chapter 23: Kakashi/Naruto

celui où tous les mensonges que tu dis à ton âme soeur apparaissent sur sa peau

– Vous ne m'avez jamais menti.

Pour la plupart des gens, ce serait considéré comme un concert d'éloge de pouvoir dire une telle chose, dite en guise de remerciement et renforcé par un sourire. Lorsque Kakashi lève le nez de sa paperasse, néanmoins, Naruto a une mine renfrognée, les sourcils froncés et le visage figé entre un air pensif et accusateur.

L'expérience permet à Kakashi de continuer d'écrire comme si de rien n'était, alors qu'au fond de lui-même, il aurait aimé se pétrifier comme un lapin aux prises avec un loup.

– Vraiment ? demande-t-il, et après six ans, il réussit à faire sonner sa phrase exactement entre une question et une affirmation.

– Pas une seule fois, confirme Naruto, et Kakashi peut pratiquement voir les engrenages tourner dans son cerveau. Même ces stupides excuses que vous nous donnez à chaque fois, vous les dites toujours à quelqu'un d'autre, jamais à moi directement.

Kakashi peut sentir chacun de ses muscles se tendre, son corps entier prêt à faire sa grande sortie par la fenêtre, mais il se retient. Ça n'apporterait rien de bien de toute façon. Lorsque Naruto est déterminé, il est parfaitement capable de le traquer partout comme nul part.

– Les membres des Forces Spéciales ne sont pas censés discuter avec leur commandant en chef, dit-il à la place, tentant sa chance sur ce chemin-là en guise de distraction. Il secoue une main désinvolte en direction de son ancien élève. Oust. Reste dans l'ombre. Je sais que Sasuke t'a donné des conseils pour t'améliorer, alors applique-les.

Et Sage, que ça pouvait être douloureux d'imaginer ce que deux jeunes hommes de dix-huit ans à peine en parfaite santé, avec une obsession mutuelle l'un pour l'autre, peuvent bien faire lorsqu'ils disparaissent ensemble en forêt. Kakashi essaie de ne pas trop y penser, tente de résister au désir d'émettre le puissant grondement de colère qui lui monte à la gorge à chaque fois - mon âme soeur, la mienne, tu ne peux pas l'avoir. Je ne te laisserais pas me la prendre - et l'envie d'assigner à Sasuke une longue mission au fin fond du Pays du Vent, simplement pour les garder à distance l'un de l'autre. Il avait fait son choix, l'avait fait dès lors qu'il avait remarqué les lignes s'inscrirent sur sa peau aux beaux discours de Naruto. Trop âgé, à l'époque, avec quatorze les séparant, brisé une fois de trop à présent : un vieil homme fatigué plus à même à rester assis derrière un bureau avec les genoux qui grincent, pas assez bien pour un jeune homme plein de vie et magnifique qui met le monde à genoux d'un seul sourire.

Au lieu de sagement se fondre dans l'obscurité dans les recoins de la pièce - c'était irréaliste qu'il accepte, Kakashi en est bien conscient - Naruto se perche sur le bord du bureau, s'y asseyant les jambes se balançant, l'air de rien. Il s'indigne d'un soupir en s'appuyant sur ses mains derrière lui et reprend :

– Comme si quelqu'un oserait tenter de vous faire assassiner.

Son excuse est réconfortante, bien que techniquement incorrecte. Kakashi sait exactement combien de personnes en veulent à sa vie, après tout, et la liste tend à s'agrandir, non à diminuer.

– Je parie que les quatre assassins de la semaine dernière auraient dit le contraire, fait-il remarquer.

Naruto roule les yeux.

– Ce n'est pas comme s'ils auraient pu vous toucher. La seule raison pour laquelle vous ne leur avez pas botté les fesses, c'est parce que vous étiez trop paresseux pour le faire.

En réalité, c'est plus dû au fait que Naruto est sublime en pleine action, et même contre quelques pauvres assassins (et pour tout avouer, ils n'avaient pu passer la sécurité que parce que Genma lui en voulait pour ses problèmes de couple), Kakashi serait bien content de le voir faire toute la journée.

– Tu avais le contrôle de la situation, dit-il d'un ton désinvolte, en forçant son stylo à reprendre ses lignes.

Il y eut une longue pause, et Kakashi pu presque voir ses muscles se bander encore plus qu'avant. Un silence en présence d'un Uzumaki n'est jamais, jamais, de bonne augure. Il est plutôt sûr de pouvoir échapper à toutes les questions que lui lancerai Naruto, de manière plus ou moins directe, mais…

– Je me souviens bien du premier mensonge que je vous ai dit, déclare-t-il, l'air songeur en tapotant ses talons contre le bureau. C'était pendant l'entraînement. Vous m'avez demandé si j'étais doué en taijutsu et je vous ai dit que je l'étais.

– Ce n'était pas la première fois, fit Kakashi, son cerveau une demi seconde trop lent pour pouvoir empêcher la confession de voir le jour. Il se tend encore plus, considérant presque une nouvelle fois la fuite par la fenêtre, mais Naruto, lui, tout ce qu'il fait, c'est…

Sourire. Chaleureusement, d'un sourire éclatant et victorieux, plein de malice et d'amusement.

– Je sais, dit-il gaiement, et il se penche vers l'avant pour déposer un baiser sur son front. C'était : "Tout va bien".

Il se retire avant que Kakashi n'ait eu le temps de faire le tri dans ses pensées et glisse du bureau, retournant dans l'ombre juste au moment où la porte s'ouvre.

– Kakashi-sensei ? demande Sakura, l'air distraite, les mains pleines de paperasse. Ino, juste derrière, est tout aussi chargée et à un air perplexe sur le visage. J'ai trouvé les dossiers que vous cherchiez sur l'entraînement des membres de la Racine depuis…

Elle s'arrête, le scrutant prudemment et demande :

– Kakashi-sensei ? Est-ce que tout va bien ?

– Tout va bien, fit-il automatiquement sans pouvoir empêcher son regard de la traverser alors qu'il dit ces mots, se rivant sur Naruto qui est perché près du plafond.

Le blond incline la tête, retourne son bras et relève son armure. Puis, il recouvre le tout une nouvelle fois, mais Kakashi est certain que l'encre noire vient juste de fleurir sur sa peau. C'est plutôt ironique, en fait, que leurs premiers mensonges l'un à l'autre, soient exactement le même, mais Kakashi est habitué à ce que sa vie prenne ce genre de tournure ironique. Celle-ci est simplement plus agréable que d'autres lui étant littéralement tombées dessus.

– Tout va bien, répète-t-il en avalant difficilement, parce que Naruto sait, et pourtant…

Kakashi se demande pourquoi ça sonnait bien moins comme un mensonge cette fois-ci.