Il flairait aisément les complications quand elles apparaissaient, et il était juste de penser qu'il valait parfois mieux les éviter plutôt que de les affronter directement. Sauf que là, impossible. Tout bonnement impossible. Il avait eu beau se retourner les méninges tout le jour durant, aucune autre possibilité ne s'était présentée à lui. Et ça l'agaçait doublement. Bien plus qu'un Gai Maito brisant sa routine journalière, paré de son habituel propension à exiger qu'ils se défissent.
Le fameux lieu se trouvait en périphérie du Pays du Feu, relativement à une courte distance du poste frontière surveillant la frontière avec Kusa. Un affreux lieu dont il savait avoir été le théâtre d'une guerre qu'il aurait préféré oublier. La terre sous ses pieds, brune et craquelée, en conservait les infimes traces, que seul l'observateur avisé serait amène de noter. Les reliques d'un combat ayant fait coulé plus de sang qu'il n'était censé sauver de vies apparaissaient comme intrigantes, presque spirituelles. Il s'agissait de « pépites » que les plus savants des historiens du pays appréciaient se targuer d'en connaître l'histoire. Kakashi n'avait rien contre ces gens, mais il ne les appréciait pas pour autant. Difficile de comprendre la curiosité malsaine de ceux n'ayant jamais foulé ce sol à l'instant précis où les destins de plusieurs vies basculèrent. La bonne mémoire avait toujours été un problème pour Kakashi Hatake. De simples détails troublants finissaient inexorablement par le poursuivre des années durant.
Cette vaste forêt – autrefois copieusement verdoyante, était peuplée de squelettes grisâtres dont l'écorce avait été noircie par l'intensité des ninjutsu Katon. Il fut un temps où ses lectures brillaient par leur diversité : Icha Icha était d'un genre littéraire bien différent de ceux dont il raffolait plus jeune. Et comme tout bon lecteur, sa curiosité l'avait conduit à consulter des archives. Une centaine d'âmes avait été réduite au silence, et c'était suffisant pour qu'un désagréable sentiment le prenne à l'estomac, quelque chose qu'il ne se souvenait pas avoir ressenti depuis la dernière était mal à l'aise à l'idée que ces maudits bougres aient choisit ce lieu en vue de la « transaction ». Les superstitions mystiques le laissaient de marbre, mais celles ayant attrait au passé grandement moins.
Le petit poste de commandement qu'ils avaient installé n'était composé que de quelques tentes seulement. Exactement trois. Le service de l'intendance les avait dénichées auprès de marchands itinérants désireux de rafraichir leur équipement avec de l'équipement plus robuste, tel que celui utilisé par les forces régulières en déplacement. Tout ce matos inutilisé depuis la dernière guerre avait retrouvé un second souffle. Ces derniers avaient dû trouver le marché bizarrement avantageux, mais n'avaient manifestement pas cherché à en connaître les raisons. Et c'était tant mieux. Un civil ne posait jamais de questions si l'accord était fait avec des shinobis étrangers. Et même quand on était du pays, ça ne se faisait pas. Tout un système qu'il était dangereux de côtoyer si l'on n'avait pas au moins une maîtrise du ninjutsu correcte. Personne ne souhaitait avoir une ribambelle d'agents à ses trousses parce qu'on avait été un peu trop curieux.
« Comment ça se présente ? »
D'une main il venait d'écarter une voilure, pénétrant dans l'enceinte de la tente qui abritait le centre stratégique de l'opération. Shikamaru Nara était penché sur la cartographie des lieux, pris dans une de ses réflexions silencieuses que même Raido Namiashi – Jounin expérimenté et très respecté de ses pairs, n'osait perturber. Shikamaru était en quelque sorte son « assistant ». Naruto aurait bien fait l'affaire mais Kakashi avait pensé que cette tête de mule ferait son bout de chemin comme il l'avait toujours fait, et avait préféré garder un œil sur le jeune Nara. S'il pouvait lui enseigner deux ou trois trucs pour qu'il s'en serve une fois Naruto indéniablement fait Nanadaime Hokage, ce serait parfait. Il constata sans surprise que Shikamaru avait pris l'initiative d'examiner le terrain, sous l'œil intrigué de Raido.
« C'est une grotte à deux entrées, à environ six kilomètres de la frontière. Selon les informations transmises par Shino, l'état des arbres à proximité n'offre pas une couverture digne de ce nom. »
Kakashi s'approcha doucement de la carte déployée sur une table de campagne, elle aussi acquise à l'occasion de ce troc par les gars de l'intendance. Ces gars sont géniaux dans leur domaine. Il se remémora de ses années passées dans les forces spéciales : lui et ses homologues ne rataient jamais une occasion de se plaindre d'une division ayant la mauvaise réputation d'être bureaucratique. Sa carrière comprenant dix années de service en tant qu'ANBU, il n'avait d'ailleurs jamais observé une telle véhémence à leur encontre au sein des forces régulières. Aujourd'hui, la plupart n'étaient pas des ninjas surentraînés depuis leur plus tendre enfance, mais des civils ayant des compétences et des connaissances non négligeables dans le commerce et la négociation. L'unité avait été reconstruite spécialement par injonction de Dame Tsunade, et il avait dû la remanier après le bilan désastreux de la dernière guerre. Oh qu'ils – les conseillers, avaient été grincheux à l'idée d'apprendre qu'une unité de logistique – jusqu'alors entièrement composée de Shinobi et de Kunoichi, allait compter dans ses rangs une majorité de civils. Les traditions perduraient à Konoha, malgré la façade moderne que tout le monde s'évertuait à afficher.
« A moins d'avoir une vue désastreuse, ils nous verront venir, c'est sûr », murmura-t-il dans son masque, assez fort pour que les deux jeunes Jounins puissent l'entendre. « Raido-kun ? »
Raido-kun était dans son coin, comme à son habitude. La chaise de campagne que cette même unité de logistique avait dénichée semblait le ravir. Ses coudes étaient posés sur ses genoux, et un air légèrement renfrogné marquait son visage usé par les années et les batailles. La vilaine cicatrice qui déformait horizontalement sa trogne, d'une oreille à la joue opposée, paraissait avoir vieillit en même temps que son porteur qui ne cherchait plus à la cacher comme il l'avait fait étant gamin.
« Combien sont-ils ? » questionna-t-il simplement, sans même préciser de quoi il parlait.
Il parlait des prisonniers.
« Une dizaine, et pas les plus sages »
Raido passa deux doigts sur le bout du menton, grattant pensivement l'extrémité.
« Un petit sceau pourrait faire l'affaire. Une téléportation au bon moment suffirait à les coincer tandis que l'autre partie des équipes s'occupera de boucler les entrées. »
Namiashi Raido était indéniablement l'un des shinobi les plus téméraires de tout Konoha. Calme mais toutefois doté d'une propension à la non-modération qui faisait de lui soit un être courageux soit une vraie tête de mule. Une caractéristique notable de la génération de ninjas dont ils faisaient tous deux partis.
« Un sceau ça se détecte » répliqua Kakashi. « Et s'ils sont fûtés, alors ils ont déjà fait le nécessaire. »
« Tu as une meilleure idée ? » C'était à peu près ce que le regard de son camarade signifia, mais ce qu'il ne put exprimer à voix haute. Kakashi était maintenant le Rokudaime Hokage. Donc Raido ravala sa salive et se contenta d'une œillade discrète. Dans un autre type de situation, cela aurait intérieurement fait rire Kakashi, mais il n'était pas d'humeur. Pas lorsqu'un incident diplomatique majeur lui pendait au nez et que toute la pression de l'aristocratie pesait sur ses épaules. Il l'avait appris le soir même, tandis qu'il pensait avoir bouclé les dernières piles de paperasses que Shizune s'était empressée de lui déposer sur le bureau alors qu'il s'était absenté pour soulager sa vessie, souffrant sans doute de la douzaine de tasse de thé qu'il avait avalé en l'espace d'une journée. Jamais de cette maudite journée il n'aurait cru recevoir de pire nouvelle : la mission diplomatique d'Iwa, en partance pour Konoha venait de subir une attaque et avait été kidnappée à l'intérieur de leurs frontières. Les ravisseurs eurent tôt fait de le revendiquer, sans mentionner leur appartenance à un quelconque groupe qualifié de terroriste par les services secrets du village. Ils exigeaient la libération de neuf détenus, et pas de n'importe quel genre. Des hommes et des femmes enfermés à vie dans la plus grande prison de haute sécurité des cinq nations : Hozuki. Des criminels de la pire espèce, dont aucun pays ne voulait plus entendre parler. Pas de répit pour les braves. Kakashi s'attendait alors à remettre les mains dans de sales affaires, et c'était pour cette raison qu'il s'était résolu à venir en personne sur les lieux de la transaction.
Cinq escouades complètes, dont les anciennes équipes Kakashi, Asuma et Kurenai qui avaient été récemment affectés aux « opérations spéciales », à ne pas confondre toutefois avec celles dont se chargeaient les forces spéciales. Ces dernières se limitaient à être catégorisée par la fameuse lettre « S », et toutes les escouades des forces régulières ne s'en acquittaient pas en temps de paix. Seules les équipes expérimentées et désignées par les hautes instances du village y étaient généralement affectées pour optimiser les résultats. Pas de pertes inutiles : c'était le mot d'ordre après une guerre affreusement coûteuse qui laissa veuves, orphelins et parents endeuillés.
Raido dirigeait à présent tout une compagnie de ninja : une vingtaine d'escouades auxquelles il distribuait les missions ou qu'il menait directement sur le terrain. En l'occurrence ses hommes étaient stationnés dans une ville non loin de Tanzaku, affairés à remettre de l'ordre dans une ville où le seigneur local tentait désespérément de rétreindre les ardeurs des révolutionnaires locaux. Un seigneur riche. Très riche. Une aubaine pour les finances de Konoha. « Si tu es malhonnête, tu peux aisément les faire banquer davantage. Les ANBU sont doués pour semer la discorde. Nous sommes payés au mois, non ? » avait proposé Raido. A l'époque – soit environ six mois, Kakashi avait froncé les sourcils à deux doigts de lui rétorquer un « Pas mon genre » indisposé. Depuis les derniers bilans financiers du village auxquels il avait été forcé par ses devoirs de participer, cette idée s'avérait d'autant plus séduisante. Peut-être y repenserait-il une fois les soucis immédiats résolus. Chaque chose en son temps.
« Et pourquoi ne pas utiliser Hiraishin ? » suggéra Shikamaru.
La technique du Yondaime Hokage. De Minato Namikaze. Raido cligna plusieurs fois des paupière, sourcil gauche levé, scrutant distraitement le bout de ses pieds. Cette technique était indétectable, sensitivement parlant.
« Bien pensé, mais je ne suis pas le Quatrième Hokage. Il faut au moins deux autres personnes maîtrisant un minimum la technique, et ce minimum est bien difficile à atteindre. Et même si Kakashi – Hokage-sama, a eu l'occasion de la copier, je ne suis pas certain que nous y parvenons à deux », déclara Raido en veillant à soustraire de sa phrase les plus banales formes de familiarité avec le chef du village.
Pourtant, il savait que seul à seul et même en présence de personnes de confiance il n'était pas nécessaire qu'il l'appelle « Seigneur Hokage ». Kakashi n'avait rien d'un noble, et il détestait qu'on s'adresse à lui comme tel. Faisant fi de ce détail sans réelle importance, il secoua la tête négativement.
« Non, cette technique est trop rapide pour que le sharingan puisse la décomposer », expliqua-t-il en masquant uns de ses regrets les plus refoulés, sa plus grande déception résidant en le fait qu'il n'avait pas pu demander à son maître de lui enseigner la technique qui eut contribué à faire de lui le ninja légendaire tant redouté.
Shikamaru avait déjà une petite idée en tête. A vrai dire, elle avait germé dans son esprit au moment où le bourdonnement discret mais familier s'était immiscé désagréablement dans son oreille. L'une des bestioles de Shino – une parmi les milliers que son camarade transportait dans son corps (et il ne désirait pas spécialement connaître le nombre exact) venait de lui transmettre les précieuses informations que l'équipe de reconnaissance avait collectées. Le jeune Nara ne se sentit pas spécialement intelligent, ni glorieusement indispensable, mais soulagé d'avoir une solution à proposer à son supérieur dont le sarcasme parvenait à l'égratigner intérieurement.
« Je crois avoir quelque chose », déclara-t-il sur un ton bien plus agacé qu'il ne l'eut prévu.
Rokudaime Hokage leva un sourcil, et Shikamaru ne sut dire s'il était étonné ou si cela n'était qu'une autre de ses expressions pseudo-faciales très irritantes. Maître Asuma lui manquait cruellement, souvent. Si Kakashi Hatake était génialement plus tactique et méthodique que son sensei, sa nature solitaire et rudement pragmatique ne faisait pas de lui une bonne compagnie à long terme. Non pas qu'il fut grincheux comme Godaime Hokage l'était dans ses plus mauvais états, mais l'accès au poste suprême semblait avoir fait surgir en lui un flegme prononcé. Il s'était quelques peu écarté de l'image du sensei bienveillant qu'il avait réussi à construire, même si son dévouement envers ses jeunes protégés demeurait intact.
« Vraiment, Shikamaru ? » finit par répondre Kakashi sans une once d'humour dans son intonation impeccablement placide. Il l'incitait manifestement à ne pas garder son idée sous silence.
Galère. La situation lui semblait particulièrement ennuyante, mais il ne pouvait désormais plus négliger ses responsabilités au sein du village. Il repensa à Kurenai et à Mirai. Pas de recul possible. Asuma et son père lui faisaient confiance.
« Eh bien, j'ai … »
« Kakashi-sensei ? »
De toutes les personnes à Konoha dont Kakashi Hatake entretint une relation plus ou moins familière avant de prendre la succession à la tête de Konoha, Naruto Uzumaki était bien celui qui n'était pas embarrassé par le titre de son maître. Il n'y avait aucune confusion sur le fait que Kakashi était toujours Kakashi-sensei, même après avoir passé quatre ans à la tête du village. La trogne blonde du Jinchuuriki émergea des draperies de la tente, apparition dépourvue de tout cérémonial. Ce n'était pas avec Kakashi qu'il changerait. Ce dernier tourna la tête, sans surprise apparente. Il l'avait repéré à la lourdeur de ses pas.
« Qu'y-a-t-il ? »
Les yeux bleus de Naruto passèrent de Raido à Shikamaru comme s'il percevait la tension non négligeable dont l'atmosphère était empreinte. Trop naïf, selon Kakashi qui était curieux de la façon dont son ancien élève évoluerait au fil des années. Le jeune Uzumaki suivait son chemin à l'instar de tous ses autres camarades de génération. Ils suivaient tous leur propre chemin. Shikamaru se demandait jusqu'où le sien allait le mener, avec un peu moins d'optimisme que son ami dont les goûts vestimentaires n'avaient pas changé d'un brin en matière de couleur.
« Le cortège d'Hozuki est arrivé. On attend votre signal avant d'y aller »
Le regard de Naruto eut quelque chose de malicieux, reflétant également celui plus modéré de Raido qui se frotta la joue en faisant mine de reporter son attention sur la cartographie.
« Tu as dix minutes pour peaufiner ton plan, Shikamaru. », annonça le Rokudaime avant de quitter le couvert de la tente sans plus un mot.
Naruto laissa passer son aîné, et préféra emplir la pièce de son aura plus tôt que de chercher à en apprendre plus sur …
« C'est un clone ? » marmonna Raido, loin d'être amusé.
Les anciens avaient tendance à plus se souvenir du cancre que du héros de guerre. Shikamaru l'aurait réalisé la seconde suivante, puisqu'il était impossible que le vrai Naruto manque l'occasion de vérifier certains ragots qu'il avait lui-même contribué à nourrir. Comme s'il s'attendait à ce qu'une remarque sorte de la bouche du jeune Nara, Naruto objecta :
« Bah quoi ? Tu ne veux pas savoir ? »
Galère. Au fond, il en mourrait d'envie.
Il ne s'agissait pas de l'équipe de reconnaissance. La demi-douzaine de ninjas arpentant le campement n'était pas dupe. Ils s'étaient progressivement déplacés en direction des nouveaux arrivants dont la majorité se trouvaient être des criminels de rang S que même leur village respectif s'étaient refusés à garder dans une prison. La tension était montée d'un cran, et il ne fut pas surprenant de constater que des ninjas en uniforme s'étaient parés de leurs armes de prédilection. Naruto Uzumaki se demanda pourquoi Kakashi Hatake ne fit pas signe qu'il était inutile de jouer les gros bras. Peut-être espérait-il sauver les apparences ? Les gardes de la prison étaient mandatés par l'Alliance Shinobi, et ils n'étaient pas tous de Konoha. Cinq gardes au total, dont un semblait être Sunajin en raison de la coiffe qu'il portait, typique des peuples du désert. Gaara lui avait un jour expliqué que les traditions du peuple de Suna étaient restés encrées dans leur société : c'était à la fois une force et une faiblesse. Ces gens étaient réticents au changement, mais ne reculaient en revanche devant aucun sacrifice. Naruto était heureux de ne pas avoir à combattre des ninjas comme ceux de Suna : à croire qu'il vivait à la bonne époque.
Son clone tapait la discussion avec Shikamaru et Raido-san – un Jounin calme qu'il trouvait moins « cool » que Genma Shiranui ou Asuma-sensei. La mort de ce dernier, intervenue peu avant la Quatrième Guerre, avait été comme noyée par le flot de pertes que celle-ci avait causé. Le vide que sa disparition avait engendré s'était mué en un malheur commun, et l'on parlait d'Asuma Sarutobi non plus comme une âme digne d'être vengée mais comme une anecdote d'un conflit cauchemardesque que tout le monde préférait oublier. C'était inévitablement triste, et une partie de lui s'en indignait. C'était la vie, tout comme le fait qu'Hinata se trouvait plus en avant du danger qu'il ne l'était actuellement.
Tu ne fais pas partie de l'équipe de reconnaissance, Naruto, avait objecté Kakashi. Et puis t'inquiète pas, il ne fait aucun doute que ni Kiba, ni Shino ne voudront t'avoir sur le dos s'il lui arrivait quelque chose.
Kakashi avait l'art de rassurer tout en se gardant de le faire pleinement. Tout comme ses compliments qui ne l'étaient en réalité qu'à moitié. Bien loin d'un Gai-sensei ou d'un Asuma-sensei. Mais toujours là pour relever ses protégés quand ces derniers trébuchaient, sans toutefois s'empêcher de sourire narquoisement derrière le voile sombre de son masque. Même Sasuke n'avait pas échappé aux remarques piquantes. Surtout Sasuke. Maître Kakashi avait été incontestablement plus sévère envers Sasuke qu'envers lui-même, et il continuait à l'être. Naruto le soupçonnait de conserver une certaine rancœur à l'égard de son protégé Uchiha.
Une occasion se présentait – en or de surcroit, Naruto n'allait pas manquer sa chance de taquiner son sensei. Qui sait ? Peut-être aurait-il l'opportunité de vérifier ce que lui et ses camarades suspectaient ? Se souvenant qu'il devait au moins faire bonne figure, il se focalisa sur son humeur et tâcha d'en extraire tout le sérieux disponible. Il n'oubliait pas la situation bancale dans laquelle Konoha était plongé, et c'était une priorité.
Il emboita alors le pas de son Maître qui se dirigea vers la source de toutes les inquiétudes, une main dans une poche, ses déplacements ne trahissant aucune précipitation. Pourtant, il avait remarqué que sa mâchoire tressaillait de temps à autre, une habitude de son sensei qu'il avait appris à décoder. Un léger sourire se glissa sur son visage, soulagé qu'une distraction lui permette de gérer un peu mieux son inquiétude vis-à-vis de sa jeune épouse, toujours en mission de reconnaissance.
Une femme était à la tête du cortège, et elle s'était détachée du lot histoire de laisser à l'écart les prisonniers pour ainsi éviter d'échauffer les ardeurs des plus nerveux. Elle patientait en attendant la venue du Rokudaime Hokage, les bras croisés sur sa poitrine largement moins disproportionnée que Godaime Hokage, ses yeux d'un bleu très clair semblant capable de pourfendre n'importe quel malheureux ayant eu l'audace de prononcer le mot de trop. Naruto ne la connaissait que de nom, mais il ne l'avait jamais rencontrée. C'était une criminelle repentie, disait-on, et il crut reconnaître un petit d'air Obito Uchiha. Le regard glacial de la femme sauta subitement de la petite troupe de prisonnier aux deux ninjas de Konoha. Il se réchauffa subtilement au contact de Kakashi – Naruto le nota mentalement, avant de briller curieusement en se décalant vers lui. Sa voix était claire et douce, et son accent était semblable aux gens des îles de la Mer Centrale, faisant sonner le plus banal des mots comme une terrible menace. Naruto avait du mal avec les Kirijins, et il ne doutait pas du fait que Zabuza Momochi parla avec le même accent y fut pour quelque chose.
« Les gens de Kiri sont terribles, et plus particulièrement les générations ayant été engendrées sous Yagura », était-il courant d'entendre aussi bien à Konoha qu'en n'importe quel lieu. Soudainement un changement subtil s'opéra à travers son corps. Il y était habitué : la complexité biologique d'un jinchuuriki y était pour quelque chose. Kyuubi grogna intérieurement. Par tous les diables, ne t'approche pas d'elle, avertit le démon à neuf queues. Ne la touche surtout pas.
« Naruto, voici Kahyo … »
Kakashi était évidemment en train de présenter son protégé et son chakra se mit littéralement à bouillir. Ça ne lui était plus arrivé depuis des lustres, car il avait appris à maîtriser le chakra du démon. Un danger éminent, pensa-t-il. L'instinct de la bête scellée dans ses entrailles l'emportait sur le sien. Il fut pris de vertiges, inapte à retrouver le sens de l'équilibre.
« Naruto ? »
Une légère fluctuation dans la voix de Kakashi lui fit prendre conscience que sa vision des couleurs était altérée, les nuances pourpres se faisant de plus en plus dominantes. Il remarqua, troublé, qu'il était incapable de retourner une aussi banale forme de politesse qu'un simple « bonjour ».
« Hum », essaya-t-il d'articuler.
Ses pupilles avaient pris cette teinte sanglante, et il y eu un mouvement de recul parmi les ninjas de l'Alliance qui se trouvaient à quelques mètres. Il sentit même le bout de ses doigts se déchirer puis se tordre comme s'il perdait le contrôle de lui-même.
« Tu peux dire à ta vilaine bestiole que je me tiendrais à bonne distance », fit la directrice d'une voix légèrement plus douce.
Tant mieux, maugréa Kurama, néanmoins soulagé. Les couleurs reprirent leur teinte habituelle et son chakra retrouva son activité ordinaire. Le sol sembla retrouver contenance sous ses bottes, et tout redevint calme.
« Je crois que ça va mieux », indiqua Naruto en serrant puis desserrant les articulations des mains en vue d'éviter d'éventuelles crampes. « C'était quoi ? »
Cette question visait particulièrement la kunoichi dont la commissure droite des lèvres régulières tressauta légèrement en faisant apparaître une jolie ride. Il réalisa soudainement qu'il avait déjà entendu sa voix quelque part, mais il était trop confus pour investiguer dans ses souvenirs.
« Une histoire de température de chakra, c'est plus dangereux pour toi que pour ton démon. Il doit vraiment tenir à toi. »
Naruto lâcha un petit rire nerveux, se frottant l'arrière du crâne tandis qu'une petite goutte de sueur coula dans son dos. Alors comme ça, tu m'aimes bien ? lança-t-il à son for intérieur démoniaque. Cela aurait été fort désagréable pour nous deux, rétorqua Kyuubi. En particulier pour moi. Evidemment, comment un être aussi égoïste qu'un Bijuu pouvait-il penser à son hôte au détriment de son bien être ? La main gantée de Kakashi se posa fermement sur son épaule, et cela lui permit de se replonger entièrement dans la réalité.
« Signale à Shikamaru qu'il ne lui reste plus que cinq minutes, tu veux bien ? »
Il était évident que ce petit incident servait de bon prétexte pour qu'il ne participe pas à la discussion. Un peu sonné, Naruto agita la tête avant de tourner les talons, non sans avoir gratifié Kahyo d'une œillade suspecte. Peut-être chercherait-il à obtenir des explications plus tard.
« Eh bien », lâcha Kakashi en ne quittant pas Naruto des yeux tandis qu'il se dirigeait un peu hagard vers le centre du bivouac. La peur que Kyuubi lui inspirait était bien restée tapie dans son esprit. Il lui avait fallu moins de quelques secondes pour s'en rappeler. Et il ne préférait pas que ça se reproduise de sitôt.
« Qu'est-ce que c'était ? » demanda-t-il peut-être un peu trop brutalement.
« Tu te souviens de mon Kekkei Genkai ? » répondit Kahyo le plus naturellement du monde. Elle avait considéré Naruto avec méfiance dès l'instant où elle avait croisé son regard, Kakashi l'avait aussitôt perçut.
« Oui, je me rappelle », il n'était certainement pas près de l'oublier. Lors des évènements du Tobishachimaru, il avait largement eu un aperçu de l'éventail de ses compétences. Elle était une manipulatrice de la glace, et tout ce qu'elle touchait se retrouvait givré selon son bon vouloir. A moins de malaxer continuellement son chakra – ce qui rendait impossible l'usage de toute forme de ninjutsu –, sa capacité gelait n'importe qui sur place. Et quand c'était le cas, vous étiez tout bonnement mort.
« Mon chakra est extrêmement diffus : même si je ne le désire pas, il est irrémédiablement transmis à n'importe quelle surface qui entre en contact avec mes mains. De plus, il est beaucoup plus froid que n'importe quelle personne normale. Tout l'inverse du chakra de Kyuubi. »
Il voyait où elle voulait en venir. Le chakra n'aimait pas se mélanger avec son inverse, tout comme l'air chaud ne se mêlait pas à l'air froid. C'était en raison de cette propriété que chaque nature de chakra était induite par au moins une faiblesse élémentaire. Une technique Suiton annulait une technique Katon, et si ce même phénomène venait à se produire au sein d'un organisme humain, la mort serait inévitable.
« Un empoisonnement du chakra », déclara-t-il en déviant le regard de la tente dans laquelle se trouvait Shikamaru et Raido, et par laquelle Naruto venait de disparaître.
Leurs yeux se rencontrèrent et il s'en trouva déstabilisé. Une situation assez désagréable comme toutes les fois où elle intervenait en public. « Je dirai une mort foudroyante », conclut Kahyo pendant qu'elle marchait en direction du bivouac, les boucles de sa chevelure blonde glissant avec grâce sur ses épaules. Son odeur submergea ses cellules olfactives. Il ne l'écouta pas, et ce fut involontaire. Il dut se mordre l'intérieur de la joue pour faire taire ses rêvasseries. Puis elle ajouta : « Nous n'avons pas beaucoup de temps, je présume ». Kakashi consentit en agitant la tête, prétextant intérieurement que la petite frayeur que Naruto lui avait donnée était la seule et unique cause de son trouble.
Il y avait beaucoup de mots pour décrire ce qu'il détestait, mais cruellement peu pour le reste. Sasuke Uchiha se dit qu'il était bien inutile d'excuser son absence par de simples mots, mots beaucoup trop gauches pour exprimer quoi que ce soit. Alors il finit par conclure : « Tout va bien de mon côté. Et du tien ? ». Et il eut certains remords à ce que les dernières lignes d'une lettre destinée à la femme qui l'attendait à Konoha finissent ainsi. En considérant le problème différemment, du point de vue de Sakura par exemple, il chercha ce qu'elle pourrait espérer qu'il lui écrive. Ses lettres étaient ennuyeuses de toute façon, et leur prose n'était pas plus évoluées que celle des rapports hebdomadaires envoyés au Rokudaime Hokage – Kakashi. Si Sasuke avait été à la place de Sakura, son besoin primaire aurait été de savoir que tout se passait bien. Il était bien inutile de tenter d'effacer la distance qui les séparait à travers une lettre, car l'écriture ne remplaçait pas à elle seule les paroles et les gestes.
Mais un an, ça fait tout de même long, non ?
Un sacré bail. Une autre lacune dans une relation tellement inadaptée. La leur était pleine d'imperfections et de crevasses. En énumérant tous les autres couples de leur génération – désormais mariés pour la plupart, il ne se souvenait pas que l'un ait attenté ne serait-ce qu'une fois à la vie de l'autre. Ce fut son cas. Et l'idée qu'elle l'aimât sans relâche en dépit de ses crimes et des blessures qu'il lui infligea suffisait largement à lui ôter le sommeil. Comment pouvait-elle lui avoir pardonné ? Il comprenait, pour Naruto. Ils s'étaient tous deux amputés, et il s'obligeait à se le rappeler continuellement – c'était pour cette raison qu'il refusait de porter une prothèse. Mais une relation d'homme à homme était différente. Durant des années entières, Sasuke avait été le tortionnaire direct et indirect. L'individu qui la fit passer pour une idiote, une songe-creuse. Au départ, il ne s'était pas attendu à voir autre chose que le ressenti coutumier présent dans le regard de bon nombre de ses anciens camarades. S'il était considéré comme un héros de guerre par le plus commun des villageois, ses vieilles connaissances n'en démordaient pas de le voir comme un ancien déserteur. Ino, Hinata et Lee entretenaient des rapports amicaux, mais d'autres - Kiba ou Shikamaru, veillaient à garder froidement leurs distances. Sans parler de Kakashi, dont il était impossible de savoir s'il rêvait secrètement de l'envoyer à Hozuki. « Sakura, et Naruto le méritent bien. Et c'est le seul cadeau que je puisse leur faire », avait-il simplement répondu quand Sasuke désira connaître les raisons qui poussèrent son ancien maître à se porter garant de lui.
Sasuke Uchiha l'avait bien compris : un seul pas de travers, et il serait jugé pour tous ses crimes passés. Cette fois innocemment, il continuait de causer du tors aux personnes qui lui importaient, et il se demanda combien de temps Sakura espérerait avant de se résoudre à passer à autre chose. Et il souhaitait qu'elle se lasse, ayant réalisé que ce simple amour de jeunesse ne lui donnerait pas tout ce dont elle avait rêvé. Sasuke comprenait non sans douleur qu'il était nécessaire pour Sakura qu'elle se détache progressivement de lui, et la distance physique qu'il s'attelait à mettre entre eux en était la conséquence. Il ne pouvait tout simplement pas lui dire : « Séparons-nous, trouve-toi quelqu'un de plus présent » - et ce serait exactement ce qui sortirait malhabilement de sa bouche. Il la briserait davantage qu'il ne l'eut fait auparavant. Par contre si elle le réalisait d'elle-même, c'était mieux.
Et cela ne te ferait-il strictement rien ? lui fit rappeler une petite voix intérieure. Bien sûr que si. Aucune importance car ce serait bien la première fois qu'elle l'aurait blessé.
Doucement, il reposa le porte-plume parallèlement à la feuille de papier posée sur la seule surface que cette chambre d'hôtel miteuse comprenait. L'air fut expulsé de ses narines, propulsé hors de ses poumons par le soupir fâché qu'il poussa. Durant l'espace d'un instant, il se retrouva gamin, se sentant seul et dépourvu au beau milieu de nombreuses considérations dont il n'avait pas parfaitement la maîtrise. Déjà usé par la vie, mais déterminé à marcher malgré tout sur la voie qu'il s'était tracé.
Après avoir aspiré à participer à sa destruction, protéger Konoha était tout ce qui lui importait. Pour Itachi dont il portait désormais l'héritage. Et même si cela impliquait de sacrifier son bonheur, alors il le ferait. Cette lettre attendrait, il avait mieux à faire et se replonger dans la routine habituelle était d'un réel réconfort. Au moins il s'inquièterait moins pour elle. Du moins, il l'espérait.
Qu'est-ce qu'Orochimaru avait en tête ? Le repère d'Orochimaru était à moins de deux heures de marche. Ce Yamato – surnommé Toutou de Kakashi par cette langue de vipère –, lui avait adressé un message qui lui était parvenu au beau milieu du jour d'avant. Le Jounin de Konoha lui était apparu sous forme d'un clone ayant subitement émergé d'une branche : il parvenait à transmettre son chakra à travers les réseaux de racines et de champignons, comme le faisait Hashirama Senju en son temps. Et cela, dans un rayon d'une centaine de kilomètres.
« Je ne sais pas ce que te veut Orochimaru, mais il te demande. Cela concerne le village »
Lorsque Sasuke avait demandé en retour pourquoi Yamato ne s'occupait pas personnellement de mettre en contact le sanin et Kakashi, ce dernier lui fit savoir que c'était une demande personnelle. Connaissant ce tordu, c'était un moyen de prouver sa bonne foi – sa liberté lui serait soustraite au moindre écart, sans pour autant se mettre entièrement à la disposition du Hokage. Si Orochimaru était en possession d'une information importante, il ne la transmettrait qu'à Sasuke dans l'unique but de retarder le renseignement. Ainsi, il pouvait satisfaire sa haine envers Konoha – qui le tenait plus ou moins en laisse depuis la dernière guerre –, sans pour autant le faire trop ouvertement. Orochimaru avait manifestement d'autres chats à fouetter pour l'instant, et il était difficile de savoir quoi exactement – Sasuke n'était pas particulièrement impatient de le découvrir.
Le vieux serpent s'était terré non loin des contrées nord du Pays du Feu, ayant abandonné la plupart de ses repères d'Oto, ainsi que ceux de la frontière nord-est. Après la Quatrième Guerre Ninja, il eut été limité à un certain nombre de locaux souterrains dont les emplacements étaient connus des services secrets de Konoha et étroitement surveillés. Il était clair qu'il ne bénéficiait plus des mêmes libertés, mais il n'était pas idiot de penser que c'était comme couler de paisibles vacances loin des caprices du monde d'après-guerre. Un luxe que peu de braves gens bénéficiaient, la plupart émergeant à grande peine d'une période de deuil et de reconstruction.
L'endroit était relativement éloigné des grandes routes et celles, non-restaurées, où se languissaient carrioles et charrettes tirées par chevaux ou bœufs. La vétusté de l'avant-guerre avait laissé place à un élan de modernité qui en effrayait plus d'un : avec les villages dévastés par les hordes de Zetsu, leurs habitants eurent préféré la sécurité des grandes villes. Au cours de ses périples, Sasuke était souvent tombé sur des villages fantômes dont le peu qui ne fut pas pillé par le banditisme local fut dévoré par le temps. Orochimaru avait bien fait les choses : s'il ne désirait pas que vous le trouviez, vous pouvez toujours attendre. Le serpent avait encore modifié la façon dont il camouflait les environs de son repère principal, si bien que le dernier survivant du clan Uchiha dû se servir de son sharingan pour contrer le genjutsu à l'œuvre.
Il trouva l'entrée d'une caverne après avoir vagabondé toute une heure entre racines, feuillages et champignons toxiques peuplant le massif forestier. Sasuke ne s'était étrangement pas sentit seul durant toute la durée du trajet, la désagréable sensation que des yeux corrompus étaient posés sur lui l'accompagnant perpétuellement – Yamato excepté. Sa présence, indiscernable de la faune indigène, ne pouvait se dérober au pouvoir de perception du Sharingan et il ne fit pas plus d'effort pour s'en cacher. A quelques mètres de l'entrée du repère –, Sasuke lui envoya un coup d'œil par pure curiosité. Le ninja de Konoha ne broncha nullement, camouflé par l'orée d'un arbre qui ne ressemblait pas à l'une de ses créations. Il se demandait bien ce qui avait convaincu Yamato d'aller le chercher lui. Orochimaru avait dû faire un effort d'argumentation considérable.
Lorsque Sasuke Uchiha commença à se fondre dans les ténèbres de l'antre, la manifestation du chakra d'Orochimaru s'accrût sensiblement : d'une quelconque manière, ils étaient indéniablement liés, une partie du chakra du monstre n'ayant totalement pas disparu avec le sceau maudit. Il s'attendit à ce que Juugo, Suigetsu ou même Karin se manifesta pour l'accueillir mais il n'en fut rien – une bizarrerie qui lui indiqua qu'Orochimaru craignait une éventuelle visite. Orochimaru n'était pas le genre d'individu craintif, et Sasuke en déduisit que son ancien mentor ne souhaitait pas tailler un brin de causette autour d'un thé. Un évènement venait de se produire au point de forcer la harpie à se terrer dans son nid. Au fur et à mesure il s'enfonçait dans les ténèbres, jusqu'à ne plus distinguer l'aura de lumière qui émanait de l'ouverture par laquelle il était entré. Il n'y avait que lui, le bruit de ses bottes qui frappaient le sol, et l'air chargé de chakra déliquescent.
Soudain, il cessa de marcher. De part et d'autre des parois irrégulières de la caverne, un mécanisme s'enclencha et le Sharingan ne put le détecter. Un mécanisme primaire, destiné à piéger les malheureuses brebis égarées. Agile, il dégaina néanmoins son sabre à temps, et rejeta la salve de kunai qui fondit sur lui rapidement. Le calme retomba en moins de cinq secondes, lui laissant à peine le temps de reprendre son souffle. Du moins, c'est ce qu'il lui fit croire avant d'apparaître.
« Eh bien, Sasuke », commença une voix trainante et sordide, « toujours aussi habile avec un sabre à ce que je vois ». Sasuke ne rengaina pas la nouvelle Kusanagi pour autant, maintenant la lame en position basse, prêt à s'en servir à tout instant. L'ancienne Kusanagi avait été perdue lors du combat contre Madara, et si cela lui avait causé un pincement au cœur, il était soulagé de s'être totalement affranchi d'Orochimaru.
« Tu as intérêt à avoir une bonne raison de me détourner de ma route, Orochimaru », dit-il d'une voix rauque. Rares étaient ceux ayant le luxe de connaître le Sanin Légendaire, et ceux qui étaient capables de cerner ses humeurs se comptaient sur les doigts d'une main. Sasuke en faisait partie, et il discerna presque de l'inquiétude dans sa voix : un manque d'ironie manifeste qui l'informait qu'Orochimaru ne contrôlait pas une variable sur l'échiquier. Et que cela devait l'affolait terriblement. Ce n'était pour l'instant qu'une intuition, mais Sasuke Uchiha savait quand s'y fier.
« Suis-moi », se contenta d'exprimer Orochimaru dont il ne put discerner les traits dans le noir. Cependant, son Sharingan lui permettait de discerner toute source de chakra – avec une précision moindre comparée au Byakugan –, et ce fut ainsi qu'il put le suivre dans l'obscurité, instinctivement sur ses gardes. Sasuke n'avait jamais oublié ce qu'Orochimaru avait tenté de lui faire, bien qu'il ait d'autres projets en cours semblait-il. Le reste du trajet se termina devant une entrée dérobée qu'Orochimaru écarta d'une technique Doton. La lumière d'un complexe scientifique inonda le tunnel et Sasuke cligna plusieurs fois des paupières pour s'habituer à la luminosité ambiante. Le Hall était bien moins théâtral que ceux des anciens repères, se limitant à une petite pièce par laquelle s'embranchait plusieurs autres couloirs reliant plusieurs pièces. La décoration intérieure était sombre, et Sasuke fut incapable de savoir si Juugo, Karin ou Suigetsu se trouvaient dans les parages. Orochimaru, lui, était bien réel, sa présence sporadique sollicitant l'ensemble de ses peurs primaires – oui, Sasuke Uchiha était effrayé par ce type et l'avoir vaincu une fois ne remettait pas en cause ce fait. Toutefois quand il daigna l'observer prudemment, il se rendit compte d'un infime changement dans sa morphologie. Il était plus petit, plus svelte et relativement moins âgé. Son regard de serpent n'avait en revanche pas changé d'un iota. Son allure paraissait en revanche plus fanée et moins assurée. Serait-il en train de ...
Vis-à-vis de la confusion de son invité, Orochimaru étira ses lèvres en un sourire tout aussi monstrueux mais ne fit aucune remarque. Au lieu de cela, il se déplaça vers la gauche et empruntant le couloir menant certainement à ses appartements. La dernière fois que Sasuke était resté seul à seul avec lui, il avait manqué de se faire déposséder de son corps. Il ne l'oubliait pas. La pièce personnel d'Orochimaru était agencée de la même manière qu'à Oto : il aurait pût se croire dans une bibliothèque et être déconcerté par la collection de serpents morts conservés dans du formol qu'il entretenait avec soin.
Il n'a pas changé de goûts en matière de décoration, songea Sasuke empreint d'un humour anecdotique au vu de la situation. Il s'attendait presque à ce qu'Orochimaru fasse un commentaire à ce sujet, mais il préféra manifestement ne pas perdre un temps qui se révélait précieux.
« C'est une bonne chose que tu te sois dépêché. Peu importe. Cette forêt couvre une menace, et je ne peux pas enquêter dessus sans que ce cher Yamato s'en aperçoive. Et il ne me laisserait pas faire. Si tu te diriges à l'ouest d'ici, tu seras à mène de le remarquer. »
« Et en quoi cela me concerne-t-il ? » rétorqua Sasuke, platonique. Orochimaru avait expliqué cela brièvement, comme s'il tenait à ce que Sasuke s'en aille au plus vite. Curieusement, en connaître les raisons lui tint à cœur. Il continua la discussion astucieusement pour avoir des indices : « Quel genre de menace un Jounin de Konoha ne peut-il pas traiter ? »
« Tu sais bien qu'il penserait à une diversion », répondit Orochimaru, au tac-au-tac.
Quelque chose n'allait pas, et même une bonne répartie ne ferait pas démordre Sasuke.
« Et en quoi ça me concerne ? Où sont Karin, Juugo et Suigetsu ? Et ne me dis pas qu'ils sont occupés. » Suigetsu s'ennuyait, il le savait. Sasuke avait gardé contact avec les anciens membres d'Hebi, et même si ce n'étaient pas réellement ses amis, aucun d'entre eux ne lui transmettrait d'information mensongère. « Orochimaru nous garde sous la main avec Juugo », lui avait alors récemment confié le Kirijin.
Orochimaru fit une légère grimace, faisant tressaillir de frustration son visage pâle. Un signe de faiblesse qui n'échappa à Sasuke. Il effectua quelques pas jusqu'à se retrouver nez à nez avec son interlocuteur, le dépassant d'une bonne tête.
« Soit tu me dis tout, soit je m'en vais », menaça l'Uchiha. Cela eut pour effet de donner au Sanin un sourire crispé, presque bon perdant.
« Tu te doutes bien que je suis en train de modifier mon enveloppe corporelle ? Et comme tu es perspicace comme garçon, ne sais-tu pas que mes capacités sont comme qui dirait limitées ? »
« Et qu'est-ce que j'en ai à faire ? Ma loyauté va envers Konoha, je ne bosse plus pour toi, Orochimaru. »
Si Orochimaru était affaiblit, tant mieux. Il se souvenait très bien de la souffrance qu'éprouvait cet être détestable une fois soumis à l'épreuve du changement de corps. La façade d'entité supérieure et omnisciente qu'il se donnait s'effritait au profit de l'image d'un vieillard décrépissant.
« Une forme de chakra particulière est apparue subitement. Ce fut comme l'effet d'une détonation » narra l'être reptilien en contournant son ancien disciple pour aller s'installer sur un siège non loin. « Pas au sens propre, une émanation brutale de chakra semblable à une implosion. C'était … impressionnant et effrayant. Je n'ai jamais observé une telle puissance depuis la dernière guerre. Tu imagines bien que si un phénomène de cet ampleur se produit à l'intérieur même des frontières de ce pays, Konoha est concerné. »
Un point pour lui. C'était typiquement le genre d'incident qu'il cherchait à éluder lors de ses voyages, et si cela inquiétait l'un des shinobi les plus redoutés au monde, alors c'était une tâche qui l'incombait. Il toisa Orochimaru avec une pointe de mépris ouvertement affichée, d'un dédain caractéristique du sang qui coulait dans ses veines.
« Très bien. Je m'en occupe, mais ne va pas croire que c'est en souvenir de nos anciennes collaborations, vieillard », siffla Sasuke avant de tourner les talons avec la ferme intention de quitter cet endroit malaisant. Mais Orochimaru avait toujours son mot à dire, même affaiblit.
« Laisse-moi te donner un conseil, Sasuke Uchiha. »
Il était bien rare que sa voix semble aussi sérieuse, sans doute n'était-il pas physiquement à l'aise pour se permettre de railler librement face à un homme ayant la maîtrise du Sharingan et du Rinnegan. Les deux anciens collaborateurs échangèrent un regard de défi, débarrassé de toute formalité telle que la politesse et la courtoisie.
« Tu auras toujours besoin de moi, mon garçon », mon garçon ne signifiait nullement qu'il le portait en affection, et cela s'entendait au tranchant de ses mots de venin, « parce que je t'ai toujours aidé. Tu oublies beaucoup de choses, et tu ne devrais surtout pas nier le fait que si tu respires encore c'est parce que je l'ai voulu, et non l'inverse. » Ses traits se déformaient au gré de ses mots, déshumanisant son expression, le rendant à la fois plus bestial et vulnérable.
Être enchaîné comme un chien, croupir au fond d'un terrier et avoir perdu tout pouvoir, voir ses ambitions s'écrouler plus rapidement qu'elles n'avaient été fondées : voilà ce à quoi Orochimaru était réduit. Sasuke n'avait plus rien à craindre de lui dans l'immédiat, et la seule arme dont il eut actuellement l'usage fut sa langue acérée. Le cadet des Uchiha se para d'un sourire froid en guise de réponse, sous l'effet d'une forme de satisfaction éhontée.
« Konoha te remercie pour ta coopération », ajouta-t-il avant de se diriger vers la sortie. Il n'y avait plus rien à en tirer. Il était venu, et repartait à présent avec un nouvel objectif, une nouvelle ligne à suivre qui tiendrait à distance ses pensées les plus obsédantes. Mais Orochimaru était du genre tenace, sa perfidie sans limites ne supportait pas de se faire ridiculiser par une de ses anciennes proies. Il en avait toujours été ainsi. Alors dans un dernier élan d'acerbité, l'ancien seigneur d'Oto essaya de lui porter un coup bas, de réveiller cette autre part de lui qu'il n'avait pas tout à fait vaincu.
« Ainsi tu es devenu le nouveau toutou de Kakashi Hatake »
Sasuke s'arrêta, plus intrigué par la remarque que vexé. Mais il comprenait les sous-entendus de cette remarque : c'était une allusion à sa loyauté volatile. Cette autre part de lui – celle à la fois de la haine et de l'amour –, s'était estompée avec le temps. Seul le temps guérissait de graves peines de cœur, et non la voie qu'il eut un temps suivit : celle de la vengeance. Cependant ses peurs demeuraient intactes, et il guettait avec appréhension l'instant où il serait de nouveau confronté à un chagrin de la même intensité que celle où son frère avait massacré l'entièreté de son clan.
« Je ne fais que poursuivre le travail d'Itachi » répliqua Sasuke, stoïque. La paix n'habitait certainement pas son cœur, et il peinait encore à trouver sa place en ce monde, mais au moins il savait quoi faire exactement. Il protègerait Konoha.
Puis il partit. Itachi lui avait légué quelque chose d'important, un héritage que nul autre n'aurait pu lui laisser. Et cela l'avait assurément sauvé de lui-même. Aussi longtemps qu'il vivrait, il continuerait le combat de son frère aîné.
Il ne permettrait pas que le sacrifice d'Itachi soit du gâchis.
Finalement j'ai fusionné ce qui devait être les deux premiers chapitres, en un seul (la partie de Sasuke devait faire l'objet d'un chapitre à part entière).
N'hésitez pas à laisser des commentaires: histoire de savoir s'il y a un pépin dans ma narration, ou si vous avez tout simplement quelque chose à dire :)
Les chapitres seront longs je pense (entre 8000 - 10 000) pour que l'histoire puisse avancer comme il se doit.
Je suis sur l'écriture du prochain chapitre, alors à la prochaine ! ;)
MAJ : J'ai corrigé pas mal de fautes (mots ou bouts de phrases manquants). Toutes mes excuses :3
