Je sais
Je suis en retard. Très en retard.
Je sais.
Je n'ai aucune excuse.
Même m'aplatir comme une carpette pour que vous essuyiez sur moi vos (pieds/sabots/pattes/autre machin avec lequel vous marchez merci de rayer les mentions inutiles) ne suffirait pas. Alors je vais me contenter de me forcer à écrire les jours où je me dirai « pas d'idée » ou « trop fatiguée » du début de cette année scolaire à sa fin. Et ça, c'est peut être LA promesse que je tiendrai. D'ailleurs, je l'affirme, c'est LA promesse. Voilà.
Comme il en était temps, et malgré que je la trouve bien gnangnan (mais on ne se refait pas, et en l'occurrence je l'aime bien au fond) je publie ce jour la fin de "Que faire quand un oiseau frappe à votre carreau". Sa suite est toujours en préparation et viendra début septembre.
Voilà donc l'heure de la fin de l'histoire. Non je ne pleure pas. Ou alors juste un peu. J'espère qu'elle vous plaira, bonne lecture.
Reviews :
Kyona-sama~ Law toujours miam. Rien à ajouter sur ce plan là. La scène bonus ne se faisant pas sur cette part de la fiction, je ferai tout un chapitre dans la suite destiné à décrire une journée normale chez les Hearts Pirates... du point de vue d'un Heart Pirate qui ne soit pas le capitaine. Et pour Anger, je crains que tu ne lui en demandes trop...
Shikyo-Jinsei~ Pardon de ne pas avoir été là pour t'accueillir et te répondre décemment (Negapi passage... je ne suis qu'une pauvre larve et je m'excuse auprès de toutes la larves de la terre pour faire partie de la même espèce qu'elles). Effectivement, symboliquement, la suite se situera deux dans après mais quelques mois avant le retour des Mugiwaras (puisque nous ne sommes pas encore arrivés à Marineford). Il y aura une suite, comme prévu.
Note : Suite à un souci dans l'upload, la mise en page n'était pas conforme à ce qui était prévu. Je re-poste chapitre et épilogue, avec toutes mes excuses (m'enfin je vais avoir du mal à descendre plus bas là, je suis déjà en mode carpette).
Rappel :
De légers halètements attirèrent son attention. Par Davy Jones, la jeune fille était toujours vivante ! Pas pour longtemps si il en croyait ce qu'il voyait. Eyréré se détourna de lui, maintenant malgré tout son esprit sous contrôle. Il devait faire quelque chose. Ou il ne se le pardonnerait jamais. Pas à pas, malgré la douleur émanant de chacun de ses membres, le chirurgien rogna l'emprise de la maudite femme. Tiens bon, pensait-il en fixant le corps affaissé. Ne m'abandonne pas. Reste. Reste avec moi.
Eyréré
Elle doutait. Pour la toute première fois de son existence, elle ne savait que faire. Depuis des années, depuis sa naissance, elle savait à quoi elle était destinée. Elle ne l'avait jamais ignoré, et ne s'était jamais éloignée de son but. Cela ne l'avait pas empêché de ressentir de l'affection, et même une certaine forme d'adoration, pour celles qui ne devaient servir qu'à lui offrir le pouvoir. Elle avait réveillé le Rohk au fond de son aînée, espérant que son attente serait récompensée. Et Nyri avait envoyé tout son stratagème au fond de l'océan en tuant sa propre mère. Après la mort de sa sœur, elle avait dû retarder ses plans de plusieurs années. Elle avait patienté, jusqu'à ce que la gamine arrive à maturité, jusqu'à ce que la bête se réveille. Quand elle avait enfin cru l'heure venue, la saleté s'était échappée de nuit. Du coup, Eyréré avait perdu deux ans de plus à lui courir après. Sa nièce ne lui avait apporté que des ennuis, elle aurait dû être ravie de pouvoir enfin mettre un terme à sa vie. Et pourtant elle se sentait vide, pareille à une marionnette dont on tirerait les fils. Elle ne pouvait détacher son regard du visage où elle parvenait encore à retrouver vaguement les rondeurs de l'enfant qu'elle avait vu chaque jour de sa vie, depuis la naissance du bambin jusqu'à aujourd'hui. Les longs cheveux noirs étaient aussi épais et brillants que les siens. Aussi beaux que ceux de sa mère. Les cheveux du clan des Rohk. Elle lui ressemblait, et ce par bien des aspects. Elle avait son visage aussi, ce délicat ovale qu'Eyréré lui avait envié durant bien longtemps. Le visage de celle qui avait prit soin de sa petite sœur jusqu'à ce qu'elles arrivent sur le navire du cirque. À partir de là, l'aînée des deux s'était entièrement consacrée à sa famille nouvellement créée. À sa fille, si précieuse, et à son magicien de mari, tellement facile à manipuler. Pourtant, elle l'avait aimé. Oui, la sorcière avait aimé cet homme. Pas du grand amour qu'on ne rencontre qu'une fois, mais d'un désir pur et simple. Il l'avait embrasée comme personne, lui avait montré ce qu'étaient que les sentiments. Elle s'était prise à admirer l'homme qui lui avait volé sa sœur. Elle avait tout fait pour lui, avait trahi la personne qui avait le plus compté dans sa vie avant, avait patienté sans agir dans l'unique but de ne pas le perdre, elle avait même tué un petit être pas encore présent pour sauver son honneur. Elle le retrouvait, lui aussi, dans l'enfant. Ou plutôt la jeune femme. Le bébé avait grandit. Elle avait les mêmes lèvres que lui, marquées par ce léger trait fait à force de se les mordiller dans les instants d'extrême concentration. Pour un peu, elle aurait pu confondre cette bouche avec celle de son amant. Avant même d'avoir pu s'apercevoir de ce qu'elle faisait, Eyréré avait déjà recouvert de son propre orifice buccal les lèvres de sa nièce. Quand elle se rendit compte de ce qu'elle faisait, elle s'écarta brusquement. Elle devait faire cesser cette folie. Pourquoi avait-elle tant de mal à agir ? Pourquoi, chaque fois qu'elle tentait de serrer les doigts, les visages de ceux qu'elle avait connu se superposaient-ils ? Elle avait mal, si mal. Elle devait en finir. Enfin résolue, la sorcière resserra sa prise sur la gorge de Nyri. C'est alors qu'un violent coup à la tête la renvoya au pays des songes.
Law
Le pirate essuya le sang qui perlait le long de ses phalanges après avoir rattrapé le corps presque inanimé de l'archère. On devinait les traces des mains de sa tante sur la gorge, malgré la teinte plutôt sombre de sa peau. Elle était encore en vie. Il avait de nouveau envie de pleurer, mais de soulagement cette fois. Il ne se reconnaissait plus. Lui, Trafalgar Law, pleurait pour un autre être vivant ? Elle fût brutalement agitée de convulsions. Il la maintînt malgré tout contre lui, avant de voir que sa tante était secouée par les mêmes mouvements. D'un seul coup, Eyréré se releva et se dirigea tant bien que mal vers sa nièce. Law, la protégeant toujours, s'éloigna comme il le pouvait de la sorcière en emmenant avec lui la jeune archère. Poursuivi par Eyréré, il entama une lente ascension. Il bénissait sa bonne étoile pour l'état de la maudite, sans quoi elle les aurait rattrapés depuis bien longtemps. Lui même ne sentait plus ses membres, mais continuait à avancer en portant la jeune fille. Les convulsions de cette dernière s'étaient partiellement apaisées, suffisamment pour faciliter la tâche du chirurgien. Il se retrouvèrent finalement face à un mur de pierre. Cul-de-sac. Ils étaient piégés.
Nyri
Mal. Mal. Mal. Elle ne pouvait penser à autre chose. Douleur, souffrance, mal. Mal. Elle était encore coincée dans cette pièce. Les souvenirs se superposaient si vite, jaillissant de son esprit comme l'eau d'une source. Elle se frappait la tête contre les murs dans l'espoir qu'enfin la douleur se tarisse, en vain. Et la voix l'appelait toujours. Elle avait beau lui hurler de se taire, encore et encore, toujours elle revenait. Les larmes coulaient le long de ses joues. Du rouge, du feu, partout. La mort brûlante. Les cris, les visages, tout ceux à qui elle avait ôté la vie. Ses mains saignaient à force de frapper le sol. Douleur. Douleur. Mal. Et l'autre qui ne cessait de la ramener.
-SORS DE MA TÊTE !
Rohk
L'obscurité la submergeait. Elle assistait, impuissante, à l'auto-destruction de son corps. Elle en avait assez. Des années, des décennies d'attente dans le noir, pour que son réceptacle soit vaincu par une maudite malédiction. C'était rageant. Elle sentait que quelque chose habitait les deux jeunes femmes, et ce n'était pas elle. Alors elle tenta de le trouver.
Établissant une connexion, elle tendit un pont entre les esprits et pénétra leurs souvenirs. Cela allait être douloureux. Tant pis pour elles. Cela lui prit du temps. Et enfin elle trouva ce qu'elle voulait. Un sourire machiavélique vînt se coller sur ce qui lui servait de visage. Une forme se matérialisa peu à peu alors que les esprits torturés des deux jeunes femmes s'apaisaient enfin, et leurs corps avec. Elle salua la vieille connaissance. Car après tout, elles se connaissaient bien.
-Salut Nylaré. Quoi de neuf depuis la dernière fois ?
Et dans le noir, ce qui restait de Nylaré Rohk irradiait de lumière.
Nylaré
-Rien que tu ne saches déjà.
-On ne s'était pas vues depuis que tu avais désespérément tenté de m'échapper, je me trompe ?
-Moi je te voyais souvent. C'est toi qui, aveugle de par ta minuscule perception du monde, était incapable de me retrouver.
Elle vit un rictus passer brièvement sur les traits du monstre avant de s'estomper. La question qui suivit était prévisible. Comment ? Comment avait-elle survécu – en partie du moins – à cette nuit-là ? Lentement, Nylaré commença son récit. Elle raconta comment la peine de voir sa sœur dans ce lit avait réveillé la colère qu'elle cachait depuis si longtemps. Comment, sachant ce qui l'attendait, elle avait défié le monstre en connaissance de cause. Comment elle avait demandé à sa propre fille de mettre fin à ses jours.
-Après cela, tu t'es concentrée sur ma fille unique. Grossière erreur. Car ce n'est pas elle, mais Eyréré qui m'a ramenée.
Elle continua. Elle dit comment, jour après jour, Eyréré n'avait cessé de nourri inconsciemment le spectre de son aînée en lui renvoyant toute la haine et l'amour mélangés qu'elle avait jamais éprouvé à son égard. Comment, dans un rituel raté pour invoquer un démon, elle avait sans s'en rendre compte donné un point d'ancrage à cet esprit.
-Eyréré était jeune, assoiffée du pouvoir qu'elle pensait ne pas posséder. C'est ce désir qui l'a menée à me chercher je pense. Elle ne s'en apercevait même pas. Je me suis attachée à elle. Je l'ai suivie durant des années, sans que tu me voies. Tu te préoccupais trop de ma fille.
Elle termina en racontant comment elle avait réussi, au bout d'années de patience et de pratique, à établir un chemin entre l'esprit de sa sœur et celui de Nyri. Elle s'en était alors servi pour faire en sorte que jamais l'enfant n'oublie ce qui était arrivé. Cela amusait le Rohk plus qu'autre chose.
-Tu as torturé la chair de ta chair exprès ? Si quelqu'un d'autre me l'avait affirmé, je l'aurai dévoré pour m'avoir menti. Tu es vraiment horrible Nylaré. Pourquoi ?
-Pour qu'elle n'oublie jamais ce à quoi notre condition nous condamnait. J'espérais qu'elle comprendrait. Malheureusement, ce ne fût jamais le cas.
-Je ne vois pas ce qu'elle aurait dû comprendre là-dedans.
-C'est pourtant simple. Durant tout ce temps, je lui offrais le moyen de te vaincre.
La bête semblait comprendre peu à peu, sans y croire. Le fantôme sourit. Évidemment, c'était si affreux comme idée. Elle-même avait eu du mal à s'y faire. Seulement il vient toujours un moment où la réalité vous rattrape.
-Tu vois maintenant ? Tu vois à quel point il était stupide de me sous-estimer ?
-Tu n'oseras jamais...
-J'ai osé donner l'ordre à une fillette de tuer sa mère. Tu me crois incapable d'accomplir cela ?
Le monstre rugit, plus indigné par les conséquences de l'acte que par sa nature.
-Elle est ta fille !
-Justement. Parce qu'elle est ma fille, elle doit mourir.
Cachant les tremblements qui l'animaient, Nylaré prit une dernière inspiration avant de lancer d'une voix forte
-Pour te vaincre, il faut mourir. Et si elles sont incapables de le faire, alors je m'en occuperai moi-même. Prépare-toi. Aujourd'hui sonne ta dernière heure, avec celle de mon enfant et celle de ma sœur.
Law
Les tremblements des deux femmes cessèrent, et Eyréré retomba à terre. S'approchant doucement, il se préparait à contourner le corps quand l'archère et la sorcière se mirent à luire. Une sorte de lumière noire s'échappa d'elles par chacun des pores de leur peau respective et se réunirent en une seule forme. Le pirate vît alors se matérialiser une femme d'une très grande beauté. Du même type que Nyri, elle avait la peau sombre et de longs cheveux noirs. Il ne mît pas longtemps à comprendre qui elle était. Ce qu'il comprenait moins, c'était ce qu'elle faisait là.
-Trafalgar Law je présume ?
-Nylaré Rohk ?
-Ma fille a bon goût. Tu devrais partir tant qu'il est encore temps.
-Que voulez-vous dire ?
-Cette île est celle des Rohk. Elle s'éteindra avec le dernier d'entre eux.
Instinctivement, le pirate resserra sa prise sur la jeune fille. C'est pourtant sans le moindre tremblement dans la voix qu'il continua sa discussion avec le spectre.
-Dans ce cas nous partons.
-Nous ? Je ne crois pas avoir dit que tu pouvais emmener ma fille, pirate.
-Donc c'est sa mort que tu désires ?
-Je ne la désire pas, j'en ai besoin. Ne te mêle pas de nos affaires.
-Tu veux que je te dise ? Va crever à sa place.
Le supernova entama une course folle vers la mer avant d'être stoppé par un mur invisible. Le fantôme flotta tranquillement vers lui. Nylaré soupira.
-Au cas où tu ne l'ai pas remarqué je suis déjà morte, humain. Si prévisible, comme chacun des vivants. Laisse ma fille.
-Pour que tu lui ôtes la vie ? Hors de question.
-Tu peux mourir avec elle. Je n'en suis pas à une personne près.
Un rictus étira les lèvres de Law. Gentille et naïve, Nylaré Rohk ? Qui avait osé sortir une ânerie pareille. Elle était encore plus horrible que sa cadette. Le chirurgien eut à peine le temps de penser cela qu'une douleur horrible envahit son crâne. L'espace d'un instant, sa vision se troubla et il tomba à terre, entraînant l'archère dans sa chute. Il reprit lentement le contrôle de lui-même et regarda Nylaré. C'est alors que commença la résistance mentale.
-N'essaie même pas de me vaincre. Tu ne sais pas ce que je suis. Tu ne sais pas ce que nous sommes.
-Pourquoi parler comme si tu n'étais pas seule, articula péniblement le pirate.
-Parce que nous ne sommes jamais seules. Que sais-tu de nous ? Rien. Vas-t'en tant que tu le peux encore, laisse ma fille. Laisse-moi.
-Que ?
Le chirurgien perdit pied l'espace d'un instant, et ce fut suffisant. Il s'écroula au sol, tentant malgré tout de protéger le corps inanimé. Il vît alors une chose lumineuse en sortir et flotter quelques centimètres au-dessus du sol. Law ne parvînt pas à articuler ce simple nom. Nyri. Perdu, le fantôme ne pouvais pas encore parler. Son visage se tourna vers le pirate à terre.
-Law ! Relève-toi ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Mes mains... je ne sens plus mon corps ! Law ! Law !
Elle paniquait, ce qui était sans doute normal quand on se rendait compte qu'on allait mourir. Ce qui ressemblait à des larmes coulait sur ses joues, mais aucune goutte ne touchait le sol. Elles étaient aussi imperceptibles et intangibles que l'esprit. Elle commença à flotter vers sa mère. Dès qu'elle s'en aperçut, elle tenta de s'éloigner par tout les moyens. Effrayante, Nylaré essayait de la raisonner en lui disant que c'était normal, que cela devait se passer comme cela, qu'elle devait être une bonne fille.
-Vient Nyri. Tu peux encore être sauvée ma fille, abandonne-toi.
-Non ! Laisse-moi ! Vas-t'en !
Law tendit la main pour l'aider, puis fut atteint d'une subite quinte de toux. Des gouttes de sang furent projetées au sol alors qu'il s'étouffait avec son propre fluide vital. Affolée, l'esprit de la jeune fille essaya de le rejoindre de plus belle. L'étau froid qui s'emparait de sa poitrine renseigna le pirate sur celle qui le mettait dans cet état. Il alternait entre asphyxie et toux sanglante. Nyri, inconsciente de ce fait, paniquait d'autant plus qu'elle ne comprenait pas. « Tant qu'elle ne s'en rend pas compte, ça ira » se dit le pirate. « Elle doit croire que c'est une blessure ou... »
-Vois ce qui lui arrive par ta faute. Tu es une erreur Nyri, tu l'as toujours été. Rejoins-moi et il sera sauvé.
« Et merde » pensa le chirurgien. Il le répéta quand il croisa le regard désabusé du jeune fantôme. Il la vit pivoter vers sa mère et lui hurler dessus, lui ordonnant de le laisser hors de cette histoire. Elle ne s'arrêta qu'après que le pirate ait de nouveau éjecté du sang par la bouche. Elle se tourna vers lui, et il sentit qu'elle refuserait de le laisser mourir comme cela. Résignée, elle stoppa toute résistance et se laissa entraîner vers sa mère par une force invisible à l'œil de Law. Le poids qui pesait sur ses poumons s'en retira soudainement et il pu de nouveau respirer normalement. Il se traîna vers les deux esprits, cependant pas assez rapidement pour les rejoindre avant que Nylaré n'ait enlacé sa fille. Une vive lueur naquit de cette étreinte, pulsant comme deux cœurs battants à l'unisson. Une voix caverneuse explosa alors les tympans de tous.
-N'y pensez même pas.
Une forme noire enveloppa les deux êtres avant de disparaître sous les yeux impuissants de Law.
Nyri
-Arrête tout de suite ! Libère-nous Rohk de malheur !
La jeune fille pouvait entendre sa mère, mais était incapable de la voir. Elle ne pouvait plus rien voir du tout en fait. Elle avait retrouvé ses sensations, chose assez inutile dans sa situation. Elle n'avait pas mis longtemps à comprendre que sa tante avait passé un pacte avec l'oiseau-démon, lui permettant au passage de stopper la destruction de l'essence de son espèce que renfermaient les dernières descendantes en droite ligne. Eyréré n'était pas une première née, elle n'avait pas les dons donnant au Rohk la capacité de retrouver tout ses pouvoirs. Nylaré si. En tant que son premier – et unique – enfant, Nyri également. « Mais pourquoi nos ancêtres ont-ils eu la brillante idée de s'allier avec des sortes d'oiseaux tueurs ? » se demanda pour la énième fois la chasseuse de prime.
-Seule l'une de vous pourra repartir... je me demande laquelle ce sera. Oh, mais j'ai une idée pour décider. Si vous voyiez cela avec celle qui m'a donné un petit coup de pouce ?
Un rire échappa à la chose, secouant au passage son monde intérieur avec tous ses habitants. Le noir coula alors autour de Nyri et elle se retrouva avec sa mère dans une pièce étrange. Les murs d'un noir de suie accueillaient des peintures rouge et argent représentant des Rohks. Le plafond, orné d'une fresque de flammes, était soutenu par des colonnes torsadées blanches et rouges le brasier du plafond s'achevaient en un oiseau écarlate déployant ses ailes sur le mur du fond. Ledit mur supportait une sorte de trône de pierre gravée sur lequel Eyréré avait déposé son auguste fessier. Elle avait changé d'aspect, ressemblant maintenant à un monstre. De longues serres remplaçaient ses mains et pieds, un de ses yeux était modifié alors que l'autre pas, des plumes argentées avaient poussé n'importe comment sur sa peau. Elle n'était plus humaine. Enfin, si elle l'avait été un jour.
-Bonjour ma chère sœur. Cela fait longtemps non ? Tu reconnais ? C'était la salle souterraine de la maison, avant qu'elle ne brûle avec le reste.
-Eyréré. Toujours aussi... en fait rien ne peut te décrire avec assez de force. Méprisable peut être.
-Et c'est la coucheuse cherchant à tuer sa fille qui me dit cela.
-En plus d'avoir couché avec mon mari, je te rappelle que tu as aussi avorté de l'enfant qu'il t'avait fait. Nous sommes deux à avoir voulut tuer nos enfants, sauf que toi tu as réussis.
-Tais-toi !
-Tu as déjà faillis libérer le monstre qu'abrite notre famille une fois, tu recommences maintenant avec l'égoïsme qui te caractérise.
-Je t'ai dis de te taire !
-Si on résume tu es donc une égocentrique meurtrière briseuse de couple et surtout incapable d'obtenir ce qu'elle veut. À terme, tu as dû quitter mon cher et tendre non ? Tu ne peux rien conserver, tout ce que tu possèdes finis par t'être enlevé. Et tu veux que je te le dise ? Tu le mérites.
-LA FERME !
En un instant, Eyréré était passée de son siège à l'endroit où se tenait sa sœur. Elle la souleva de terre par la gorge sans le moindre effort apparent.
-J'hésitais encore, mais je crois que c'est toi qui va servir à nourrir cette maudite bête pour l'entrée. Ta fille sera le plat principal, et le monde humain le dessert. D'ailleurs je ne sais pas encore qui du petit chirurgien ou de ton cher mari je dévorerai en premier.
Nyri se réveilla d'un coup et se précipita vers le monstre qui la repoussa d'un vif coup de griffe. Des traînées sanguinolentes vinrent marquer le bras ayant amortit le coup. Elle nota au passage qu'un esprit pouvait en blesser un autre, de même qu'elle pouvait heurter des choses créées par l'imagination. Elle en fit la dure expérience en atterrissant violemment sur l'une des colonnes.
-Tu as toujours de bons réflexes fillette.
-Ne touche pas à Law !
-Tiens, tu t'es attachée à ce petit pirate de pacotille ? Tu devrais être heureuse, vous pourrez enfin vous retrouver dans un monde où tu ne seras plus une meurtrière mais une victime.
La jeune fille ne trouva rien à répondre et vît la bête frapper ce mère jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus bouger. Elle ne fit rien pour la protéger. Cette femme l'avait abandonnée, avait voulut la tuer, s'en était pris à celui qu'elle aimait. Elle n'avait plus aucun lien avec elle depuis des années. La voix grave revînt, et une sorte de trou noir s'ouvrit au niveau du trône. Des flammes plus sombres que la nuit elle-même s'en échappèrent.
Tu t'es suffisamment amusée. Donne-la moi, donne moi sa fille à présent.
Le sang de Nyri se glaça dans ses veines, si elle pouvait dire. Après tout, techniquement, elle n'avait plus ni sang ni veines. Elle n'était plus qu'un esprit condamné à être absorbé. Elle avait peur, et n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait faire. Elle assista impuissante au triste spectacle. Malgré les ordres, Eyréré fît la sourde oreille et continua à frapper son aînée. Elle la tira par les cheveux jusqu'au bûcher d'obscurité.
Non ! Arrête ! Ça suffit maintenant !
La panique se sentait chez le monstre. Malgré tout la sorcière persista et jeta l'esprit dans les flammes. Les hurlements de Nylaré et de la bête furent simultanés. À peine le fantôme eut-il touché le brasier qu'une explosion ébranla la salle mentale. Apeurée, Eyréré jeta sur le vortex un regard d'incompréhension. La pièce entière commença à se consumer alors que les cris ininterrompus des deux entités sur le point de s'entre-détruire emplissaient les têtes des survivantes. Nyri se sentit être projetée en arrière, et elle quitta d'un seul coup ce monde de ténèbres.
Law
Le supernova fixait toujours l'endroit où les spectres avaient disparu, le corps de l'archère serré contre lui. Une sorte de plainte de douleur lui perça alors les tympans, et il vit le sommet de l'île exploser en projetant des pierres. De cette déflagration sortirent deux choses. L'une, noire, s'envola dans le ciel et disparu au loin. L'autre, si lumineuse qu'elle ne pouvait être regardée, l'aveugla quand elle s'approcha de lui. Il ferma les yeux, et quand il les rouvrit Nyri lui rendait son étreinte.
