Un grand merci pour la petite review ! Une review encourage toujours et fait toujours plaisir (les critiques constructives incluses ) :)
Sasuke Uchiha était un jeune homme réfléchi et complexe. Il n'avait cependant pas anticipé le fait que les relations entre un homme et une femme avaient également un certain degré de complexité. Celle entre lui et Sakura demeurait un exemple de ce que l'on pouvait trouver de plus complexe.
- Tu ferais un bien piètre porteur, Sasuke, plaisanta Sakura en lui donnant une petite tape sur le flan droit.
Sasuke avait le toit de son appartement en vue tandis qu'il progressait sur les hauteurs, avec une femme adulte comme fardeau. Il grogna en guise de réponse, naturellement peu enclin aux reproches.
- Garde tes critiques pour une personne ayant ses deux bras, tu devrais t'estimer heureuse de ne pas t'être retrouvée les fesses par terre vu comment tu t'agites.
Elle rit doucement, tout près de son oreille. Cela lui causa un frisson pas désagréable. Sa compagnie était tout sauf désagréable. Il se demanda à partir de quand il s'en était accommodé. Il la déposa quelques mètres plus loin, estimant que les cinq bons kilomètres qu'ils avaient parcourus ensemble avaient mis à rude épreuve ses capacités physiques.
Elle glissa dans son dos, et ils s'approchèrent tous deux du bord du toit pour sauter de l'autre côté de la ruelle mitoyenne du logement de l'Uchiha. Sakura se figea un moment, étudiant curieusement les environs. Sasuke en prit note, et commença à faire de même, soucieux qu'un danger puisse survenir à tout moment.
- Qu'y-a-t-il ? interrogea-t-il avec prudence.
Sakura lui rendit un regard surpris, comme s'il venait de la réveiller en plein rêve.
- Je pensais juste que cela faisait plus d'un an que cela n'était pas arrivé. Le fait que nous soyons ensemble, je veux dire.
Sasuke esquissa un rapide sourire, incapable de faire davantage preuve d'expressivité.
- Le temps n'a pas d'importance, Sakura.
- Tu crois ?
Cette question était amèrement cruelle, tant elle témoignait d'une frustration enfouie. Le temps avait-il réellement une importance ? Pour Sasuke, un, deux ou cinq ans importaient peu. Il serait toujours le même, et ne pensait pas qu'il y aurait énormément de changements dans sa vie. C'était une manière maladroite pour lui faire comprendre que peu importait combien de temps ils passaient loin de l'autre : Sasuke ne pensait pas que cela change grand-chose à leur relation. Pas de son côté en tout cas. Toutefois pour Sakura, voir les années défiler seule devait assurément l'effrayer.
D'un geste réfléchi, il s'avança doucement vers elle et posa la paume de sa main gantée sur le visage de la jeune femme. Il réalisa à cet instant, qu'il aurait préféré utiliser son autre main à cette fin – tant pis. Son visage, d'habitude figé en une expression stable et immuable, tressauta en une grimace avant qu'il ne se rapproche de celui de Sakura et colle ses lèvres aux siennes. Ni l'un ni l'autre n'osa faire quoique ce soit d'autre durant cet échange – le plus doux qu'ils aient partagé depuis le début de leur relation.
Etonnement, Sakura fut celle qui rompit le baiser. Elle afficha une expression incertaine. Certainement pas celle qu'elle aurait aimé avoir lorsque cela surviendrait. Lui, ne la quitta pas des yeux, en proie à des sentiments beaucoup plus ravageurs qu'il ne l'aurait prévu.
- Ne perdons pas plus de temps, alors.
Le temps et l'espace étaient des notions totalement dissociées. Naruto n'avait plus aucun repère à leur sujet, mais il se contentait d'avancer, de poser un pied après l'autre sur cette surface grisâtre et cendreuse. Chacun de ses pas faisait écho dans ce champ de ruines. Il s'agissait de grands bâtiments, comme ceux qui se construisaient à Konoha. On pouvait aisément deviner leur hauteur d'antan : peut-être une centaine de mètres. Autrefois, ils s'élançaient vers les cieux, ils étaient le symbole d'une époque dont il ne restait à présent que des cendres et des gravats.
Naruto se frayait un chemin parmi les amas de pierres, foulant un sol finement taillé pour porter les armoiries d'un clan ayant sombré dans les abysses de l'oubli. Il reconnaissait les symboles, et il était étrange de les voir dans un endroit pareil.
Kyuubi restait silencieux, et il n'y avait aucun moyen de le réveiller.
Je dois certainement être en train de dormir. Il faut que je me réveille.
Non. Il ne devait pas. Sa propre curiosité le fit changer d'avis, et il commença à cartographier visuellement les lieux, pour éluder leurs mystères. Sans doute allait-il le regretter …
C'était autrefois un village, avec ses rues, ses quartiers, et des âmes heureuses de contribuer à son prestige. Un endroit similaire à Konoha. Naruto ne s'y était jamais rendu : les lieux avaient été détruits et saccagés bien avant sa propre naissance, mais il connaissait presque par cœur la position des quartiers, leurs fonctions et les différents passages qu'il empruntait en tant qu'enfant …
Ce n'est pas moi, réalisa-t-il avec frayeur.
Une pensée s'était superposée à la sienne tandis qu'il déambulait, comme si un esprit tentait de lui faire croire qu'il connaissait l'histoire de ces ruines. Il fut alors pris d'une soudaine panique, et il fuit, tentant de se réveiller.
Mais rien n'y fit. Il était pris au piège.
- Un garçon comme toi, ne devrait pas fuir.
Une voix sortie des entrailles de la terre. Une voix familière, à la fois douce et brusque. Une voix pleine de contradictions, chaotique. Naruto chercha des yeux la personne – dont il venait de deviner l'identité.
- C'est toi ? questionna-t-il rudement.
Inopinément, une présence se matérialisa à ses côtés, et il effectua un bond sur le côté pour conserver une certaine distance. L'individu qu'il regarda avec crainte n'était autre que l'homme que Sasuke et lui avaient récemment combattus.
- Exact, se contenta de répondre l'homme au regard bandé.
Son corps était recouvert de divers tatouages que Naruto soupçonnait être en réalité des sceaux. Il essaya d'en retenir les motifs, pour pouvoir ensuite correctement les décrire une fois réveillé.
- Qui es-tu ?
- Je suis certain que tu le sais déjà. Nous sommes pareils.
Cette réponse confirma un peu plus sa méfiance.
- Nous sommes à Uzushio, pas vrai ? Du moins, il semblerait que tu aies recrée cet endroit. Tu m'as lancé un genjutsu ?
L'homme sembla rire.
- Non, c'est bien plus que ça. Nous sommes pareils, répéta-t-il de nouveau.
- En quoi sommes-nous pareils ? rétorqua le jeune Uzumaki. Tu as tué des ninjas de Konoha. Pourquoi ?
L'individu n'eut aucune réaction. Il se contenta de garder la tête haute, ancré sur ses appuis, mais néanmoins nullement agressif.
- Ils sont mes ennemis. Je combats mes ennemis. Tu en fais de même, n'est-ce pas ?
- J'aimerais autant connaître tes motivations, même si tu es le pire des monstres. Que reproches-tu à Konoha ?
- Rien en particulier, à vrai dire. Je n'ai rien contre Konoha. Cependant, ton village s'est mis en travers du chemin de la cause que je défends.
- Et ça signifie tuer des innocents ?
Du visage de l'homme n'étaient visibles qu'une peau pâle, un nez droit et des lèvres desséchées. Celles-ci s'étirèrent en un sourire sans joie.
- Personne dans ce monde n'est innocent, Uzumaki Naruto. Les gens ont tous leur part de responsabilités. En particulier les ninjas. Donc non. Tes amis que j'ai tués n'étaient pas plus innocents que les gens qui ont été tués entre ces murs.
- Si c'est le clan Uzumaki que tu cherches à venger, pourquoi ne pas t'en prendre à leurs vrais agresseurs ?
- Peut-être fût-il un temps où j'en ai eu le désir, je ne suis plus capable de m'en souvenir. Cette époque n'importe plus pour moi. Seule importe la cause que je sers. Je souhaitais juste te rencontrer seul à seul, Uzumaki Naruto. Parait-il que tu es quelqu'un de spécial.
Cette discussion avait contribué à alimenter plus de questionnements que de réponses. Naruto effectua un pas en avant, parcouru d'une rare adrénaline : il était torturé à l'idée de se réveiller sans obtenir d'indices sur les motivations de l'homme qu'il devinait être un ancien membre du clan Uzumaki. Il ne voulait pas se réveiller avant d'avoir obtenu plus de réponses.
- Je me fiches de qui tu es, si tu menaces Konoha, alors tu me retrouveras en travers de ta route !
L'ombre d'un sourire satisfait passa sur le visage de l'homme.
- Alors tu feras un adversaire honorable.
Puis, il disparut dans l'obscurité du néant qui venait d'engloutir toute la cité d'Uzushio.
Lorsque Naruto Uzumaki ouvrit réellement les yeux, il était enfoui dans des draps chauds et confortables, empreints de l'odeur d'Hinata et de la sienne. Celle-ci se trouvait à quelques centimètres sur sa gauche, exposant la peau pâle de son dos nu tandis qu'elle dormait à poings fermés.
Naruto se redressa, restant en appui sur ses bras, la sueur dégoulinant désagréablement sur son torse, et son dos également découverts. Il s'essuya l'humidité coulant dans ses yeux d'un revers de main, clignant plusieurs fois des cils pour vaincre les picotements provoqués par l'acidité de sa transpiration. Son esprit parvenait mal à se réancrer dans la réalité, comme si les ruines et la désolation d'Uzushio étaient plus réelles que le reflet de la lune et le fait que sa femme enceinte était allongée à ses côtés. Enceinte. Ce mot provoqua chez lui un tel effroi qu'il ne fut pas en mesure de penser au petit être qui se développait de jours en jours. Il pensa juste à Hinata, et ses amis. Ses poings se serrèrent sans qu'il n'en soit spécialement conscient, et il fixa durement l'obscurité de la chambre, absolument fou de rage … et effrayé.
Il n'était plus un gamin, désormais. Il était devenu assez puissant pour être capable de protéger les gens qu'il chérissait. Jamais il ne laisserait quelqu'un leur faire du mal, jamais.
Jamais il ne permettrait de telles choses. Jamais.
Crispé, il retomba sur le matelas, reniflant légèrement pour renouveler l'air de ses poumons. Puis il regarda la femme à ses côtés.
Il ne savait pas comment cet homme l'avait atteint. Si ce n'était pas un genjutsu, de quoi s'agissait-il ? Naruto connaissait des cas de genjutsu capables de contrôler totalement une personne au point de lui faire commettre des actes horribles. Peut-être était-ce quelque chose de similaire ? A cet instant, Naruto Uzumaki se sentait parfaitement Naruto Uzumaki. Mais dans son rêve, il s'était sentit comme quelqu'un d'autre. Cette simple pensée le poussa à abandonner toute idée de poursuivre sa nuit dans le lit conjugal.
D'une extrême délicatesse, il se mit sur ses pieds, et chercha à se vêtir en toute discrétion. Aussi étrange que celui pu paraître, passer la nuit loin de leur foyer n'était pas une mesure démesurément prudente.
Il était certain que Sasuke aurait des réponses à lui apporter.
Naruto avait plus ou moins connaissance de l'endroit où habitait son ami. Sakura avait été très vague quand il le lui avait demandé, une fois. Sasuke était une personne qui préférait rester discret après avoir autant attiré l'attention sur lui.
C'est ainsi qu'il se servit de ses propres capacités sensorielles, se déplaçant dans le village jusqu'à ce qu'il puisse ressentir le chakra de l'Uchiha. Et il le trouva. Pas de la manière qu'il aurait imaginée toutefois. C'était le chakra de Sakura qu'il avait surpris dans une zone de Konoha où elle n'était pas sensée être. Pas son quartier résidentiel, pas non plus celui de ses parents. Naruto suivit donc son intuition et se mit à tracer sa signature, jusqu'à remonter jusqu'à une petite tour qui semblait n'accueillir qu'un appartement à son dernier étage.
Hm hm.
Tout à fait le genre de Sasuke.
J'espère que je ne les dérangerais pas, se dit-il.
Il avait localisé Sasuke : il n'était pas à l'intérieur mais installé sur le balcon, vêtu d'un vieux pantalon et d'une simple chemise ouverte. Il s'était calé contre la baie vitrée, et il ne réagit pas lorsque Naruto l'y rejoint. L'Uchiha poussa un vague soupir, ne détournant nullement la tête de l'endroit où ses yeux se posaient depuis tout ce temps.
- Naruto … Qu'est-ce que tu fiches ici, à une heure pareille ?
Oui, il était un peu plus de quatre heures du matin. Totalement normal de déranger l'individu le plus dangereux du continent à cet horaire.
- Tu ne dors pas, rétorqua Naruto en descendant de la rambarde sur laquelle il avait atterri. Ce n'est pas vraiment te déranger.
- Pff.
- Tu te souviens de notre petit accord concernant le type étrange d'hier ?
A cette évocation, Sasuke leva les yeux vers lui, soudainement intéressé. Naruto décida de ne pas trop le faire languir de la suite, donc il poursuivit.
- Je l'ai vu dans mes rêves.
- Je ne sais pas si le contenu de tes rêves m'intéresse.
- Laisse-moi parler, bon sang ! Ce n'était pas un rêve ordinaire. (Naruto se toqua la tempe avec deux doigts) Il était là.
Sasuke fronça les sourcils.
- Un genjutsu ?
- Non.
- Comment peux-tu en être aussi sûr ?
- Vérifie-le avec ton Sharingan.
Sasuke lui sourit d'une drôle de façon, presque gêné. Même embarrassé, il était doué pour conserver cet air de connard prétentieux. Quelque part, Naruto l'enviait.
- Attends quelques minutes, marmonna l'Uchiha, la voix rauque.
- Quoi ? Putain, c'est dans tes cordes ça ! Je te dis que j'ai besoin de ton maudit Sharingan, alors tu vas me faire le plaisir de …
- Je peux savoir pourquoi vous faites autant de bruit ?
Naruto dû cligner plusieurs fois des yeux pour être sûr qu'il s'agissait bien de Sakura, enroulée dans une couverture de Sasuke, qui était chez Sasuke et qui manifestement était en train de dormir dans le lit de Sasuke. Ce dernier se passa une main dans les cheveux, absolument désespéré.
- Je … euh …, balbutia le Jinchuuriki.
Pourtant, il aurait dû s'y attendre. Mais une partie de son esprit était toujours trop naïve pour qu'il puisse avoir les yeux en face des trous dans ce genre de situation. Des trois, c'était Sakura qui était la moins gênée.
- Explique-lui, abruti.
Naruto obtempéra, et s'étala sur les raisons qui l'avaient poussé à venir jusqu'ici.
- Ce n'est pas un genjutsu, conclut Sasuke dont la pupille venait tout juste de reprendre sa teinte normale.
Il avait procédé à un examen dès lors que son ami avait entamé ses explications.
- De quoi s'agit-il ?
- Aucune idée. S'il t'a apposé un sceau quelque part, il est possible que je sois incapable de le voir.
- Génial. Sakura, t'aurais un moyen, toi ?
Sakura étudia sérieusement la question avant de faire coulisser la baie vitrée pour rentrer à l'intérieur.
- Oui, mais pour cela, il faut se rendre à l'hôpital.
Naruto soupira, se demandant vaguement s'il n'aurait pas mieux fait d'aller voir Ino et Sai. Enfin, au moins Sai aurait été plus compatissant envers son ami. Mais il ne souhaitait pas que cette affaire ne s'ébruite au-delà du petit cercle de l'ancienne équipe sept.
Ils arrivèrent à l'hôpital aux alentours de cinq heures du matin. La relève des équipes de nuit était dans une heure, et l'on sentait que la fatigue s'était installée parmi les médecins et infirmières de garde. Ces derniers les regardèrent passer avec de grands yeux suspects tandis que Sasuke Uchiha et Naruto Uzumaki la suivaient dans son sillage.
- Extrême urgence, se justifia Sakura lorsqu'un ninja médecin lui demanda ce qu'ils foutaient tous les trois à cette heure-ci. La détermination de son pas découragea quiconque de lui demander de plus amples explications.
Naruto ne s'étant naïvement pas préparé à subir une batterie de tests, il fut décontenancé par l'équipement de la pièce d'examens que Sakura choisit de monopoliser pour lui. Il lança une œillade prudente à Sasuke qui ne manifesta rien d'autre qu'un désir profond d'en finir.
- Peut-être faudrait-il prévenir Kakashi …
- Non.
Sakura s'approcha d'une grande table d'occultation, trop équipée pour qu'elle soit destinée à des patients ordinaires.
- Pourquoi ?
- Si Kakashi avait un doute concernant la possibilité d'un danger à ton sujet, et que cela s'ébruitait, il serait dans l'obligation de te faire enfermer.
- Oh.
Il lança un autre regard à Sasuke, qui se contenta de hausser un sourcil circonspect.
- C'est la procédure te concernant, Naruto, rétorqua Sakura. Depuis que Danzô l'a fait adopter, il en est ainsi.
- Mais Danzô est mort. Pas vrai, Sasuke ?
- Mhn mhn, acquiesça vaguement le concerné.
Sakura roula des yeux et tapota le plat de ce qui semblait être l'une des dernières acquisitions matérielles de l'hôpital de Konoha. Naruto la jaugea avec prudence, avant d'obéir docilement à l'ordre du médecin.
- Certaines personnes pensent toujours que tu es dangereux, déclara-t-elle en enfilant des gants qui ne ressemblaient en rien à ceux portés par les médecins. Rien de ce que tu pourras dire ou faire ne prouvera le contraire.
Sasuke examina les gants que portaient Sakura. Ils étaient sensiblement différents de ceux habituels. En les décortiquant avec son rinnegan, il comprit qu'ils étaient faits de la même matière que le revêtement de la table d'occultation. Il voulut lui demander plus d'explication mais il se retint, préférant admettre qu'il y avait des points sur lesquels il n'aurait jamais la connaissance parfaite. Tout ce qu'il était capable d'en déduire, c'était que la mystérieuse matière captait le rayonnement du chakra, et amplifiait sa capacité à réagir en dehors du corps de son hôte. Naruto eut un mouvement de recul, comme s'il avait perçu ce phénomène et l'avait anormalement interprété.
- Sakura-chan. Tu sais que je ne suis pas le genre de type à ne jamais poser de questions ?
- Tu sais comment fonctionne une technique de scellement ? fit la concernée en faisant survoler le gant au-dessus de son ami.
- Je n'ai pas retenu grand-chose de l'Académie. Il n'y avait que toi pour écouter Iruka, tu sais ?
Sasuke se souvenait surtout d'un cours théorique plus barbant que le premier volume de « L'art de la guerre et du sacrifice » - un des textes fondateurs de la caste des ninjas.
- A l'intérieur du corps, le chakra ne rayonne pas : sinon, il nous consumerait de l'intérieur. De ce fait, on dit qu'il est inactif. Contrairement à bon nombre de croyances, les civils produisent du chakra au même titre que nous, mais il est dans un état inactif. La différence réside dans le fait que notre chakra émet un rayonnement électromagnétique à une fréquence précise. Si cette fréquence est modifiée, alors nous brûlons. Les chasseurs de déserteurs utilisent cette méthode pour décomposer rapidement et efficacement les corps de leurs cibles.
- Alors ce qui nous distingue des civils, poursuivit Naruto, c'est le fait que notre chakra se soit calé sur une certaine « fréquence » ?
- A peu de choses près, oui. Seulement, ce n'est qu'une hypothèse parmi d'autres. Pour revenir au fuuinshutsu, un sceau est un amas de chakra inactif qui peut être réactivé à l'aide d'une composition de mudras. Ou à l'aide de ce gant. Si un quelconque sceau a été placé à ton insu, nous le saurons très bientôt.
Sasuke s'était positionné non loin de la porte, la main droite tenant le morceau de bras gauche qui lui restait, seul moyen pour lui de joindre ses membres supérieurs en une posture d'attente. Comme il s'en doutait, l'examen ne donna pas grand-chose, et il fut presque persuadé que Sakura fut contrariée à l'idée de n'avoir pas une preuve formelle de l'efficacité du nouvel équipement.
- Je n'identifie aucun chakra autre que le tiens, finit-elle par conclure.
Naruto ne fut pas plus rassuré pour autant. Quand il se remit en position assise, Sasuke pût percevoir un mélange de déception et d'angoisse dans le regard de son ancien coéquipier. La contraction évidente des muscles de son visage contrastait avec la sérénité et l'aimabilité habituelle. Il ouvrit la bouche, sans parvenir à articuler grand-chose.
- Le fuuinjutsu est un moyen pour piéger l'esprit d'une personne, tout autant que le genjutsu, marmonna Sasuke qui avait appuyé l'arrière de sa tête contre le mur inerte de la salle. Certains dôjutsus, comme le sharingan le permettent également. Ce gars avait curieusement une particularité au niveau de ses yeux, je ne suis pas sûr de quoi mais il est possible que cela t'ait affecté.
- Moi, et pas toi ?
- Peut-être, acquiesça Sasuke à demi-mot après quelques secondes de réflexion.
- Dans ce cas …
Le jeune Uzumaki bondit de la table, après avoir fait craquer les muscles de son cou.
- Je vais prévenir Maître Kakashi que nous partons à la recherche de ce type.
Il était au niveau de son ami quand ce dernier l'interpella.
- Nous ? Calme ta joie et rentre chez toi. Tu ne vas pas la laisser seule, n'est-ce pas ?
Un coup d'œil circonspect de Sakura lui indiqua qu'elle savait avant même que le principal concerné ne soit au courant qu'il allait devenir père. Naruto fronça subtilement les sourcils, plus agacé par la remarque que stupéfait par la perspicacité de son ami.
- Je ne risquerais pas sa vie, déclara-t-il avec détermination.
Sasuke lança un regard contrasté à Sakura, espérant silencieusement qu'elle prendrait position.
- Je peux te donner quelque chose qui inactivera tout chakra dans ton organisme durant quelques jours. Pas plus de trois jours, cela serait dangereux sinon. Sasuke a raison, tu devrais rentrer chez toi et te reposer.
Il y eu comme un regard entendu entre les deux. Naruto hocha ostensiblement la tête, considérant que ne plus entendre Kurama pendant quelques jours serait une forme de repos.
- Et Maître Tsunade ? Saurait-elle quelque chose ?
Sakura émit un soupir crispé tandis qu'elle s'apprêtait à lui administrer la substance à l'aide d'une seringue.
- Le temps qu'elle décuve, je dirais que tu as le temps d'attendre le retour de Maître Kakashi des funérailles du Daimyo.
Naruto n'avait vraiment pas envie d'écouter quiconque dans ce genre de situation. Sasuke déduisit qu'il était impossible de le raisonner à moins de l'entraver physiquement.
- J'imagine que je peux la trouver à l'hôtel, fit Naruto en se dirigeant vers la sortie.
Sasuke ne tenta pas de l'en empêcher tandis qu'il traversait la sortie, plein de détermination. Sakura foudroya le jeune Uchiha du regard.
- Pourquoi tu ne …
La jeune femme ferma désespérément les yeux.
- Je ne suis pas sûr que cet imbécile se contente de demander quelques informations supplémentaires, rétorqua Sasuke. Il n'abandonnera pas tant qu'il n'aura pas la conviction de ne pas être une menace.
- Ce n'est pas ce que tu ferais, aussi ?
Un sourire sans joie passa rapidement sur le visage de l'Uchiha, sans pour autant y demeurer.
- C'est une question de bon sens.
Elle était en train de ranger les outils, essayant de faire abstraction du ton neutre de son interlocuteur. Pour seule réponse, elle le gratifia d'un regard prudent tandis qu'elle jetait la seringue usagée.
- Tu penses toujours que tu n'en as pas terminé, hein ?
Sasuke la laissa préciser son questionnement. Ce qu'elle finit par faire rapidement, comme il l'avait prédit.
- Ta rédemption.
- Tu n'as pas à le comprendre. Ce n'est pas ce que je te demande.
Son souffle irrité résonna une fois de plus dans l'espace qui les séparait.
- Dis-moi, Sasuke … As-tu seulement pensé que ta rédemption ajouterait plus au mal qu'elle ne l'a réparé ? Est-ce qu'elle sert autant la justice à laquelle tu te tiens ces dernières années ?
- Le village se porte mieux lorsque je suis loin de lui. Je suis inutile, ici.
- Tu n'es plus une menace.
- Certaines choses ne s'effacent pas totalement. Prétendre le contraire serait se mentir à soi-même.
Elle enleva précautionneusement ses gants, laissant apparaître des mains pâles et délicates, pourtant capables de détruire n'importe quoi en une onde de choc destructrice.
- Je ne suis plus une gamine, continua-t-elle. Et tu n'as plus envie de te venger.
Sasuke n'avait pas quitté le confort du mur froid. Sa tête reposait sur le support immaculé, et ses yeux étaient confortablement dirigés vers le haut. Il expira calmement l'air de ses poumons, incertain du discours à adopter. Il ne savait que dire à ce sujet. Toutes les nuits qu'il avait passées à répondre à cette question qui le tourmentait tant avait contribué à alimenter ses doutes. Sa complexité émotionnelle était telle qu'il ne savait pas comment il réagirait s'il était confronté de nouveau à la mort de ses proches. Du moins, il craignait de connaître en réalité la réponse, et ce qu'elle impliquait.
Sakura était si sûre, si convaincue du bien résidant dans chaque personne … Il l'avait toujours envié et détesté pour cela. Gamin, il avait toujours jalousé le meilleur des autres. Naruto pour sa détermination et sa noblesse, Sakura pour son innocence et sa bonté. Lui, n'avait jamais rien eu de tout ça. Juste une immense haine, et la douleur que la perte des siens avait engendrée. Et cela n'avait pas de fin.
- Il y a une partie de moi que tu ne devrais pas oublier. Elle est commune aux racines du mal de ce monde. Les mauvaises herbes ne cèdent pas si aisément leur place aux meilleures.
- Sasuke, tu n'as pas à …
- Ce que je t'ai fait est un bon exemple. Je serais parvenu à mes fins s'il n'était pas intervenu. Je ne peux pas prédire ce que j'aurais ressentit sur le moment, mais je suis certain que ce n'aurait pas été de la tristesse.
Les pupilles vertes de la jeune femme vacillèrent brièvement avant de fixer durement le carrelage au sol.
- Pourquoi me dis-tu ça, maintenant ?
Ils n'en avaient jamais réellement parlé auparavant. La relation nouvelle qui s'était construite entre eux l'avait été sur des suppositions de pardon et de repentance. Des non-dits qui n'avaient jamais été clarifiés.
- Pour que tu comprennes que je ne suis pas ton prince charmant. D'autres remplissent tous les critères. Et ils n'ont, et ne lèveront jamais la main sur toi.
- Je ne suis pas certaine de comprendre le choix de cette discussion. Dois-je en déduire que ce qui s'est passé la nuit dernière t'a déplu ?
Sasuke se tût sous l'imprévisibilité de la conversation. Elle pointait un point qu'il n'avait pas eu à remettre en question jusqu'à présent. Il ne savait pas comment le lui expliquer, pas avec ses mots en tout cas. Il se décolla maladroitement du mur, peu enclin à alimenter un tout autre débat.
- Tu ne m'as pas forcé, Sakura.
- Je ne suis pas certaine de savoir ce que tu veux réellement.
- C'est un tout autre débat.
Tandis qu'il s'apprêtait à quitter la pièce, une poigne ferme lui agrippa le bras mutilé sous la cape. Son premier réflexe aurait été de se dégager, mais il s'appliqua à le filtrer.
- Le sérum risque de l'affaiblir, se contenta-t-elle de lui souffler, évitant de la même façon son regard. Fais-moi la promesse de garder un œil sur lui.
La regarder dans les yeux et acquiescer lui coûta énormément. Il était partagé entre l'incompréhension vis-à-vis de sa réaction de déni, et le mal que cela lui faisait de se forcer à être franc avec elle. Il n'était même pas certain d'être sincère en prétendant parler pour le bien de la jeune femme. La décevoir était la première chose qu'il craignait de faire.
La première fois que Kakashi Hatake avait visité Hinoke, la capitale du pays du Feu, il était un adolescent en passe de devenir adulte. Cette ville était le siège du Daimyo depuis des siècles, le centre logique du pays auquel Konoha était affilié. Néanmoins, contrairement au village, il n'avait jamais éprouvé de quelconque attache envers cette cité, habitée presque en totalité par des gens qui ne montraient que très peu d'intérêts pour les guerres qu'ils avaient contribué à initier. La plupart étaient des nobles qui disposaient de grandes fortunes alimentées par le travail de gens ordinaires aux quatre coins du pays. Ils se contentaient d'en récolter les mérites, misant les ressources sur l'échiquier politique du continent, en espérant gagner plus qu'ils n'en avaient à y perdre. C'était à partir de là que commençèrent les guerres. Kakashi n'avait jamais bien compris pourquoi il s'était retrouvé, ses six ans à peine passés, sur le front. Jusqu'à ce qu'il sache qu'un certain noble avait convaincu son imminence qu'il serait tout particulièrement profitable s'ils s'accaparaient une partie du Pays de la Pluie, riche en gisements de charbon.
Tandis qu'une pluie fine mais régulière s'abattait sur le cortège mortuaire qui transportait avec les honneurs le corps du défunt seigneur, Kakashi avait les yeux fixés sur les tuniques impeccables de cette haute société, tandis que la sienne était alourdie par l'humidité de l'air ambiant. Pour ces gens, ils ne seraient jamais plus que des combattants payés pour faire ce qu'il y avait de mieux à faire. Leur vision des choses s'arrêtait là. Mais elle ne dirigeait cependant plus. Kakashi se satisfaisait de cela. A présent, Konoha pouvait garantir la paix du mieux qu'elle le pouvait sans que des intérêts externes viennent l'en empêcher.
Le Daimyo avait eu à cœur que cela se fasse ainsi, et même s'il ne lui avait accordé aucune amitié, Kakashi admettait que sans lui tout aurait été plus difficile. Ce fut avec le regard inquiet qu'il observa la cérémonie.
Tout se termina lorsque le bucher funéraire consuma le corps dans son entièreté, laissant s'échapper un amas de fumée noire qui, lorsqu'il se dispersa dans les cieux, fut emporté par le vent. La pluie venait de s'arrêter. Le manteau du Sixième Hokage était désormais trempé tandis que ceux des seigneurs présents et de leurs épouses furent gardés bien à l'abri sous d'immenses auvents installés pour l'évènement.
L'endroit était le lieu où les Daimyos étaient incinérés à leur mort. Sans doute avait-on jugé qu'ils ne méritaient pas de pourrir six pieds sous terre comme la plupart des mortels. Kakashi n'y avait jamais été. C'était une immense cour cachée derrière le palais, où d'immenses statues des seigneurs du pays défunt avaient été érigées.
La cérémonie terminée, le Sixième Hokage s'était pris de curiosité pour ces sculptures. Il resta pensif de longues minutes devant elles.
- Leur successeur aura bientôt droit à la sienne, érigée par le labeur de gens de la populace qui ne gagnera jamais autant d'argent qu'il n'est nécessaire pour en construire une seule.
Ce fut la voix qu'il s'était attendu à entendre dans son dos, avant même d'avoir eu la possibilité de distinguer le son de ses pas de ceux des autres personnes présentes aux alentours.
- Yo, lui adressa-t-il en se retournant doucement.
C'était une salutation assez informelle. Entre eux, cela avait toujours été ainsi. Aussi longtemps qu'il se souvienne. Rien à voir avec la relation qu'il entretenait avec Tenzô.
Seiya Bara était son aînée de huit ans. Elle avait été l'élève de son père. Plus connue sous le nom de Zuku au sein de l'ANBU, avant qu'elle ne quitte l'organisation pour tenter sa chance à Hinoke en tant que garde du corps. Si beaucoup le lui avaient reproché, Kakashi avait accepté sa décision. Avec un doux sourire, elle lui tendit un bras. Il le saisit fermement.
C'était une personne d'assez grande taille pour son genre, athlétique et au regard gris d'acier. Elle n'avait pas changé, quoiqu'un peu mincie, et quelques rides avaient marqué sa peau rayée de quelques petites cicatrices. Ses cheveux châtains étaient noués en une tresse qui reposait sur son épaule.
- Je vois que mon message t'a bien été transmis, lui dit-elle en relâchant sa poigne sur le bras du Hokage.
- Ça m'a l'air plutôt sérieux.
- Oui, en effet.
Ils demeurèrent quelques instants face à face, tandis que des groupes de nobles passaient près d'eux pour quitter les lieux. Kakashi les suivit prudemment des yeux, soutenant certains regards curieux. Seiya accorda à certains un salut discret.
- Suis-moi, ce n'est pas un bon endroit pour converser, finit-elle par lui lancer.
Ils traversèrent l'entièreté de la cour, pour se retrouver dans les ruelles d'Hinoke, vides et austères comparées à celles de Konoha.
- Les conseillers ne sont pas avec toi ?
- Restés au village.
- Les voyages ne sont plus à leur goût, on dirait, finit-elle par répondre avec une pointe d'amertume dans la voix.
Kakashi se tut, incertain d'avoir un commentaire utile en réserve.
- Où m'emmènes-tu ?
L'air qui s'afficha sur le visage de l'ancienne kunoichi de Konoha lui stipula qu'il n'avait pas besoin d'en savoir plus sur le moment. C'était typiquement le genre d'expression qui voulait dire : « Tais-toi et fais ce que je te dis ». En bon soldat, Kakashi choisit de patienter quelques instants de plus. Leur destination était un grand bâtiment à l'est des quartiers royaux. Il avait dû être construit récemment, Kakashi n'en avait aucun souvenir. Aux allures de building de quartiers d'affaires, il s'élevait de plusieurs dizaines de mètres, décoré par d'immenses drapeaux aux couleurs du pays. L'entrée était surveillée par deux ninjas que Kakashi ne connaissait pas.
- Le seigneur Kaidan nous attend, informa calmement Seiya au ninja à l'apparence plus âgée.
Ce n'était pas un shinobi de Konoha, mais plutôt un membre appartenant à l'un des douze clans du Pays du Feu n'ayant pas été affiliés au village. Il vérifia brièvement leur identité avant de les laisser passer.
- C'est un de tes gardes ? questionna le Hokage une fois le contrôle passé.
- Très juste, confirma Seiya tandis qu'ils pénétraient dans un immense hall. Nous aurions pu être de vulgaires henge. Je leur ai ordonné de vérifier l'identité de quiconque se présentant ici. Tous les ninjas ne portent pas leur uniforme.
Le Croc Blanc de Konoha avait l'habitude de prononcer cette phrase. L'habit ne faisait pas le moine, et après l'assassinat du personnage le plus influent du pays, mieux valait se montrer prudent. Kakashi voulut demander à son amie comment se portait sa petite société mais ils parvinrent dans une pièce, au sommet d'une cinquantaine d'escaliers, où un comité réduit semblait être en plein débat autour d'une table.
- Nous ne pouvons pas ne pas rendre ça public, enfin ! Tu penses que ton père aurait voulu que son peuple sache qu'il est paisiblement parti dans son sommeil alors qu'on l'a … empoisonné !
C'était le ministre Otaka. Cinquantaine d'années à peine passées, petit homme maigre au regard franc. Il dirigeait la sécurité et le renseignement. Kakashi avait de nombreuses fois eu affaire à cet homme, bien avant qu'il ne devienne Sixième Hokage. Comme il était incroyablement perfectionniste, il n'aimait pas qu'une personne tierce se charge de faire les briefings à sa place. Il était ainsi devenu un habitué du quartier général des ANBU.
- Je n'ai pas croisé tes hommes, Sakamoto. Dois-je en déduire qu'ils sont partis à la recherche de mon frère ?
L'homme qui avait pris la parole était plus grand et d'une vingtaine d'années plus jeune que le ministre. Ses cheveux bruns étaient noués en un chignon dont ne dépassait aucune mèche de cheveux rebelle. Ses yeux verts étaient fiers et engagés avec la volonté de se confronter à son interlocuteur. Kakashi ne le connaissait pas, mais contrairement à la plupart des étrangers qu'il était amené à croiser, il ne sut quoi penser de cette première impression. De prime, il ressemblait à n'importe quel noble « moderne ». Ses habits étaient relativement simples comparés à la plupart de ceux vivant avec le titre de « noble ». Ses mains arboraient des bagues plus chères que dix années de services récompensées par un salaire de Jounin. Sa voix était affirmée et sincère, et il semblait savoir ce qu'il voulait. Seiya se manifesta d'un claquement agacé de la langue, et les trois hommes présents dans la salle se tournèrent vers eux avec le regard de ceux qui ne parvenaient plus à trouver rapidement le sommeil. La mort d'un Daimyo impliquait quelques nuits blanches à se demander si son successeur n'aurait pas l'envie soudaine de tout remanier, pensait Kakashi. Il aimait le fait que ce ne soit pas comme ça à Konoha.
- Ce n'est pas trop tôt, Seiya Bara, fit le troisième homme sur un ton accusateur.
C'était le chef de la garde rapprochée du Daimyo. Un membre du clan Shogawa, dont les terres se trouvaient les plus au sud du pays. Il accorda néanmoins un petit salut de la tête à Kakashi, qui le lui retourna plutôt mécaniquement. Ils ne se connaissaient que de noms, et de réputation. Dans le monde des shinobi, ce savoir primaire pouvait engendrer un respect mutuel. Seiya se tourna vers le grand homme aux bagues couteuses et le gratifia d'une légère révérence.
- Comme tu l'as requis, Kaidan.
- Je te remercie, Seiya, dit-il en s'avança vers eux.
Il tendit une main vers le Hokage, que ce dernier en tout connaissance des protocoles hésita à serrer. Il le fit après un court instant de réflexion, esquissant un bref sourire destiné à masquer sa confusion passagère.
- Suis-je en train de serrer la main d'un des fils du Daimyo ? s'enquit Kakashi.
L'homme sourit franchement.
- Ne vous inquiétez pas, il y a peu de chances que je lui succède. Je suis ravi de faire votre connaissance, Hatake Kakashi. Seiya m'a parlé de vous, et en bien. Je suis Kaidan. Fils illégitime de notre regretté seigneur. Je supervise la sécurité intérieure aux côtés de Sakamoto Otaka. Et voici Senga Shogawa, capitaine de la garde.
Les bâtards ne portaient pas de noms. Kaidan n'avait pas l'air de s'en sentir amoindri. Une force et une confiance émanait de sa gestuelle et de ses paroles. Il invita le Sixième Hokage à s'approcher d'une table des opérations qui comportaient des éléments relatifs au décès du Daimyo. Kakashi fronça les sourcils quand il posa les yeux sur les photos. Ce n'était pas joli à voir.
- C'est un poison.
Il jeta une brève œillade à Seiya, qui le lui confirma en acquiesçant silencieusement. De mauvais souvenirs qu'ils avaient en commun. Kaidan regarda la kunoichi.
- C'était ce que votre amie pensait également. Maintenant, vous savez pourquoi le corps n'a pas été exposé conformément à la volonté du peuple.
Kakashi tira l'une des photos sous ses yeux, qui détaillait les avant-bras du défunt. Ils étaient fortement calcinés, comme si le malheureux avait été traîné dans un Buchet. Ce qui aurait éventuellement pu être le cas si les raisons de la mort n'avaient pas été passées sous silence. Ce genre de meurtre était un peu trop spectaculaire pour faire croire à tout un pays à une mort naturelle. Ce fut pour cette raison que Kakashi évoqua rapidement l'autre perspective.
- Il existe une forme d'empoisonnement du chakra qui perturbe son flux et le force à devenir instable. Je ne suis pas médecin, mais je sais qu'il est totalement possible que ça touche les personnes qui ne l'utilisent pas.
- Nous n'avons pas de chakra, objecta le ministre Otaka. C'est impossible.
- Il existe des rumeurs qui disent que le vôtre est comme inactif, déclara Senga. Je ne suis pas non plus médecin.
- C'est à peu près ça, confirma Kakashi. Mais il est plus difficile de produire un tel effet chez une personne incapable de le malaxer. Il est possible de nous tuer en nous injectant ou nous faisant avaler une substance. Pour vous, il faut établir un contact.
Kakashi n'était pas bête, il se doutait qu'il ne pointait pas la raison pour laquelle on l'avait fait venir ici.
- Je me doute que d'autres plus compétents que moi sur le sujet ont déjà dû vous fournir les mêmes conclusions. En quoi puis-je vous être utile, mes seigneurs ?
- C'est à cause de mon frère, Ikkyu. Seul fils légitime. Lorsque notre père est décédé, il était en déplacement au Pays du Riz. Nous n'avons plus de nouvelles de lui depuis un mois.
- Du fait de sa légitimité, parla Otaka en fixant volontairement Kaidan qui l'ignora, il est le successeur naturel. Sans lui, nous ne pourrons nommer de nouveau seigneur.
- Ou plutôt, Kaidan ou quelqu'un d'autre sera fait Daimyo, déclara Seiya de sa franchise habituelle.
Les muscles du visage d'Otaka se durcirent, ce qui signifiait qu'il n'était pas dans son intérêt que les choses se passent ainsi. Kaidan tint rapidement à clarifier les choses.
- Je veux être clair et sincère avec vous, Seigneur Hokage. J'aime mon frère et souhaite par-dessus tout le voir accéder au titre de seigneur du pays. Je n'ai aucune prétention à lui voler cet honneur. Je ne suis pas un homme de pouvoir.
- C'est ce que diraient beaucoup à votre place, siffla Otaka.
Kaidan eut un petit rictus.
- Beaucoup dans ce pays, s'ils avaient été à ma place, auraient déjà déclaré leur frère mort et pris sa place. Mes fesses ne sont pas encore assises sur le trône, pour autant que je le sache. (Il tourna les yeux de nouveau vers Kakashi) Maître Hokage, je souhaite que vous retrouviez mon frère avec la plus grande discrétion. Si le fait qu'il soit porté disparu ne venait à s'ébruiter …
- La panique s'emparerait des esprits, je comprends, monsieur. Si vous avez des informations à me transmettre, c'est le moment.
- Seiya va se charger des détails. J'ai plus confiance en sa discrétion qu'en la mienne.
Kaidan et Seiya se sourirent mutuellement. C'était un détail qui n'échappa à Kakashi qui préféra ne pas s'imaginer trop de choses pour le moment. La concernée ne lui en laissa pas le loisir. Après s'être brièvement inclinée, et d'un simple contact au niveau de son bras, elle l'entraîna à l'extérieur du bâtiment, à l'abri de cet environnement bien trop protocolaire pour un homme comme lui.
- Alors Yaken, que penses-tu de tout ça ?
Yaken. Voilà une bonne dizaine d'années que plus personne ne l'appelait ainsi. Ils étaient en train de se diriger vers une position que seule Zuku connaissait. Certainement un salon de thé, la connaissant.
- Il semblerait que le ministre Otaka accuse plus de pression que d'ordinaire.
- C'est un fonctionnaire zélé. Il pense garder sa place avec Ikkyu, et la perdre avec Kaidan.
- Tu penses que c'est possible ?
- De quoi ?
- Que Kaidan soit nommé.
- Très peu de chances. S'il arrivait quelque chose à Ikkyu, la succession reviendrait à des cousins. Cependant, si Kaidan le voulait absolument, il le pourrait en effet. Mais ce ne sont pas ses intentions.
- Tu as l'air de le connaître … plutôt bien.
- Je sais ce que tu insinues, Kakashi …
- Et ?
- Tu es plus curieux qu'il y a quinze ans. Tu t'es sociabilisé. Que s'est-il passé entre temps ?
- Pas mal de choses.
Elle s'amusa de cette réponse avant de lui indiquer de la suivre dans une enseigne qui était sans grande surprise un salon de thé. Seiya n'avait jamais été branchée bars ou ramens. C'était une fille distinguée, et qui évitait comme la peste les lieux populaires. Une kunoichi comme il ne s'en faisait plus désormais. Ils s'assirent à une taille, comme il ne s'en faisait plus non plus – avec des sièges traditionnels, à même le sol.
- Choisis, je paie, lui dit-elle.
- Je suis loin d'être fauché, protesta-t-il.
- Ma société est prospère. L'argent n'est plus une ressource limitée quand tu te retrouves dans cette situation.
Kakashi céda silencieusement, d'un simple hochement de la tête.
- Juste un thé alors.
- Soit.
Une serveuse passa prendre leur commande. Voilà plusieurs années que Seiya avait quitté l'ANBU, et Konoha. Il était rare qu'un ninja prenne ses distances avec Konoha, et quand cela arrivait, cela sonnait plus comme une forme de retraite anticipée. Pour Seiya, c'était tout autre. En jouant habilement sur les contacts qu'elle s'était faite durant toute sa carrière, elle avait monté une société de sécurité et de garde rapprochée à Hinoke. Prestataire de services auprès des nobles, il paraitrait qu'elle dirigeait dorénavant la plus grande organisation paramilitaire du pays. Kakashi se demandait comment elle s'y était prise pour écarter la globalité de la concurrence en moins de vingt ans.
- Donc tu travailles pour ce Kaidan.
- Tu devrais me demander pour qui je ne travaille pas. J'organise la protection de plus des trois quarts des nobles. Les autres ne sont probablement pas à Hinoke.
- Sauf le Daimyo.
- Exact. Les gardiens du pays du Feu restent indétrônables. Du moins, ils l'étaient. Senga va se retirer après la désignation du successeur. Je ne sais pas si lui, en trouvera un.
- Tu comptes l'embaucher ?
- La proposition a déjà été faite.
Seiya était le genre de femme à savoir pertinemment ce qu'elle voulait, et à ne pas tourner autours du pot. Elle fut l'un des meilleurs capitaines qu'il n'ait jamais connus. Peut-être certainement parce qu'elle avait été l'élève de l'un des meilleurs capitaines que Konoha n'ait jamais perdus. En faisant appel à sa mémoire, Kakashi pouvait même repérer quelques expressions que son père aimait utiliser. Mais avec le temps, il n'était plus trop sûr de rien le concernant.
- Je t'avais fait aussi une proposition, il y a quelques années. Avant la guerre même.
- J'avais mes propres chats à fouetter.
- L'Akatsuki.
L'évocation du nom de cette organisation fit resurgir des démons auxquels il ne pensait pas être encore capable de faire face.
- Le jour où je quitterais Konoha, ce ne sera pas pour faire la guerre des autres.
- Il n'y a plus de guerres à mener. Juste un avenir à se forger. Mais je suppose que le fait d'être Hokage te donne davantage de garanties que lorsque tu n'étais que simple Jounin.
Seiya avait toujours été dotée d'un pragmatisme flagrant, presque tout aussi froid que celui que l'on attribuait aux Uchiha. A l'ANBU, elle avait été connue pour batailler férocement pour ses intérêts et ceux de son équipe. Elle avait de nombreuses fois frôlé l'insubordination pour avoir refusé d'envoyer ses coéquipiers dans des terrains inconnus, où la personne à l'initiative de la mission n'avait que très peu d'informations concernant les risques encourus. Leur commande leur fut servie plutôt rapidement : la faute au faible nombre de clients se trouvant dans l'enseigne en cette journée de deuil. Kakashi reçu son thé et gratifia la serveuse d'un sourire gêné lorsqu'il surprit cette dernière à le dévisager un peu trop effrontément à son goût. Cela fit décocher à Seiya un sourire malicieux.
- Tu profites de ton succès ?
- J'essaie de paraître amical.
Et cela n'avait pas toujours été le cas. Une dizaine d'années auparavant, il se serait contenté d'ignorer. Il n'avait appris à se montrer social que très récemment, cela avait commencé à l'époque où il entraînait l'équipe sept.
Ils étaient dans un bar. Il était dans un bar. Si Asuma ne l'avait pas traîné de force, il se serait contenté de rentrer chez lui, et de finir pour la énième fois ce petit bouquin qu'il affectionnait tant.
- Parle-moi un peu de l'équipe sept, lui demanda Asuma en essuyant la fine pellicule de mousse qui était restée collée sur ses lèvres.
Seulement, Kakashi n'avait aucune envie de discuter de son équipe turbulente. Il contempla son propre reflet dans le liquide doré pétillant contenu dans la chope en face de lui. Il avait accepté par respect pour Sandaime. Il n'avait aucune envie de boire ce truc.
- Parle-moi de Kurenai, répondit Kakashi, faussement taquin.
Asuma fronça les sourcils, un peu vexé que son collègue et ami n'en parle à voix haute. Kurenai et lui étaient ensemble depuis un bail – même si cela n'avait jamais été officiel. Il n'était même pas certain que Maître Sarutobi soit au courant. Tout le monde savait, pourtant. Et leur pudeur n'y changeait rien.
- Kurenai va très bien. Elle a aussi son équipe. Inuzuka, Hyuuga et Aburame. De bons gamins à ce qu'il parait. Nara, Akimichi, Yamanaka pour moi.
- Aaaah. Le fameux trio Ino-Shika-Cho. L'actuel commence à vieillir c'est vrai.
- Et toi ?
- Baaah …
Kakashi soupira, n'ayant rien à dire de particulièrement intéressant à leur sujet. Trois gamins. Trois fardeaux. Ils ne savaient pas se battre, même s'ils étaient convaincus du contraire. Avec tout le respect qu'il devait au Troisième du Nom, il le détestait.
- Ils ont leur petit truc aussi.
- Il parait que tu as la charge du dernier né de Fugaku. Ce n'est pas une mince affaire.
Fugaku. Il détestait Sakumo. Kakashi hocha la tête, ne souhaitant pas qu'une once de quelque chose transparaisse sur son visage.
- Et … Kyuubi, aussi ?
- Mhn mhn.
- Et une gamine ordinaire ?
- Asuma ?
- Ouais ?
- Quel est l'intérêt de me poser toutes ces questions si tu connais déjà leur réponse ?
Asuma ingurgita trois bonnes gorgées de sa pisse avant de reposer la pinte plutôt bruyamment. C'était sa deuxième. Kakashi était toujours curieux de connaître au bout de combien une personne se mettait à déblatérer des propos incohérents.
- La discussion, Kakashi. Ça ne t'arrive jamais de vouloir parler à quelqu'un de tout et de rien ?
- C'est-à-dire ?
Son interrogation était sincère. Parler de tout et de rien ne signifiait rien pour lui. Pourquoi gaspiller sa salive quand on pouvait la conserver pour des discussions utiles ? Kakashi n'était pas certain d'être tout à fait normal, car rien de ce qu'il avait vécu n'était comparable aux vies de ses collègues.
- Tu passes bien du temps avec Gai ?
Kakashi haussa les épaules. Asuma prit cela pour un oui.
- De quoi discutez-vous ?
- Il me parle. J'essaie de lui prêter une oreille. Parfois, ça ne fonctionne pas. Je ne pense pas être un bon interlocuteur. Gai est un peu différent, et étrangement il aime bien les monologues.
Evidemment, Gai était comme lui en ce sens : il ne fonctionnait pas de la même manière que la plupart des personnes. Asuma soupira, roulant des yeux.
- Et quand tu rencontres une nana, tu lui dis quoi ? Imagine qu'une nana te sourit, tu lui fais quoi en retour ?
Kakashi n'était pas certain que la réponse contenue dans ses livres le fasse passer pour une personne tout à fait saine. Il répondit sincèrement.
- Rien.
- Pas même un sourire ?
Kakashi fit glisser sa pinte devant son camarade.
- Bois, répondit-il en souriant.
Ce n'était pas un sourire amical.
C'était peut-être à partir de cette soirée-là qu'il décida de se montrer un peu plus cordial. Kakashi était perdu dans ses pensées, contemplant son reflet dans le liquide verdâtre contenu dans la tasse.
- C'est toujours visible ? demanda gentiment Seiya.
- De ?
- Ce que tu caches avec ton masque.
Il mit deux secondes avant de comprendre où elle voulait en venir.
- Cela fait longtemps que cela ne l'est plus. C'est plus confortable pour moi de le garder.
- Je comprends. Pour revenir à nos moutons …
Elle lui glissa un rouleau en dessous de la table, qu'il saisit et fourra discrètement dans sa veste.
- Voici toutes les informations qu'il te faut.
- Pourquoi ne te charges-tu pas tes hommes de le retrouver ? Pourquoi faire appel à Konoha ?
- Le réseau d'informateurs de Konoha est bien plus élaboré et fiable que le nôtre, tu devrais le savoir.
- J'aime juste savoir dans quoi je m'embarque.
Seiya porta prudemment le liquide à ses lèvres.
- Il est dans ton intérêt de le retrouver. S'il n'accède pas au titre, d'autres le feront. Moins tolérants à l'égard du village. L'un des neveux du Daimyo, le deuxième dans l'ordre de succession finance des recherches visant à donner le moyen aux civils de rivaliser avec les ninjas. La recherche n'avance pas très bien, mais il se peut qu'elle accélère de manière imprévisible.
Kakashi venait de terminer son thé. Il se doutait bien que certaines personnes voyaient mal la domination des ninjas sur l'échiquier du pays. La renommée et l'influence de Konoha avait grandement ternie celle d'Hinoke.
- J'aurais également un service à te demander. Il me faut également régler certains soucis.
Il lui fit glisser le rouleau contenant le portrait-robot de l'individu que Naruto et Sasuke avaient rencontré.
- Tu peux le diffuser en interne ? Il faut que ça reste discret.
Seiya haussa un sourcil.
- Tu peux m'en dire plus ?
- Je n'ai aucune idée d'où il se cache. Mais Hinoke me semble être une ville incontournable, non ? De plus, il est possible qu'il y ait un lien avec la mort du Daimyo. Son apparition coïncide avec la date de la mort. Le pourquoi du comment se trouve là-dedans.
La femme hocha lentement la tête.
- Ça me va. Je te préviens si j'ai des infos.
Kakashi la gratifia d'un sourire amical, avant de se remettre sur ses pieds et de se préparer à partir.
- Merci pour le thé.
- Et Kakashi ?
Il s'arrêta tandis qu'il se dirigeait vers la sortie.
- C'est bon de te revoir.
C'était un aveu sincère. Kakashi ne sut comment lui retourner la remarque. Il s'agissait d'interactions propres aux membres d'une famille. Il avait oublié depuis longtemps ce que c'était. Il lui fit un léger clin d'œil.
- A la prochaine, lui lança-t-il avant de quitter les lieux.
Il existait peu de choses au monde capables de lui faire faire demi-tour. Pas quand il était dans un tel état. Une partie de sa vie avait été dominée par la peur du monstre qui l'habitait. Cela avait été un tel soulagement de s'entendre avec cette bête aux pouvoirs si dévastateurs qu'ils étaient craints par des populations entières. Naruto avait l'impression de se retrouver avec un autre problème de ce type. Et cela ne l'enchantait guère.
Quel que soit l'état de Tsunade, il aurait ses réponses. Il comprenait le danger qu'il représentait pour le village en cas de corruption de son esprit. Le Cinquième Hokage de Konoha avait pour habitude de séjourner dans un hotel discret, bien loin des quartiers les plus fréquentés. Il était loin d'être miteux, mais on aurait pu s'attendre à mieux venant d'elle. Naruto s'élança au travers de l'entrée, incapable d'utiliser son chakra pour escalader la façade et repérer la fenêtre correspondante. Ce que Sakura lui avait injecté le privait de l'utilisation de son chakra, et de ses capacités sensitives.
Il se retrouva dans le hall de l'hôtel, certainement la partie restaurant, quasiment déserte à cette heure de la matinée. L'accueil était désert. Un employé s'y trouvait toujours normalement.
- Bon sang, maugréa-t-il en basculant la tête vers l'arrière.
Il se tourna vers l'entrée, en quête de réponses. Un énorme bruit venant des étages supérieurs retentit avant qu'il n'ait eu le temps de bouger d'un pouce. Ce n'était pas un bruit anodin. Des gens se combattaient là-haut.
Mamie Tsunade.
Avec toute la rapidité que ses muscles furent capable de produire à eux seuls, il emprunta la cage d'escalier en se fiant à son ouïe et aux vibrations qui secouaient toute le structure de l'immeuble.
Dans le couloir du 3ème étage, certaines lumières avaient été brisées, et les murs fracturés. Un pantin désarticulé se fracassa contre la tapisserie non loin de Naruto.
- Qu'est-ce que tu fous là, gamin ?
C'était Tsunade qui lui criait littéralement dessus. Au son de sa voix, et à son regard vaseux, elle n'avait pas totalement décuvé.
- J'avais une question importante à vous poser, répondit-il tandis que la Sanin tirait sa victime par le coup pour le projeter sur le mur d'en face. Mais tout compte fait, ça peut attendre quelques minutes de plus.
Naruto émit des réserves quant à l'état de Godaime. Il n'était pas expert dans le domaine, mais il savait jauger les effets de l'alcool. Tsunade paraissait beaucoup trop affaiblie pour que cela en soit la cause essentielle. Tandis qu'elle se préparait à assener un coup inutile au cadavre qu'elle s'apprêtait à heurter de ses poings, Naruto la retint par le poignet. Elle n'était pas plus vivace qu'il ne l'était en réalité.
- Tout va bien ?
Elle était incroyablement brûlante. Tsunade lui sourit mollement, et lui tapota affectueusement la joue.
- Amène-moi à l'hôpital, tu veux bien ?
Jamais, ô grand jamais il n'aurait cru entendre cette phrase sortir de sa bouche. Ce devait être urgent.
- Je …
Les yeux clairs de Naruto s'étaient figés sur une silhouette au bout du couloir qui s'avançait dangereusement vers eux. Il prit alors la Sanin par le bras et la fit glisser le long du mur pour l'y assoir.
- Vous vous êtes faite attaquée ?
- Il semblerait, oui …
Il fit face à l'homme qui les menaçait. De sa tunique noire, seuls ses yeux étaient visibles. Un regard meurtrier et déterminé. Sachant à qui il avait à faire, l'assaillant hésita à attaquer frontalement. Avant qu'il n'ait eu le temps de composer le moindre signe, Naruto se jeta sur lui, kunai en mains. Leurs armes s'entrechoquèrent, et un duel s'entama dans lequel le jeune homme ne se sentit pas parfaitement à l'aise. Le type était expérimenté dans les techniques de corps à corps. Il ne lui faudrait pas longtemps pour prendre l'avantage. Il le tenait à distance lorsqu'il entendit Tsunade jurer désespérément. Des renforts ennemis les avaient débordés par l'escalier. Naruto se sentit incroyablement désarmé sans Kyuubi ou son chakra. Il réussit néanmoins à toucher l'assaillant aux genoux avant que ses alliés ne puissent fondre sur eux. Ce qu'ils n'eurent jamais l'occasion de faire. La mort fondit sur eux telle la faucheuse incarnée. Une silhouette se mêla à la-leur, et fit parler sa lame qui s'abattit sur eux avant qu'ils n'aient le temps de répliquer.
En quelques secondes, Sasuke Uchiha se dressait au-dessus de deux corps, le Sharingan braqué sur le seul et unique survivant. Naruto se pencha vers ce dernier, qui tendait tant bien que mal de colmater l'hémorragie avec ses mains.
- Tu as touché l'artère, fit remarquer Sasuke alors qu'il rangeait sa lame dans son fourreau.
Naruto s'enquit alors de l'état de santé de Tsunade. La chaleur qu'elle émanait se ressentait à quelques centimètres de sa peau.
- Elle brûle de l'intérieur, murmura Naruto en posant sa prothèse sur le front de la femme.
Ce n'était ni une fièvre ni une conséquence de sa récente beuverie. Ils avaient tenté de l'assassiner.
Et ils y étaient peut-être parvenus.
La suite est en cours d'écriture ! A bientôt !
