chapter 9: Sai/Shikamaru
celui où toi et ton âme soeur partagez une connexion émotionnelle
Les âmes sœurs sont des faiblesses.
Sai sait cela aussi bien qu'il sait comment respirer - instinctivement, désespérément, sans se poser de questions. Les forces de la Racine ne ressentent pas, elles ne font qu'obéir. Tous liens au monde extérieur sont impitoyablement écrasés, coupés jusqu'à qu'il n'en reste qu'un écho. Aucun d'entre eux n'en parlent, et s'ils ressentent quelque chose, cela ne se voit pas sur leurs visages, et ils ne l'ont jamais admis.
(Shin, songe parfois Sai, avait plus de chance que tous les autres. Son âme sœur faisait également partie de la Racine et avait reçu le même enseignement de suppression des émotions que le reste d'entre eux. Il n'y avait pas d'éclat soudain pour lui faire perdre pied, pas de rafale de sentiment pour le faire trébucher. Quelqu'un de plus âgé, avait-il une fois spéculé dans l'obscurité de la nuit dissimulé sous ses couvertures. Quelqu'un ayant déjà terminé son entraînement puisque cette personne semblait ne pas ressentir quoi que ce soit.
Chanceux, songe Sai lorsqu'il s'autorise à repenser à Shin.)
Sai a une âme sœur - il n'est pas de ces chanceux à être né sans. Et c'est… étrange. Déroutant. Tout ce qui représente Sai est étouffé, enterré sous des couches d'entraînements, mais…
Son âme sœur à un penchant pour les journées lumineuses lorsque les nuages traversent le ciel. Des jours avec autant de soleil que de nuages, et parfois, quelquefois, Sai ignore tout ce qui lui a été enseigné et s'assoit sur la plus haute branche de l'arbre le plus grand qu'il peut trouver et observe le ciel. Il note chaque nuage qui passe, faisant un croquis de ceux qui lui plaisent le plus et se demande s'il sera jamais capable de montrer à son âme sœur ce qu'il a vu.
(Il ne devient pas "Sai" avant un long moment, ou même un véritable coéquipier pour un temps encore plus long. Mais lorsqu'il le devient enfin, lorsqu'il devient enfin cette personne, il n'a plus du tout à se cacher pour aller contempler les nuages. Au lieu d'un arbre dérobé, il se trouve une plaine herbeuse, s'y allonge sur le dos avec son carnet de croquis à côté de lui, et…
Un léger hoquet sous la surprise, que lui ne dissimule plus aussi profondément qu'auparavant d'ailleurs. Ca le fait sursauter, juste un peu et il se met en position assise rapidement. De sombres yeux ronds rencontrent les siens, et Nara Shikamaru le dévisage pendant un temps avant d'émettre un son étouffé.
– J'aurais dû deviner, dit-il d'un ton légèrement bougonnant et il se laisse tomber à ses côtés sur la plaine. Je pensais que notre connexion était trop paresseuse pour porter correctement nos émotions.
Parce que Sai est un petit merdeux et qu'il a appris du meilleur d'entre eux, il sourit et répond :
– Ah, je suis désolé. C'est plutôt toi, en fait.
Shikamaru roule les yeux.
– Tais-toi et laisse moi regarder les nuages, réplique-t-il et Sai…
Sai se met à rire.)
