morts dans un accident de voiture alors qu'il n'avait qu'un an. Puisque ni son père, ni sa mère n'avaient fait de testament, la garde de l'enfant esseulé était revenue à la sœur de la défunte mère Pétunia Dursley. Celle-ci vivait alors avec sa propre famille, c'est-à-dire un mari obèse, violent et alcoolique et un fils tout aussi obèse et violent, mais l'alcool en moins. Si Pétunia Dursley avait accepté la garde de l'enfant de sa sœur, c'était avant tout au nom de sa mémoire et parce qu'elles avaient été profondément proche il y a une certaine époque. Avant la jalousie, l'envie, puis le mépris. Et donc le résultat fut que, même si elle en avait la garde, elle n'est jamais arrivée à aimer Harry. Ni elle, ni son mari et encore moins leur fils. C'est là qu'a commencé la débandade de faits les plus invraisemblables et monstrueux qui soit.

A l'âge de trois ans, Harry Potter avait déjà fait quatre séjours prolongés à l'hôpital pour diverses fractures et traumatismes. Les services sociaux étaient bel et bien intervenus, mais les dégâts de l'enfant s'étaient comme de par hasard expliqué par son comportement agité, hyperactif et inconscient du danger. La famille avait même réussi à obtenir une aide financière pour octroyer à cet enfant difficile un traitement adéquat.

Draco avait eu envie de vomir.

Vers onze ans, Harry avait fugué à deux reprises. En tout cas, deux fois où les gendarmes étaient intervenus et avaient été appelés par la famille. Pour ce qu'il en savait, Draco se doutait que des tentatives de fuites avaient dues arriver bien plus souvent sans que la famille ne prenne la peine d'appeler les services de l'ordre. Parce qu'auquel cas, les Dursley aurait risqué de perdre les subsides auxquels ils avaient droit pour la garde d'un enfant qui n'était pas le leur, et ça c'était hors de question bien sûr.

A ce moment-là de la lecture du dossier, Draco avait tourné rageusement les pages, en proie à un sentiment grandissant d'indignation ainsi qu'une colère sourde qui grondait dans son ventre. Un spectateur extérieur se serait éventuellement rendu compte que peut-être il réagissait excessivement, que des dossiers catastrophiques il en avait déjà eu entre les mains. Mais, ce que lui voyait à chaque fois qu'il clignait des yeux entre chaque paragraphe, c'est le regard douloureux, perdu et profondément seul qu'Harry Potter lui avait lancé quand les policiers tentaient tant bien que mal de le désarmer. Et ça, c'était difficile à supporter pour le blond. Pour la première fois de sa vie, il sentait qu'il devait agir. Réellement. Quitte à prendre des risques ? Sans aucun doute.

Le dossier médical d'Harry Potter comportait plusieurs lacunes. Déjà, il n'y avait que peu de mentions du parrain du patient, alors qu'ils partageaient désormais le même domicile. En tout cas sur papier. De plus, de onze ans à aujourd'hui, il n'y avait que quelques éparses informations sans véritable utilité. Draco était resté sur sa faim, et avec plus de questions que de réponses. Il avait réfléchi longtemps ce soir-là, tapotant d'une main nerveuse sur les pages tout en ingurgitant une quantité certaine de tasses de cafés.

Et il en était venu à être là. Dégoulinant de pluie, nerveux et fatigué, il avait bafoué les codes éthiques pour être désormais sur le pas de la porte du parrain d'Harry Potter, après avoir pris l'adresse figurant confidentiellement dans le système informatique de l'hôpital. C'était à présent plus fort que lui, il avait besoin de quelques éclaircissements.

Draco observa l'immeuble dans lequel, il l'espérait, Sirius Black se trouvait. Dans lequel aussi, Harry Potter avait dormi, mangé, vécu. Est-ce qu'il y retournerait un jour ? Se forçant à sortir de ses pensées, il sonna sèchement à la porte avant que les remords n'aient le temps de le submerger. C'était un vieil immeuble en briques rouges, qui n'était pas pourvu de parlophone. Dès lors, les propriétaires des différents appartements étaient obligés de descendre à la porte principale quand on sonnait chez eux. Cela laissa quelques instants en suspens pour le blond qui eut subitement envie de tourner les talons et faire demi-tour. Qu'est-ce qu'il foutait, bon sang !? Si…

Mais avant qu'il ne puisse tergiverser plus longtemps, la porte s'ouvrit. Un homme apparut, grand, des cheveux noirs en batailles et des yeux sombres et fougueux.

« Oui ? » fit l'homme avec un visage neutre. Draco se racla la gorge et afficha un air impassible.

« Êtes-vous Sirius Black ? » demanda le blond en poussant un peu sur sa voix, afin de se faire entendre malgré la pluie qui continuait de tomber et les voitures bruyantes et humides qui passaient dans la rue.

L'homme leva un sourcil interrogateur. « C'est moi. Que puis-je faire pour vous ? »

« Je suis Draco Malfoy, psychologue à l'hôpital psychiatrique du Libre-Cœur. Je travaille avec votre filleul, Harry Potter. » répondit-il en faisant fi du pincement d'angoisse qui l'avait assailli en parlant. Si son interlocuteur lui demandait de justifier sa présence de façon officielle, il était foutu. « J'aimerais m'entretenir avec vous si vous le voulez bien. » ajouta-t-il.

L'homme en face de lui ne se gêna pas pour dévisager Draco de haut en bas, en prenant son temps. Et puis, loin d'être embêté par le temps froid et définitivement pluvieux, il sorti sur le devant de sa porte, forçant le blond à se décaler d'un pas, et croisa les bras sur sa poitrine.

« Qu'est-ce que vous voulez savoir ? » demanda Sirius Black, froidement.

Draco se laissa dévisager, il n'était pas à ça près. Il n'avait pas vraiment réfléchi à la manière dont présenter les choses, alors il décida d'y aller honnêtement.

« En fait, fit le blond en restant toujours maître de ce qu'il laissait passer sur son visage, je me pose des questions à propos du vécu de Monsieur Potter. Voyez-vous, reprit-il, j'ai à cœur de faire correctement mon travail. Et en l'occurrence, mon travail avec votre filleul est d'abord de le comprendre, lui. » Draco passa légèrement sa main sur son front pour enlever les gouttes de pluies qui lui tombaient dans les yeux et repris comme si ça ne le gênait pas. « Je n'ai pas encore rencontré beaucoup votre filleul mais j'ai pu voir qu'une angoisse sans nom l'habite continuellement. Une angoisse qui lui est plutôt difficile à gérer. »

Sirius Black avait maintenant décroisé ses bras à l'entente du blond et était intensément concentré sur ce qu'il disait.

« J'ai lu son dossier médical, poursuivit-il, et j'ai donc appris certaines maltraitances de la part de sa famille d'accueil. Seulement je n'ai que très peu d'informations pour la période entre ses onze ans au jour d'aujourd'hui, c'est-à-dire vingt-deux ans. » Le parrain d'Harry Potter, chez qui la méfiance avait laissé place à la colère sur son visage, hocha la tête en signe d'accord avec les dires du blond. 'Il est au courant' pensa Draco avec satisfaction.

« Je me demandais par conséquent si vous pouviez m'éclairer sur cette période, et notamment sur le fait que vous n'apparaissez que très peu dans les antécédents existants. » termina Draco en fixant de son regard anthracite les traits de l'homme devant lui.

Sirius Black n'avait aucun moyen de savoir s'il pouvait faire confiance au type qui lui faisait face, c'est pourquoi il avait décidé ne pas le faire entrer chez lui. Cependant, quelque chose qui était apparu dans son regard quand il avait parlé d'Harry le poussait à s'exprimer, ne serait-ce que pour alléger la culpabilité et les remords qu'il portait sur ses épaules.

« C'est une sale histoire, commença l'homme d'une voix rauque. Une putain de sale histoire… » Draco vit Black s'humecter les lèvres tout en cherchant ses mots. « S'il n'y a rien qui apparait pendant toute cette période, c'est parce que cette famille de dingue avait trouvé un moyen de se débarrasser partiellement du problème qu'était mon filleul. » Un long silence s'installa, et Draco, bien que généralement patient, ne put s'empêcher de réagir. « C'est-à-dire ? » relança-t-il. « Eh bien… », fit le parrain en relevant la tête jusqu'à regarder le ciel s'échouer sur les toits, comme si ses mots étaient trop douloureux pour qu'être prononcés lâchement. « Eh bien, enchaina-t-il, ces batards l'ont fait vivre dans leur cave. Pendant dix putains d'années, répéta-t-il rageusement en serrant les poings. »

Un silence abasourdi de la part de Draco lui répondit, avant qu'une vague d'horreur le submerge de l'intérieur. Sans laisser quoique ce soit filtrer, il se contenta de regarder Sirius Black avec une mâchoire serrée à s'en faire mal aux joues.

« Je sais, murmura le parrain d'Harry Potter en écho à ce que ressentait Draco et qui se voyait tout de même à travers les éclairs que lançaient ses yeux. Je… Je ne savais pas, d'accord ? Je sais que ça ne justifie rien, et qu'en tant que parrain j'aurais dû le protéger. Mais je n'étais au courant de rien. Si j'avais su ne serait-ce que…

- Comment avez-vous pu ne pas savoir ? le coupa Draco froidement. Maltraité pendant toute sa vie, séquestré pendant dix ans et son parrain ne sait rien ? ajouta-t-il, franchement sarcastique à présent.

- J'étais en voyage, répondit l'homme en fronçant les sourcils. C'est d'ailleurs pour ça que je n'ai pas eu sa garde, à la base. Je ne me suis établit pour de bon que depuis un an, et j'ai directement pris Harry avec moi. Et puis…

- Quoi ? fit Draco, toujours sèchement. Comment cet homme avait-il pu…

- Il n'était pas séquestré. Pas au sens strict du moins. Je sais que ça n'excuse rien, que c'est toujours de la maltraitance, souffla Sirius avec dégoût. Mais au moins… Il était scolarisé, avait quelques amis et on se voyait dès que je revenais dans les parages. Seulement, sa vie privée se déroulait entre quatre murs, sans fenêtre ou à peine, que ce soit pour manger, dormir, travailler… Vivre. Il était tenu au silence, je ne sais par quel chantage, Harry n'a jamais voulu me le dire. Quoiqu'il en soit, il ne m'a annoncé la vérité que lorsque je lui ai dit que je venais vivre ici et que je voulais le prendre avec moi. C'est comme si… Comme si c'était ce qu'il avait toujours attendu. Ça a été libérateur, et il m'a tout dit. Libérateur pour lui, étouffant pour moi… Je prenais sur les épaules le poids de dix ans de solitude, de souffrances et de douleurs.

- Et donc ? coupa de nouveau Draco.

- Et donc… fit-il avec lassitude. Eh bien, je ne sais pas. C'est comme s'il était devenu complètement détraqué.

Soudain, un mouvement brusque sur la droite attira le regard de Draco. Forçant ses yeux à scruter la grisaille ambiante, il vit avec stupeur une ombre s'enfuir en courant au coin de la rue dans la pluie battante. C'était Harry Potter. Qui venait d'entendre son seul lien tangible dans ce monde dire qu'il n'était qu'un foutu détraqué.

Pendant une seconde, le blond hésita à le poursuivre. Bon sang, il ne pouvait pas laisser le gamin croire ça ! Et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il foutait ici ?! Mais se reprenant, il décida d'organiser les choses de façon pragmatique. Il lui fallut une fraction de seconde de plus pour savoir de quelle manière il allait procéder. Dans un premier temps, en finir avec ce type.

- Sauf votre respect, dit Draco en se retournant de nouveau vers Black qui n'avait pas vu Potter et en ayant l'air de ne pas vouloir respecter qui que ce soit, votre filleul n'a rien d'un détraqué. »

Sirius Black écarquilla légèrement les yeux avant de se reprendre. « Mon dieu, non ! Bien sûr que non. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, enfin…

- Mais vous venez de le faire, insista Draco, implacable.

- Non. Ce que je veux dire, c'est qu'eux… Cette famille, cracha-t-il avec mépris, ils me l'ont détraqué, déréglé, vous comprenez ? A l'intérieur de lui, il est tout abîmé. Je ne savais plus quoi faire pour l'aider, mais je savais qu'il fallait agir, ça oui… » enchaîna-t-il avec une douleur sincère.

Avec un soulagement non feint, Draco comprit à ce moment-là que non, ce mec ne prenait pas son filleul pour un taré et que oui, il voulait réellement le protéger. Seulement, il était maladroit. Très maladroit. Le blond n'avait à présent qu'une urgence, retrouver Harry Potter et lui montrer qu'il n'était pas tout seul. Eh bien oui, il était là, lui…

.


A suivre.. ! Alors ? Des avis ? Si certains d'entre-vous ont des connaissances particulières vis-à-vis de ce milieu, ou même des commentaires à faire, n'hésitez pas. N'hésitez pas non plus à me dire ce que vous pensez de l'histoire aussi, bien sûr :)

A tout bientôt.