chapter 21: Shizune/Anko

celui où tu ne peux percevoir les couleurs qui t'entourent qu'à partir du moment où tu rencontres ton âme soeur

Lorsqu'elle était enfant, Shizune a toujours voulu que son âme soeur à elle soit comme son oncle dans les histoires que lui racontent Tsunade : une personne forte, courageuse, noble et merveilleusement belle. Elle rêve de perfection, de sa rencontre avec cette personne sans le moindre défaut, où elle contemplerait les couleurs fleurir dans son champ de vision, éclatantes et glorieuses, repoussant le noir, le blanc et le gris qu'elle a toujours connu. Elle rêve du moment où elles se tomberaient dans les bras l'une de l'autre, se confiant leur amour éperdu et où elles vivraient une heureuse vie jusqu'à un âge avancé entourés d'une ribambelle d'enfants, des rides non-disgracieuses aux fronts et le bonheur s'épanouissant autour d'elles.

Il est probable que Shizune ait lu un peu trop de romans à l'eau de rose lorsqu'elle était plus jeune, entre les diverses études médicinales auxquelles elle s'intéressait.

Ce qui est vraiment arrivé ressemble plus à l'enchaînement d'erreurs d'une mauvaise comédie qu'à la grande romance réunissant deux moitiés comme a tant pu en lire Shizune.

Cela fait une semaine tout au plus qu'elles sont retournés à Konoha et elles commençaient à peine à s'acclimater à leur nouvel environnement. La résidence du Hokage est trop grande à leur goût, porte les échos, est pleine de poussière dans les recoins et paraît à l'abandon. Shizune passe la majeure partie de son temps ailleurs et va même jusqu'à prendre toute une journée pour faire des courses afin d'éviter de remettre un pied dans la résidence. Tsunade, quant à elle, paraît vouloir faire une remarque à chaque fois que Shizune utilise son excuse selon laquelle des ingrédients frais seraient bien meilleurs pour sortir, mais elle se retient et Shizune lui en est reconnaissante. Elle se glisse à l'extérieur, son panier pendu à son bras et se fait un chemin à travers la foule de l'après-midi pour se rendre jusqu'au marché.

Quelque part, un peu plus loin, une explosion éclate.

Shizune se tend automatiquement, agrippant vivement ses senbon, mais personne autour d'elle ne semble avoir remarqué quoi que ce soit. Konoha, songe-t-elle avec exaspération. Elle se retourne vers la source de l'explosion et…

Il y eut un grognement, un impact qui coupe le souffle à Shizune et un enchevêtrement de membres. Elle glapit avant de pouvoir s'en empêcher et est projeté à quelques mètres de l'endroit où elle se trouvait. Ils roulent jusqu'à impacter l'établi d'un marchand de fruits, se cognant têtes et épaules contre le chemin terreux.

Rouge, réalise Shizune en observant les fruits dégringoler un peu plus loin, son souffle se coupant. C'est rouge.

Bien sûr, elle remarque une demi seconde plus tard qu'elle a la tête dans le décolleté d'une autre femme - vraiment très beau décolleté - et glapit de nouveau, se dépêchant de se remettre sur pied.

– Tu es blessée ? demande-t-elle, parce qu'après tout, elle est un ninja-médecin avant tout.

L'autre femme - son âme soeur - grogne brièvement et se met en position assise, passant une main dans ses cheveux légèrement en désordre.

– Alors, c'est à ça que ça ressemblent les couleurs, s'exclame-t-elle joyeusement, faisait battre le coeur de Shizune un peu plus vite sans même en avoir conscience. Hé ! Moi, c'est Anko.

– Shizune, réussit-elle à dire en balayant sa silhouette du regard de haut en bas pour vérifier l'absence de blessures. Ses yeux s'arrêtèrent sur de jolis yeux bruns et une chevelure violette. Je… tu… âmes-soeurs ?

Sage, ne pouvait-elle donc pas s'enterrer dans le sol et ne jamais en ressortir ?

Malgré tout, ça ne semble pas perturber la dénommée Anko. Elle se relève, un grand sourire aux lèvres, et offre Shizune ses mains. Lorsque celles-ci les prend, Anko l'attire dans une étreinte.

– Tu sens bon, dit-elle gaiement. Je parie que j'ai l'âme soeur la plus belle de tout le Pays du Feu.

Le visage de Shizune s'empourpre jusqu'au bout des oreilles et elle fait un bruit d'indignation et d'embarras en plantant son visage dans le cou d'Anko lorsque sa pince à cheveux lâcha.

– Tu es… tu es ravissante également, marmonne-t-elle en souhaitant l'avoir dit plus chaleureusement, plus sereinement, mieux.

Malgré ses nombreuses lectures, elle n'est pas douée pour ça.

Ça ne parut pas non plus déranger Anko.

– Merci ! s'exclame-t-elle, ouvertement ravie, et lorsque Shizune se dégage assez, le sourire qui l'accueille est aussi brûlant que le soleil.

Shizune sourit en retour, et songea que la perfection avait beaucoup plus de faces qu'elle ne se l'était jamais imaginé.