Note de l'auteur : Est-ce qu'il est trop tard pour vous souhaitez une bonne année ? Non ? Dans ce cas je vous souhaite une belle et heureuse année, qu'elle soit épanouissante et riche dans les projets que vous souhaitez voir aboutir.

Je vous amène le nouveau chapitre de Glory Up, fraîchement terminé ! Jusqu'à présent, c'est le plus long de cette histoire. La relation entre nos deux héros préférés commencent doucement mais sûrement à s'intensifier, et devrait prendre davantage d'ampleur dans le chapitre suivant. Vivement ! Ahah, ne tiens qu'à moi n'est-ce pas ? :)

Bonne lecture à vous tous :)

Petite précision ; en France ce qui relève de la santé mentale est considéré comme handicap. Les personnes avec des pathologies psychiatriques sont donc des handicapées. Mais pas en Belgique, ici il y a une très nette distinction entre les deux, et donc une personne malade mentale n'est pas du tout handicapée (qui relèverait alors d'un caractère irréversible et irrémédiable). Voilà je voulais juste vous le dire, parce que ça me semble utile et qu'à mon sens, la différence a toute son importance.

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CHAPITRE 6


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« Que.. Quoi ? » balbutia Harry, décontenancé.

Draco le regarda et soupira intérieurement. Ça n'allait pas être facile. Ça ne l'était jamais.

« Une BDA, ou en d'autres termes la Bouffée Délirante Aigüe »

Harry eut un mouvement de recul sur sa chaise, comme si on avait essayé de le frapper. « Bouffée délirante, mais vous déconnez ?! C'est quoi ce bordel ! » Le garçon se leva d'un bond et toisa l'homme devant lui. « Vous ne m'avez pas cru, en fait ! Jamais ! Vous me prenez pour un fou, comme les autres ! Mais je ne vais pas me laisser faire. »

Le blond se leva a son tour et attrapa le bras du jeune patient avant qu'il ne prenne la fuite. Il le maintint en place et le regarda dans les yeux.

« Accordez-moi encore un instant pour vous expliquer, Monsieur Potter. S'il vous plait, dit-il d'une voix apaisante. C'est beaucoup plus complexe que ce que le nom en laisse paraître et si vous devez être en colère, je préfère que ce soit avec toutes les informations entre vos mains. »

Un long instant plana ensuite entre les deux hommes tandis qu'ils se regardaient dans les yeux, tentant en vain de capter un brin de confiance pour l'un, et de déceler une possible trahison pour l'autre.

« S'il vous plait.. », répéta Draco, légèrement suppliant. Et quand Harry hocha la tête et décida de se rasseoir, le blond souffla de soulagement.

... ... ...

Quand Draco s'était vu appelé – ou plutôt exigé, par son patron la veille, il n'avait pu s'empêcher de frémir d'appréhensions. Il n'avait visiblement rien à se reprocher, il en était presque certain et puisqu'il n'avait pas encore été avéré que le médecin-psychiatre sache lire dans les pensées, le blond ne devait rien craindre à ce niveau-là également. Cependant quand lui-même était, depuis un certain temps, en proie à un tumulte de sensations inappropriées, la culpabilité se faisait ressentir de manière sournoise. Et ne dit-on pas que la culpabilité est en soi une preuve d'un comportement inadapté ?

Néanmoins, la raison pour laquelle il s'était fait plus ou moins publiquement réprimandé ne découlait pas outre mesure d'un lien quelconque avec l'un de ses patients en particulier. Ouf. Draco avait laissé sa paranoïa s'évaporer, sans que sur son visage ne s'affiche aucune émotion définissable.

Oui, même si le sujet de l'entrevue était en lui-même peu agréable, le blond préférait nettement traiter cette affaire que devoir prendre d'autres dispositions pour… Bref. Le médecin-psychiatre, lorsqu'il était venu le chercher dans la cafétaria du service, revenait d'un rapport de l'équipe. Draco n'y avait pas assisté lui-même parce qu'il voulait annoncer la nouvelle de la sortie prochaine à son patient – et il n'allait pas se mentir, c'était une aubaine – mais apparemment l'équipe en avait profité pour faire part à leur supérieur hiérarchique toutes leurs doléances à son encontre.

Selon le compte-rendu que le docteur Wright en fit, il en résultait que Draco Malfoy, tout bon psychologue qu'il était, n'en était pas moins un piètre intervenant dans une équipe pluridisciplinaire. Ce qui, dans une structure hospitalière, était un comble selon tout un chacun faisant partie de cette coalit… Ah non, réunion. Il lui était alors reproché bon nombre de choses, dont un manque cruel de partage d'informations – primordial pour le bon fonctionnement du service, un manque d'initiative particulier quant à la prise en charge de certaines gardes, un dédain certain pour les tâches administratives et un manque extrême de sympathie à l'égard des membres du personnels. En bref, ils se sentaient bafoués et diminués par le psychologue du service, qui semblait les considérer de manière hautaine et méprisante.

Draco Malfoy, bien que n'ayant pas eu conscience de tous les maux dont il était apparemment l'origine, ne s'en accommoda pas plus que ça à leurs ententes. Il se connaissait suffisamment pour ne pas être étonnés de leurs ressentis même si, quant à lui, ce qu'il ressentait à leur égard ne dépassait pas la plus plate indifférence.

Ce n'était donc pas par manque de volonté qu'il ne s'investissait pas dans ces différents pans énoncés de sa fonction, c'était parce qu'il s'en foutait carrément.

Et si Jon.. – pardon. Et si le Docteur Wright s'en était trouvé si excédé au point de venir illico chercher le blond, c'est parce qu'il en avait tout à fait conscience.

Quand il avait engagé son ami, ça n'avait pas été non sans réflexions. Ce n'était pas une tâche aisée que d'offrir un emploi à une amitié et un amant qui plus est, tout en sachant que lui-même serait son supérieur. Et connaissant le caractère peu avenant du blond en question, il avait dû penser à plusieurs scénarios plausibles avant de s'engager.

Ce qui était en train de se passer figurait parmi ceux-ci, à son plus grand désarroi. Jon Wright savait qu'il ne serait pas simple pour Draco de créer des relations professionnelles, et encore moins de devoir interagir quotidiennement avec. Cependant ils avaient pris le temps d'en parler et s'étaient mis d'accord pour que le blond concède à quelques mises au point dans son attitude. Du moins le croyait-il.

Le docteur Wright, sachant sa position délicate envers le psychologue, n'avait pas envie d'en arriver aux remontrances. Mais même si leur relation était particulière, il aimait néanmoins son job et avait une conscience aigüe des missions à remplir pour lui et son équipe. Et il n'avait pas peur de faire ce qu'il fallait pour cela.

Draco avait alors été patient en écoutant placidement les recommandations dites davantage sur le ton affectueux que sur un ton professionnel. C'est sur ce détail que le blond s'était concentré, car cela montrait que malgré tout, il avait le soutien de son ami et amant occasionnel. Et se rendant un peu, très légèrement, compte que son comportement n'était peut-être pas des plus affable et facile à vivre, il émit ses regrets et fit la promesse qu'il allait sérieusement s'améliorer.

Le médecin-psychiatre fut soulagé de l'attitude conciliante du blond et de la supposée sincérité qui ressortait de ses propos. Parce que malgré que son travail en collectivité fût plus qu'exécrable, ses compétences en tant que psychologue n'en étaient pas moins exemplaires. Leurs échanges professionnels étaient toujours très aboutis et les hypothèses sur les traitements et prises en charges thérapeutique des patients émises par le blond très peu souvent erronées. Il n'avait pas envie de perdre ça.

Ce sujet non-négligeable arrivant au bout de ses modalités, le docteur Wright ajouta avant d'en finir complètement sur cette affaire que pour contenter les esprits échauffés de l'équipe qui attendait de lui une réaction appropriée, Draco allait faire dès la semaine suivante deux semaines de nuits complètes. En avisant la tension dans le cou du blond qui s'était directement manifestée, son supérieur lui avait dit que c'était non-négociable.

Et devant le sourire un peu moqueur du psychiatre, Draco s'était renfrogné en maugréant sur sa condition de subalterne.

... ... ...

Une fois que Draco fut sûr que son patient n'allait pas prendre la fuite, il s'autorisa à se rasseoir plus posément. Tout en laissant quelques minutes de réflexions au garçon, Draco l'observait.

La sortie avait plutôt bien commencé. Avant de quitter l'hôpital, Draco avait demandé au brun s'il avait un endroit en tête. Mais devant la gêne manifeste du garçon à devoir aller en voiture avec lui et se balader je-ne-sais-où, le blond avait pris les devants et ils s'étaient dirigés vers le centre-ville.

C'était une belle journée ensoleillée et même s'il faisait frais, la lumière et l'ambiance de la ville était propice à s'y promener. Le trajet en voiture pour aller jusque-là s'était déroulé dans le silence, mais un silence empli d'une quiétude et d'un calme apaisant. Draco s'était même étonné de ne ressentir aucun malaise à partager un moment d'une telle intimité – même professionnelle- avec un patient, lui qui avait toujours mis un point d'honneur à n'être le référent de personne au sein de son service.

Ils avaient marché le long des quais, et Draco avait épié son patient du coin de l'œil alors que celui-ci se laissait doucement aller, profitant de la sensation des rayons du soleil sur sa peau. Ils n'avaient pas beaucoup parlé, et n'avait abordé aucun sujet en profondeur, se contentant d'errer agréablement. Mais voyant l'heure tourner doucement et à contre-cœur de devoir arracher son patient à son bien-être, Draco avait avisé une terrasse où ils pourraient se poser quelques temps.

Une fois installé et avant même qu'ils puissent commander quoique ce soit, une transition sans prémices s'était opérée chez son patient car il lui demanda de but en blanc de quelle maladie le médecin pensait qu'il souffrait et ce que lui-même en pensait. Prit de cours face à cette brutale entrée en matière, Draco avait répondu d'une manière automatisée.

« Une BDA. »

« Que.. Quoi ? » balbutia Harry, décontenancé.

Draco le regarda et soupira intérieurement. Ça n'allait pas être facile. Ça ne l'était jamais.

« Une BDA, ou en d'autres termes la Bouffée Délirante Aigüe »

... ... ...

Dans leur manière de travailler, Jon Wright et Draco Malfoy étaient toujours plus ou moins complémentaires, pour autant que chacun restât dans leurs prérogatives. Alors dès que le désaccord concernant l'équipe fut mis de côté, le médecin-psychiatre avait interpellé son collègue sur un des patients qu'il suivait et pour lequel le blond était devenu depuis peu et pour la toute première fois, son référent. Oui, oui, c'est bien d'Harry Potter dont il est question.

De façon générale, tous deux essayaient de suivre un schéma particulier et individuel envers chaque patient, mais avec un certain fil conducteur dans l'apport thérapeutique. C'est ainsi que le docteur Wright appréciait quand c'était Draco qui abordait de prime abord le diagnostic de la maladie avec le patient. Le blond la tâtait, l'exploitait et décelait les fêlures dans les symptômes et les failles dans le traitement médicamenteux en observant minutieusement la personne. De cette façon, le psychiatre avait une vue davantage étendue que s'il avait agi tout seul et cela, combiné avec les informations quotidiennes que recelait l'équipe à propos des usagers, constituait en une prise en charge des plus optimales possible.

C'est pour ça qu'il n'hésita pas à demander à Draco d'aborder le diagnostic du jeune Potter avec lui, même en dépit du fait qu'il n'était à proprement parlé plus son psychologue. D'ordinaire en tant que référent, il n'aurait pas eu cette responsabilité mais puisque dans ce cas-ci le blond avait été son psychologue dans un premier temps, ça pouvait se justifier. C'est avec Draco que le patient avait établi ses premiers repères solides au sein du service, pas avec le docteur Shackelbolt – son actuel psychologue.

... ... ...

Finalement, Harry sortit de ses sombres réflexions au bout d'un temps. Il leva les yeux vers son vis-à-vis, et ce qu'il découvrit soulagea un tout petit peu la boule amère qui s'était formé dans sa gorge. Draco Malfoy le regardait avec dans son regard une sollicitude qui ne pouvait être feinte, et cela le rassura. Légèrement.

Il ne savait pas du tout ce que le diagnostic qu'on lui avait attribué sous-entendait, la seule chose qu'il avait retenu étant le mot « délirante ». Harry trouvait surréaliste que quelqu'un lui assigne un nom, une étiquette, une catégorie, quelque chose dans lequel apparemment il se situait alors qu'en vrai il se sentait parfaitement bien. Il n'était pas malade, n'avait pas de bouffées de je-ne-sais-quoi, à part des vertiges à causes des médicaments.

Si ça tombe, c'était eux les responsables les médicaments que l'hôpital lui refourguait avec autant d'empressement et qui le rendait malade. D'ailleurs à bien y réfléchir, c'était sûrement ça ! Depuis qu'ils avaient changé son traitement dernièrement, il se sentait vraiment mal en point. Physiquement. Donc en fait c'était eux, les soignants, qui avait créé eux-mêmes une maladie à lui soigner ! Sans doute pour pouvoir se justifier allègrement de l'avoir hospitalisé contre son gré sans aucune justification valable.

Le soulagement le gagnait peu à peu d'avoir trouvé une explication à son état quand il fut coupé par la voix grave et douce du blond en face de lui.

« Harry.. Avez-vous des questions à me poser ? »

Le brun s'obstina dans le silence, afin de montrer son mécontentement toujours présent.

« Je suis pourtant presque certain que vous avez certaines interrogations, mmh, voyons… » devança son référent en faisant mine de réfléchir. « Si j'étais à votre place, je me demanderais sans doute ce que veut dire cette maladie. Eh bien, je vais tout vous dire mais laissez-moi nous commander des cafés avant – vous en êtes un fervent consommateur, n'est-ce pas ? -, car nous allons en avoir besoin. »

Harry leva les sourcils, surpris que son référent sache qu'il était un adepte inconsidéré du café, mais finalement il se dit que c'était son rôle de grapiller des informations sur ses patients. Même les plus insignifiantes. Alors il replongea dans sa bouderie et afficha de nouveau un visage bougon.

Le brun regarda Malfoy héler un serveur et lui demander les boissons, tout en gardant un silence qu'il espérait lourd de tensions. Bien sûr qu'il avait envie de savoir d'où provenait cette maladie incongrue et ce qu'elle recelait et bien sûr qu'il allait écouter le blond assidûment mais il n'allait certainement pas lui faire le plaisir de le dire clairement.

Quand les cafés furent installés devant eux, Draco prit le temps d'en savourer la première lampée. Le breuvage noir et chaud fit du bien à son corps refroidi. Il ferma les yeux de bien-être sans s'en rendre vraiment compte puis revint au moment présent. Quand il ouvrit ses paupières, son patient le fixait d'un drôle et intense regard, qui l'aurait visiblement déstabilisé s'il n'avait su être parfaitement maître de lui-même.

Le blond vit Harry Potter se reprendre en même temps que lui et afficher une nouvelle fois un aspect morose. 'Très bien', se dit Draco. 'Au moins c'est un état feint, il n'est pas véritablement en colère. Pas encore du moins'.

Draco souffla discrètement puis se lança.

« Très bien, Harry. Nous y sommes. Comme vous pouvez vous y attendre, ce qui va suivre ne va pas être facile à entendre. Vous n'allez sans doute pas tout comprendre d'une seule traite, c'est pourquoi j'insiste pour que vous me coupiez dès que vous en avez le désir. » Le blond se pencha vers son patient, de façon à l'emprisonner – d'une certaine manière – de son regard afin que le jeune garçon fasse fi de ce qui les entouraient pour se concentrer uniquement sur lui.

« Quand on s'est rencontrés, Harry, je vous ai dit que je ne vous laisserais pas tomber. Je le pense toujours… » et ensuite il instaura un silence imposant, lourd de sens, tandis qu'entre le regard d'orage et les yeux d'émeraude, des questions et des réponses sous-entendues essayaient de passer.

Sous l'intensité du moment, Harry sentit les poils de ses bras s'hérisser. La présence de l'homme si proche de lui le déstabilisait, alors que l'aura qui se dégageait de lui créait une boule d'émotions inconnue dans son ventre. Troublé et sans arriver à détourner les yeux, il sentait au plus profond de ses tripes que le blond en face de lui voulait qu'il lui fasse confiance, comme si lui, Harry… Comme s'il comptait véritablement pour lui. Et cela le désarma.

Draco se recula finalement, prolongeant l'instant qu'il avait lui-même ressentit avec une sensation qui lui échappait, puis reprit ses esprits en se raclant la gorge. Harry quant à lui consentit à hocher la tête, marquant par là qu'il avait entendu et prit en compte son incitation à poser des questions, et attendit.

« La Bouffée Délirante Aiguë peut être appelée également comme un Trouble Psychotique Bref et c'est une maladie catégorisée dans les psychoses. Elle…

- Qu'est-ce que vous entendez par 'psychose' ? » coupa Harry.

Draco hésita avant de répondre, ce qui fit tiquer son patient. « C'est… En fait, ce qui différencie le plus une psychose d'un autre type de maladie, comme les névroses ou les troubles intermédiaires, c'est que la personne se situe en-dehors de la réalité. »

Harry ouvrit la bouche en grand pour répliquer avec véhémence face à ce nouveau sous-entendu de délires mais, blessé au cœur, il l'a referma douloureusement et se renferma sur lui-même. Draco s'en aperçut et se força à ne pas amorcer un geste vers le garçon.

« En ce qui me concerne, je ne considère pas cette maladie tout à fait comme les autres types de psychoses. » Harry leva un regard espérant, ce qui encouragea le blond à poursuivre. « Quand elle est prise en charge suffisamment tôt et qu'elle est correctement traitée, cette maladie disparait. Et peut ne jamais, jamais revenir. » A cet instant Harry le regarda avec un air tellement dévasté, et en même temps avec tellement d'espoir que Draco en fut tout à fait chamboulé. Il hocha la tête.

« Théoriquement, ce trouble survient chez des jeunes personnes entre 18 et 30 ans, notamment lorsque ces personnes sont vulnérables et en état de faiblesses. Qui – comme vous Harry -, fit le blond d'une voix plus douce, ont un vécu extrêmement difficile à supporter et ont subi ou continuent de subir des traumatismes dévastateurs. »

Draco baissa le regard vers sa tasse de café désormais vide, chercha ses mots puis se reprit.

« Harry.. » et le blond releva la tête pour capter les yeux si verts. « J'ai conscience que vous ne vous rendez pas tout à fait compte, pour le moment, de ce qui vous arrive. Vous devez certainement vous demander ce que tous les gens qui vous entourent à l'hôpital vous veulent. Mais quoiqu'il en soit, même si vous ne vous comprenez pas tout, j'aimerais que vous ayez l'assurance que ce qui se passe en vous n'est pas de votre faute. Vous n'êtes pas responsable. »

Harry, touché en plein cœur par ces mots qui reflétaient avec force ce qu'il ressentait, tenta d'avaler plusieurs fois la boule qui menaçait de le submerger. Il sentait déjà ses yeux le piquer, et il était sûr que Malfoy s'en était rendu compte. Même s'il n'était pas sûr de sa capacité à parler, il demanda

« Mais, qui l'est alors ? Qui est responsable, si ce n'est moi ? » fit-il d'une voix basse, douloureuse.

« Ce n'est pas vous. » répéta fermement Draco. « C'est… Comment expliquer ? Vous avez un vécu très lourd. Et quand bon nombre de personnes n'aurait peut-être pas réussi à s'en sortir, vous… Cette maladie est une sorte de bouclier en fait. C'est votre corps, votre psychisme, tout votre être qui se rebute et se défend contre un environnement qui lui est hostile. » Se rendant compte qu'il haussait le ton – pas contre Harry lui-même mais sur son incapacité à le rassurer, il se força au calme.

« Si vous êtes responsable de quelque chose, c'est d'avoir seulement voulu vous protéger », fit finalement le blond avec une voix tellement convaincue et convaincante qu'Harry sentit ses barrières tomber – une fois de plus – et laissa libre cours à l'émotion qui voulait couler le long de ses joues. Gêné, il se frottait sans cesse les joues de ses mains rougies.

Sentant qu'Harry avait besoin d'un temps pour se reprendre, Draco en profita pour s'exhorter au calme. Il n'avait pas l'habitude de réagir aussi vivement avec un patient, généralement… Généralement il parvenait à maintenir la distance.

« Comment… Comment on sait qu'on est malade ? demanda gauchement Harry.

- Eh bien, les symptômes les plus récurrents, c'est-à-dire qui apparaissent chez la majorité des personnes atteintes sont notamment des insomnies, des angoisses, de la catatonie aussi. Dans celle-ci, il y a plus ou moins avec des degrés différents selon les personnes des délires et des hallucinations, une certaine hébétude, une tendance au mutisme et l'anosognosie bien sûr.

- L'anosognosie ? répéta le brun, butant malgré lui sur le mot.

- Oui. C'est un symptôme prédominant dans les psychoses. Cela veut dire que la personne atteinte ne se rends pas compte qu'elle l'est. Il y a une méconnaissance totale de son état.

- Alors… Quand j'ai l'impression de bien aller, c'est faux ? » fit-il avec une peine évidente.

Le blond hocha la tête. Harry baissa vivement les yeux sur ses genoux, perdu face à l'amas d'informations. Était-il réellement malade ? Malfoy disait-il la vérité ? Le brun avait l'impression que personne d'autre que lui-même ne pouvait savoir comment il se sentait vraiment. Pouvait-il alors réellement mettre une entière confiance en un autre que lui ?

« Vous dites… Vous dites que je… vois… Des trucs faux. Des délires, c'est ce que vous avez dit.

- C'est exact, vous avez eu des délires. Cependant je vous crois quand vous dites que vous avez vu ce que vous avez dit. »

Harry leva un sourcil, sceptique. Il ne comprenait pas.

« Ce que je veux dire, dit le blond pour l'éclairer, c'est que vous avez vu et vécu, pendant vos délires, quelque chose qui était réel pour vous. C'est votre esprit qui a créé ces délires et même s'ils ne faisaient pas parties de la réalité à proprement parlé, ils faisaient partie de la vôtre. Est-ce que vous me suivez ?

- … Je crois.

- A ce stade de la maladie, je ne pense pas que vous ayez encore des symptômes de ce genre. »

« Mais quand ? s'écria soudainement le brun. Quand est-ce que j'en aurait eu alors ? Puisque ce que j'ai vu est réel pour moi, dites-moi quand est-ce qu'en fait c'était faux ! »

Draco, à son sens, trouvait que le brun devant lui réagissait plutôt bien à ce dialogue compliqué et difficile. Son patient avait un bon esprit d'analyse et même si tout son être devait se rebuter contre ce qu'il essayait de lui transmettre, il tenait bon. Mieux encore, il voulait comprendre.

Mais même si Draco avait des exemples concrets qu'il aurait pu exposer pour démontrer certains délires de son patient – la manière dont il se sentait épié tout le temps, alors qu'il vivait chez son parrain ou quand il était persuadé que son ancienne famille d'accueil était en route pour l'anéantir grâce à une machination, … - il n'allait rien dire. Provoquer et confronter Harry avec ça maintenant serait contre-productif, alors qu'il essayait avec tant d'ardeur de prendre en compte toutes les informations qu'il recevait.

« Ce serait difficile à dire comme ça, se contenta de dire le blond. Mais les délires ont sans doute commencé lors de votre séjour chez votre parrain. N'avez-vous pas ressenti une certaine lassitude inexpliquée ? Un ras-le-bol général, une envie de rester là, juste là. A regarder un mur pendant des heures s'il le fallait, pour autant que vous restiez juste là. Une angoisse sourde, sans pouvoir en déceler l'origine si ce n'est lorsque vous aviez l'impression que votre famille vous voulait du mal. »

Un instant plana, pour laisser les données s'infiltrer dans la tête du brun et créer des liaisons avec ce qu'il avait vécu.

« C'était la phase prodromique de la maladie, continua le blond. Les signes précurseurs. Lorsque vous avez été admis à l'hôpital, lorsque… J'ai notamment passé la nuit avec vous dans l'isolement, vous étiez alors en pleine phase aigüe de la maladie. Cela s'appelle une décompensation. »

« Et maintenant, j'en suis où ?

- Dans la phase de rétablissement, dit Draco avec un sourire. Nous essayons un traitement adapté pour vous aider à reprendre pied avec la réalité, allié avec une prise en charge thérapeutique de plusieurs ordres. Dont l'accompagnement d'un super référent, ajouta le blond avec un clin d'œil qui fit enfin sourire légèrement le brun.

-… Ça fait beaucoup de choses à encaisser, dit Harry d'une voix un peu cassée.

- C'est sûr, vous avez raison. C'est pour ça qu'il ne faut pas hésiter à me poser toutes les questions que vous voulez, quand vous le voulez. C'est important. Même celles qui vous semblent anodines ou bêtes, ne laisser rien au hasard. D'accord ? »

Et Harry fit un sourire un peu plus large que le précédent, ce qui persuada le blond qu'il s'était un peu déridé.

« Il y a encore beaucoup de choses à dire, mais je pense que c'est assez pour aujourd'hui. Qu'est-ce que vous diriez si nous commandions quelque chose pour remonter un peu le moral ? Mmmmh, voyons voir… » et Draco prit la carte du café pour voir ce qu'ils servaient à grignoter.

« Qu'est-ce que vous aimez, Harry ? » demanda-t-il en lui jetant un regard puis en reprenant sa lecture.

Harry quant à lui ne savait plus vraiment où se mettre. Il avait dû mal à se sortir de la conversation qu'ils avaient eu, tant des pensées contradictoires se chamaillaient dans sa tête. En plus il n'avait pas envie de commander quelque chose, parce que même s'il avait un peu faim, il n'osait pas. Il était intimidé de manger avec son référent, et qu'en plus ce soit lui qui paye.

Avisant de nouveau cette timidité touchante, Draco réfréna un sourire attendri et demanda l'air de rien « Et les glaces ? Est-ce que vous aimez les glaces ? J'en prendrais bien une… A la vanille ! »

Puisque son péché mignon avait été titillé, Harry gigota sur sa chaise, mal à l'aise puis lâcha dans un souffle « Oui, ce serait bien. J'aime beaucoup » et en voyant l'air encourageant du blond, le garçon sourit timidement. « Je peux en prendre à la fraise et à la vanille ? »

Et sans même répondre, Draco héla le serveur et fit leur commande dans la volée. Harry se morigéna mentalement et essaya de se détendre.

Leurs glaces arrivèrent assez rapidement et ils dégustèrent tout d'abord en silence. Harry aimait vraiment ces douceurs glacées. Il en avait été privé pendant si longtemps que dès que l'occasion se présentait, il n'y échappait pas. Sentir ces saveurs sucrées se réchauffer dans sa bouche pour finir par fondre onctueusement le faisait se sentir si bêtement satisfait qu'Harry fermait les yeux à chaque fois pour en profiter.

Une fois n'est pas coutume, ses paupières s'étaient refermées de plaisir, oubliant momentanément un blond en face de lui qui n'avait quant à lui rien rater du spectacle. Ses yeux anthracites étaient rivées sur le visage offert du brun, et chaque parcelle de sa figure n'échappait pas à son observation, que ce soit les cils qui frémissaient alors que ses lèvres se refermaient goulûment sur la cuillère. Des frissons l'envahirent de part en part. 'Est-ce que ce garçon a au moins conscience du pouvoir qu'il a ?!'

Se raclant bruyamment la gorge, Draco fit de son mieux pour paraitre comme si de rien était. Comme s'il n'avait pas assisté… Non. Ne pas y penser. Ne pas… Ressentir.

« Dites-moi Harry, fit Draco rapidement pour chasser ses propres pensées, pourquoi n'avez-vous pas encore eu de visites à l'hôpital ? Vous n'avez pas d'amis que vous aimeriez revoir ?

- Si, j'aimerais, » répondit le brun, considérablement détendu à présent. Il reprit une bouchée et ajouta « Mais je ne leur ai pas dit que j'étais hospitalisé. Je… J'avais honte. Et puis je ne voulais voir personne. »

Draco fit un geste de la tête pour dire qu'il comprenait, c'était assez récurrent comme réaction. Mais décidé à ne pas se laisser envahir de nouveau par des pensées inadéquates, il continua d'un air badin

« Même pas une petite amie ? Ça pourrait vous faire du bien, fit-il avec un sourire en coin.

- J'ai même jamais embrassé personne, alors une petite amie hein… » lâcha Harry en haussant les épaules. Il avait toujours eu honte de ça, d'être encore une fois quelqu'un de différent en comparaison aux autres jeunes de son entourage. Personne ne l'avait embrassé. Il n'avait jamais su ce que faisait de sentir des lèvres se poser sur les siennes. Mais il n'était pas gêné de le dire à Draco, ça non, c'était comme ça c'est tout.

Le blond, lui, n'en menait pas large. A l'entende de cette information, ses yeux s'étaient instinctivement dirigés vers la bouche du garçon. Et ce qu'il pensa…

… Ne pouvait être dit. Mon dieu, non.

Le silence s'éternisa si bizarrement qu'Harry quitta à regret sa coupe de glace pour savoir pourquoi Malfoy ne réagissait pas à ce qu'il avait dit.

Quand il releva la tête, il eut un sursaut face au regard pénétrant de l'homme fixé sur lui. Figé, il lui retourna son air. Quand le blond s'aperçut que son patient l'avait vu, il quitta des yeux ses lèvres pour revenir aux pupilles émeraudes. Ils se regardèrent alors sans rien dire – ne sachant de toute manière pas quoi dire, et laissèrent l'espace-temps se figer autour d'eux. Ils continuèrent à se fixer, si intensément, si farouchement que c'est comme si plus aucuns tabous ne les séparaient, ni l'hôpital, ni la profession de Draco, ni la condition d'Harry. Pendant un infime moment, un si court instant ils étaient juste…

« Et vous, chuchota Harry d'une voix rauque. Est-ce que vous m'embrasseriez ? »

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A suuuuuivre ! J'aime beaucoup cette fin de chapitre. Et vous ?

Note de fin de chap : La façon dont Draco prend en charge l'annonce de la maladie et ce que ça implique provient de mon esprit. Je n'ai aucun savoir spécifique par rapport à ça et aux règles déontologiques et éthiques que les professionnels doivent respecter pour annoncer un diagnostic. Donc si parmi vous, il y a des professionnels de la santé, ne m'en tenez pas rigueur s'il vous plait. Par contre si vous avez des suggestions, n'hésitez suuurtout pas :)

A tout bientôt j'espère !