Yo !
Voici la suite de cette histoire. Je ne savais pas réellement comment couper cette partie en plusieurs morceaux, ce qui explique le plus grand nombre de mots :p
Bonne lecture !
- Akamaru, arrête de chouiner, tu s'ras bien gentil …
Kiba Inuzuka gratta une touffe de poils blancs emmêlés appartenant à son ami canin, qui accusait visiblement mal le fait d'avoir passé plusieurs heures sans pouvoir choper quiconque dans sa gueule. Kiba disait toujours : « Un animal reste un animal, peu importe comment vous le dressez, si vous l'empêcher de faire quelque chose d'instinctif alors vous devriez prendre gaffe à ne pas finir dans sa gueule ». Ni Akamaru, ni les insectes de Shino n'avaient trouvé quoique ce soit d'humain à proximité, et le doute, alimenté par l'ennui, semait la discorde dans leurs pensées. Un ninja n'avait pas besoin de penser quand un supérieur qualifié le faisait pour lui. Kiba avait l'air de s'en remettre totalement à Shikamaru, mobilisant toute son énergie à maintenir Akamaru concentré.
- Hé, dis Naruto. C'est quoi le plan ? Parce que je ne sais pas si les infos sont correctement remontées mais … y'a personne.
Kiba était un énergumène difficile à gérer. Turbulent depuis sa plus tendre enfance, c'était un homme taillé pour l'action. Actuellement allongé contre une grosse racine, aux côtés de son ami à poils longs, il taillait un bout de bois à l'aide d'un kunai parfaitement aiguisé balançant son genou de gauche à droite tandis qu'il s'impatientait. Shino était posté sur une branche plus haut. L'absence de toute forme hostile lui permettant de ne pas craindre le manque de couverture causé par l'état de détérioration des arbres. Naruto avait du mal avec ce type de forêts. Des arbres aussi noirs et morts auraient dû être remplacés depuis un bail, du moins c'est ce que les forestiers de Konoha auraient fait. Mais cette zone ne semblait pas être entretenue par le village, bien que ce dernier en ait la charge en matière de protection.
Les bras croisés, il se pencha doucement vers Hinata qui se tenait à ses côtés, Byakugan activé. L'odeur de ses cheveux emplit agréablement ses narines, lui rappelant durement que cela faisait plus d'une journée qu'ils n'avaient pas eu un petit moment pour eux deux. Le temps s'écoulait bigrement trop lentement en mission. Il réglerait la question plus tard.
- Cinq minutes, lui rappela-t-il, se fiant au timing donné un peu plus tôt par Takeshi Homura, un chuunin sous les ordres de Raido.
Dans cinq minutes, cette Kahyo pénètrerait dans l'enceinte de la grotte avec l'ensemble des prisonniers, suivis de près par un groupe de ninjas. Il ne savait pas si Kakashi-sensei participerait. Mais il savait au moins que Kahyo en pinçait secrètement pour leur Hokage Sixième du nom. Oh, ce genre de regards ne lui échappait jamais. Comme s'il avait deviné ses pensées, Kiba se rappela subitement qu'il y avait un sujet pour faire passer le temps.
- Ah dis-moi Naruto … cette Kahyo ?
Même Shino tourna imperceptiblement la tête, le reflet de ses lunettes noires brillant de curiosité. Hinata cligna plusieurs fois des yeux, ses magnifiques cils s'emmêlant et se démêlant avec trouble. Naruto exprima les dernières informations récoltées, en omettant volontairement la partie concernant cette histoire de chakra et de contact mortel, se contentant de satisfaire partiellement la curiosité de ses amis et de sa femme. Ils avaient attendus cinq ans pour savoir. Si Shino et Hinata témoignaient d'un stress qui les empêcha de manifester une quelconque réaction, Kiba eut l'air franchement déçu.
- Tu veux mon avis ? Il y a quelque chose.
- C'est ton avis, parle-nous du concret, répliqua Kiba en agitant son kunai avec défi.
- Eh, tu crois que Kakashi-sensei va lui rouler une pelle devant tout le monde ? se défendit Naruto en lorgnant son camarade de manière désabusée.
- Il faudrait déjà qu'il enlève son foutu masque, et c'est pas gagné.
Kiba était d'un genre contradictoire assez énervant. Contrairement à Shikamaru, son esprit critique était incroyablement limité par sa vantardise.
- Les garçons … objecta doucement Hinata sans quitter des yeux l'entrée sud qu'ils étaient censés surveiller. Vous en parlerez après …
Naruto ne trouva rien d'autre à redire. Quand même Hinata se mettait à vous faire de (douces) remontrances, c'était qu'il fallait vraiment s'arrêter. Kiba se muta dans le silence, reprenant son petit travail d'ébéniste. Il agita sa main gauche dans les poils d'Akamaru qui balançait tristement sa queue de gauche à droite.
- Trois minutes, précisa Shino Aburame, décidemment imperturbable.
Kurama demeurait silencieux depuis peu, mutin dans son sommeil. C'était ce qu'il faisait croire en tout cas. Quelque chose te tracasse, gamin ? Il était déroutant qu'une voix puisse se noyer dans vos songes. Celle de Kyuubi était caverneuse et effrayante. Pas le genre d'ami imaginaire qu'un gamin voudrait avoir à moins d'être particulièrement dérangé. Naruto s'estimait heureux de n'avoir eu affaire au tempérament belliqueux de Kyuubi que très tard, contrairement à Gaara. Si un Bijuu pouvait être « humanisé », il restait farouche. Il pensa alors à la question qui lui trottait dans l'esprit depuis tout à l'heure. J'ai déjà vu cette femme, songea Naruto en faisant référence à Kahyo. Ou du moins, je l'ai déjà entendue parler. Le léger ricanement du monstre lui chatouilla le haut du crâne, une désagréable sensation. Si tel est le cas, je t'aurais averti dès la première rencontre. Oui, ça semblait logique. La nature particulièrement égoïste d'un démon à queues poussait ses propres instincts à dominer ceux de l'hôte. N'oublie pas que j'ai hiberné toute l'année ayant suivi le combat contre Kaguya, argua le démon. Cette année-là, Kyuubi avait été incroyablement silencieux. Il décida de reporter cette petite discussion à plus tard quand Hinata leur fit signe que le cortège et leurs accompagnateurs s'apprêtaient à pénétrer dans l'antre. D'un mouvement agile, Kiba s'accroupit en donnant une petite tape amicale sur le flan du chien pour le mettre en alerte. Bien éduqué, Akamaru se remit sur ses pattes en un instant, paré à bondir sur n'importe quelle menace.
- Hinata, Shino, toujours rien ? s'enquit Naruto.
- Le plus grand des calmes, fit Shino.
Hinata secoua la tête. Le silence était continuel. Cela l'exaspéra. Il était peu réceptif au stress et ne rien savoir ne lui plaisait pas du tout. Il fallait qu'il s'en mêle. Le mode ermite l'aiderait. Par réflexe, il tourna la tête vers sa femme. Hinata était concentrée, et elle ne put lui rendre le regard. Cependant, elle n'avait nullement besoin de le regarder pour voir son visage. Il se contenta alors de lui murmurer :
- Je vais jeter un coup d'œil un peu plus loin, juste histoire d'être sûr.
Le Byakugan, les insectes et l'odorat d'Akamaru suffisaient à couvrir la périphérie des lieux. Hinata aurait pu demander davantage d'explication, et l'opacité de ses yeux refléta une certaine démangeaison. Mais elle ne le fit pas.
- C'est compris, acquiesça-t-elle d'une voix neutre.
Ce à quoi Naruto répondit par un bref sourire. « Sois prudent », ajouta-t-elle ensuite. C'était ce genre de parole qui le déroutait et le secouait. Il y avait une réponse à donner, c'était à la base de toute relation. Hinata était une personne mentalement forte, apte à gérer mission et vie personnelle. Cependant, que se passerait-il si son absence la distrayait au point de …
Non, ne pense pas à ça.
Ils fêteraient leurs premières noces dans six mois, et se séparer d'elle dans un instant comme celui-ci s'avéra être un tel déchirement qu'il fut incapable de formuler une réponse correcte.
- Je le suis toujours.
C'était bien maladroit. Il chercha à fuir sa propre médiocrité et se faufila rapidement à travers le bois calciné, en espérant qu'Hinata s'en tiendrait à penser qu'il ne faisait que vérifier les environs. Bien sûr que ce n'était pas le cas : sinon il ne s'embêterait à gaspiller du chakra en passant en mode ermite pour si peu.
D'une seconde à l'autre, tout devint plus clair. Carrément tout. Il percevait tout. Et ce, à l'instant où le Senjutsu fut à l'œuvre. Il était déjà assez éloigné de la position tenue par l'équipe de reconnaissance quand il commença à remarquer des fluctuations d'énergie dans l'air. Au cours de ses entraînements, il avait appris qu'il ne s'agissait pas d'un signe particulier de danger ou de présence hostile. Juste des émanations fantômes causées par la présence de chakra dans la faune et la flore locale. Sauf que jusqu'à preuve du contraire, les lieux étaient absolument déserts et inhabités depuis un bon moment. Et leur origine n'était pas tout à fait anodine. Les différents flux pointaient vers la grotte, la même où devait se dérouler l'échange. Les trois minutes s'étaient largement écoulées depuis le dernier rappel de Shino, et il lui était impossible de savoir précisément si ...
Oh non. Et il n'y pensa que trop tard.
Machinalement, il avait fait concorder son itinéraire de pseudo-patrouille avec la position de l'équipe de Takeshi Homura. Il pensait s'assurer que tout était OK pour eux, et s'il n'avait pas eu ce réflexe, il n'aurait jamais pu le découvrir, par manque d'expérience. De toutes les images qu'il avait gardées de la dernière guerre, beaucoup se glissaient dans ses cauchemars. Il n'avait jamais oublié ce que ce maudit Juubi avait manqué de lui faire quand il s'était retrouvé prisonnier de ses lianes, son chakra progressivement absorbé. De même que le sort de ses camarades ninjas ayant eu moins de chance. Alors, quand il se retrouva nez à nez avec quatre formes squelettiques, il eut un étrange sentiment de déjà-vu. Les corps étaient inertes, et paraissaient avoir été vidés de tout leur chakra. Bon sang.
Rapidement, un clone fut envoyé avertir Hinata, Kiba et Shino. Pourquoi ne s'en étaient-ils pas aperçus ? Puis, il chercha à récolter le peu d'indices disponibles. Naruto scruta la moindre anomalie, et compris rapidement qu'il était inutile de chercher une présence hostile. Ces pauvres types étaient certainement morts sans rien comprendre à ce qui était en train de leur arriver. En revanche, le mode ermite fut capable de le mettre sur la bonne voie. Les rémanences d'une forte perturbation énergétique subsistaient, si brutale qu'aucun dojutsu connu n'était supposément apte à repérer. Pas étonnant qu'Hinata ou même Shino n'aient pas été alertés. Naruto n'était pas doté du flair d'un Inuzuka, mais il repéra une singularité dans l'un des nombreux arbres calcinés à proximité. D'instinct, il sut comment faire. Il plaça la paume de sa main sur le tronc noir et sec, et transféra une maigre proportion de chakra qui alimenta un mécanisme étranger. Un symbole étrange se mit à briller sur la matière morte, à peine ravivé. Il crut y voir une certaine familiarité : c'était un sceau. Du fuuinjutsu était à l'œuvre dans le coin, et il ne tarda pas à se manifester.
Une implosion énergétique intervint non loin de l'endroit où devait se faire l'échange. Relié aux circuits complexes de la nature, Naruto s'en trouva fortement ébranlé, comme si une puissance énigmatique tentait de le déchirer de l'intérieur, de l'arracher du sol pour l'attirer dans un tourbillon infernal. De l'énergie était intensément aspirée de part et d'autre de la zone, de la grotte depuis un certain point plus à l'est. Bon sang, il n'y avait pas de temps à perdre. Son clone se chargerait d'en informer les autres.
Son chakra forma une fine couche de givre sur les cellules du dos de sa main, et elle en ressentit un bien fou. Ses tâches de directrice de prison de haute sécurité ne lui accordaient guère le loisir de se décrasser : c'est-à-dire, expulser le chakra ayant trop longtemps stagné dans son corps. Une fois chaque prisonnier marqué, il ne lui restait plus qu'à languir que l'un d'entre eux ne cède à sa débilité et tente de s'échapper. Un job plutôt facile, et agréablement sûr. C'était un contraste agréable avec sa vie d'avant qui avait l'inconvénient d'être un peu trop monotone, et cette petite sortie lui permit de se rappeler de cette sensation qui faisait vibrer son corps à chaque fois qu'il était question de danger. L'adrénaline. C'était le moteur de la survie, une subtilité du corps humain qui tantôt vous rendait lucide, tantôt vous transformait en un animal d'une débilité déconcertante. Elle était incertaine de la façon dont elle réagirait, une fois soumise au stress. A vrai dire, il y avait peu de choses dont elle était certaine. Et c'était tout bonnement là le problème.
« Mettons-nous d'accord sur un point : le premier qui bronche n'aura plus l'occasion de le faire une deuxième fois » avait-elle avertit la bande de taulards faisant partit de l'échange. Ces gars-là étaient de sacrés baroudeurs, et elle ne fut pas certaine que cette petite menace les fasse se tenir à carreaux. De toute façon, ils étaient prévenus.
Les informations sur l'opération en cours lui avaient été transmises au compte-gouttes. Kakashi était resté très vague, et s'était contenté de lui transmettre les grandes lignes. « Je ne peux t'en dire plus pour le moment, je te raconterai le reste ensuite », lui avait-il assuré. Elle comprenait, et s'attèlerait à remplir la fonction qui lui incombait. Chacun avait sa part de travail, et empiéter sur des affaires qui ne la concernait pas n'était pas dans ses cordes. Elle avait appris – à la dure – à ne pas poser trop de questions.
Alors elle s'était tout simplement contentée de décocher un sourire quand elle eut ouïe dire qu'aucune présence n'avait été pour l'instant détectée. Information qu'elle fut apte à confirmer lorsque l'antre ne se trouva plus qu'à quelques pas. En tête du cortège, elle s'arrêta pour gratifier l'arrière garde d'un regard désorienté. Ses talents sensoriels à courte portée ne se trompaient que très rarement, et il ne lui sembla pas que l'absence des rançonneurs lors d'un échange soit très bon signe. Kakashi s'avança jusqu'à elle, impeccablement paré de son uniforme gris foncé sur lequel les armoiries du village caché de la feuille étaient brodés en des teintes plus ou moins profondes. Il avait tout l'air de s'être résigné au manque cruel d'options à sa disposition, et c'était pour cette raison qu'il avait suivi les recommandations de ce jeune garçon au regard intensément blasé.
- J'aimerais avant tout savoir combien de lettres comprend ton plan, lui murmura-t-elle quand il fut assez proche d'elle pour que personne d'autre ne puisse les entendre.
Comme Hatake Kakashi était quelqu'un de très réservé sur le plan des émotions, elle ne sut dire avec précision s'il était agacé ou tout simplement amusé par l'impertinence de sa remarque avant qu'il ne lui réponde au tac-au-tac :
- J'espère qu'on en a au moins jusqu'à la lettre L.
Kahyo se mordit l'intérieur de la lèvre pour s'empêcher de sourire : sa réputation n'avait plus grande chose à préserver, mais elle ne tenait pas à la ternir davantage. L'humour noir n'était pas inscrit dans les coutumes de Konoha, contrairement à Kiri mais il existait cependant des exceptions. Il ne lui avait pas fallu plus de quelques paroles échangées avec le Rokudaime pour s'en rendre compte. Il ouvrit ainsi la marche en sa compagnie, visiblement lassé de n'avoir qu'une vue limitée sur ce qui les attendait à l'avant.
- Tes éclaireurs ne se sont pas trompés, on dirait. Il n'y a personne.
- Ils sont rarement du genre à se tromper, répliqua calmement Kakashi.
Sa voix grave semblait glisser sur les parois de la caverne, trop régulières pour être le fruit d'une nature ingénieuse. Les prisonniers suivaient juste derrière, reliés entre eux par de puissantes chaînes qui ricochaient contre la roche sous leurs bottes. Kahyo put presque en percevoir les infimes vibrations. Une escouade fermait la marche, un peu plus discrète.
La luminosité extérieure ne fut bientôt plus suffisante, et ils s'enfouirent dans la noirceur jusqu'à ce que les ninjas présents ne sortent leurs lampes. Le tunnel qu'ils arpentaient était légèrement en pente, et elle estima à cinq minutes la durée de leur descente. Les néons révélèrent que le couloir s'élargissait au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient, pour déboucher sur une grande salle au sol cette fois-ci bien régulier. Les néons tentèrent de saper les ténèbres au-dessus de leurs têtes, sans en révéler une fin. D'immenses piliers soutenaient la voûte, aussi larges qu'une dizaine d'hommes agglutinés. Il y en avait une douzaine parfaitement alignée. Cela ne ressemblait en rien à l'intérieur d'une caverne.
- C'est une ancienne cache, raconta Kakashi dont le regard était vraisemblablement happé par des souvenirs visuels.
Il s'approcha du support de pierre le plus proche, et y apposa une main gantée comme s'il pouvait deviner de quel type de roche il s'agissait.
- Iwa, de toute évidence, compléta-t-il ensuite.
Tandis que Kiri avait ses épéistes, Suna ses marionnettistes, Iwa eut ses architectes. Kahyo ne les connaissait que de nom, mais ils étaient connus pour faire des miracles logistiques durant les guerres. Ils avaient contribué au succès de toutes les guerres, et atténué les défaites les plus écrasantes. Hatake Kakashi s'éloigna prudemment du pilier, se rapprochant davantage de l'axe du cortège qui avançait mollement au cœur des ténèbres viscérales. L'environnement n'était absolument pas à leur avantage : de leur position, ils ne verraient absolument rien venir.
- Ce n'est pas ce à quoi tu t'attendais ? questionna doucement Kahyo.
Elle n'avait pas besoin de voir son visage à travers le masque pour deviner le chaos qui devait embourber son esprit. Ce ne fut pas à tords qu'elle le pensa. Trente secondes plus tard, Kakashi faisait arrêter le convoi d'un signe de la main. Il pencha subtilement la tête vers elle pour qu'elle puisse l'entendre.
- Tu es au courant qu'Iwa a saboté l'ensemble de ses bases souterraines à l'étranger après la fin de la Troisième Guerre ?
Non. Mais elle présuma que c'était pour qu'aucun utilisateur doton ennemi ne puisse reproduire cette œuvre architecturale. Un secret sans doute bien gardé.
- Donc, nous sommes au Pays de la Terre ?
Si elle suivait son raisonnement, oui, c'était à peu près ce qu'il voulait lui faire comprendre. Si cette situation avait été ordinaire et sans danger, elle aurait éclaté de rire de manière tout à faire éhontée. Mais elle se sentit soudainement proie. Et elle ne détestait que trop ce sentiment. Un Jounin du groupe d'escorte, un grand brun d'une petite vingtaine d'années se rapprocha de son Hokage, en quêtes de réponses.
- Monsieur, se permit-il d'interpeler, l'équipe de reconnaissance se serait-elle trompée ? L'intérieur de la caverne décrite ne correspond pas du tout.
Sans doute exaspéré, Kakashi posa ses mains sur ses hanches.
- Nous sommes en pleine zone contrôlée par Iwa, à environ une cinquantaine de bornes de là où nous sommes censés être, expliqua-t-il d'un naturel déconcertant.
Comment pouvait-il en avoir une idée précise ?
Elle ne se rappelait pas avoir déjà vu un visage devenir aussi blême que celui du jeune Konohajin, et cela aurait probablement été son cas si elle se souciait encore de la manière dont elle allait finir sa vie.
- Mais comment ? s'enquit le jeune homme, visiblement inhabitué des imprévus.
Kahyo eut le besoin de questionner Kakashi davantage à ce sujet, mais son attention fut accaparée par une sensation de perte. Elle étendit l'une de ses mains, incertaine du désordre interne qui avait éclaté dans ses veines. Une dissipation. La constitution de son chakra était sporadique, comme elle l'avait fait remarquer plus tôt à Kakashi après avoir failli être en contact avec Kyuubi. Et c'était pour cette raison qu'elle fut dans la capacité de cerner la menace avec un temps d'avance. Son cœur bondit dans sa poitrine sous l'effet de l'adrénaline. Son instinct lui cria de foutre le camp, sur-le-champ. Avant qu'elle n'eût le temps d'avertir qui que ce soit. Plusieurs faisceaux lumineux irradièrent l'obscurité, révélant un hall absolument immense, sans toutefois dissiper les ténèbres suspendues au plafond. La luminosité était intense, et Kahyo dû plisser des yeux pour ne pas les clore. Le déchaînement d'une puissance vrombissait avec menace, émanant de sceaux apposés sur les murs du souterrain. D'habitude, on en faisait pas tout un flan pour récupérer quelques prisonniers. D'immenses murs de pierre s'interposèrent entre eux et les faisceaux, rétablissant un minimum de visibilité. Kakashi venait tout juste d'apposer ses deux mains au sol, après avoir composé les mudra d'une technique Doton. Si la plupart des shinobi présents réussirent à se mettre sous le couvert des abris artificiels, les prisonniers furent plus malchanceux. Enchaînés, ils paniquèrent et tombèrent à la renverse. L'intensité du vrombissement s'accrut en un instant. Une petite voix dans sa tête lui dit qu'il était trop tard. Elle eut bien raison. Leurs cris de douleur et son incapacité à faire quoique ce soit d'autre que d'assister à cette triste scène, la glaça d'effroi. Ils furent pris de spasmes violents, se tordant au sol comme des vers de terre aspergés de sel, leurs muscles s'atrophiant pour ne laisser que des enveloppes vides et décharnées. Le pire, c'était que l'un d'entre eux bougeait encore. Il combattait misérablement pour son existence, tentant de glisser vers eux à l'aide de ses membres devenus squelettiques. Kahyo vit dans ses yeux toute la terreur de la fin, complètement absorbée par ce sentiment qui la prenait aux tripes.
Elle se souvint aussi de la première fois où elle avait vu une personne mourir de façon si atroce et si indigne. Gamine, elle avait trouvé cela à la fois effrayant et fascinant, totalement paralysée d'impuissance. C'était un sentiment étrangement honteux qu'on était forcé de chasser pour survivre.
- Je-ne-sais-pas-qui s'amuse à sceller le chakra de cet endroit, héla-t-elle à l'attention de Kakashi.
Il maintenait son Doton, la survie de ses hommes reposant entièrement sur le fait qu'il avait eu le bon réflexe au bon moment. Le mur de boue érigé semblait s'évaporer rapidement, et Kakashi n'avait pas des réserves infinies en matière de chakra.
- Tu peux me remplacer un moment ? lui demanda-t-il de manière étrangement polie au vu de la situation.
Kakashi n'était pas du genre à ce que la panique lui fasse perdre son sang-froid au point d'en oublier les bonnes manières. Kahyo superposa au Doton des murs de glace assez denses pour qu'elle puisse les maintenir. Elle sursauta quand la puissance des sceaux entra en contact avec le résultat de son ninjutsu. Encore un peu, et elle manquait de tout lâcher. Quand un ninja maintenait un ninjutsu et relâchait une quantité continue de chakra en vue de contrer celui de son adversaire, c'était semblable au jeu du tir à la corde. Une question d'endurance qu'il était facile de sous-estimer tant il était courant de miser un maximum sur la force. Mais c'était son domaine de prédilection, et elle sut d'instinct comment doser le chakra sans trop s'épuiser.
- Alors Rokudaime-sama, votre plan B ?
Le Hokage s'accroupit à ses côtés, intimant aux jeunes ninjas de faire de même. Elle réduisit la hauteur des murs, optimisant ainsi ses dépenses énergétiques. La glace s'évaporait à la vitesse « grand V », se reconstituant de la même manière qu'à la surface d'un lac gelé mais en dix fois plus vite.
- Ino ? Préviens Shino, tout de suite.
La tension était à peine perceptible dans sa voix, ce qui détonnait avec les chuchotements paniqués que les survivants du cortège échangeaient entre eux. Un chatouillement auditif assez déplaisant quand il était nécessaire de centraliser l'ensemble de son énergie et de calculer très exactement la dose de chakra suffisant à maintenir le dernier obstacle matériel vous séparant d'un destin tragique. Visiblement, il y avait une solution. Kahyo commença à ressentir un début de crampe dans ses épaules, synonyme qu'elle était d'ores et déjà en train de taper dans ses réserves. Bien heureusement, un mur de boue se superposa de nouveau à la glace, et elle put permettre à son corps de regénérer une partie des ressources immédiatement disponibles.
- Ecoutez-moi tous, héla Kakashi à leur intention, non sans esquisser une grimace à l'instant où un pan entier de son mur manqua de s'évaporer sans qu'il y ait un remplacement.
Il paraissait cruellement souffrir à le maintenir, le doton étant plus dense, et requérant donc plus de chakra qu'un simple mur de glace.
- Les prisonniers ont avalé des insectes porteurs de sceaux de localisation.
C'était donc ça le plan de ce gamin à l'air si blasé ?
- … et ils sont vraisemblablement intacts dans les corps. Nous allons procéder à une interversion de sceaux, ce qui permettra à l'équipe restée sur place de nous y téléporter.
Une interversion de sceau était une procédure basique consistant à détourner l'usage d'un sceau. Les sceaux de localisation étaient les plus faciles à intervertir.
- Une personne doit rester sur place pour maintenir la protection, objecta Kahyo.
Le problème des techniques de téléportation – plus spécialement quand elles étaient le fruit d'une interversion –, était leur extrême sensibilité aux interférences. En temps normal, le risque de ne pas atteindre la bonne destination, ou d'y arriver mais que la reconstruction structurelle du corps ait été fortuitement soumise à l'aléatoire était non négligeable. Kahyo ne savait pas si elle préférait finir vidée de son essence ou finir en un tas de chair et d'os difforme. Apparemment, Kakashi ne s'était pas posé la même question puisqu'il la devança.
- Je m'en occupe, dit-il avec confiance. Contentez-vous de rester à couvert, la directrice et moi-même allons vous permettre de vous rapprocher le plus possible des corps.
Il tourna la tête vers elle, le regard crispé sous les contraintes auxquelles il soumettait son organisme, le forçant à renvoyer un flux continu de chakra. Les cadavres squelettiques des prisonniers n'étaient qu'à quelques mètres, une quinzaine tout au plus.
- A mon signal, tu es prête ?
Elle hocha la tête, les yeux désormais rivés sur l'endroit où elle devrait placer le prochain mur. Il en faudrait deux en comptant celui-ci pour parvenir à la zone de téléportation.
- Allez !
Elle effectua aussitôt les mudras nécessaires pour qu'un mur de glace se hisse, protégeant ainsi la trajectoire des ninjas qui se jetèrent rapidement en direction de l'objectif précédemment indiqué. Kakashi passa rapidement derrière elle, son mur de boue ayant été intégralement dissout. Il était clair qu'à l'instant où elle cesserait d'alimenter son mur de glace, celui-ci connaîtrait le même sort.
- Et merde, siffla-t-elle entre ses dents.
« Merde » était exactement la traduction du dialecte qu'elle venait d'employer, une grossièreté bien commune à Kiri. Si les habitants du continent parlaient une seule et même langue, il existait quelques subtilités selon les régions. Et là où elle était née, il y avait toute une panoplie de mots à prononcer quand vous étiez plongé dans la merde jusqu'au cou. Elle se rua à son tour derrière l'abri nouvellement matérialisé, atterrissant entre le Hokage et l'escouade qui était afférée à effectuer une interversion de sceaux à l'aide de parchemins. L'obstacle de glace se fit impitoyablement absorber.
- Les sceaux sont en place, m'sieur ! indiqua le jeune ninja aux cheveux bruns de toute à l'heure.
- Parfait. Ino ? (Une Yamanaka de toute évidence, ces gens étaient connus et craints pour leurs capacités psychiques) Procédez à l'interversion de votre côté. (Il fit une pause) Oui, je vois. Je vais voir ce que je peux faire, mais les gars coincés ici restent une priorité.
Tout cela prononcé dans un calme presque olympien. Il était le genre d'homme que l'on voyait rarement craquer dans le feu de l'action, et vers lequel tous les regards étaient tournés quand une odeur de roussi flottait dans l'air. Kahyo en avait connu beaucoup des gens comme lui, et la plupart avaient été de véritables monstres. La frontière entre la raison et la folie était terriblement fine, et Kakashi jonglait admirablement bien avec ces deux côtés. Une petite lueur des cadavres émana, semblable à celle des lucioles. Certainement les insectes en question. Le brun se tourna vers son leader, son visage suant d'une panique à peine maîtrisée.
- Tout est en place, Maître !
- Vous pouvez procéder à l'extraction. Faites vite, déclara-t-il d'une voix crispée sous l'effort. Toi aussi, Kahyô.
Envisageait-il réellement qu'elle prenne ses jambes à son cou dans une telle situation ?
- Hors de question, répondit-elle agacée qu'il lui demande une chose pareille. Je ne pars pas sans toi.
Malgré le tissu sur sa face, elle pensa deviner les formes d'un très léger sourire.
C'était pareil pour lui.
La source n'était plus très loin. Mais une épaisse végétation l'empêchait de repérer les parages efficacement.
Sasuke se faufilait à travers les arbres avec trop de précipitation pour qu'il puisse encore espérer être discret. Son instinct lui disait qu'il était urgent qu'il arrive sur les lieux et règle le problème au plus vite, avant que des dégâts trop importants ne soient causés. A quoi ? A qui ? Il ne le savait pas. Mais tout ce qui effrayait Orochimaru avait tendance à semer le doute dans son esprit. Cette déflagration d'énergie continue ne l'aidait pas foncièrement à temporiser ses inquiétudes.
Sasuke Uchiha s'arrêta peu avant l'orée, persuadé d'avoir repéré autre chose. Sa perception du chakra environnant était grandement plus limitée que les ninjas sensoriels spécialisés, bien qu'elle ne fît pas pâle figure en comparaison. Elle se matérialisait comme une intuition pouvant être complétée par l'utilisation combinée du Sharingan et du Rinnegan. Il avait cependant une petite idée sur ce que ça pouvait être.
Cette région de la forêt bordant la frontière nord-est du Pays du Feu était littéralement cramée. Les connections du réseau naturel reliant l'ensemble de la flore avait été meurtrie, victime d'un évènement effroyable dont elle n'avait jamais pu se relever. Sasuke n'était pas spécialiste, et il ne s'intéressait que très peu aux désastres forestiers d'origine humaine ou naturelle, mais il nota qu'il était impossible que Yamato l'ait suivi sur une telle distance, à une telle vitesse. Parfois, certaines choses dépassaient sa propre compréhension. La partie la plus immature de son esprit s'en trouva agacée.
Il eut la vague impression que la présence ne fit que passer, dépassant l'endroit où lui-même venait de s'arrêter. Il ne fallait pas laisser l'inconnu derrière soi. Ne jamais abandonner ses arrières à l'incertitude. En revanche, Sasuke Uchiha avait la certitude que ce dont il était actuellement ignorant se trouvait sur sa route, et qu'il n'y avait actuellement plus rien susceptible de lui réserver une mauvaise surprise.
Alors, il s'avança. Foulant ce sol puant la cendre. La mort était vraisemblablement Reine de cet endroit, et le destin était un artiste aimant associer les évènements à des cadres leur sciant à merveille. Malgré tout, la situation de l'endroit ne coïncidait pas avec la concentration d'énergie perceptible devant Sasuke. Quand il l'observait avec ses yeux surnaturels, il devinait qu'un détenteur du Byakugan s'en serait trouvé éblouit, rendu comme aveugle par cette émanation et concentration de chakra. Pour sa pupille rouge, il s'agissait d'une brûlure vive du voile pourpre, d'un avertissement visuel. Son Rinnegan, lui, était presque aveugle, comme à son habitude. Sasuke n'avait plus une bonne vue de l'œil gauche. Le Rinnegan ne visualisait pas les formes mais le fond. Il était le sixième sens de l'aveugle. Il reliait le possesseur aux flux naturels, et lui permettait d'en avoir un certain contrôle et d'en deviner la nature. Sasuke se douta alors que cette source qui bouleversait l'équilibre fragile de la zone n'était en rien un accident. Une personne était responsable. Une personne dangereuse.
Sa relative inexpérience concernant l'utilisation du Rinnegan (en maîtriser tous les aspects requérait énormément de temps) ne lui permettait pas d'en savoir plus, mais assez pour décider de prendre le temps de voir le paysage défiler tandis qu'il se frayait un chemin parmi les bois.
Il y avait un cratère. Une météorite aurait bien pu en être la cause. Le vent fouettait le visage de l'Uchiha, d'une ardeur bien plus ample que lors des précédents mètres.
- J'avais donc raison : ça ne pouvait être que toi.
Et ça ne pouvait être que lui également. Sasuke n'avait même pas eu besoin d'épeler mentalement le nom de son ami. Naruto Uzumaki se tenait au bord du cratère, ses cheveux coupés courts se débattant contre les rafales de vents tandis que son regard était vigoureusement planté en contre-bas. Sasuke ne put pas encore voir ce qui accaparait son attention à ce point. C'était la première fois qu'il observait Naruto observer le terrain alors que la menace se trouvait à quelques mètres à peine.
- Toi, par contre, ça ne te ressemble pas du tout, répondit-il platement en se positionnant aux côtés du jeune Uzumaki.
Il fut capable de voir ce que ce cratère – d'une bonne dizaine de mètres de profondeur –, cachait. La première chose qu'il remarqua fut tout un réseau de marques gravées à même le sol irrégulier. Ce dernier semblait se consumer, bouillir.
- C'est un réseau de sceaux très complexe, déclara Sasuke en se fiant à ses deux dôjutsu. Je n'ai jamais rien vu de tel …
Il n'était pas non plus le plus compétent en matière de sceaux. Le fuuinjutsu était un art que peu d'hommes et de femmes pouvaient prétendre maîtriser totalement. Il existait, à Konoha du moins, des équipes spécialisées même s'il était attendu qu'un Chuunin en possède les bases.
- Je crois savoir ce qu'il fait, fit Naruto, … mais de là à comprendre comment il le fait …
- Qui ça, il ?
Naruto fronça les sourcils, montrant d'un signe de main un roc enfoncé dans la terre au beau milieu du cratère. C'était de là que partait toutes les marques.
- Tu ne vois pas ? Un type s'y est enfermé à l'intérieur, c'est un sceau actif, Sasuke.
- Tss, alors comme ça ils t'ont fait apprendre les bases ? Je me doutais bien qu'ils ne pouvaient pas te nommer Jounin si tu ne les avais pas.
Taquiner Naruto fut d'un réel réconfort. Il n'aurait jamais pu réaliser à quel point il était essentiel pour lui de le faire quelques années auparavant.
- Et bien, ce que tu appelles bases a causé la mort de toute une escouade expérimentée aujourd'hui. Cette technique possède des nœuds, et il y en a disséminés partout dans la forêt. Alors, au travail !
Son ami ne lui laissa pas l'avantage de la parole et se jeta dans le cratère, prenant soin de couvrir ses pieds d'une mince pellicule de chakra étanche. Ainsi avait-il muri. Vingt ans furent nécessaires, mais il y était parvenu malgré tout. Le Naruto d'avant aurait tout bonnement foncé sans même l'attendre ou analyser préalablement la situation. Sasuke lui emboita le pas, optant pour la même tactique, ne voyant aucune raison de ne pas le faire. Le sol était en effet étrange. On ne pouvait plus dire s'il était solide ou liquide, ni même s'il ne l'était pas. C'était comme si un apport extérieur avait profondément altéré sa structure. Mieux valait ne pas y mettre directement les pieds.
Le roc était d'une couleur différente de son environnement, ce qui indiquait qu'il était probable que cela soit l'œuvre d'un Doton. Sasuke étudia les marques qui en partaient, déstabilisé par un curieux sentiment de déjà-vu.
- Je ne suis pas au courant de ce que vous trafiquez par ici, fit calmement Sasuke. En revanche, je sais que ça a attiré l'attention de certaines personnes. La présence de Konoha est-elle censée être gardée secrète ?
Naruto, qui se tenait tout de même à une bonne distance de la roche, tourna légèrement la tête vers son homologue. Il y eut une lueur méfiante dans son regard.
- Normalement.
Les affaires de Konoha restent les affaires de Konoha, songea mentalement Sasuke.
- C'est raté, se contenta-t-il de répondre.
Il se posait des questions sur la nature des évènements qui se déroulaient par ici, mais décida qu'il n'était pas temps de poser les questions. Sa curiosité attendrait.
- Y'a-t-il autre chose que je suis censé savoir ?
- Il y a un type à l'intérieur, l'informa Naruto en tapotant la roche comme s'il toquait à une porte. C'est une certitude, ajouta-t-il comme pour éviter que Sasuke n'émette un doute à ce sujet.
Mais pour le possesseur des deux puissantes pupilles qu'il était, il n'y avait rien de tel. Cependant, s'il y avait bien une qualité qu'il avait toujours accordée à son ancien coéquipier, c'était sa fiabilité. Naruto ne racontait jamais de cracs quand la situation était critique. S'il s'avançait à ce point, c'était qu'il avait toutes les raisons de le faire.
Sasuke commença alors à redouter l'instant où la situation dégénèrerait. Et il eut raison.
- Dans ce cas tu devrais …
Naruto avait laissé sa main posée sur la roche, ses yeux avaient commencé à muter, des marques rouges soulignant le contour de ses yeux. L'aura qui irradiait du corps de son ami était bien différente de celle de Kyuubi. Il semblait avoir fusionné avec l'énergie naturelle, si bien que Sasuke avait à présent du mal à le sentir comme un humain et non comme un élément de l'environnement à part entière. Il utilisait de toute évidence le senjutsu pour percer le mystère de cet individu niché au cœur de la pierre.
Si Uchiha Sasuke n'avait pas regardé au bon endroit au bon moment – en grande partie grâce au Sharingan –, les conséquences auraient été toutes autres. Les lignes de marquage du sceau s'étaient subtilement déplacées : leur propriétaire venait manifestement sortir d'un état de stase. Son premier réflexe fut d'arracher le sabre à sa ceinture, et d'axer la lame en direction du roc qui venait de s'effriter comme du sable.
Un homme, mince, aux muscles aussi saillants que les flancs d'une montagne venait d'agripper le poignet de Naruto Uzumaki. Il était pauvrement vêtu, et des lignes de sceaux courraient le long de sa peau pâle jusqu'à ses yeux, bandés d'un voile blanc. Sasuke se jeta instinctivement entre cet homme et son ami, contenant l'énergie nécessaire pour enchaîner une technique de télékinésie. Il n'en eut nul besoin. L'homme bondit en arrière de son propre chef, sa longue cape grise voltigeant derrière lui. Il se réceptionna sans encombre à quelques dizaines de mètres plus loin, posant un genou à terre sans laisser transparaître une once de fatigue.
- Tu vois ce que je vois ? questionna Naruto en toute sérénité.
Sasuke acquiesça faiblement, trop occupé à croire ce que son Sharingan et son Rinnegan lui montraient. Les yeux de l'homme semblaient … carrément surnaturels. Ils l'étaient plus que n'importe quel dôjutsu car l'énergie qu'ils émanaient était sans équivoque. Ce chakra rayonnait sans se disperser, il brûlait sans perdre de son combustible. Absolument effrayant.
Leur adversaire allongea le bras, aussitôt traversé d'inscriptions qui longèrent son membre jusqu'au bout de ses doigts pour se matérialiser en un bâton métallique noir. Quoiqu'il en soit, il semblait bien décidé à se battre. Sasuke était particulièrement réactif à ce genre d'incitation, et il trancha l'air devant lui, replaçant l'axe de la lame en fonction de l'orientation de l'arme de son adversaire. Naruto se jeta devant lui, assez en retrait pour ne pas l'empêcher de se défendre en cas d'attaque surprise. Sasuke lui en fut tout de même reconnaissant.
- Attends, Sasuke.
Naruto avança de quelques mètres, contenant le feu instable de Kyuubi qui s'apprêtait à exploser à tout moment.
Il est vraiment pas possible. Il n'allait quand même pas … ?
- Hey ! Naruto avait hélé l'homme, déterminé. C'est toi qui as tué des ninjas de Konoha ?
Certainement désirait-il être certain de sa compréhension de la situation. Sasuke pouvait comprendre somme toute.
En guise de réponse, l'individu planta le bâton dans le sol. Un crac sonore retentit, faisant vibrer le sol sous leurs pieds. Des chaînes jaillirent depuis la terre tout près d'eux, trop près d'eux. Sasuke perçut très distinctement le cliquetis des maillons s'approcher dangereusement de sa tête, anticipa leur trajectoire pour les éviter tandis qu'il fonçait tout droit vers l'homme aveugle.
Naruto pouvait bien essayer de discuter, lui n'avait plus aucun doute sur les intentions du fauteur de troubles. Le tranchant de sa lame heurta le métal noir, la pointe se retrouvant à quelques centimètres de la gueule de l'homme. Sasuke avait attaqué à une telle vitesse qu'il fut surpris que le visage de son adversaire n'ait pas fléchit une seule fois. Au lieu de ça, il resta figé comme la pierre. Même si l'intégralité de son regard était voilé par de vieux bandages, il y avait une telle intensité qui s'y dégageait que Sasuke s'en sentit sondé. Et c'est là qu'il comprit. Juste avant que Naruto ne lui vienne en aide, orbe tourbillonnant à la main.
- Sasuke !
Il se décala juste pour permettre à Naruto de porter son coup, Rasengan en mains. Il fut reconnaissant envers cette attaque, qui vint masquer sa confusion.
L'homme tendit la main et Sasuke eut juste le temps de se protéger pour que le souffle de la réaction ne l'envoie pas valser au loin telle une vulgaire marionnette.
- Bon sang, c'est pas vrai … jura Naruto en observant les conséquences de son attaque.
Et il ne put que compatir. L'homme s'était retiré à une dizaine de mètres plus loin, sa main étant amochée. Elle l'était à peine. Sasuke pencha la tête vers le côté, à la fois intrigué et anxieux. Il avait perdu tout un pan de bras à cause de cette technique, le Rasengan. Alors pourquoi ce type n'en était ressorti qu'avec quelques égratignures. Pouvait-il absorber le chakra ?
Il avait peut-être surestimé Naruto en pensant qu'il avait à jamais renoncé à foncer droit sur ses ennemis sans jauger au préalable la situation. Il le retint fermement par le bras.
- Attends.
Naruto le gratifia d'un regard bouillonnant de frustration, et se dégagea sèchement de sa prise.
- Je pense que nous n'avons pas toutes les connaissances pour lui porter une attaque frontale comme tu t'apprêtais à le faire.
- Tes yeux, ils en disent quoi ?
- Une marre. C'est une marre de chakra. Plutôt complexe, on dirait.
- Et que proposes-tu ?
Sasuke fit tourbillonner sa lame.
- Faisons ça à l'ancienne. Vu comment il t'a stoppé net, ce serait bête de gaspiller notre énergie.
Naruto hocha la tête, faiblement convaincu mais résigné. Ils employèrent le taijutsu contre leur ennemi. Sauf que ce dernier eut inexorablement un coup d'avance sur eux, parant inéluctablement leurs coups comme s'il pouvait les voir avec plusieurs secondes d'avance. A titre de comparaison, le Sharingan le permettait également mais dans une très moindre mesure.
Sasuke Uchiha s'écarta de Naruto, couvrant une zone plus éloignée que celle de son ami. Ils ne pouvaient pas permettre à leur ennemi de les avoir simultanément à portée.
Leur adversaire se tenait parfaitement immobile, ancré sur ses genoux. Il ne semblait pas éprouver la douleur de l'impact, ou si c'était le cas, il le cachait monstrueusement bien. Au lieu de cela, il marmonna quelque chose dans sa barbe que l'ouïe de Sasuke fut incapable de capter. Cependant, ayant appris à lire sur les lèvres, il savait qu'il ne s'agissait nullement de la langue commune. Communiquait-il ?
Peu importe. Ils n'avaient pas besoin de le découvrir pour l'instant. Sasuke saisit l'opportunité et attaqua en piquet, lame prête à être flanquée droit dans les entrailles de l'ennemi.
Mais l'arme de Sasuke ne perça que le vide. En un battement de cils, il avait disparu. Leur ennemi n'était tout simplement plus là, comme s'il avait été éparpillé par le vent en même temps que la poussière et les particules de terre de cet endroit. Et étonnement, aucun de ses pouvoirs n'était capable de lui en donner la raison. Peut-être que …
- Il s'est volatilisé, marmonna Naruto Uzumaki.
Cette réponse effaça tout espoir de piste susceptible d'être étudiée. Sasuke avait le goût amer de s'être fait ridiculiser, d'une façon ou d'une autre. Il y avait toujours une part de lui-même qui ne supportait pas de perdre. Cependant, il était tout autant préoccupé par un autre point.
- Qu'a-t-il marmonné, Naruto ?
- Quoi ?
- Tu as bien vu ses lèvres bouger ? Juste avant qu'il ne file.
Naruto enfonça ses mains dans les poches de son pantalon, désormais sali par la terre et la poussière de l'endroit.
- Lire sur les lèvres des gens ne fait pas partie de mes compétences. Mais …
Sasuke orienta un regard appuyé à l'attention de son ami, qui l'évita aussitôt.
- Aucune idée, Sasuke. Vraiment.
Et ces simples mots alimentèrent son intuition. Lorsque le type avait marmonné, Naruto était resté cloué sur place, et n'avait pas suivi son attaque.
- Bon, tu viens ? Il faut retrouver les autres !
Sasuke n'osa même pas déblatérer quoique ce soit, un poil fatigué et confus. Il rangea son arme, et ne prit pas le soin de refouler un air contrarié. Il aurait des réponses. Mais il devait tout d'abord comprendre pourquoi son village natal semblait se retrouver mêler à d'étranges évènements.
De tous les arts ninjas, le fuuinjutsu fut celui dont l'apprentissage lui causa le plus de difficultés. Parce qu'il n'était ni orienté force ni orienté agilité. Parce qu'il reposait en la patience et la minutie de son utilisateur, et qu'un gosse de treize ans n'était ni patient ni minutieux.
Minato Namikaze soupira pour la énième fois, assez discrètement pour ne pas que son jeune élève puisse l'entendre. Cependant, son oreille droite lui fit savoir que rien n'avait échappé à sa femme qui n'était présente qu'en tant que spectatrice.
Voilà déjà toute une semaine qu'il tentait – en vain – de former au fuuinjustu celui qui était probablement le génie de la décennie. Et il fallait dire qu'ils venaient tous deux de tomber sur un os.
- Deux jours max', avait répondu Minato lorsque sa douce lui avait demandé au cours d'un repas galant combien de temps prévoyait-il que Kakashi Hatake mettrait pour apprendre une technique de sceaux de catégorie S – qu'elle lui avait elle-même enseignée.
Kushina s'était contentée de le toiser de ses yeux de velours, un brin moqueur. Il l'avait presque mal pris ce soir-là.
- Nous parlons bien de Kakashi ? Pas d'Obito.
- Qu'est-ce que tu peux être dur avec lui ! s'était exclamée sa femme sur un ton un peu plus sérieux. C'est un Uchiha, sa courbe de développement tendra à rattraper celle de ton favori.
- Il ne l'est pas, avait rétorqué Minato, un poil sur la défensive.
Le haussement de sourcil incrédule qui s'ensuivit n'arrangea en rien à son agacement. Minato Namikaze, malgré son jeune âge, était une personne calme, sage, patiente et bienveillante mais quand on le connaissait bien, il était facile de remarquer qu'il détestait secrètement avoir tort face à sa bien-aimée. « Tu verras », avait-il ajouté. « Il le fera. »
Tout ninja avait une faiblesse, même le plus brillant d'entre eux. Kakashi n'avait jamais nié que la sienne résidait en cet art si complexe, qu'il en avait même embarrassé son maître.
Minato soupirait, mais l'insuffisance de Kakashi n'en était pas la cause. Comment pouvait-il … ? Non. Il devait bien l'admettre. Kushina avait vu juste. Il n'avait pas été réaliste en avançant pouvoir apprendre cette technique à Kakashi en deux jours. Avec Obito, Rin ou un autre élève, il aurait pu mettre cet échec sur le compte de l'apprenti – même si cela n'était en rien une honte pour le ou la concernée tant la maîtrise des bases requérait la perfection. Mais le fait que Kakashi n'avait toujours pas maîtrisé cette technique après deux jours d'apprentissage intensif ne relevait pas du fait de l'élève. De cet échec, Minato en portait pleinement le fardeau. C'était lui qui encaissait l'échec de l'apprentissage et non l'inverse, et il devait maintenant avouer que sa propre fierté s'en trouvait amèrement touchée.
Kakashi perçut une goutte de sueur longer sa tempe pour se glisser sous son masque.
Sa main était fermement cramponnée au sol, et il devait en porter les marques de la roche.
Il avait assurément perdu toute notion de temps à présent.
Les sceaux que Kushina avait apposé de part et d'autre de la roche sur laquelle il se tenait ne s'étaient toujours pas dissipés. Il ne les avait toujours pas scellés. Pourquoi ? Peut-être était-ce par ce que ce n'était pas comme si …
Sa vie en dépendait. Leur vie. Sa vision n'était pas entièrement nette à cause de la quantité incroyable de chakra qu'il venait de dépenser, mais il savait que les murs de glace qui le protégeait tenaient encore. Mais le feraient-ils pour encore combien de temps ?
Ses yeux peinaient à s'ouvrir tant ils tendaient à se clore. L'agacement d'échouer parvenait à le tenir éveiller.
Kakashi n'avait jamais aimé perdre. Il avait grandi dans un monde où l'échec n'était pas une option.
Il ne perdrait pas. Il gagnait toujours. Alors quand son maître s'approcha et posa une main bienveillante sur son épaule, son taux d'adrénaline grimpa en flèche. Il l'aurait fait de la même façon que s'il s'était pris une attaque en plein dans les tripes.
- Kakashi, reprenons demain, tu veux ?
Reprendre demain ? Quelle stupide idée.
- Non, sensei.
- Allons, gamin. Tout ce que tu vas y gagner, c'est un séjour à l'hôpital. J'ai besoin de toi en forme dans l'équipe pour les prochaines missions. N'oublie pas que dans un mois nous serons derrière les lignes ennemies, tu ne voudrais pas rater ça, non ?
Minato se sentit stupide à l'idée d'utiliser cet argument. Si c'était son fils, il ne l'aurait probablement pas utilisé. Quel père motiverait son fils en lui disant que s'il ne faisait pas telle ou telle chose, il serait privé de champ de bataille ? Malheureusement pour Kakashi, c'était le seul argument susceptible de faire effet. Il avait beau se montrer sale gosse la plupart du temps, il ne se soustrairait jamais à ses obligations.
Il n'abandonnerait jamais une personne dont la vie dépendait de ses actions.
Kakashi repoussa la main posée sur son épaule. S'il échouait maintenant, il le ferait prochainement. Alors il se remit à l'ouvrage, quitte à sombrer dans l'inconscience.
Ses muscles commençaient à le maudire. Des crampes se déclaraient un peu partout dans son organisme, cherchant désespérément à équilibrer la dépense et l'approvisionnement en énergie. C'était désagréablement familier, mais il pouvait le gérer.
Minato se tourna légèrement, en quête de solution dans l'espace naturellement vert du terrain d'entrainement numéro 12. Kushina s'était approchée, l'air un peu penaud.
- Minato, je sais que tu ne vas pas aimer mais …
- Mais ?
- Prends une pause et laisse-moi faire, tu veux bien ?
Il n'y avait qu'elle pour briser l'équilibre spirituel qui semblait être inné chez lui. Si elle y parvenait en quelques heures alors qu'il y avait échoué en une semaine, il allait certainement être ronchon. Mais c'était aussi pour cette raison qu'il l'aimait : il n'était pas obligé d'être l'Eclair Jaune de Konoha avec elle. Il pouvait se contenter d'être Minato Namikaze.
Il se pencha légèrement pour l'embrasser sur la joue, et lui sourit tendrement.
- Comme tu veux, mon amour.
La force contenue et maintenue par les sceaux semblait indomptable. En combien de temps Kushina Uzumaki serait-elle parvenue à les corrompre de son chakra pour ensuite les clore ?
- Kakashi-kun, lui dit-elle aimablement. Tu es en train de t'épuiser.
Elle le prit fermement par les poignets, et bloqua les portes d'énergie pour qu'il ne puisse plus rien consommer. Il s'en trouva un peu bête, jamais quelqu'un n'avait manipulé son propre chakra de cette façon, mis à part les ninjas médecins.
- Tu n'es pas patient, comme garçon.
Pas vraiment, à l'époque. Il ne l'avait jamais vraiment été. Une part grande part de lui-même était trop réceptive à l'adrénaline pour contenir son explosivité.
Kushina n'était pas réputée non plus pour sa patience.
- Vous ne l'êtes pas non plus.
Elle éclata d'un rire démoniaque.
- Moi ? Bien sûr que non. Mais la patience prend plusieurs formes. Ton problème c'est que tu n'as jamais appris à te montrer calme face à quelque chose capable de te résister. Et quand c'est le cas, tu n'as qu'à utiliser ta force, ta rapidité ou bien ton intelligence pour en venir à bout. Mais écoute-moi bien : tout cela, y compris la quantité de chakra que tu vas employer, ne sert à rien dans l'art du scellement. Le secret c'est …
… de rendre utile la plus infime proportion de chakra utilisée, car …
- … le sceau adverse te forcera au départ à te faire dépenser d'énormes quantités de chakra.
Kushina lui tenait toujours fermement les poignets, et Kakashi se sentit très vite stupide à l'idée de ne pas y avoir pensé plus tôt. Malgré la fatigue et la contrariété, il parvint à sourire sous le couvert de son masque. Il le faisait rarement, et cela suffit à convaincre Kushina qu'il était temps de le laisser continuer.
- Continue, Kakashi.
Il obtempéra à l'ordre de sa propre conscience. Kushina ne lui avait jamais donné la réponse parfaite. Elle l'avait juste mis sur la voie. Une chose était néanmoins claire dans son esprit : il n'avait jamais été confronté à ce genre de sceaux, hormis lors de l'apprentissage de cette technique.
Je vous en suis reconnaissant, Kushina.
Il parvint à restabiliser l'afflux de chakra qu'il tendait à impulser au travers des canaux crées par les sceaux de l'immense hall. Puis il bloqua les flux en provenance au lieu de chercher à les noyer dans son propre chakra. Il lui sembla que l'intensité des sceaux faiblit à ce moment-là, car la glace protectrice qui les protégeait se reformait avec plus de vigueur. Il ne lui restait plus qu'une étape à franchir, et pas des moindres.
Il étouffa un grognement de surprise quand son chakra entra en résonnance avec celui d'un autre. Et il sut …
… qu'à ce moment-là il ne faisait pas le poids. Qu'était-il sensé faire contre le chakra d'une kunoichi sensitive ?
Contrairement à lui, qui n'était pas né avec ce don, il ne pouvait percevoir l'essence même de son adversaire. Tout ce dont il était capable de faire, c'était de résister assez longtemps pour que l'initiateur du sceau s'en fatigue.
- Et si cela n'arrive pas ?
Maître Minato avait une moue désespérée. Il semblait accuser le coup. Kakashi venait de réussir ce qui semblait être la dernière étape de l'apprentissage, mais il demeurait un point qu'il n'était pas encore prêt de maîtriser.
- Alors, c'est la mort assurée, répondit Minato avec un sourire triste. Tu fais partie du haut gratin des ninjas de Konoha à présent. Comme eux, tu sais contenir une technique agressive de scellement de niveau S, mais tu n'es pas un Uzumaki. Tu ne peux vaincre à tous les coups un membre de ce clan qui aurait éventuellement mal tourné et qui s'en prendrait à Konoha.
- Alors dans ce cas, je meurs et puis c'est terminé ? »
Minato eut un petit rire sans joie tandis qu'ils marchaient tous deux dans les rues de Konoha en direction du stand à ramen le plus proche.
- Tu découvriras la réponse bien assez tôt, Kakashi.
Naruto Uzumaki était bien leur dernier espoir. Il le savait d'Ino. Non sans grande surprise, il s'était rué vers la source de leurs maux. Le Maître avait une grande confiance en son élève, mais il ne sut quoi en déduire lorsqu'il prit naturellement le dessus sur l'énergie émanant du sceau, et qu'il fut capable de les sceller un par un. Etait-ce le début ou la fin d'un combat ?
- Alors, ça …
De la glace avait fondu. Une quantité incroyable. Kakashi avait les pieds trempés, de deux centimètres. Il n'eut pas le réflexe de procéder à un calcul en fonction de la surface estimée du hall souterrain dans lequel ils se trouvaient, mais plusieurs centaines de mètres cubes d'eau venaient de se déverser. Lui-même n'était pas capable de générer autant d'équivalent Suiton.
Kahyo n'en sembla pas moins surprise tandis que la luminosité ambiante semblait redevenir normale.
- Pas mal pour un plan Z, Rokudaime-sama, déclara-t-elle de son accent à peine plus prononcé que d'habitude.
Elle lui tendit une main pour l'aider à se remettre sur ses pieds, mais il n'en trouva pas l'utilité. Elle n'eut pas l'air d'en être vexée.
- Si je me souviens bien, nous sommes loin d'être sortis d'affaire ? A quelle distance sommes-nous d'Iwa ?
- … un peu moins d'une centaine de kilomètres au sud.
- Oh.
Le questionnement laissa place au silence. Kakashi se tenait sur ses deux pieds, les mains sur ses hanches, réprimant avec difficulté l'envie de régurgiter le reste du dernier repas qu'il avait pris. Son regard se posa fatalement sur la pile de cadavres desséchés qui gisait à quelques pas d'eux. Il coupa instinctivement son odorat pour éviter d'empirer sa situation gastrique. Il lui semblait avoir perçu un relan de chair calcinée, charriée par un courant d'air. Et il fut chanceux que ce dernier point l'intrigua davantage que l'odeur abominable des corps des prisonniers. Il s'avança légèrement en direction du courant d'air, presque imperceptible. Mais la sueur de son visage lui donnait une humidité suffisante pour distinguer le déplacement d'air. Kahyo le suivit avec prudence, comme si elle craignait la présence d'autres pièges. Il était évident que s'ils étaient parvenus à s'en soustraire d'un, un autre leur serait probablement fatal.
Apparemment cet endroit est ouvert, annonça Kakashi dont le regard inquiet s'était figé sur l'entrée droit devant eux.
Normalement, Iwa condamnait systématiquement les ouvertures de leurs anciennes caches quand il ne les faisait pas démolir. Kakashi craignait que ce ne soit le cas, et s'en trouva secrètement soulagé.
Est-ce que cela implique que cet endroit est encore d'une quelconque utilité à Iwa ? demanda Kahyo. Parce que si c'est le cas, il est impératif que nous éliminions ces corps.
Elle désigna le tas de chair morte qui trônait désormais derrière eux. A son grand regret, Kakashi n'eut aucune raison de la contredire. Il se contenta d'hocher la tête et de se mettre au boulot. Il lui restait tout de même assez de chakra pour cette dernière tâche.
La situation venait inévitablement de se compliquer. En l'absence de leur chef, Shikamaru sentit son taux d'anxiété croître de manière incontrôlable. Kiba hochait ostensiblement la tête d'un air absent, tandis que Chôji couvrait les corps d'un voile blanc comme il le pouvait.
- Salopards, marmonna Kiba.
Il renifla bruyamment, le regard fou de rage.
- Je vais demander à Maître Kakashi de m'y coller personnellement. Je veux être là quand …
- Kiba.
Hinata lui posa une main douce sur l'épaule trapue de son coéquipier.
- Kakashi n'est toujours pas rentré, se contenta-t-elle de répondre.
Kiba inspira de plus belle, les yeux toujours rivés sur les dépouilles desséchées de leurs camarades. Sa mâchoire se contracta frénétiquement, puis il tourna les talons pour laisser exploser sa rage autre part. Akamaru couina tristement avant de lui emboîter le pas.
Hinata prit place aux côtés du jeune Nara, qui considérait les choses avec plus de sagesse que son ami.
- Nous avons localisé les émissaires du Tsuchikage. Ils étaient bien au fond de cette caverne. Morts.
- De quelle façon ?
C'était une question inutile. Mais Shikamaru ne parvenait pas à se montrer efficient lorsqu'il n'y avait plus rien à faire pour arranger les choses.
- Comme Takeshi et son équipe. Tu te souviens de ce que cet arbre t'a fait durant la dernière guerre ? fit Chôji d'une voix sombre.
Oh que oui, il s'en souvenait très bien. Il venait de faire la même parallèle avec les cadavres de leurs camarades.
- Oui, je vois, répondit Shikamaru qui leva une main pour s'éviter d'entendre d'autres détails (cet évènement n'était pas celui dont il raffolait le plus). Ino a des nouvelles de Kakashi et de la directrice ?
- Ils sont en passe de traverser discrètement la frontière. Apparemment, Maître Kakashi l'a fait à plusieurs reprises, donc il a dit que ça ne devrait pas lui poser trop de problèmes.
Kakashi Hatake avait passé plus de dix ans au sein des forces spéciales du village. Il était idiot de douter de ses talents en matière de traversée illégale des frontières.
- Il ne tardera donc pas à arriver », statua Hinata. Shikamaru, peut-être devrions-nous …
- Je sais, Hinata. Je m'en occupe.
Il allait falloir qu'il trouve comment expliquer à Kakashi qu'ils venaient de littéralement perdre cette escarmouche.
- J'ai comme l'impression que tu connais cet endroit comme ta poche, devina Kahyo qui s'appliquer à suivre Kakashi comme son ombre.
Cela faisait une petite demi-heure qu'ils patientaient, tapis dans la végétation bordant l'un des nombreux postes frontières bordant la frontière. Il lui rendit un regard empreint d'une certaine satisfaction.
- Tout ce qu'il te suffit de savoir, répondit-il, c'est que les meilleurs endroits pour passer les postes frontières d'Iwa sont les postes frontières en eux-mêmes.
Kahyo stoppa net sa lame dans le bois qu'elle taillait, appuyé contre le tronc de l'arbre qui les abritait. Kakashi avait l'air de s'y connaître autant en passage illégal de poste frontière, qu'elle en sculpture sur glace. Là en l'occurrence, elle avait choisi de ne pas générer de glace pour son propre divertissement au cas où des ninjas sensoriels se trouveraient non loin de leur position.
- Vraiment ?
Kakashi tourna légèrement la tête en sa direction, juste le temps de croiser son regard avant de reporter son attention sur les tours de garde qu'il semblait analyser minutieusement. Elle aurait presque deviné un sourire derrière son masque.
- Tu sais garder un secret ?
Elle haussa les épaules.
- Ça dépend de quel niveau confiance tu m'accordes.
Kahyo répondait rarement aux questions fermées par l'affirmative ou la négative. Le « Oui » et le « Non » avaient trop souvent la forme de réponses se rapportant aux moments cruciaux d'une vie. Et aux ordres de ses supérieurs qu'il était outrageux de discuter. Kahyo se demandait à quel point sa vie en tant que ninja de Kiri l'avait marqué : elle savait jauger l'importance que cela avait eu, mais peinait à en analyser l'héritage qu'elle en avait gardé, mis à part son accent qu'elle avait néanmoins dû apprendre à camoufler. Kakashi ne fit néanmoins aucune remarque quant à son apparente insolence, et se contenta de se confier.
- Les frontières d'Iwa sont les mieux gardées d'entre toutes. Peu savent comment s'en approcher, et peu osent le faire. Ceux qui y sont contraints le font de la manière la plus logique, mais également la plus mauvaise. Ils entreprennent de passer entre les postes. Seulement vois-tu, à Iwa, leur devise est : La Terre est notre alliée. Ce qui est totalement vrai si tu regardes ce qui se passe dans ce qui semble être le vide absolu.
Il désigna d'un hochement du menton l'espace dépourvu de toute végétation s'étendant entre chaque poste frontière. Kahyo plissa des yeux jusqu'à entrevoir ce que Kakashi souhaitait lui montrer.
- Mais c'est … , chuchota-t-elle toute aussi intriguée qu'une gamine devant un phénomène inconnu. De la terre ?
Elle espérait ne pas être déçue.
- Pas tout à fait. Du doton. C'est une simple plaque de terre qui relie chaque poste et détecte chaque pression. Si quelqu'un marche dessus, le poste le plus proche en est aussitôt averti.
- Comment le sais-tu ? le questionna-t-elle. Elle s'était accroupie près de lui, et le dévisageait (s'il était possible de le faire avec quelqu'un portant un masque) avec une expression béate.
- C'était à l'époque où je possédais un Sharingan : j'ai copié cette technique par mégarde, et je ne l'ai compris que quelques jours après. Le Hokage de l'époque, Maître Sarutobi, m'avait ordonné de garder cette découverte sous silence. Du coup, à chaque fois qu'il fallait que quelqu'un passe cette frontière, c'était moi.
Kakashi, le ninja copieur … Elle comprenait mieux à présent. Elle sourit faiblement. Dans une autre vie, ils auraient pu être amis. Ou peut-être davantage. Quel dommage …
- Cet ordre n'est plus d'actualité ?
- Je suis le seul à pouvoir me censurer, à présent.
Elle se prit elle aussi à suivre des yeux les mouvements des ninjas de Kiri.
- Une fois ce passage traversé, il faudra nous camoufler. Je vais générer une brume pour nous faciliter la tâche, si tu n'y vois pas d'inconvénients.
Kakashi hocha la tête en guise de consentement.
- Fais-le maintenant.
Naruto ne parvenait pas à décrire ce qu'il ressentait à cet instant. D'abord, il y avait eu le soulagement. Hinata, Shikamaru, Kiba et les autres étaient sains et saufs. Puis vint la confusion lorsque Shikamaru s'empressa de le questionner. Contre toute attente, Sasuke lui porta assistance et se chargea de résumer les évènements survenus plus tôt, sous l'œil critique de ses alliés – qui pour la plupart n'avaient toujours pas intégré son statut d'ancien déserteur.
Sasuke n'avait nulle envie de s'éterniser : il parla neutrement et succinctement de la situation actuelle, sans pour autant évoquer Orochimaru. Nul personne ici présente n'avait besoin de le savoir, et le seul qui était en mesure de l'y forcer n'était pas encore arrivé. Cependant, l'attitude fermée de Naruto lui mit la puce à l'oreille : il n'avait nul besoin des pouvoirs de ses pupilles pour y distinguer de la confusion. Il était presque certain que Naruto avait plus de choses à dire que lui. Mais pour une raison ou une autre, il comprenait le fait qu'il ne souhaitait pas en discuter ouvertement. Quoiqu'il en coûte, Sasuke devrait découvrir ce qui était à l'origine de la confusion de son ancien coéquipier.
Le Sixième Hokage – Kakashi – finit par faire son apparition, ainsi qu'une femme aux cheveux longs bouclés de taille moyenne, au regard de glace. Le soulagement de Shikamaru fut à peine visible tant il redoutait le poids des responsabilités.
- Où sont nos chers émissaires ? questionna Kakashi sur un ton légèrement bourru.
A vrai dire, il se doutait déjà de leur sort.
- Plus de ce monde, répondit Raido qui n'avait visiblement rien trouvé de plus élégant à dire. On les a convenablement empaquetés. Un peu mieux que nos défunts à nous, malheureusement.
En matière de maîtrise des émotions, Kakashi était expert. Cependant, Sasuke décela une légère tension au niveau de sa mâchoire. Il s'approcha de la table de campagne et s'y appuya avec trop de délicatesse.
- Nous prendrons le temps d'en discuter une fois rentrés. Commencez à remballer les équipements, nous partons bientôt.
Raido hocha la tête avant de donner une petite tape sur l'épaule de Kiba pour l'entraîner dans ses pas. Kakashi s'approcha de Naruto et de Sasuke, les mains dans les poches. Il se posta juste devant l'Uchiha et le toisa longuement avant de parler.
- Sasuke. Tu tombes à pic.
Que répondre à cela ? Sasuke se contenta de lui rendre son regard. Kakashi était manifestement contrarié, et il n'appliqua pas à paraître amical envers son ancien élève. Naruto se sentit obligé d'ouvrir la discussion, car il lui semblait que ces retrouvailles étaient malaisantes. Il n'avait pas encore réussit à cerner le degré de méfiance que le Sixième Hokage conservait à l'égard de son ancien protégé Uchiha.
- Nous sommes tombés sur un os, Maître Kakashi.
La voix du jeune homme était empreinte d'une révérence inhabituelle de sa part : la politesse n'était pas le fort de Naruto, et cela intrigua l'homme masqué.
- Il était chauve. Avec du bandage sur les yeux. Et … euh … il faisait sortir des bâtons de ses avant-bras. Vous savez comme ceux que Pain avait … Sasuke et moi l'avons combattu, mais il semblait absorber nos techniques.
L'expression de Kakashi fut indescriptible. Au fur et à mesure du récit de Naruto, son regard semblait voler de points en points sans parvenir à se fixer sur l'un d'eux. Sasuke appuya les paroles de son ami.
- On nous a expliqué ce qu'il vous est arrivé, dans cette caverne. Il semblerait qu'il soit le principal responsable.
- A-t-il dit quelque chose de particulier ? demanda soudainement Kakashi.
Sasuke lorgna le jeune Uzumaki du coin de l'œil.
- Non, il n'a pas parlé. Du moins, pas de manière compréhensible, répondit ce dernier.
Les yeux de Naruto se baissèrent, un peu de manière hébétée. Cependant, Kakashi n'était pas du genre crédule et le froncement de sourcils qui s'ensuivit prouva qu'il aurait beaucoup de questions à leur poser une fois rentrés. Après un court silence, il secoua la tête.
- Je ne doute pas que vous aurez plus de choses à m'en dire.
Il asséna à Naruto une petite tape sur l'épaule.
- Mais avant cela, il faut que j'annonce au Tsuchikage ce qu'il est advenu de ses hommes : et il ne risque pas d'accueillir la nouvelle avec joie.
Oonoki n'était pas réputé pour sa politique pacifiste. La mort de deux de ses ninjas risquait lourdement d'ébranler l'Alliance Shinobi, qui était toute aussi instable qu'elle semblait inébranlable. Kakashi ne souhaitait pas vivre l'instant où elle volerait en éclats, du moins, il espérait que ce moment n'interviendrait pas tout de suite.
- Tu rentres à Konoha, pas vrai, Sasuke ?
- Est-ce réellement une question ?
Kakashi lui sourit, peut-être un peu trop malicieusement pour que ce soit effectivement le cas.
- Et bien … je suis certain qu'il est dans ton intérêt de revenir, déclara-t-il en jetant un œil à Naruto. Tu ne la fuiras pas très longtemps, tu sais ? D'autant plus qu'elle s'attend à ce que tu tiennes ta promesse. Tu te souviens ?
Sasuke n'avait jamais douté du soupçon de sadisme de son ancien maître. Pas de sadisme cruel. Mais qui avait la capacité de tourner en ridicule quasiment n'importe quelle situation.
La vérité était que Kakashi tenait à ses anciens élèves, et malgré les tracas que les fonctions de chef de village lui apportaient quotidiennement, il gardait un œil sur eux. Tout particulièrement sur Sakura ces derniers temps, car sous ses airs de personne forte se développait une certaine frustration qu'il qualifierait de « manque affectif ». Et il doutait qu'elle puisse vivre éternellement dans cette situation. Si Sasuke Uchiha revenait au village, cela aiderait Sakura à avancer, que ce soit en tirant un trait sur leur relation, ou autre chose. Peu lui importait du moment que cela lui permettait d'équilibrer un tant soit peu son existence. Maintenant que Tsunade avait de nouveau déserté le village, il avait besoin d'un médecin de confiance : s'il était cruel de l'admettre, Kakashi savait qu'il ne pouvait pas compter sur une gamine rongée à longueur de temps par ses sentiments. C'était totalement humain, et il serait d'autant plus atroce de la laisser choir dans cette impasse. Alors si ordonner à Sasuke de rentrer au village pouvait avoir un quelconque impact, il n'hésiterait pas à l'y tirer de force. Naruto s'en chargerait de toute façon.
Le plus dur restait à venir.
Le corps de Kakashi venait d'essuyer une épreuve de plus, et c'était dans ces instants qu'il se demandait si la prochaine fois ne serait pas celle de trop. Son organisme tout entier lui criait de s'assoir, de piquer un somme le temps de récupérer de leur petite escapade au Pays de la Terre.
Ce n'est pas le moment, se corrigea-t-il à la vue de la rangée de cadavres recouverts d'un drap blanc. Si ceux des prisonniers l'avaient marqué par leur odeur, il n'était pas certains que le sort de ces braves gars lui procure le même effet. Il s'approcha lentement et souleva le drap de l'un d'entre eux, juste assez pour laisser apparaître une peau grisâtre fixée à même le squelette. La main gantée de Kakashi se serra d'elle-même, tandis que son regard restait planté sur le visage du jeune homme qui s'appela Takeshi Homura. Oui, il les connaissait car il avait une bonne mémoire. Il n'eut nul besoin de soulever les autres draps mortuaires pour mettre un nom sur chaque corps. Il les savait tous jeunes, dévoués envers leur famille, leurs camarades, et leur village. Maintenant qu'ils n'étaient plus, Konoha devrait combler un immense fossé. Il aurait à le faire.
Il sentit une présence dans son dos, trop légère pour que ce fusse Raido.
- Je vous dois des excuses, Maître. Je n'ai rien anticipé de tout ça.
Kakashi lâcha un long soupir avant de rabattre la couverture sur le visage décharné de la dépouille de Takeshi. Il se redressa, se figeant devant Shikamaru qui semblait sérieusement touché. Il était rare de le voir avec cette tête, c'en était presque intriguant.
- Tu as raison, Shikamaru. Nous n'avons rien anticipé. Toutefois, il nous reste à retrouver les coupables.
Il était désolé d'être incapable d'apporter un quelconque réconfort au jeune homme mais il n'était en rien Asuma Sarutobi. Et puis, la remise en question était une bonne chose : Shikamaru était de toute façon bien assez intelligent pour se rendre compte qu'il n'aurait rien pu faire d'autre en l'état actuel. Kakashi n'avait nul besoin de l'exprimer à sa place. D'autant plus que s'il n'avait pas eu l'ingénieuse idée de faire gober aux prisonniers des insectes de Shino, bien plus de vies auraient été prises.
- Garde la tête froide, conclut-il alors.
- De toute façon, qu'est-ce que ce gnome peut faire, mhn ? Menacer de lancer une guerre ? Je ne pense pas que ce soit au goût de tout le monde.
Kakashi ne sut que dire au sujet de la position de la directrice.
- Lancer une guerre ? Ce n'est pas comme si cela bouleverserait nos quotidiens, continua-t-elle. Son brin fataliste n'était pas pour lui déplaire.
Ils s'arrêtèrent, en plein dans le sous-bois, près de la frontière entre le Pays de l'Herbe et celui du Feu. C'était ici que leurs chemins se séparaient. Une nouvelle fois.
Le contingent de Konoha – composé d'une partie de celui d'origine qu'il n'avait pas affecté au rapatriement des corps – se déplaçait au point de rendez-vous fixé par le traité de la Troisième Guerre Ninja. Il stipulait un lieu neutre où Hokage et Tsuchikage pouvaient se rencontrer sans craindre de poser le pied en terrain adverse. Celui-ci résidait non loin du village de Kusa, et du château Hozuki. Kakashi avait invité son cortège à avancer sans lui, pour qu'il puisse s'entretenir avec la directrice de la prison. Il était certain que d'ici quelques jours, cela donnerait naissance à certaines rumeurs.
- La paix a quelque chose de charmant en soit, répondit Kakashi. Même si elle a le don de ramollir les moins éveillés d'entre nous.
Il vit Kahyo sourire du coin de l'oeil, laissant apparaître une jolie ride près de l'une de ses commissures. Cela le poussa inexplicablement à en faire de même.
- Je ne te cacherais pas que tout ceci a été une sacrée épreuve, continua-t-elle. Cependant, c'est la chose la plus excitante qui me soit arrivée depuis toutes ces années.
- Je comprends, admit-il sincèrement.
Elle n'avait pas à regretter les morts de son côté : quelques cellules se libéreraient, et les portions de nourritures seraient plus conséquentes pour tout le monde. Regrettablement, Kakashi ne possédait pas ce luxe. Aussi étrange que cela puisse paraître, il aurait préféré être à sa place.
- Je sais que tu mettras la main sur ceux qui ont fait ça. Avoir un tel pouvoir est forcément dangereux pour ceux qui en sont les cibles.
De là où ils se situaient, ils pouvaient entrevoir la silhouette de la prison de haute sécurité, ses remparts sombres s'érigeant sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur.
- Cette forteresse a toujours dissuadé les plus tenaces , déclara-t-il en se tournant vers elle. Je sais que je n'ai pas de soucis à me faire.
Il ne savait pas pourquoi il lui disait cela. C'étaient des mots qu'il était censé réserver aux jeunes dans les moments les plus durs, comme c'était tout particulièrement le cas aujourd'hui. Il n'avait pas trouvé le courage de les prononcer devant Shikamaru, mais il les destinait à elle, reconnue comme une criminelle de rang S. Une ombre passa dans son regard de glace, une certaine chaleur qu'il ne s'était pas habitué à observer chez ce genre de femmes.
Je réserve aux auteurs les cellules qu'ils ont contribué à rendre vacantes. », dit-elle en s'éloignant de quelques pas. Prenez soin de vous, Seigneur Hokage. Et merci pour la balade.
Sa silhouette se dispersa en particules de glace, tel le fantôme d'un blizzard. Kakashi les escorta du regard jusqu'à ce qu'il les perde de vue, au loin, dans l'immensité des bois séparant le château Hozuki du reste du monde.
Et de nouveau, il se sentit étrangement seul.
Naruto Uzumaki passa une main sous son menton, pour se rendre compte que seulement deux jours suffisaient à ce que la nature reprenne le dessus sur sa peau. Ça râpait. Il fallait qu'il se rase. Il détailla du regard un kunai, inspectant chaque recoin de la lame jusqu'à ce qu'il estime qu'il n'y avait aucun danger sanitaire. Puis il porta le tranchant à son menton jusqu'à ce qu'une main vienne l'en stopper. Il reconnut cette douce main, si pâle que la lumière déclinante ne semblait pas l'affecter. Il y pressa doucement ses lèvres, comme s'il avait attendu toute la journée pour apprécier ce moment.
- La dernière fois que tu t'y es risqué …
Elle s'assit à ses côtés, à califourchon sur le tronc d'arbre mort qui semblait être mis à la disposition par la nature en tant que banc. Il lui lança un regard embêté avant de ranger sa lame, se rappelant très bien de l'entaille qu'il s'était faite à la joue quelques mois auparavant.
- Je regrette l'époque où il n'y avait rien à entretenir … , dit-il.
Ah, cette époque où sa vie se résumait à dormir, manger des ramens, s'entraîner, manger des ramens, s'entraîner, manger des ramens, dormir … Pourtant, il se souvenait également du malheur de son existence, causée par l'absence de ses parents et par l'animosité des villageois à son encontre. Tout cela semblait désormais révolu, gisant dans sa mémoire comme les traces d'un cauchemar de gosse dont il aurait mis beaucoup de temps à se défaire. Naruto se concentrait sur le présent, il n'accordait que très peu d'importance au passé, mais quand il le faisait, il y voyait les bonnes choses. Même Kyuubi n'avait pas l'air très méchant dans ces souvenirs …
Je peux toujours montrer mes crocs, gamin …
Comme la plupart du temps, Naruto choisit de l'ignorer juste pour l'embêter.
- Vous … les filles, vous n'avez strictement rien à couper de visible. On croirait que vous avez la vie facile, ironisa-t-il.
Sa jeune épouse se pencha légèrement vers lui, assez pour qu'il puisse renifler son odeur. Ses sens olfactifs en furent ravis. « Tu ne crois pas si bien dire. »
Elle posa son oreille contre son épaule, se permettant une marque d'affection timide tandis qu'ils se trouvaient à quelques mètres des autres. Naruto chercha Sasuke du regard, sans parvenir à distinguer sa silhouette dans la pénombre. Il pourrait chercher à sentir la présence de son chakra, mais il se sentait un poil exténué. Hinata semblait pensive. Trop.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? chuchota-t-il doucement.
- Je désirais te poser la même question … , elle répliqua sur le même ton.
Il la regarda et se rendit compte qu'une réelle préoccupation s'était emparée de sa bien-aimée.
- Il est rare de te voir à l'écart des autres, assis sur une branche en train de contempler ton reflet dans un kunai.
- Des camarades ont été tués, bien sûr que je terriblement atteint, se justifia-t-il.
Il ne se rendit pas compte qu'il avait adopté une intonation défensive, mais il le déduisit à l'attitude d'Hinata qui releva la tête, presque irritée. Elle se leva, effectua quelques pas avant de lui répondre :
- Naruto, s'il y a quoique ce soit qui ne va pas, s'il-te-plait, dis-le-moi.
Il hocha la tête, pas plus serein. Il la regarda s'éloigner, ses mains continuant de jouer nerveusement avec le kunai. Merde, comment allait-il se changer les idées ?
- Tu n'es pas très doué, Naruto.
La voix de son ami ne lui était jamais apparue aussi désagréable qu'en cet instant.
- Arrête avec tes sarcasmes, Sasuke. Tu n'es pas le mieux placé pour critiquer ma gestion des relations conjugales, rétorqua-t-il avec amertume sans tourner les yeux vers son interlocuteur.
Il commençait à faire nuit, et un campement avait été établi en attendant que le vieil Oonoki montre le bout de son nez. Sasuke et Naruto se trouvaient à l'écart de leurs camarades, et ces derniers ne pouvaient pas les entendre.
- Je ne parlais pas de ça, idiot. Le secret n'est pas ton fort.
Sasuke se plaça au même endroit qu'Hinata, tout en conservant ses distances avec son ami.
- Oh. Et qu'est-ce que ton génie a à dire ? Je suppose que tu as quelque chose en tête. N'y-a-t-il pas une question qui te démange ?
Le regard de l'Uchiha ne lui avait pas échappé. Ni même sa retenue.
- Naruto … , reprit Sasuke plus doucement. Même Hinata sait. Et même si elle en sait moins que moi, elle en saurait davantage si elle aurait été à ma place. Tu ne crois pas que c'est suffisant pour que tu arrêtes de garder pour toi ce qui te tracasses ?
- Si j'avais besoin d'un psychologue, j'aurais été voir Kakashi.
Kakashi, psychologue. C'était la chose la plus bizarre qu'il n'ait jamais dite.
- Ce type, tu le connais ?
- Jamais vu.
- Tu as entendu ce qu'il a prononcé ?
De toute évidence, il était inutile de nier.
- Oui, souffla Naruto. Je n'ai aucune idée de quelle est son identité, mais … Il m'a parlé. J'ai eu un moment d'égarement.
- Et que t'a-t-il dit ?
- Je ne m'en souviens plus, tu as ma parole.
Et c'était ce à quoi il s'affairait depuis l'instant où il en avait eu l'occasion : se souvenir des paroles qui avaient percées son esprit. Il se souvenait de la sensation étrange d'une voix, grave et étrangère, résonnant dans sa tête comme une symphonie qu'il aurait longtemps oubliée. Mais impossible de découvrir quoi. C'était un casse-tête d'une difficulté à s'en tirer les cheveux.
Sasuke considéra les paroles de son ami avec gravité, mais avec confiance. Il secoua la tête pour acquiescer et décida qu'il ne pourrait en obtenir davantage.
- Tiens-moi au courant, dit-il simplement.
- Comment le sais-tu ? Je veux dire, ce qui s'est passé ?
Le jeune Uchiha soupira, son regard sombre se baladant dans les ténèbres les entourant. Lui aussi était un peu désorienté.
- Depuis que je suis en possession du Rinnegan, je perçois certaines choses. Il semblerait que ce qui s'est passé en fasse partie.
Depuis le dernier conflit, il avait assurément changé. Mentalement, physiquement … c'était comme si l'essence même de son être avait soudainement muté. Il n'était plus le même, tout en étant toujours l'homme responsable de ses actes passés. Il était toujours Sasuke Uchiha, celui qui avait déserté, cherché à tuer son frère puis à acquérir une puissance redoutable. Et il avait accompli ses objectifs. Cependant, il n'avait rien gagné de tout ça : il se retrouvait tout simplement avec des démons supplémentaires. Peut-être s'était-il davantage gâché ? Voilà quelques années qu'il cherchait une réponse.
Un bruit de pas résonna tout près d'eux, les tirant de leurs songes. C'était Kiba, empreint de sa démarche irrévérencieuse. Ses yeux de cerbère s'attardèrent sur Sasuke, beaucoup trop longuement pour que cela ne soit le fruit que de sa simple curiosité.
- Oonoki est arrivé. Kakashi aimerait que vous soyez présents à ses côtés. Je pensais avoir plus de mal à te dénicher, Uchiha. Merci de ne pas m'avoir donné cette peine.
Sasuke le gratifia d'une prudente inflexion du menton tandis que Naruto tapotait son pantalon pour défaire le mélange de poussière et de terre qui s'y était collé.
- Allons-y, fit-il avant de suivre Kiba.
Kakashi et Oonoki se trouvaient déjà sur place, au sommet d'une colline nue, dont la terre semblait à tout jamais être privée de son lit de végétation. Naruto n'était pas féru d'histoire mais il lui semblait que cette colline avait été le théâtre d'un violent affrontement par le passé.
Oonoki avait amené avec lui un cortège d'une vingtaine d'hommes, dont certains avaient servis à leurs côtés dans l'Alliance Shinobi. D'autres, en revanche, étaient totalement étrangers.
Raido Namiashi était non loin de son Hokage. Tout dans sa posture semblait faire croire qu'il était serein, mais il était assurément prêt à défendre son chef à n'importe quel instant. Kakashi était paré du manteau honorifique blanc du Rokudaime Hokage. Il ne tourna pas la tête vers ses anciens élèves lorsque ces derniers se positionnèrent à sa droite, non loin de Shikamaru.
Oonoki, qui semblait avoir à cœur de se dégourdir les jambes, s'arrêta pour les toiser de son regard calculateur.
- Eh bien, tes gamins ont sacrément grandi ! Tu dois être fier, n'est-ce pas Kakashi Hatake ?
Ses paroles auraient pu être sincères, mais l'intonation du vieillard ne laissait présager aucune ombre de bienveillance.
- Avec tout mon respect, Seigneur Tsuchikage, grogna Raido. Vous vous adressez à votre homologue Hokage. Vous êtes prié de …
Kakashi fit taire son ami d'un signe de la main.
- Le seigneur Oonoki peut s'adresser à moi comme il l'entend, déclara-t-il sans pour autant affaiblir l'intensité du regard qu'il destinait au Tsuchikage. Seigneur Oonoki, vos émissaires ont été retrouvés morts.
Le Tsuchikage stoppa son bout de chemin, pour fixer sombrement son jeune homologue.
- J'ai su dès l'annonce de leur disparition que c'était le cas, rétorqua-t-il. Ce n'est pas la première fois. Avez-vous identifié les coupables ?
- Nous y travaillons, rassurez-vous, répondit Kakashi d'un ton tout sauf compatissant.
- Me rassurer ? Tu oses me faire déplacer jusqu'ici juste pour m'annoncer que le meurtrier de mes hommes est encore en liberté ? Qui me dit qu'il ne s'agit pas d'un acte de vengeance d'un de tes ninjas, hein ?
- Nous avons perdu toute une escouade, Maître Oonoki, intervint Naruto en tentant de justifier son maître. Vous ne pensez pas que vos accusations sont gratuites ?
Le regard d'Oonoki changea du tout au tout. Une lueur intéressée fit son apparition, compromettant le masque de colère qui avait semblé être jusqu'alors aussi solide que la pierre. Kakashi, qui s'était à peine retourné vers son protégé, affichait un regard noir qui dissuada ce dernier d'en dire davantage.
- Ce que Naruto Uzumaki voulait exprimer, Maître Oonoki, reprit Kakashi d'un calme étonnant, c'était qu'une telle agression de notre part serait injustifiée.
- Je me demande si le Raikage serait plus de votre point de vue que du mien, en cas d'arbitrage.
C'était clairement une menace. Naruto, qui n'avait aucune expérience politique, se sentait clairement offensé. Oonoki présageait clairement qu'il n'hésiterait pas à jouer de la position de faiblesse de Konoha devant le conseil des cinq Kages. Et si c'était le cas, et qu'il avait une raison à faire valoir – et il en avait désormais une –, il pourrait faire renvoyer Konoha de l'Alliance ce qui impliquerait qu'il y aurait de très fortes chances qu'Iwa, Kiri et Kumo en profiteraient pour faire du Pays du Feu un butin à se partager. Et ils n'hésiteraient pas un seul instant.
- Je me demande si cet argument tiendrait davantage que le fait que vous déteniez toujours certains de nos prisonniers de guerre, Tsuchikage, rétorqua Kakashi, placide.
Iwa s'était toujours refusé à libérer certains membres de clans puissants, arguant qu'il s'agissait d'une garantie que les accords de paix ne seraient pas bafoués. Mais ça, peu de personnes le savaient, même à Konoha. Les familles des prisonniers pensaient que leurs proches disparus étaient morts. C'était un secret bien gardé entre les deux villages. Oonoki cligna plusieurs fois des yeux, s'approchant lentement du rebord d'un relief surplombant le flanc de la colline.
- Cet après-midi, du grabuge a été recensé tout près d'une de nos anciennes caches. Une brume épaisse a ensuite rendu impossible toute surveillance des frontières. J'ose espérer, Hokage, qu'il n'y a pas de coïncidence. Il me semble que cet échange de prisonnier dont vous m'avez parlé par lettre la dernière fois s'est fait en présence de cet ancien ninja de Kiri.
- Je …
Kakashi fit mine d'être confus. Il décocha un sourire qui aurait pu être charmeur si son interlocuteur avait été quelqu'un d'autre. C'était un bon comédien.
- Je ne suis pas certain de vous suivre. Vous pouvez être plus explicite ?
- Une de mes unités sensorielles a repéré une dizaine de signaux dans une des anciennes caches. Elles se sont subitement tues. Puis, une demi-heure après, un épais brouillard apparaissait aux frontières. Mes hommes savent distinguer le vrai du simulacre qu'ils produisent à Kiri. Je pensais que vous pourriez m'éclairer à ce sujet.
Kakashi haussa les épaules.
- Navré, je n'ai aucune idée de ce qui se passe à l'intérieur de vos frontières. J'ai déjà pas mal à faire avec les miennes. Si c'est la gardienne que vous accusez, nous étions tous deux occupés avec cette histoire d'échange de prisonniers. Elle a été mandatée par l'Alliance Shinobi, ce qui implique sa neutralité.
- Vous l'avez nommée. Pas moi, ni le Raikage, la Mizukage ou le Kazekage. Mais vous. Je me demande à quel point elle vous est reconnaissante que vous l'ayez aidée à échapper à la potence.
Il y avait peu d'émotions lisibles chez Kakashi en ces moments, mais il fut presque apparent que les muscles de sa mâchoire tressautèrent lorsque Oonoki tourna les talons.
- Vous avez un mois, Kakashi. Après cela, je ferais part au conseil de votre échec à entretenir nos relations diplomatiques.
Comme il était de coutume de le faire entre deux dirigeants d'importance égale, les deux hommes s'inclinèrent légèrement. Le cœur n'y fut guère présent. Les dépouilles des deux ninjas d'Iwa furent remises à leurs camarades qui se chargèrent du transport. Le cortège d'Iwa descendit la colline, certains regards lourds de colère et de menaces se glissèrent à l'attention du Hokage et des autres Konohajins. Une fois qu'ils furent à bonne distance, Kakashi sembla se détendre, jusqu'à ce qu'il apparaisse devant Naruto. Il était si proche, que le jeune homme put percevoir la colère de son maître à travers son masque.
- Ne refais plus jamais ça, siffla-t-il entre ses dents.
Naruto hocha la tête. Kakashi ne tempéra pas pour autant son regard, et continua à fixer le jeune ninja jusqu'à ce qu'il se décide à tourner les talons. Shikamaru soupira de façon théâtrale.
- Bravo, l'empoté. Il va être terrible, tu sais ?
- Je connais mon maître mieux que toi.
- Ce n'est pas toi qui va le supporter, en tout cas.
Kiba, qui les avait rejoints, se mêla à la conversation. Il avait la mine amusée.
- Au moins, Naruto n'a pas eu tords. Après tout, c'est nous qui avons le plus perdu dans l'histoire. En essayant de sauver les culs des deux trouffions morts.
- Ça n'a pas d'importance, fit Shikamaru en roulant des yeux. Vous n'êtes vraiment pas futés vous deux. Et dire que vous aspirez à devenir Hokage.
Le jeune Inuzuka afficha un sourire effronté, il donna un coup de coude à Naruto.
- On croirait entendre Kakashi. Tu es sûr que ce n'est pas maladif ?
Naruto n'était pas d'humeur à sourire à ses blagues. Shikamaru soupira de plus belle et se dirigea vers le campement, non sans grande motivation. Sasuke s'était déjà volatilisé. Il ne resta plus que lui et Kiba.
- Raah, ne te tracasse pas trop Naruto ! Tu connais les vieux ? Ils finissent toujours par reconnaître notre valeur quand ils sont à court de solutions. Et mon petit doigt me dit que …
Il n'écouta pas le reste. Naruto n'était pas contrarié pour les raisons que Kiba connaissait. Quelque part, il se sentait observé. Comme s'il n'était pas seul. Il ne percevait aucun chakra, aucune présence concrète.
Une bonne nuit de sommeil. Voilà ce à quoi il devait aspirer à présent.
Hinoke, capitale du Pays du Feu, était surplombée d'un voile nuageux qui masquait les reflets de la lune. La nuit était douce pour une nuit d'automne, mais le serait-elle pour très longtemps ?
Il se faufila sur les toits, parmi les tuiles parfaitement entretenues du quartier traditionnel de la noblesse. Chacun de ses pas était une anomalie en soi : les tuiles bougeaient sans émettre un seul craquement. Ce fut comme si sa présence physique n'avait jamais existé dans ce monde. C'était un exercice auquel il était habitué depuis tout petit : dans son clan natal chaque enfant était destiné à devenir un ninja. Un combattant craint mais sage.
Sage. L'était-il ?
- C'est moi, Airish.
Airish. Il ne connaissait que ce nom. Il n'y avait qu'Airish. Le reste, il l'avait oublié. Enfermé. Etouffé. Tué. Noyé dans l'oubli. Il n'y avait qu'Airish. L'homme qu'il venait rendre visite faisait partie de son univers. Airish lui était dévoué, car cet homme était comme son frère. Ils avaient combattu ensemble, donc ils étaient liés par des liens plus forts que ceux du sang.
- Mon frère, répondit l'autre.
Il … Il ne pouvait dire son nom. Airish était une arme. Il n'avait pas besoin de connaître son nom. Un jour, il avait su le nom de son frère. Mais son souvenir avait été effacé de sa mémoire pour sa sécurité. Un ninja pouvait être arrêté, torturé, soumis à des techniques de sonde mentale. Il ne pouvait compromettre sa mission et son frère. Alors cela avait été effacé de sa mémoire.
- Que s'est-t-il passé, Airish ?
- C'était imprévu, s'excusa-t-il. Les ai-je retenus assez longtemps ?
Enveloppé dans une cape sombre, son frère se fondait dans les ténèbres de la nuit. La noirceur des environs les engloutissait dans le néant. Personne n'était apte à les voir. Lorsqu'il se retourna, il reconnut son visage. Il était empreint d'inquiétude.
- Oui, ne t'en fais pas. Cela suit son cours. Son destin est entre les mains des Dieux à présent.
- Les Kamis ne sont pas toujours sévères, mon frère. Puis-je savoir de quelle façon tu t'y es pris ?
Son frère sourit, et le prit par les épaules.
- Sois patient. Tu le liras demain matin dans les journaux.
- Je ne lis pas les journaux.
- Alors tu les entendras le crier sur tous les toits. C'est le genre d'évènement qui ne passe pas inaperçu. De Kiri, à Iwa, en passant par Kumo, tout le monde saura.
- Mais c'est à Konoha que tu veux qu'elle s'entende le plus, n'est-ce-pas ?
Airish discerna l'ombre d'un sourire sur le visage de son frère. Il s'accroupit à ses côtés.
- Raconte-moi alors ce qu'il s'est passé.
- Une de leur escouade est morte, le Hokage semble avoir dû s'expliquer auprès du Tsuchikage.
- Semble ?
- Pardonne-moi. J'ai été pris de cours. Je ne m'attendais pas à …
Peut-être n'aurait-il dû rien dire. Pourquoi avait-il … ?
- Airish. Réponds-moi.
- Uchiha, et l'Uzumaki. Les deux à la fois.
- Je te pensais capable de tenir les deux à distance.
- L'Hokage m'a pris de cours. Je ne pensais pas qu'il était formé aux techniques de mon clan.
- Voyons Airish, tous les ninjas de Konoha sont formés aux techniques de ton clan. Ce n'est pas pour rien qu'ils arborent fièrement, tel un trophée, son insigne sur leur uniforme.
- Pas celle-là, frère.
Le ton d'Airish s'était fait plus lourd, ce qui dissuada son frère de chercher à le questionner davantage.
- Bien, je suppose que la gardienne de la prison est toujours en vie ?
- Effectivement.
Le frère d'Airish soupira, laissant s'écouler quelques secondes de silence, noyé dans ses propres pensées.
- Avec elle, impossible de tenter quoique ce soit à Hozuki. Il va falloir réviser nos plans.
- Comment puis-je me montrer utile ?
L'homme encapuchonné se redressa, ne craignant pas le vertige. Quand il se retourna, il posa une main conciliante sur l'épaule de son frère d'arme.
- Repose-toi. Tu en auras bien besoin.
Puis, il disparut. Airish l'avait-t-il déçu ? Il espéra que non.
