chapter 22: Karin/Hinata
celui où le nom de ton âme soeur se trouve sur l'un tes poignets et le nom de ton ennemi juré se trouve sur l'autre, et tu n'as aucune idée de qui est qui
Sur aucun des poignets de Hinata ne peut-on lire Naruto, et sur aucun de ceux de Naruto ne peut-on lire Hinata.
Cette dernière ne peut résister au faible souhait emprunt de jalousie d'être à même d'échanger l'un de ses noms pour le sien.
C'est stupide. Tellement stupide et triste, et elle déteste ça, et ce, bien avant de comprendre qui est vraiment Kaguya, et ce, bien avant de comprendre que c'est le nom de Sasuke qui est inscrit sur le poignet droit du blond. Elle déteste le fait qu'elle ait un béguin, qu'elle ne puisse pas devenir meilleure, plus forte, plus sage, quelqu'un qui puisse accepter la réalité et aller de l'avant.
(Hinata lit son poignet gauche, et le jour où elle comprend pourquoi, elle en rit jusqu'à en pleurer, pleure jusqu'à ce que sa gorge la fasse souffrir, parce que c'est tellement ironique et à la fois tellement vrai. Sa pire ennemie a toujours été elle-même.)
Mais les choses changent. Après l'Examen de Sélection des Chûnin, après le départ de Naruto, un jour, Neji l'approche et s'excuse. Il n'incline pas vraiment la tête, mais il lui offre quelque chose de mieux encore qu'une obéissance aveugle ou des conformités : il lui offre de l'entraîner. Il lui offre de la force et la pousse sur un chemin sur lequel elle arriverait peut-être à ne pas penser à Naruto chaque moment qui passe. Hinata accepte avec plaisir. Elle se plonge dans son travail, s'entraîne, essaie et échoue échoue échoue jusqu'au jour où elle songe définitivement qu'elle n'arrivera jamais à rien, mais…
Mais, un jour, elle réussit.
(Elle n'a jamais ressenti un sentiment aussi glorieux, honnêtement. Même le sourire fleurissant sur le visage de Naruto n'est pas comparable.)
Lorsque l'appel à la mobilisation arrive à Konoha, lorsque la guerre fait son apparition, Hinata se sent enfin quelqu'un capable de faire la différence. Neji lui sourit lorsqu'ils quittent le domaine familial ensemble, touche son épaule brièvement, et jette un regard sur son poignet mit à nu. (Elle n'a jamais montré à personne celui qui porte son propre nom. Peut-être par honte, par regret ou peut-être est-ce parce qu'il lui arrive encore de se regarder dans un miroir et de se demander ce qu'elle pourrait bien devenir.)
– Tu pourras peut-être trouver ta moitié là-bas, dit-il. Il y aura des shinobi venant de toutes horizons.
Hinata baisse les yeux, trace les caractères gras inscrits en un toucher presque brutal.
– "Karin," murmure-t-elle, d'abord pour elle-même, et recouvre le nom avec son pouce. Le nom d'une femme, mais Hinata ne peut même pas commencer à imaginer à quoi elle peut bien ressembler. Quoi qu'il en soit, c'est une raison valable selon elle d'être forte. Une raison valable de ne pas se dégonfler, quoi qu'il arrive. "Tu as raison," dit-elle en mettant le plus de détermination possible dans ses mots. Elle avance, les épaules droites et Neji la rejoint, gardant le même pas qu'elle.
Sur un champ de bataille sanglant, pendant une guerre à laquelle personne n'était vraiment prêt à prendre part, Hinata aperçoit fugacement une chevelure rouge et ressent une force l'incitant à la suivre. Dans le coeur de l'action, elles se rencontrent enfin en face-à-face et Hinata entend enfin, enfin, le nom qu'elle a tant contemplé être crié à voix haute.
– Karin, hurle un épéiste aux cheveux blancs au même moment où Neji crie :
– Hinata-sama !
Et…
Elles s'arrêtent soudain toutes les deux. Hinata la dévisage les yeux écarquillés et des orbes rouges lui rendent la pareille. Automatiquement, Karin rive son regard sur son poignet avant de relever les yeux vers Hinata et elle…
...sourit.)
