Leurs enfants grandiraient, et un jour ils deviendraient ninjas, c'était une certitude. Sa plus grande hantise était de ne pas parvenir à les protéger – y compris d'eux même.

Naruto Uzumaki ne les avait pas vus depuis une semaine. Alors quand il passa le seuil de la porte de sa demeure et gratifia ses occupants présents d'un « Je suis rentré ! » jovial. Il s'était attendu à ce qu'une tempête de cheveux blonds apparaisse au coin de l'escalier permettant l'accès aux chambres à l'étage, et jaillisse sur le pas de la porte. Il aurait pu l'éviter, non ? Bien sûr qu'il aurait pu ! Au lieu de ça, il saisit son fils par le bras et le souleva pour le caler contre son sweet à capuche orange et le serrer fort contre lui, d'un amour sans limite.

« Comment va mon fils ? », demanda-t-il d'une bonne humeur inébranlable.

Son jeune fils, Boruto, quatre ans et demi, dépassant à peine le premier mètre, entoura le cou de son père de ses petits bras, ses grands yeux bleus l'observant avec une admiration sans égale. Naruto prit un peu de temps pour contempler le regard triomphant de Boruto pour comprendre qu'il était impatient.

« Hey, tu veux me montrer quelque chose, c'est ça ? »

Le petit garçon secoua vivement la tête avant de glisser des bras de son père et de l'attirer dans le salon. Il n'y avait aucune trace d'Hinata, mais Naruto entendait le bruit de l'eau qui s'écoulait dans les canalisations. Certainement dans la salle de bain. Naruto laissa tomber son barda au sol, trépignant intérieurement d'impatience à l'idée que son gamin ait pu faire quoique ce soit qui le rendrait très fier. Et ce fut sans doute cette impatience qui le causa à sa perte. Un cri de guerre juvénile, un déplacement d'air, et il fut à terre en moins de deux secondes, non aidé par le chakra qui lui faisait défaut et la fatigue qui s'était accumulée.

Kurama riait en son for intérieur, gratifia le petit bonhomme d'un tas de qualificatifs plus valorisants que ceux qu'il attribua à son hôte ensuite. Rah, la ferme.

Naruto se releva rapidement, son humeur s'étant sensiblement dégradée et se préparant à prendre sa revanche, mais ce qu'il vit lui ôta toute forme d'autorité.

Deux Boruto se tenaient devant lui, parfaitement identiques. Pas croyable.

« T'as vu, 'pa ? »

« Bien sûr, gamin », grogna-t-il en se relevant.

Il était fou de joie, et aussi fier que son gamin n'ait pas eu les mêmes difficultés que lui. Mais quelque chose le contrariait. Il posa une main bienveillante sur le clone de son fils, et émit une impulsion de chakra qui dissipa la réplique. Boruto regardait son père avec un mélange d'incrédulité, s'attendant à une réaction plus expressive de sa part. Naruto affichait un sourire, léger, mais réellement présent. Il était fier, mais il avait étrangement peur. Peur de ne pas être à la hauteur quand, tous aussi intrépides leurs enfants seront, ils se seront fourrés dans des situations d'autant plus périlleuses. Le fait que Boruto venait tout juste de maîtriser le Kage Bunshin ne fit que renforcer cette inquiétude.

« Tu as réussi », observa-t-il d'un ton similaire à celui qu'il prenait d'habitude pour s'adresser à lui mais imperceptiblement maussade.

« Je n'ai pas eu non plus mon mot à dire »

Hinata se tenait derrière lui, ses yeux limpides dégageant une douce affection pour les deux hommes de sa famille. Son ventre s'était davantage arrondi en une semaine qu'il ne l'avait fait en un mois. Il était décidément dans le bon timing.

« Boruto, tu te souviens de ce que j'ai dit ? »

La voix visiblement plus sévère de sa mère fit prendre conscience à Boruto qu'il venait d'enfreindre une règle qui s'appliquait désormais à lui : « Pas plus d'une même personne à la maison ». Avant c'était : « Pas plus d'un Naruto », mais il était grand temps de revoir ce fondamental.

« Oui … mais Papa »

« Si tu veux être traité d'égal à égal, il faut bien commencer par là tu sais … »

« Ton père a raison. Le jardin est à ta disposition pour ce genre de choses »

Boruto lança un regard solliciteur envers son père qui lui ébouriffa les cheveux avec tendresse. « Allez, donne-moi quelques minutes », déclara-t-il en octroyant à son garçon à clin d'œil complice. Boruto se dirigea ensuite vers l'extérieur, pressé de reproduire de nouveau cette technique qui l'avait rendu tant admiratif de son paternel. Naruto laissa échapper un petit rire, les mains posées sur les hanches, tentant vainement de cacher son malaise. Puis il s'approcha de sa jeune épouse, et la prit par les cuisses pour tenter de la soulever.

« Naruto ! » se plaignit la concernée. Ouch. Oui en effet, c'était vraiment du deux en un. S'il pouvait la porter aisément, même enceinte, il se dit qu'il valait mieux réfreindre ses ardeurs à quelques semaines de l'accouchement. Il se redressa, faisant glisser ses mains jusqu'aux hanches d'Hinata, celle de gauche se hissa juste à l'endroit où la vie prenait son temps pour se développer. Doté de capacités sensorielles, il pouvait percevoir le chakra du petit être à l'intérieur, d'une chaleur sensiblement proche de la sienne. Elle saura de qui tirer, se dit Naruto. Hinata attira le jeune père par le devant de son habit orange et embrassa tendrement l'homme qui lui avait tant manqué. Naruto ne la laissa pas rompre le baiser si vite et savoura l'instant plus qu'il se devait de le faire.

« Quand repartiras-tu ? », le questionna-t-elle doucement après avoir mis une légère distance entre leurs lèvres. Son expression douce était sur le point d'être refroidie par une certaine sévérité, craignant que son époux doive refaire valise aussitôt rentré. Naruto lui sourit de toutes ses dents, voulant à tout prix ne pas la contrarier. « J'ai convaincu Kakashi sensei de me retirer de la liste active jusqu'à l'accouchement », donc à priori il ne raterait pas l'évènement. Et c'était une chance pour un shinobi de pouvoir assister sa femme dans ce genre de moment, il en était conscient. Sans surprise, Hinata se montra satisfaite. Il frotta son nez contre le sien et l'embrassa de nouveau à la frontière des lèvres.

« Que dirais-tu de sortir un peu après manger, avec Boruto ? » lui proposa-t-il.

Il n'avait pas besoin de plus argumenter, c'était sûr. Elle avait passé toute cette semaine à attendre, tentant de glaner des informations auprès d'Ino Yamanaka qui était dans la même situation qu'elle avec Sai. Mais elle n'en avait pas su plus qu'elle jusqu'au jour où le dessin animé d'un oiseau vint se poser sur sa fenêtre avec une petite note à son attention. Ino avait son caractère, mais elle prenait soin de ses amies. Elle n'avait pas manqué l'opportunité de demander à Sai de tenir Hinata informée. Tu es enceinte, et c'est ton deuxième. Ta bonne santé nous importe tous, tu sais, lui avait-elle simplement répondu quand elle l'avait remercié pour l'attention.

Ce fut ainsi qu'ils se sont retrouvés tous les trois au parc, après avoir fait un détour par Ichiraku pour se remplir copieusement le ventre. Naruto se sentait naturellement lourd avec toute cette nourriture ingérée, son estomac rivalisant avec le ventre rebondi de sa femme. C'était à peine s'il réagissait aux incitations de Boruto d'aller courir à travers les arbres, absolument enthousiaste à l'idée de lui montrer combien il se débrouillait. Il se contentait de jeter des regards désespérés vers sa compagne, qui riait doucement de cette scène.

« Bolt. S'il te plait. J'espère que tu n'as pas fait la même chose à ta mère pendant mon absence. »

Oui, dans les arbres il serait aussi agile qu'Hinata avec ses huit mois de grossesses tant le miso et les ramens avaient gonflé son estomac. S'il devait devenir Hokage, il préférait ne pas qu'on lui rappelle avec quelle souplesse et rapidité il s'était faufilé dans les arbres ce jour-là. Surtout qu'avec les fréquentations qu'il avait, il serait certain que cette histoire traverserait Konoha en un rien de temps, fusant au gré des racontars de quartiers d'oreilles en oreilles. Fort de sa – presque, centaine de milliers d'habitants – bien qu'auparavant cette population-là ne se comptait qu'en quelques dizaines de milliers, le village avait subi une croissance démographique exponentielle, fruit de migrations de civils en quête de travail et de sécurité après une guerre ayant causé son lot de malheurs. Et ces familles civiles fournissaient à leur tour de jeunes ninjas désireux de connaître la gloire et la renommée, inaccessibles depuis d'autres régions du pays. Les ninjas de demain ne le seraient plus de manière héréditaire, c'était un fait. Cela avait beau ravir ceux qui craignaient ne pas pouvoir renflouer les forces régulières après les terribles pertes du dernier conflit, cela créait également des tensions au sein même du conseil. Certains étaient … comment dire ? Trop fiers de la pureté de leurs gènes pour permettre d'être éclipsés par de nouveaux ninjas issus d'aucun clan et d'aucune famille shinobi. Les ninjas de parents civils n'étaient pas un exotisme : ils se trouvaient jadis sous le couvert d'un tabou qui restreignaient leur accès aux postes important. Ces gens ne pouvaient prétendre à la promotion de Jounin, et devaient se contenter du rang qu'on attribuait à ceux n'ayant pas toutes les compétences pour le devenir, celui de Tokubetsu. Beaucoup de ninjas appréciaient le concept de « force transmise par le sang », et les plus extrémistes de cette idéologie furent l'affaire de sa dernière mission avec Sai et Lee.

Avant on se battait contre les ennemis du village, certainement pas contre des camarades.

Considérant chaque membre du village comme sa famille, Naruto s'en trouvait bouleversé. Dans quel monde élèvera-t-il leurs enfants ? Devra-t-il dire à Boruto de se méfier des siens pour sa propre sécurité ? Jamais il ne pourrait prononcer ces mots.

Naruto fut tiré de ses pensées par la douce sensation de la main d'Hinata qui lui caressait le dos tandis qu'ils étaient assis dans l'herbe du parc à regarder leurs fils s'essayer aux différentes attractions pour enfant.

« Comment s'est passée ta dernière mission ? »

Oh, si tu savais. Naruto essayait d'effacer de sa mémoire ce qu'il avait vu. Son équipe avait été formée pour enquêter sur des enlèvements de novices de l'académie, tous issus de familles civiles. Et ils avaient finis par les retrouver … morts. Des garçons et des filles à peine plus âgés que Boruto, abattus comme du bétail dans un grand hangar désaffecté à quelques kilomètres de Konoha. Naruto haussa simplement les épaules, surveillant toujours son fils d'un air absent.

« La routine … », se contenta-t-il de répondre. Il savait Hinata sensible, il ne souhaitait pas alourdir sa conscience à elle aussi.

« Un rapport avec les récents enlèvements ? »

Merde. Il détourna brusquement les yeux vers sa femme, les sourcils froncés vers le bas. Hinata le dévisagea de son regard perçant.

« Tu te doutes bien que Père s'intéresse de près à ce sujet, et que je suis également concernée. »

Il y avait des membres du clan Hyuga impliqués dans ce groupe qui défendait corps et âme l'importance qu'avait le sang dans les rangs des shinobis. On avait un temps accusé Hiashi d'avoir un quelconque lien entre eux, ses relations avec le Hokage n'ayant pas aidé à écarter les soupçons à tel point qu'Hinata avait été contrainte de le remplacer lors des séances de conseil.

« Ça s'est arrangé avec Kakashi ? »

« Pas du tout. Ce sont deux têtes brûlées. Père reproche à Kakashi-sensei de vouloir à tout prix l'éclipser à mon profit. »

« En même temps, ton père n'aurait peut-être pas dû lui tenir un discours en plein conseil sur le genre de femme qu'un Hokage devait fréquenter »

C'était il y a cinq ans. Naruto et Shikamaru étaient tous deux présents, et l'échange verbal entre les deux hommes fut assez révélateur de leurs distensions. Et quand Kakashi réclama en fin de séance qu'Hiashi ne se lève pas de son siège, Naruto s'était permis de rester sur le pas de la porte histoire d'empêcher son Maître et le père de sa femme d'en découdre. Il n'avait jamais eu vent de la teneur de leurs propos mais depuis, Hiashi et Kakashi s'évitaient comme la peste. Du moins Hiashi avait pris ce prétexte pour ne plus assister aux conseils

« Tu connais Père, il a toujours son mot à dire », déclara Hinata d'une voix navrée.

Il ne pouvait que lui donner raison. Si Naruto n'avait pas récolté les honneurs du dernier conflit, jamais il ne lui aurait donné la main de sa fille aînée. Hiashi était admirablement intelligent mais rigoureusement calculateur, mais il protégeait sa famille. Il était doté d'une vision pragmatique qui lui faisait défaut. Le soupir que le jeune père laissa fuir ne fut pas plus bavard qu'il n'était disposé à l'être en ce moment même. D'ordinaire il arrivait à parler de tout et de rien, rejetant les sujets sérieux dans l'espoir de laisser de côté tous les soucis d'une mission difficile. Son regard se porta sur son fils qui escaladait de petites pentes aménagées pour les gamins les plus téméraires. Boruto pouvait déjà le faire sans les mains, rien qu'à la maîtrise de son chakra. Naruto était très fier.

« Il grandit beaucoup trop »

Cela sonnait presque comme une plainte : et ça l'était. Sauf qu'en face de sa femme, il ne pouvait pas cacher sa frustration. Le doux rire d'Hinata lui caressa les oreilles, légèrement moins insouciant que ceux qui précédèrent.

« C'est son ambition qui t'inquiète ? Tu as peur qu'il devienne Hokage avant toi ? »

« Quoi ? Bien sûr que non »

Quoique, ça l'irriterait carrément.

« Je préfère le voir fanfaronner plutôt que de subir les railleries des autres gosses parce qu'il est plus nul qu'eux », poursuivit-il. « Je préfère qu'il soit le génie, et non le raté. »

« Être un raté a aussi son charme. Tous les génies ne connaissent pas le bonheur dans leur vie »

Comme celui de pouvoir presque tous les soirs être aux côtés de ses enfants, et de la personne qu'on aime. Sasuke était un génie, et pourtant il n'avait pas cette chance.

« Hum, tant qu'il ne devient pas un connard prétentieux, ça me va … », marmonna-t-il avec une pointe de mépris.

« Nous sommes là pour y veiller » déclara doucement Hinata.

C'était vrai, peut-être que si Sasuke avait eu des parents et un frère aimant, les choses entre eux se seraient mieux passées : ils se seraient un peu mieux supportés, boiraient des bières ensemble, et auraient conservé leurs dix doigts. Mais ni Sasuke, ni Naruto n'avaient eu de famille pour veiller sur eux. Surtout Sasuke.

De toutes les peurs qui hantaient ses nuits, Naruto n'avait peur que d'une chose : de laisser ses enfants prendre les mauvaises décisions, d'affronter des choses qui les mèneraient à leur perte.

Après quelques secondes, il porta sa main sur celle de sa femme, ayant repris ses esprits et bien décidé à apprécier ces jours passés en famille. La rondeur du ventre d'Hinata Uzumaki fut si délicate qu'il prit toutes les précautions pour ne pas appuyer dessus plus que nécessaire. La petite était calme, au contraire de son frère dont il avait autrefois pu percevoir les petits coups de pieds donnés sur la paroi utérine. Mais il sentait son chakra, et il était extrêmement chaud. Comme celui de Kushina.

Un regard échangé, et les deux jeunes parents n'eurent pas la nécessité de le traduire en mots : ils rirent de bon cœur, éperdument fous l'un de l'autre et … heureux.


Voilà c'est terminé pour la partie Prologue !

Pour information ce prologue se déroule bien après les chapitres qui vont suivre, ils apporteront également des éléments de réponses sur quelques détails présents dans ces trois premiers.

En ce qui les concerne, je ne les ai pas encore écrits. Quand j'ai publié cette histoire, les deux premiers prologues l'étaient intégralement (ils étaient révisés et tout et tout), et le dernier était prêt à environ 60%. Cependant j'ai les grandes lignes dans ma tête, et il ne me manque plus que de les coucher dans l'ordre: ce qui prendra un peu de temps.

A la prochaine fois ! :)